Le Moyen Age
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-4206-X
220 pages

p. 277 à 293
doi: en cours

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Tome CIX 2003/2

2003 Le Moyen Age

Le Bilder ars, outil de prédication et de christianisation

Florence BAYARD Université de Caen
Deux des fonctions principales de l'Ars moriendi sont mises en évidence dans cet article : encadrer et guider. Sa technique « audiovisuelle », qui recourt au texte parlé et écrit et à l'image, est également analysée. Cela mène à une réflexion sur l'utilisation de l'image dans le cadre de la prédication et sur le mode d'émission et de réception du message contenu dans l'opuscule qui contribue à promouvoir le rôle médiateur de l'Église, le recours aux intercesseurs et aux sacrements, et qui participe à une individualisation de la mort et à une christianisation des attitudes qui y sont liées. Il apparaît comme un véritable guide pratique et normatif, propose de correctes dévotions et fournit le minimum de connaissances religieuses requis pour bien vivre et bien mourir. Le format de l'ouvrage en fait un outil maniable et peu encombrant pour les prédicateurs qui peuvent alors baser leurs sermons sur un programme iconographique qui, évoquant notamment les psaumes, fournit la structure de leur discours.Mots-clés : mort, iconographie, christianisation, prédication, catéchisme. This paper highlights two of the main functions of the Ars moriendi : how to coach and how to guide. Its « audio visual » technique, combines written and spoken texts as well as images is also analysed. This leads to comment on the use of images in preaching and on the modes of transmission and reception of the message conveyed in a booklet that contributed to promote the Church as mediator and recourse to intercessors and the sacraments, and that played a part in the individualisation of death and in the christianisation of attitudes connected to death. It appears as a practical and normative guide, laying out proper devotions and providing the basic religious knowledge that is necessary to a good death. Its pocket sized format made it easy to refer to by the preachers who could thus base their sermons on an iconographical support which, through references to the psalms in particular, provided a structure to their speech.Keywords : death, iconography, christianisation, preaching, catechism.
Le Bilder ars relève de la littérature des Artes moriendi, c’est-à-dire de l’art du bien mourir. Ces livrets apparaissent vers 1408-1414, mais connaissent un essor fulgurant dès lors qu’ils sont illustrés, de 1450 à 1520 à peu près, puis leur production fléchit vers 1530-1540. Ils présentent un mourant sur son lit et le débat que mènent un ou plusieurs ange(s) et des diables pour savoir laquelle des deux forces en présence se saisira de l’âme au sortir du corps. L’Ars moriendi est bâti sur l’alternance de ces deux « camps ». Il traite des cinq tentations auxquelles le diable induit le mourant et auxquelles s’opposent les cinq sages conseils de l’ange. Le Bilder ars est d’ailleurs également nommé l’Ars moriendi der fünf Anfechtungen, c’est-à-dire l’Art de mourir et des cinq assauts : il s’agit de se prémunir contre ces attaques. Les cinq tentations concernent : la foi (fides), le désespoir (desperacio), l’impatience (impaciencia), la vaine gloire ou l’orgueil (vana gloria) et l’avarice (avaricia), ce à quoi l’ange répond par une argumentation : pour la foi (de fide), contre le désespoir (contra desperacionem), pour la patience (de paciencia), contre l’orgueil (contra vanam gloriam) et contre l’avarice (contra avariciam).
Ce livret, qui indique à chacun comme on doit se préparer à la mort, n’est pas une pure création du XVe siècle car il hérite des œuvres et des courants de pensée antérieurs, parmi lesquels se placent les visions des VIIe et VIIIe siècles, ces récits de voyage dans l’au-delà lors desquels l’âme, souvent assaillie par des démons, est défendue par des anges. Ces visions introduisent la notion de lutte pour la possession de l’âme, et le combat se situe au chevet du mourant dès le XIIe siècle, avec Hildegarde de Bingen (1098-1179) qui anticipe le moment de sa mort et voit, dans sa chambre mortuaire, des démons et des anges se disputant son âme [1].
Du reste, c’est à partir des XIIe et XIIIe siècles que le discours sur la mort, dans la lignée duquel se situe l’Art de mourir, se répand avec, dès 1195, les Vers de la mort d’Hélinand de Froidmont (1160-v. 1229) qui introduit la figure de la mort personnifiée. On y apprend que la crainte de la mort est salutaire et qu’il faut choisir entre le bonheur sur terre et le salut dans l’autre monde, leçon digne du contemptus mundi dont relève également notre opuscule. L’Ars moriendi semble être peu influencé par le macabre qui apparaît au XIIIe siècle avec le Dit des trois morts et des trois vifs. Mais l’absence de ce thème révèle peut-être justement que notre opuscule y est sensible et s’y oppose sciemment en le taisant.
En 1266, la disputatio des vices et des vertus dans le Miroir de Vie et de Mort de Robert de l’Omme annonce déjà le combat verbal qui opposera l’ange et le démon dans l’Art du bien mourir, et la constante volonté didactique de l’Église suscite l’apparition « d’enseignements ». C’est ainsi que l’on relève, en 1366, l’Enseignement moult piteux de Jean de Remin [2] qui fait de la mort un moment privilégié pour apprendre, et qui peut servir d’exemple à tout homme souhaitant se préparer. Car tel est le but essentiel : se renseigner, s’habituer, comme y incite le quotidie morior, faire savoir et être toujours prêt afin d’échapper à la mort subite, c’est-à-dire à la mauvaise mort.
