2003
Le Moyen Age
Deux femmes d’affaires du Quattrocento : Alessandra Macinghi
Strozzi et Caterina Sforza
Lise COLLANGE
Université Blaise-Pascal – Clermont II
Force est de constater que les historiens ne se sont guère
penchés sur la place des femmes aristocrates dans le monde des affaires au XVe
siècle. Ce désintérêt doit être imputé au fait qu’il est toujours difficile
d’évoquer, faute d’une documentation significative, l’action des femmes issues
de l’aristocratie hors de la cellule domestique, et plus particulièrement dans
le monde des affaires, domaine généralement réservé aux hommes. Ainsi la femme,
selon une conception traditionnelle de sa fonction au sein du couple, en serait
totalement exclue ou détiendrait un rôle mineur, voire insignifiant. les deux
exemples développés, celui d’Alessandra Macinghi Strozzi, dirigeante d’une
entreprise commerciale et, celui d’un entrepreneur de guerre, Caterina Sforza
comtesse d’Imola et de Forli, mettent en évidence l’intervention des femmes
aristocratiques dans le monde des affaires au Quattrocento, en Toscane et en
Romagne.Mots-clés :
Femmes, veuves, aristocrates, affaires, Quattrocento.
We have to admit that historians have hardly explored the part
played by women of the aristocracy in 15th century business world. This lack of
interest can be ascribed to the difficulty of investigating their role outside
the family and more specifically in the business world, which is traditionally
seen as an exclusively male are for want of substantial documentation.
According to the traditional definition of their function in a married couple,
women would be completely banned from this world, or could only play a very
minor part in it. However, the two instances that are presented here that of
Alessandra Macinghi Strozzi, ‘CEO’ of a trade company, and that of Caterina
Sforza, countess of Imola and Forli, highlight the important part played by
women from the aristocracy in the business world in Tuscany and Romagna in the
Quattrocento.Keywords :
Women, widows, aristocrats, business, Quattrocento.
Comme le souligne Cl. Opitz dans l’histoire des femmes
[1]: « On a beaucoup parlé
d’elles, de l’autre sexe, en tant que filles, mères, épouses, saintes ou femmes
moins exemplaires et presque autant écrit à leur sujet ». C’est seulement
depuis les années 1990 que l’action des femmes hors de la cellule domestique
suscite l’intérêt des historiens. Certaines entreprises récentes
[2] montrent le renouvellement de
l’historiographie. D’autres en revanche, notamment celle de Fr. Cardini au
titre attractif :
La vie quotidienne des femmes
au Moyen Âge
[3], n’aborde qu’une partie du thème annoncé, car il
s’agit d’un ensemble de biographies sur des religieuses et intellectuelles
renommées. Notre propos n’est pas de retracer l’évolution historiographique de
l’histoire des femmes mais de nuancer l’impression souvent réductrice, que les
femmes de l’aristocratie durant le bas Moyen Âge n’exerçaient guère de fonction
dans le domaine économique
[4]. En effet, pour le XV
e siècle,
les historiens ne se sont guère penchés sur ce thème. Ce désintérêt doit être
imputé au fait qu’il est toujours difficile d’évoquer l’action des femmes
issues de l’aristocratie hors de la cellule domestique
[5], et plus particulièrement
dans le monde des affaires, secteur que l’on réserve généralement à l’homme,
faute d’une documentation significative. « Si les sources nous donnent parfois
l’impression d’une marginalité féminine, c’est que leurs auteurs étaient des
hommes, qui en théorisant l’infériorité des femmes, exorcisaient la peur
qu’elles leur inspiraient »
[6]. Ainsi, la femme selon une conception traditionnelle
de sa fonction au sein du couple en serait totalement exclue ou tiendrait un
rôle mineur, quasiment insignifiant. Les moralistes comme Léon-Battista Alberti
traduisent et diffusent dans leurs écrits l’idéologie dominante
[7]: « la femme à l’intérieur de
la maison exerce un pouvoir authentique, l’économie domestique repose sur elle.
Lorsqu’elle sort de la cellule domestique c’est pour entrer dans le circuit des
échanges matrimoniaux ou pour servir de mannequin exhibant la richesse et le
pouvoir de son mari »
[8].
Alberti affirme que l’épouse occupe la deuxième place après le
paterfamilias. Elle a été choisie en
fonction des intérêts et des alliances des clans familiaux. Robuste plus que
belle, bien élevée, elle doit appartenir à une famille riche et posséder une
bonne éducation. Elle doit être totalement soumise à son mari comme elle
l’était à ses parents
[9].
Son domaine est celui de la maison, les tâches non domestiques lui échappent.
Elle surveille les serviteurs, la conservation des denrées et des biens
meubles, bref « que rien ne se gâte »
[10]. L’homme a besoin d’une aide pour les
choses domestiques et l’épouse est là pour le suppléer
[11]. Son seul privilège est celui de «
l’élevage » de tous les jeunes enfants, « la femme est bonne à nourrir l’enfant
en bas âge mais elle n’est pas apte vu son tempérament à l’éduquer »
[12]. Ainsi « l’opposition
entre un espace intérieur, clos, gardé, dans lequel se tient la femme et
l’espace extérieur et ouvert où l’homme vaque librement, prend tout son sens
dans l’opposition entre les deux activités économiques fondamentales »
[13]. Le domaine de compétence
de la femme au sein de l’aristocratie est donc restreint et les hommes tentent
de le justifier en évoquant les « qualités » féminines qui fragilisent leur
caractère et leur corps : tristesse, mélancolie, versatilité et la grande
jeunesse de leurs épouses qui les rendent tributaires de leurs
connaissances
[14]. Ce
dernier point correspond effectivement à une réalité si l’on en juge par l’âge
moyen des filles à leur premier mariage : de 17,6 à 20,8 ans entre 1427 et 1480
(il est pour les hommes de 30 à 31,4 ans ; soit un écart de 10, 6 à 12,7 ans).
