2003
Le Moyen Age
La traduction en vers et la traduction en prose à la fin du XIIIe
et au début du XIVe siècles : quelques lectures de la
Consolation de Boèce
Ludmilla Evdokimova
Institut de littérature mondiale (Moscou)
La revue de quelques versions françaises de la Consolation
démontre qu’au début du XIVe siècle, les traductions en prose et en vers se
distinguent, en premier lieu, par leurs fonctions et par leurs orientations
sociales. La première s’applique au discours philosophique ou historique; la
prose reste, d’une manière générale, plus compliquée, bien qu’il existe, entre
les oeuvres différentes, des gradations dans la complexité. La seconde unit les
fonctions didactique et récréative, et elle s’adresse à des couches sociales
moins cultivées et instruites. Durant les premières décennies du XIVe siècle,
la vision esthétique de la prose et du vers, manifestée le plus clairement dans
la première traduction de la Consolation sous forme de prosimètre, se fait
jour; sous l’influence du prosimètre, l’opposition des deux formes de discours,
ainsi que leurs rôles dans la traduction, se modifient. Mots-clés :
Prose/vers, prosimètre, traduction littérale, calque sémantique, glose.
A survey of some French versions of Boethius’ Consolation shows
that at the beginning of the 14th century verse and prose translations serve
different functions and are intended for different social audiences. Prose
translation is used for historical or philosophical discourse, prose still
being generally perceived as more complex although various degrees of
complexity are to be found depending on the kind of works. Verse translation
combines didactic and entertaining functions and is intended for less educated
classes. During the first decades of the 14th century the esthetic perception
of prose and verse appears, which is most clearly illustrated by a ‘prosometre’
in the first translation of Consolation; as a consequence the opposition
between the two kinds of discourse and their respective roles in translation
are altered.Keywords :
Prose vs. verse, prosometre, literal translation, semantic calques, glose.
On a plusieurs fois attiré l’attention sur le sens général du
développement de la traduction au Moyen Âge. J. Monfrin remarque, en
particulier, que durant le XIV
e et le
XV
e siècles les traductions deviennent plus exactes ;
inséparables d’abord des compilations, elles se rapprochent des originaux, et
l’idée moderne de la traduction se forme progressivement
[1]. Selon Cl. Buridant, le tournant décisif
dans l’histoire de la traduction coïncide avec le début du
XVI
e siècle, lorsque les commentaires, faisant auparavant
un tout avec le texte, s’en séparent et s’organisent en un appareil critique
autonome
[2]. À la limite
des XV
e-XVI
e siècles apparaissent les
traductions dont les auteurs essaient non seulement de rendre le contenu de
l’original, mais aussi d’en imiter la forme
[3]. Ainsi, à la fin du XV
e siècle,
l’idée de l’importance de la forme littéraire de l’original se révèle de plus
en plus clairement, de pair avec le concept de l’imitation des meilleurs
auteurs.
À cet égard, l’étape plus ancienne de l’histoire de la
traduction, qui remonte à la première moitié du XIVe
siècle, est moins étudiée. Elle est pourtant importante : en effet au début du
XIVe siècle, les notions réciproquement liées d’auteur et
de texte sont en pleine évolution. L’auteur est parfois considéré non seulement
comme le créateur du contenu, mais aussi de la forme de l’original ; le concept
du texte s’élargit jusqu’à inclure les particularités de la forme. D’autre
part, les limites du texte deviennent plus précises, et les traducteurs rendent
le contenu avec plus d’exactitude, bien que la « mouvance », caractéristique du
texte médiéval, ne disparaisse pas. C’est à cette époque qu’on rencontre les
premiers exemples de l’appréciation de la forme de l’original et des tentatives
pour l’imiter qui deviendront essentielles à la Renaissance. La recherche des
équivalents qui permettent de rendre les particularités de la forme n’est pas
encore cohérente : l’imitation coexiste, au sein d’un seul et même texte, avec
d’autres procédés de traduction, tels que les gloses intercalées ou des
passages abrégés et traduits librement. Des traductions de la
Consolation de Philosophie permettent
d’étudier ces phénomènes : on y voit que la prose et le vers perdent
progressivement leur caractère fonctionnel et acquièrent un sens artistique. De
plus, grâce à la pluralité et à la diversité des versions françaises de la
Consolation, il est possible de faire
ressortir les nouvelles tendances dans l’art de traduire, en comparaison avec
les pratiques des XIIe-XIIIe siècles
et, en même temps, de caractériser certains types de traduction répandus à
cette époque.
Comme l’on sait, durant le XIV
e siècle la
plupart des traductions adoptent la forme-prose. Le parallélisme de la prose et
du vers, typique de l’époque précédente, ne concerne que quelques textes, dont
la
Consolation
[4]. Le sort exceptionnel de la
Consolation de Philosophie à l’époque
médiévale et, plus tard, à la fin du Moyen Âge, n’est pas fortuit. Ce texte
attire plusieurs générations de théologiens et d’écrivains médiévaux par sa
polyvalence fondamentale qui laisse la possibilité d’interprétations diverses.
P. Courcelle démontre, en particulier, que durant des siècles, jusqu’à la fin
du XV
e, la
Consolation reste pour beaucoup de théologiens
la source essentielle de la connaissance de la philosophie de Platon, et c’est
en cette qualité que le livre intéresse les différents auteurs : ceux qui
reprochent à Boèce son manque d’orthodoxie, aussi bien que ceux qui essaient de
concilier ses vues avec la doctrine de l’Église
[5]. Outre son contenu philosophique, la
Consolation comporte une composante
didactique évidente, également importante pour le Moyen Âge. Le canevas de cet
ouvrage formé par le dialogue de Boèce et de Philosophie et le contenu de leur
conversation consacrée, dans une large mesure, à la vanité des biens mondains
et à la supériorité du bien véritable, est un moule commode, facile à remplir
de plusieurs enseignements moraux. Liée à l’origine au genre de la
consolatio antique, l’œuvre de Boèce,
à son tour, sert d’exemple aux nombreuses consolations médiévales
[6]. Enfin, à la fin du Moyen
Âge, ce sont les qualités esthétiques et artistiques de la
Consolation qui revêtent une
importance particulière. Ce texte occupe une place intermédiaire entre
l’Antiquité et le Moyen Âge ; la combinaison des traits antiques et médiévaux
qui le caractérise répond à l’esprit de cette époque, qui unit, à son tour,
l’intérêt naissant pour l’Antiquité à l’héritage des
XII
e-XIII
e siècles. C’est la forme
prosométrique de la
Consolation qui
détermine, de plus, sa valeur extraordinaire à la fin du Moyen Âge :
l’alternance des proses et des mètres représente une réalisation idéale de
l’union du doux et du profitable ; l’équilibre entre les uns et les autres
contribue à l’harmonie de l’œuvre
[7]. Notons que la signification de la proportionnalité
comme principe constructif est déclarée dans le corps même de l’œuvre (III, 9
m., v. 10-12).
Les trois approches de la
Consolation qu’on pourrait appeler
philosophique, didactique et esthétique sont adoptées dans les traductions
françaises que nous étudions dans cet article :
Li livre de Confort de Philosophie de Jean de
Meun (1305), le premier prosimètre, par un anonyme (années 20-30 du
XIV
e siècle), la traduction en prose du ms. Troyes 898 de
la fin du XIII
e siècle et le
Roman de Fortune et de Félicité de Renaut de
Louhans (1336)
[8]. La
décision de Jean de Meun de traduire le livre de Boèce semble assez naturelle.
W. Wetherbee démontre que le poète est influencé par la philosophie
néo~platonicienne de l’école de Chartres, dont témoigne le
Roman de la Rose
[9]. De son côté, la
Consolation de Philosophie est au
centre des occupations de cette école ; ainsi, Guillaume de Conches en compose
le commentaire (vers 1125), réputé par sa tolérance vis-à-vis de Boèce : le
commentateur essaie de trouver des équivalents chrétiens aux concepts et aux
thèses de la philosophie platonicienne, et lorsque la recherche des parallèles
s’avère impossible, il propose d’interpréter Boèce d’une manière
symbolique
[10]. A.
Minnis a prouvé que Jean de Meun connaissait le commentaire de Guillaume de
Conches et qu’il l’utilisait dans son travail
[11].
La traduction de Jean de Meun est particulièrement complète ;
ce trait le distingue des autres traductions de la
Consolation. Chez Jean de Meun, il n’y
a pas d’omissions, y compris dans les passages du texte où Boèce discute de
questions théologiques complexes et épineuses et, de plus, propose des
solutions éloignées du dogme (ainsi, III, 9 m. ou bien IV, 6 p.). Le caractère
intégral de la traduction témoigne à la fois de l’intérêt de Jean de Meun pour
les problèmes philosophiques de la
Consolation et de sa tolérance vis-à-vis de
Boèce. Comme s’il suivait Guillaume de Conches et d’autres commentateurs qui
lui sont proches, Jean de Meun souligne, là où c’est possible, le sens chrétien
de la
Consolation, et il atténue les
affirmations de Boèce qui pourraient paraître douteuses en les accompagnant de
gloses relativement brèves, mais importantes
[12]. De plus, cette intégralité de la traduction trahit
l’intention de Jean de Meun de s’adresser aux couches sociales relativement
éclairées : la traduction pouvait être utilisée dans l’enseignement, elle
devait intéresser des gens qui connaissaient, dans une certaine mesure, le
latin : ce n’est pas un hasard si dans huit manuscrits la traduction de Jean de
Meun est accompagnée de l’original
[13].
La manière de rendre le texte latin choisie par Jean de Meun
est, dans beaucoup de cas, proche de la traduction littérale. Durant une longue
époque, la traduction littérale joue un rôle important dans l’Occident et l’Est
du monde chrétien. F.J. Thomson remarque que, si saint Jérôme limite le champ
d’application de la traduction littérale à la Bible, d’autres écrivains
l’élargissent aux écrits des pères de l’Église, aux textes juridiques et
hérétiques. Le même chercheur ajoute que cette tradition se fonde sur l’idée de
l’identité profonde de toutes les langues qui remontent, en fin de compte, à la
langue sacrée ; cette tradition est soutenue, de plus, par la pensée
philosophique de saint Augustin, selon lequel un lien indissoluble unit le
signifiant (
signum) et le signifié
(
res)
[14]. Dans le prologue du
Livre de Confort
[15] Jean de Meun déclare dans un premier
temps qu’il a l’intention de rendre la
sentence
de l’aucteur sens trop ensuivre les paroles du latin et il prétend
que sa traduction se distingue du « mot a mot ». Cependant sa manière de
s’exprimer, et en particulier l’excuse qu’il se croit obligé de présenter
d’être trop
eslongniés de l’original,
prouve que la traduction littérale reste pour lui l’idéal, quoique difficile à
atteindre.