Le 21e chapitre de la deuxième partie du Büchlein der ewigen Weisheit de Henri Suso (1295-1366), intitulée : Wie man sol sterben und wie ein bereiter tod beschaffen ist, fut également une amorce de l’Ars moriendi. On y apprend que la crainte de la mort est le début de la sagesse, la voie qui mène au salut. Alberto Tenenti nous rappelle qu’on « ne rencontre pas l’expression de Scienta ou doctrina moriendi avant Suso » [3].
N’oublions pas d’autres courants précurseurs de l’Ars moriendi, comme les chroniques, les sermons [4], notamment ceux des ordres mendiants, les images, quel que soit leur support, le théâtre religieux et même le registre comique des contes et des fabliaux qui exploitent « les rites de la mort (cinq contes) et le cadavre que l’on promène en cherchant à s’en débarrasser (huit contes) » [5], ainsi que l’instant de la mort et le sort de l’âme.
Le rire sera utilisé aussi dans les Mystères et on décèle des traces de grotesque dans l’Ars moriendi, non pas au niveau du texte, mais à travers l’image des diables contorsionnés et vaincus, image destinée au même public que celui du théâtre, dans des sermons, car les prédicateurs ne négligeaient pas les effets et les surprises. Parmi ces nombreux textes, émergera l’Ars moriendi qui reprend les thèmes anciens du Jugement dernier et du contemptus mundi, mais qui inclut aussi des thèmes plus nouveaux comme celui du jugement particulier ou de la crispation sur le dernier instant. Il n’invente presque rien mais tente de restituer un sens ancien au « passage », tout en l’adaptant aux besoins du nouvel auditoire et aux ambitions de l’Église qui veut maîtriser les attitudes des fidèles.
On ne connaît pas l’auteur de cet opuscule et de nombreuses éditions sont anonymes. M. O’Connor [6] émet l’hypothèse qu’il fut composé par un dominicain du prieuré de Constance. La version la plus ancienne daterait de 1408-1414 et l’auteur, un Français, se serait inspiré de la troisième partie de l’Opus tripartitum de Gerson. Une autre hypothèse en attribue la paternité au cardinal de Fermo, Dominique Capranica († 1458), la contribution la plus importante restant celle de Gerson. Le XVe siècle est le siècle de l’Ars moriendi.
R. Chartier [7] nous explique comment, au XVIe siècle, on se dirige plutôt vers l’art de bien vivre, dans un mouvement de compensation. Le XVIIe siècle verra un nouvel essor de ce livret de bonne mort (et ce parallèlement à celui du testament) alors que, comme au cours des XIVe et XVe siècles, l’espérance de vie diminuera et que la sorcellerie occupera grandement les esprits.
D’après R. Rudolf [8], cet opuscule aurait d’abord été conçu pour des prêtres devant visiter les malades ou les mourants, peut-être même pour de jeunes prêtres encore peu habitués à leur tâche. Par la suite, le clergé ne pouvant (ou ne voulant pas) toujours répondre aux besoins en période de grande mortalité, ou bien monnayant trop chèrement ses prestations, il en résulterait une appropriation de ce livret par les laïcs, à une moindre échelle cependant.
Le Bilder ars
C’est par le biais d’une édition allemande du Bilder ars, publiée à Leipzig en 1496 par Konrad Kachelofen, que nous nous proposons d’aborder les Arts du bien mourir [9]. Il s’agit d’un ouvrage xylographié composé de 31 bois, dont 13 gravures. Dix scènes font pendant au texte et illustrent les tentations du diable et les bons conseils de l’ange, chacun argumentant alternativement autour du lit du mourant. Une introduction et une conclusion encadrent ce combat pour l’âme, et les éditions de Leipzig joignent à ce schéma traditionnel une gravure représentant saint Michel [10] et une prière qui lui est adressée.
Cette édition n’est donc pas la première, ni une des premières de ce genre de livret. Il s’agit plutôt d’un ouvrage représentatif de cette littérature des préparations à la mort.
En effet, il témoigne, d’une part, de la façon dont on conçoit la mort au XVe siècle et nous permet, d’autre part, de saisir quelques éléments sur le sentiment de la mort à cette époque, d’appréhender par ce biais la pensée et l’attitude religieuses de l’homme de l’Occident médiéval [11] confronté au trépas et, dans une moindre mesure, sa mentalité marquée par les malheurs de son temps.
Dans cet article, notre but est de préciser quel était l’usage de ce livret et de voir quel public l’utilisait. Pour ce faire, nous nous proposons d’abord de mettre en évidence ses deux fonctions principales : encadrer et guider, puis sa technique « audiovisuelle » qui explique son succès au XVe siècle. Cela nous amènera à nous intéresser à l’image et au mode d’émission et de réception du message contenu dans cet opuscule, puis à cerner davantage l’utilisateur type, voire l’auteur de l’Ars moriendi.
 
1. L’Ars moriendi comme outil d’encadrement
 
 
Sauver l’âme, tel est le but que l’Ars moriendi fixe au mourant, comme à son assistant, à son « ami fidèle et dévot ». Sauver son âme et mourir en l’Église car, hors d’elle, il n’y a point de salut. Les cultes non chrétiens et les pratiques non recommandées par le clergé ne mènent qu’à la damnation. Voilà ce que veut démontrer le Livret de bonne mort qui s’adresse à tout homme souhaitant s’éteindre « droitement, dans la vraie foi chrétienne ». De cette façon, il contribue à promouvoir le rôle médiateur de l’Église, le recours aux intercesseurs et aux sacrements souvent boudés par les fidèles et, singulièrement, celui de l’extrême-onction. Des choses sont en effet indispensables au salut de l’âme ; il faut y exhorter le fidèle, devenu lui-même de plus en plus exigeant dans sa foi.
