2003
Le Moyen Age
La description de l’Égypte au XIVe siècle par les pèlerins et les
voyageurs occidentaux
Aryeh Graboïs
Université de Haïfa
Les pèlerins occidentaux qui ont visite l'Égypte au XIVe siècle
dans le cadre de leur pèlerinage en Terre sainte, ont consigne leurs
impressions de ce pays exotique, frappés par ses caractères physiques, par sa
flore et sa faune comme par ses habitants et leurs mœurs. Tout en soulignant
l'importance des traditions paléochrétiennes dans les environs du Caire, tel le
séjour de la Sainte Famille à Babylone-Fustat, concrétisé par les anciennes
églises, réputées, tout comme les sites du lieu et le miraculeux jardin de la
Meterie, ils ont décrit d'une manière assez réaliste le pays du Nil et ses
conditions. Outre certaines vues fantaisistes, telles des pyramides considérées
comme les « greniers de Joseph », leurs descriptions proposent un tableau assez
précis du pays, de sa société et du gouvernement mameluk. Mots-clés :
Égypte, Mameluks, pèlerins, Babylone-Fustat, pyramides.
Some of the Western pilgrims who visited Egypt in the 14th
century on their pilgrimage to the Holy Land wrote down their impressions from
this exotic place, struck as they were by its physical features, its flora and
fauna as well as its inhabitants and the way they lived. While underlining the
significance of paleochristian traditions around Cairo, such as the Holy
Family’s staying at Babylone-Fustat, which find concrete evidence in famous
ancient churches and in various sites among which the miraculous garden of
Meterie, they gave a fairly realistic description of the Nile country and its
circumstances. Apart from some fantastic opinions such as the view of the
pyramids as Joseph’s granaries, their descriptions provide a rather accurate
picture of the country, its society, and the Mameluk
government.Keywords :
Egypt, Mameluk, pilgrims, Babylone, Fustat, pyramids.
In memoriam David
Ayalon Les érudits de l’Europe occidentale ont acquis, au haut Moyen
Âge déjà, une certaine connaissance de l’Égypte antique, depuis les temps
pharaoniques jusqu’à la fin de l’époque byzantine (642). Ces renseignements,
bénéficiant de la transmission de témoignages classiques, dès les écrits
d’Hérodote et les textes bibliques, furent diffusés par des auteurs médiévaux,
en particulier Isidore de Séville
[1]. En revanche, depuis la conquête musulmane de 642
jusqu’à la fin du XIII
e siècle, l’Égypte fut pratiquement
une
terra incognita pour les
Européens. Ceci en dépit de certaines remarques insérées dans les relations de
voyage de quelques pèlerins en route vers la Terre sainte et surtout de
renseignements provenant de l’historiographie latine de l’époque des croisades,
dont l’intérêt principal portait sur les guerres entre les croisés et les
sultans fatimides et ayyoubides de l’Égypte
[2]. Ces renseignements furent diffusés tels quels en
Europe occidentale ; à l'exception de l’
Histoire orientale de Jacques de Vitry, nourrie
par l’expérience de la cinquième croisade, ils ne contenaient ni description du
pays, ni données sur son régime et sur sa société.
Qui plus est, les quelques voyageurs occidentaux qui ont visité
l’Égypte pendant les six siècles précédant l’établissement de l’Empire
mamelouk, n’ont pas laissé de descriptions de ce pays ; préoccupés par leur
volonté d’accomplir le pèlerinage de Jérusalem, ils ont négligé toute référence
au « monde profane »
[3].
C’est ainsi que le moine Bernard du Mont-Saint-Michel, qui visita l’Égypte en
870, alors qu’il faisait route vers Jérusalem, mentionne brièvement quelques
traditions bibliques, dont celle, selon un processus de sacralisation
historique, faisant des Pyramides « les greniers de Joseph »
[4]. Un autre voyageur, Burchard de
Strasbourg, qui visita en 1175 le jardin de La Métérie (al-Matariya), près du
Caire, prit soin de raconter que le baume produit dans ce site provenait de la
layette de l’enfant Jésus, lavée par la Vierge et séchée sur les arbustes du
jardin, rappelant ainsi le séjour de la sainte Famille en Égypte
[5].
Durant le XIII
e siècle, quand les pèlerins
européens exprimèrent leur intérêt pour l’environnement profane et «
découvrirent » l’Islam et la société musulmane, leurs sources de renseignement
provinrent de Syrie et d’Iraq. Ayant visité ces pays, ils recueillirent des
récits sur les musulmans et leurs coutumes, auxquels ils ajoutèrent des comptes
rendus tendancieux et erronés sur la religion islamique
[6]. Par ailleurs, puisqu’ils débarquèrent et
rembarquèrent, pour le voyage de retour, à Acre, principal port de la Terre
sainte, ils n’ont pas élargi leurs pérégrinations vers l’Égypte. C’est ainsi
que, si l’on excepte sa bonne connaissance des Bédouins, les vagues
renseigne~ments sur l’Empire mamelouk provenant par exemple du récit de
Joinville caractérisent parfaitement l’état de la connaissance de l’Égypte des
Européens pendant cette période.
* * *
La chute du royaume des croisés en 1291 et la ruine d’Acre
eurent des conséquences importantes sur la navigation en Méditerranée et sur
les voyages des Européens au Proche-Orient. À partir du début du
XIV
e siècle, les marchands italiens et particulièrement
les Vénitiens établirent de nouveaux comptoirs à Alexandrie, où ils obtinrent
des privilèges de la part des autorités mameloukes, à commencer par
l’installation de consuls
[7]. Cette évolution économique favorisa l’arrivée de
voyageurs occidentaux dans cet
emporium, devenu pour eux le point de départ de
leur pèlerinage en Terre sainte. C’est ainsi que leurs visites de l’Égypte
furent l’occasion de découvrir un pays exotique, qu’ils explorèrent surtout
dans la vallée du Nil entre Alexandrie et Le Caire, avant d’entamer
l’itinéraire des déserts qui les amenait au Mont Sinaï et en Palestine.
Certains de ces voyageurs inclurent la description de l’Égypte dans leurs
mémoires de voyages, la diffusant ainsi parmi la société ecclésiastique et
laïque de l’Europe occidentale et centrale.
