2003
Le Moyen Age
Les dits des oiseaux
Marie-Dominique LECLERC
Université de Reims Champagne-Ardenne
M.D. LECLERC, Les Dits des oiseaux (Tales of Birds).
Among all the medieval bestiaries that got printed, the short piece called Les Dits
des oiseaux stands out as a singular work. It is striking first and foremost because of
its longevity : two handwritten copies in the 15th century were followed by few
printed versions, but it lived on within a rather heterogeneous work known as the
ancestor of the almanac, Le Grand Calendrier et Compost des bergers (The Shepherds’ Great
Calendar and Compost). The present paper examines developments in the composition
of the work through its several editions from the 15th to the 18th century, then it
compares its contents to the traditional contents of bestiaries and more particularly
of volucraries.Keywords :
bestiaries, volucraries, birds, Shephers’ Calendars, « Bibliothèque bleue ».
Parmi tous les bestiaires médiévaux repris par l’imprimé, la courte pièce
intitulée Les Dits des oiseaulx est une œuvre singulière, non pas tant par son
contenu, directement inspiré du bestiaire chrétien, mais bien plutôt par son
étrange pérennité. En effet, si l’on connaît peu d’éditions de l’œuvre en elle-même, en revanche le texte s’est, dès le XVe siècle, immiscé dans un ouvrage
fort composite considéré comme l’ancêtre de l’almanach, Le Grand Calendrier
et Compost des bergers.
Après avoir resitué cet écrit anonyme parmi la vaste matière des bestiaires,
il conviendra d’étudier l’évolution de cette composition au fil des éditions,
entre le XVe et le XVIIIe siècle. On s’attachera ensuite à en présenter le contenu
avec son symbolisme chrétien, tout en s’efforçant de décrypter cette matière
hybride reposant sur une histoire naturelle devenue légendaire à force de
récupération religieuse. Enfin on fera retour sur le Grand Calendrier et
Compost des bergers. Il semble en effet que le poème, lors de son entrée dans
l’almanach, ne fut plus senti dans son unicité, mais comme une pièce
adaptable à la matière du Calendrier en fonction d’une thématique et d’une
interprétation cohérentes de la nature ou des préoccupations du « berger de
la montagne », voire d’un horizon de lecture potentiel. Plus prosaïquement,
dans quelle mesure ne fut-elle pas aussi sentie comme une possibilité
éditoriale compensatoire ?
On conclura alors sur la place des Dits des oiseaux parmi les autres textes
composant ce Calendrier, et notamment parmi la matière animalière
l’encadrant, de manière à tenter de trouver une légitimité à cette insertion
dans le plus célèbre des almanachs.
Une pièce anonyme parmi les bestiaires
Le terme de « bestiaire » apparaît vers le début du XII
e siècle pour désigner
des ouvrages en prose ou en vers décrivant des animaux réels ou
imaginaires, et dont les caractéristiques sont le plus souvent interprétées
symboliquement dans le but d’un enseignement religieux et moral. Les
bestiaires moralisés latins et romans semblent tous plus ou moins découler
du
Physiologus
[1], autrement dit le « naturaliste », sorte de répertoire
empruntant aux mondes animal, végétal et minéral. De ce
Physiologus fut
extrait un bestiaire qui inspirera au XII
e, puis au XIII
e siècle, Philippe de Taon,
Pierre de Beauvais, Guillaume le Clerc (
Bestiaire divin), Gervaise… C’est du
Physiologus également que proviennent en partie les chapitres sur les
animaux inclus dans les compilations encyclopédiques, par exemple le
De
Animalibus d’Albert le Grand, le
Speculum naturale de Vincent de Beauvais, le
De proprietatibus rerum de Barthélemy l’Anglais, le
De natura rerum de
Thomas de Cantimpré, ou encore le
Livre du Trésor de Brunetto Latini, et tant
d’autres encore…
Au Physiologus se rattache enfin le De Bestiis et aliis rebus attribué à Hugues
de Saint-Victor, et dont le premier livre – et le plus connu – est un Aviarium.
En fait il faut rendre à son homonyme Hugues de Fouilloy, la paternité du De
Avibus, volucraire symbolique, dont le chapitre De Tribus columbis est un écrit
destiné au chevalier Raynier pour l’inciter à embrasser la vie claustrale. Tout
différent est le De arte venandi cum avibus de Frédéric II. C’est en majeure
partie un traité de fauconnerie, mais le premier livre qui traite d’ornithologie
générale peut être considéré comme la première contribution réellement
scientifique dans ce domaine. Sans doute y eut-il d’autres volucraires, mais
le plus souvent ils étaient partie intégrante d’un bestiaire plus vaste.
C’est donc dans ce contexte et cette lignée qu’il convient de resituer
Les Dits
des oiseaux, même si A. de Montaiglon
[2] remarque, dans la courte notice qu’il
a consacrée aux
Dits des bêtes et des oiseaux, que ces deux poèmes, avec leurs
quatrains secs et écourtés, sont « l’écho très affaibli » des bestiaires latins et
français qui ont été écrits durant le Moyen Âge, et « comme l’expression de
leur mort ». Si l’on en croit J. Morawski, la plus ancienne rédaction conservée
de ce texte semble être celle du manuscrit 907 de Tours
[3] qu’il reproduit à la
fin de son article. Cette première version des
Dits des oiseaux se compose de
17 quatrains à rimes croisées, mis dans le bec de différents oiseaux ; chaque
quatrain se termine par une sentence de type proverbial. De plus, ajoute J.
Morawski, « les noms portés par les oiseaux y ont un caractère archaïque, et
le couplet XIV y est mis avec plus de raison, dans la bouche du cygne au lieu
que les autres versions (excepté le ms. d’Aoste) lui substituèrent le rossignol ;
enfin, il est plus naturel de commencer par l’aigle, le roi des oiseaux, que par
le paon, comme font les autres versions ». Les seigneurs du château de la
Barre, dans l’Indre, connurent-ils ce manuscrit ? Sans doute ne le saura-t-on
jamais… Quoiqu’il en soit, les oiseaux s’envolèrent jusqu’aux portes de ce
château et allèrent se poser sur l’une de ses tours. Plusieurs quatrains ont en
effet été transcrits sur les parois de cette tour pour servir de légendes à une
série de peintures murales. L’ensemble ne paraît comporter que quatre bêtes
à plumes – le pélican, le phénix, l’aigle, la colombe – mais les vers qui les
accompagnent sont incontestablement tirés des
Dits des oiseaux. M. de
Chergé
[4], qui a vu ces fresques dans les années 1850, suppose qu’elles datent
de la deuxième moitié du XV
e siècle.
Une autre transcription a été insérée dans le manuscrit dit d’Aoste
[5], édité
en 1888. D’après P. Meyer
[6] qui a fait le compte rendu de cet exemplaire, le
manuscrit, appartenant alors à une collection privée, a dû être écrit dans le
Val d’Aoste. Incomplet de la fin, il se compose de 144 feuillets et rassemble
une matière composite en prose et en vers dont le
Dit des Oyseaux et
le Conseil
des Oyseaux. D’après J. Morawski, « la version du ms. d’Aoste occupe sans
doute une place intermédiaire entre celle de Tours et les éditions du poème ;
elle garde encore le cygne et le
butor (remplacé plus tard par le vautour
[7]), mais
se rapproche des éditions par la disposition des oiseaux, qui est identique
sauf à mettre le coq avant le corbeau. On peut en conclure que la version
d’Aoste se place aussi chronologiquement entre celle de Tours et les
éditions ». Les quelques variantes ici relevées mises à part, cette version
renferme donc également 17 quatrains d’oiseaux et annonce déjà les
remaniements imprimés, qui lui sont sans doute contemporains.