Cependant les « codificateurs des mentalités bourgeoises » pour reprendre une
expression de Ch. Bec
[15], n’expriment qu’une idéologie et pas forcément la
réalité. Les femmes ont aménagé ces contraintes, ce carcan masculin, souvent
avec bonheur. D’ailleurs les témoignages des chroniqueurs du temps et quelques
études d’historiens, notamment celle de G. Jehel
[16] confirment l’intervention des femmes
dans le monde des affaires. Giovanni Boccacio dans le Décaméron
[17] évoque la présence des
femmes dans des affaires licites ou illicites. Au cours de la huitième journée,
il décrit une
meretrix : la comtesse
de Civillari (nom d’un quartier malfamé de Florence). Elle contrôle l’ensemble
des maisons du quartier : « […] il y a dans le monde peu de maisons qui
échappent à sa juridiction. Tous lui payent tribut. »
[18]. Cette affaire illicite est tolérée, le
monde de la prostitution étant considéré comme un moindre mal dans les
cités
[19]. Boccacio
décrit également des femmes qui remettent de l’ordre dans leurs affaires
foncières (donc licites), s’occupent de la comptabilité. Certaines dirigent des
ateliers de tissage, d’autres administrent la fortune de leur époux défunt dont
des comptoirs à Paris et à Florence
[20]. Les études d’historiens confirment ces fonctions
féminines attestées par les sources littéraires et plus particulièrement celle
de G. Jehel. En effet, celui-ci met en évidence l’action des femmes dans le
monde des affaires au cours de la première moitié du XIII
e
siècle. L’historien dans un premier temps précise ce qu’il faut entendre par
femmes d’affaires. Il faut, écrit-il, faire une distinction entre « l’activité
de la marchande » au sens de tenancière de boutique et « pratique des affaires
» au sens où l’entendent Sapori et Renouard quand ils décrivent les hommes
d’affaires. Il s’agit donc de distinguer l’individu comme force de production
et l’individu détenant les moyens de productions, accumulant des richesses,
investissant, dirigeant, gérant. Ensuite, il constate d’après les minutes
notariales, qu’au total 20 % des femmes participent à des opérations d’achat et
de vente de marchandises, aux affaires du mari avec son accord. Elles peuvent
investir pour les enfants, prendre des initiatives pour elles ou pour les
sœurs. Elles participent de façon active dans des sociétés et des contrats de
commerce. G. Jehel cite également le cas de véritables femmes d’affaires : « il
existe des foyers d’activités dans lesquels les femmes agissent en toute
autonomie, à l’égal de leurs parents et confrères »
[21]. Par exemple, des épouses stipulent
qu’elles participent à une commande avec leur mari mais séparément. Elles
prennent soin de préciser ce qu’elles investissent. L’auteur attire notre
attention sur le fait que 14,1 % d’entre elles sont veuves. Cet état semble
effectivement leur donner la possibilité d’intervenir de façon décisive dans ce
secteur. Elles gèrent le patrimoine familial après la mort de leur époux,
tandis que les autres (les 5,9 % restant) placent leurs fonds propres comme
leur dot. L’étude qui suit, présente deux figures hors du commun du
Quattrocento italien, ayant menées une
activité dans une sphère réservée aux hommes de cette époque, dans des
circonstances particulières.
La première, Alessandra Macinghi Strozzi, appartient à une des
familles les plus riches de Florence, son mariage avec Matteo Strozzi en 1423
l’introduit dans un clan familial faisant partie des six groupes de parenté les
plus fortunés de la cité en 1427
[22]: les Strozzi, Bardi, Médicis, Alberti, Peruzzi et
Albizzi détiennent 10 % de la fortune imposable en 1427. Il existe des familles
dont le lignage est numériquement moins important mais dont les membres sont
riches comme les Macinghi. En 1434, Matteo et ses deux fils, Filippo et Lorenzo
sont frappés d’exil par les Médicis à la suite des conflits qui opposent les
clans familiaux de Florence. Les Médicis et les Strozzi se déchirent pour
imposer leur pouvoir. À la suite de ces luttes, le vainqueur ordonne
généralement l’exil des représentants des factions qui lui sont hostiles. Sans
doute faut-il y voir le moyen de réduire économiquement ses ennemis, en les
éloignant du centre de leur activité. L’exil ne touche que les hommes âgés de
plus de douze ans. De ce fait, Alessandra se retrouve seule à Florence et elle
est amenée à prendre en main les affaires de son époux et de ses fils. Il faut
souligner que le cas d’Alessandra, femme d’exilé, est fréquent dans la paysage
italien, la vie politique étant très agitée. Durant cette période, elle
entretient une correspondance
[23] avec ses deux fils exilés, Filippo et Lorenzo, se
trouvant respectivement à Naples et à Bruges. La seconde, Caterina Sforza,
comtesse d’Imola et de Forli, est une aristocrate ; en 1477, elle est mariée à
Gerolamo Riario. Vers 1481, les Médicis veulent s’emparer de Forli et Imola,
que Gerolamo a obtenu contre leur volonté. À la suite de ce conflit politique,
il est emprisonné. Il meurt trois ans après, assassiné. Veuve, Caterina
protège, administre sa seigneurie. Durant l’année 1499, elle négocie avec
Niccolo Machiavelli le renouvellement d’une
condotta, c’est-à-dire une charge militaire.
Machiavel est alors secrétaire de la République de Florence qui le charge de
nombreuses missions diplomatiques. Il retranscrit les négociations avec
Caterina dans des lettres diplomatiques qu’il adresse à la seigneurie de
Florence, dont il est le représentant officiel
[24]. Cette correspondance retrace un
instant particulier et donne une vision indirecte de Caterina, mais on peut
penser que ces lettres traduisent assez justement la réalité. Elle apparaît
comme une femme ayant un pouvoir militaire et politique.
Ainsi, ces deux femmes d’affaires exercent une action très
différente, agissent dans un contexte exceptionnel qui, peut-être, leur donne
l’occasion de sortir de leur « ghetto » traditionnel (le
domus). En l’absence de leur époux,
elles exercent une partie voire la totalité du pouvoir qui revient
habituel~lement au dominus.
En 1436, Matteo Strozzi décède de la peste à Pesaro où il a dû
s’exiler deux ans auparavant. À partir de cette époque, Alessandra entretient
avec ses deux fils, eux-mêmes frappés d’exil, une correspondance régulière.
Elle nous est parvenue de façon fragmentaire. Seules soixante douze lettres
subsistent, elles s’échelonnent entre 1447 et 1470. Elles ont été rédigées à
Florence et permettent d’évaluer l’intervention d’une aristocrate italienne
dans le monde des affaires. Cette intervention débute sans doute avant 1447. En
effet, comme nous le signalions dans la présentation, son mari Matteo est
frappé d’exil par les Médicis depuis douze ans. Même si elle reste une « bonne
épouse » par référence au modèle d’Alberti
[25], c’est-à-dire par son travail domestique, elle
intervient dans les affaires de la famille car les membres mâles sont
provisoirement éloignés. Elle dirige, administre les biens de la famille
notamment une boutique de
arte di lana
(activité de la laine) située à San Martino (paroisse de Florence), un atelier
de fabrication et l’ensemble des biens de famille situés dans Florence
intra-muros et dans le
contado
[26]. Dans ses échanges épistolaires, elle rend
compte à ses fils de la vie quotidienne, des problèmes qui surgissent et des
solutions mises en œuvre. L’éloignement de ses enfants lui a permis d’accéder à
une forme d’indépendance. Son veuvage la renforce. Est-ce à dire que le veuvage
est le seul moyen pour une femme de s’émanciper ? Les écrits des prédicateurs
tels que ceux de Bernardino de Sienne reconnaissent que la direction de la
famille et l’administration des biens échoient à la mère, en cas de décès du
capofamilias. Bernardino est très
explicite : la veuve, la bonne veuve assume le rôle qui n’est pas par nature le
sien. « Elle devient une femme à moitié masculine
(una donna mezza maschia), elle mélange ainsi
des caractères masculins et féminins »
[27]. La jeune Alessandra s’est mariée à seize ans et
Matteo son époux lui propose en 1429 un curieux contrat de mariage. Quelques
années plus tard, en 1436, âgée de vingt-neuf ans seulement Alessandra se
retrouve veuve et doit se conformer aux clauses de ce contrat inclus dans les
dispositions testamentaires du défunt
[28]. Après le décès du mari, si Alessandra
reste sous son toit et renonce à partir avec sa dot de 1 600 florins, ses fils
s’engagent à l’associer à la gestion des biens où sa dot continue d’être
fondue. Dans le cas contraire, ils lui accordent des rentes et des avantages.