À la différence de leurs prédécesseurs, animés par leur seule
démarche spirituelle eu égard à leurs origines, les auteurs du
XIV
e siècle étaient aussi bien des ecclésiastiques que des
laïcs, nobles ou bourgeois
[8]. Leurs relations étaient rédigées soit en latin, soit
dans des langues vernaculaires, ce qui conduisit à une diffusion plus étendue
de leurs récits en Europe : Leurs descriptions reflètent un éventail varié de
sujets, à commencer par la topographie et le paysage, à travers la flore et la
faune exotiques, mais aussi, outre leurs observations sur la vie sociale et
économique, l’ethnographie, le régime et les conditions politiques. Mais, il
faut le souligner, la démarche « pérégrinatoire » de ces auteurs les amena à
porter un intérêt particulier à l’histoire biblique et paléochrétienne de
l’Égypte, au point d’intégrer la visite de ces sites à leur itinéraire sacré en
Terre sainte.
À cet égard, le fondateur de cette « égyptologie » occidentale
du XIV
e siècle fut sans doute le franciscain irlandais
Simon Fitzsimon (
Symon Semeonis), dont
le pèlerinage se situe en 1323
[9]. La plus grande partie de sa relation de pèlerinage
est consacrée à la description de l’Égypte, fondée sur ses propres
observations. À cette fin, Simon adopta, pour son compte rendu, la forme du
mémoire de voyage ; sa description suit donc son itinéraire, à partir de son
débarquement à Alexandrie, décrit son voyage à bord d’un bateau sur le Nil
jusqu’au Caire et les préparatifs de la traversée des déserts égyptien et
sinaïtique vers Jérusalem. Cette forme littéraire a servi de modèle aux auteurs
postérieurs qui ont exploré l’Empire mamelouk au XIV
e
siècle, débarquant à Beyrouth, en venant d’Alexandrie, lors du « voyage du
printemps », ou dans l’autre sens, lors du « voyage d’automne »
[10].
1. Topographie et paysage
Les voyageurs occidentaux décrivirent l’Égypte comme un pays «
long et étroit », parfois comme une « île », située entre la Méditerranée et
les déserts libyque et arabique
[11], traduisant ainsi leur image de la vallée du Nil,
fertilisée par les inondations annuelles. Cependant, sous l’influence de leur
éducation biblique, ils ont abandonné les références au texte d’Hérodote et ont
qualifié le Nil de « fleuve du paradis », voire l’ont identifié au Gihon ou
Gyon, dont ils situaient les sources en Inde, confondue avec l’Éthiopie
[12]. Considérant la fertilité
du sol comme un miracle, « quoiqu’il n’y ait jamais de pluies », ils louèrent
la qualité des eaux du fleuve et l’abondance des poissons, s’émerveillant par
exemple des crocodiles
[13]. Les auteurs soulignèrent l’aspect exotique du
paysage, décrivant notamment la richesse des légumes et des fruits du Delta,
particulièrement la banane. De surcroît, ils firent état de la forte impression
laissée par les animaux étranges qu’ils y virent, tels les éléphants et les
girafes. Parmi ces merveilles, ils n’ont pas manqué de mentionner une maison du
Caire, où l’on produisait des poulets par l’incubation des œufs
[14].
Débarqués à Alexandrie, les voyageurs occidentaux furent
obligés d’y rester pendant un certain temps, en attendant les saufs-conduits
nécessaires pour continuer leur voyage vers Le Caire ; entre-temps, ils furent
logés dans un des
fundacchi italiens
et passèrent leur temps à visiter la ville. Quoiqu’elle fût toujours un centre
économique de première importance, Alexandrie n’était plus au
XIV
e siècle que l’ombre de la splendide cité antique
qu’elle avait été. C’est ainsi que Simon Fitzsimon la décrit comme une cité
bien fortifiée, mais, ajoute-t-il, « sa brillance n’est qu’apparente et, en
réalité, ses rues sont étroites, laides et ténébreuses, dépourvues de pavés
»
[15]. Il mentionne le
célèbre phare à l’entrée du port, qui tomba en ruine après l’épidémie de peste
bubonique de 1348, selon le témoignage du voyageur musulman Ibn Battu
¯ta
[16]. Les voyageurs
de la seconde moitié du siècle ont par ailleurs souligné le déclin d’Alexandrie
dans leurs témoignages, à l’image du Florentin Lionardo Frescobaldi en 1384,
qui distingua la ville ancienne de « la nouvelle », tout en estimant sa
population à environ 60 000 habitants
[17].
Après avoir obtenu leurs laissez-passer, les voyageurs
embarquaient sur un bateau qui, par le canal de Mahmu ¯d ¯ya, qui reliait la
cité à la branche rachidienne du Nil, remontait le fleuve vers Le Caire. Le
bateau faisait escale à Fouah (Fuwa) dans le delta, où l’on passait la nuit. On
y évoquait la ville de Damiette, fameuse depuis la croisade de saint Louis,
bien que peu de gens avaient visité la ville
[18]. Le lendemain, ils continuaient leur voyage en
direction du Caire, ce qui impliquait pratiquement qu’ils visitaient seulement
trois villes de l’Égypte, à savoir Alexandrie, Fouah et Le Caire. Nos auteurs
ont été frappés par la belle ville de Fouah, « au centre du delta » ; ils
décrivirent sa végétation luxuriante et ses « grandes maisons », ne manquant
pas de mentionner qu’elle était le centre de la production du sucre
[19]. En poursuivant leur
navigation, ils observèrent du bord de leur navire le système d’irrigation,
remarquant les grandes roues, actionnées par des bœufs, qui distribuaient l’eau
du Nil dans la vallée, le plus merveilleusement du monde
[20].
Enfin, Le Caire, la capitale de l’Empire mamelouk, fit forte
impression sur nos voyageurs, à la fois par ses dimensions topographiques et
par la grandeur et la densité de sa population ; ils avouèrent n’avoir jamais
vu chose semblable dans leur pays d’origine. Certains essayèrent de la comparer
avec la plus importante cité de l’Europe occidentale, en l’occurrence Paris.
C’est ainsi que le prêtre westphalien Ludolf de Südheim, qui visita Le Caire en
1340, estimait qu’elle « était sept fois plus grande que Paris »
[21]. D’autres remarquèrent
qu’en raison de sa largeur, « des gens louent des chevaux ou des ânes pour leur
transport »
[22].
Toutes les descriptions font état de la division de cette métropole énorme en
trois entités séparées, à savoir la ville ancienne de Fusta ¯t, qu’ils
appelaient « Babylone » (
Babiloine),
la ville nouvelle et la citadelle mamelouke et son camp militaire, situés entre
l’ancienne et la nouvelle ville. Cette division, par ailleurs, leur permettait
d’évoquer Babylone par analogie avec les différents sites commémorant le séjour
de la sainte Famille dans le pays après le massacre des saints Innocents.
