Le Moyen Age
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-4205-1
226 pages

p. 139 à 202
doi: en cours

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Tome CIX 2003/1

2003 Le Moyen Age

Comptes rendus

La biographie dans la littérature médiévale, éd. Élisabeth GAUCHER, Lille, Centre d’Études Médiévales et Dialectales de Lille 3, 2001 ; 1 vol. in-8°, 194 p. (Bien dire bien aprandre. Revue de Médiévistique, 20). Prix : € 23.

Sous la direction d’É. Gaucher, cette livraison de Bien dire bien aprandre est constituée de quatorze études classées par ordre alphabétique, traitant de la biographie dans la littérature médiévale. É. Gaucher rappelle qu’il s’agit d’un genre complexe, à travers la représentation du héros biographique, inscrite dans la droite ligne des autres biographies chevaleresques et des fictions romanesques, et marquée par la présence de l’auteur. Les autres contributions explorent cette ambiguïté générique, soit dans des œuvres qui se donnent pour des vies, soit dans des textes historiographiques et romanesques.
S’intéressant à la présence des Vies de philosofes dans la seconde rédaction de l’Image du monde, Ch. Connochie-Bourgnes explique que les éléments biographiques participent d’une démonstration d’ordre moral, afin de louer la lignée des hommes de science. Dans la Vita Merlini qu’analyse R. Baudry, ils sont conjugués au récit des métamorphoses de Merlin pour répondre au canevas traditionnel des scenarii initiatiques à des fins d’édification. J. Devaux examine pour sa part les liens étroits que La vie du Prince Noir, biographie chevaleresque, entretient avec la chronique curiale et avec l’autobiographie. Cette dernière affleure, comme l’observe M. Santucci, dans Gillion de Trazegnies, plus prodigue en renseignements sur le narrateur que sur le personnage de Gillion. Avec L’histoire de Jason, composée par Raoul Lefèvre, D. Quéruel choisit de s’interroger sur la manière dont ce héros mythique devient l’objet d’une biographie chevaleresque, à mi-chemin entre la littérature et l’histoire, à dessein de propagande politique à la Cour de Bourgogne. À travers des « textes à valeur biographique » (p. 68) et les exemples de Guillaume, comte de Bordeaux, de Guibert de Nogent et d’Abélard, Y. Ferroul s’attache de son côté au moment précis où le fils doit choisir sa vie, sur les traces ou non, de son père.
Dans le registre des Vies de saints, M.G. Grossel situe la Vie de Marie d’Oignies, composée par Jacques de Vitry, aux frontières de la biographie et de l’hagiographie, alors que la Vie de saint Hugues de Grenoble étudiée par N. Nabert apparaît davantage comme une biographie spirituelle, fondée sur les événements de la vie intérieure du saint, mais travaillée aussi par la présence du narrateur.
Dans la veine historiographique, Y. Guilcher démontre comment, avec Saladin, l’entreprise biographique, nourrie des fragments réels d’une vie, est dénaturée au fil du temps et des œuvres, et comment l’image du chef oriental est gauchie en vertu de projets idéologiques ou narratifs. La démarche est autre dans Le Livre de Podio ou Chroniques d’Étienne de Médicis, et la Chronique de Metz de Philippe de Vigneulles, où, selon D. Courtemanche et M. Chopin-Pagotto, les éléments biographiques et autobiographiques permettent de comprendre comment les auteurs perçoivent et retracent l’histoire de leur ville.
Envisageant l’alliance entre le roman et la biographie, S. Menegaldo définit le Roman du Castelain de Coucy et de la dame de Fayel comme une biographie poétique, « c’est-à-dire spécifiquement consacrée à un personnage de poète » (p. 127), tandis que M. Vauthier décèle dans le Conte du Graal de Chrétien de Troyes des éléments biographiques, sans en faire « une biographie au sens banal du terme, ni une hagiographie » (p. 194). Présence de la biographie aussi selon Ph. Logié dans les romans antiques et dans les deux romans de Wace, mais une biographie repensée en termes mythiques.
Par sa diversité, ce recueil a le mérite de proposer des analyses suggestives, plus ou moins convaincantes, qui, tout en témoignant de la difficulté à proposer une définition univoque du genre, reflètent la vitalité de ce vaste champ de recherche.
Catherine CROIZY-NAQUET

L’expansió catalana a la Mediterrània a la baixa edat mitjana, éd. Maria Teresa FERRER I MALLOL et Damien COULON, Barcelone, CSIC, 1999 ; 1 vol. in-8°, X-208 p. (Anuario de Estudios medievales, Annex 36). ISBN : 84-00-07840-3.

Ce petit ouvrage est issu de la coopération entre la Casa de Velázquez (Madrid) et l’Institució Milà i Fontanals du CSIC (Barcelone) qui s’est manifestée au travers d’un séminaire, tenu à Barcelone en 1998, où chercheurs catalans et français ont examiné les enjeux économiques de l’expansion catalane en Méditerranée.
Au milieu du XIVe siècle, les marchands-armateurs catalans, à travers la figure de Joan Lombarda, étudié par D. Coulon, apparaissent comme très proches du pouvoir, et ne dédaignent pas, outre leurs initiatives commerciales en direction de la Méditerranée orientale, de se rendre utiles à la Couronne lors d’opérations maritimes prenant place dans le cadre des guerres contre Gènes, la Castille ou lors de la révolte de la Sardaigne. L’institution des Consulats de Mer (en 1279 à Barcelone) a favorisé l’organisation collective du commerce dans les villes catalanes ; on sait moins que leur imitation, dans les ports étrangers, par la création des Consulats d’Outremer fournit à ces marchands un point d’appui important pour leur commerce, par exemple à Alexandrie, Palerme, Constantinople, mais aussi Pise, Gènes et Séville ou Alméria, partout les consuls catalans en poste veillaient aux bonnes relations avec les autorités locales, garantissaient la sûreté des marchandises des Catalans dans leurs alfòndecs, les entrepôts maritimes, les avertissaient des dangers de piraterie (M.T. Ferrer, D. Duran). Même à Grenade, où l’historiographie privilégie par trop le rôle des Génois, les Catalans furent actifs (R. Salicrú). Au Maghreb (M.D. Lopez), ou à Bougie (D. Valerian), comme en Cilicie (C. Mutafian), auprès du royaume arménien fondé en 1198, les Catalans obtiennent des privilèges de commerce : ces régions fournissaient cuir, laine, cire, alun et aussi de l’or de provenance africaine, et recevaient du sel d’Ibiza, de l’huile, des grains, du coton, du fil, des draps en provenance de Catalogne, mais aussi des produits de réexportation, textiles de Bourgogne par exemple. Catalans, c’est-à-dire Barcelonais, Valenciens et Majorquins se répartissaient les aires d’influence commerciale ainsi que les marchés des produits, en fonction de leurs possibilités d’approvisionnement. Le commerce maritime est d’ailleurs très souvent complexe : partant de Barcelone pour la Sicile, les navires passent par Tunis, déchargent et chargent avant de se rendre à Palerme, puis il n’est pas rare qu’une partie du blé sicilien revienne à Tunis, nouvelle escale sur le chemin de retour. Les portulans catalans des XIVe et XVe siècles gardent témoignage de ces routes commerciales privilégiées : la Cilicie, par exemple, y est bien située, et désignée une fois comme « Petite Arménie ».
Les relations diplomatiques viennent consolider dans un second temps ces échanges commerciaux. Un intéressant document publié, en arabe, transcrit et étudié par M. Viladrich, livre le contenu d’un traité de paix daté de 1429-1430 entre Alphonse le Magnanime et le sultan mamelouk Barsbay qui codifie les privilèges des marchands catalans opérant sur le domaine du sultan, ainsi que les droits et prérogatives des consuls catalans.
J. Aurell avance l’idée selon laquelle les marchands catalans, au cours du XVe siècle, tournant le dos aux entreprises risquées, se montrèrent davantage enclins aux investissements plus assurés, comme l’achat de rentes publiques, de biens immobiliers en ville ou de propriétés rurales, développant un état d’esprit aristocratique expliquant qu’ils soient restés bien en retrait par rapport à l’esprit d’entreprise de leurs homologues italiens.
L’ouvrage se lit avec beaucoup d’intérêt, alternant des études de cas utilisant une documentation riche avec des visions plus larges de mentalités, d’aires régionales ou de relations politiques. L’appareil de notes fournit de riches indications bibliographiques, parfois difficiles à connaître pour le lecteur français. Un travail utile, qui permettra sans doute de réévaluer la place des Catalans – de toutes origines et de toutes motivations – dans la Méditerranée médiévale.
Aymat CATAFAU

La Commanderie, institution des ordres militaires dans l’Occident médiéval, éd. Anthony LUTTRELL et Léon PRESSOUYRE, Paris, Éditions du CTHS, 2001 ; 1 vol. in-8°, 361 p. (Archéologie et histoire de l’art, 14). ISBN : 2-7355-0485-9. Prix : € 46.