Alessandra opte pour la première solution, ainsi elle ne remet pas en cause
l’équilibre économique de la famille, sa dot continue à être une partie
constituante des affaires de la famille. En revanche, la restitution peut
plonger la famille dans une situation financière très critique. L’attitude
d’Alessandra n’est guère atypique : dans les strates moins favorisées de la
société, la femme partage l’administration des biens avec ses enfants tant
qu’elle reste sous le toit de son défunt époux. D’après les registres des
femmes émancipées par leur père, on note que les veuves administrent les biens
du défunt. En ayant la charge de cette gestion, elles ne peuvent demeurer plus
longtemps sous la tutelle de l’autorité paternelle, d’où le fait qu’elles
figurent sur les listes d’émancipation. Cela prouve que l’administration des
biens leur revient. En revanche, des femmes préfèrent s’éloigner de la maison
de l’époux décédé notamment l’épouse de Giovanni Niccolini (marchand de son
état)
[29] qui préfère
partir plutôt que d’accepter les propositions formulées dans un contrat
identique à celui établi par Matteo Strozzi. Cependant, ce choix n’est pas
accepté forcément par les héritiers. Les études de Chr. Klapisch-Zuber et plus
récemment celles d’I. Chabot
[30] décrivent les obstacles divers et parfois inattendus
qui entravent cette émancipation : « les héritiers ne l’entendent pas cette
oreille, vues les moult procédures engagées… mais les veuves du
XV
e siècle ont le droit et l’institution pour elles, si
elles ne se découragent pas d’emblée, elles finissent par reprendre ce qu’elles
ont apporté à leur mariage »
[31]. La législation leur fournit des armes pour leur
défense. Ainsi le veuvage apporte bien aux femmes une indépendance qu’elles
recherchent d’ailleurs au décès de l’époux. Les travaux de D. Herlihy insistent
bien sur cette volonté et sur le rôle que leur autonomie retrouvée par le
veuvage, leur permet d’assurer dans la société urbaine
[32].
En ce qui concerne Alessandra Strozzi, son isolement combiné
certainement à un sens profond de la famille, qui apparaît tout au long de sa
correspondance, la poussent non seulement à rester, mais aussi à sauvegarder le
patrimoine intact pour ses fils et leurs descendances. Ce comportement est,
comme nous l’avons remarqué, recommandé dans les discours des prédicateurs.
Toute sa vie, elle lutte pour payer ses impôts, les dettes de Matteo et
défendre ses propriétés
[33], qui du reste ne sont pas considérables à la mort de
son époux. La grandeur d’antan des Strozzi n’est plus ce qu’elle était au
moment où Alessandra administre les biens. En effet, les registres du
catasto de 1427 estime la fortune des
Strozzi à 200 000 florins
[34] (en 1429 celle des Médicis n’atteint que 180 000
florins). Dans l’intervalle, Côme de Médicis, en 1429, succède à son père
Giovanni d’Averardo à la tête de la compagnie. Dès les années 1430, il «
utilise son exceptionnelle réussite professionnelle pour appuyer son
exceptionnelle réussite politique »
[35]. Après avoir été frappé d’exil par les Albizzi, il
devient le chef de toute l’opposition au régime oligarchique. Cette opposition
s’accroît constamment, en septembre 1434, les élections à la Seigneurie portent
ses partisans au pouvoir. Côme entre à Florence en 1434 (le 5 octobre), tandis
que les oligarques sont bannis et parmi eux les Strozzi. Ainsi, Côme élimine à
la fois un adversaire politique et un concurrent en affaires. L’accession au
pouvoir des Médicis marque la fin de la splendeur des Strozzi. À la fin des
armées 1430, la fortune de la famille est constituée de peu de terres agricoles
et de maisons dans le
contado à
Quarracchi, Campi, San Cresci, Maciuoli et à Pozzolatico
[36], une maison dans le quartier San
Lorenzo (rue San Gallo), une compagnie et une boutique de
Arte di lana à San Martino, le tout
représentant 4 000 florins. En juin 1437, la veuve vend les propriétés de San
Cresci et en avril 1446, la maison de la rue San Gallo à Florence et plusieurs
pièces de terre pour payer le
catasto
[37]. Mais Alessandra ne brade pas ses propriétés pour
autant, elle ne s’en sépare qu’à condition d’avoir obtenu le prix
escompté
[38]. Il faut
dire que la situation financière d’Alessandra n’est guère brillante. Elle
semble liquider une partie du patrimoine familial pour faire face aux
obligations fiscales et éviter vraisemblablement la liquidation totale et donc
la dispersion de son patrimoine. Mais parallèlement, en bonne gestionnaire,
Alessandra investit son argent, après avoir payé ses impôts, dans les
propriétés qui lui restent. Dans la lettre du 4 janvier 1466
[39], elle achète une bête
pour la propriété de Pazzalotico, « des engrais » pour revitaliser un peu la
terre comme elle le dit, des piquets pour les vignes. Ces dépenses sont
inscrites dans ses comptes : seize florins, quatre lires, huit sous et quatre
deniers et elle en informe son fils. Son véritable rôle apparaît dans la vie de
l’entreprise et en particulier dans la gestion de la boutique de San Martino,
qu’elle tient elle-même : « Ici à la boutique… »
[40] et l’atelier de fabrication qu’elle
dirige (on suppose au même endroit). On ne connaît pas la taille de son
entreprise, ni le nombre de salariés dans l’atelier, ni le volume des
transactions, ni la production totale de tissu et de produits finis etc. Sur
les soixante-douze lettres écrites, seize contiennent des renseignements sur
les importations de lin, sur les toiles pour les chemises qui ne sont pas
encore blanchies pour cause de mauvais temps
[41], sur une robe vendue à tel prix
[42]. Bref, elle fait fonctionner
l’entreprise familiale en appliquant les grands principes capitalistes :
importer, produire et vendre. En 1449, Alessandra vend un surplus de toile de
chemise
[43], elle dit
en avoir vendu de façon conséquente, mais vu les prix du marché, elle ne
s’attend pas à un bénéfice important. De la même façon, et toujours en
1449
[44], elle a
demandé du lin, qu’elle pense revendre en en « tirant un bon prix » puisqu’elle
compte doubler sa mise
[45].
Elle se préoccupe également du transport de la matière
première. Dans la lettre 8 du 6 décembre 1450, on s’aperçoit qu’un voiturier,
Mario di Bino, véhicule la marchandise
[46] moyennant un paiement en nature, c’est-à-dire en
chemises, mouchoirs etc. ; et parfois en numéraire
[47]. Il s’agit apparemment d’un arrangement
entre lui et Alessandra, car elle ne peut pas le rémunérer plus
[48].
Visiblement, ses commandes de lin laissent supposer qu’elle a
une certaine « stratégie commerciale » et une gestion prévisionnelle, en ce qui
concerne la matière première. Elle n’importe pas son lin sans se renseigner
préalablement sur les prix. D’ailleurs, elle en fait la remarque à son fils
Filippo, qui se trouve à Naples en 1451 (10 avril). Elle souligne le fait que
le prix du lin est ici moins onéreux que là-bas
[49]. Le lin paraît importé de Pise, Naples
ou des Flandres
[50].