Les six premières exhortations
C’est ainsi que les six premières exhortations proposées dans l’Ars moriendi vérifient la conviction du mourant : il doit croire « comme un bon chrétien doit croire », se repentir et s’amender, s’en remettre totalement au Sauveur qui est mort pour lui. Ces recommandations se fondent essentiellement sur l’Opus tripartitum de Gerson et sur l’Admonitio morienti et de peccatis suis nimis formidanti d’Anselme de Canterbury ; elles proposent un premier schéma d’attitude qui témoigne d’une tentative de cléricalisation de la mort laïque par le biais de la proposition d’un modèle de passage calqué sur celui des moines, auxquels Anselme de Canterbury s’adressait tout particulièrement.
La figure du Christ
Cette liste de vérifications se clôt sur la figure du Christ et insiste sur son sacrifice par lequel seulement l’homme est sauvé. Il apparaît que la passion du Christ joue un rôle non négligeable dans ce livret, particulièrement dans l’argumentation salutaire de l’ange. L’image n’est pas en reste : sept des treize gravures le représentent. Deux le figurent sur la croix, promesse de rémission. Ces deux visions sont les dernières proposées par le Bilder ars, si l’on ne tient pas compte de la prière à saint Michel. Mises en point d’orgue de ce livret aux fins salutaires, conclusion optimiste d’une « campagne » qui vise à réconforter un public durement ébranlé psychologiquement par les manquements de l’Église et la mutation de ses repères religieux et face à une mort terrible et omniprésente, occupent-elles une place stratégique ?
Soulignons d’autre part que le Bilder ars s’ouvre sur une figuration rare, celle de l’eucharistie au sein de la chambre, sacrement essentiel qui commémore et perpétue le sacrifice du Christ. Par le pain et la coupe posée sur la table, le Christ est présent dès le début, incarné et médiateur. La gravure qui nous montre l’ange argumentant contre l’impatience, par ailleurs, nous le montre descendu de la croix et portant les attributs de sa souffrance. Cette image d’un Christ humble, pauvre et proche de l’humanité souffrante, s’impose et répond à une exigence d’accessibilité et de concret, tendance bien caractérisée par l’Imitatio Christi [12] et, si l’on en croit la conclusion du livret, les derniers mots du mourant seront ceux de Jésus sur la croix : herre yn deine henden befel ich dir meines geystes (« Père, je remets mon âme entre tes mains »). Le Christ symbolise finalement la défaite de la mort que l’homme surmonte en s’en remettant et en s’identifiant à lui.
Mais, vraisemblablement, la crainte l’emporte sur la confiance et le sentiment religieux de l’homme est bien plus stimulé par la peur. Ainsi, si l’insistance sur la croix offre une possibilité de catharsis, remédiant à la peur de mourir en état de péché par la contemplation et l’imitation, le Bilder ars n’en parle pas moins de la mort du Christ, non de sa résurrection. Ce retour à la vie est une évidence pour chacun, certes, et il n’est pas nécessaire de le rappeler, mais ce silence a aussi pour but, sans doute, de montrer qu’on n’échappe pas à la mort, mais que l’on peut éviter la mauvaise mort en s’efforçant de résister au mal. Le grand ennemi de l’homme est alors, plus que la mort elle-même, la tentation. Il s’ensuit que le Christ ne symbolise plus seulement la défaite de la mort, mais plutôt celle du mal et des diables.
Le diable
Il est vrai que des monstres de toutes sortes foisonnent tout au long des pages de l’Ars moriendi et que leur existence est l’un des motifs avancés pour la rédaction de ce livret : il s’agit de mourir « dans la vraie foi chrétienne » et de résister aux attaques du diable (wie ein itzlich cristen mensch […] der anfechtung des boßen geystes wider stehen [ßal]).
Outre le foisonnement des démons dans l’iconographie, le diable s’impose dans le vocabulaire. Le terme teufel [13] apparaît une trentaine de fois alors que engel n’est cité qu’une dizaine de fois. Celui-ci s’oppose d’ailleurs en tout aux divers démons qui s’agitent autour du lit du mourant. L’ange se contente d’enseigner et de dispenser de sages paroles (leren et sprechen). Ses gestes posés expriment la persuasion par la raison, la mise en garde et le conseil. Il représente la sagesse, la raison et offre un contraste saisissant avec les attaques verbales et avec les gesticulations du démon. Ne jouit-il pas de la sérénité du vainqueur assuré ? Il exprime la supériorité divine et l’on a du mal à penser qu’il ne l’emportera pas sur son adversaire, à moins que l’homme n’ait été vraiment dévoué au mal.
Parallèlement à ces attitudes, le spectateur assiste à toutes sortes de gesticulations diaboliques qui, par leur aspect dynamique, expriment une forte présence du mal. Alors que le lexique se rapportant à l’ange se résume à quelques mots : essentiellement deux verbes déjà cités et un adjectif, « bon », il en va tout autrement pour le diable qui mène une vie active et diversifiée.
Il afflige l’homme de différentes tentations et douleurs (bekummert, meret den schmerzen, vorsucht). Constamment il s’efforce (ubet sich, erbeit sich, suchet) de détourner l’homme du droit chemin (in irssal des glauben furen, dor von zihen, von dez glauben vorkeren, vorfuren, abwenden) par des paroles et insinuations (totlichen retenn, reyzung und ein geben, suchlemen ingissen). C’est un menteur (ein loegener) qui trompe et empoisonne l’homme (vorgifften), il apparaît là comme le serpent tentateur de la Genèse. Il est très dangereux (geferlicher) et malin (wen er weiss won da…) et, par conséquent, redoutable.
Il n’agit pas seul : le mot teufel représente non seulement le diable mais aussi toute une clique de démons. Le pluriel est peu usité dans le texte mais l’iconographie se contente rarement d’un seul personnage diabolique [14]. Le diable se montrerait plus souvent que les êtres divins et sous diverses formes, ce qui augmente l’angoisse de l’homme de le voir apparaître à tout instant pour le tenter, et particulièrement à l’heure de la mort.