Ce luxueux volume broché rassemble les communications de 22 chercheurs rassemblés à Sainte-Eulalie-de-Cernon (Aveyron) les 13-15 octobre 2000 en vue d’étudier le plus petit dénominateur commun des ordres militaires. En résultent quatre chapitres tournant autour de la typologie des commanderies, de leur personnel, de leur organisation, de leurs activités économiques, complétés par une évocation de la commanderie de Sainte-Eulalie, remarquablement conservée. L’article de J. Riley-Smith sur l’apparition des premières commanderies hospitalo-templières en Occident (p. 9-18) précède une brève analyse de J.M. Carbasse sur le statut juridique reconnu à ces établissements au Moyen Âge (p. 19-27). Leurs commandeurs tout en étant protégés par le droit canon semblent ne pas avoir hésité à solliciter la justice royale en cas de litiges avec leurs sujets ou des baillis sourcilleux. Une cinquantaine d’affaires consignées dans les registres des Olim des années 1254-1318 mettent en évidence les actions communes du Temple et de l’Hôpital dans certains contentieux au même titre que la suspicion royale à l’égard de leurs aspirations judiciaires. La monarchie tend en effet sous l’action de saint Louis à les déposséder de leurs droits de haute-justice quand leurs archives ne permettent pas de les établir scrupuleusement. Les communications qui suivent retracent le destin de provinces régionales de l’Hôpital et des grands ordres ibériques impliqués dans la Reconquista comme celui de Santiago ou de Montesa au bas Moyen Âge (p. 29-90). C. de Ayala Martínez distingue à ce propos dans le royaume de Castille des phases de formation, de territorialisation et de patrimonialisation liée à une pérennisation des chevaliers et commandeurs ibériques, impensable dans l’Orient des croisades. L’analyse prosopographique du personnel employé dans les commanderies occidentales s’enorgueillit d’un article d’H. Nicholson sur la place dévolue aux femmes dans ces sociétés masculines (p. 125-134). Il résulte de la confrontation de sources ténues que les femmes ont occupé une place fréquente dans ces établissements militaires sans avoir été cantonnées nécessairement dans des structures séparées. La suite du volume rassemble d’intéressantes synthèses sur l’architecture des commanderies templières catalano-aragonaises (p. 187-217) et l’organisation stratégique des commanderies teutoniques de Prusse et de Livonie (p. 219-242). On doit à J. Fuguet Sans de replacer les constructions aragonaises dans la tradition hispano-mauresque tout en soulignant les emprunts à l’architecture de Terre sainte comme dans le cas du château de Miravet. Sv. Ekdahl dresse pour sa part une typologie et un inventaire des commanderies édifiées par les teutoniques afin de contrôler leurs fragiles conquêtes. On retiendra parmi les dernières contributions de ce volume l’analyse de R. Favreau sur l’implantation des hospitaliers dans le diocèse de Saintes en 1373 (p. 261-276), ainsi que l’article novateur de Zs. Hunyadi sur les compétences notariales dévolues aux commanderies hospitalières de Hongrie à travers leur loca credibilia reconnus par la royauté (p. 285-296). L’ensemble de ces études démontre la vigueur des recherches en cours sur les ordres militaires comme la diversité de leurs activités secondaires.
Pierre-Vincent CLAVERIE

PHILIPPE DE COMMYNES, Mémoires sur Charles VIII et l’Italie. Livres VII et VIII, éd. Jean DUFOURNET, Paris, GF Flammarion, 2002 ; 1 vol. in-8°, 535 p.

La familiarité de J. Dufournet avec la vie et l’œuvre de Philippe de Commynes est bien connue : l’édition des livres VII et VIII des Mémoires s’inscrit dans la continuité des six premiers livres, que J.D. avait publiés en 1979 [1], et bénéficie de la documentation rassemblée dans ses essais et articles, dont elle confirme les positions.
L’établissement du texte original en respecte le style oral et la rigueur du raisonnement logique. J.D. s’est appuyé sur le manuscrit Polignac (B.N.F., nouv. acquis. franç. 20960), qui a appartenu à la nièce de Commynes et qui est le seul à contenir les huit livres des Mémoires. Mais il n’a pas négligé les éditions antérieures, jusqu’à celle de Denis Sauvage (1552), quand elles aident à la compréhension de passages ambigus. La traduction en français moderne facilite l’accès au texte. Outre les éclaircissements historiques, d’abondantes notes lexicologiques et grammaticales éclairent les faits de langue du moyen français. L’index des mots expliqués offre un outil très précieux aux recherches philologiques.
La matière des livres VII et VIII (l’expédition italienne de Charles VIII en 1494-1495) nécessitait, pour être comprise du lecteur moderne, que soient explicitées les nombreuses allusions à l’actualité du mémorialiste : J.D. s’y est consacré en consultant des documents diplomatiques, épistolaires et historiques. L’abondance des personnages présents sur la scène des Mémoires justifiait la constitution d’un index commenté : J.D. n’a pas reculé devant l’ampleur de la tâche et met à notre disposition vingt-quatre pages de notices alphabétiques. Les maisons d’Anjou, d’Espagne et de Naples, la dynastie des Sforza, font l’objet d’arbres généalogiques. Une chronologie des années 1483-1500, ainsi que le rappel des papes et souverains contemporains de Charles VIII, apportent d’utiles mises au point sur la période. Enfin, ce voyage en Italie est balisé de repères géographiques (carte de l’itinéraire entre Turin et Naples). Une bibliographie guide les pas du lecteur désireux de poursuivre l’enquête.
L’introduction, riche et dense, expose les circonstances de production de l’œuvre : participation diplomatique et militaire de Commynes à l’expédition, impact de ses rencontres sur sa pensée (notamment Jérôme Savonarole, qui suscita peut-être la « conversion » (p. 32) de l’historien en l’invitant à ne plus envisager la seule intelligence humaine, mais aussi la lumière de Dieu). J.D. s’applique à mesurer l’évolution des idées commyniennes au terme des Mémoires. L’expérience des années 1494-1495 affine les considérations politiques des six premiers livres et complète le portrait de la nature humaine : préférence de la diplomatie sur la guerre, critique de la tyrannie, éloge du prince (au modèle parlementaire anglais succède, désormais, celui du doge de Venise), complexité d’un univers où le double jeu permanent invite à « un scepticisme méthodique » (p. 26), quête d’une vérité qui se refuse dans « cet opaque écheveau de manœuvres retorses et de subtiles combinaisons » (p. 21)… Plus qu’à un idéal politique, l’Italie amène Commynes à réfléchir à une pragmatique du gouvernement qui, par la primauté accordée à la conjoncture, annonce les théories de Machiavel et Guichardin. J.D. renouvelle son invitation à accorder la plus grande attention au vocabulaire employé par le mémorialiste pour décrire la vie politique de son temps : les « pratiques » et le « travail », les « partialités », les « intelligences », la « bestialité » des princes ou, au contraire, leur « vertu », sont autant de mots-clés qui permettent de décrypter le sens du texte.
L’édition des livres VII et VIII des Mémoires de Commynes nous propose de voyager non seulement dans l’Italie des années 1494-1495 (Commynes s’attachant surtout à décrire la beauté et la puissance de Venise) mais aussi à travers les schèmes de pensée d’un auteur soucieux de mettre le fruit de son expérience personnelle au service du bien public. Une fois de plus, le travail de J.D. suscitera l’intérêt d’un public élargi, historiens, littéraires et philologues.
Élisabeth GAUCHER

Micrologus. Natura, scienze e società medievali. Nature, sciences and medieval societies, t. 9, Gli Ebrei e le Scienze. The Jews ans the Sciences, Florence, SISMEL-Edizioni del Galluzzo, 2001 ; 1 vol. gr. in-8°, 300 p., ill.