Dans
Li Livre de
Confort, il est facile de repérer plusieurs exemples de traduction
littérale. Assez souvent le traducteur rend des mots latins par des mots
français directement liés à leurs étymons ; à la suite de F.J. Thomson, nous
appelons cette espèce de traduction littérale « calque étymologique » (CE) ;
nombreux sont aussi des calques sémantiques (CS). Ainsi, on trouve un exemple
de CE dans la traduction du livre V, 3 m., v. 12 lorsque les mots
veri […] notas sont rendus comme
notez de verité; la traduction de
foedera rerum (V, 3 m., v. 1-2) comme
aliances des chosez peut servir
d’exemple de CS. Les CE et CS se trouvent réunis, dans la plupart des cas, au
sein de la même phrase : V, 2 m., v. 3-5 :
Qui
tamen intima viscera terrae/ Non valet aut pelagi radiorum/ Infirma perrumpere
luce ; J. de M. :
Et toutevois ne puet
il pas par la clarté de ses rais rompre les repostez antraillez de la terre ne
la parfondece de la mer
[16]. Un grand nombre de calques contribue au style
métaphorique de la traduction que les poétiques médio-latines désignent du
terme
ornatus difficilis. Le même
style distingue d’autres traductions en prose du XIII
e
siècle : le
Bestiaire de Pierre de
Beauvais et plusieurs vies de saints
[17]. D’autre part, la thématique de la
Consolation et le statut élevé des
personnages confèrent à la traduction de Jean de Meun les caractéristiques du
stylus gravis.
La traduction littérale devait être complétée par un
commentaire et en premier lieu, par les explications qui concernent la langue :
en effet, il est nécessaire de montrer au lecteur comment interpréter les
calques. Ainsi Jean de Meun accompagne les calques de gloses linguistiques (GL)
qui expliquent le sens contextuel des expressions utilisées ; de là la
présence, dans son ouvrage, de syntagmes de deux ou trois termes, dans lesquels
un ou deux mots de l’original sont rendus par deux ou trois mots dans la
traduction. F.J. Thomson remarque que l’utilisation de syntagmes de ce type («
doublets ») constitue une particularité importante du style des auteurs
partisans de la traduction littérale, parmi lesquels les traducteurs du grec en
latin et en ancien slavon, du latin en ancien anglais
[18].
Il est connu pourtant que les paires de mots unies par des
conjonctions de coordination, les « doublets », sont fréquents aussi dans les
textes originaux. P.M. Schon explique, par exemple, les cas de « réduplication
synonymique » dans la chronique en prose, par l’influence de la chanson de
geste ; dans cette dernière, l’emploi des doublets (qu’il considère comme
synonymes) est dû aux nécessités du rythme
[19]. Ce point de vue est partagé par L. Löfstedt, dans
son article consacré à la traduction de Végèce par Jean de Meun
[20]. Il nous semble cependant
que si l’emploi de doublets dans la poésie peut être déterminé par le rythme,
en prose son rôle n’est plus essentiel. À notre avis, dans la traduction de
Boèce de Jean de Meun (et dans quelques autres traductions de la même époque)
l’emploi des paires de mots, unies par une conjonction de coordination,
s’explique par le désir du traducteur d’être exact
[21], mais aussi de conserver dans la
traduction, pour ainsi dire, le vêtement verbal de l’original. Le traducteur
préfère garder ce vêtement dans son ouvrage, car il est guidé, semble-t-il, par
l’idée que le sens du mot est inséparable de sa forme.
L. Löfstedt distingue, dans la traduction de Végèce, deux types
d’emplois de paires de synonymes : « explicatif » et « rhétorique ». Dans le
premier cas, un des termes explique le sens de l’autre, qui est un néologisme
ou bien un mot qui n’a pas de signification évidente dans le contexte ; dans le
deuxième cas, un des termes est superflu
[22]. Ces types de syntagmes apparaissent aussi dans la
traduction de la
Consolation. Il nous
semble toutefois important d’attirer l’attention sur des syntagmes qui
comprennent des CE et des CS, puisqu’ils témoignent clairement de l’intention
du traducteur de conserver le vêtement verbal de l’original. De plus, à notre
avis, le traducteur vise le contenu, et non seulement la forme de l’expression,
lorsqu’il emploie des « doublets » désignés comme « rhétoriques » dans
l’article de L. Löfstedt. D’une manière générale, la traduction de la
Consolation permet de compléter la
classification de paires de mots (« doublets ») proposée par L.
Löfstedt.
Les syntagmes formés du CE et de la GL sont fréquents dans la
traduction de Jean de Meun. Par exemple, à l’expression de Boèce
oculos […] deiecerint (V, 2 p. [10])
correspond chez Jean de Meun
ont destournez et
degetéz leurs yeulz, puisqu’en ancien français
degeter n’a pas la signification de «
détourner les yeux », propre au latin
dejicere
[23]. Aussi les syntagmes qui comprennent des CS et des
GL ne sont pas rares. Par exemple, le latin
patitur (V, 4 m., v. 29) est rendu par le
français
seuffre et reçoit, car en
ancien français le mot « souffrir » ne signifie pas « recevoir », comme le
terme correspondant en latin. Ailleurs, le mot
vim (V, 3 p. [25]) est traduit par le syntagme «
par la force et par la nature », pour des raisons analogues.
Dans d’autres cas, l’un des termes du syntagme est lié
directement au mot correspondant du latin, dont il garde non seulement la
forme, mais aussi la signification ; le second terme du syntagme a une
signification proche et il renforce la signification du premier terme. Ainsi, à
l’expression
Nam si aliorsum quam provisa sunt
detorqueri valent (V, 3 p. [6]) correspond dans la traduction
Car se elles peuent estre destortes et autrement
avenir
[24].
Dans ces constructions, la GL a quelquefois une tâche particulière : elle rend
plus claire la signification figurée du premier terme. Par exemple, la locution
caliginis causa (V, 4 p. [2]) est
traduite comme
la cause de ceste occurté et de
ceste ignorance. En ancien français le mot
occurté a une signification figurée,
comme le latin
caligo; le second terme
de la locution (
ignorance) montre
clairement que le premier terme est aussi employé au figuré. Parfois, la GL
ajoute au syntagme une signification absente de l’original. Ainsi, lorsque Jean
de Meun traduit l’expression
inscitiae
nube (V, 2 p. [10]) par
l’occurté
d’ignorance et de folie, les mots
l’occurté d’ignorance rendent bien le sens du
latin, tandis que le second terme (
folie) apporte dans la traduction une nouvelle
nuance
[25].
Outre les GL, on trouve dans la traduction de Jean de Meun
d’autres sortes de commentaires : le traducteur précise et concrétise le sens
de l’original, il explique les concepts difficiles, les métaphores et les
allégories, et il essaie d’éclaircir les thèses compliquées. La phrase
française est souvent plus concrète, en comparaison de la phrase latine. Chez
Boèce, par exemple, la Philosophie conseille au héros de juger
des autres choses de la même façon
(
atque ad hunc modum cetera ; V, 4 p.
[15]). Jean de Meun remplace le latin
cetera par un exemple concret :
et aussi pues tu entendre des ouvriers de touz
autrez mestiers. Plus loin Boèce pose une question rhétorique, en
expliquant que la prescience divine n’annule pas le libre arbitre et en citant
l’exemple des auriges qui conduisent un char :
Num igitur quicquam illorum ita fieri neccessitas ulla
compellit ? (V, 4 p. [16]). La question rhétorique de la traduction
française sonne d’une manière différente :
A il
donques neccessité en nostre regart qui contraingne ces chosez ou aucune de
celes ainsi estre faitez ? Le traducteur rend de manière concrète la
pensée de Boèce, en revenant à ce qui était dit avant la question citée : si
quelqu’un suit du regard le travail des auriges, cela ne communique à leurs
actes aucune nécessité
[26]. Jean de Meun transforme d’habitude les répliques
brèves des personnages en réponses complètes, probablement pour la clarté et la
précision de l’expression
[27].
À plusieurs reprises Jean de Meun commente des passages
difficiles de la
Consolation, y
compris ceux qui sont liés à la philosophie néo-platonicienne de Boèce. On
trouve un commentaire de ce genre, par exemple, au début de la traduction de
l’hymne III, 9 m. :
O tu peres, createurs du ciel
et de la terre, qui gouvernes cest monde par pardurable raison, qui commandez
que li temps aille de pardurableté (des lors que aages out
commencement)[…] (Cf. Boèce :
O qui
perpetua mundum ratione gubernas,/ Terrarum caelique sator, qui tempus ab aevo/
Ire iubes […]). Il n’est pas exclu que le traducteur ait suivi, dans
ce cas, une glose de Guillaume de Conches. Remarquant que celui-ci essaie de
concilier la doctrine platonicienne de la perpétuité du monde avec la doctrine
chrétienne de la création du monde
ex
nihilo, P. Courcelle cite une glose du théologien de Chartres, dont
le sens est proche de la traduction de Jean de Meun :
Non enim mundus in tempore, sed cum tempore
creatus est, neque enim tempus ante mundi creationem potuit esse
[…]
[28];
d’une manière analogue, Jean de Meun affirme que le Créateur gouverne le monde
et ordonne le mouvement
pardurable du
temps dès que l
’aage a
commencé.
