Le Moyen Age
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-4207-8
272 pages

p. 529 à 543
doi: en cours

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Tome CIX 2003/3-4

2003 Le Moyen Age

La description de l’Égypte au XIVe siècle par les pèlerins et les voyageurs occidentaux

Aryeh Graboïs Université de Haïfa
Les pèlerins occidentaux qui ont visite l'Égypte au XIVe siècle dans le cadre de leur pèlerinage en Terre sainte, ont consigne leurs impressions de ce pays exotique, frappés par ses caractères physiques, par sa flore et sa faune comme par ses habitants et leurs mœurs. Tout en soulignant l'importance des traditions paléochrétiennes dans les environs du Caire, tel le séjour de la Sainte Famille à Babylone-Fustat, concrétisé par les anciennes églises, réputées, tout comme les sites du lieu et le miraculeux jardin de la Meterie, ils ont décrit d'une manière assez réaliste le pays du Nil et ses conditions. Outre certaines vues fantaisistes, telles des pyramides considérées comme les « greniers de Joseph », leurs descriptions proposent un tableau assez précis du pays, de sa société et du gouvernement mameluk. Mots-clés : Égypte, Mameluks, pèlerins, Babylone-Fustat, pyramides. Some of the Western pilgrims who visited Egypt in the 14th century on their pilgrimage to the Holy Land wrote down their impressions from this exotic place, struck as they were by its physical features, its flora and fauna as well as its inhabitants and the way they lived. While underlining the significance of paleochristian traditions around Cairo, such as the Holy Family’s staying at Babylone-Fustat, which find concrete evidence in famous ancient churches and in various sites among which the miraculous garden of Meterie, they gave a fairly realistic description of the Nile country and its circumstances. Apart from some fantastic opinions such as the view of the pyramids as Joseph’s granaries, their descriptions provide a rather accurate picture of the country, its society, and the Mameluk government.Keywords : Egypt, Mameluk, pilgrims, Babylone, Fustat, pyramids.
In memoriam David Ayalon Les érudits de l’Europe occidentale ont acquis, au haut Moyen Âge déjà, une certaine connaissance de l’Égypte antique, depuis les temps pharaoniques jusqu’à la fin de l’époque byzantine (642). Ces renseignements, bénéficiant de la transmission de témoignages classiques, dès les écrits d’Hérodote et les textes bibliques, furent diffusés par des auteurs médiévaux, en particulier Isidore de Séville [1]. En revanche, depuis la conquête musulmane de 642 jusqu’à la fin du XIIIe siècle, l’Égypte fut pratiquement une terra incognita pour les Européens. Ceci en dépit de certaines remarques insérées dans les relations de voyage de quelques pèlerins en route vers la Terre sainte et surtout de renseignements provenant de l’historiographie latine de l’époque des croisades, dont l’intérêt principal portait sur les guerres entre les croisés et les sultans fatimides et ayyoubides de l’Égypte [2]. Ces renseignements furent diffusés tels quels en Europe occidentale ; à l'exception de l’Histoire orientale de Jacques de Vitry, nourrie par l’expérience de la cinquième croisade, ils ne contenaient ni description du pays, ni données sur son régime et sur sa société.
Qui plus est, les quelques voyageurs occidentaux qui ont visité l’Égypte pendant les six siècles précédant l’établissement de l’Empire mamelouk, n’ont pas laissé de descriptions de ce pays ; préoccupés par leur volonté d’accomplir le pèlerinage de Jérusalem, ils ont négligé toute référence au « monde profane » [3]. C’est ainsi que le moine Bernard du Mont-Saint-Michel, qui visita l’Égypte en 870, alors qu’il faisait route vers Jérusalem, mentionne brièvement quelques traditions bibliques, dont celle, selon un processus de sacralisation historique, faisant des Pyramides « les greniers de Joseph » [4]. Un autre voyageur, Burchard de Strasbourg, qui visita en 1175 le jardin de La Métérie (al-Matariya), près du Caire, prit soin de raconter que le baume produit dans ce site provenait de la layette de l’enfant Jésus, lavée par la Vierge et séchée sur les arbustes du jardin, rappelant ainsi le séjour de la sainte Famille en Égypte [5].