Ce nouveau volume thématique de la revue Micrologus rassemble quinze contributions en anglais, français et italien sur « les juifs et les sciences » entre le XIe et le XVe siècle. Aucun lien ou axe particulier ne semble réunir les exposés, qui ne sont pas précédés d’une introduction générale. À noter pourtant, en annexe (!) de l’article de T. Lévy, une très utile présentation d’ensemble de la littérature mathématique hébraïque au Moyen Âge. L’ensemble du volume tend à montrer qu’entre le XIIe et le XVe s., la langue hébraïque, d’abord limitée au langage biblique, s’est remarquablement enrichie de la science grecque et des apports arabes et latins collectés au cours des émigrations successives et est devenue la lingua franca de cette communauté. Les juifs espagnols émigrés suite à la conquête d’Al-Andalus par les dynasties berbères des Almoravides (1090) et des Almohades (1145), conservèrent pourtant la langue arabe comme véhicule de la pensée pendant trois siècles.
Vu la qualité générale du contenu, on pourrait souhaiter davantage de soin apporté à la typographie et à la composition de l’index général (nombreuses fautes de frappe, erreurs dans les noms étrangers, index mélangeant les langues dans les noms d’auteurs : pourquoi tantôt le français, tantôt l’italien pour certains noms médiévaux espagnols, par ex.).
En dépit de son titre assez général, l’article de R. Barkai (Origines et sources de la médecine hébraïque au Moyen Âge) insiste sur la gynécologie au sein de la « renaissance de la culture hébraïque en terre chrétienne », car c’est la seule discipline qui échappa au galénisme arabe. Sans entrer dans l’étude de cas particuliers ni souligner l’importance de telle ou telle source, il retrace les grandes œuvres en traduction comme autant d’étapes du passage de la « langue sacrée » au langage scientifique.
L’article, bref, de L. Ferre (The place of scientific knowledge in some Spanish Jewish authors) montre que les juifs se sont imprégnés de la culture grecque et arabe dès leur introduction dans la société savante à Bagdad au VIIIe s. Dans la recherche du Royaume à travers les sciences de la raison, elle relève les figures de Shlomoh ibn Gabirol (Fons vitae), Bahyah ibn Pakudah, Yosef ibn Zaddiq (Sefer ha-Olam ha-Qatan), Maimonide, Yahudah ha-Levi (opposé aux sciences profanes), Saadiah Gaon (accorde révélation et raison), Abbraham bar Hiyya.
À souligner, l’excellente et claire contribution spécialisée de T. Lévy, Les débuts de la littérature mathématique hébraïque : la géométrie d’Abraham bar Hiyya (XIe-XIIe s.). Grand connaisseur des manuscrits originaux, il souligne les traits distinctifs (contenu, langue, sources, tradition, lien avec le commentaire biblique, circulation) des premiers textes scientifiques rédigés en hébreu et livre une étude exemplaire de l’un d’entre eux. Les mathématiques hébraïques sont nées entre le XIIe et le XIVe s. en Espagne chrétienne et en Provence, et sont le fait de juifs arabophones qui traduisirent, pour la plupart, des traités de science grecque de l’arabe vers l’hébreu, sans qu’on y décèle une véritable tradition de recherche. Bar Hiyya travailla d’abord dans le royaume arabe de Saragosse, puis surtout en terre chrétienne de Barcelone, où il aida, entre autres, Platon de Tivoli dans des traductions latines d’ouvrages d’astrologie et d’astronomie.
L’article encyclopédique de S. Sela se consacre à l’autre mathématicien juif renommé de la même époque, Abraham ibn Ezra (1089-1167). Outre l’exploitation d’un matériel inédit, il repose sur une bibliographie large et une connaissance approfondie de la production scientifique (plus de 20 traités) d’ibn Ezra dont il met en évidence la création d’un lexique scientifique. M. Grmek (†) édite et traduit les réponses tolérantes et libérales du moine vénitien Paolo Sarpi (1552-1623) dans le but d’aider le Sénat de Venise dans son opposition aux abus séculiers de la primauté papale, dans le cas particulier de l’exercice de la médecine par les juifs dans la région de Split (Dalmatie).
Sous le titre La polemica medieval contro la cultura e la scienza degli ebrei, P. Morpurgo rassemble un catalogue d’opinions, y compris juives, qui tendent à montrer la supériorité de l’éducation savante (dont celle des enfants) chez les juifs à l’époque où les Arabes et les Chrétiens ne la pratiquaient pas. La plupart des témoignages (XIIe-XVe s.) concernent la médecine. B. Huss illustre brièvement trois modèles de positions de la philosophie et du mysticisme dans la Kabbale : l’un les situe dans le même corps de connaissances, l’autre en donne une vue hiérarchisée où la philosophie est première, tandis que le dernier rejette la philosophie comme fausse et non juive.
Dans une contribution à la fois sociologique et scientifique, P. Biller (A « scientific » view of Jews from Paris around 1300) rassemble des témoignages arabes (IXe s.) et surtout latins (XIIIe s.) associant les juifs à la mélancolie, la bile noire et l’affection des hémorroïdes. G. Freudenthal analyse la perception de la philosophie par les opposants à son étude (particulièrement Rashba et Abba Mari), au début du XIVe s., qu’ils soient traditionalistes ou rationalistes ; ces derniers eurent une attitude ambivalente. J. Schatzmiller apporte, par la relecture d’un prologue à une traduction, un élément nouveau dans les controverses historiographiques entourant le personnage de Jacob ben Elie, traducteur vénitien de la fin du XIIIe s. qui aurait bien vécu à Venise et non à Valence. M. Zonta identifie un nouveau commentaire à la Physique d’Aristote par le Juif Yahudah Messer Leon (1473/5) en dressant une fresque des commentateurs juifs de ce texte d’Aristote du XIIIe au XVe s. À l’exception de ce commentaire novateur (influence de l’averroïsme latin), il montre la prévalence de l’héritage gréco-arabe sur les nouvelles théories scolastiques. Par l’examen des commentaires et citations, Y. Tzvi Langermann évalue la place d’un texte pythagoricien fondamental (l’Introduction à l’arithmétique de Nicomaque de Gérase) dans la tradition hébraïque et traduit deux textes hébraïques sur les propriétés des nombres. G. Tamani étudie les manuscrits autographes ou non de la bibliothèque du mantouan Mordekay (= Angelo) Finzi au XVe s. Elle contenait un grand nombre de textes astronomiques, astrologiques et mathématiques. D. Quaglioni étudie les conditions d’accès des juifs au doctorat à Naples et à Trente aux XVe et XVIe s. Enfin, M. Sivera relève quelques étapes dans l’évolution de la conception du miracle, des sources rabbiniques à Spinoza.
Isabelle DRAELANTS

Anne GRONDEUX, Le Graecismus d’Évrard de Béthune à travers ses gloses. Entre grammaire positive et grammaire spéculative du XIIIe au XVe siècle, Turnhout, Brepols, 2000 ; 1 vol. in-8°, VII-553 p. (Studia Artistarum. Études sur la Faculté des arts dans les Universités médiévales, 8). Prix : € 74.

On ne sait à peu près rien d’Évrard de Béthune qui composa notamment, au début du XIIIe siècle, le fameux Graecismus, un manuel poétique de grammaire en 27 chapitres et 4 579 vers. À travers l’étude des gloses de ce manuel qui a eu beaucoup de succès (on en connaît quelque deux cent cinquante manuscrits et une dizaine d’éditions), l’A. cherche à montrer qui le lisait et l’utilisait et comment ils le faisaient. On trouvera donc ici, après un état de la question sur l’œuvre et son auteur, une enquête minutieuse de la tradition des gloses qui accompagnent le Graecismus dans un corpus de manuscrits provenant d’une aire géographique couvrant l’ensemble de l’Europe et allant du XIIIe au XVe siècle. Dans une première partie (p. 5-221), l’étude envisage la glose dans son aspect de texte mouvant et montre que trois traditions de gloses (Jean de Garlande vers 1235-1240, des anonymes vers 1260, Jupiter vers 1300 – celui que L. Delisle appelait, à la suite d’une lecture fautive, « Maître Yon ») sont successivement apparues pour éclairer l’œuvre et en faire un instrument scolaire de plus en plus complet et technique au point de fournir progressivement un véritable texte autonome, émancipé du texte-support par une mise en page qui instaure une équivalence de dignité entre le Graecismus et sa glose. La deuxième partie (p. 223-458) examine les apports spécifiques de chaque époque, qui font bénéficier la glose des trois approches de la grammaire (celles-ci ne coïncidant cependant pas exactement avec les trois traditions de commentaire) : l’approche lexicographique qui étudie les mots non pas dans des énoncés, mais dans leurs rapports de synonymie ou d’homonymie, l’approche intentionnaliste vouée à l’étude des énoncés figurés et l’approche modiste qui a marqué la Faculté des arts à partir des années 1270 et qui voit dans les modes de signifier la cause exclusive de la construction, celle-ci devant rien à la signification. Une troisième partie comprend une édition critique des cinq prologues du ms. de Paris, B.N.F., lat. 1474. Cette thèse extrêmement érudite, dont la typographie et la mise en page – cela mérite d’être souligné – ont été directement assurées par l’A. avec un soin exemplaire, est parfois assez austère, mais ses apports dépasse largement le cadre de la grammaire médiévale proprement dite : elle constitue bien sûr une contribution importante dans le domaine des idées linguistiques et de l’enseignement de la grammaire et du latin au Moyen Âge, mais elle éclaire aussi le genre littéraire de la glose qui devient, dans le cadre des commentaires du Graecismus, le véritable texte, comme le montre si bien A.G., celui qui intéresse les enseignants, les vers de l’œuvre commentée n’étant plus là que comme instrument de mémorisation, non pas d’eux-mêmes, mais du cours qui les accompagne. Ce travail permet ainsi de pénétrer dans le monde très vivant des copistes, des maîtres et des jeunes diplômés de la Faculté des arts qui se consacrent à la grammaire et rédigent des gloses directement inspirées par les cours qu’ils ont suivis. En définitive, ce livre nous plonge donc au cœur même de l’enseignement et de la pensée médiévale.
Jean MEYERS

Mentis amore ligati. Lateinische Freundschaftsdichtung und Dichterfreundschaft in Mittelalter und Neuzeit. Festgabe für Reinhard Düchting zum 65. Geburtstag, éd. Boris KÖRKEL, Tino LICHT et Jolanta WIENDLOCHA, Heidelberg, Mattes Verlag, 2001 ; 1 vol. in-8°, 618 p.