Plus loin, dans la traduction des v. 18-20 de l’hymne, qui sont
consacrés aux âmes que le Créateur pose sur les astres comme sur des « chars
légers », Jean de Meun suit, semble-t-il, encore une fois Guillaume de Conches
:
Tu par semblables et par pareillez causez
essaucez les ames et les vies meneurs et, quant tu les as ajusteez en hault par
legieres veictures (par raison et entendement)[…]; cf. :
Tu causis animas paribus vitasque minores/
Provehis et levibus sublimes curribus aptans/ In caelum terramque seris
[…]. Guillaume de Conches commente ce passage d’une manière suivante
:
Anima posita est super stellas, quia
per rationem animae
transcendit homo stellas et
super eas reperit Creatorem, et hoc habent animae a Deo, et idcirco dicit Plato
Deum posuisse animas super stellas […
]
[29]. Comme s’il traduisait l’expression latine
per rationem animae, Jean de Meun
affirme que les âmes sont ajustées
en hault par
legieres veictures par raison et entendement.
Jean de Meun assimile quelquefois les métaphores aux
allégories, et il explique leur sens caché, en introduisant la glose à l’aide
des mots « c’est ». Ainsi, d’après Jean de Meun, la guerre entre deux choses véritables – c’est
la guerre entre la Providence divine et le libre arbitre (cf. V, 3 m., v. 2-3 :
Quis tanta deus/ Veris statuit bella duobus
[…]; J. de M. : Quiex diex a establi
si grans bataillez entre ces deus chosez vraiez, c’est entre la divine
pourveance et franche volenté […]), les
alliances des choses – c’est l’union
de Dieu et de l’homme (cf. V, 3 m., v. 1 : foedera rerum ; J. de M. :
aliancez des chosez, c’est les conjonctions de
dieu et de l’homme). Enfin, une partie des commentaires se rapporte
aux réalités, aux personnalités historiques et aux noms mythologiques ; chez
Jean de Meun, comme, d’ailleurs, dans d’autres traductions en prose, les
commentaires de ce genre sont relativement succincts.
Il est clair que la traduction de Jean de Meun est beaucoup
plus longue que l’original : pour le traducteur, il est infiniment plus
important de traduire et d’expliquer un seul mot, un syntagme ou une locution
du texte latin, que de rendre son volume, sa composition ou les proportions des
parties. Comme d’autres auteurs médiévaux, Jean de Meun ne traduit pas un
ensemble littéraire dont l’effet dépend de sa structure, mais une suite de «
petites unités verbales »
[30]. Cette vision de l’œuvre littéraire, caractéristique
de l’époque médiévale, détermine Jean de Meun à traiter de la même manière les
proses et les mètres de la
Consolation. Il traduit les unes et les autres
en prose ; il ne cherche nullement à souligner les différences entre leurs
styles respectifs : ici et là les calques sont accompagnés de gloses, les
proses et les mètres comportent des explications des passages difficiles. Et
pourtant, grâce à une grande quantité de calques, le style des poèmes, dans la
traduction de Jean de Meun, se révèle – comme dans l’original – plus
métaphorique. À cet égard, la traduction de Jean de Meun recrée le tissu verbal
de l’original mieux que le prosimètre éloigné de la littéralité.
Le prosimètre anonyme (années 20-30 du
XIV
e siècle) tend à reproduire la composition de
l’original : les parties en prose de la
Consolation sont traduites en prose, les poèmes,
en octosyllabes
[31].
Ce prosimètre reflète la naissance de nouvelles tendances dans la traduction,
d’une nouvelle vision de l’œuvre littéraire, enfin, de nouvelles idées
concernant les fonctions de la prose et du vers. Il est curieux de noter qu’à
peu près à la même époque, un auteur italien, Alberto della Piagentina, traduit
la
Consolation aussi sous forme de
prosimètre ; les poèmes sont rendus par des tercets
[32]. P. Courcelle cite les commentaires
italiens de Pietro da Muglio et de Giovanni Travesio (XIV
e
siècle) consacrés, dans une large mesure, à la forme prosométrique de la
Consolation
[33]. Le prosimètre français
témoigne donc, à notre avis, des changements importants dans l’approche des
textes classiques, même si son traducteur n’était pas au courant de l’intérêt
esthétique qui se manifeste pour la
Consolation en Italie du
XIV
e siècle.
Sans aucun doute, les nouvelles tendances que nous avons
mentionnées ne sont pas pleinement développées dans cette traduction : elles
coexistent avec des procédés plus traditionnels. Ainsi, dans le prologue,
l’auteur allègue la forme de l’original lorsqu’il explique son intention de
traduire la Consolation en prose et en
vers (v. 9-13) : la forme est pour la première fois considérée comme une
composante importante du texte à traduire. Pourtant, plus haut, il écrit que la
traduction est destinée aux laïcs – aux bourgeois, aux chevaliers et aux dames
qui ont besoin de la consolation. On a
l’impression que l’anonyme, dans son choix de la forme-vers pour la traduction
des poèmes latins, est guidé non seulement par les particularités de
l’original, mais aussi par la valeur traditionnelle des vers, liés au repos, à
la détente et au plaisir. Quelques traits du prosimètre confirment, comme nous
le verrons, cette impression.
Les doublets et les calques, caractéristiques de la traduction
de Jean de Meun, sont pratiquement absents du prosimètre. L’anonyme n’a aucune
intention de conserver le vêtement verbal de l’original dans sa traduction, et
il cherche des équivalents pour rendre le mot étranger dans sa propre langue.
Ces particularités du prosimètre ressortent clairement en le comparant avec le
Livre de Confort de Jean de Meun. Par
exemple, l’anonyme traduit
defigere
par l’ancien français
esbahir, en
rendant de cette manière le sens figuré du verbe latin (cf. : III, 1 p. [1] :
me / […]/ carminis mulcedo defixerat;
prosimètre :
la douceur de son ditier me tenoit
esbahi ; J. de M. :
la douceur de sa
chançon m’avoit ja trespercié). Plus loin, il trouve l’équivalent
pour la locution latine
mentis
habitum:
disposicion de /[…]/
cuer (III, 1 p. [3] ; cf. J. de M. :
habit de pensee)
[34].
Dans le prosimètre, la quantité de commentaires concernant les
passages difficiles, les réalités géographiques et historiques, les noms
propres mythologiques diminue considérablement par rapport à la traduction de
Jean de Meun. L’auteur du prosimètre préfère au commentaire un procédé
différent : il remplace des réalités antiques par des réalités médiévales.
Ainsi, lorsqu’il traduit le passage du premier livre consacré à l’achat
obligatoire du blé infligé à la province de Campanie, il rend le mot latin
coemptio par l’ancien français
bans, contrairement à Jean de Meun
qui, dans cet endroit, emploie un néologisme et l’accompagne d’une glose. La
réduction de la quantité de gloses intercalées dans le texte entraîne une
conséquence importante : le prosimètre est beaucoup plus court, comparé à la
traduction de Jean de Meun. On peut affirmer que le volume des proses, dans la
traduction, égale approximativement leur volume dans l’original. D’autres
procédés employés par l’anonyme contribuent aussi à la brièveté de sa
traduction. Par exemple, il ne développe jamais les répliques des personnages
(ce qui est un trait caractéristique du style de Jean de Meun), mais les rend
toujours très succinctement, comme s’il essayait d’imiter la concision du
latin
[35]. Le
traducteur vise la même qualité de style, à notre avis, quand il néglige un des
termes du syntagme unis par des conjonctions de coordination
[36], ou qu’il omet des
membres secondaires de phrase
[37] ou des subordonnées
[38]. Les abrègements de ce genre sont
manifestes dans de nombreuses traductions du XIII
e siècle,
par exemple, dans le
Bestiaire de
Pierre de Beauvais, dans des vies de saints ; à cette époque, les traducteurs
abrègent les originaux, car ils recherchent la simplicité. Dans le prosimètre,
le rôle des abrègements est double ; tout en aidant à la simplification, ils
communiquent à la traduction une certaine ressemblance avec la prose latine :
ainsi les parties en prose de la traduction semblent-elles aussi concises et
sobres que dans l’original.
Les mêmes tendances se manifestent dans la traduction des
poèmes, avec cette différence que le principe de la simplification semble dans
ce cas renforcé. Dans de nombreux poèmes de cette traduction, le tissu verbal
des mètres latins et la pensée de Boèce sont rendus d’une manière simpliste, la
composante didactique, en revanche, ressort au premier plan. Ces traits sont
évidents dans la traduction du second mètre du troisième livre, d’où
disparaissent plusieurs métaphores et épithètes. En même temps, dès le
quatrième vers le traducteur formule pour ainsi dire la « pensée essentielle »
de l’original (toutes les créatures retournent à leur origine), qui n’est pas
chez Boèce exprimée aussi directement au début du poème (cf. : III, 2 m., v.
1-4 : Quantas rerum flectat habenas/ Natura
potens, quibus immensum/ Legibus orbem provida servet/ Stringatque ligans
inresoluto/ Singula nexu, placet arguto/ Fidibus lentis promere
cantu ; v. 1-6 ; prosimètre, v. 1-4 : De montrer en chant met ma cure/ La grant puissance de
nature/ Qui met a toutes choses loi ;/ Chascune fait tourner a soi).
De cette manière, l’anonyme dépouille le squelette du poème. Il met à nu les
parallèles qui le soutiennent (les lions déchirent leurs chaînes et tuent le
dompteur, l’oiseau s’envole de la cage, le soleil se lève de nouveau le matin)
et il souligne leur dépendance par rapport à la « pensée essentielle » – à la
sentence morale (tout retourne à son commencement) – qui, dans la traduction,
se fait entendre non seulement au début, mais aussi, comme chez Boèce, à la
fin.
Parfois, le traducteur semble traduire non pas le texte, mais
ce qui se trouve derrière lui, en particulier le mythe antique. Quelques
passages du douzième poème du troisième livre, consacrés à l’histoire d’Orphée,
confirment cette impression. Dans la traduction, Orphée adresse une prière
directe aux dieux et les implore de lui rendre son épouse ; cette prière est
absente de l’original
[39]. D’une manière analogue, le traducteur transforme la
fin du poème en une sorte de récit linéaire :
Quant d’enfer dut yssir les fins,/ S’amie esgarde en soi
tournant ;/ Si la pert et il muert errant (v. 39-41 ; cf. III, 12
m., v. 49-51 :
Heu, noctis prope terminos/
Orpheus Euridicen suam/ Vidit, perdidit, occidit).