Mais, au XVe siècle, cette angoisse s’exprime aussi par le rire. Par leurs gesticulations, les diables frisent le grotesque et évoquent les acteurs des mystères affublés de masques et se contorsionnant à l’envi pour amuser le public : ils sont menaçants mais effraient sans doute moins que le diable, que l’Ennemi. L’image, qui représente des démons, pencherait du côté laïque et populaire, offrirait une vision profane et rappellerait les êtres issus de la basse mythologie qui occupaient cet entre-deux (entre l’homme et l’animal) et gênaient grandement l’Église qui cautionnait, sans doute pour cette raison, les spectacles les ridiculisant. Le texte, au contraire, se raccroche au singulier. Il parle du diable et est par là un peu moins concret, plus allégorique, et il représenterait l’esprit du mal. Le chrétien du commun oscille peut-être entre ces deux conceptions, à la fois amusé et effrayé, riant de ce qui le tourmente pour l’évacuer. Ces représentations demanderaient à être étudiées plus avant afin de savoir si elles participent à la diabolisation de la mort, mais la datation des diverses éditions étant particulièrement complexe, nous ne nous engagerons pas dans cette entreprise.
Teufel recouvre donc l’idée d’un personnage à la fois un et multiple. Le diable, ennemi identifié et « connu », opposé à Dieu et à l’ange qui le combat, n’est pas l’unique adversaire de l’homme. Le mourant est également confronté à de nombreux maux et tentations et affronte une foule d’êtres « diaboliques », « d’ennemis visibles et invisibles ». C’est comme si ce combat ne se situait pas seulement au niveau du spirituel, mais aussi à un niveau concret, corporel. Ainsi, la prière qui clôt l’Ars moriendi ne demande pas une délivrance du mal et de la tentation, mais bien l’interposition du Christ, de la Vierge et de tous les saints entre le mourant et tous ses ennemis, visibles et invisibles. En somme, le mourant prend soin de se prémunir pour l’au-delà et contre tout ce qui serait susceptible d’entraver le bon déroulement de son passage, en n’omettant aucun obstacle. Il se protège à la fois du visible et de l’invisible, du connu et de l’inconnu, des ennemis du chrétien et de ceux du païen. Cette formule, « de mes ennemis visibles et invisibles », témoignerait d’une pensée que l’on est amené à qualifier de superstitieuse : il s’agit de ne rien oublier, au cas où … En conséquence, l’Ars moriendi propose au mourant des rites plus conformes au dogme, liés à ce passage ultime et dont dépend le bon déroulement du trépas. L’Église lui recommande donc, entre autres, de faire appel aux saints intercesseurs.
Les dévotions particulières et l’individualisation de la mort
L’Ars moriendi nous donne alors un aperçu des dévotions particulières de l’homme du XVe siècle : le mourant s’adressera à de saintes personnes, cela lui est imposé par l’Église qui lui suggère différentes figures, dans l’iconographie, telles celles de saint Antoine, de saint Pierre ou de sainte Barbe. Mais il conserve une relative liberté de choix et cet intercesseur sera aussi, s’il le veut, le saint qu’il a particulièrement honoré pendant sa vie, ou celui dont il porte le nom, ou bien le saint patron de sa corporation.
Cet opuscule est un véritable outil de promotion du culte des saints et, à l’omniprésence diabolique attestée par l’Église, répond celle des saints qui renforcent l’autorité ecclésiastique. Il témoigne aussi d’une autre forte présence au XVe siècle, celle de l’ange gardien « affecté à chacun par Dieu » et ce, dès l’animation, nous dit saint Thomas d’Aquin. L’ange gardien apparaît comme le contrepoids aux démons, et l’essor de son culte correspond à une infernalisation de la vie terrestre. À ce propos, Denys le Chartreux († 1471) nous dit : « Chaque fois que tu vois une très pressante tentation s’approcher […] invoque ton ange » [15]. Ainsi, le processus d’invidualisation de la mort amené par les visions des VIIe et VIIIe siècles, renforcé par l’apparition du purgatoire où la peine est adaptée à la faute et où le châtiment est donc personnalisé, mais aussi par Latran IV qui insiste sur la confession auriculaire, c’est-à-dire secrète et individuelle, ce processus peut s’épanouir au XVe siècle.
Cette individualisation, voulue par l’Église, poursuit sans doute un autre but, celui de faire de la mort du fidèle une affaire plus discrète et plus individuelle, celui, surtout, de confisquer le mort à sa famille. En effet, les membres de la famille étaient très actifs au moment du trépas et, par leurs gestes et leurs paroles, ce sont eux qui devaient faire en sorte que le de cujus atteigne l’au-delà sans encombre. Mais, aux yeux de l’Église, ces pratiques avaient des échos païens et devaient êtres éliminées ; l’Église devait occuper ce domaine essentiel dans les croyances humaines et imposer ses propres règles.
Une des armes dont elle disposera sera la mise en place d’un rituel chrétien de bonne mort représenté notamment dans les Arts du bien mourir. Avec ces opuscules, on atteint une focalisation sur l’individu mourant qui se prépare individuellement à l’aide de son livret et assisté seulement d’un bon ami dévot : l’Ars moriendi, dans le texte et dans l’iconographie, insiste sur le fait que la famille, proche ou lointaine, ainsi que les amis, doivent être écartés de l’agonisant et il l’isole sciemment.