En effet les premiers textes imprimés des Dits des oiseaux remontent au XVe
siècle. À cause de l’anonymat éditorial – partiel ou total – on ne saurait
attribuer l’antériorité à l’une ou l’autre des impressions. Quoi qu’il en soit,
l’œuvre connut parallèlement semble-t-il – et du moins pour la fin du XVe et
le XVIe siècle, une vie éditoriale comme impression séparée d’une part et
comme partie constitutive d’une compilation d’autre part.
Comme pièce autonome, on relève un certain nombre d’éditions situées
vers 1500 par Brunet
[8]; elles permettent de constater que
Les Dits des oiseaux
ont pu être imprimés soit seuls, soit en association avec
Les Dits des bêtes. S’il
se contente de signaler succinctement – sans doute faute d’avoir pu les
consulter – deux éditions lyonnaises in-quarto gothiques de cinq feuillets de
la fin du XV
e siècle, sous le titre
Les Ditzs joyeux des oiseaux, en revanche il nous
livre une description plus exhaustive pour des impressions des
Dits des
oiseaux et des bêtes. L’une s’intitule très précisément
Les Dictz des oyseuax (
sic)
Et des bestes par hystores. Imprimé à Chalons-en-Champagne par Étienne
Bally, c’est un petit in-quarto gothique incomplet
[9] à feuillets non chiffrés ;
seul un fragment de huit feuillets subsiste pour lequel Brunet donne la
description suivante : « Toutes les pages de ce livret sont entourées de
bordures sur bois présentant, comme celles des anciennes heures, des fleurs,
des oiseaux et quelques animaux. Le recto du premier folio donne le titre ci-dessus, en deux lignes, au-dessous desquelles se voit la figure d’un aigle ; le
verso ne contient qu’une bordure sans aucun texte. Chacune des autres pages
du livre présente la figure d’un oiseau avec un quatrain français qui s’y
rapporte, et un second quatrain sur un quadrupède dont on ne voit pas la
figure ». On constate donc que
Dits des oiseaux et
Dits des bêtes alternent
régulièrement sur la page mais que l’iconographie met en valeur le quatrain
qu’elle sous-tend, c’est à dire celui se rapportant à un oiseau.
L’autre impression, décrite par Brunet, a pour titre
Les Dictz des bestes et
aussi des Oyseaulx. C’est un petit in-octavo gothique de 12 feuillets, sans date,
imprimé à Paris : « il est orné de 48 gravures en bois, dont 39 sont suivies d’un
quatrain analogue à l’animal que la figure représente ». Toutefois,
contrairement à la pièce précédente,
Dictz des bestes et
Dictz des oiseaulx sont
séparés. Ces derniers occupent les quatre derniers feuillets, à raison de deux
quatrains et deux figures par page
[10].
Par ailleurs, E. Picot
[11] nous fournit également la description d’une
impression sans lieu ni date, mais portant la marque de Jehan Trepperel
[12];
c’est un in-quarto gothique de 4 feuillets dans lequel le texte s’ouvre ainsi :
S’ensuyvent les Dictz des Oyseaulx, qui disent pro et contra, et c’est le coq qui
commence, et non l’aigle ou le paon. Le poème comprend 34 couplets, donc
le remanieur a ajouté, a priori, 17 nouvelles strophes. Pourtant un examen
attentif révèle que si les 18 premiers couplets sont bien des quatrains, en
revanche les 16 suivants sont composés de 5 vers octosyllabiques ; de plus à
cette césure rythmique s’ajoute un hiatus de composition sur lequel nous
reviendrons ultérieurement.
Enfin, ainsi que nous l’avons signalé plus haut, Les Ditzs joyeux des oiseaux
semblent avoir constitué une pièce autonome dont malheureusement nous
n’avons pu trouver d’exemplaire bien que deux éditions lyonnaises de la fin
du XVe siècle en soient signalées par Brunet (in-4° gothiques de 5 feuillets).
Parallèlement
Les Dits des oiseaux devinrent une pièce constitutive d’un
ensemble complexe intitulé
Le Compost et Kalendrier des bergers. Cet ouvrage
fut maintes fois réimprimé de la fin du XV
e siècle jusqu’au XVIII
e siècle.
L’édition la plus ancienne que nous ayons consultée est celle de 1493
[13] chez
Guy Marchant. Le nombre d’oiseaux y a été considérablement augmenté
puisqu’on est passé à 91 mais, dans la suite de l’étude, nous nous apercevrons
que ce nombre peut être fluctuant d’une édition à l’autre. Dans le même
temps, une superbe impression établie par Antoine Vérard, en 1493
également, porte aussi à 91 la quantité d’oiseaux décrite.
Or c’est au travers des nombreuses rééditions de ce
Calendrier des bergers
que l’œuvre perdurera, le volucraire des
Dits des oiseaux n’étant plus
réimprimé individuellement au-delà des années 1530
[14]. En revanche sa vie
fut très longue à l’intérieur de ce célèbre almanach dans lequel il connut une
fortune diverse, au gré des imprimeurs, ainsi que nous allons le voir par la
suite.
Évolution de la pièce au fil des éditions
Le manuscrit 907 de Tours ouvre Les Dits des oiseaux sur cette formule
S’ensuyvent aucunes significacions morelles prinses sur la proprieté de certains
oyseaulx, formule introductive aux quatrains des 17 oiseaux présentés dans
l’ordre suivant : l’aigle, le faisan, le coq, le coulon, la cigogne, la perdrix, le
corbin, le puput, la huppe, le pélican, le butor, la grue, la tourterelle, le paon,
le cygne, le phénix, le chouan, la pie.
Dans le manuscrit d’Aoste, on retrouve les mêmes volatiles mais dans un
ordre différent et cette fois c’est le paon qui ouvre la liste.
Avec l’imprimé, la pièce versifiée va progressivement s’amplifier. S’il est
difficile d’apprécier le nombre définitif d’oiseaux contenus dans
l’impression de Chalons, on peut toutefois raisonnablement penser qu’il
était similaire – ou très proche – à celui des manuscrits. On notera qu’une
place de choix est attribuée à l’aigle puisque sa représentation figure en
frontispice. Et c’est encore 17 oiseaux accompagnés de leurs figures que l’on
rencontre dans une version parisienne anonyme des
Dictz des bestes et aussi
des oyseaulx (attribuée à Alain Lotrian
[15] vers 1527). L’ordre est sensiblement
celui du manuscrit d’Aoste : le paon s’avance en premier, suivi des mêmes
volatiles ou presque. Toutefois deux exceptions permettent d’identifier
aisément ce texte : le rossignol a remplacé le cygne, et le corbeau y précède
le coq. Ajoutons enfin que le
butor s’y appelle
vautour. Quant à l’édition
attribuée à Jehan Trepperel, elle ouvre la voie à l’amplification : l’œuvre
double en volume puisque 34 emplumés s’y ébattent, à commencer par le
coq. Il convient néanmoins de relever une singularité que l’on pourra encore
constater par la suite : certains oiseaux – tels le victeur, le corbeau, la colombe,
le faisan – apparaissent deux fois dans le poème, mais un couplet différent
leur est attribué la deuxième fois.