Elle en achète de grosses quantités, à en juger ses lettres, soit par
l’intermédiaire de Marco (Strozzi ?) ou de Favilla. En 1451, elle demande
trente-six livres de lin à l’un et cent dix livres à l’autre
[51]. À plusieurs reprises
elle importe des pieds de lin, ce qui laisse supposer que la famille possède
des terrains où elle produit elle-même la matière première
[52]. Au fil des missives, les commandes de
lin effectuées par Alessandra prennent une part plus conséquente et se
substituent progressivement au coton car son prix de revient est inférieur (le
coton donne également un tissu plus rude et moins agréable au contact de la
peau). Parfois, elle limite les importations. En 1459, elle écrit à son fils de
ne plus envoyer de lin
[53], jugeant que l’envoi de Filippo n’est pas de
meilleure qualité qu’à Florence
[54]. On remarque ici que, malgré l’éloignement, Filippo
continue à jouer un rôle économique, en approvisionnant en matière première la
boutique de la famille. De plus, par l’intermédiaire des lettres d’affaires,
qui tiennent une place importante dans la littérature marchande, il intervient
d’une certaine façon dans le fonctionnement de la boutique.
La guerre et son cortège de calamités inquiètent Alessandra.
Elle retarde les galères et bloque l’approvisionnement en lin, mais aussi en
denrées comme les amandes, le fenouil, etc.
[55]. En effet, Alessandra outre sa fonction de « femme
d’affaires » continue, parallèlement, à tenir sa maison, en se chargeant de
l’économie domestique (achat des denrées alimentaires pour la maison). Les
mentions du vin, des câpres, des amandes sans doute pour l’huile, sont
fréquentes au cours de ses lettres. En 1464, elle commande des pousses de
fenouil
[56]. Quant aux
amandes et aux câpres, elle en achète respectivement cinquante et une livres et
vingt-quatre livres (soit au total 37,5 kg)
[57]. De même, elle évoque à plusieurs reprises ses
vignes et ce pour des raisons différentes. Tout d’abord, les vendanges dans les
lettres 16 et 58, où elle avise Filippo, qu’elle a récolté des grains pour
faire du vin « entre blanc et rouge » (rosé ?). En tout, avec les autres
récoltes, elle pense atteindre les 18 barils. Ce vin n’est pas destiné
seulement à une consommation familiale, car elle espère le vendre un bon prix,
ainsi elle pourra subvenir au paiement des impôts
[58]. C’est d’ailleurs cette dernière raison
qui l’amène à parler des vignes à son fils. La correspondance d’Alessandra
donne une image qui ne correspond en rien à l’inconstance, l’irresponsabilité
décrite par les moralistes comme Alberti. Au contraire, cette femme est
ingénieuse, intelligente, réfléchie et pratique. Elle assume à la fois son rôle
de mère et d’épouse, ainsi que le rôle qui incombe en général à l’époux. Son
attitude a parfois l’apparente fermeté de celle d’un père, mais elle est
compréhensible, vu la situation financière de la famille. En 1464, Filippo, le
fils aîné, fait parvenir gratuitement de Naples un ballot de lin à sa sœur
Catenina et à son mari Marco Parenti, par l’intermédiaire de sa mère. Celle-ci
proteste et essaye de le persuader de changer de décision, en argumentant que
les Parenti ont les moyens de payer le lin. À ses yeux, Filippo doit développer
et préserver le patrimoine familial
[59]. De même, comme un homme, elle privilégie ses fils
plus que ces filles car elle fonde tous ses espoirs dans la descendance
masculine qui représente l’avenir de la famille. « Son courage et la plupart de
ses décisions témoignent de cela »
[60]. Si elle marie ses filles en dessous de leur
condition, Alessandra fait preuve de plus d’exigence en ce qui concerne ses
fils. Non seulement ils doivent épouser un « bon parti », une femme bien dotée,
mais la future doit posséder certaines qualités : bien constituée pour donner
une descendance masculine, et posséder quelques connaissances rudimentaires (ce
qui n’était pas forcément le lot de toutes les filles des milieux aisés). En
fait, elle tient un discours identique à celui de Léon-Battista Alberti. Les
efforts d’Alessandra sont couronnés de succès puisqu’en 1465, Filippo épouse
Fiammetta di Donato Adimari
[61], jeune fille issue d’une des familles les plus
fortunées de Florence qui apporte une dot de deux mille florins permettant de
compenser les banqueroutes de Filippo et Lorenzo à Naples
[62].
Ainsi, Alessandra Macinghi Strozzi possède des qualités que
Donato Velluti
[63]
dans sa chronique domestique (
Cronica
domestica) qualifie de viriles, mais d’après L. Martines
[64], elle reste une femme
dans sa façon d’administrer les biens de sa famille. L’auteur développe dans
son article, un passage tout à fait intéressant sur la perception différente de
la réalité entre les hommes et les femmes. Elles connaissent des choses plus
concrètes, plus pragmatiques, en fonction du rôle qui leur est assigné, dans
certaines circonstances. Leur manière de gérer découle également de leur
sensibilité purement féminine. Pourtant, il est difficile de penser
qu’Alessandra a eu un comportement radicalement différent de celui des hommes,
dans le monde des affaires. Pour pouvoir mesurer les écarts, s’ils existent, il
faudrait comparer la gestion d’Alessandra et celle de son époux au même moment
et dans un contexte identique ; ce qui est impossible à réaliser. De plus, il
faut prendre en compte le fait que toute une partie des négociations se
déroulait oralement, et on peut imaginer que les différences les plus
flagrantes se percevaient pendant ces moments. L’apport des études concernant
le monde germanique, semble démontrer que les femmes agissent comme leurs
confrères masculins. À Cologne, Druitgen Kollen fonde une société avec un
associé. Pour lui, elle expédie dans le sud de l’Allemagne des étoffes de
Cologne. Les Allemandes œuvrent beaucoup par contrats d’association comme les
hommes
[65]. En fait,
les femmes de marchand, issues elles-mêmes de ce monde, ont sans doute baigné
dans une culture marchande, et sans doute reproduisent-elles un savoir-faire
découlant de ces schémas culturels pleinement assimilés.
Les lettres d’Alessandra nous font également découvrir une
femme agissant dans le monde des affaires avec certains principes moraux. En
effet, elle condamne la spéculation sur les bons financiers de l’emprunt public
(le
Monte) et émet un doute à propos
de la valeur morale du jeu en bourse sur les rentes d’État. Après un long
débat, elle affirme qu’un trafic licite peut rapporter autant qu’une
spéculation douteuse. Elle écrit à son fils : « Comme le
Monte a en ce moment une cote élevée,
il (Giovanni Bonsi, gendre d’Alessandra) pense à vendre ses titres, qui se
montent à quatre cents florins car il les acheta avec un escompte de 30 %. De
sorte qu’il dit : si je les vends, j’en tirerai bien six cents florins et je
dois donc en gagner deux cents. Je pense qu’il va le faire et remettre l’argent
entre vos mains afin que vous le gardiez jusqu’à ce qu’il achète une propriété.