Toutefois, quelques vers de ce poème sont proches de l’original
non seulement par leur contenu, mais aussi par leur forme ; par exemple,
l’énumération des habitants d’Enfer (Cerbère, Ixion, Tantale, parques), charmés
par le chant d’Orphée, est aussi laconique que chez Boèce (le traducteur
accorde à chaque personnage trois vers au maximum) et, à la fois, assez
exacte
[40]. Dans le
prosimètre s’unissent donc des procédés caractéristiques des traductions
simplifiées et des tentatives pour reproduire la forme de l’original. Cette
seconde tendance est visible aussi dans d’autres particularités des poèmes du
prosimètre. Ainsi, les commentaires de toute sorte en sont totalement exclus,
tandis qu’ils sont conservés, ne serait-ce que partiellement, dans les proses.
Même si l’anonyme s’exprime quelquefois plus clairement que Boèce, il
n’intercale jamais de gloses dans la traduction des poèmes. À cet égard, la
comparaison des traductions du troisième poème du cinquième livre faites, d’une
part, par l’anonyme, d’autre part, par Jean de Meun, est assez révélatrice.
L’auteur du prosimètre n’accompagne sa traduction d’aucune explication, tout en
conservant pourtant quelques métaphores de l’original :
Quel cause puet metre descorde/ Es choses dont
l’une s’acorde/ A l’autre quar elle la semble ?/ Donq ont guerre ii voirs
ensemble/ Que, chascun par soi soit certains,/ Ensemble jointz, li uns soit
vains ! (v. 1-6). Jean de Meun, en revanche commente deux fois ce
début du poème
[41]. La
dernière traduction du prosimètre permet d’attirer l’attention sur le style des
poèmes, qui est souvent plus métaphorique et orné que dans les parties en
prose. Outre les métaphores, les poèmes comportent plus de noms propres
géographiques et mythologiques que les proses, bien que quelques-uns des noms
soient omis
[42]; comme
les métaphores, les noms propres ne sont accompagnés d’aucun commentaire :
ainsi, le poète mentionne sans explication, dans le poème que nous venons de
citer, Tantale et, ailleurs, Euros (IV, 3 m., v. 3-4) ou bien le Tigre et
l’Euphrate (V, 1 m., v. 1-2). L’absence complète dans les poèmes de gloses
intercalées entraîne, comme dans le cas des parties en prose, une conséquence
importante : le volume des poèmes est approximativement égal à leur volume dans
l’original. On a donc l’impression que l’anonyme essaie de reconstituer dans sa
traduction les proportions des parties en prose et des parties en vers de la
Consolation, de rendre leur rythme
particulier. À cet égard, le prosimètre semble un devancier éloigné des œuvres
de la Renaissance, dont les auteurs imitent la structure parfaite des exemples
antiques : ode de Pindare ou d’Horace, tragédie et comédie.
Les traits mentionnés des poèmes (le style métaphorique et
orné, l’absence de commentaires, le volume réduit) témoignent que le vers, dans
le prosimètre, perd sa fonction narrative et qu’il n’est plus strictement
parallèle à la prose. En effet, dans le prosimètre comme dans l’original, les
poèmes n’illustrent pas nécessairement les thèses développées par la prose.
Quelquefois, ils interrompent le mouvement de la prose, se situant à un autre
niveau. Parmi ces poèmes, on trouve des « complaintes » de Boèce et de
Philosophie (I, 2 m. ; I, 5 m.), l’hymne qui loue le Créateur (III, 9 m.).
Parfois, un poème anticipe les événements. Quand Philosophie essuie les larmes
de Boèce du bout de sa robe, il déclare en vers que la clarté de la vue lui
revient (I, 3 m.) : le poème montre le héros tel qu’il devient plus tard, après
avoir écouté toutes les leçons de sa préceptrice. Le style de ces poèmes semble
élevé, comparé à celui des parties en prose. Dans le prosimètre, les rapports
hiérarchiques du vers et de la prose, caractéristique du
XIIIe siècle (le style plutôt moyen ou bas des vers
narratifs s’oppose à celui de la prose, souvent plus élevé), évoluent sous
l’influence du texte latin ; en ce sens aussi, le prosimètre annonce la
littérature de la Renaissance.
On peut conclure que, dans le prosimètre, des tendances
diverses s’unissent. D’une part, le texte de l’original reste, pour le
traducteur anonyme, sujet à de changements : il comporte nombre de gloses. On y
observe aussi quelques calques sémantiques ; certains poèmes sont simplifiés
par rapport aux mètres latins. D’autre part, l’auteur du prosimètre imite la
forme de l’original. À la différence de Jean de Meun, il traduit un ensemble
littéraire, et non une suite de « petites unités verbales ». L’anonyme trouve
des équivalents pour les expressions et les mots latins ; il évite, le plus
souvent, la littéralité. Enfin, sous sa plume, les rapports de la forme-prose
et de la forme-vers, typiques de l’époque précédente, se transforment.
La traduction en prose, par un anonyme, conservée dans le ms.
Troyes 898 (fin du XIII
e siècle)
[43] et la traduction en vers, par Renaut de
Louhans, représentent des lectures didactiques de la
Consolation. La première se distingue,
comme le démontre R. Schroth, par un grand nombre d’abrègements : les deux
premiers livres et le début du troisième sont rendus plus ou moins
complètement, bien qu’on note quelques omissions ; plus loin, le traducteur
préfère résumer plusieurs passages de l’original, il simplifie l’argumentation,
omet des questions rhétoriques, élimine des poèmes
[44]. Il est évident que le contenu
philosophique ne présente pas pour ce traducteur autant d’intérêt que pour Jean
de Meun. Le prosateur ne cherche pas chez Boèce l’exposé de la philosophie de
Platon ; tout comme les traducteurs en vers de la
Consolation, il est attiré par les discours
moraux consacrés aux faux biens et au bien véritable, qui sont concentrés au
début du livre
[45].
Contrairement à Jean de Meun, l’anonyme n’emploie pas d’une manière
systématique des calques ; les doublets sont absents de son texte. En général,
cette traduction est éloignée du mot à mot : même au début de la
Consolation, le traducteur omet
quelques termes difficiles et des membres de phrase secondaires
[46].
Dans la traduction des poèmes, les simplifications et les
abrègements sont encore plus évidents. Le traducteur considère, semble-t-il,
les poèmes comme des sortes de conclusions didactiques qui couronnent des
parties en prose. Il omet des comparaisons, des métaphores, des noms
mythologiques et il dépouille la trame du poème beaucoup plus radicalement que
l’auteur du prosimètre ; ses traductions sont plus courtes que les originaux et
leur sens didactique est plusieurs fois souligné. Ainsi, le nom d’Auster est
absent de la traduction du septième poème du premier livre, la description de
la tempête maritime est moins pittoresque, la pierre qui barre le chemin au
torrent n’est pas mentionnée. Cependant, la fin didactique du poème latin est
rendue
in extenso, et l’équilibre des
éléments édifiants et pittoresques, caractéristique du style de Boèce, est
remis en question :
Li lumiere des estoiles est
obscurchie et li mers s’ille n’est esmeute, laisse vir toutes choses cleres,
mais s’elle est troublée et esmeute, on n’i voit riens. Et cil qui vagent en la
hautece des mons, tournent ariere par la dureche de le roche. Mais se voels vir
le veritét par clere lumiere et prendre voie par droit cemin, boute joie et
boute cremeur et caiche esperances et laisse doleur, car la pensee est obscure
et loiïe de frains la ou cestes choses regnent
[47]. Parfois, le traducteur remplace la
traduction proprement dite par un exposé direct du mythe, accompagné d’un
commentaire allégorique. En ce sens aussi, il procède beaucoup plus résolument
que l’auteur du prosimètre
[48]. Pourtant l’exposé du prosateur se distingue de
celui que fit en vers, plus tard, Renaut de Louhans : chez le premier, l’exposé
est sommaire ; chez le deuxième en revanche, il se développe en une vaste
histoire mythologique. Il est curieux de remarquer que le prosateur omet
entièrement le septième mètre du quatrième livre (consacré, en particulier, aux
travaux d’Hercule), tandis que Renaut de Louhans transforme la traduction du
poème en récit détaillé de tous les travaux, y compris ceux que Boèce ne
mentionne pas
[49]. Il
est évident que le prosateur ne manifeste pas pour les mythes la même passion
que les poètes. Cette divergence entre la traduction en prose et la traduction
en vers peut s’expliquer par le fait que la première est plus ancienne, et elle
est faite alors que l’intérêt pour les mythes antiques n’est pas devenu une
sorte de mode. Cette divergence est déterminée, de plus, croyons nous, par le
lien stable, d’une part, entre la prose et la « vérité » (en particulier, la
vérité historique), d’autre part, la poésie et la « fable ».
Les fonctions différentes de la forme-prose et de la forme-vers
conditionnent, à notre avis, une autre particularité importante de la
traduction du ms. Troyes 898 : la composante historique de la
Consolation y est représentée beaucoup
plus complètement que chez les traducteurs~poètes. Le prosateur conserve les
noms propres de tous les amis et adversaires de Boèce et il reproduit sans rien
omettre l’histoire de l’opposition de Boèce à l’empereur Théodoric. Nous
verrons plus loin que dans les traductions en vers de la
Consolation, la composante historique
s’efface en grande partie.
Dans le
Roman de
Fortune de Renaut de Louhans, une certaine attention à la forme de
l’original est évidente, malgré l’utilisation des procédés traditionnels de
simplification. Dans le Prologue, Renaut de Louhans définit sa tâche dans les
mêmes termes que plusieurs auteurs des traductions en vers. Les
fables et les
fictions (v. 46) racontées par Boèce
sont trop courtes et
obscures (v. 54)
pour beaucoup de gens ; le traducteur les rend
clerement (v. 23, 51) et les accompagne parfois
d’explications allégoriques (
signiffiance, v. 24). Sa traduction sert à la
fois à l’enseignement et à la récréation, car, dans la traduction, les
fables deviennent
delittables (v. 48). La tâche de
Renaut est donc double, comme celle, par exemple, de Guillaume le Clerc, auteur
du
Bestiaire en vers. Tout ce qui se
rapporte à cette tâche, relie Renaut à la tradition de la traduction poétique ;
les lignes du Prologue, dans lesquelles le poète présente la forme de son
Roman, semblent moins habituelles.