 
2. L’Ars moriendi comme guide pratique
 
 
Il apparaît alors comme un véritable guide pratique de la bonne mort et propose de correctes dévotions. À une organisation laïque du deuil répond un rituel qui se veut plus chrétien. L’Ars moriendi, qui nous montre des proches peu nombreux et calmes dans l’affliction, suggère une façon de bien se conduire qui est sans doute le signe que les gesticulations réprouvées étaient encore bien ancrées dans les usages courants et qu’il fallait les canaliser. Cela apparaît bien dans les décrétales et les pénitentiels qui traquent toute trace de superstition, notamment autour de la mort [16]. Une fois de plus, notre opuscule montrerait la tentative des clercs de contrôler ces pratiques en les reprenant à leur compte, en les aménageant et en donnant aux gestes et aux paroles un sens différent. Le « sacrifice de louange » se substituerait à un sacrifice propitiatoire « païen ». L’articulation à haute voix et la répétition de certaines paroles remplaceraient les lamentations des pleureuses et offriraient un modèle plus « civilisé » de conduite à suivre pendant la période de l’agonie et du deuil : un modèle chrétien imposant par conséquent d’avoir recours à l’Église et à ses services pour assurer un bon passage.
Les messes, les prières et les aumônes permettent d’aider les défunts et de maintenir une continuité licite entre les vivants et les morts. La seule possibilité d’accéder au salut est d’appartenir à l’Église détentrice du pouvoir salvateur. Du reste, un des premiers conseils prodigués dans l’Ars moriendi est l’incitation à un acte d’allégeance à l’égard de l’Église : « Premièrement : qu’il croie comme un bon chrétien doit croire et qu’il soit heureux de souhaiter s’éteindre dans la foi du Christ et dans l’obédience à l’Église chrétienne ». La peur de mourir hors de l’Église à qui Dieu délègue ses pouvoirs contribuera à renforcer la place et la supériorité d’une structure ecclésiale ébranlée par le Grand schisme. L’Église, en se posant comme grande médiatrice au dernier moment, et en accordant une place importante aux rites de passage, élabore une religion du faire, une religion de participation.
Elle accorde une grande place à l’acte de dévotion et la prière de la commendatio animae sera considérée comme une importante œuvre charitable. Être au chevet du mourant, l’accompagner et recommander son âme au chœur des anges et des saints est une pratique méritoire. Quant au mourant, il importe qu’il se confesse, qu’il reçoive l’extrême-onction et qu’il communie. À cela s’ajoutera une sorte de second viatique : le testament, qui n’est pas oublié dans l’Ars moriendi.
Ce dernier terme n’apparaît que dans les Artes les plus élaborés que nous avons consultés, et peut-être les plus coûteux. Le Bilder ars, de facture plus simple, n’omet cependant pas de préciser que l’agonisant peut, avec les biens d’ici-bas, à savoir in almusen gotz gaben und des gleichen (en aumônes et dons à Dieu et autres choses semblables), faire le salut de son âme. L’une des fonctions du testament est de rassurer le mourant qui, en multipliant les legs pies, espère gagner son dernier combat et contrôler son avenir post mortem. Il est intéressant de remarquer, à propos du testament, que ce sont essentiellement les frères mendiants, confesseurs populaires appréciés pour leurs offices funèbres, qui les recueillent en tant que notaires.
Ces frères mendiants jouent un autre rôle essentiel dans l’entreprise de l’Église d’uniformisation des croyances et des pratiques : ils systématisent les actes et les paroles et énoncent le plus simplement possible les grandes articulations de la doctrine chrétienne. L’Ars moriendi participe à cette œuvre de christianisation par sa simplicité et son langage accessible, par sa technique et son discours qui font des pratiques chrétiennes le plus sûr moyen de salut. D’un côté, il fait craindre par l’enseignement doctrinal qu’il prodigue, de l’autre, il fait espérer par l’attitude et les gestes qu’il conseille, les deux aspects se complétant.
Un lien étroit unit la doctrine à la pratique, mais notre livret insiste encore davantage sur un savoir-faire que sur un savoir-croire et prône plutôt une morale, cherche à imposer des normes de comportement. L’instruction des fidèles passe par une pédagogie des gestes qui accompagnent les paroles et les objets, ce que l’on perçoit dans notre opuscule. Cela permet de structurer une société, de façonner des modalités de croyance qui ne sont pas sans effet sur le fonctionnement de cette société.
La foi se fonde essentiellement sur des gestes et sur une adhésion parfaite à un système chrétien lié à la crainte de Dieu qui, dans l’Ars moriendi, est celui du Dies Irae [17], et à l’obsession du diable, précieux auxiliaire de l’Église.
L’Ars moriendi rappelle cependant succinctement quelques données fondamentales du christianisme qui viseraient, entre autres choses, à contrer tout risque de manichéisme. Il insiste sur la présence du diable sur terre, mais répète que Satan est une créature de Dieu, celui-ci lui étant supérieur ; il rappelle que l’orgueil, origine de tous les péchés et cause de tous les maux, provoqua la chute de ce prince. L’homme sera par conséquent humble et soumis. Le Livret de bonne mort fait une belle part aux choses qu’il faut craindre. Celles qui sont à désirer vont de soi et motivent l’existence de l’opuscule : le salut est essentiel. Ce que l’homme doit d’abord savoir, c’est qu’il est mortel et, en conséquence, il doit constamment songer à la mort, même lorsqu’il est sain, ce qui se situe en droite ligne de la culture cléricale imprégnée du contemptus mundi. Il recevra les saints sacrements, et les autres, et se confessera en vraie contrition. La base catéchétique comporte aussi les trois prières principales, la dévotion aux saints et aux anges gardiens, la connaissance des dix commandements auxquels il faut croire fermement, des vices qu’il est absolument nécessaire de fuir et des œuvres de miséricorde qu’il est conseillé d’accomplir. En résumé, il faut fuir le mal et faire le bien.