Il est vrai que vendre ainsi des titres pour les racheter plus tard, n’est pas
estimé licite. D’ailleurs en d’autres occasions, il a voulu en vendre et placer
l’argent en dépôt jusqu’à ce que le
Monte diminue, puis en racheter et il en a parlé
à Marco Parenti qui l’en a dissuadé en disant que c’était illicite […]/ Dis-moi
ce que tu en penses. Je n’y entends rien. Je voudrais qu’il y gagne mais je ne
crois pas que ce soit le moment d’acheter des terres, car on n’en trouve qu’à
un prix exorbitant. Quant à trafiquer sur la baisse du
Monte, c’est illicite. Car, à les
donner en dépôt, il touchera un revenu égal à celui qu’il perçoit au
Monte et ne commettra pas ce péché
»
[66].
Alessandra porte un jugement moral sur l’usure. Dans cette
lettre, affaires et foi sont étroitement liées. Elle n’est pas la seule à
partager cette idée largement développée par les théologiens. L’usure est liée
à l’enfer, « le profit usuraire de l’argent, c’est la mort de l’âme », formule
de Léon I
er le Grand qui date du V
e
siècle et qui résonne tout au long du Moyen Âge… L’usure c’est la mort
[67]. Cette femme d’affaires
possède une certaine vision de la politique. » Elle comprenait la politique en
terme de personnalités et de réseau d’influence. Elle se rendait vivement
compte que la politique était égale au pouvoir et avait la forte conviction que
les chefs politiques de Florence servaient leurs propres intérêts et ceux de
leurs cliques »
[68].
C’est dans cet d’esprit là qu’elle pousse Filippo et Lorenzo à influencer les
ambassadeurs florentins à Naples, en leur faisant des dons pour qu’ils
interviennent en leur faveur auprès des autorités, afin de lever l’exil qui
pèse sur eux (lettre 42, février 1465). Alessandra, comme beaucoup d’autres
femmes, a dû souffrir du pouvoir de l’oligarchie, des frustrations de leur
inaccessibilité. Néanmoins, des femmes y ont eu accès, en particulier Caterina
Sforza, comtesse d’Imola et de Forli.
Femme de tête, Caterina a eu un pouvoir politique et militaire.
Comme Alessandra, mais à une échelle différente, une pensée domine toujours son
existence : conserver le patrimoine de ses enfants et leur assurer toute la
grandeur possible. Dans cet état d’esprit, en 1499, elle négocie avec Machiavel
le renouvellement d’une
condotta.
Niccolo Machiavel débute alors dans sa fonction de secrétaire auprès de la
Seigneurie florentine
[69]. À cette occasion, il rencontre Caterina. Elle
possède une
condotta au service de la
République de Florence. En effet, en Italie, dès le début du
XlV
e siècle, l’état chaotique de la péninsule entraîne
l’utilisation de compagnies de mercenaires. Cette institution – la
condotta – s’épanouit pour plusieurs
raisons. D’une part, les citoyens italiens répugnent à faire la guerre ;
d’ailleurs l’institution des milices civiques, germe des années nationales, est
préconisée par Machiavel afin de rendre la cité indépendante des caprices et
des exigences des mercenaires. D’autre part, l’aspect matériel, l’entretien
d’une armée mercenaire à demeure impose aux finances publiques une charge
insupportable. La
condotta a
l’avantage de ne pas priver la population de son activité habituelle,
nécessaire à la prospérité de la collectivité et de ne payer les soldats que
pendant la période où l’on a besoin d’eux. En contrepartie, les
condottieri offrent leurs services au
gré de leurs intérêts politiques et financiers. La « compagnie » italienne, à
la différence des compagnies d’autres pays européens, s’implantent dans une
région déterminée. Elle se forme sous l’influence d’un capitaine. Celui-ci est
en général un noble, un petit prince désireux de se tailler une plus large
seigneurie. Ses compagnons sont en grande partie les membres de sa famille, ses
vassaux et ses sujets. Leur fidélité lui est donc acquise par la force des
choses. Le gain de l’entreprise au capitaine qui ne doit à ses auxiliaires que
la solde et des récompenses occasionnelles, consiste souvent en concessions de
terres, châteaux, villes, de la part de la puissance qui loue les services d’un
capitaine renommé, par un contrat en bonne et due forme devant un notaire : la
condotta. Ce contrat détermine par
écrit la durée de l’engagement, la solde, le nombre des hommes de la compagnie.
Après quoi, le titulaire prête serment de fidélité à la commune ou au prince. À
l’expiration du terme fixé, chacun reprend se liberté. Cependant en règle
générale, le contrat stipule que la compagnie ne se mettra pas au service d’un
autre prince avant un délai de six mois. On peut douter dans certains cas de
l’application de cette condition. Les
condottieri sont donc des entrepreneurs de
guerres. Leur nombre est difficile à définir, mais en tout cas, d’après F.
Lot
[70], les
condottieri italiens sont très
renommés en Europe au XV
e siècle. Les princes étrangers
font souvent appel à leur service, car les compagnies italiennes ont une
excellente organisation et une discipline rigoureuse. Certains d’entre eux ont
d’ailleurs perfectionné de leur temps l’art militaire, en particulier un Sforza
aïeul de notre comtesse. Les aptitudes de Caterina, sa ténacité ont suscité
l’intérêt de P.D. Pasolini
[71], écrivain du début du siècle, qui a réalisé une
biographie de Caterina Sforza. Force est de reconnaître qu’il a tendance à
idéaliser cette femme hors du commun, ses écrits sont ponctués d’erreurs
chronologiques mais ils ont le mérite de relater la vie, l’action de cette «
héroïne de la Renaissance ».
Descendante de
condottieri (Attendolo Sforza), Caterina est la
fille naturelle de Galeazzo Maria Sforza, le duc de Milan. Elle a une quinzaine
d’années quand elle épouse en 1477 le
condottiere Gerolaino Riario. Le destin de ce
dernier est étroitement lié aux ambitions politiques de son oncle Francesco
della Rovere : le pape Sixte IV. Celui-ci, cherche à accroître son autorité
morale et à mieux tenir en main le domaine temporel de l’Église. Pour ce faire,
il accorde à ses parents des dignités cardinalices, châteaux, duchés etc.
Ainsi, il achète pour Riario, dont il veut faire un prince à part entière, le
comté d’Imola situé en Romagne
[72], avant son mariage avec Caterina. Ainsi, par son
action, le pape accroît son emprise sur des territoires très proches de la
Toscane, une zone dirigée par Laurent le Magnifique qui, à la même époque, mène
également une politique centralisatrice. Pour contrer les desseins du pape,
Laurent de Médicis lui refuse l’argent pour acheter Imola. Sixte riposte en
retirant de la banque des Médicis les dépôts des fonds de la chambre
apostolique. Un conflit éclate. Gerolamo Riario est étroitement impliqué
puisqu’il est l’investigateur de la conspiration des Pazzi pour laquelle il
obtient les titres de capitaine général des armées pontificales et gouverneur
du château Saint-Ange
[73]. Cependant, la tentative d’assassinat de Laurent de
Médicis est un échec. Puis, les excès de la politique de conquête et de
népotisme menée par le pontife provoquent une révolte à Rome, au cours de 1484,
à la mort de Sixte IV. Sous l’influence des Colonna, le peuple saccage les
palais, les entrepôts, marche sur le château Saint-Ange que Caterina met en
défense. Elle est alors âgée d’une vingtaine d’années. La résistance semble
inutile et Gerolamo décide de se retirer sur ses terres avec son épouse où il
espère se créer un État. Cependant, les Médicis nourrissent toujours le projet
de s’emparer de Forli et d’Imola abandonnés contre leur volonté. En 1488
Gerolamo est assassiné à Forli. Veuve, Caterina est en butte aux attaques de
tous les ennemis que s’est fait sa vie durant Riario. Les principaux, les
Médicis menacent alors les seigneuries de Forli et d’Imola. Une alliance
matrimoniale conclue entre Caterina et Giovanni di Piero Francesco de Médicis
met fin rapidement aux querelles. De surcroît, la veuve apporte en dot ses
territoires. Ainsi cette partie de la Romagne (Forli et Imola) passe sous
l’influence des Médicis. Jusqu’à la majorité de son fils Ottaviano, Caterina
est nommée tutrice et curatrice de Forli et d’Imola. De ce fait, elle gère la
condotta de quinze mille ducats au
service de l’Église (octroyée par Sixte IV). D’après Machiavel, son fils
n’intervient à aucun moment puisqu’il n’en est pas question dans ces lettres.