Renaut déclare qu’il ne veut pas reproduire l’alternance des proses et des
mètres de la
Consolation, car il sait
bien
[…] que ceste ordonnance/ Po vault a
ce qu’il
propose (v. 63-64)
et il choisit, donc, la forme-vers. Il est important de souligner, dans ce cas,
que Renaut accorde une attention spéciale à la forme de l’original,
contrairement à la plupart de ses devanciers. J.K. Atkinson et G.M. Cropp
démontrent que le poète connaît le premier prosimètre et l’utilise dans sa
traduction
[50]. La
lecture du prosimètre ne fut pas sans conséquence pour Renaut : la forme de
l’original devient, à ces yeux, une composante du texte à traduire, et il ne
peut pas l’ignorer.
La destination de la traduction à un public de laïcs (notamment
à une dame noble qui l’a commandée
[51]) et le besoin de simplifier l’original qui en
découle, déterminent le choix des matériaux et les règles de leur
transformation. Comme le traducteur du ms. Troyes 898 ou Simund de Freine,
auteur de
Roman de Fortune (fin du
XII
e siècle), Renaut abrège et simplifie les exposés des
questions théologiques et philosophiques discutées par Boèce, il diminue le
nombre des concepts abstraits et des définitions. Les abrègements concernent,
pour la plupart, comme dans d’autres traductions qui attestent la lecture
didactique de la
Consolation, les
livres IV et V ; le livre III en souffre aussi
[52]. Le caractère du discours se transforme
radicalement dans la traduction. Ainsi le poète évite-t-il des questions
épineuses : il omet par exemple, la cinquième prose du quatrième livre, où
Boèce admet de nouveau la définition du bonheur généralement répandue et
affirme, une fois de plus, que personne ne préfère la misère et l’exil au
pouvoir, à la richesse et à la dignité, comme s’il avait oublié toutes les
preuves de la Philosophie. En outre, le traducteur abrège plusieurs arguments
des interlocuteurs, il élimine les louanges que la Philosophie prodigue à la
logique, seule capable d’établir la vérité (IV, 1 p. ; 2 p.), enfin il
simplifie la structure des dialogues, en remplaçant des séries de questions et
de réponses par des monologues
[53].
Certains passages de la Consolation sont omis, semble-t-il, car ils
empêchent d’introduire dans le texte des thèses explicitement chrétiennes.
Renaut omet, par exemple, quelques développements du cinquième livre consacrés
aux différences entre le sentiment, l’imagination, la raison et l’intelligence
divine (V, 4 p. [32 ; 34-39] ; V, 5 p. [1-4 ; 6-8]). Tandis que, pour Boèce,
toutes ces formes de la connaissance sont également importantes, le poète
cherche à souligner, en premier lieu, la supériorité de l’intelligence divine
par rapport à la raison humaine. Il est curieux d’observer comment il
transforme un passage du texte latin (V, 5 p. [6-8]) : non seulement il omet ce
qui est dit chez Boèce, mais il remplace les phrases latines par des
affirmations qui leur sont contraires. Boèce établit une analogie entre la
raison humaine et l’intelligence divine : ces deux formes de la connaissance
servent à comprendre le général, à la différence du sentiment et de
l’imagination, qui ne saisissent que le particulier. Si l’homme admet la
supériorité de la raison par rapport à d’autres formes de la connaissance, il
doit reconnaître la supériorité de l’intelligence divine. Renaut souligne
d’abord la supériorité incomparable de l’intelligence divine (v. 7711 et s.)
et, ensuite, il en tire une conclusion contraire aux propos de Boèce : la
raison humaine est incapable de concevoir l’intelligence divine (v. 7717 et s.)
; la dernière thèse permet de passer au discours sur le caractère inconcevable
de la Providence, absent de l’original.
Le traducteur ne se débarrasse pas seulement des définitions
abstraites et des conclusions compliquées ; certains éléments concrets – de
nombreux détails liés à la personnalité de Boèce et aux circonstances des
dernières années de sa vie – sont aussi absents du
Roman de Fortune et de Felicité. Les
noms des adversaires de Boèce sont oubliés
[54], et le récit de leurs actes, aussi bien que du
comportement de Boèce lui-même, devient plus général. Boèce écrit, par exemple,
qu’il s’opposa plusieurs fois à Conigaste, quand celui-ci voulait attaquer un
innocent, qu’il contrariait les desseins illicites du majordome Triggville, il
assure que les habitants des provinces furent ruinés par des voleurs et des
impôts (I, 4 p. [10-11]). Chez Renaut de Louhans ce passage sonne autrement :
J’ay esté souvent en descort/ Contre les plus
grans de l’empire,/ Quant j’ay veü que le plus fort/ Vouloit confouler et
despire/ Le foible a pechié et a tort/ Et n’ay fait force de leur ire ;/
Tousjours ay fait tout mon effort/ De droit garder et de droit dire./ Je vy
deux tirans en la place/ Ou j’avoye le jugement,/ Qui aucuns non puissans en
chace/ Avoient prins moult malement ;/ Je leur contredis en la face/ Et les
reprins hardïement ;/ Onques grans dons ne grant menace/ Ne me fist jugier
faussement (v. 785-800). Il est extrêmement étonnant que Renaut
omette complètement la phrase consacrée au châtiment de Boèce : il est
impossible d’apprendre de son
Roman
que Boèce fut exilé de Rome dans un pays éloigné, condamné à la confiscation
des biens et à la mort (I, 4 p. [36]). Il est évident que, dans la traduction
française, la composante historique de la
Consolation est en grande partie atténuée
[55].
La réduction des éléments historiques et concrets s’exprime
encore chez Renaut de Louhans d’une manière différente : les phrases qui, dans
l’original, se rapportent à la personne de Boèce, en sont dissociées dans la
traduction et se rapprochent des sentences générales.
Sed innocentiam nostram quis exceperit eventus
vides, – déclare Boèce à la Philosophie. –
Pro verae virtutis praemiis falsi sceleris poenas
subimus. / […] / Si inflammare sacras aedes voluisse, si sacerdotes impio
jugulare gladio, si bonis omnibus necem struxisse diceremur, praesentem tamen
sententia, confessum tamen convictumve punisset (I, 4 p. [34 ; 36]).
Le passage correspondant de la traduction semble plutôt une conclusion morale :
Veez a quel fin est venue,/ En quel manierë et
comment/ Est innocence ainsi tenue/ Et condempnee faussement ;/ Car par
tesmoings n’est convaincue,/N’est confessee en jugement ;/ Cil qui art
monstiers et prestre tue/ N’est pas menez si durement (v.
969-976).
Se refusant à l’abstraction du discours philosophique et à la
perspective individuelle d’une biographie, Renaut de Louhans choisit la voie
intermédiaire, celle d’un enseignement moral adressé à l’homme en général et,
aussi, à la destinatrice de sa traduction, ce qui, sans aucun doute, accroît
considérablement l’élément didactique. Le traducteur introduit dans son
Roman de nombreux commentaires : il
explique le sens des allégories, des passages difficiles, des citations des
auteurs antiques et il accompagne de gloses les noms des personnages
historiques et des réalités géographiques. Tous ces commentaires sont chez
Renaut beaucoup plus étendus que dans les traductions en prose de la
Consolation, et leur nombre total est
plus grand. Le poète ajoute, de plus, à sa traduction des apostrophes
diverses
[56] et il la
complète par des enseignements.
Une partie de l’enseignement semble s’adresser à un
destinataire réel : en prouvant, à la suite de sa devancière, que l’homme est
supérieur aux autres créatures et qu’il ne lui convient pas de rechercher les
ornements, la Philosophie de la version française s’en prend aux femmes qui
apprécient outre mesure les belles robes et les bijoux jolis
[57]. Ainsi, à travers l’image
de l’homme en général, apparaissent les traits concrets de la destinatrice de
la traduction : une dame noble et riche, pour laquelle Renaut compose son
ouvrage. De tels traits se dessinent aussi, probablement, quand Renaut
développe, en une trentaine de vers, un court passage de l’original consacré
aux vêtements (II, 5 p. et v. 2985-3018) : il joint, à la paraphrase de Boèce,
l’opposition de la jolie robe et d’une âme laide, en affirmant, de plus, que le
velours ne protège pas mieux le corps que le
gros
drap (v. 3011), et que les riches vêtements ne sauvent pas de la
mort inévitable. Plus loin, sans doute toujours en s’adressant à sa
destinatrice, Renaut souligne, contrairement à Boèce, que la vie dans le
mariage est vertueuse :
Cilz qui vivre vuelt en
delices,/ Honnestement et senz granz vices,/ Mettre se doit en mariage
[…] (v. 4953-4955 ; cf. III, 7 p.).
L’explicitation de l’original qui fut le but de Renaut de
Louhans, est intimement liée à l’utilisation de nombreux exemples, à l’aide
desquels il est plus facile de restituer simplement le contenu du livre. Ainsi,
Renaut non seulement conserve tous les exemples de la
Consolation, mais il les développe et
il les complète par ceux qu’il puise dans d’autres sources. Par conséquent, les
exemples deviennent des sortes de petites histoires amusantes, relativement
autonomes dans le corps de l’ouvrage. Leur grand nombre fait ressortir la
fonction récréative de cette traduction en vers que Renaut souligne,
rappelons-le, dans le Prologue
[58]. La simplification de l’original, le renforcement de
l’élément didactique et le recours à de nombreux exemples entraînent le choix
de la forme-vers, mieux appropriée que la prose à la création d’images
pittoresques et vivantes, et moins conforme au discours philosophique avec ses
notions abstraites et sa syntaxe développée. À cet égard, Renaut de Louhans est
redevable à la tradition qui s’est formée dès la fin du
XII
e siècle. Cependant, il n’en est pas un simple
continuateur.
En témoigne, tout d’abord, la forme strophique (abab abab)
qu’il choisit pour le Prologue et pour la traduction du premier livre de la
Consolation; plus loin, le poète
abandonne cette strophe et passe au couplet octosyllabique. La recherche de la
forme expressive et compliquée est typique de la poésie didactique et narrative
du Moyen Âge tardif. Cette recherche est conditionnée, à notre avis, par le
rapprochement des dits et des poésies lyriques qui forment, à cette époque, un
ensemble (les arts de seconde rhétorique le définissent d’un terme spécial :
choses rimées) : les œuvres en vers
s’opposent à la prose, car elles semblent plus artistiques et plus raffinées.