D’autre part, certains auteurs affirment que la citadelle mamelouke était
située sur les fondations du palais du Pharaon, donc sur le site où Moïse avait
été nourri
[23]. Ces
réminiscences de l’Antiquité culminent avec la description des Pyramides,
qu’ils considéraient comme les « greniers de Joseph » et avec la visite du
jardin de La Métérie, devenue incontournable, compte tenu du baume miraculeux
qui y était produit.
Les auteurs occidentaux du XIV
e siècle
dressèrent un tableau de l’ethnodémographie de la société égyptienne en
combinant les résultats de leurs lectures, les récits de leurs guides et leurs
propres observations. Cette méthode de description les amena à inclure dans
leurs relations des récits à caractère légendaire, entremêlés de renseignements
reflétant la réalité. C’est ainsi que Simon Fitzsimon considérait que les
musulmans égyptiens étaient les descendants d’Ismaël, le fils d’Abraham
[24]. Fondée sur le témoignage
de l’Ancien Testament, qui faisait d’Ismaël le père des Arabes, cette théorie
ignorait le processus de conversion à l’islam de la majorité des autochtones
dès le VII
e siècle. En revanche, sa répartition de la
population égyptienne entre Sarrasins, les musulmans donc, chrétiens de
différentes obédiences et juifs, résultait de ses propres observations. Elle
fut reprise par les auteurs postérieurs, qui rajoutèrent des signes
distinctifs, tels les vêtements et leurs couleurs, pour souligner cette
division, tant dans le domaine ethno-religieux que social. À cet égard, Simon
faisait état dans sa description de l’élément musulman, de la division entre
les paysans, qu’il décrivit comme « une race dégradée, lâche, ignoble et
bestiale, incapable de se défendre »
[25], et les autres classes, tels l’aristocratie
militaire et les populations urbaines, en particulier les riches marchands et
les pauvres, départagés par la qualité de leurs vêtements.
En procédant à la description de la « religion des Sarrasins »,
Simon se fondait sur les résultats de ses études de deux textes latins, à
savoir la traduction du Coran effectuée au XII
e siècle par
Robert de Chester à la demande de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, et un
traité polémique composé par Hermann le Dalmatien en Espagne vers 1142,
intitulé
Libellus de Doctrina porci villissimi
Machometi (
Le livre de la doctrine du
plus vil cochon Mahomet), deux textes cités fréquemment dans sa
relation
[26]. Simon ne
cacha pas sa haine à l’égard des musulmans et des juifs, qualifiant les
musulmans de « porcs » et les juifs de « chiens ». Tout comme les autres
mendiants, il tenait la foi musulmane pour une superstition et pour une
religion diabolique, tandis que « la doctrine sarrasine » fut décrite comme
obscène. D’autre part, il souligna que les Sarrasins reconnaissaient
Jésus-Christ comme prophète, le jugeant plus important même que Moïse. Quant
aux pratiques rituelles des musulmans, leur description est fondée d’une part
sur la lecture des relations de pèlerins du siècle précédent, particulièrement
celle de Ricoldo da Montecroce, et, d’autre part, sur ses observations
personnelles. C’est ainsi qu’il remarquait les cris du
muezzin – il est qualifié de « prêtre
» dans son texte –, appelant les fidèles à la prière, les ablutions rituelles
avant la prière ainsi que la dévotion, tout en signalant que « beaucoup ne
prient jamais »
[27].
Sa description du jeûne de Ramadan est correcte ; il ajoute pourtant une
remarque malicieuse, voire « qu’ils se comportent de manière scandaleuse avec
les femmes, selon les préceptes de Mahomet, le plus vilain cochon et amant des
femmes »
[28], suivant
en cela le texte de Ricoldo. Qui plus est, il mentionne qu’ils respectent leurs
« églises », soit les mosquées, qui sont maintenues très propres, et remarque
que les femmes et les non-musulmans n’y sont pas admis. Enfin, tout en
soulignant que la doctrine musulmane interdit la consommation de vin, il
épingle le fait qu’ils en boivent secrètement
[29].
Simon observa attentivement les femmes musulmanes et décrivit
leur condition, en particulier le fait qu’elles étaient cloîtrées à la maison,
afin de se protéger de tout contact avec les étrangers ; il remarque cependant
que cela concernait en particulier les femmes des « nobles ». Il décrivit leurs
vêtements et la « splendeur de leurs parures », tout en insistant sur le
précepte coranique leur imposant de se couvrir le visage
[30]. Selon cette description, reflétant les
vues du mendiant, les femmes musulmanes jouaient un rôle passif dans la
société. Toutefois, le marchand florentin Lionardo Frescobaldi, attentif aux
conditions économiques, fit état en 1384 de leur rôle actif dans le commerce,
en les voyant transporter des marchandises sur les bateaux entre Le Caire et
Alexandrie, ou bien tenir des étals sur les marchés du Caire
[31]. Les descriptions des
voyageurs font état de la pratique de la polygamie, ainsi que du droit du mari
à répudier ses femmes. À cet égard, le marchand florentin Simone Sigoli, qui
décrivit une cérémonie musulmane de mariage au Caire en 1384, exposait sur la
foi du témoignage du marchand vénitien Simon de Candie, qu’il avait rencontré
dans cette ville, les procédures de la répudiation et du remariage. Il raconte
que si un mari voulait reprendre sa femme répudiée, il pouvait le faire
seulement à trois reprises ; après la troisième répudiation, il était stipulé
qu’elle devait avoir des rapports sexuels avec trois mâles aveugles, avant de
pouvoir à nouveau convoler en justes noces avec lui
[32].