Caterina négocie avec fermeté (il faut tout de même du caractère pour tenir
tête à Machiavel) et intelligence car les enjeux de cette affaire sont
multiples : financiers et politiques.
Machiavel vient avec l’intention de ne pas augmenter le loyer
de la
condotta, tandis que les autres
capitaines ont vu le leur augmenter. Caterina naturellement manifeste son
mécontentement et exige les mêmes dispositions. L’ambassadeur ne se méfiant pas
de son interlocutrice, commence par lui signaler que cette charge ne lui est en
rien acquise : « […] et que Vos Seigneuries n’avaient pas d’autre raison de lui
préciser que vous n’étiez tenus en rien d’autre que de lui prouver que nul
engagement ne vous forçait à lui accorder ce gracieux “placet […]”, que vous le
faisiez uniquement en vertu du bon vouloir que vous lui portiez pour ses
mérites »
[74].
Caterina rétorque alors : « […] Vos très Hautes Seigneuries l’avaient toujours
satisfaite en paroles, mais qu’elle était bien loin d’avoir également à se
louer des actions, que jusqu’à ce moment elle n’avait eu en retour rien qui fût
une compensation de ses services […] ». Bref, elle se plaint que les paiements
ne sont pas toujours acquittés à leur échéance, ainsi elle retourne la
situation à son avantage en disant : « Elle demandait du temps pour répondre
aux offres qui lui étaient faites, parce qu’il était imprudent de se décider
trop vite à l’égard d’une proposition, dans votre sagesse, vous aviez longtemps
délibéré et pesé […] ». Parallèlement, le duc de Milan lui avait fait une
proposition et comme elle n’avait pas reçu de réponse des Florentins au sujet
de la
condotta, « il lui convenait de
consentir à entrer à son service aux mêmes conditions et à la même solde
qu’elle avait eues l’an dernier de Votre Très Hautes Seigneuries ». Les
négociations sont donc tendues. Elle exerce un chantage en menaçant d’entrer au
service du duc de Milan, le plus féroce adversaire de Florence. Grâce à cette
indécision, elle finit par obtenir le renouvellement de la
condotta et son augmentation ; reçoit
en prime les excuses présentées par Machiavel au nom de la Seigneurie
Florentine. Profitant de la situation, elle formule une dernière exigence, être
pour une part payée d’avance : « Le secrétaire de Madonna est venu me trouver
et m’a dit de la part de son Excellence, qu’on peut engager deux sortes de
fantassins : les uns, au nombre de mille cinq cents qu’elle avait armés pour
ses besoins, mais qu’elle ne vous céderait que contre un mois de solde d’avance
[…] elle demande dix-huit livres par homme »
[75]. Par conséquent, Caterina apparaît bien comme la
détentrice d’un pouvoir militaire, puisque c’est elle qui négocie. À la
différence de ce que pense M.L. King
[76], et même si cela est provisoire, Caterina ne possède
pas uniquement un rôle militaire mais bien un pouvoir, étant curatrice des
seigneuries de Forli et d’Imola. Pour preuve supplémentaire, la suite des
événements l’opposant à César Borgia
[77].
Le contexte historique de 1492 à 1494 profite au fils du
pontife Alexandre VI
[78]. En effet, le pape poursuit la même politique que
Sixte IV : fondations de nouveaux États territoriaux et pratique du
népotisme
[79] qui le
mène à concéder à César, son fils, le duché de Romagne à partir duquel il tente
de dominer l’Italie centrale. Quelques années plus tard, en 1494, le roi de
France Louis XII fortement animé par le désir de dominer l’Italie, du moins
dans sa partie septentrionale, voisine immédiate du royaume, prend le titre de
duc de Milan. Désormais la politique italienne du roi de France a un objectif
double : s’assurer la neutralité des princes et un échange de mutuels services.
Celui-ci se traduit notamment par la donation du duché de Valentinois à César
Borgia en contrepartie de son aide militaire et de la complaisance d’Alexandre
VI. Ainsi en novembre 1499, en tant que lieutenant des armées de Louis XII,
César s’attaque à Forli et Imola. Caterina en prépare la défense. Elle amasse
des munitions de guerre dans ses deux forteresses. « Madonna avait fait de son
État une fabrique et un marché d’armes et de soldats »
[80]. « À cheval on la vit diriger les
exercices des fantassins, des hommes d’armes et des chevaux légers »
[81]. Elle promulgue des
ordonnances, l’une commande aux habitants de s’approvisionner en vivres pendant
quatre mois, l’autre oblige les paysans à se réfugier en ville après les trois
coups de canons, avec le bétail et leurs instruments. César Borgia pénètre
facilement dans les deux cités qui n’offrent guère de résistance. Par contre,
les châteaux de Forli et d’Imola avec leurs forteresses résistent quelque temps
mais ne peuvent faire face très longtemps à l’armée de César et aux troupes de
Louis XII. Imola tombe en décembre 1499, un mois après la prise de la cité. Au
moment de l’attaque de Forli, le 1
er janvier 1500,
Caterina participe activement à la bataille. Sa ténacité suscite d’ailleurs
l’admiration de Borgia. Comment une femme peut-elle faire preuve d’autant de
qualités « viriles » ? Néanmoins, tous ces efforts n’empêchent pas la
forteresse de tomber le 12 janvier 1500. Caterina est capturée par son
agresseur et emmenée à Rome. Après quatorze mois de prison, elle est libérée et
se rend à Florence, où elle cherche à reprendre ses seigneuries, mais elle
meurt en 1509. Cet épisode belliqueux révèle une femme au combat, une femme
ayant un pouvoir politique et militaire. Son cas est sans doute exceptionnel,
n’oublions pas que d’après le statut juridique de la femme dans le droit
italien
[82], on ne
reconnaît pas aux femmes le droit de participer à la vie publique.