Toutefois c’est surtout avec son entrée dans
Le Compost et Kalendrier des
bergers que le volucraire va prendre son envol. Comme il ne saurait être
question de passer en revue les très nombreuses éditions de cet ouvrage,
nous nous contenterons ici d’indiquer les grandes tendances. Dès les plus
anciennes éditions incunables, la pièce versifiée prend des proportions
considérables : des 17 oiseaux originels, nous passons, dans l’impression de
Guy Marchant de 1493
[16], à 91 volatiles qui chantent leurs litanies sous un titre,
lui aussi, fort développé :
Cy apres sont les dits des oyseaux comme pasteurs
gardans leurs brebis les oyent chanter et parler plusieurs sont q ont veu les dis des
oyseaux mais non pas en la forme cõme ceulx qui sensuivet – car aucuns bergiers sõt
plus saiges lun q lautre ainsi cõe – des autres gens si cõgnoit on que le bergier qui a
fait les ditz – qui ensuivet – avoit plus cõgneu doiseaux que tous autres bergiers.
Parmi toutes ces plumes, apparaissent deux oiseaux fort singuliers : la
chauve-souris et le papillon ; certes ils volent, mais nos modernes
scientifiques ne les classeraient sans doute pas dans l’ornithologie. De plus
l’extension s’est faite tous azimuts, ce qui amène à distinguer, par couples,
des oiseaux sauvages de leur équivalent quasi domestique : rossignol
sauvage / rossignol privé, chardonneret / chardonneret en cage, coucou /
coucou privé, geai des bois / geai en cage, roitelet des bois / roitelet des
maisons. Des regroupements par familles sont également opérés, soit autour
de la basse-cour : cygne / coq / poule / oie / canard / canette ; soit autour
de la taille : aigle / grand aigle, petit vautour / grand vautour, grosse
outarde / petite outarde ; soit encore autour de l’espèce : coulon / pigeon /
coulon ramier / colombe. Il convient aussi d’insister sur la grande place faite
aux oiseaux de proie, et tout particulièrement ceux employés pour la chasse :
aigle, faucon, orfraie, émerillon, chat huant, chevêche, oiselé, huat, chouette,
épervier, grande orfraie, perdrieux
[17], petit vautour, effraie, grand aigle,
hobreau, lanier, tiercelet… On notera, de manière anecdotique,
l’introduction d’un oiseau plus exotique, le
papegault, c’est à dire le
perroquet. Enfin force est de constater qu’un certain nombre d’oiseaux sont
restés muets malgré toutes nos recherches, mais maints recoupements nous
ont amenée à conclure que certains noms relevaient d’appellations vieillies
et disparues, voire dialectales ou rurales
[18].
Les éditions de Guy Marchant se succédèrent (1496
[19], 1497, 1500), et
« chaque fois l’on y ajoutait quelque chose » pour reprendre l’expression de
Claudin
[20]. On ne saurait cependant dire quelle fut alors l’évolution des
Dits
des oiseaux, faute d’avoir pu consulter toutes ces éditions. On signalera enfin
qu’un exemplaire de l’édition de 1493 connut une prestigieuse destinée
puisqu’il fut imprimé sur vélin et somptueusement enluminé pour être offert
à Charles VIII. Il porte la marque d’Antoine Vérard
[21].
Au cours du XVIe siècle, le Compost fut maintes fois réimprimé. À Lyon,
Claude Nourry en produit au moins cinq éditions (1502, 1508, 1513, 1524,
1530). Dans celle de 1502, le volucraire renferme également 91 oiseaux. La fin
du poème est illustrée de deux gravures : la plus grande, située en bandeau,
montre 8 volatiles. Ce long bois gravé connut beaucoup de succès puisqu’il
fut maintes fois copié pour orner des impressions ultérieures. L’autre
illustration est un petit bois carré montrant un rapace, sans doute un aigle.
Toutefois, là encore, on ne saurait dire comment la pièce évolua, faute d’avoir
vu les éditions ultérieures.
Vers la même époque, à Rouen, Raulin Gaultier imprime également
l’almanach (ca 1510). Les Dits des oiseaux continuent d’y comporter 91
occurrences. Un petit bois gravé, placé en ouverture du poème, représente un
groupe de volatiles variés.
Il importe maintenant de s’attarder sur les éditions troyennes de Nicolas
Le Rouge (entre 1510 et 1529). Nous avons pu examiner deux d’entre elles, or
elles présentent un contenu différent. Manifestement l’imprimeur troyen n’a
pas œuvré à partir des mêmes sources que ses confrères. En effet l’une de ses
éditions du
Compost se situe en rupture des précédentes ou des
contemporaines par les innovations qu’elle comporte. C’est ainsi qu’il
semble
[22] être le premier – et le seul – à faire précéder
les Dits des oiseaux des
Dits des bêtes domestiques et sauvages, empruntés bien évidemment aux
impressions incunables de ce bestiaire. Puis, sous un titre raccourci :
Cy après
ensuyvent les ditz des oyseaulx comme pasteurs gardans leurs brebis les oyent
chanter et parler, ne subsistent de la grande volière que 20 oiseaux : leur
présence ne paraît correspondre à aucune logique particulière. Enfin ces
deux pièces versifiées sont suivies, quelques pages plus loin, d’interpré~tations météorologiques basées sur l’observation des mœurs animales et
intitulées respectivement :
De la maniere de congnoistre le temps par les oyseaulx
et de savoir du beau temps ou de la pluye, et
La maniere de congnoistre le temps par
les bestes. Se met donc en place une cohérence éditoriale avec une succession
de pièces traitant des animaux
[23]. Cette partie se ponctue par un cul de lampe
d’opportunité représentant deux oiseaux tête-bêche.
Quant à l’édition de 1529, elle ne présente pas la même structure. Si le
poème des Dits des oiseaux s’est étoffé à 47 têtes à plumes, en revanche les
pièces nouvellement annexées ont disparu. Les animaux vont bien de l’aigle
au papillon ; ils ont donc été choisis sporadiquement dans la totalité de la
version la plus longue, celle en 91 strophes.
En 1541, Jean Lecoq à Troyes, à la suite de Nicolas Le Rouge, imprime à son
tour le Compost et insère 48 oiseaux dans son Dit : il suit le même ordre de
quatrains que celui adopté par son confrère Nicolas Le Rouge, mais y ajoute
sur la fin la canette.
Vers la même époque, entre 1506 et 1520 plus précisément, Michel Le Noir
à Paris produit au moins une édition du Calendrier des bergers. Le titre du
volucraire est revenu à son ampleur originelle et ce sont à nouveau 91 bêtes
ailées qui envahissent les pages. Elles sont précédées d’un long bois gravé en
bandeau montrant 8 volatiles : c’est en fait une copie de la gravure rencontrée
auparavant chez Claude Nourry.
C’est sous un bois semblable, mais dans une gravure fort grossière, que se
déroulent les 91 quatrains de cette pièce dans une impression effectuée vers
1519 par Jean Trepperel à Paris, et également dans celle d’Alain Lotrian (entre
1525 et 1547).