Durant le XIIIe siècle, quand les pèlerins européens exprimèrent leur intérêt pour l’environnement profane et « découvrirent » l’Islam et la société musulmane, leurs sources de renseignement provinrent de Syrie et d’Iraq. Ayant visité ces pays, ils recueillirent des récits sur les musulmans et leurs coutumes, auxquels ils ajoutèrent des comptes rendus tendancieux et erronés sur la religion islamique [6]. Par ailleurs, puisqu’ils débarquèrent et rembarquèrent, pour le voyage de retour, à Acre, principal port de la Terre sainte, ils n’ont pas élargi leurs pérégrinations vers l’Égypte. C’est ainsi que, si l’on excepte sa bonne connaissance des Bédouins, les vagues renseigne~ments sur l’Empire mamelouk provenant par exemple du récit de Joinville caractérisent parfaitement l’état de la connaissance de l’Égypte des Européens pendant cette période.
* * *
La chute du royaume des croisés en 1291 et la ruine d’Acre eurent des conséquences importantes sur la navigation en Méditerranée et sur les voyages des Européens au Proche-Orient. À partir du début du XIVe siècle, les marchands italiens et particulièrement les Vénitiens établirent de nouveaux comptoirs à Alexandrie, où ils obtinrent des privilèges de la part des autorités mameloukes, à commencer par l’installation de consuls [7]. Cette évolution économique favorisa l’arrivée de voyageurs occidentaux dans cet emporium, devenu pour eux le point de départ de leur pèlerinage en Terre sainte. C’est ainsi que leurs visites de l’Égypte furent l’occasion de découvrir un pays exotique, qu’ils explorèrent surtout dans la vallée du Nil entre Alexandrie et Le Caire, avant d’entamer l’itinéraire des déserts qui les amenait au Mont Sinaï et en Palestine. Certains de ces voyageurs inclurent la description de l’Égypte dans leurs mémoires de voyages, la diffusant ainsi parmi la société ecclésiastique et laïque de l’Europe occidentale et centrale.
À la différence de leurs prédécesseurs, animés par leur seule démarche spirituelle eu égard à leurs origines, les auteurs du XIVe siècle étaient aussi bien des ecclésiastiques que des laïcs, nobles ou bourgeois [8]. Leurs relations étaient rédigées soit en latin, soit dans des langues vernaculaires, ce qui conduisit à une diffusion plus étendue de leurs récits en Europe : Leurs descriptions reflètent un éventail varié de sujets, à commencer par la topographie et le paysage, à travers la flore et la faune exotiques, mais aussi, outre leurs observations sur la vie sociale et économique, l’ethnographie, le régime et les conditions politiques. Mais, il faut le souligner, la démarche « pérégrinatoire » de ces auteurs les amena à porter un intérêt particulier à l’histoire biblique et paléochrétienne de l’Égypte, au point d’intégrer la visite de ces sites à leur itinéraire sacré en Terre sainte.
À cet égard, le fondateur de cette « égyptologie » occidentale du XIVe siècle fut sans doute le franciscain irlandais Simon Fitzsimon (Symon Semeonis), dont le pèlerinage se situe en 1323 [9]. La plus grande partie de sa relation de pèlerinage est consacrée à la description de l’Égypte, fondée sur ses propres observations. À cette fin, Simon adopta, pour son compte rendu, la forme du mémoire de voyage ; sa description suit donc son itinéraire, à partir de son débarquement à Alexandrie, décrit son voyage à bord d’un bateau sur le Nil jusqu’au Caire et les préparatifs de la traversée des déserts égyptien et sinaïtique vers Jérusalem. Cette forme littéraire a servi de modèle aux auteurs postérieurs qui ont exploré l’Empire mamelouk au XIVe siècle, débarquant à Beyrouth, en venant d’Alexandrie, lors du « voyage du printemps », ou dans l’autre sens, lors du « voyage d’automne » [10].
 