Ces deux exemples de femmes nanties, Alessandra dirigeante
d’une entreprise commerciale et Caterina entrepreneur de guerre, laissent
entrevoir une situation féminine somme toute positive dans le monde des
affaires. À la suite de cette analyse, différents constats et questions
s’imposent. Face à des contextes particuliers, ces deux femmes affrontent les
problèmes, se débattent pour sauver le patrimoine de leurs enfants, peut-être
par défi à l’égard des autres qui les ont condamnées. En tout cas, leur
intervention reste logique si l’on se réfère aux sermons des prédicateurs, aux
traités moraux traitant du rôle des veuves dans la gestion du patrimoine. En
effet, en tant que mères, elles manifestent leur attachement aux valeurs
familiales : enfants et conservation du patrimoine. Vertu, sens de l’honneur,
du devoir ne leur sont-ils pas inculqués dès leur plus jeune âge aussi bien par
leur mère que leur père
[83]? Caterina et Alessandra possèdent-elles des qualités
professionnelles ? Caterina semble maîtriser les techniques guerrières,
notamment au moment des sièges, tandis qu’Alessandra demande souvent conseils à
ses fils exilés et son entourage pour prendre certaines décisions. Est-ce la
preuve de son incapacité à gérer elle-même les affaires de la famille Strozzi
ou son manque de confiance dans un domaine généralement masculin ? D’ailleurs
les attitudes de Machiavel ou de César Borgia face à Caterina ne sont-elles pas
significatives en la matière ? Avant les négociations, Caterina représente pour
Machiavel une proie facile à déstabiliser et à manipuler. De même avant
l’attaque des forteresses César Borgia pense infliger à Caterina une défaite
immédiate, sans résistance. Aucun des deux n’envisagent de se retrouver face à
une « pétroleuse ». Cependant, ces deux femmes du Quattrocento
constituent-elles des exceptions dans une société, où d’après certains
historiens, la situation féminine se dégrade
[84]. La fonction de femme d’affaires reste-t-elle
l’apanage des femmes de la noblesse ? Les études de G. Jehel
[85] pour Gênes, de M.
Wiesner
[86] pour
l’Allemagne permettent d’affirmer que les femmes appartenant à des milieux
moins aisés de la société agissent dans le monde des affaires sous diverses
formes
[87]. Les mères,
les grands-mères et les tantes trouvent par ce biais un moyen de constituer une
dot pour leurs filles, petites-filles ou nièces.
Localisation de quelques propriétés de la famille Strozzi
Propriété de la famille Strozzi d'après les sources étudiées 1.
Immeubles dans la rue San Gallo 2.
Boutique d'Arte di lana dans le quartier de San
Martino
[1]
Histoire des femmes,
t. 2,
Le Moyen Âge, sous la dir. de M.
PERROT et G. DUBY, Paris, 1990.
[2]
Donne e lavoro nell’Italia
medievale, sous la dir. de M. MUZZARELLI, B. ANDREOLLI, P. GALETTI,
Turin, 1991 ; A. GROPPI,
Il lavoro delle
donne, Rome-Bari, 1996.
[3]
F. BERTINI, Fr. CARDINI,
La vie
quotidienne des femmes au Moyen Âge, Paris, 1991.
[4]
Les historiens admettent que les femmes de l’aristocratie
jouent un rôle important durant l’époque féodale.
[5]
Le thème du travail des femmes a été abordé dans les deux
recueils mentionné en n. 2.
[6]
M. MUZZARELLI, Des poissons difficiles à pêcher,
Clio, t. 8, 1998, p.
106.
[7]
Ce thème est précisément développé dans le livre de L.B.
ALBERTI,
I libri della famiglia, 2
vol., Bari, 1960.
[8]
ALBERTI,
op. cit., p.
91-117.
[9]
ALBERTI,
op. cit., p.
221.
[10]
ALBERTI,
op. cit., p.
106-107
[12]
ALBERTI,
op. cit., p.
38.
[13]
S. VECCHIO, La bonne épouse,
Histoire des femmes, p. 136.
[14]
ALBERTI,
op. cit., p.
32-33.
[15]
Ch. BEC, I. CLOULAS, B. JESTAZ, A. TENENTI,
L’Italie de la Renaissance : un monde en mutation
(1378-1494), Paris, 1990.
[16]
G. JEHEL, le rôle des femmes et du milieu familial à Gênes au
cours de la première moitié du XIII
e siècle,
Revue d’Histoire économique et
sociale, t. 53, 1975, p. 193-215.
[17]
G. BOCACCE,
Décaméron,
trad. J. BOURCIEZ, Paris, 1952.
[18]
G. BOCACCE,
op. cit.,
lX
e nouvelle.
[19]
J. ROSSIAUD,
La prostitution
médiévale, Paris, 1988.
[20]
G. BOCACCE,
op. cit.,
VII
e nouvelle.
[21]
JEHEL,
op. cit., p.
200.
[22]
D. HERLIHY, Chr. KLAPISCH-ZUBER,
Les Toscans et leurs familles : une étude du catasto
florentin de 1427, Paris, 1978.
[23]
ALESSANDRA MACINGHI DEGLI STROZZI,
Lettere di una gentildonna fiorentina del secolo
XV ai figliuli esuli, Florence, 1877.
[24]
NICOLAS MACHIAVEL,
Lettres
officielles et familières (celles de ses seigneurs, de ses amis et des
siens), 2 vol., Paris, 1955.
[25]
ALBERTI,
I libri della
famiglia.
[26]
Les Strozzi appartiennent à ces familles qui ont constitué leur
fortune sur l’industrie du textile notamment en produisant de la soie, au même
titre que les Pazzi, Rucellai et Médicis. Cette famille est à la tête d’une
puissante compagnie à filiales, dont les activités fort diversifiées rayonnent
sur l’ensemble de l’Occident. Qui dit compagnie, dit activités commerciales
combinées aux activités bancaires et naturellement des intérêts importants dans
l’industrie.
[27]
SAINT BERNARDIN DE SIENNE,
Le
prediche volgari, éd. C. CANNAROZZI, t. 4,
Quaresimale del 1425, vol. 2, Predica
XXVIII, p. 136.
[28]
Chr. KLAPISCH-ZUBER La mère cruelle : maternité, veuvage et dot
dans la Florence des XIV
e-XV
e
siècles,
Annales É.S.C., 1983, p.
1097-1110.
[29]
Il libro dégli affari proprii di
casa de Lapo di Giovanni Niccolini de’ Sirigatti, éd. Chr. BEC,
Paris, 1967.
[30]
I. CHABOT, La sposa in nero. La ritualizzazione del lutto delle
vedove florentine (secoli XIV-XV),
Quaderni
storici, t. 86, 1994, p. 421-462. Du MÊME AUTEUR (nous n’avons pas
pu la consulter) :
La dette des familles. Femmes,
lignages et patrimoine à Florence aux XIVe et
XVe siècles, Thèse de doctorat, Institut
universitaire européen de Florence, 1995.
[31]
KLAPISCH-ZUBER, La mère cruelle, p. 1107 n. 21.
[32]
D. HERLIHY, Mapping households in Medieval Italy,
Catholic historical Review, t. 158,
1972, p. 14.
[33]
ALESSANDRA MACINGHI DEGLI STROZZI,
Lettere, lettres 1, 2, 4, 11, 13, 14,
15, 16, 19, 21, 22, 28, 31, 44, 46, 61, 64.
[34]
Y. RENOUARD,
Les hommes
d’affaires italiens du Moyen Âge, Paris, 1949.
[36]
ALESSANDRA MACINGHI DEGLI STROZZI,
Lettere, p. II-XLIV (introduction de
l’ouvrage).