Un des buts de l’Ars serait de fournir au lecteur un minimum de connaissances religieuses et il s’insère dans l’élaboration d’un catéchisme, notion qui apparaît au XIVe siècle [18]. Ainsi, la science du bien mourir s’insère dans un catéchisme naissant et se retrouve parfois dans des ouvrages qui rappellent les points principaux de l’Église catholique et qui résument le minimum qu’un prêtre ou un bon chrétien doit connaître.
D’autre part, en se fondant sur l’aspect concret de tout un réseau de pratiques, l’Église assimilerait quelques superstitions en conférant à certains actes et à certaines paroles, ou à l’écrit, un pouvoir presque magique. Il s’agit en quelque sorte d’une catéchèse de transition dont Thomas Peutner (1360/90-1439) apparaît comme un représentant, auteur dont l’Art du mourir rédempteur (Kunst des heilsamen Sterbens) a pour principale source l’Opus tripartitum de Gerson. Il lie l’enseignement scolastique à une piété active et veut éduquer ses lecteurs à un christianisme pratique.
Ainsi propose-t-on un guide de conduite dans la vie chrétienne et face à la mort. Pour reprendre les termes de P. Chaunu, nous avons là plus une religion du faire qu’une religion du savoir, un lien étroit unissant la pratique à la doctrine.
Un rituel de l’agonie
Mourir est un acte qui demande une dure préparation et le livret de bonne mort est en même temps un guide de l’agonie, moment critique de la vie de l’homme. L’Ars moriendi propose donc un rituel maîtrisant l’attitude de l’homme à sa dernière heure et vérifiant qu’il répond bien aux critères exigés pour un bon passage. Il résume la religion de l’homme à la fin du Moyen Âge : son obsession des recours, son usage parfois profane et superstitieux de gestes, d’images et de paroles, sa peur devant Dieu, devant une instance supérieure représentée sur terre par l’Église, sa crainte des revenants.
Ce rituel comporte des invocations: le mourant doit implorer Dieu (il s’agit en fait du Christ), puis la Vierge Marie, tous les anges et en particulier son ange protecteur, les douze apôtres, les martyrs, les confesseurs et les vierges, particulièrement les figures qu’il a honorées de son vivant.
Des images (il doit voir le crucifix et les saintes personnes auxquelles il a rendu un culte particulier, leur action et leur présence sont ainsi décuplées) accompagnent des vers et des gestes. Par trois fois il doit répéter un vers et l’on suppose que cette récitation est suivie d’un acte de communion, probablement après une confession (ich wird dir opffern die hostien des lobes, je vais t’offrir l’hostie de louange), comme l’image qui ouvre le Bilder ars le montre ; il doit le faire mit warer beicht (en vraie confession).
En passant, l’auteur recommande une phrase de saint Augustin qui consiste en la citation de noms et en gestes, comme le signe de la croix, qui sont censés mettre en déroute les ennemis visibles et invisibles ; ce recours évoque l’invocation, et le nom semble comporter une vertu en lui-même.
La cérémonie se termine par une imitation, une acceptation: le mourant s’en remet finalement à Dieu et se soumet à sa volonté.
Le Bilder ars ajoute à ce rituel une prière à saint Michel qui répondrait à une demande du public et qui correspondrait vraisemblablement à l’essor du culte des anges gardiens adjoints à l’antique adversaire de Satan.
C’est toute une liturgie qui est développée ici. La ritualisation de l’agonie répond alors aux vœux de l’Église qui voit son rôle renforcé, mais aussi à ceux des laïcs : la mort devient acceptable et tolérable, point trop embarrassante, le deuil et la continuation de la vie étant facilités.
Quel public pour l’Ars moriendi?
Ainsi, l’image et le texte deviennent une arme majeure pour l’Église. Mais pour quelle Église ? Il nous faut remarquer que le prêtre n’apparaît pas dans cet opuscule. Seuls deux personnages représentent le monde de l’Église : une femme qui rappellerait une béguine, à la tentation d’impatience, et un homme portant une coule, lors de la bonne mort. Ce dernier pourrait bien être un frère mendiant. En effet, la prédication utilisait volontiers le thème de la mort à des fins morales et théologiques et l’Ars moriendi se révèle être un outil capital pour la pédagogie de masse.
Le format le plus courant de cet opuscule imagé est l’in-quarto. Nous disposons alors d’un ouvrage d’une trentaine de pages et de format 197 x 157 mm qui constitue un ensemble léger et facilement transportable. Le livret est assimilable à un talisman et comparable au Romanus-Büchlein, un recueil de charmes chrétiens. Mais ce format était également pratique pour les prêcheurs franciscains et dominicains qui l’utilisèrent. Leur mode de prédication itinérant et le nouveau public laïque du bas Moyen Âge sont des facteurs de l’apparition de l’Ars moriendi. Il fallait à ces prédicateurs un outil maniable et peu encombrant, facilement utilisable et au contenu assimilable par le vulgaire. On sait de plus que l’image leur était d’une grande utilité, qu’il s’agisse du Dit des trois morts et des trois vifs ou de la Danse macabre, comme celle de Kernascléden, dans le Morbihan, où le maître de jeu est un dominicain placé dans la chaire. Et l’on sait que c’est depuis le milieu monacal que la gravure sur bois s’est diffusée. « Ces illustrations étaient vendues par les moines prêcheurs ou distribuées dans les lieux de pèlerinage » [19]. On comprend alors le rôle qu’ont pu jouer les ordres mendiants dans la diffusion de l’image, puis de l’Ars moriendi, surtout si l’on imagine que, tout comme leurs successeurs des XVIIe et XVIIIe siècles, comme les missionnaires bretons Michel Le Nobletz ou Julien Maunoir, ils utilisaient des placards pour leurs sermons [20]. En effet, « dès le premier tiers du XVe siècle, la multiplication des images sur feuilles volantes, avec texte explicatif les accompagnant, était en progrès sensible » [21].