1. Topographie et paysage
 
 
Les voyageurs occidentaux décrivirent l’Égypte comme un pays « long et étroit », parfois comme une « île », située entre la Méditerranée et les déserts libyque et arabique [11], traduisant ainsi leur image de la vallée du Nil, fertilisée par les inondations annuelles. Cependant, sous l’influence de leur éducation biblique, ils ont abandonné les références au texte d’Hérodote et ont qualifié le Nil de « fleuve du paradis », voire l’ont identifié au Gihon ou Gyon, dont ils situaient les sources en Inde, confondue avec l’Éthiopie [12]. Considérant la fertilité du sol comme un miracle, « quoiqu’il n’y ait jamais de pluies », ils louèrent la qualité des eaux du fleuve et l’abondance des poissons, s’émerveillant par exemple des crocodiles [13]. Les auteurs soulignèrent l’aspect exotique du paysage, décrivant notamment la richesse des légumes et des fruits du Delta, particulièrement la banane. De surcroît, ils firent état de la forte impression laissée par les animaux étranges qu’ils y virent, tels les éléphants et les girafes. Parmi ces merveilles, ils n’ont pas manqué de mentionner une maison du Caire, où l’on produisait des poulets par l’incubation des œufs [14].
Débarqués à Alexandrie, les voyageurs occidentaux furent obligés d’y rester pendant un certain temps, en attendant les saufs-conduits nécessaires pour continuer leur voyage vers Le Caire ; entre-temps, ils furent logés dans un des fundacchi italiens et passèrent leur temps à visiter la ville. Quoiqu’elle fût toujours un centre économique de première importance, Alexandrie n’était plus au XIVe siècle que l’ombre de la splendide cité antique qu’elle avait été. C’est ainsi que Simon Fitzsimon la décrit comme une cité bien fortifiée, mais, ajoute-t-il, « sa brillance n’est qu’apparente et, en réalité, ses rues sont étroites, laides et ténébreuses, dépourvues de pavés » [15]. Il mentionne le célèbre phare à l’entrée du port, qui tomba en ruine après l’épidémie de peste bubonique de 1348, selon le témoignage du voyageur musulman Ibn Battu ¯ta [16]. Les voyageurs de la seconde moitié du siècle ont par ailleurs souligné le déclin d’Alexandrie dans leurs témoignages, à l’image du Florentin Lionardo Frescobaldi en 1384, qui distingua la ville ancienne de « la nouvelle », tout en estimant sa population à environ 60 000 habitants [17].
Après avoir obtenu leurs laissez-passer, les voyageurs embarquaient sur un bateau qui, par le canal de Mahmu ¯d ¯ya, qui reliait la cité à la branche rachidienne du Nil, remontait le fleuve vers Le Caire. Le bateau faisait escale à Fouah (Fuwa) dans le delta, où l’on passait la nuit. On y évoquait la ville de Damiette, fameuse depuis la croisade de saint Louis, bien que peu de gens avaient visité la ville [18]. Le lendemain, ils continuaient leur voyage en direction du Caire, ce qui impliquait pratiquement qu’ils visitaient seulement trois villes de l’Égypte, à savoir Alexandrie, Fouah et Le Caire. Nos auteurs ont été frappés par la belle ville de Fouah, « au centre du delta » ; ils décrivirent sa végétation luxuriante et ses « grandes maisons », ne manquant pas de mentionner qu’elle était le centre de la production du sucre [19]. En poursuivant leur navigation, ils observèrent du bord de leur navire le système d’irrigation, remarquant les grandes roues, actionnées par des bœufs, qui distribuaient l’eau du Nil dans la vallée, le plus merveilleusement du monde [20].
Enfin, Le Caire, la capitale de l’Empire mamelouk, fit forte impression sur nos voyageurs, à la fois par ses dimensions topographiques et par la grandeur et la densité de sa population ; ils avouèrent n’avoir jamais vu chose semblable dans leur pays d’origine. Certains essayèrent de la comparer avec la plus importante cité de l’Europe occidentale, en l’occurrence Paris. C’est ainsi que le prêtre westphalien Ludolf de Südheim, qui visita Le Caire en 1340, estimait qu’elle « était sept fois plus grande que Paris » [21]. D’autres remarquèrent qu’en raison de sa largeur, « des gens louent des chevaux ou des ânes pour leur transport » [22]. Toutes les descriptions font état de la division de cette métropole énorme en trois entités séparées, à savoir la ville ancienne de Fusta ¯t, qu’ils appelaient « Babylone » (Babiloine), la ville nouvelle et la citadelle mamelouke et son camp militaire, situés entre l’ancienne et la nouvelle ville. Cette division, par ailleurs, leur permettait d’évoquer Babylone par analogie avec les différents sites commémorant le séjour de la sainte Famille dans le pays après le massacre des saints Innocents. D’autre part, certains auteurs affirment que la citadelle mamelouke était située sur les fondations du palais du Pharaon, donc sur le site où Moïse avait été nourri [23]. Ces réminiscences de l’Antiquité culminent avec la description des Pyramides, qu’ils considéraient comme les « greniers de Joseph » et avec la visite du jardin de La Métérie, devenue incontournable, compte tenu du baume miraculeux qui y était produit.
 