Les voyageurs mentionnèrent l’existence de quatre communautés
chrétiennes en Égypte, à savoir les Francs ou catholiques, les Grecs, les «
jacobites » et « les chrétiens de la ceinture ». À ces communautés, ils
ajoutaient « les renégats », c’est-à-dire les chrétiens convertis à l’islam,
mais qui pratiquaient secrètement leur ancienne religion. Les Francs étaient
des marchands italiens ou d’autres cités maritimes, pour la plupart de passage,
ainsi que les agents consulaires de cités occidentales, établis à demeure ;
certains d’entre eux étaient mariés à des femmes égyptiennes. Ils servaient
d’intermédiaires entre les autorités locales et leur cité, étaient les préposés
du
fundacco, où marchands et voyageurs
étaient logés
[33], et
y entretenaient la chapelle, destinée à ces locataires. Pourtant, les pèlerins
occidentaux préféraient la prière dans les églises grecques-orthodoxes
d’Alexandrie et du Caire, devenues des objectifs de pèlerinage en raison de
leurs traditions paléochrétiennes. Le terme de « jacobites », qualifiés
d’hérétiques, fut un terme commun aux sectes chrétiennes orientales, incluant
en Égypte l’Église copte
[34]. Quant aux « chrétiens de la ceinture » c’est-à-dire
les Indiens, dont les ancêtres avaient été convertis par l’apôtre Thomas, ils
étaient dans l’ensemble égyptien des Éthiopiens, confondus au bas Moyen Âge
avec les Indiens du « royaume du Prêtre Jean »
[35].
La grande communauté juive est mentionnée dans les différentes
relations de voyage ; la description la plus intéressante est celle de Simon
Fitzsimon qui, malgré les termes péjoratifs à son égard, la décrivit
correctement. Il souligne que les juifs étaient divisés en trois sectes : « les
Rabanym, qui observent la loi selon
les gloses de leurs maîtres ; les
Caraym, qui observent la loi selon la lettre, et
les
Cusygym, qui ne l’observent point
»
[36]. Exceptés les
Cusygym, une probable réminiscence
scripturaire des Esséniens, qui furent confondus au XIII
e
siècle déjà avec les Assassins chiites de la Syrie par les pèlerins qui
visitèrent ce pays
[37], Simon décrivit de manière correcte les deux
éléments principaux du judaïsme égyptien, à savoir les rabbanites et
l’importante communauté karaïte, concentrée particulièrement à
Alexandrie.
Nos voyageurs ont constaté qu’au XIV
e
siècle l’Égypte était dominée par les Mamelouks ; les auteurs qui décrivent le
pays ont été profondément impressionnés par cet énorme Empire et soulignent que
le sultan régnait sur les cinq « royaumes d’Égypte, de Jérusalem, de Syrie,
d’Alep et d’Arabie
[38], qu’il gouvernait de sa citadelle ou palais du
Caire. N’étant pas accoutumés à une administration fortement centralisée et
efficace, ils adressèrent des louanges à ce régime. Ils soulignèrent le
va-et-vient des déplacements vers la citadelle du sultan et des ordonnances
envoyées de ce centre du gouvernement, ainsi que l’usage de pigeons à ces
fins
[39]; de surcroît,
ils furent fortement impressionnés par la puissante armée stationnée aux
alentours de la citadelle et décrivirent l’efficacité de l’administration
centrale et locale, ainsi que le fonctionnement de sa bureaucratie.
En 1323 déjà, Simon Fitzsimon mentionne que la citadelle du
Caire était le siège du gouvernement ; le sultan y tenait sa cour et y habitait
avec de nombreuses femmes et « mille servantes ». En outre, affirme-t-il, on y
trouvait les bureaux des dignitaires, des ateliers, ainsi que la garnison des
gardes du corps, composée par « dix mille excellents mercenaires montés », sans
compter la garnison logée dans la cité
[40]. Il raconte que pour l’alimentation de tout ce
monde, on apportait la nourriture de la ville, « puisqu’on ne faisait jamais la
cuisine dans le palais » ; des cuisiniers, dit-il, préparaient les aliments au
marché, où ils les vendaient. Il laisse une description peu flatteuse de la
coutume de la salle à manger, en racontant que le sultan, ses dignitaires et
les soldats y étaient assis par terre et mangeaient de manière « bestiale »,
prenant avec leurs doigts la nourriture des grands plateaux ; dès qu’ils
avaient satisfait leur faim, ils se retiraient, et d’autres s’approchaient,
mangeant de la même façon, jusqu’à ce que tout le personnel fût nourri
[41].
Informés par leurs guides sur la vie à la citadelle et sur le
cérémonial de la cour, les auteurs firent état du bon fonctionnement de
l’administration de la justice, soulignant son équité envers les gens de tout
rang social, ainsi que pour les étrangers
[42]. D’autre part, leur visite n’était pas terminée tant
qu’ils n’avaient pas eu l’occasion d’observer par eux-mêmes les exercices et
joutes qui avaient lieu sur une grande place (le
maïdan) située devant la citadelle et, à
l’occasion, les chasses, organisées, selon leurs témoignages, pour manifester
la grandeur du sultan, ainsi que ses libéralités envers ses hôtes et ses
richesses
[43].
La relation éclectique, intitulée
Les voyages de Sir Jehan Mandeville, contient un
tableau historique sur les sultans de l’Égypte à partir des Ayyoubides et
continue avec une liste confuse de sultans mamelouks ou « cumans », dont
l’auteur souligne qu’ils étaient des esclaves d’origine
[44]. Qui plus est, les voyageurs florentins
de 1384, Frescobaldi et Sigoli, qui dépeignirent les circonstances de
l’avènement du sultan Barqu ¯q (1382-1398), sur la foi du récit de Simon de
Candie, lequel résidait alors en Égypte, soulignent qu’il avait été grec et
chrétien et qu’il fut « vendu comme esclave dans son enfance »
[45]. Voué au service
militaire, il était devenu l’un des grands émirs du Caire, avant de faire
assassiner un rival et de déposer le sultan en place. Selon Frescobaldi, ce
coup d’état fut achevé par la nomination d’un nouveau calife (« le Pape des
Sarrasins »), qui confirma Barqu ¯q comme sultan et changea « tous les cadis
(“évêques des Sarrasins”) du royaume »
[46].
Les voyageurs ont décrit la structure du gouvernement,
soulignant en particulier le rôle des émirs (
amiral ou
admiral) dans l’administration centrale et
provinciale. Ils mentionnent les douze émirs du Caire, au sommet du
gouvernement central, qui étaient investis du commandement militaire, tandis
que dans les provinces, les émirs étaient des gouverneurs, responsables
directement devant le sultan. Les meilleurs récits concernent évidemment les
émirs d’Alexandrie ; ils ont pu remarquer leur rôle et leurs fonctions depuis
leur débarquement dans ce port. Selon eux, l’émir d’Alexandrie était chargé de
l’inspection de la marchandise, de l’identification des passagers, de leur
installation dans un
fundacco, ainsi
que de la perception des impôts et des taxes. Qui plus est, il accueillait les
voyageurs et, après la confirmation du sultan, leur remettait les permis de
voyage au Caire
[47].