 
3. Le langage et le rôle de l’image
 
 
L’image prend alors toute son importance et l’on découvre que, dans l’Ars moriendi, elle n’est pas qu’une illustration du texte, mais qu’elle propose elle aussi un discours.
Elle nous permet de nous représenter la « performance » liée à ce livret. On imagine fort bien le rôle du prêcheur comme lecteur ou interprète du message auprès d’un public, message essentiellement contenu dans les illustrations que le texte gloserait. La réception se ferait donc par l’ouïe et par la vue et l’Ars moriendi se présenterait comme un outil de diffusion « audiovisuelle » d’un savoir, plus particulièrement d’un savoir-faire. Il témoignerait du contrôle ecclésiastique des images dont le message est très orthodoxe, même si, d’un autre côté, elles révèlent des pans d’une culture plus profane.
Les images forment donc un programme à elles seules, un programme pensé jusque dans les détails. Il y a une véritable volonté de les structurer et une intention de vaincre la difficulté des fidèles à s’imaginer des choses abstraites : l’image rend concret un discours à travers une magistrale mise en scène.
Aussi le terme Bilder est tout aussi important que celui d’Ars puisque les gravures représentent plus de 40 % de l’ensemble de l’ouvrage [22] [13 gravures et 18 pages de texte]. Ce livret nous amène alors à nous interroger sur l’utilisation de l’image. Elle attire l’attention et marque les mémoires. Sa composition est en effet telle qu’elle suggère à celui qui la regarde différents messages. Ainsi, le prêcheur qui utilise ce livret saura à quel moment lire quel psaume : des éléments iconographiques ayant recours à des sources scripturaires jalonnent l’Ars moriendi et lui servent d’aide-mémoire. Par exemple, la présence de Dieu au chevet du mourant (cf. gravure 7), motif très rare, pourrait bien évoquer le psaume 7 ou le psaume 86, et les moutons au pied de la croix (cf. gravure 11) le psaume 23… [23] Les images fourniraient donc la structure d’un discours et l’Ars moriendi se révélerait être un outil de prédication, peut-être plus particulièrement utilisé par les frères mendiants.
En conclusion, ce livret s’attache au temporel sans négliger le spirituel. Il fait un savant dosage entre les attentes du peuple et les ambitions de l’Église. Il nous donne une image des relations qui existaient entre les vivants et les morts, mais aussi entre les vivants eux-mêmes. Il fait la synthèse des échanges et des oppositions entre ces deux cultures et l’on sent l’importance de la demande des laïcs au sujet de la mort personnelle dans la genèse de l’Ars. L’Ars moriendi est bien fait pour un public « concret » et il part d’expériences concrètes, comme les visites de Gerson aux malades nous incitent à le penser. Nous avons là une autre approche de la mort, une conception qui s’attache à l’âme humaine et aux sentiments de l’individu, conception qui subit sans doute l’influence des ordres mendiants, qui, comme on le sait, rendaient visite aux endeuillés pour les soutenir dans leur épreuve et qui abordaient en conséquence la mort sous un angle que l’on pourrait qualifier de « psychologique ».
Il nous permet une approche du thème de la mort à travers cette étape intermédiaire et rarement étudiée qu’est l’agonie, et nous ouvre une fenêtre sur l’intimité du laïc dont la mort doit se calquer sur les normes qui lui sont dictées par ces images et par le texte qui les accompagne. L’attitude modèle que l’on exige du mourant nous pousse à voir dans le Bilder ars le témoignage d’une nouvelle ère de l’encadrement religieux caractérisée par l’incorporation du fait religieux à la sphère domestique, via la prédication et la christianisation des attitudes laïques.
Bilder ars [Leipzig, Konrad Kachelofen], 1496. Gravure 7
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				Konrad Kachelofen], 1496....IMGIMF
Bilder ars [Leipzig, Konrad Kachelofen], 1496. Gravure 11
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				Konrad Kachelofen], 1496....IMGIMF
 
NOTES
 
[1] Cf. HILDEGARDE DE BINGEN, Rupertsberger Scivias (copie). Vis. I/4 (3), f° 25 r°.
[2] M. LAMARQUE, Un art de mourir du XIVe siècle : Ung enseignement moult piteux de Jean de Remin, Thèse de l’École des Chartes, 1984. Ce texte est composé de 5 500 octosyllabes à rimes plates et a recours à la fiction de l’expérience personnelle d’un prêtre prêchant le repentir, la résignation, la rédemption des péchés par la souffrance acceptée à un mourant dont l’histoire et le comportement sont exemplaires.
[3] A. TENENTI, Sens de la mort et amour de la vie. Renaissance en Italie et en France, Paris, 1983, p. 67.
[4] Cf. P. ASSION, Sterben nach tradiertem Muster-Leichenpredigten als Quelle für die volkskundliche Brauchforschung, Leichenpredigten als Quelle historischer Wissenschaften, Marbourg, 1984, p. 227-248.
[5] M.Th. LORCIN, Le thème de la mort dans la littérature médiévale, À réveiller les morts. La mort au quotidien dans l’Occident médiéval, Lyon, 1993, p. 54.