À l’occasion de son 65e anniversaire, ses collègues et amis ont voulu honorer Reinhard Düchting, qui enseigna, pendant de nombreuses années, à l’Université de Heidelberg, au Séminaire de Philologie latine du Moyen Âge et de la Renaissance, fondé en 1957 par son maître Walther Bulst. Le beau volume d’hommages qui lui est ici dédié, sous une élégante formule empruntée à un Carmen ad amicum attribué à Walahfrid (59, 5), rassemble 45 études autour d’un thème très riche, celui de l’expression de l’amitié dans la littérature latine de l’Antiquité tardive à la Renaissance, spécialement dans la poésie, à laquelle R.D. ne cessa de s’intéresser depuis son commentaire remarquable des Carmina de Sedullus Scottus (1965). Je ne peux évidemment qu’évoquer ici très brièvement les 45 études rassemblés dans ce gros ouvrage. Quatre articles touchent à l’Antiquité tardive : celui d’E.O. Pereira sur l’amour et l’amitié dans les Evangeliorum libri de Juvencus, celui d’E. Raffel sur le poème de Colomban Fidolio Fratri Suo (avec texte et trad.), celui de W. Berschin et D. Blume sur les deux poèmes de Fortunat dédiés à Dyname de Marseille (Carm. VI, 9 et 10, avec texte et trad.) et l’intéressante analyse que D. Walz consacre à la structure d’une des élégies les plus célèbres du même Fortunat (App. carm. 1). Le reste se partage entre les littératures médiévale et humaniste. Parmi les 12 articles consacrés au Moyen Âge, quelques-uns traversent plusieurs époques, comme l’histoire des différentes significations du mot sodes (P. Stotz), l’étude originale du rôle des femmes dans les cercles littéraires du Moyen Âge – celui de Boniface et Lullus de Mayence ; le cercle des poètes de la Loire (Hildebert, Marbode et Baudri) et le cercle des auteurs des Carmina Ratisponensia – (B. Pabst) et la contribution sur l’idée d’amicitia dans le Waltharius, l’Ecbasis captivi et le Ruodlieb (B.K. Vollmann). Tous les autres sont consacrés à une œuvre ou à un auteur : on trouvera ainsi des réflexions sur le poème ad amicum attribué à Walahffid (G. Becht-Jördens), sur les liens d’amitié entre Alcuin et Hraban à travers le témoignage du manuscrit du Liber sanctae crucis dédié à Tours (M.C. Ferrari), sur le célèbre poème érotique (avec texte et trad.) O admirabile Veneris idolum (Sv. Limbeck), sur la réception des pièces de Martial traitant du thème de l’amitié (11, 24.43 ; 111, 26.46) chez l’épigrammatiste Godefroid de Winchester (W. Maaz), sur le sens de l’invocation à Thalle dans les poèmes de Folcuin de Saint-Amand (C. Bottiglieri), sur le De spiritali amicitia d’Elred de Rievaulx, sur l’emploi et le sens d’amica/-us dans le poème 9 des Carmina Riuipullensia et dans les Carmina Ratisponensia (J.M. Gázquez), sur le De commendatione psalmorum (avec édition princeps) dédié au XlIe siècle par une peccatrix M. à son frère, peut-être abbé ou évêque (P.G. Schmidt) et, enfin, sur le vocabulaire de l’amitié et du plaisir chez le chancelier impérial Johann von Neumarkt († 1380). Le reste touche donc au latin humaniste (29 articles, dont quelques-uns d’ailleurs dépassent le cadre de la Renaissance, comme celui sur la traduction latine par Benjamin Gottlob Fischer de l’élégie de Goethe Hermann und Dorothea, celui sur le philologue du XXe siècle Ernst Zinn ou encore celui sur l’amicitia dans le Far West, qui évoque l’amitié devenue légendaire entre le marshal Wyatt Earp et le « dentiste » à la gachette facile « Doc » Holliday) : un grand nombre d’humanistes sont ici à l’honneur, tels Clemens Ianicius, David Chytraeus, Melanchthon, Laurentius Schnell, Ursinus Velius, Petrus Lotichius Secundus, Elie Vinet, Thomas Wyatt, Guilielmus Hesius S.J., Fabio Chigi (le pape Alexandre VII à partir de 1655), Job Rückersfeld, Johann Ludwig Fabricius. Bref, il s’agit là d’un très riche volume qui intéressera les spécialistes du latin médiéval comme ceux du latin humaniste,
Jean MEYERS

Les fortifications dans les domaines Plantagenêt, XIIe-XIVe siècles. Actes du Colloque international tenu à Poitiers du 11 au 13 novembre 1994, sous la dir. de Marie-Pierre BAUDRY, Poitiers, Centres d’Études Supérieures de Civilisation Médiévale, 2000 ; 1 vol. in-4°, 138 p. et pl. (Civilisation Médiévale, 10). ISBN : 2-9514506-3-X. Prix : FRF 220.

Peut-on parler d’une architecture militaire « Plantagenêt », comme certains parlent d’une architecture « philippienne » ? Cette question fut au cœur du colloque qui se tint à Poitiers en 1994, dont les actes viennent seulement d’être publiés. Le volume rassemble neuf communications, et des comptes rendus de travaux en cours viennent compléter l’ensemble. Une étude introductive d’A. Debord rappelle les conditions – très contrastées selon que l’on se trouve en Normandie, en Anjou, ou en Aquitaine – de la politique de fortification dans les terres relevant de la dynastie, mais postule un début de territorialisation du pouvoir dans ses principautés. Haut lieu de la présence anglo-angevine en Normandie, Château-Gaillard relève en fait, comme le montre Chr. Corvisier, de l’apparat plutôt que des nécessités de la défense : le mythe qui s’est construit autour de la forteresse de Richard Cœur de Lion est habilement démonté par la mise en valeur de l’influence des contraintes du site sur le plan adopté, et du caractère expérimental, voire insolite ou incohérent, de certains éléments de la fortification. M.P. Baudry montre par contre que le château de Niort, étroitement associé au port, fut marqué davantage par sa fonction de défense et d’entrepôt que par celle de résidence. Quelques caractéristiques architecturales, ainsi les mâchicoulis sur arcs et les archères, tout comme la qualité de la construction et les moyens financiers consentis, permettent d’associer directement, pour l’auteur, la construction du château au patronage de la famille angevine, les tours jumelles du donjon étant même peut-être la transcription architecturale de la co-souveraineté de Henri II et de Richard comte de Poitou. Dans son étude des vestiges des fortifications de Poitiers, Ph. Durand propose de dater l’enceinte du règne de Henri II, peut-être avant les années 1170-1180, le château ayant sans doute été élevé plus tard par Philippe Auguste : Poitiers serait ainsi un des premiers exemples de l’architecture militaire angevine en Aquitaine. Finalement, l’étude de B. Le Cain sur les fortifications de Harfleur au début du XVe siècle vient rappeler l’importance de l’investissement anglais – dans le cas de Harfleur, la tour Perdue, et l’adaptation des fortifications à l’arme à feu – dans les ouvrages normands pendant la période d’occupation des Lancastre. J. Miquel, dans sa communication sur l’armement des châteaux dans la Gascogne anglaise entre 1250 et 1325, apporte un contrepoint utile : c’est aussi, sinon davantage, la force en hommes et la qualité des combattants qui font la supériorité d’une fortification.
Deux communications portent sur l’espace des îles Britanniques. D. Renn examine les constructions royales en Angleterre du début du règne d’Étienne à la mort de Jean sans Terre. L’intervention de Henri II se caractérisa par la limitation des constructions baronniales, par le renforcement de constructions en place (quatre-vingt-dix châteaux royaux, dont Londres et Douvres, bénéficièrent, à un moment ou à un autre, de campagnes de travaux), et par la construction sur plusieurs sites de donjons rectangulaires et dans quelques cas polygonaux, la seule construction entièrement nouvelle étant le château d’Orford (Suffolk). L’archaïsme de la construction est un trait dominant de la période angevine en Angleterre, ce qui contraste avec les innovations perçues par les historiens des fortifications angevines dans l’espace français : ainsi, ce ne fut qu’après 1200 que l’archère devint commune dans les constructions militaires anglaises. T.E. McNeill examine les limites du pouvoir Plantagenêt en Irlande, et ce à plus d’un titre, puisque les rois d’Angleterre cédèrent le pas, dans la politique de construction, aux grands nobles sur cette terre périphérique : les seules constructions royales anglaises importantes sont dues à l’initiative de Jean sans Terre, qui construisit Dublin et fit agrandir Carrickfergus, lançant également une campagne de travaux, mais sans pouvoir la terminer, à Limerick. L’introduction au volume par J. Mesqui et son étude sur les tours à archères tentent de dégager les « aspects identitaires », des réalisations des Plantagenêt, expression du pragmatisme, de la coutume et de l’usage, de la reconnaissance des caractères locaux, et Ph. Durand postule dans la conclusion « une recherche d’identité à travers l’architecture castrale ». La lecture des différentes communications oblige à reconnaître l’importance de la défense active des constructions édifiées dans l’espace français sous le patronage des Plantagenêt. Mais il est dommage peut-être que les séries financières disponibles pour l’Angleterre ne le soient pas au même degré pour les terres françaises de la dynastie angevine, dans la mesure où elles auraient permis de recourir à d’autres modèles d’explication, comme les modes de recrutement des maçons ou la circulation des techniques et des styles d’un chantier à l’autre.
Frédérique LACHAUD

Kirsi SALONEN, The Penitentiary as a well of grace in the late Middle Ages. The example of the Province of Uppsala 1448-1527, Saarijärvi, Gummerus Oy, 2001 ; 1 vol. in-8°, 458 p. (Annales Academiae Scientiarum Fennicae, 313). ISBN : 951-41-0890-6.