Tout en indiquant que le sultan employait un vaste personnel
administratif dans la citadelle
[48], qui comptait des « milliers » d’employés, faisant
ainsi allusion à la grande bureaucratie de l’Empire, nos auteurs n’ont
pratiquement connu que le bureau du « grand interprète », où ils obtenaient les
saufs-conduits qui leur permettaient de se déplacer dans les terres de
l’Empire. Ils précisent que le personnel de ce bureau était composé surtout de
« chrétiens renégats », certains d’origine européenne. Ils profitaient de cette
intimité pour leur délivrer des messages de la part de leurs familles restées
en Italie, sans pour autant parvenir à leur faire abjurer leur foi
[49].
Le grand cimetière mamelouk du Caire, dont les dimensions
étaient énormes et qui contenait nombre de tombeaux monumentaux, frappa
l’esprit de nos auteurs qui, par ailleurs, remarquèrent qu’il servait d’abri
pour la nuit aux sans-logis. Frescobaldi estima en 1384 que le nombre de
sans-logis du Caire s’élevait à environ cent mille personnes
[50].
Les voyageurs occidentaux expriment leur étonnement à propos
des grands marchés d’Alexandrie et du Caire, avouant qu’ils n’avaient jamais vu
pareille activité dans leurs pays d’origine. Ils font état de l’ampleur des
marchés alimentaires et de la diversité des denrées, soulignant le bas prix du
pain
[51]. Un autre
domaine qui suscita leur intérêt est le commerce des textiles et des vêtements
sur les mêmes marchés. Les trois pèlerins florentins de 1384, qui naturellement
ont été plus attentifs aux réalités économiques, soulignent la multiplicité des
transactions, précisant que leur volume était beaucoup plus grand que celui des
marchés européens. Ils mettent particulièrement l’accent sur le grand marché
d’épices du Caire, où les produits de l’Extrême-Orient, transportés à bord de
navires par la mer Rouge, étaient vendus aux détaillants, ainsi qu’aux
particuliers
[52]. Les
auteurs témoignent en outre du commerce des esclaves au Caire ; ils précisent
que des non-musulmans, particulièrement des Nubiens des deux sexes y étaient
amenés et vendus à des fins domestiques
[53]. À cet égard, il est intéressant de constater que
nos auteurs n’évoquent pas la pratique de l’esclavage dans le domaine
rural.
4. L’itinéraire sacré : sites bibliques et chrétiens
Les pèlerins européens, en route vers la Terre sainte, étaient
particulièrement attentifs aux récits de l’histoire sainte relatifs à l’Égypte.
Aussi adoptèrent-ils les histoires de l’Ancien Testament, en particulier celle
racontant l’installation du patriarche Joseph en Égypte et le conseil qu’il
donna au Pharaon, à savoir ériger des greniers, à l’aube d’une disette
annoncée. La plupart, en quête de réminiscences tangibles, grâce à la
complaisance des guides, confondaient les Pyramides avec lesdits « greniers
»
[54]. Leurs récits
évoquaient en outre le pays fertile de « Goshen », attribué aux fils d’Israël
lors de leur immigration en Égypte, une terre que leurs guides localisaient
dans l’est du Delta
[55]. De surcroît, ceux-ci leur montraient dans
l’ancienne ville, sur la rive du Nil, un site qui était considéré comme le lieu
où la fille du Pharaon avait trouvé Moïse enfant
[56]. Ces traditions vétéro-testamentaires
en vinrent à sous-tendre des pèlerinages propres.
Les traditions chrétiennes étaient quant à elles beaucoup plus
diversifiées. Dès leur arrivée à Alexandrie, les pèlerins visitaient l’église
grecque de Saint-Marc, érigée sur le lieu supposé de la mort de l’Évangéliste,
préférant y faire leurs prières plutôt que dans les chapelles de leurs
fundacchi. Autre visite qui
s’imposait, le site du martyre de sainte Catherine, de l’avis de tous délaissé
(non tenu « en honneur »)
[57]. Cependant, les plus importantes traditions
chrétiennes étaient liées à Fusta ¯t, désignée sous le nom de Babylone en
souvenir d’une forteresse romaine du II
e siècle. À cet
égard, il faut remarquer que les voyageurs occidentaux du
XIV
e siècle ignoraient que Fusta ¯t était une fondation
arabe du VII
e siècle, s’imaginant qu’il s’agissait d’une
cité datant de l’Antiquité, devenue ensuite le centre de la chrétienté
égyptienne. Qui plus est, leur éducation biblique les amenait à confondre «
Babylone » avec l’ancienne capitale mésopotamienne du même nom. Ainsi même,
avant de procéder à la description des sites, ils s’engageaient dans une
discussion sur cette confusion, qui les amena à distinguer la « grande Babylone
» de Mésopotamie de la « petite Babylone » d’Égypte, situé au sud de la
métropole fatimide et mamelouke du Caire
[58].
Croyant que Babylone fut le site du séjour de la sainte Famille
en Égypte pendant les sept années des persécutions d’Hérode, ils la
considérèrent comme un lieu saint et, par conséquent, comme une destination
majeure de pèlerinage. Les descriptions des pèlerins découlent logiquement de
ces considérations ; parmi les églises, la plus vénérée était celle de
Sainte-Marie, qu’on leur disait avoir été érigée par sainte Hélène, la mère de
l’empereur Constantin, sur le site même de la demeure de la sainte
Famille
[59]. Elles
affirment que toutes ces églises, ainsi que certains monastères, qu’ils
considéraient comme appartenant à l’époque paléochrétienne, étaient desservis
par un clergé grec, copte et éthiopien relevant des patriarches grec et copte
d’Alexandrie établis à Babylone
[60].