2. Ethnographie
 
 
Les auteurs occidentaux du XIVe siècle dressèrent un tableau de l’ethnodémographie de la société égyptienne en combinant les résultats de leurs lectures, les récits de leurs guides et leurs propres observations. Cette méthode de description les amena à inclure dans leurs relations des récits à caractère légendaire, entremêlés de renseignements reflétant la réalité. C’est ainsi que Simon Fitzsimon considérait que les musulmans égyptiens étaient les descendants d’Ismaël, le fils d’Abraham [24]. Fondée sur le témoignage de l’Ancien Testament, qui faisait d’Ismaël le père des Arabes, cette théorie ignorait le processus de conversion à l’islam de la majorité des autochtones dès le VIIe siècle. En revanche, sa répartition de la population égyptienne entre Sarrasins, les musulmans donc, chrétiens de différentes obédiences et juifs, résultait de ses propres observations. Elle fut reprise par les auteurs postérieurs, qui rajoutèrent des signes distinctifs, tels les vêtements et leurs couleurs, pour souligner cette division, tant dans le domaine ethno-religieux que social. À cet égard, Simon faisait état dans sa description de l’élément musulman, de la division entre les paysans, qu’il décrivit comme « une race dégradée, lâche, ignoble et bestiale, incapable de se défendre » [25], et les autres classes, tels l’aristocratie militaire et les populations urbaines, en particulier les riches marchands et les pauvres, départagés par la qualité de leurs vêtements.
En procédant à la description de la « religion des Sarrasins », Simon se fondait sur les résultats de ses études de deux textes latins, à savoir la traduction du Coran effectuée au XIIe siècle par Robert de Chester à la demande de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, et un traité polémique composé par Hermann le Dalmatien en Espagne vers 1142, intitulé Libellus de Doctrina porci villissimi Machometi (Le livre de la doctrine du plus vil cochon Mahomet), deux textes cités fréquemment dans sa relation [26]. Simon ne cacha pas sa haine à l’égard des musulmans et des juifs, qualifiant les musulmans de « porcs » et les juifs de « chiens ». Tout comme les autres mendiants, il tenait la foi musulmane pour une superstition et pour une religion diabolique, tandis que « la doctrine sarrasine » fut décrite comme obscène. D’autre part, il souligna que les Sarrasins reconnaissaient Jésus-Christ comme prophète, le jugeant plus important même que Moïse. Quant aux pratiques rituelles des musulmans, leur description est fondée d’une part sur la lecture des relations de pèlerins du siècle précédent, particulièrement celle de Ricoldo da Montecroce, et, d’autre part, sur ses observations personnelles. C’est ainsi qu’il remarquait les cris du muezzin – il est qualifié de « prêtre » dans son texte –, appelant les fidèles à la prière, les ablutions rituelles avant la prière ainsi que la dévotion, tout en signalant que « beaucoup ne prient jamais » [27]. Sa description du jeûne de Ramadan est correcte ; il ajoute pourtant une remarque malicieuse, voire « qu’ils se comportent de manière scandaleuse avec les femmes, selon les préceptes de Mahomet, le plus vilain cochon et amant des femmes » [28], suivant en cela le texte de Ricoldo. Qui plus est, il mentionne qu’ils respectent leurs « églises », soit les mosquées, qui sont maintenues très propres, et remarque que les femmes et les non-musulmans n’y sont pas admis. Enfin, tout en soulignant que la doctrine musulmane interdit la consommation de vin, il épingle le fait qu’ils en boivent secrètement [29].