Vers la fin du XVI
e siècle, Nicolas Bonfons va, à son tour, imprimer au
moins par deux fois le
Compost. Toutefois les deux éditions consultées
diffèrent. L’une d’elles semble s’inspirer en partie du modèle troyen élaboré
par Nicolas Le Rouge, du moins dans les pièces constitutives de l’almanach :
bois gravé d’oiseaux copié sur les impressions précédentes,
Dits des oiseaux
avec titre raccourci et 78 occurrences, puis manière de connaître le temps par
les oiseaux, mais aussi par les bêtes alors même que les
Dits des bêtes ne sont
pas présents. Quant à la seconde édition que l’on peut supposer postérieure
(1602 ?)
[24], elle a été fortement allégée :
Les Dits des oiseaux se sont envolés et
il ne reste plus que les prévisions météorologiques basées sur l’interprétation
du comportement des oiseaux et des bêtes.
Au XVII
e siècle, le succès de l’ouvrage ne se dément point. Brunet
[25] signale
qu’il y eut de nombreuses éditions, au cours de ce siècle, à Rouen, Lyon et
Troyes. Si nous n’avons pu en relever qu’une à Rouen et à Lyon, en revanche,
nous en connaissons maintes à Troyes. Dans l’impression de la Veuve de
Louis Costé à Rouen (
ca 1640), seules demeurent les deux pièces pour
connaître le temps. Quant à celle de Lyon, en date de 1633, elle appartient à
Louis Odin : 78 volatiles s’y ébattent dans
Les Dits des oiseaux, mais Nisard,
qui analyse l’ouvrage, ne parle pas d’interprétations météorologiques ; il
classe cette production lyonnaise au rang des impressions populaires.
À Troyes, les imprimeurs de brochures populaires, connues sous le nom
de Bibliothèque bleue, s’en emparent dès le début du siècle. Selon toute
vraisemblance, les éditions furent plus nombreuses que celles que nous
avons pu repérer ci-après. C’est tout d’abord Nicolas Oudot avec une
impression en 1618, puis Nicolas II Oudot avec des éditions repérées pour
1648, 1657, 1679, Jean Oudot en 1672, puis Jacques Oudot au tournant du
siècle. De plus, dans les années 1670, concurremment à Jean Oudot et Nicolas
II Oudot, Yves Girardon en 1671 et la Veuve de Blaise Briden (1672 ?) sortent
aussi de leurs presses le même almanach. La dynastie troyenne concurrente,
celle des Garnier, va alors à son tour imprimer cet almanach. Successivement
on aura donc des impressions chez Pierre Garnier, Jean-Antoine Garnier, la
Veuve d’Étienne Garnier (1791). Quoiqu’il en soit, pendant près de deux
siècles, les imprimeurs troyens produisent plus ou moins le même type de
Calendrier des bergers avec Les Dits des oiseaux en 78 quatrains, suivis de la
manière de connaître le temps par les oiseaux et les bêtes. Et l’on s’aperçoit
alors que seuls les imprimeurs troyens ont continué de perpétuer la tradition
d’impression de ce Grand Calendrier et Compost des bergers au XVIIIe siècle.
Symbolisme textuel et iconographique
Dès le
Physiologus, comme d’ailleurs dans les rédactions amplifiées
postérieures des bestiaires médiévaux, la structure des articles est
invariablement la même : énoncé d’une « nature », supposée ou réelle, de
l’animal considéré, puis signification religieuse ou morale de cette nature. Or
l’exégèse biblique médiévale renforça cette interprétation allégorique. En
effet, les Pères de l’Église avaient pris l’habitude d’emprunter leur matière
aux écrits antérieurs et de considérer en toutes choses le sens propre et le sens
symbolique. De ce fait, animaux, plantes et minéraux sont mentionnés, non
pour être l’objet d’une description scientifique mais pour servir de base à
l’expression de sentiments moraux et de maximes religieuses. Il s’agit en fait
de mieux accrocher l’attention, de mieux faire saisir la portée de tel
enseignement en l’associant à une forme concrète, plus « parlante » en
quelque sorte. Rappelons ici l’importance de la parole à l’époque
médiévale… C’est pourquoi les docteurs de l’Église employaient animaux,
végétaux et pierres comme figures ou comme exemples. C’est donc dans ce
contexte de culture chrétienne que se développent Bestiaires et Volucraires,
imagés dans l’art figuratif des églises – sculptures et vitraux – ou dans les
métaphores textuelles des écrivains et poètes médiévaux : règnes végétal et
animal leur servent de prétextes à des allusions morales – plus rarement
sentimentales –
[26] et à des méditations sur la conduite de la vie. Et C.
Hippeau
[27] de conclure : « Cette habitude de considérer en toutes choses, non
le signe, mais le symbole, non la lettre, mais l’esprit, contractée dès les
premiers siècles par les plus illustres docteurs de l’Église, et recueillie par
leurs successeurs, se retrouvera dans toutes les parties dont se compose la
zoologie mystique du christianisme ». C’est évidemment dans cet ensemble
contextuel qu’il convient de resituer cette pièce des
Dits des oiseaux. Dans sa
construction, les caractéristiques de ce dit – telles que les a relevées M.I.
Gerhardt
[28] – ne diffèrent guère des autres bestiaires ; le prédicateur devait
être en mesure d’interpréter tous les sens donnés à l’animal : « sur le plan
littéral, le commentateur avait à expliquer, le cas échéant, quel était l’animal
désigné par le nom employé dans le texte. Sur le plan typologique (ou
« allégorique » au sens strict) il devait en faire l’application aux principes
fondamentaux de la foi. Et sur le plan moral, il s’agissait d’établir une
comparaison avec les vices à éviter et les vertus à pratiquer par le chrétien.
Cette « allégorie » morale ne trouvera son plein développement qu’à une
époque un peu tardive ; vers la fin du Moyen Âge cependant elle finira par
prendre le pas sur toutes les autres ». Et tel est bien ce que l’on constate dans
ce volucraire.
Ainsi qu’on l’a vu plus haut, les deux versions manuscrites ne s’ouvrent
pas sur le même oiseau. Dans le manuscrit 907 de Tours, c’est l’aigle qui
chante en premier, se présentant d’emblée comme le roi des oiseaux :
L’AIGLE
De tous les oyseaulx je suys le roi ;
Voler je puys en si hault lieu
Que le soulail de près je voy :
Benois sont ceulx qui voyent Dieu [29].
L’aigle est celui qui peut regarder le soleil en face. C’est du moins ce que
croient plusieurs auteurs de l’Antiquité, relayés par ceux du Moyen Age :
Cantimpré, Pierre de Beauvais, Guillaume de Normandie, Latini et le
Bestiaire de Vaud s’en font également l’écho. Cette croyance semble plus ou
moins correspondre à un fait réel. Or c’est en fonction de cette aptitude à
regarder le soleil que cet oiseau de proie est le symbole du juste, de celui qui
peut regarder en face le Dieu-Soleil, donc Dieu.
En revanche, dans le manuscrit d’Aoste, la primeur du chant revient au
paon :
LE PAON
Quant ie voy ma belle figure
Orgueilleux suis haultain et fier
Telle folie peu me dure
Nul ne doit glorifier.
Cette rivalité pour la suprématie n’est pas récente puisque déjà, dans une
fable d’Ésope, les oiseaux délibéraient pour élire un roi. Le paon prétendait
se faire proclamer roi pour sa beauté. Les oiseaux étaient disposés à l’élire
lorsque le crave intervint : « Mais si l’aigle nous attaque pendant ton règne,
comment vas-tu nous protéger ? ». La fable nous montre que les souverains
doivent être parés de force et non de beauté. Le déploiement de sa superbe
queue aux plumes ocellées est évidemment pris comme démonstration de
vanité et de superbe. Mais lorsqu’il baisse la tête, il découvre ses pattes et
s’aperçoit alors qu’elles ne correspondent pas à la beauté du reste du corps.