Les Annales Academiae Scientiarum Fennicae nous offrent ce très bel ouvrage d’une jeune historienne qui fait ici œuvre de pionnière. Voici maintenant plus de quinze ans que, sur les traces de Mgr F. Tamburini, des chercheurs, jusqu’ici issus principalement de l’école historique allemande, s’intéressent aux archives anciennes de la Pénitencerie apostolique, transférées du Palais de la Chancellerie aux Archives Vaticanes, à tel point que l’Institut historique allemand de Rome a produit le Repertorium Poenitentiarie Germanicum, un instrument de travail incomparable que l’on doit au travail immense de L. Schmugge et de ses collaborateurs. Contrairement aux éditeurs du R.P.G., K. Salonen ne nous livre pas de regestes, mais une analyse approfondie du contenu des suppliques envoyées par la province ecclésiastique d’Uppsala à la Pénitencerie pendant plus de trois quarts de siècle. Cette province couvrait une bonne partie de la Suède et de la Finlande actuelles et comprenait sept diocèses. La Curie romaine devait apparaître bien lointaine aux Scandinaves. Il n’en demeure pas moins que ces derniers acquittaient leurs obligations envers la papauté et entretenaient avec elle des relations suivies.
L’A. entame son propos par un examen général des relations entre la province d’Uppsala et Rome. Elle poursuit avec la question des sources en soulignant que, si l’essentiel se trouve aujourd’hui au Vatican, les archives locales peuvent aussi receler quelques trésors passés inaperçus jusqu’ici. Elle enchaîne alors avec un parcours historiographique et un aperçu des entreprises éditoriales et nous lui savons gré de faire allusion à la contribution belge en la matière. Dans la première partie de l’ouvrage, le lecteur a droit à un exposé systématique sur ce tribunal d’intense activité que fut à la fin du Moyen Âge et au début des Temps modernes la Pénitencerie apostolique. C’est l’occasion pour l’A. de se livrer à une étude diplomatique approfondie des suppliques et de faire prendre conscience de la longueur du chemin qui pouvait exister entre la supplique de l’impétrant et la lettre qui y répondait… Et de rappeler que le travail de la Pénitencerie s’appuyait sur un outil sans pareil : le droit canon. K.S. regroupe les matières en cinq catégories, qu’elle traite une par une : les mariages interdits, les crimes de toute nature, la carrière ecclésiastique, l’illégitimité, la confession d’un seul péché. La seconde partie est bien entendu réservée à la situation particulière de la province d’Uppsala. En deux cents pages, l’A. fait le tour de la question et nous offre ainsi un formidable matériau de comparaison, ne fût-ce qu’avec les informations contenues déjà dans le Repertorium Poenitentiarum Germanicum. Tables et figures insérées dans le texte dispensent de longueurs inutiles et de commentaires bavards. Le tribunal de la Pénitencerie apparaît bien comme un « puits » de grâces.
En appendice, on trouvera la liste des registres dépouillés pour la période concernée, une liste des évêques de la province d’Uppsala, la structure d’une supplique, celle d’une lettre, la carte de la province, une bibliographie qui va à l’essentiel et, pour conclure, un index des noms de personnes et de lieux. Au total, un ouvrage de consultation agréable, dont on appréciera la grande clarté de l’exposé, et qui deviendra vite une référence pour les spécialistes de ce fonds d’archives vaticanes.
Monique MAILLARD-LUYPAERT

Der Fehltritt. Vergehen und Versehen in der Vormoderne, éd. Peter VON MOOS, Cologne-Weimar-Vienne, Böhlau, 2001 ; 1 vol., XXIV-468 p. (Norm und Struktur. Studien zum sozialen Wandel in Mittelalter und früher Neuzeit, 15).

Ce volume est le fruit d’une rencontre entre philologues, historiens et sociologues tous spécialistes de la période médievale ou de la Renaissance, travaillant sur des cultures et des domaines très variés, mais rassemblés dans le groupe de travail « Gesellschaft und individuelle Kommunikation in der Vormoderne ». La notion fédératrice autour de laquelle se déploient les différentes réflexions présentées ici est celle du « Fehltritt », littéralement « faux-pas », pris ici naturellement au sens large, englobant à la fois l’écart par rapport à une norme sociale et la déviance par rapport à une attitude morale dominante. La notion est féconde, puisqu’elle permet de s’interroger sur des concepts aussi divers que le péché et la gaffe et, surtout, permet de faire apparaître comment certains discours présentent certaines attitudes comme « naturelles », allant de soi, alors qu’elles sont en réalité culturelles. On peut ainsi voir comment, et par quels rituels, les transgressions peuvent être désamorcées, mais aussi comment celles-ci peuvent constituer soit une remise en question salutaire d’un ordre social fossilisé, soit l’occasion de cimenter celui-ci encore davantage. De même, l’individu, face à sa « faute », peut se montrer honteux ou au contraire rebelle et l’assumer pleinement, tout comme la société peut avoir tendance à étouffer la transgression ou au contraire à la sanctionner. Bref, le faux-pas est un excellent détecteur de structures mentales et sociales. Tous ces aspects sont évoqués en ouverture par P. von Moos, responsable à la fois de la préface (p. XI-XXIV) et du long essai introductif (p. 1-96) proposant un inventaire des différents (para)-synonymes en latin, français, allemand et anglais, à l’époque médiévale et moderne, qui dégage, précisément, les contours des différents champs notionnels à des époques diverses. Des exemples pris à Joinville, Chastellain et Commynes illustrent la gamme des possibilités. Les autres contributions, dont voici la liste, couvrent de vastes pans de la culture médiévale et moderne : B. Jussen, Nicht einmal zwischen den Zeilen, p. 97-107 [à propos du faux-pas chez les écrivains latins chrétiens] ; G.P. Marchal, Fehltritt und Ritual. Die Königskrönung Friedrichs III und Herrscherbegegnungen in Frankreich : Eine Recherche, p. 109-138 [étude sur la cérémonie du couronnement, comprise comme un rite de transition entre deux pouvoirs. Les exemples sont du XVe siècle] ; V. Groebner, Regel, Ausnahme, nachträgliche Benennung. Ueber Geschenke, Fehltritte und ihre Berichterstatter im 15. Jahrhundert, p. 139-149 [sur les cadeaux et dons dans le cadre d’un réseau diplomatique élaboré] ; Kl. Schreiner, Adams und Evas Griff nach dem Apfel-Sündenfall oder Glücksfall, p. 150-175 [au siècle des Lumières, la consommation du fruit défendu est présentée comme une felix culpa, ayant permis l’émancipation de l’Homme] ; Al. Hahn, Schuld und Fehltritt, Geheimhaltung und Diskretion, p. 177-202 [enquête sur la façon dont les individus et sociétés réagissent face à des transgressions d’ordre divers] ; Ach. Wesjohann, Ut … stultus vel fatuus putaretur – « Fehltritte » früher Franzikaner, p. 203-234 [étude sur la gestion des écarts de conduite en milieu franciscain] ; G. Algazi, Gelehrte Zerstreutheit und gelernte Vergeßlichkeit, p. 235-250 [intéressante étude sur l’étourderie proverbiale du savant] ; D. Bohler, L’impair ou la faute ? La question de la responsabilité, p. 251-263 [étude sur le « manuel » du Chevalier de La Tour Landry qui installe un discours normatif à travers le recours à des exempla] ; R. Schnell, Literarische Spielregeln für die Inszenierung un Wertung von Fehltritten. Das Beispiel der « Mären », p. 265-315 [enquête sur la mise en scène du faux pas dans les textes narratifs brefs en moyen haut allemand] ; J.D. Müller, Kleine Katastrophen, p. 317-342 [les petites catastrophes en question sont les infractions mineures au code de la courtoise, examinées ici à l’aide du roman arthurien allemand] ; W. Röcke, Provokation und Ritual, p. 343-361 [études sur le personnage de Kaie (Keu) dans le Parzifal, vu comme le représentant officiel et indispensable d’une violence ritualisée et donc contrôlée] ; Arn. Angenendt, Die Epikie. Im Sinne des Gesetzgebers vom Gesetz abweichen, p. 363-376 [l’epikeia, selon Aristote, est l’exigence d’appliquer une sorte d’esprit de la loi à des situations non prévues par le législateur afin de respecter au mieux l’intention et non la lettre d’un texte. Chez saint Paul, on retrouve cette exigence appliquée à la situation du pécheur, auquel on pardonnera ses transgressions] ; R. Newhauser, Zur Zweideutigkeit in der Moraltheologie. Als Tugende verkleidete Laster, p. 377-402 [le thème du vice déguisé en vertu chez les écrivains latins chrétiens permet de faire apparaître chez ces auteurs la conscience de la perméabilité entre public et privé, l’intentionnel et le non-intentionnel dans le domaine de la transgression] ; G. Schwerhoff, Fehltritt oder Provokation ? Theologisch rechtliche Deutung und soziale Praxis der Gotteslästerung im 15. und 16. Jahrhundert, p. 403-118 [les théologiens de la Réforme allemande considèrent le blasphème, en particulier le parjure, comme hautement condamnable. De même, la loi punit sévèrement le parjure, néanmoins, les documents montrent que les peines réellement appliquées sont très clémentes, car le parjure était pratique courante. C’est ce conflit de normes qui est examiné ici] ; K.S. Rehberg, Der « Fehltritt » als Heuristik bedrohter Integrität. Ueber Mikroverletzungen institutioneller Handlungsordnungen, p. 419-446 [vaste étude socio-culturelle sur le faux pas en tant que révélateur d’un ordre social et moral. Montre à la fois la permanence et les différences que subit le concept lors du passage dans l’ère moderne]. En annexe sont reproduits les résumés des contributions en anglais, et un index assez fin clôt ce volume, qui montre bien la fécondité d’une approche interdisciplinaire bien comprise : dans la meilleure des hypothèses – et c’est ici le cas – l’interdisciplinarité permet de comprendre et de mettre en perspective à la fois les notions sur lesquelles le chercheur s’interroge et les concepts qu’il met en oeuvre. C’est dire qu’on est ici aux antipodes de l’interdisciplinarité « additive » destinée à faire fonctionner les pompes à subvention des organismes publics et des sponsors privés trop facilement impressionnés par ce terme à la mode.
Richard TRACHSLER

Franz-Reiner ERKENS, Kurfürsten und Königswahl – Zu neuen Theorien über den Königswahlparagraphen im Sachsenspiegel und die Entstehung des Kurfürstenkollegiums, Hanovre, Hahnsche Buchhandlung, 2002 ; 1 vol. in-8°, XXIX-125 p. (M.G.H., Studien und Texte, 30). Prix : € 20.