Enfin, l’oasis du jardin de La Métérie, situé dans le désert à
proximité du Caire, au nord-est de la métropole, est devenu l’une des étapes
majeures du pèlerinage chrétien en Égypte. Connu pour avoir été une halte lors
de la fuite en Égypte de la sainte Famille, le site fut considéré comme un lieu
saint en raison de deux miracles : l’un, attribué à l’enfant Jésus, concerne
l’eau de la source qui aurait été creusée par son pied ; le second parle d’un
baume thérapeutique issu des arbustes sur lesquels la Vierge aurait mis à
sécher la layette de son fils, après l’avoir lavée. Cette légende, qui fut
incluse dans une version arabe des Évangiles, compilée probablement au
XII
e siècle
[61], fut racontée à Burchard de Strasbourg lors de sa
visite de l’Égypte en 1175, et diffusée en Europe occidentale par ses
soins
[62]. Au
XIV
e siècle, le jardin faisait partie du domaine du sultan
et la vente de ces produits était considérée comme une source importante de
revenus pour le Trésor. Simon Fitzsimon rapporte que des foules de chrétiens
locaux arrivaient pour se laver dans les eaux de la source et y achetaient des
fioles du baume ; il précise que des chrétiens étaient employés dans sa
production
[63]. Lors
de sa visite du site en 1384, le Florentin Frescobaldi raconte comment il
acquit plusieurs fioles de baume, en donnant un pourboire au gardien « sarrasin
» du jardin, afin de les offrir à ses amis au terme de son pèlerinage
[64].
* * *
Les voyageurs et les pèlerins occidentaux qui ont visité
l’Égypte au XIVe siècle, ont été fascinés par son exotisme
et l’ont décrite comme un pays merveilleux digne d’être visité. Se fondant sur
les récits de résidents italiens occasionnellement rencontrés sur leur parcours
et plus encore sur ceux de leurs guides qui, en vue de gratification, se
montraient des plus disposés à leur débiter des histoires « fabulées »,
d’intéressants essais de synthèse sont apparus au croisement des traditions
biblique et polémique, mâtinées d’observations vivantes.
Leurs relations de voyage, diffusées en Europe occidentale, ont
ainsi apporté une image exotique, où réalité et imaginaire se côtoyaient, qui
est devenue pour les Européens la source principale de leur connaissance de
l’Empire mamelouk.
[1]
ISIDORE DE SÉVILLE,
Etymologiae, éd. W.M. LINDSAY, 2 vol., Oxford,
1911,
s. v°
Aegyptum.
[2]
Voir les listes critiques de ces chroniques dressées par St.
RUNCIMAN, en appendices à
A History of the
Crusades, 3 vol., Cambridge, 1951-1955.
[3]
Cf. A. GRABOÏS, Le concept du
contemptus mundi dans les pratiques des pèlerins
occidentaux en Terre sainte à l’époque des croisades, Medievalia Christiana.
Hommage à Raymonde Foreville, Paris,
1989, p. 290-306.
[4]
BERNARD DU MONT-SAINT-MICHEL,
Bernardi monachi peregrinatio, éd. T. TOBLER,
Descriptiones Terrae sanctae, Munich,
1874, p. 98.
[5]
BU R C H A R D D E ST R A S B O U R G,
Peregrinatio, éd. S. D E SA N D O L I,
Itinera Hierosolymitana, t. 2,
Jérusalem, 1980, p. 402 (Il faut pourtant signaler que cet auteur n’était pas
un pèlerin ; son voyage au Proche-Orient comportait un caractère de mission de
la part du duc de Saxe Henri le Lion.). Cf. U. ZANETTI, Matarieh, la sainte
Famille et les Baumiers,
Analecta
Bollandiana, t. 111, 1993, p. 21-68.
[6]
Cf. A. GRABOÏS, La « découverte » du monde musulman par les
pèlerins européens au XIII
e siècle,
Al-Masaq, t. 5, 1992, p.
29-46.
[7]
Cf. A. GRABOÏS,
Le pèlerin
occidental en Terre sainte au Moyen Âge, Bruxelles, 1998, p.
130.
[8]
Parmi ces pèlerins, voyageurs et aventuriers, nous avons choisi
les dix auteurs suivants, dont les relations sont les plus caractéristiques, en
raison de leur origine, leur statut social et la nature des renseignements
apportés : Simon Fitzsimon (1323), franciscain irlandais ; Antonio de Reboldi
de Crémone (1330), franciscain italien ; Guillaume de Boldensele (1340),
chevalier allemand à la cour d’Avignon ; Ludolf de Südheim (
ca 1340), prêtre westphalien ; Niccolo da
Poggibonsi (
ca 1350), moine toscan ;
Jean de Mandeville (
ca 1360),
chevalier et aventurier imaginatif ; Lionardo Frescobaldi (1384), marchand
florentin ; Giorgio Gucci (1384), marchand florentin ; Simone Sigoli (1384),
marchand florentin ; Ogier d’Anglure (1395), seigneur français.
[9]
V. l’étude de M. ESPOSITO sur la vie et l’éducation de Simon
dans son introduction à l’édition du texte
(Itinerarium Symoni Semeonis ab Hybernia ad Terram
Sanctam, Dublin, 1960), p. 5-21.
[10]
Cf. GRABOÏS,
Le
pèlerin, p. 130-131.
[11]
SIMON FITZSIMON,
op.
cit., p. 76 ; LUDOLF DE SÜDHEIM,
De
itinere Terrae sanctae, éd. G.A. NEUMANN,
Archives de l’Orient latin, t. 2,
1884, p. 345.
[12]
SIMON FITZSIMON,
op.
cit., p. 66 ; le même renseignement se retrouve chez les autres
auteurs. En ce qui concerne la confusion entre l’Inde et l’Éthiopie, cf. C.R.
BEAZLEY,
The Dawn of Modern Geography. A History
of Exploration and Geographical Sciences, t. 3, Londres, 1906, p.
151 s. et J. RICHARD, L’Extrême-Orient légendaire au Moyen Âge : roi David et
Prêtre Jean,
Annales d’Éthiopie, t. 2,
1957, p. 226-242, ainsi que son Voyages réels et voyages imaginaires ;
instruments de la connaissance géographique du Moyen Âge,
Culture et travail intellectuel dans l’Occident
médiéval, Paris, 1981, p. 211-220.
[13]
SIMON FITZSIMON,
op.
cit., p. 66
[14]
SIMON FITZSIMON,
op.
cit., p. 82 ; GUILLAUME DE BOLDENSELE,
Itinerarium sive Hodoeporicon ad Terram sanctam,
éd. C. GROTENFELD,
Zeitschrift des historischen
Vereins für Niedersachsen, t. 3, 1852, p. 248 ; LIONARDO
FRESCOBALDI,
Viaggio, éd. et tr. T.
BELLORINI et E. HOADE,
Visit to the Holy Places
of Egypt, Sinaï and Syria in 1384, Jérusalem, 1948, p.
48-49.
[15]
SIMON FITZSIMON,
op.
cit., p. 56 et 62.