Il en est de même de l’homme vaniteux qui, apprenant la bassesse de sa
condition humaine, baisse humblement la tête.
À la suite de ces deux prétendants au trône, se déroulent les quatrains des
autres oiseaux, dans un ordre différent d’un manuscrit à l’autre. Énumérons
maintenant les 17 figurant dans le manuscrit de Tours, en s’arrêtant sur les
caractéristiques mentionnées : présentation de l’oiseau, puis interprétation
allégorique
[30].
– Le faisant: ce gallinacé est surtout apprécié pour sa chair savoureuse, mais
Dieu dispense des biens spirituels autrement plus délicieux.
– Le coq : cet oiseau de basse-cour abonde en qualités, puisqu’il est hardi,
joyeux, libéral, amoureux et cordial. Plusieurs traditions symboliques
semblent s’entrecroiser ici : certes son ardeur sexuelle est légendaire, mais
aussi son chant sonore qui le fait considérer comme joyeux. On peut peut-être
aussi se référer à l’auteur du Bestiaire toscan relevant ce trait qui expliquerait
sa libéralité : « C’est un animal noble et généreux qui appelle sa compagne
quand il trouve quelque chose. Il possède une des qualités que doit avoir un
bon prince : être libéral et veiller sur ses vassaux ».
– le
coulon : [pigeon ?, colombe ?] : la strophe met surtout l’accent sur la
simplicité de l’oiseau, « soyez simples comme la colombe et sages comme le
serpent », peut-on lire dans l’Évangile. On notera que dans le
Calendrier des
bergers, le quatrain a presque totalement changé : seul subsiste le deuxième
vers insistant sur ce caractère de simplicité ; les deux derniers sont consacrés
à la colombe messagère au temps du déluge ; elle est donc celle qui transporte
un message de paix
[31]. En fait il semble qu’il y ait fusion entre les qualités de
la colombe et du pigeon. Oiseau pacifique et simple, il est symbole
d’innocence. Dans l’almanach, colombe, pigeon, et pigeon ramier ont chacun
leur quatrain. Dans celui du pigeon, on peut lire que cet oiseau est dépourvu
de fiel, ce qui correspond, dans les bestiaires, à une croyance réelle, à prendre
au pied de la lettre, expliquant leur humeur placide.
– la cigogne: cet échassier est perçu comme un animal se plaisant en la
compagnie humaine et comme un modèle d’aide mutuelle. En effet les
parents sont particulièrement attentifs à nourrir leurs petits et une croyance
voulait que les jeunes soignent à leur tour leurs parents devenus vieux. Ce
comportement des cigognes devrait servir d’exemple aux humains car
« chacun doit aimer son prochain ».
– la perdrix : ce gallinacé est considéré comme un animal lascif, lubrique,
s’adonnant à la luxure tant elle a de « charnalité » ; aussi doit-elle craindre les
foudres de Dieu. Dans le Calendrier des bergers, c’est un tout autre trait qui est
retenu : sa ruse pour protéger les siens. En effet elle feint d’être blessée pour
détourner prédateurs et chasseurs. C’est ainsi que d’un texte à l’autre, la
perdrix passe de statut du contre-exemple à celui de modèle à suivre.
– le corbin [corbeau] : son cri et son plumage noir en font un symbole de ce
qui est mauvais, donc du péché. Ici l’accent est mis sur sa subtilité et sa
feintise. Dans le Calendrier des bergers, il est associé aux funérailles, au corps
et à la mort. Cette analogie vient évidemment de son plumage endeuillé,
mais aussi de sa qualité de charognard supposé s’attaquer en priorité aux
yeux, puis à la cervelle, d’où l’idée que peut lui importe l’âme, pourvu qu’il
ait le corps.
– le puput [huppe] : cet oiseau est réputé se nourrir d’ordures et vivre dans
un nid d’immondices qualifié ici de pugnaisie. Sa crête de plumes lui donne
belle allure, mais « beauté sans bonté ne vaut rien ». Or la huppe avait aussi
la réputation, tout comme la cigogne, d’être un modèle de piété filiale,
modèle sur lequel d’ailleurs l’homme devrait prendre exemple si l’on en croit
Élien, l’auteur du Physiologus, ou encore Pierre de Beauvais.
– Le pélican : le Physiologus en a fait l’emblème de l’amour paternel et le
symbole du plus profond mystère de la religion chrétienne. Maints écrivains
ont repris cette idée, dont Guillaume de Normandie : « Quand les petits du
pélican sont devenus grands, ils frappent leur père à coups de bec, et celui-ci dans sa colère les tue. Mais trois jours après, il revient vers eux, se déchire
le flanc avec son bec, et son sang répandu sur ses petits les rappelle à la vie ».
Or Jésus fit de même en rachetant les péchés de l’homme par son sang, et c’est
ce parallèle que rappelle ce quatrain.
– Le butor: ici l’accent a surtout été mis sur le terrible long cri de cet
échassier. Il convient que le chrétien ne suive pas son exemple ; au contraire,
il doit taire sa douleur et ne pas médire d’autrui.
– la grue: c’est un migrateur qui ne se plaît et ne se déplace qu’en
« compagnie », postant une sentinelle pour monter la garde sur le groupe
pendant la nuit. Ainsi le bon pasteur doit-il également veiller.
– la
tourterelle: tous les bestiaires la considèrent comme l’emblème de la
fidélité conjugale. En effet lorsque cet oiseau perd son ou sa compagne, il lui
demeure fidèle jusqu’à la fin de ses jours, préférant mener une vie retirée et
solitaire. Ainsi doit se comporter le cœur dévot
[32].
– le cygne : le poète, tout comme les artistes en général, insiste sur le chant
mélodieux de ce palmipède. Mais, selon l’antique tradition, c’est au moment
de sa mort que l’oiseau fait entendre ses accents les plus doux et les plus
beaux. Si les uns considéraient ce dernier chant comme un hymne funèbre,
d’autres au contraire, et c’est ici le cas, y entendaient l’accent joyeux de
l’aspiration à une vie meilleure, proche de Dieu.
– le phénix: cet oiseau fabuleux et mythique est couramment utilisé comme
symbole de la résurrection. En effet, selon la légende, il est celui qui, après
avoir vécu cinq cents ans, renaît de ses cendres. De même est ressuscité le
Seigneur, et de même le bon chrétien ressuscitera.
– le chouan [chat-huant] : comme beaucoup de rapaces nocturnes, le chat~huant est considéré comme un animal maléfique incarnant le péché ; or celui
qui commet des péchés nuit à Dieu.
– la pie: elle est celle qui jacasse sans cesse et manque de discrétion. Aussi
l’homme ne doit-il pas l’imiter et, au contraire, se garder de trop parler.
Bien que l’on ait repris ici l’ordre et la version du manuscrit de Tours, on
retiendra que le texte versifié est sensiblement le même dans le manuscrit
d’Aoste ; seul l’ordre d’apparition diffère. Avec l’entrée du poème dans
l’imprimé, l’étude devient un peu plus complexe. Si l’on ne saurait s’attarder
sur l’édition d’Étienne Bally à Chalons
[33], étant donné son caractère
incomplet, on peut toutefois noter qu’y apparaît un nouvel oiseau, l’épervier,
considéré comme le plus noble des oiseaux de proie. En revanche il convient
de s’arrêter sur l’édition Trepperel et sur ses 34 volatiles. En effet, il est
manifeste que ni P. Meyer, ni J. Morawski n’ont compris l’agencement de
cette pièce.