Comment expliquer la naissance du collège des princes-électeurs ? Selon la théorie classique, un groupe de princes s’est progressivement réservé un droit de plus en plus exclusif sur l’élection ; l’évolution a trouvé un point d’aboutissement avec la double élection de 1257 et n’a plus été remise en question par la suite. Mais certains auteurs ont voulu donner à la naissance du collège des électeurs une explication beaucoup plus profonde. La théorie défendue par A. Wolf en de nombreux travaux voudrait que la possibilité d’être électeur se soit limitée aux princes descendant des filles d’Othon Ier; parmi ceux-ci on aurait finalement retenu ceux qui avaient épousé des filles de Rodolphe de Habsbourg élu roi en 1273. Dans une telle conception, le collège des électeurs ne peut pas remonter à 1257 mais sa formation se serait tout juste amorcée avec l’élection de Rodolphe de Habsbourg en 1273 et n’aurait été vraiment constituée qu’en 1298. Cette post-datation de l’apparition des électeurs est également défendue par B. Castroph. Fr.R. Erkens montre cependant qu’il n’y a pas de raison de démasquer comme des interpolations tardives les passages du Miroir des Saxons et des annales d’Albert de Stade qui évoquent déjà les futurs électeurs, ou de post-dater quelques autres textes qui les évoquent également. Il est tout aussi réservé en ce qui concerne la démonstration proposée par H. Thomas ; ce dernier a proposé de placer l’apparition des électeurs dans le contexte d’une tentative de coup d’État menée par le roi de Bohême en 1239 : les conjurés, pour légitimer leur projet d’élire un nouveau souverain, se seraient référés à un droit des titulaires d’offices de cour (échanson etc.) d’élire le souverain. Là encore cependant ni les sources ni la vraisemblance ne viennent véritablement étayer cette théorie. Reprenant alors le dossier textuel de l’apparition des électeurs depuis l’élection de 1198 jusqu’à celle de 1257, Fr.R.E. confirme et précise la théorie classique. La notion de « principaux électeurs » alléguée par Innocent III à l’occasion de la double élection de 1198 entre Othon de Brunswick et Philippe de Souabe devrait avoir été reprise à l’argumentation développée par le parti welf qui cherchait à parer son incontestable déficit de partisans par rapport à Philippe. Néanmoins, l’on voit effectivement dès les années 1200 un petit groupe de princes – les trois archevêques rhénans, le comte palatin – auxquels diverses sources tendent à accorder un rôle honorifique privilégié dans la procédure de l’élection, celui de premiers électeurs, et cela devrait aussi correspondre au rôle qu’un fameux paragraphe du Miroir des Saxons attribue aux futurs princes électeurs dans les années 1220. Parallèlement, on constate une forte réduction de la participation aux élections impériales de la part des puissants qui se pressaient encore en nombre au XIIe siècle. L’autorité du Miroir des Saxons, considéré dès les années 1250 comme le droit impérial, fait le reste ; elle devrait notamment avoir consacré la place d’« électeur » du duc de Saxe et du margrave de Brandebourg – qui pendant longtemps n’avaient pas marqué beaucoup d’intérêt pour l’élection – ainsi que du roi de Bohême. En tout état de cause, il est incontestable que, dès la double élection de 1257, les sept électeurs sont en place. L’élection de Rodolphe de Habsbourg et la reprise du paragraphe sur les électeurs du Miroir des Saxons dans le Miroir des Souabes établissent définitivement leurs prérogatives. La démonstration de Fr.R.E. fait simplement naître le collège des électeurs de l’évolution politique de l’Empire du XIIe au XIIIe siècle ; moins séduisante que d’autres, elle n’en est pas moins convaincante.
Jean-Marie MOEGLIN

Chronicon sanctae Sophiae (cod. Vat. Lat. 4939), éd. et com. Jean-Marie MARTIN, coll. Giulia OROFINO, Rome, Istituto storico italiano per il Medio Evo, 2000 ; 2 vol., 898 p., ill. (Fonti per la storia dell’Italia medievale-Rerum italicarum scriptores, 3).

Le manuscrit de la Chronique de Sainte-Sophie (de Bénévent) est un livre remarquable, depuis longtemps connu et utilisé. Pourquoi ne pas considérer d’abord les illustrations qui en sont proposées au milieu du premier volume, en cahier séparé, sur onze pages ? Chaque page présente en réduction deux pages du manuscrit, en couleurs. Avec un peu d’effort, car la page de 28 cm de haut n’en fait plus que neuf, on a le loisir d’admirer la beauté des dessins entièrement coloriés, la qualité de l’écriture et des rubriques ; on est moins bien servi avec les esquisses, dessins au trait trop pâle pour être parlants. G. Orofino a apporté sa collaboration à J.M. Martin pour faire l’étude et la description de ces belles images. On en est vite convaincu, c’est un de ces beaux manuscrits comme savaient les faire les scriptoria d’Italie du sud au XlIe siècle, dans une écriture bénéventaine parfaite, de la main d’un scribe unique du début à la fin du volume, avec des lettrines teintées. L’ouvrage a été achevé en 1119, au moment où d’autres abbayes voisines (Farfa, Vulturne, Mont-Cassin) suivaient la même voie. Le but était naturellement de sauver la situation politique de cette maison, d’assurer l’inaliénabilité des biens et la liberté de Sainte-Sophie. Cette abbaye avait été fondée en 737 par le duc Gisulf Il et en 769 sa construction était achevée ; elle abritait alors des moniales. Elle subissait une certaine dépendance vis-à-vis du Mont-Cassin, sans doute dans le domaine spirituel avant tout. Puis, en ou vers 940, l’abbesse céda la place à un abbé et l’établissement fut dès lors ouvert aux moines. Une certaine confusion régna entre la dépendance à l’égard de la fondation de Benoît de Nursie et la liberté totale d’action. Le livre dont il s’agit ici avait notamment pour but de passer totalement sous silence le souvenir d’une quelconque dépendance.
Le livre n’est pas simplement une chronique de Sainte-Sophie de Bénévent, ni un livre des préceptes comme cela est écrit aussi, ni non plus un cartulaire. C’est un ouvrage composite dont la composition est le reflet de l’intention de l’abbé qui en a ordonné la fabrication. Ce dernier était cet abbé Bernard dont les Annales signalent la mort le 28 juillet 1120 et le remplacement par l’abbé Jean. Bernard avait été élu en 1107 et avait donc attendu dix ans avant de commander la Chronique. L’auteur qui ne se nomme pas pourrait bien être ce Jean, grammairien, qui fut élu abbé en 1120. Les quinze premières pages sont consacrées à des Annales qui commencent au début de l’ère chrétienne en puisant dans des sources classiques comme Isidore et Eusèbe et se prolongent jusqu’en 1120, avec une mention pour 1128. Vient ensuite sur sept pages une collection canonique rassemblée pour défendre la situation juridique de l’abbaye. Sur deux pages encore nous est donnée une liste des ducs et princes de Bénévent. Enfin le « livre des préceptes » est un cartulaire partagé en six parties et qui fait défiler 181 textes, ordonnés. Deux pièces sont encore conservées sous leur forme originale, un précepte de Landolf et Pandolf en 1033 (1, 44) et un diplôme d’Otton Ier en 972 (IV, 1). Ces deux exceptions permettent de voir dans quelle mesure le copiste a transcrit fidèlement les actes qu’il avait sous les yeux. Pour le reste on ne dispose plus que de ce cartulaire. Trois copies en ont été faites autrefois, et à deux reprises une édition a été donnée. La qualité de ces transcriptions est très diverse, et on s’étonne qu’aucune édition sérieuse n’ait été faite avant que J.M.M. s’y consacre. On devine aisément que cette documentation est une mine pour l’étude de l’histoire des ducs lombards des VIIIe et IXe siècles, auxquels sont consacrées les trois premières sections. Les deux parties suivantes s’ouvrent aux empereurs germaniques et aux papes ; la dernière partie regroupe des actes concernant la liberté de l’église et surtout postérieurs à l’an Mil. Il y a donc un souci chronologique réel, rarement contredit. On laissera de côté les quelques ajouts qui rappellent que les livres les plus précieux et luxueux laissaient toujours quelque place pour des scribes postérieurs insouciants.
Il fallait présenter au lecteur un tel chef-d’œuvre. J.M.M. a consacré de nombreuses années et des efforts importants pour nous livrer une édition des plus soignées. Bien sûr l’introduction est abondante, elle nous rapporte d’abord les tribulations de l’ouvrage, de son abbaye d’origine aux collections du Vatican, où elle se trouve en 1618. L’analyse du livre, la publication des annales et de la collection canonique par P. Bertolini, auquel J.M.M. rend souvent hommage et dont il utilise les conclusions, appartiennent aussi à l’histoire du livre, autant que les copies et les éditions. L’étude codicologique est faite avec un soin extrême, après celle de Bertolini. L’histoire de Sainte-Sophie vient à sa place, avec la question brûlante de ses relations avec le Mont-Cassin ; c’est l’occasion de publier quelques documents complémentaires sur le sujet (p. 93-113). Les pages de G. Orofino sur la décoration servent de transition avec l’édition. Rien à redire des textes que P. Bertolini avait déjà donnés, ni des listes ducales. Le recueil d’actes commence avec trois actes, dont deux sont datés de 774 et ont été donnés par Arechis, qui dote l’abbaye, se poursuit par l’édition intégrale des six sections mentionnées plus haut. Il ne saurait être question ici de multiplier les remarques de détail, mais il est certain que le Chronicon va combler les historiens de l’Italie du haut Moyen Âge. Contentons-nous de deux observations touchant aux transcriptions. La première concerne la qualité de paléographe et de philologue du scribe. Ce dernier a été frappé, au début du XlIe siècle, de la médiocre qualité du latin que lui révélaient les actes à recopier. Aussi a-t-il jugé bon de proposer à son lecteur des corrections, indispensables selon lui pour bien comprendre les textes. J.M.M. a jugé nécessaire de fournir à son utilisateur toutes les corrections proposées et figurant en encre rouge et en interligne dans le cartulaire. On pourra juger de ce qu’il en est en regardant de près par exemple les reproductions des folios 91 v° et 92 r°. La conséquence pratique de ce souci de l’É. est que les textes se trouvent chargés des petites lettres indiquant les variantes reportées à la fin du texte. L’usage de l’alphabet pour indiquer les variantes est un procédé partout répandu. L’inconvénient qu’il présente ici est que le grand nombre de corrections à signaler est tel qu’à la fin de chaque texte on se trouve devant des exposants allant jusqu’à 8 et 9 petites lettres. Aucune solution satisfaisante n’a été trouvée pour parer à cet inconvénient ; il faudra dans ces cas extrêmes changer de système de renvoi. La deuxième observation porte sur la fiabilité du copiste. À titre d’exemple on peut se reporter à la fin du volume où le curieux trouva à se satisfaire. On dispose en effet de l’édition d’un précepte de 1033 (n° XLIIII, p. 416-419), à deux pages de variantes, et enfin à la transcription de l’original (p. 422-424) permettant de jauger la fiabilité du scribe du cartulaire. J.M.M. l’a dit, c’était un excellent paléographe, on peut le vérifier. On s’étonnera cependant que notre moine n’ait pas jugé bon de reprendre la ligne 22 qui donne le signum de Landolf. On l’a compris, cette édition est un modèle de précision et d’érudition. Elle est destinée aux Italiens et a donc été donnée en italien ; ce n’est pas un inconvénient, la lecture en est aisée. On ne peut que lui souhaiter le grand succès qu’elle mérite.