[37]
ALESSANDRA MACINGHI DEGLI STROZZI,
Lettere, lettre 31, 21 avril 1464, p.
293.
[38]
ALESSANDRA MACINGHI DEGLI STROZZI,
Lettere, lettre 31, même passage,
lettre 14, du 20 juillet 1459, p. 152, lettre 21, 28 février 1460, p.
224.
[39]
ALESSANDRA MACINGHI DEGLI STROZZI,
Lettere, p. 224.
[40]
ALESSANDRA MACINGHI DEGLI STROZZI,
Lettere, lettre 27, 17 décembre 1461,
p. 266.
[41]
ALESSANDRA MACINGHI DEGLI STROZZI,
Lettere, lettre 35, 19 juin 1464, p.
315.
[42]
ALESSANDRA MACINGHI DEGLI STROZZI,
Lettere, lettre 14, 20 juillet 1459,
p. 152.
[43]
ALESSANDRA MACINGHI DEGLI STROZZI,
Lettere, lettre 4, 26 décembre 1449,
p. 58.
[44]
ALESSANDRA MACINGHI DEGLI STROZZI,
Lettere, lettre 5, 8 février, p.
70-71.
[45]
ALESSANDRA MACINGHI DEGLI STROZZI,
Lettere, lettre 5, p.
71.
[46]
ALESSANDRA MACINGHI DEGLI STROZZI,
Lettere, p. 99.
[47]
ALESSANDRA MACINGHI DEGLI STROZZI,
Lettere, lettre 30, 9 avril 1464, p.
289.
[48]
ALESSANDRA MACINGHI DEGLI STROZZI,
Lettere, lettre 8, 11 décembre 1452,
p. 111.
[49]
ALESSANDRA MACINGHI DEGLI STROZZI,
Lettere, lettre 10.
[50]
ALESSANDRA MACINGHI DEGLI STROZZI,
Lettere, lettre 29, 7 avril 1464, p.
282.
[51]
ALESSANDRA MACINGHI DEGLI STROZZI,
Lettere, lettre 29, p.
116.
[52]
ALESSANDRA MACINGHI DEGLI STROZZI,
Lettere, lettre 28, 22 mars 1463, p.
277.
[53]
ALESSANDRA MACINGHI DEGLI STROZZI,
Lettere, lettre 16, 27 juillet, p
166.
[54]
ALESSANDRA MACINGHI DEGLI STROZZI,
Lettere, lettre 16, p.
167.
[55]
ALESSANDRA MACINGHI DEGLI STROZZI,
Lettere, lettres 19 et 20,
1459.
[56]
ALESSANDRA MACINGHI DEGLI STROZZI,
Lettere, lettre 36, 15 septembre, p.
326.
[57]
ALESSANDRA MACINGHI DEGLI STROZZI,
Lettere, lettre 10, 10 avril 1451, p.
116.
[58]
ALESSANDRA MACINGHI DEGLI STROZZI,
Lettere, lettre 16, 21 avril 1464, p.
176.
[59]
ALESSANDRA MACINGHI DEGLI STROZZI,
Lettere, lettre 29, 7 avril 1464, p.
293.
[60]
L. MARTINES, A way of looking at women in Renaissance Florence,
The Journal of medieval and renaissance
Studies, t. 4, 1964, p. 15-28.
[61]
ALESSANDRA MACINGHI DEGLI STROZZI,
Lettere, lettre 62, p.
447-451.
[62]
ALESSANDRA MACINGHI DEGLI STROZZI,
Lettere, p. 211. En 1465, Pierre de
Médicis (successeur de Côme, mort en 1464) commet une grave faute économique :
il demande aux créanciers de son père de rendre l’argent que celui-ci leur a
prêté. Cette requête entraîne la faillite des anciens clients des Médicis,
notamment des Strozzi d’où la banqueroute qui est évoquée par Alessandra dans
sa correspondance.
[63]
DONATO VELLUTI,
La cronica
domestica di messer D.V.,
scritta fra
tl 1367 e il 1370, éd. I. DEL LUNGO et G. VOLPI, Florence,
1914.
[64]
MARTINES, A way, p. 28.
[65]
M.E. WIESNER,
Working women in
Renaissance Germany, New-Brunswick, 1986.
[66]
ALESSANDRA MACINGHI DEGLI STROZZI,
Lettere, lettre 68, 7 février 1465, p.
573-574. La traduction est tirée du livre de Ch. BEC,
Les marchands écrivains. Affaires et humanisme à
Florence, 1375-1434, Paris-La Haye, 1967.
[67]
J. LE GOFF,
La bourse ou la vie :
économie et religion, Paris, 1986.
[68]
MARTINES, A way, p. 26.
[69]
MACHIAVEL,
Lettres officielles et
familières. Cette précision est évoquée dans l’introduction de
l’ouvrage, p. 8.
[70]
F. LOT,
Art militaire et années
au Moyen Âge, t. 1, Paris, 1946 ; Ph. CONTAMINE,
La guerre au Moyen Âge, Paris,
1980.
[71]
P.D. PASOLINI,
Une héroïne de la
Renaissance italienne, Paris, 1912.
[72]
Du point de vue stratégique, il place ainsi une personne de sa
famille à proximité de la Toscane.
[73]
Pour plus de détails se reporter à BEC,
et al.,
L’Italie de la Renaissance, p.
171-175.
[74]
MACHIAVEL,
op. cit.,
lettre du 17 juillet 1499, p. 21.
[75]
MACHIAVEL,
op. cit.,
lettre du 18 juillet 1499, p. 25.
[76]
E. GARIN,
L’homme de la
Renaissance, Paris, 1991.
[77]
Ils sont décrits par PASOLINI dans ses chapitres IX et X. Pour
le personnage de César Borgia on peut consulter :
Dizionario biografico degli Italiani, t. 12,
Rome, 1970.
[78]
Il s’agit de Rodrigue Borgia élu le 11 août
1492.
[79]
BEC,
et al.,
L’Italie de la Renaissance, p. 30 et
s.
[80]
PASOLINI,
Une héroïne,
chap. IX.
[81]
PASOLINI,
op. cit., p
70.
[82]
G. ROSSI, Statut juridique de la femme dans l’histoire du droit
italien,
Recueils de la Société Jean
Bodin, t. 12, 1962, p. 115-134 ; M. BELLOMO,
La condizione giuriduca della donna in Italia.
Vicende antiche e moderne, Turin, 1970. Du MÊME AUTEUR,
Ricerche sui rapporti patrimoniali tra cniugi.
Contributo alla storia della famiglia medievale, Milan,
1961.
[83]
La revue
Bien dire et bien
aprandre a consacré son n°16, 1998, à l’image de la mère dans la
littérature médiévale. Ces différentes études corroborent l’idée que je viens
d’évoquer.
[84]
Ch. FRUGONI nuance cette idée dans son ouvrage : La femme
imaginée,
Histoire des femmes, t. 2,
p. 357-439.
[85]
JEHEL,
le rôle des
femmes, p. 193-215.
[86]
WIESNER,
Working
women.
[87]
On peut également discerner leur rôle à travers quelques
monographies comme celles de Ch.M. DE LA RONCIÈRE ou d’E. DE
ROOVER.