Voici ce qu’écrit à son sujet P. Meyer
[34]: « On remarquera que, dans
l’édition Trepperel, certains oiseaux paraissent deux fois (le faisan, 2 et 31),
le coulon (11 et 29), le corbeau (13 et 23), la huppe (15 et 26), le victeur (5 et
21) ; mais chaque couplet est différent ». À cette remarque, J. Morawski
[35] fait
écho en affirmant que cette même édition « comprend 34 couplets dont la
première moitié correspond aux 17 couplets de l’édition Montaiglon (sauf le
c. X qui manque). À ce fonds primitif le remanieur a ajouté 18 couplets
nouveaux ». En fait une attentive comparaison montre que ces strophes
complémentaires ne font pas partie des
Dits des oiseaux mais proviennent –
bien que rien ne l’indique dans cette impression Trepperel – du
Conseil des
oiseaux qui fait suite, dans le manuscrit d’Aoste, aux
Dits. L’organisation en
est donc la suivante : 18 oiseaux disposés en quatrains et allant du coq au geai,
ce dernier s’étant curieusement surajouté aux 17 des manuscrits ; puis 16
oiseaux, présentés en 5 vers, et allant du roitelet au vachelet. C’est ce qui
explique d’une part que certains oiseaux soient présents deux fois et d’autre
part le fait qu’ils ne s’expriment pas de la même manière les deux fois.
Le
Conseil des oiseaux
[36] est en effet un poème en couplets de cinq vers
octosyllabiques où les oiseaux prennent la parole tour à tour pour donner des
conseils au roi sur la manière de bien gouverner son état. Ils se font ainsi
porte-parole d’une voix divine médiatisée et l’on constate, à lire leurs
conseils, qu’ils s’inscrivent essentiellement dans un contexte chevaleresque
d’honneur, de guerre et de protection de terres. Ainsi s’exprime par exemple
l’aigle :
En guerre soyes bien hardiz
Et courtois en fais et en ditz
Du tien donne liberallement
Soyes iuste en iugement
Ainsi aura honneur et pris.
Manifestement Trepperel connaissait les deux pièces et les a réunies sous un
même titre, celui des
Dits des oiseaux
[37].
En entrant dans
le Calendrier des Bergers, le poème, on l’a vu plus haut, eut
tendance à fortement remplir la volière : jusqu’à 91 volatiles ! Comme l’a
remarqué J. Morawski
[38], « l’ordre traditionnel des oiseaux est ici complète~ment bouleversé ; même la division par quatrains n’a pas été appliquée
jusqu’au bout : quelques couplets ont cinq vers (schéma a a b b a), le couplet
88 (
grant aigle) en a huit, le couplet suivant (
ostruche) douze. Le nombre des
oiseaux a été porté à quatre-vingt-onze. Il est vrai que plusieurs oiseaux
paraissent deux fois (comme dans l’édition Trepperel), mais chaque couplet
est différent. L’absence de l’
agasse et du
vachelet indique que l’auteur du
Compost ignorait l’édition Trepperel, qui mentionne ces deux oiseaux. La
plupart des oiseaux adventices sont naturellement inconnus au
Physiologus,
et le plus souvent, il n’a y aucun lien entre les propriétés, réelles ou
supposées, de ces oiseaux, et les paroles ou dits qui leur sont attribués dans
le remaniement ». Se pose donc le problème de l’origine de tous ces
nouveaux arrivés. Le modèle étant posé, on peut supposer qu’il ne restait
plus qu’à imiter le genre versifié en créant de nouveaux quatrains brodant à
l’infini sur le thème du volucraire, jusqu’à ces ultimes avatars ailés que sont
la chauve-souris et le papillon. Pourtant, lorsque l’on ouvre l’impression de
1493 de Guy Marchant, on constate, après un examen attentif, un curieux
mélange poétique, que J. Morawski subodorait déjà à propos de l’édition
attribuée à Trepperel, mais qu’il n’a pu expliquer. Un certain nombre de
couplets ont cinq vers au lieu de quatre ; ils proviennent bien évidemment du
Conseil des oiseaux et ils ont été mélangés aux
Dits des oiseaux. Toutefois leurs
paroles ont été affectées à d’autres bêtes à plumes que celles figurant dans le
manuscrit, sans doute pour éviter certaines doubles occurrences. De plus,
lorsque l’on passe aux éditions populaires de grande diffusion, on s’aperçoit
que les strophes de cinq vers sont devenues des quatrains
[39] par divers
bricolages rédactionnels : suppression de vers, rimes refaites, voire strophe
éliminée… On aboutit alors à un texte d’apparence plus homogène, mais
d’apparence seulement : en effet, comme nous l’avons déjà mentionné, les
Dits des oiseaux et le
Conseil des oiseaux n’ont pas été écrits dans le même
esprit : d’un côté un volucraire reposant sur une documentation plus
mythique que scientifique, doublée d’une interprétation métaphorique
perpétuée de l’Antiquité au Moyen Âge ; de l’autre un bestiaire
exclusivement didactique, basé sur la répétition récurrente des mêmes
conseils et exhortations tendant à la moralisation. De ce fait, même mélangés,
les quatrains anciens ou reformés trahissent leur source par leur contenu,
ceux issus du
Conseil des oiseaux étant vides de toute caractéristique
animalière. C’est d’ailleurs ce qui permet de réattribuer si aisément les
paroles d’un volatile à un autre : l’exemple le plus frappant est représenté par
l’
aigle dont le message est délivré par le
roitelet dès l’édition Trepperel. On
notera au passage que l’imprimé, qui a généralement pour effet –
contrairement au manuscrit – de figer un texte, n’a pas joué ce rôle dans le cas
de cette pièce fort évolutive. De plus, même en cumulant
Dits des oiseaux et
Conseil des oiseaux, on n’obtient pas une pièce aussi fournie que 91 couplets.
Il demeure donc des zones d’ombre. D’où viennent tous ces oiseaux
adventices : emprunt à d’autres bestiaires ou volucraires non encore
identifiés ou bien encore poursuite d’une écriture par imitation ? Pour
l’heure, on ne saurait le dire.
Enfin, les derniers couplets du poème, tels qu’ils apparaissent dans
l’édition de 1493, laissent particulièrement perplexes : allongement de la
strophe du grand aigle à 8 vers, de celle de l’autruche à 12 vers, et entrée abusive
de la chauve-souris et du papillon. La présence de la chauve-souris semble
s’expliquer par le fait que ce mammifère volant était considéré comme un
oiseau déchu : selon d’antiques fables, la chauve-souris aurait tenté de jouer
dans les deux camps – celui des oiseaux et celui des souris – et les porteurs
de plumes, qui ne lui auraient pas pardonné ce mauvais tour, l’auraient
déplumée pour se venger. Reste le papillon : comme l’oiseau, il vole. Est-ce
là leur seule ressemblance ? Pas tout à fait car, comme l’oiseau, le papillon est
le symbole de l’âme et comme il ressuscite après une mort apparente, il
symbolise en particulier l’âme après la résurrection. Or Les Dits des oiseaux
pouvaient-ils, dans le Calendrier des bergers, se refermer sur meilleure
allégorie ?