[16]
IBN BATTU¯TA,
Voyages,
éd. et tr. Ch. DEFRÉMY, t. 1, Paris, 1853, p. 27-48.
[17]
LIONARDO FRESCOBALDI,
op.
cit., p. 39.
[18]
Antonio de Reboldi qui, parti de Chypre, débarqua à Damiette en
1330, décrivit cette ville
(Itinerarium, éd. G. GOLUBOVICH,
Bibliotheca bio-bibliographica della Terra santa
e del’Oriente franciscano, t. 3, Karachi, 1917, p.
335).
[19]
SIMON FITZSIMON,
op.
cit., p. 64.
[20]
SIMON FITZSIMON,
op.
cit., p. 68 ; NICCOLO DA POGGIBONSI,
Libro d’Oltramare, éd. et tr. P.B. BAGATTI,
Jérusalem, 1945, p. 106 ; GIORGIO GUCCI,
Viaggio
in Terra santa, éd. BELLORINI et HOADE,
op. cit., p. 98.
[21]
LUDOLF DE SÜDHEIM,
op.
cit., p. 342 ; en 1384, le florentin Gucci estima la population du
Caire de manière exagérée à trois millions d’habitants,
op. cit., p. 98-99.
[22]
SIMON FITZSIMON,
op.
cit., p. 74 ; LIONARDO FRESCOBALDI,
op. cit., p. 46.
[23]
LIONARDO FRESCOBALDI,
op.
cit., p. 45 ; GIORGIO GUCCI,
op.
cit., p. 99.
[24]
SIMON FITZSIMON,
op.
cit., p. 74.
[25]
SIMON FITZSIMON,
op.
cit., p. 72.
[26]
Hermann le Dalmatien compila la
Doctrina Machometi sous la forme d’un dialogue
imaginaire entre Mahomet et un juif nommé ‘Abd Allah ben Salam. Le traité fut
imprimé par l’humaniste Billiander, à Bâle en 1453 ; une édition critique
manque encore. Cf. M.Th. D’ALVERNY, La connaissance de l’Islam en Occident du
IX
e au milieu du XIII
e siècle,
Settimane di Studio… di Spoleto, t.
12, 1965, p. 577-602.
[27]
SIMON FITZSIMON,
op.
cit., p. 50. D’autre part, certains auteurs mentionnent que les cris
appelant les fidèles aux prières étaient obscènes ; v. LUDOLF DE SÜDHEIM,
op. cit., p. 372 et SIMONE SIGOLI,
Viaggio in Terra santa, éd. BELLORINI
et HOADE,
op. cit., p. 166. Selon son
propre témoignage, la description du Paradis musulman par SIMON FITZSIMON
(
op. cit., p. 52-54) était fondée sur
la
Doctrina Machometi.
[28]
SIMON FITZSIMON,
op.
cit., p. 50.
[29]
SIMON FITZSIMON,
op.
cit., p. 50 ; LUDOLF DE SÜDHEIM,
op.
cit., p. 361.
[30]
SIMON FITZSIMON,
op.
cit., p. 62 ; LIONARDO FRESCOBALDI,
op. cit., p. 47 ; SIMONE SIGOLI,
op. cit., p. 162-163.
[31]
LIONARDO FRESCOBALDI,
op.
cit., p. 44-46.
[32]
SIMONE SIGOLI,
op.
cit., p. 164 ; v. aussi LIONARDO FRESCOBALDI,
op. cit., p. 49.
[33]
SIMON FITZSIMON,
op.
cit., p. 48 ; LIONARDO FRESCOBALDI,
op. cit., p. 38 ; SIMONE SIGOLI,
op. cit., p. 162.
[34]
SIMON FITZSIMON,
op.
cit., p. 54-56 ; LUDOLF DE SÜDHEIM,
op. cit., p. 369.
[35]
Cf. M. GOSMAN,
La lettre du
Prêtre Jean, Groningue, 1982.
[36]
SIMON FITZSIMON,
op.
cit., p. 54 ; en revanche, SIMONE SIGOLI,
op. cit., qui mentionne lui aussi la
juiverie égyptienne (p. 162), ne fait pas la distinction de ces
sectes.
[37]
Cf. GRABOÏS,
Le
pèlerin, p. 145-146.
[38]
JEAN DE MANDEVILLE,
The Book of
Wayes to Jerusalem (Travels of Sir John Mandeville), éd. M. LETTS,
Londres, 1953, p. 25, ainsi que la nouvelle édition de Chr. DELUZ, intitulée
Le livre des merveilles du monde,
Paris, 2000, dont les chapitres 6 et 7 sont consacrés à la description de
l’Égypte (p. 133-158). La personnalité de l’auteur reste toujours énigmatique.
V. aussi SIMONE SIGOLI,
op. cit., p.
176 et OGIER D’ANGLURE,
Le sainct voyaige de
Jherusalem, éd. F. BONNARDOT et A. LONGNON, Paris, 1878, p.
60-61.
[39]
SIMON FITZSIMON,
op.
cit., p. 46 et LUDOLF DE SÜDHEIM,
op.
cit., p. 342. Sur l’emploi des pigeons dans le monde musulman à
l’époque des croisades, cf. S. EDGINGTON, The Doves of War : the Part played by
Carrier Pigeons in the Crusades,
Autour de la
première croisade, éd. M. BALARD, Paris, 1996, p.
167-175.
[40]
Cf., sur ce point, J. PAVIOT, Comment reconquérir la Terre
sainte et vaincre les Sarrasins ?,
Gesta Dei per
Francos, éd. M. BALARD, B.Z. KEDAR et J. RILEY-SMITH, Aldershot,
2001, p. 79-95.
[41]
SIMON FITZSIMON,
op.
cit., p. 74-80. Les auteurs postérieurs confirment cette
description.
[42]
SIMON FITZSIMON,
op.
cit., p. 80.
[43]
SIMON FITZSIMON,
op.
cit., p. 76 ; NICCOLO DA POGGIBONSI,
op. cit., p. 104-105 ; JEAN DE MANDEVILLE,
op. cit., éd. DELUZ, p. 139 ; SIMONE
SIGOLI,
op. cit., p. 172-173 ; OGIER
D’ANGLURE,
op. cit., p.
61.
[44]
JEAN DE MANDEVILLE,
op.
cit., p. 135-138, qui emprunte ces renseignements à HAYTON,
Fleurs des histoires de la Terre
d’Orient, datant du début du XIV
e siècle. Les «
Cumans » mentionnés dans ce texte étaient les Mamelouks d’Al-Qifchak. Cf. M.M.