Michel PARISSE Maria CARERI, Françoise FERY-HUE, Françoise GASPARRI, Geneviève HASENOHR, Gillette LABORY, Sylvie LEFÈVRE, Anne-Françoise LEURQUIN, Christine RUBY, Album de manuscrits français du XIIIe siècle. Mise en page et mise en texte, Rome, Viella, 2001 ; 1 vol., XXXIX-238 p., pl. ISBN : 88-8334-029-9.

Soutenue par le CNRS et par l’Università degli Studi « G. d’Annunzio » de Chieti, cette entreprise collective a germé au sein de la Section Romane de l’Institut de Recherche et d’Histoire des Textes, et a pris forme peu à peu sous l’impulsion des responsables qui se sont succédé à la tête de la Section, G. Hasenohr et S. Lefèvre. Ces dernières signent une Introduction, sobre mais très substantielle, où elles exposent l’intérêt de la démarche, la structure de l’Album et l’organisation des cinquante-deux analyses qui le composent.
Les A. ont sélectionné dans le plus vaste corpus retenu dans un premier temps, cinquante-deux volumes transcrits dans le nord de la France entre 1220 et 1300 [2], soit un ensemble homogène qui témoigne de la première activité de copistes voués à la littérature vernaculaire et usant d’une écriture « française », distincte de celle des manuscrits latins ou des actes de chancellerie.
Au classement chronologique, bien aléatoire, au groupement selon les genres arbitrairement définis par la critique moderne, elles ont préféré un groupement formel (textes en vers – octosyllabes, décasyllabes, alexandrins – textes en prose), qui met en évidence les relations de la forme d’un texte avec sa mise en page. Le champ de la littérature vernaculaire est cependant largement couvert (narration romanesque et épique, satire, chronique, écrits didactiques) à l’exception des ensembles textuels dont la présentation est atypique, comme les chansonniers ou les psautiers commentés.
L’Album présente une grande variété des formats, échelonnés de 14 x 9 cm à 38, 2 x 27, 8 cm [3]; les textes sont transcrits en longues lignes ou en colonnes (deux, trois ou quatre).
Chaque volume est présenté dans le détail : œuvres qui s’y trouvent rassemblées ; nombre de folios, datation assurée par le copiste ou datation(s) proposée(s) par les critiques ; origine probable (en fonction de la langue et/ou de la décoration) ; histoire du volume avant son arrivée dans les bibliothèques de Paris ou de Chantilly ; nombre de copistes, dimensions et mise en page. Une page reproduite en cliché est soumise à une analyse technique très serrée : figure du schéma de la page et commentaire de ce schéma (justification du texte, marges, réglures, unités de réglure, entrecolonnes, densité de la transcription, décoration, éléments de hiérarchisation du texte, équilibre de la page – souvent calculé en fonction de l’unité réelle que constitue la double page du livre ouvert).
Les particularités de l’écriture sont minutieusement décrites, non seulement le tracé et le module, mais aussi le choix et le nombre des abréviations, l’emploi des signes de ponctuation et la segmentation. Pour permettre à l’utilisateur de comparer ces divers types d’écritures « françaises » encore mal individualisées, les auteurs ont eu la bonne idée de rassembler douze extraits en une précieuse double page (XXVIII et XXIX).
L’analyse technique est suivie d’une transcription diplomatique et d’une édition interprétative [4].
L’ouvrage, on le voit, va se révéler un outil de tout premier ordre pour illustrer les enseignements de paléographie, de codicologie ou de philologie. Et, comme le souligne J. Dalarun dans un Avant-propos, il offrira aux chercheurs des thèmes de réflexion, et leur ouvrira des pistes où ils ne manqueront pas de s’engager. G. Hasenohr et S. Lefèvre en proposent déjà des exemples dans leur Introduction, en remettant en cause la dénomination « manuscrits de jongleur » (p. XVI) ou l’idée reçue d’un souci général d’économiser le matériau support du manuscrit (p. XXIII).
Dans les dernières pages, un glossaire français et un glossaire italien précisent et nuancent en fonction du corpus le Vocabulaire codicologique de D. Muzerelle. Une bibliographie générale et des bibliographies relatives à chacune des notices achèvent ce volume remarquable, qui bénéficie de surcroît d’une présentation typographique au-dessus de tout éloge.
Madeleine TYSSENS

Der Tristan Gottfrieds von Straßburg. Symposion Santiago de Compostela, 5. bis 8. April 2000, sous la dir. de Christoph HUBER et Victor MILLET, Tübingen, Niemeyer, 2002 ; 1 vol. in-8°, X-408 p., ill. Prix : € 98.

Cet ouvrage comprend 20 contributions présentées au colloque de Saint-Jacques de Compostelle en 2000. I. Bennewitz propose des pistes pour établir enfin une véritable édition critique du Tristan ; E. Brüggen et H.J. Ziegler analysent le manuscrit de Cologne, la première sous l’angle des rapports entre illustrations et texte, le second d’un point de vue philologique ; T. Tomasek se penche sur le fragment en bas-francique (Cod. Vind. Ser. Nov. 3968) ; à partir des paires de mots antithétiques, D. Rocher dégage une conception historique de l’amour, qui vise à une sublimation ; K. Kellermann compare le monde guerrier à l’idéal d’harmonie du monde courtois et montre, à l’aide des combats de Tristan contre le Morold puis contre le dragon, qu’ils représentent le modus operandi de Gottfried (destruction et re-création) ; E. Schmid interprète le dépeçage du cerf comme domestication de la nature, refoulement de la mort et réorganisation de l’animal ; E. Hellgardt compare l’amour de Sigurd pour Brynhild dans la Saga des Völsungar à celui de Tristan pour Isolde afin de cerner sa dimension magique et mythique ; G. Dicke se consacre à la séquence narrative du rendez-vous épié et la replace dans le contexte de trois types apparentés, répandus en Europe et en Orient ; H. Lähnemann montre que l’allusion au péché originel n’a pas de fonction théologique ; B. Wachinger examine la fonction des motifs religieux dans quatre épisodes (v. 233-240 ; 4859-4907 ; 16923-17138 ; 17858-18114) et souligne la métaphorisation du discours religieux ; Ch. Young voit dans le philtre un phénomène de littérarisation : Gottfried joue avec ses auditeurs en utilisant un discours ambivalent, etc. ; W. Haug se consacre aux digressions de l’auteur et les comprend comme un commentaire littéraire ; E.C. Luz étudie les implications de l’écriture de Gottfried qui, selon lui, reprend la situation de lecture et d’enseignement de la lectio; A. Mühlherr analyse le début du « catalogue littéraire » (v. 4650-4690) qui a dû permettre à l’auteur de se situer exactement par rapport à ses confères ; U. Wyss se demande pourquoi Gottfried parle du Minnesang dans sa digression littéraire (v. 4621-4820) ; à l’aide du vocabulaire, Ch. Huber met en relief la proximité du texte avec le lyrisme courtois classique ; V. Millet se penche sur l’épisode d’Isolde aux blanches mains qui ne signifie pas l’échec de l’amour de Tristan pour Isolde la blonde ; J.D. Müller propose de très intéressantes réflexions sur les structures temporelles du Tristan. Certaines contributions proposent des illustrations (en noir et blanc) et l’ouvrage est accompagné d’un index des vers cités et d’un second des personnes et des matières. Il reflète parfaitement les nouvelles tendances de la recherche
Claude LECOUTEUX

Wojciech MROZOWICZ, Mittelalterliche Handschriften oberschlesischer Autoren in der Universitätsbibliothek Breslau/Wroclaw, Heidelberg, Palatinaverlag, 2000 ; 1 vol. in-8°, 112 p. (Archivreihe der Stiftung Haus Oberschlesien, 5). Prix : € 25.