Conclusion : Pérennité des Dits des oiseaux
dans le Calendrier des bergers
Considéré comme l’ancêtre de l’almanach, le
Calendrier des bergers est une
œuvre composite et complexe. Ouvrage de compilation, il apparaît comme
une sorte d’encyclopédie rassemblant les connaissances météorologiques,
agricoles, hygiéniques et morales, transmises à la fin du Moyen Âge. « Nous
avons là, écrit Monceaux, le premier almanach qui ait été imprimé en France,
et on s’explique facilement la faveur d’un ouvrage qui s’adressait aux masses
populaires et rurales et leur donnait des conseils de toute sorte sur la
médecine et l’hygiène des hommes et des animaux, l’agriculture, la manière
de se comporter en ce monde en vue d’arriver saintement dans l’autre, en
même temps qu’il donnait aux gens illettrés des notions sur l’astronomie et
la division du temps. Les démonstrations étaient renforcées par des images
explicatives pour la classe nombreuse de ceux qui ne savaient pas lire dans
les lettres moulées
[40]». Plus généralement, pour reprendre les propos de J.
Ortéga
[41], « l’ouvrage s’apparente, par sa forme comme par son contenu, à ce
qu’a produit, au Moyen Âge, la littérature dite didactique, laquelle associe à
un souci d’information scientifique (philosophie naturelle) des intentions
morales et religieuses liées, dans un contexte de prédication par l’écrit, à un
art de bien vivre et de bien mourir ».
C’est donc parmi tous ces écrits mêlés, tout à la fois scientifiques, littéraires
et religieux, que s’insinuent
Les Dits des oiseaux. Or cette présence dans ce
recueil n’apparaît pas véritablement fortuite. En effet, au gré des éditions et
des recompositions de l’ouvrage, ce poème se trouve encadré par d’autres
pièces traitant d’animaux. Tout d’abord, comme on l’a vu précédemment,
une édition de Nicolas Le Rouge l’accompagne d’un bref extrait des
Dits des
bêtes. Toutefois il ne retient que 12 des 22 bêtes, répartissant son choix
effectivement entre animaux domestiques (taureau, cheval, mulet, âne,
veau, porc, mâtin) et animaux sauvages (bièvre, loup, sanglier, lièvre,
renard). Ces deux pièces versifiées sont introduites par un curieux écrit
anthropomorphique qui sert en quelque sorte de transition entre la fin du
chapitre intitulé « la figure des quatre complexions » et les bestiaires qui
suivent. L’idée – toute aristotélicienne – qui sous-tend cette pièce est que
l’homme participe de tous les êtres vivants de la création ; il possède donc les
qualités – et les défauts – de tous les animaux. Parmi « les conditions des bêtes
propres aux hommes
[42]», ne retenons ici que celles attribuées aux oiseaux :
l’homme est
debonnaire comme la turterelle,
privé comme le coulomb,
rebelle et
inobedient comme le rossignol,
humble comme le pigeon,
fel et sot comme l’austriche,
despiteux et orgueilleux comme le faisant, énumération qui se conclut par
et
pource il est appelé le petit monde ; car, comme il est, il participe a la condition de
toutes creatures. De plus, comme en écho lointain à cet ensemble, se trouvent,
un peu plus loin dans l’ouvrage, deux courts textes sur la manière de
connaître le temps par les bêtes. Pour savoir si nous aurons pluie ou beau
temps, il convient d’observer tout particulièrement le vol de cinq d’entre
eux : les étourneaux, le huant, l’hirondelle, la pie et la corneille car
ces
oyseaulx, et plusieurs aultres qui volent en l’air, savent du temps par la divine
pourveance. À partir de là, tout fait sens : le rapport de l’homme à la nature
était si étroit qu’il lui paraissait en recevoir constamment des messages.
Par ailleurs, une autre pièce singulière s’est aussi insinuée dans le
Calendrier des bergers: il s’agit du Dit du limaçon. Présent dès l’édition de 1493
pour Antoine Vérard, il figurera dans presque toutes les impressions
ultérieures. Petit poème héroï-comique, souvent doublé d’une gravure
cocasse, il met en scène deux gendarmes armés d’une épée et une vieille
femme munie d’une quenouille attaquant un escargot… à moins que ce ne
soit le contraire : car l’animal rampant semble bien tenir en respect ses
adversaires, en les menaçant de ses cornes, ce que confirme d’ailleurs le texte.
Au XVII
e siècle, les impressions de la Bibliothèque bleue récupèrent la
plupart de ces pièces animalières, sauf
Les Dits des bêtes présents, semble-t-il,
dans une seule édition de Nicolas Le Rouge. Dès les éditions Bonfons
[43], les
prévisions météorologiques sont étoffées à 9 oiseaux dont il faut interpréter
le vol : aux cinq précédents, s’ajoutent en effet le
héron, l’
espere, la
verdiere et
le
butor
[44]. L’agencement interne y est un peu différent : si la comparaison
homme/animaux
[45] ne jouxte plus
Les Dits des oiseaux, en revanche ces
derniers sont maintenant immédiatement suivis de l’interprétation de leur
vol
[46]. On sent pourtant que les imprimeurs troyens, tout comme leurs
prédécesseurs, cherchent vaguement à instaurer une certaine cohérence
entre toutes ces pièces en les inscrivant dans une continuité thématique et
éditoriale. Toutefois on a aussi l’impression, dans le même temps, que la
présence ou l’absence de telle ou telle pièce au sein d’une édition, relève de
choix éditoriaux purement conjoncturels, en fonction d’un degré de
remplissage plus ou moins important, donc d’un critère de rentabilité.
On voit donc comment Les Dits des oiseaux sont passés du statut de
volucraire moral et littéraire autonome à celui de pièce constitutive d’un
almanach encyclopédique, considéré comme modèle de conduite humaine
pour le berger et tout individu en général. S’inscrivant alors dans un vaste
réseau d’interprétation du monde, les Dits des oiseaux perdaient quelque peu
leur caractère poétique au profit d’une utilité pragmatique : savoir se
comporter en toutes circonstances comme le berger lorsqu’il est seul face à
l’univers. « Il s’agissait d’enseigner la science des bergers qui est science de
l’âme, du corps, du temps, des astres, de la vie et de la mort » comme le stipule
le Calendrier lui-même. Et c’est de cette science poétique que se contenta le
peuple jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, sans que les théories coperniciennes et
galiléennes ne viennent, à un quelconque moment, remettre en cause son
contenu. Belle pérennité d’un savoir médiéval qui sembla satisfaire des
lecteurs davantage à la recherche de traditions que d’exactitude scientifique !
Le Dit des oiseaux, dans Le Compost et Kalendrier des bergiers, Paris, pour Michel le Noir, s.d. (ca 1510)
[1]
Sur les bestiaires, on pourra consulter, parmi les publications récentes : J.
VOISENET,
Bestiaire chrétien, Toulouse, 1994 ;
Il Bestiario medio inglese, sous la dir. de D.
FARACI, L’Aquilée-Rome, 1990 ; R. DELORT,
Les animaux ont une histoire, Paris, 1984 ;
Bestiaires du Moyen Âge, sous la dir. de G. BIANCIOTTO, 3
e tir., Paris, 1995 ;
L’Animal
exemplaire au Moyen Âge, éd. J. BERLIOZ et M.A. POLO DE BEAULIEU, Rennes, 1999 ; C.