ZIADE, The Mamluk Sultans, 1291-1517,
A History
of the Crusades, éd. K.M. SETTON et H.S. HAZARD, t. 3, Madison,
1975, p. 486-512.
[45]
LIONARDO FRESCOBALDI,
op.
cit., p. 45-46 ; SIMONE SIGOLI,
op.
cit., p. 172 ; Gucci, qui raconte la même histoire, précise en
affirmant que Barqu ¯q était « un chrétien grec de Carcascia », voire un
mamelouk circassien. Cf. D. AYALON, The Circassians in the Mamluk Kingdom,
Journal of asiatic and oriental
Society, 1949, p. 135-147 et ID.,
Phénomène mamelouk dans l’orient islamique,
Paris, 1996, ainsi que ZIADE,
op.
cit.
[46]
LIONARDO FRESCOBALDI,
op.
cit., p. 46. Sur le caliphat du Caire, cf. D. AYALON, Studies on the
Transfer of the ‘Abbasid Caliphate from Bagdad to Cairo,
Arabica, t. 7, 1960, p.
48-59.
[47]
SIMON FITZSIMON,
op.
cit., p. 46-47 et 78 ; LIONARDO FRESCOBALDI,
op. cit., p. 38 et 45 ; GIORGIO GUCCI,
op. cit., p. 95 ; SIMONE SIGOLI,
op. cit., p. 161 ; OGIER D’ANGLURE,
op. cit., p. 78.
[48]
Selon GUILLAUME DE BOLDENSELE, il y aurait six mille clercs
dans la citadelle (
op. cit., p.
245).
[49]
LIONARDO FRESCOBALDI,
op.
cit., p. 45.
[50]
SIMON FITZSIMON,
op.
cit., p. 96 ; NICCOLO DA POGGIBONSI,
op. cit., p. 105 ; LIONARDO FRESCOBALDI,
op. cit., p. 49 et 53 ; GIORGIO GUCCI,
op. cit., p. 100 et 106 ; OGIER
D’ANGLURE,
op. cit., p.
61.
[51]
SIMON FITZSIMON,
op.
cit., p. 56, 64 et 74 ; SIMONE SIGOLI,
op. cit., p. 161-162.
[52]
LIONARDO FRESCOBALDI,
op.
cit., p. 46-49 et SIMONE SIGOLI,
op.
cit., p. 172.
[53]
SIMON FITZSIMON affirme que les esclaves employés dans les
demeures de leurs propriétaires voyaient leur condition améliorée par rapport à
leur vie antérieure (
op. cit., p.
90-92). V. aussi les remarques de GUILLAUME DE BOLDENSELE sur le commerce
d’esclaves au Caire (
op. cit., p.
250).
[54]
Cette confusion entre les Pyramides et les « greniers »
apparaît déjà bien avant le XIV
e siècle, au point qu’elle
eut sa propre histoire. Il semble que ses origines aient été liées aux légendes
développées dans les communautés chrétiennes de Fustat avant le
IX
e siècle. En tout cas, le moine Bernard du
Mont-Saint-Michel l’a entendue lors de son passage en Égypte en 870 et en fit
mention (v. n. 4). Les voyageurs occidentaux du XIV
e
siècle ont considéré cette identification comme authentique ; v. SIMON
FITZSIMON,
op. cit., p. 84 ; LUDOLF DE
SÜDHEIM,
op. cit., p. 343 ; NICCOLO DA
POGGIBONSI,
op. cit., p. 113-114 ;
JEAN DE MANDEVILLE,
op. cit., p.
155-156 ; LIONARDO FRESCOBALDI,
op.
cit., p. 46 ; GIORGIO GUCCI,
op.
cit., p. 104-105 ; SIMONE SIGOLI,
op.
cit., p. 168-169 ; OGIER D’ANGLURE,
op. cit., p. 65. Seul GUILLAUME DE BOLDENSELE
fait exception face à cette crédulité unanime ; ayant visité les Pyramides, il
constata qu’elles ne pouvaient servir de greniers, ce qui l’amena à s’opposer à
la confusion (
op. cit., p.
250-251).
[55]
GUILLAUME DE BOLDENSELE,
op.
cit., p. 247 et LUDOLF DE SÜDHEIM,
op.
cit., p. 343.
[56]
SIMON FITZSIMON,
op.
cit., p. 84 et LIONARDO FRESCOBALDI,
op. cit., p. 52.
[57]
SIMON FITZSIMON,
op.
cit., p. 46.
[58]
SIMON FITZSIMON,
op.
cit., p. 84 ; ANTONIO DE REBOLDI,
op.
cit., p. 335 ; LUDOLF DE SÜDHEIM,
op.
cit., p. 343 ; GUILLAUME DE BOLDENSELE,
op. cit., p. 247 ; NICCOLO DA
POGGIBONSI,
op. cit., p. 101-102 ;
JEAN DE MANDEVILLE,
op. cit., p.
133-158 ; GIORGIO GUCCI,
op. cit., p.
99 ; OGIER D’ANGLURE,
op. cit., p.
64.
[59]
SIMON FITZSIMON,
op.
cit., p. 86. Frescobaldi affirme, sur la foi de son guide, que
l’église fût bâtie par sainte Hélène, la mère de l’empereur Constantin (p.
51).
[60]
SIMON FITZSIMON,
op.
cit., p. 88.
[61]
Cf. M.R. JAMES,
The Apocryphal
New Testament, Oxford, 1924, p. 81.
[63]
SIMON FITZSIMON,
op.
cit., p. 80-82 ; ANTONIO DE REBOLDI,
op. cit., p. 336 ; GUILLAUME DE BOLDENSELE,
op. cit., p. 250 ; LUDOLF DE SÜDHEIM,
op. cit., p. 343-344 ; NICCOLO DA
POGGIBONSI,
op. cit., p. 108 ;
LIONARDO FRESCOBALDI,
op. cit., p.
53-55 ; GIORGIO GUCCI,
op. cit., p.
106-108. Selon JEAN DE MANDEVILLE, seuls les chrétiens pouvaient produire ce
baume miraculeux (
op. cit., p.
153-155). OGIER D’ANGLURE témoigne de l’existence d’un hospice aux portes du
jardin en 1395 (
op. cit., p.
56-58).
[64]
LIONARDO FRESCOBALDI,
op.
cit., p. 55.