En témoignent aussi les tentatives du traducteur pour établir un contraste de
forme entre la traduction des proses et celle des mètres du texte latin. Ainsi,
les traductions des trois poèmes (I, 2 m ; II, 1 m. ; II, 7 m.) sont distinctes
du contexte : dans le premier cas, le poète utilise la strophe (aab aab bba
bba), différente de celle qui sert à rendre les proses ; dans les deux derniers
cas, les strophes sont encadrées d’introductions et de conclusions en
octosyllabes
[59]. Dans
la troisième traduction, les vers de la conclusion rappellent l’introduction
(cf.
Hé orgueilleux ! pourquoy levez/ Les testes
? ; v. 3905-3906
; Baissez les testes,
orguilleux ; v. 4153), ce qui crée une composition cyclique,
caractéristique, d’une manière générale, des poèmes lyriques. On peut conclure
que dans la traduction des trois poèmes, Renaut imite, pour ainsi dire, la
forme de l’original, bien que les procédés qu’il utilise dans ce but ne
proviennent pas de la
Consolation,
mais soient liés à la tradition française : il est connu que l’opposition des
strophes lyriques et des vers narratifs à l’intérieur de la même œuvre est
fréquente dans la poésie du XIV
e siècle. D’autre part, ces
traductions sont très éloignées du contenu des originaux, et le poète ne fait
aucune tentative pour rendre le style des poèmes latins et reproduire leur
volume.
Ces tentatives se manifestent, pourtant, dans les endroits du
Roman de Fortune qui reflètent
l’influence du prosimètre. J.K. Atkinson et G.M. Cropp démontrent que Renaut de
Louhans utilise environ 20 % des vers du prosimètre
[60]. Les traductions des poèmes qui sont
marqués de son influence, se rapprochent des originaux par leur volume
[61], par leur style plus
métaphorique et orné, enfin, par la présence des noms propres, y compris des
noms propres mythologiques, qui ne sont pas accompagnés de commentaires (par
exemple, dans la traduction I, 5 m. Lucifer, Zéphire, Arcturus et Sirius sont
cités sans aucune explication). Les liens syntaxiques directs entre les
traductions de ces poèmes et le contexte sont, de règle, absents.
Pourtant dans la traduction d’autres poèmes le poète reste
beaucoup plus traditionnel. Il y intercale de longues gloses ; comme Simund de
Freine ou le prosateur du ms. 898, il lie souvent les poèmes au contexte, il
omet les métaphores et les comparaisons. Enfin, dans les poèmes à contenu
mythologique, il abandonne la traduction proprement dite au profit de vastes
exposés des mythes, en citant des détails qui sont absents des originaux.
Ainsi, dans la traduction de II, 5 m., il complète la description du siècle
d’or contenue chez Boèce, par le récit des trois autres siècles ; au lieu de
traduire le poème final du troisième livre (III, 12 m.), il raconte longuement
l’histoire d’Orphée et d’Eurydice.
En conclusion, on distingue, dans la traduction de Renaut de
Louhans, des tendances diverses. D’une part, comme beaucoup de traducteurs
médiévaux, il fait preuve d’une certaine indifférence pour la forme de
l’original. D’autre part, il subit l’influence du prosimètre, et l’on peut
discerner dans sa traduction un faible reflet de l’idée de « l’imitation » de
l’original. Enfin, il essaie de rendre le contraste des proses et des mètres de
la Consolation à l’aide des procédés
qui sont liés à la tradition de la littérature française.
Dans l’ensemble, les traductions de la
Consolation étudiées dans notre
article reflètent – au moins partiellement – la typologie des traductions
médiévales, qui se définit, nous semble-t-il, par trois facteurs : 1) le milieu
du traducteur et ses destinataires ; 2) l’appartenance de l’original aux
domaines de la « vérité » ou de la « fiction » ; 3) l’influence des théories
littéraires en vigueur sur le traducteur
[62]. Au Moyen Âge, l’œuvre de Boèce se rapporte, le plus
souvent, au domaine de la « vérité ».
Li livre de
Confort de Jean de Meun est destiné à un lecteur instruit, son œuvre
possède des traits évidents de traduction littérale. La traduction en prose par
un anonyme wallon est orientée vers un lecteur dont le niveau intellectuel est
moins élevé. Elle ne porte pas de trace de littéralité ; toutefois, le récit
des événements historiques reste relativement complet : le traducteur découvre
à son lecteur la « vérité » de l’histoire dont Boèce fut le témoin oculaire.
Enfin, dans la traduction vers de Renaut de Louhans la composante didactique
devient dominante ; le traducteur y ajoute des passages visant à amuser la
destinatrice, une dame noble. Non seulement Renaut simplifie l’original et
l’explique à sa lectrice, mais il veut lui « plaire » ; on peut affirmer que
dans sa traduction la « vérité » atteint au seuil de la « fiction ».
La revue de quelques versions françaises de la
Consolation démontre qu’au début du
XIVe siècle, les traductions en prose et en vers se
distinguent, en premier lieu, par leurs fonctions et par leurs orientations
sociales. La première s’applique au discours philosophique ou historique ; la
prose reste, d’une manière générale, plus compliquée, bien qu’il existe, entre
les œuvres différentes, des gradations dans la complexité. La seconde unit les
fonctions didactique et récréative, et elle s’adresse à des couches sociales
moins cultivées et instruites. Durant les premières décennies du
XIVe siècle, la vision esthétique de la prose et du vers,
manifestée le plus clairement dans le premier prosimètre, se fait jour ; sous
l’influence du prosimètre, l’opposition des deux formes de discours, ainsi que
leurs rôles dans la traduction, se modifient.
[1]
J. MONFRIN, Traductions au Moyen Âge,
L’Humanisme médiéval dans les littératures
romanes du XIIe et XIVe
siècles, Paris, 1964, p. 217-246 ; ID., Les traducteurs et leur
public,
Id., p.
247-264.
[2]
Cl. BURIDANT,
Translatio
medievalis. Théorie et pratique de la traduction médiévale,
Travaux de Linguistique et de
Littérature, t. 21,1, 1983, p. 133-136.
[3]
J. MONFRIN, Les translations vernaculaires de Virgile au Moyen
Âge,
Lectures médiévales de Virgile,
Rome, 1985, p. 185-249, surtout p. 194, 221, 246-249. Sur cette étape de
l’histoire de la traduction en rapport avec les traductions de Boèce, voir R.A.
DWYER,
Boethian Fictions. Narratives in the
Medieval French Versions of The Consolatio Philosophiae, Cambridge
(Mass.), 1976, p. 67-87.
[4]
Selon R.H. Lucas, parmi les textes classiques, ce sont, en plus
de la
Consolation, les fables
d
’Avian et l’
Ars amatoria d’Ovide, dont les traductions en
vers et en prose coexistent encore au XIV
e et au
XV
e siècles (R.H. LUCAS, Medieval French Translations of
the Latin Classics to 1500,
Speculum,
t. 45, 1970, p. 225-259). En dehors du domaine classique, c’est le Psautier,
dont les traductions connaissent à cette époque des formes différentes ; sur
les traductions du Psautier voir, en particulier, S. BERGER,
La Bible française au Moyen Âge. Études sur les
plus anciennes versions de la Bible écrites en proses de langue
d’oïl, Paris, 1884 ; sur un Psautier en vers daté du
XIV
e siècle voir, de plus, G. HASENOHR, La traductions
françaises du
Stabat mater dolorosa:
textes et contextes,
Recherches
augustiniennes, t. 24, 1989, p. 281-282. Je remercie vivement Madame
G. HASENOHR qui m’a conseillé de choisir les traductions de Boèce pour cette
étude et qui, de plus, m’a beaucoup aidée en m’apportant conseils et
matériaux.
[5]
P. COURCELLE,
La
Consolation de Philosophie
dans la tradition
littéraire. Antécédents et postérité de Boèce, Paris, 1967, p.
241-322. Cf. aussi : K. BURDACH, Die humanistischen Wirkungen der Trostschrift
des Boethius im Mittelalter und in der Renaissance,
Deutsche Vierteljahresschrift für Literatur und
Geistesgeschichte, t. 11, 1933, p. 530-558 ; F. TRONCARELLI,
Boethiana aetas.
Modelli grafici e fortuna
manoscritta della Consolatio Philosophiae
tra IX e XII secolo, Alessandria,
1987.
[6]
Sur le genre de la Consolation, voir COURCELLE,
op. cit., p. 18 ; sur les consolations
médiévales voir H.R. PATCH,
The Tradition of
Boethius, New York, 1935, p. 91-104.
[7]
Cf., en particulier, la préface de la traduction de la
Consolation de 1477 citée par DWYER,
op. cit., p. 21.
[8]
À présent on distingue treize traductions de la
Consolation (le
Roman de Fortune de Simund de Freine
est généralement étudié à part). Pour la revue des traductions voir A. THOMAS
et M. ROQUES, Traductions françaises de la
Consolatio Philosophiae de Boèce,
Histoire littéraire de la France, t.
37, Paris, 1938, p. 419-488 ; V.L. DEDECK-HÉRY, The Manuscripts of the
Translation of Boethius
Consolatio by
Jean de Meun,
Speculum, t. 15, 1940,
p. 432-443 ; R.A. DWYER, Another Boèce,
Romance
Philology, t. 19, 1965, p. 268-270 ; ID., The Old French Boethius :
Addendum,
Medium Ævum, t. 43, 1974, p. 265-266 ;
J.K. ATKINSON, Some Further Confirmations and Attributions of MSS of the
Medieval French Boethius,
Medium Ævum,
t. 47, 1979, p. 22-29 ; P. COURCELLE et S. LEFÈVRE, Art. Boèce,
Dictionnaire des lettres françaises. Le Moyen
Âge, Paris, 1992, p. 206-207 ; J.K. ATKINSON, Introduction,
Boeces : De Consolation,
Beihefte zur Zeitschrift für romanische
Philologie, t. 277, 1996, p. 1-4 ; B. ATHERTON, La place du
Roman de Fortune parmi les traductions
françaises de Boèce,
Édition critique de la
version longue du Roman de Fortune et de Félicité
de Renaut de Louhans, traduction en vers de
la Consolatio Philosophiae
de
Boèce, Thèse, Université du Queensland, 1994, p. 2-5. Je remercie
vivement B. Atherton qui m’a envoyé sa thèse. Ma reconnaissance va également à
J.K. Atkinson qui m’a mise en contact avec B. Atherton. Cf., de plus, les
articles de G.M. Cropp et J.K. Atkinson consacrés respectivement au second
prosimètre et à la traduction picarde en vers du 1315 : G.M. CROPP, Le livre de
Boèce de Consolation : from Translation to Glosed Text,
The Medieval Boethius. Studies in the Vernacular
Translations of De Consolatione Philosophiae, éd. A.J. MINNIS,
Suffolk, 1987, p. 63-88 ; J.K. AT K I N S O N, A Fourteenth-Century Picard
Translation-Commentary of the
Consolatio
Philosophiae,
Id., p.