Ce petit volume qui recense les manuscrits des auteurs de Haute-Silésie conservés dans la Bibliothèque universitaire de Wroclaw comble une lacune dans nos connaissances de la littérature médiévale de cette région. En effet, seuls quatre auteurs de Haute-Silésie ont trouvé leur place dans le Verfasserslexikon, Die deutsche Literatur des Mittelalters, comme le fait remarquer G. Kosellek dans son « Zum Geleit ».
Les recherches de W. Mrozowicz ont porté sur 110 manuscrits, comprenant les œuvres de 38 auteurs. Ces œuvres représentent divers genres d’écrits, mais il faut noter que la théologie et notamment les sermons occupent une place importante.
Le catalogue est organisé en sections correspondant aux auteurs et à l’intérieur de ces sections, les notices concernant les œuvres procèdent par manuscrit ; ce n’est pas toujours un avantage, car ainsi, sous Martin de Troppau, on trouve cinq fois mention de sa chronique. D’autre part, l’ordre inverse (mention de l’œuvre suivie des manuscrits) appartient davantage au genre des répertoires qu’à celui des catalogues de manuscrits. Les notices sont suivies de la liste des sigles, d’un index des manuscrits, des initia, et des noms de personnes et des lieux.
Ce catalogue est intéressant non seulement parce qu’il contient certains auteurs bien connus, mais surtout parce qu’il apporte beaucoup de sources qui nous sont moins familières. Ainsi, du point de vue de l’histoire des universités, on rencontre un certain nombre de recteurs d’université, par exemple Franz Kreisewitz (ca 1370-1433), théologien et deux fois recteur de l’université de Cracovie, et Laurentius de Ratibor, théologien et astronome, doyen de la Faculté de théologie et recteur à Cracovie. De même, ce catalogue nous apporte les références de nombreux discours universitaires, notamment ceux de Franz Kreisewitz, déjà cité, mais aussi par exemple ceux de Johannes de Kreuzburg, dont un manuscrit comprend des Principia, collationes, positiones, determinationes magistri Johannis Cruczeburg habita Cracovie circa annos 1410-1423. Un autre manuscrit est un recueil de discours prononcés par Nikolaus Tempelfeld de Brega à la Faculté des arts de Cracovie.
Bref, cette publication constitue non seulement un outil de travail précieux pour les recherches sur l’histoire littéraire et culturelle de la Haute-Silésie, mais aussi pour celles concernant l’histoire des universités, en particulier de celle de Cracovie. Notons finalement qu’une collection de discours universitaires concernant Cracovie a été éditée récemment par E. Jung-Palczewskiej [5].
Olga WEIJERS

THOMAS D’AQUIN, Question disputée. L’union du Verbe incarné (De unione Verbi incarnati), texte latin de l’édition MARIETTI, introd., trad. et notes par Marie-Hélène DELOFFRE, Paris, Vrin, 2000 ; 1 vol. in-8°, 256 p. ISBN : 2-7116-1454-9. Prix : FRF 175.

La question disputée était, avec la lecture de l’Écriture sainte et la prédication, l’une des trois fonctions du maître en théologie dans l’université médiévale, laquelle connaît son apogée au XIIIe s. Le genre de la question disputée était un exercice caractéristique de l’enseignement d’alors : comme l’écrit le P. Torrell dans son Initiation à saint Thomas d’Aquin, c’était « une pédagogie active où l’on procédait par objections et réponses sur un thème donné » [6], thème choisi par le maître en fonction de ses recherches personnelles. C’est l’une de ces questions – la question disputée De unione Verbi incarnati dont il n’existait pas encore de traduction française – que nous donne ici à lire M.H. Deloffre, moniale à l’abbaye Saint-Michel de Kergonan. Le texte latin est repris d’après l’édition Marietti [7], avec en regard la traduction française (p. 79-149), le tout précédé d’une substantielle introduction (p. 13-78) et suivi de notes non moins substantielles (p. 151-217), ainsi que d’une annexe sur « La thèse de l’extase de l’être » (p. 219-229), de la liste des éditions de saint Thomas utilisées dans ce livre (p. 233-234), d’une bibliographie (reprenant les ouvrages anciens, p. 235-237, et les travaux récents, p. 237-241) et de divers index (des termes commentés, p. 243-245, des noms propres, p. 247-249, des citations de saint Thomas, p. 251-254).
« La question la plus disputée », c’est ainsi que M.H.D. présente la question sur L’union du Verbe incarné. En effet, cette question a suscité les plus vives controverses chez les disciples de saint Thomas d’Aquin, et ce depuis l’époque même de l’Aquinate jusqu’à notre temps où elle connut un regain d’intérêt [8]. Le nœud du problème concerne l’unité d’être (esse) dans le Christ et porte sur l’antériorité ou la postériorité de l’article 4 par rapport à la Somme théologique IIIa Pars q. 17 a. 2. En effet, dans le De unione, Thomas soutient qu’il y a deux esse dans le Christ, un principal (principale ou simpliciter) et un secondaire (esse secundarium), correspondant à ses deux natures, humaine et divine. Or, dans la Somme et dans tous les autres passages où Thomas a abordé cette question (à l’exception précisément du De unione), il n’admet qu’un seul esse. Dès lors, soit le Docteur Angélique a changé d’avis, soit il faut expliquer l’apparente contradiction du De unione. Pour résoudre cette difficulté, certains (comme Cajetan, dont M.H.D. donne une grande citation en guise d’ouverture à son introduction) estiment que le De unione serait une œuvre de jeunesse et que l’Aquinate se serait rétracté. D’autres (Billot) supposent tout simplement que cette question disputée serait inauthentique, ce que les travaux de la léonine ne permettent plus d’affirmer (cette question est transmise par des manuscrits de la fin du XIIIe s. et figure dans les plus anciens catalogues). Quant à sa datation, on la fixe aujourd’hui au second séjour parisien, en avril (Weisheipl) ou en mai (Glorieux) 1272, soit peu de temps après la composition de la IIIa Pars [9]. Il s’agirait donc d’une œuvre tardive et non d’une œuvre de jeunesse réfutée par la suite, comme l’a soutenu Cajetan. M.H.D. présente de façon détaillée les différentes strates de la polémique, jusqu’à aujourd’hui (1998). Au terme d’une démonstration pointue, elle affirme, contre le point de vue de Cajetan, que la doctrine de saint Thomas est « d’une stabilité remarquable » (p. 59), même si elle a été progressivement approfondie. Voici sa conclusion (à propos du problème de la coexistence de l’unité ontologique du Christ et de la reconnaissance d’un esse secundarium) : « Dans le Christ, est un ce qui relève de la personne, deux ce qui relève de la nature » (p. 59). Les spécialistes francophones de la philosophie médiévale et de la pensée de l’Aquinate ne pourront que se réjouir de l’édition et la traduction en français de cette question qui a déjà suscité (et suscitera encore sans doute) tant de débats.
Benoît BEYER DE RYKE.

Andrea LORENZ, Der Jüngere Titurel als Wolfram-Fortsetzung. Eine Reise zum Mittelpunkt des Werks, Berne-Berlin-Bruxelles-Francfort-New York-Oxford-Vienne, Lang, 2002 ; 1 vol. in-8°, 381 p. (Deutsche Literatur von den Anfängen bis 1700, 36).

A. Lorenz se propose de dépasser le cadre d’une comparaison entre le Jüngere Titurel et les deux œuvres de Wolfram, qui, partant de la source, consiste à se demander dans quelle mesure Albrecht a su résoudre les problèmes que le caractère laconique du Parzival et fragmentaire du Titurel pouvait lui poser.
Pour atteindre son objectif, elle insiste d’abord sur les sens différents que recouvrent les termes « continuation », « continuateur », « épigone », ce qui lui permet de montrer qu’Albrecht représente un cas particulier. Ces considérations d’histoire littéraire l’amènent à consacrer la première partie de son travail (p. 9-151) aux intentions de l’auteur telles qu’elles s’expriment dans les passages théoriques du J.T., ainsi qu’au cadre à l’intérieur et sous l’influence probable duquel il travaillait (sans doute en étroit contact avec la piété franciscaine, Bertold von Regensburg entre autres). Cette étude prudente et détaillée, qui requiert du lecteur une grande attention, amène A.L. à conclure que, si Albrecht s’est efforcé d’utiliser tous les embryons d’actions que lui fournissaient Parzival et Titurel, c’était surtout pour élaborer un récit dont puisse se dégager directement une leçon, « lere» (cf. à ce propos la controverse avec Wolfram évoquée p. 84-86).
Dans la deuxième partie (p. 155-346), A.L., entendant définir le contenu de cette « lere», part d’une probante distinction entre « continuation en forme d’alternative » et « continuation en forme de contre-projet ». Dans le cas de la première (p. 155-255), Albrecht, reprenant les deux axes principaux évoqués dans Pz. et Ti. (quête de la laisse, lutte pour les te