HIPPEAU,
Le Bestiaire divin de Guillaume le Clerc de Normandie, Genève, 1978 ; C. HIPPEAU,
Le Bestiaire d’amour, Genève, 1978 ; E. DE SOLONS et C. JEAN-NESMY,
Bestiaire roman, La
Pierre-qui-Vire, 1977 ; V.H. DEBIDOUR,
Le Bestiaire sculpté du Moyen Âge en France, Paris,
1961 ; X.R.M. FERRO,
Symboles animaux, Paris, 1996.
[2]
A. DE MONTAIGLON,
Recueil de poésies françoises des XVe et XVIe siècles, t. 1, Paris,
1855, p. 256-264.
[3]
J. MORAWSKI, Les Dits des oiseaux,
Archivum romanicum, t. 14, 1930, p. 119-128.
Il repère cette première version de la lettre A.
[4]
M. DE CHERGE, Peintures murales du château de la Barre,
Bulletin du Comité
historique des Arts et Monuments, t. 3, 1852, p. 122-124.
[5]
Nous pensons qu’il s’agit de l’actuel manuscrit n.a.f. 6639 de la B.N.F. En effet
il comporte les armes de France et de Savoie peintes dans des initiales.
[6]
P. MEYER, Compte rendu de
Novelle e poesie francesi inedite o rarissime del secolo
XIV,
Romania, t. 19, 1890, p. 340-344.
[7]
Pas exactement puisque le butor est encore présent dans des éditions
troyennes du
Calendrier des bergers à la fin du XVIII
e siècle.
[8]
J.C. BRUNET,
Manuel du libraire, Paris, 1861, col. 764-765.
[9]
L’exemplaire, quand il était complet, aurait contenu 10 f° selon BRUNET,
Op.
cit., 9 f° sans compter le titre selon MORAWSKI,
Op. cit., p. 121 ; il désigne ce remaniement
par la lettre C. BRUNET le fait remonter aux premières années du XVI
e siècle. Lui-même
n’a eu que six feuillets entre les mains. Cf. J.P. FONTAINE, Les incunables chalonnais ne
sont pas des incunables,
Le Bibliophile rémois, n° 47, 1997, p. 4-11. Nous le remercions
vivement pour les informations qu’il nous a fournies.
[10]
Cf. MORAWSKI,
Op. cit., p. 120, qui désigne cette rédaction par la lettre B. Voir
B. MOREAU,
Inventaire chronologique des éditions parisiennes du XVIe siècle, t. 3, Abbeville,
1985 ; étant donné l’adresse, elle y voit une édition d’Alain Lotrian (
ca 1527).
[11]
E. PICOT,
Catalogue de la Bibliothèque du baron J. de Rothschild, Paris, 1884-1920,
p. 364, n° 552.
[12]
Cf. MORAWSKI,
Op. cit., p. 121, qui désigne ce remaniement par la lettre R.
L’ouvrage n’est pas illustré.
[13]
Selon nous, l’édition la plus ancienne serait celle de 1493 chez Guy Marchant,
et non cette édition mythique de Nicolas Le Rouge en 1480 comme l’affirment
Morawski ainsi que le reprint du
Calendrier des bergers, Paris, 1925, transcrit par B.
GUÉGAN.
[14]
Du moins si l’on excepte la reprise de ce
Dit par DE MONTAIGLON, dans son
Recueil.
[15]
C’est cette édition qu’a reproduite DE MONTAIGLON,
Op. cit., p. 261.
[16]
D’après A. CLAUDIN,
Histoire de l’imprimerie en France au XVe et au XVIe siècle,
t. 1, Paris, 1900, p. 360, il y aurait eu une édition antérieure en date du 2 mai 1491.
[17]
Perdrieux ou
oiseau Saint-Martin ou
busar soubuse.
[18]
M. LACHIVER,
Dictionnaire du monde rural, Paris, 1997, fournit un certain
nombre d’identifications fort utiles.
[19]
L’édition de 1496 conservée est incomplète, donc on ne peut assurer qu’elle
comportait 91 volatiles puisque 48 seulement subsistent.
[20]
CLAUDIN,
Op. cit., p. 394.
[21]
Vérard produisit également une version en anglais en 1503.
[22]
« Semble » car il s’agit d’un fac-similé.
[23]
On y reviendra en conclusion.
[24]
1602 d’après une note manuscrite ; le calendrier interne va de 1589 à 1626.
[25]
BRUNET,
Op. cit.
[26]
Une de ces exceptions peut être représentée, par exemple, par le
Bestiaire
d’amour de Richard de Fournival.
[27]
HIPPEAU,
Le Bestiaire divin, p. 18.
[28]
M.I. GERHARDT, Zoologie médiévale : préoccupations et procédés,
Miscellanea
Mediaevalia, Berlin, 1970, p. 233-234.
[29]
Donné ici dans la transcription de MORAWSKI,
Op. cit., p. 123. Le Moyen Âge
s’est aussi servi de l’aigle pour représenter la purification par le feu et l’eau : l’oiseau
s’élève si haut dans le ciel qu’il se brûle aux rayons du soleil et qu’il redescend aussitôt
pour s’immerger dans l’eau dont il sort rajeuni.
[30]
Les interprétations métaphoriques sont données d’après les ouvrages cités
en référence dans la n. 1.
[31]
De plus MORAWSKI,
Op. cit., p. 124, note que dans
Le Calendrier des Bergers, le
couplet (en 5 vers) diffère complètement. Il n’en a pas compris l’origine que nous
expliquons plus loin.
[32]
Dans le manuscrit de Tours, intervient ensuite le paon dont nous avons déjà
parlé.
[33]
Dans les huit feuillets apparaissent douze oiseaux :
colomb, pardris, corbeau,
tourterelle, papegay, faulcon, huppe, chat huant, pie, lespriviers, pellican, sigonne. Papegay,
faucon et épervier sont mentionnés pour la première fois.
[34]
MEYER,
Op. cit., p. 344.
[35]
MORAWSKI,
Op. cit., p. 121. On supposera que Morawski voulait écrire 17 et
non 18 couplets.
[36]
P. Meyer n’a pas repéré la présence du
Conseil des oiseaux dans l’édition
Trepperel. Selon lui, on ne connaît qu’une édition gothique très rare de cette pièce.
[37]
On peut se demander si cette réunion des deux pièces sous un seul et même
titre ne vient pas de l’effacement partiel du titre du
Conseil des oiseaux dans le
manuscrit d’Aoste.
[38]
MORAWSKI,
Op. cit., p. 121.
[39]
Il conviendrait également de repérer à partir de quelle édition les cinq vers
se limitent à quatre.
[40]
Cité par CLAUDIN,
Op. cit., p. 360.
[41]
Y.A. ORTEGA, Le Grant Kalendrier et compost des bergers,
Le Beau XVIe siècle
troyen, Troyes, 1989, p. 295-296.
[42]
Ce titre est fréquent, notamment dans les éditions de la Bibliothèque bleue.
[43]
Nicolas Bonfons [1602] et peut-être, avant lui, Jean Bonfons.
[44]
Espere = pivart ;
Verdiere = verdier.
[45]
« Les conditions des bêtes propres aux hommes » se sont étoffées ; on y lit,
entre autres, que l’homme est
large comme le coq,
soeuf et doux comme un poussin.
[46]
On notera qu’il peut y avoir des variantes d’une édition à l’autre ; ce ne sont
là que des tendances.