32-62.
[9]
W. WETHERBEE,
Platonism and
Poetry in Twelth Century, Princeton, 1972, p.
255-265.
[10]
COURCELLE,
op. cit.,
p. 306-319.
[11]
A. MINNIS, Aspects of the Medieval French and English
Traditions of the
De Consolatione
Philosophiae,
Boethius, His Life,
Thought, and Influence, éd. M. GYBSON, Oxford, 1981, p.
318-322.
[12]
Sur l’intérêt de Jean de Meun pour l’œuvre de Boèce et les
emprunts qu’il fait aux divers commentateurs de la
Consolation, cf. aussi : D. RAIMONDI,
Lectio boethiana,
Romania, t. 120,
2002, p. 63-98 (riche bibliographie).
[13]
Sur les mss de la traduction voir : DEDECK-HÉRY,
op. cit., p. 166-167 ; voir de plus :
R.A. DWYER, Manuscripts of the Medieval French Boethius,
Notes and Queries, t. 18, 1971, p.
124-125.
[14]
F.J. THOMSON,
Sensus
or
Proprietas Verborum. Medieval
Theories of Translation as Exemplified by Translations from Greek into Latin
and Slavonic,
Symposium Methodianum,
Neuried, 1988, p. 675-691 ; sur les théories de la traduction au Moyen Âge,
voir, de plus R. COPELAND,
Rhetoric,
Hermeneutics, and Translation in the Middle Ages, Cambridge, 1991,
p. 37-62. Cf. aussi : C.J. WITTLIN, Les traducteurs au Moyen Âge : observations
de leurs techniques et difficultés,
Actes du
XIIIe congrès international de linguistique et philologie
romane, t. 2, Québec, 1976, qui lie la traduction littérale
exceptionnellement aux difficultés techniques des traducteurs : l’imperfection
des manuscrits, la mauvaise connaissance de la langue, l’absence de la critique
du texte.
[15]
Sur le prologue du
Livre de
Confort, voir R. CRESPO, Il prologo alla traduzione della
Consolatio Philosophiae di Jean de
Meun e il commento di Guglielmo d’Aragonna,
Romanitas et Christianitas, Amsterdam, 1973, p.
55-70 ; G.M. CROPP, Le prologue de Jean de Meun et le livre de Boece de
Consolacion,
Romania, t. 103, 1982, p.
278-298.
[16]
Cf., de plus : 1) V, 4 p. [6] :
voluntarii exitus rerum ad certum cogantur
eventum; J. de M. :
les fins
volenterines des chosez soient contraintez a certain avenement. 2)
V, 4 p. [7] :
positionis gratia; J. de
M. :
par grace de posicion. 3) V, 3 p.
[6] :
firma praescientia; J. de M. :
ferme prescience. Etc.
[17]
Pour les vies de saints en prose voir J.P. PERROT,
Le passionnaire français au Moyen Âge,
Genève, 1992, p. 127-128, 135.
[18]
THOMSON,
op. cit., p.
676 et s.
[19]
P.M. SCHON,
Studien zum Stil der
frühen französischer Prosa, Francfort, 1960, p. 163-185, 205-238.
Sur l’emploi des paires de synonymes dans la poésie lyrique et épique voir, de
plus, W.T. ELWERT, La dittologia sinonomica della poesia romanza,
Bolletino del Centro di Studi filologici e
linguistici siciliani, t. 2, 1954, p. 157-177 ; ID., Zur
Synonymendoppelung von Typ planh e sospir,
Archiv
für das Studium der neueren Sprachen, t. 193, 1956, p. 40-42 ; S.
PELLEGRINI, Iterazioni sinonomiche nella
Canzone
di Rolando,
Studi mediolatini e
volgari, t. 1, 1953, p. 155-165 ; V. BERTOLUCCI PIZZORUSSO,
Iterazione sinonimica in testi prosastici mediolatini,
Studi mediolatini e volgari, t. 5,
1957, p. 7-29 ; Cl. BURIDANT, Les binômes synonymiques : esquisse d’une
histoire des couples de synonymes du Moyen Âge au XVII
e
siècle,
Bulletin du Centre d’Analyse du
Discours, t. 4, 1980, p. 5-79 ; L. BROOK, Synonymic and
Near-Synonymic Pairs in Jean de Meun’s Translation of the Letters of Abelard
and Heloise,
Neuphilologische
Mitteilungen, t. 87, 1986, p. 16-33 ; A. MELKERSON,
L’Itération lexicale. Étude sur l’usage d’une
figure stylistique dans onze romans français des XIIe et
XIIIe siècle, Göteborg, 1992. Cf. le point de
vue de D. BILLOTTE (Introduction,
Le vocabulaire
de la traduction par Jean de Meun de la Consolatio Philosophiae
de Boèce, t. 1, Paris, 2000, p.
XI-XIX, LXXIII-CI), ainsi que celui de Ph. Bossel et E. Hicks (D. BILLOTTE, Ph.
BOSSEL, E. HICKS, Jean de Meun lexicographe : usage de la réduplication
synonymique dans deux traductions,
Traduction et
adaptation en France à la fin du Moyen Âge et à la Renaissance,
Paris, 1997, p. 141-157). Selon les auteurs de ce dernier article, chez Jean de
Meun, le « binôme synonymique » « apparaît comme le signe concret d’une
inadéquation sémantique entre la langue source et langue cible » (p. 146) ; les
binômes rendent le plus souvent les nuances sémantiques du mot latin et,
parfois, le rythme de la phrase de l’original. L’usage des doublets (« binômes
synonymiques ») ne représente pas un trait caractéristique de la traduction
littérale. Les auteurs de l’article n’étudient pas l’usage des doublets («
binômes synonymiques ») comme un trait caractéristique de la traduction
littérale. Ils remarquent, de plus, que « le doublet par décalque – où l’un des
termes, le premier d’habitude, reprend le latin sous forme “naturalisée”, alors
que le second glose le premier – est un procédé relativement rare » dans les
traductions de Jean de Meun (p. 147 n. 1). À notre avis, si l’on prend en
considération les calques sémantiques accompagnés de gloses, la fidélité de
Jean de Meun aux principes de la traduction littérale ainsi que son intention
de conserver dans la traduction de Boèce le « vêtement verbal » de l’original,
apparaîtront clairement.
[20]
L. LÖFSTEDT, La réduplication synonymique de Jean de Meun dans
sa traduction de Végèce,
Neuphilologische
Mitteilungen, t. 77, 1976, p. 450.
[21]
C’est aussi le point de vue de LÖFSTEDT,
op. cit., p. 454.
[22]
Op. cit., p. 449-470.
L. Löfstedt n’utilise pas le terme de calque sémantique.
[23]
Cf., de plus, (V, 4 m., v. 14-15) :
cassas […] imagines; J. de M. :
ymages […] cassez et vaines; en ancien
francais le mot « cassée » n’a pas la signification figurée du latin
cassus (« vain », « inutile »). Ici et
plus loin nous renvoyons au dictionnaire de A. TOBLER et E. LOMMATZSCH,
Altfranzösisches Wörterbuch, t. 1-11,
Wiesbaden, 1955-1995.
[24]
C’est le type rhétorique de L. Löfstedt.
[25]
Cf. aussi : 1) V, 2 p. [10] :
perniciosis / […] / affectibus ; J. de M. :
par deliz et par destruiables
entalentemens. 2) Cf. V, 2 p. [10] :
ad inferiora et tenebrosa; J. de M. :
aus chosez plus bassez,
mondaines et
tenebreusez.
[26]
Cf. aussi : V, 2 p. [4] :
Nam
quod ratione uti naturaliter potest id habet iudicium quo quidque
discernat ; J. de M. :
Car ce qui puet
naturelment user de raison, ce a jugement par quoy il cognoist et devise toutez
chosez bonnes et males.
[27]
Cf., par exemple, V, 2 p. [2-3] :
Sed in hac haerentium sibi serie causarum estne ulla nostri
arbitrii libertas / […] / ? –
Est,
inquit ; J. de M. :
Mais je te demant,
savoir mon, se en ceste ordenance de causez qui s’entretiennent, s’il y a
aucune franchise de nostre volenté […]. –
Certes, dist elle, franchise de nostre volenté
est.
[28]
Cité d’après COURCELLE,
op.
cit., p. 312.
[29]
Cité d’après COURCELLE,
op.
cit., p. 310. Ces vers de l’hymne exposent un passage du
Timée [41
e] ; sur
la dépendance de l’hymne de ce dialogue de Platon, voir COURCELLE,
op. cit.
[30]
Nous utilisons le terme de F. Quadelbauer : « kleine Einheit »
; voir : F. QUADELBAUER,
Die antike Theorie
der Genera dicendi
im lateinischen
Mittelalter, Vienne, 1962, p. 102-104, 165.
[31]
Voir la publication de ATKINSON, Boeces,
De Consolation.
[32]
Cette traduction est datée de 1332.
[33]
Op. cit., p.
326.
[34]
Cf. aussi : 1) III, 2 p. [9] :
In
his ceterisque talibus humanorum actuum votorumque versatur intentio
[…]; prosimètre :
En ces choses et en
semblables tuit le fait humain et li desir s’antendent […]. Cf. J.
de M. :
En ces chosez donques et en ces autres
telles est tournee l’entencion des fais et des desiriers humains[…].
2) V, 2 p. [10] :
oculos / […] /
deiecerint; prosimètre :
elles
destournent leurs yeuls. Cf. J. de M., plus haut.