[6] M.C. O’CONNOR, The Art of Dying well. The development of the Ars Moriendi, New-York, 1942. Sur la « paternité » de l’Ars moriendi, voir, entre autres, J. DELUMEAU, Le péché et la peur. La culpabilisation en Occident XIIIe-XVIIIe siècles, Paris, 1983, p. 66 et s. : « Dans la longue préhistoire des Artes moriendi, le dominicain Henri Suso (1296-1366) occupe une place importante, avec son Büchlein der ewigen Weisheit dont une partie eut un franc succès au XVe siècle et fut éditée comme livret de bonne mort [wie man sol lernen sterben und wie man ein bereiter beschaffen ist], et avec son Horologium sapientiae où le “serviteur” de la sagesse s’écrie : “Je veux apprendre à mourir !” ». TENENTI note, dans Sens de la mort, p. 67, que « l’expression scienta ou doctrina ne se rencontre pas avant Suso », mais attribue le texte à Dominique Capranica († 1458), précisant qu’un Matthieu de Cracovie s’est également vu attribuer cet ouvrage. Il s’agit peut-être d’une confusion avec Matthieu de Krakow – Poméranie – qui devint évêque de Worms en 1405 et mourut cardinal en 1410, nommé pour auteur d’une édition sans indication de lieu, de date, ni d’imprimeur, mais composée avec les caractères d’Ulrich Zell de Cologne.
[7] R. CHARTIER, Les arts de mourir, 1450-1600, Annales É.S.C., t. 31, 1976, p. 51-75, ici p. 51.
[8] R. RUDOLF, Ars Moriendi. Von der Kunst des heilsamen Lebens und Sterbens, Cologne-Graz, 1957.
[9] Le Bilder ars de 1496 sur lequel nous nous fondons est conservé à la bibliothèque de Rouen sous la cote Leber 218, et est répertorié dans le Gesamtkatalog der Wiegendrucke, Leipzig, 1925 et s., sous le numéro 2583.
[10] Cette figure et la prière l’accompagnant sont rares et mériteraient d’être étudiées dans un article en particulier. Nous comptons en traiter ultérieurement.
[11] L’Ars moriendi est un ouvrage qui concerne toute l’Europe médiévale, avec cependant quelques foyers bien marqués : Paris, l’Italie du Nord, l’Allemagne du Sud et la vallée du Rhin de Bâle à Cologne, et la ville de Leipzig. Cf. R. RUDOLF, Art. Ars moriendi, Lexikon des Mittelalters, t. 1, Munich-Zurich, 1979, col. 1039-1044.
[12] L’Imitatio Christi a connu une large diffusion à la fin du Moyen Âge. « À en juger d’après l’inventaire des manuscrits conservés, l’Ars a connu dès cette première forme une large diffusion. […] Seule sans doute l’Imitatio Christi se trouve placée largement au-delà avec quelques 600 manuscrits latins, ce qui en fait l’ouvrage le plus lu dans le monde chrétien, la Bible exceptée », dit CHARTIER dans Les arts de mourir, p. 53, citant Fr. RAPP, L’Église et la vie religieuse en Occident à la fin du Moyen Âge, Paris, 1971, p. 248.
[13] On trouve le terme teufel (diable) ou des bossen geystes (esprit malin), ein find alles menschlichen geschlechts (ennemi de tout lignage humain), eyn loegener (menteur), der bosse find, alle find der sele (ennemi de l’âme), den Lucifer aller engel fursten (Lucifer, prince de tous les anges), den scheusslichsten teuffel (le plus hideux des diables).
[14] Le seul instant où l’on n’aperçoit qu’un seul démon se situe lors de la communion du mourant, image qui ouvre le Bilder ars. Peut-être cela tend-il à démontrer la force de ce sacrement négligé par les fidèles.
[15] DENYS LE CHARTREUX, Opera, t. 32, Tournai, 1906, p. 421-445.
[16] D. HARMENING, Superstitio, Berlin, 1979, p. 79 s.
[17] C’est un Dieu de colère qu’il est difficile de contenter et qui punit durement. Quelques exemples tirés du lexique le concernant : wie er [der mensch] got sso schwerlich erzurnet, die gebot gotes, keyn ding erzornet got sso ser als [], got der herre fuget unss zu zeitlich straffe, got der almechtige
[18] Le plus ancien texte de catéchisme imprimé est le Christenspiegel de Thierry de Goelde (1435-1515) dont le chapitre 44 est intitulé Wie man sterben sol, und das ist furbarste Lehre der Welt ; les grandes lignes de cet ouvrage sont résumées par RUDOLF dans Ars moriendi, p. 110.
[19] J. ADHÉMAR, La gravure des origines à nos jours, Paris, 1979, p. 11.
[20] Cf. Fl. BAYARD, L’art du bien mourir au XVe siècle. Étude sur les Arts du bien mourir au bas Moyen Âge à la lumière d’un Ars moriendi allemand du XVe siècle, Paris, 1999. Deuxième édition augmentée d’une étude détaillée de gravures, sous presse.
[21] ADHÉMAR, op. cit., p. 16.
[22] Cf. Fl. BAYARD, Le Bilder ars de 1496. Édition, traduction et commentaire, thèse de doctorat soutenue le 11 décembre 1999 à l’Université de Paris IV-Sorbonne, sous la direction du Prof. Cl. Lecouteux.
[23] Je remercie D. ALEXANDRE-BIDON pour ses précieuses remarques sur ce point.
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[4]
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[5]
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[6]
M.C. O’CONNOR, The Art of Dying well. The development o...
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[15]
DENYS LE CHARTREUX, Opera, t. 32, Tournai, 1906, p. 421...
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[16]
D. HARMENING, Superstitio, Berlin, 1979, p. 79 s. Suite de la note...
[17]
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[18]
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[22]
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Bilder ars [Leipzig, Konrad Kachelofen], 1496. Gravure 7
Bilder ars [Leipzig, Konrad Kachelofen], 1496. Gravure 11