[35]
Cf. : 1) III, 1 p. [5] : –
Quonam
? inquam ; prosimètre :
– Et quel part
? fis je; cf. J. de M. :
Ou me veulz
tu, dis je, mener ?. 2) III, 11 p. [4] :
Manebunt. Prosimètre :
Fermement, fis je; cf. J. de M. :
Elles te demourront
ottroiees.
[36]
Cf. : 1) III, 2 p. [20] :
variae
dissidentesque sententiae; prosimètre :
les opinions / […] / diverses. 2) I, 4
p. [6] :
improbis flagitiosisque
civibus; prosimètre :
en la main des
mauvais. 3) I, 4 p. [44] :
dissonae
multiplicesque sententiae; prosimètre :
les diverses sentences 4) III, 11 p.
[16] :
mortem vero perniciemque
devitat; prosimètre :
et fuist sa
corrupcion.
[37]
Cf. : 1) I, 4 p. [3] :
Haecine
est bibliotheca, quam certissimam tibi sedem nostris in laribus ipsa delegeras
[…]; prosimètre :
Est ce la chambre de
mon estude que tu avoies esleue en maison […]. 2) V, 1 p. [16] :
Hae sunt igitur fortuiti causae compendii, quod
ex obviis sibi et confluentibus causis, non ex gerentis intentione
provenit; prosimètre :
C’est donques
li sentiers de cas quant diverses causes s’asemblent de quoi l’en ne se prenoit
garde.
[38]
Cf. : 1) I, 6 p. [10] :
Sed dic
mihi, meministine quis sit rerum finis quove totius naturae tendat intentio
?; prosimètre :
Mais or me di, sces tu
qui est la fin de toute creature ? 2) III, 9 p. [13] :
Quod igitur nullius egeat alieni, quod suis
cuncta viribus possit, quod sit clarum atque reverendum, nonne hoc etiam
constat esse laetissimum ?; prosimètre :
Et s’il a, fist elle, ces quatre condicions,
n’est il certain que c’est chose plaine de joie et de leece ? 3) I,
6 p. [4] :
nec umquam fuerit dies qui me ab hac
sententiae veritate depellat; prosimètre :
n’onques n’en fui d’autre
opinion.
[39]
Cf. : III, 12 m., v. 27-28 :
Et
dulci veniam prece/ Umbrarum dominos rogat; prosimètre, v. 19-21 :
En chantant commence a plourer/ Et en pleur merci
demander/ Que sa femme l’en lui rendist.
[40]
Cf. Boèce, III, 12 m., v. 29-39 ; prosimètre, v. 22-30 :
Li portiers au chant s’esbahist,/ Cerberus qui
avoit trois testes ;/ Les deesses qui sont molestes/ Aus dampnez pleurent par
son chant ;/ La roe ne va plus tournant/ Ou est rouez Yxïonus ;/ Sa soif oblie
Tantalus ;/ Le faie de Tyce plus ne trait/ L’oitour pour le chant que cil
fait (v. 22-30). J.K. Atkinson et G.M. Cropp remarquent que ce
poème, ainsi que I, 5 m., sont proches de l’original par leur syntaxe et leur
brièveté : J.K. ATKINSON et G.M. CROPP, Trois traductions de la
Consolatio Philosophiae de Boèce,
Romania, t. 106, 1985, p.
207-208.
[42]
Sur les noms propres omis dans les poèmes, voir ATKINSON,
Introduction, Boeces,
De Consolation,
p. 45 et s.
[43]
Voir son édition : R. SCHROTH,
Eine altfranzösische Übersetzung der Consolatio
Philosophiae
des Boethius (Handschrift Troyes
898). Edition und Kommentar, Francfort, 1976.
[44]
ID., Einleitung,
Id.,
p. 49-52. Sont omis complètement : IV, 7 m. ; V, 1 m. ; V, 5 m. ; V, 6
p.
[45]
Cf.
op. cit., p.
49-52.
[46]
Cf., par exemple, I, 3 p. [6] :
[…]ante nostri Platonis aetatem magnum saepe certamen cum
stultitiae temeritate certavimus eodemque superstite praeceptor eius Socrates
iniustae victoriam mortis me astante promeruit ?; la traduction :
jadis devant le tant Platon euist longhe bataille
a folie, et en /le/ tans Platon, Socrates, ses maistres, moi veant, fu tués
mauvaisement.
[47]
Op. cit., p. 138. Cf.
I, 7 m.
[48]
Chis est euireus qui peut aviser
le fontainne de bien, et cis est boins euireus qui peut rompre les loiins de le
pesant terre. Mais il aviens des gens ce que li fauvle d’Orpheus voelt dire,
qui pour se femme recouvrer ala en infier et canta si douchement et viela que
trestout les tourmens d’infier fist apaisier et dont li dieu et dienneses
d’infier li rendirent sa femme pour sa gentil manestrandie […], etc.
(
op. cit., p. 196-197). Cf. Boèce,
III, 12 m.
[49]
J.K. Atkinson analyse un vaste exposé de l’histoire d’Hercule
qui fait partie de la traduction picarde en vers (1315) : ATKINSON, A
Fourteenth-Century Picard Translation-Commentary of the
Consolatio Philosophiae, p. 32-62,
surtout p. 53-62.
[50]
ATKINSON et CROPP, Trois traductions de la
Consolatio Philosophiae, p.
205-209.
[51]
Sur la destinatrice éventuelle de la traduction voir : M.
ROQUES, Traductions françaises des
Traités
moraux d’Albertano de Brescia,
Histoire littéraire de la France, t. 37, p.
488-506.
[52]
B. Atherton remarque que Renaut omet des poèmes marqués par
l’influence de la philosophie néo-platonicienne : III, 11 m., IV, 1 m., IV, 6
m., V, 4 m. (ATHERTON,
op. cit., p.
216-217). La traduction ne rend pas, en particulier, des passages suivants des
proses : III, 3 p. [1-4] ; III, 9 p. [13-16] ; III, 11 p. [10-13] ; III, 12 p.
[25-38] ; V, 1 p. [1-7 ; 12-14 ; 18-19] ; V, 4 p. [14-15 ; 32 ; 34–39] ; V, 5
p. [1-4 ; 6-8] ; V, 6 p. [5-20 ; 28-30 ; 39-44]. Le contenu de la prose V, 2 p.
(consacrée au libre arbitre) est rendu en quelques vers (v.
7211-7220).
[53]
ATHERTON,
op. cit., p.
217. Le choix analogue de la thématique et la transformation du discours
caractérisent le
Roman de Fortune (fin
du XII
e siècle) de Simund de Freine. Il suffit de dire que
le contenu des deux derniers livres de la
Consolation est résumé en trois cents vers
approximativement ; l’auteur conserve des trois premiers livres uniquement ce
qui se rapporte aux faux biens et au bien véritable. Aussi les dialogues et des
suites de questions rhétoriques et des réponses font place aux monologues.
Plusieurs poèmes sont omis ; ceux qui sont traduits prennent parfois la forme
d’une sorte de réponse que Philosophie apporte aux questions du
clerc (ainsi, III, 2 m. ; les v.
1159-1174 du
Roman).
[54]
B. Atherton remarque que Renaut supprime quelques noms propres
du texte latin :
op. cit., p.
216.
[55]
Ce trait est encore plus manifeste dans le
Roman de Simund de Freine, dont le
personnage principal n’est pas un Romain noble et ne porte pas de nom de Boèce
: c’est un
clerc, tout ce que le
lecteur apprend de lui est qu’il
fust prime riche
ades,/ Et fut povre tost apres (v. 27-28) (SIMUND DE FREINE,
Œuvres, éd. J.E. MATZKE, Paris,
1909).
[56]
Renaut utilise les commentaires de Nicolas Triveth et de
Pseudo-Thomas ; sur cette question voir ATHERTON,
op. cit., p. 206-213. Cf. le sens allégorique :
I, 3 p. [13-14] et v. 649-664 ; les explications des passages difficiles : IV,
6 p. et v. 6489-6573 ; III, 9 p. et 5339-5350 ; la citation : I, 4 p. [6] et v.
761-776 ; des commentaires historiques : II, 6 p. et v. 3327-3340 ; II, 7 p. et
v. 3731-3745 ; des apostrophes : v. 849-857 ; 865-872 ; 2715-2718 ; 2883-2885 ;
3071-3074.
[57]
C’est donques erreur bien
apperte/ Quant une personne est couverte/ Precïeusement et parée ;/ Elle s’en
tient a plus ornée,/ A plus noblè et a plus belle ;/ Mais sachiez qu’el est
encor telle/ Comme devant quant estoit nue ;/ Sa beauté point ne se remue,/ Et
pour ce que sa robe luit/ Sa laidure point ne s’enfuit (v.
3163-3172). Cf. II, 5 p.
[58]
Voir ATHERTON,
op.
cit., p. 205. Ainsi, aux courtes mentions du tyran Denys (III, 5 p.
[6]), de Sénèque et de Néron (III, 5 p. [10-11]), d’Alcibiade et d’Aristote
(III, 8 p.) correspondent respectivement les v. 4695-4728 ; 4728-4783 ;
5089-5146, etc.
[59]
Pour l’analyse des strophes voir ATHERTON,
op. cit., p. 106-107. B. Atherton
dégage aussi des strophes (deux douzains et un huitain) dans la traduction de
IV, 3 p. ; pourtant il s’agit cette fois des couplets octosyllabiques ; le
début de la nouvelle strophe n’est marqué que par le mot
quant; le contraste entre la forme de
ce passage et le contexte est plus faible que dans la traduction des trois
poèmes.
[60]
ATKINSON et CROPP, Trois traductions de la
Consolatio Philosophiae de Boèce, p.
207.
[61]
Par exemple, III, 1 m., où 13 vers de l’original sont rendus
par 14 vers de la traduction ; V, 2 m. où 10 vers de la traduction
correspondent aux 14 vers de l’original.
[62]
Cf. sur cette question : Ch. BRUCKER, Pour une typologie des
traductions en France au XIV
e siècle,
Traduction et adaptation en France à la fin du
Moyen Âge et à la Renaissance, Paris, 1997, p. 63-79. Cp. : c.r.
G.R. HOPE,
Bibliothèque d’Humanisme et
Renaissance, t. 61, 1999, p. 234-240.