Simon observa attentivement les femmes musulmanes et décrivit leur condition, en particulier le fait qu’elles étaient cloîtrées à la maison, afin de se protéger de tout contact avec les étrangers ; il remarque cependant que cela concernait en particulier les femmes des « nobles ». Il décrivit leurs vêtements et la « splendeur de leurs parures », tout en insistant sur le précepte coranique leur imposant de se couvrir le visage [30]. Selon cette description, reflétant les vues du mendiant, les femmes musulmanes jouaient un rôle passif dans la société. Toutefois, le marchand florentin Lionardo Frescobaldi, attentif aux conditions économiques, fit état en 1384 de leur rôle actif dans le commerce, en les voyant transporter des marchandises sur les bateaux entre Le Caire et Alexandrie, ou bien tenir des étals sur les marchés du Caire [31]. Les descriptions des voyageurs font état de la pratique de la polygamie, ainsi que du droit du mari à répudier ses femmes. À cet égard, le marchand florentin Simone Sigoli, qui décrivit une cérémonie musulmane de mariage au Caire en 1384, exposait sur la foi du témoignage du marchand vénitien Simon de Candie, qu’il avait rencontré dans cette ville, les procédures de la répudiation et du remariage. Il raconte que si un mari voulait reprendre sa femme répudiée, il pouvait le faire seulement à trois reprises ; après la troisième répudiation, il était stipulé qu’elle devait avoir des rapports sexuels avec trois mâles aveugles, avant de pouvoir à nouveau convoler en justes noces avec lui [32].
Les voyageurs mentionnèrent l’existence de quatre communautés chrétiennes en Égypte, à savoir les Francs ou catholiques, les Grecs, les « jacobites » et « les chrétiens de la ceinture ». À ces communautés, ils ajoutaient « les renégats », c’est-à-dire les chrétiens convertis à l’islam, mais qui pratiquaient secrètement leur ancienne religion. Les Francs étaient des marchands italiens ou d’autres cités maritimes, pour la plupart de passage, ainsi que les agents consulaires de cités occidentales, établis à demeure ; certains d’entre eux étaient mariés à des femmes égyptiennes. Ils servaient d’intermédiaires entre les autorités locales et leur cité, étaient les préposés du fundacco, où marchands et voyageurs étaient logés [33], et y entretenaient la chapelle, destinée à ces locataires. Pourtant, les pèlerins occidentaux préféraient la prière dans les églises grecques-orthodoxes d’Alexandrie et du Caire, devenues des objectifs de pèlerinage en raison de leurs traditions paléochrétiennes. Le terme de « jacobites », qualifiés d’hérétiques, fut un terme commun aux sectes chrétiennes orientales, incluant en Égypte l’Église copte [34]. Quant aux « chrétiens de la ceinture » c’est-à-dire les Indiens, dont les ancêtres avaient été convertis par l’apôtre Thomas, ils étaient dans l’ensemble égyptien des Éthiopiens, confondus au bas Moyen Âge avec les Indiens du « royaume du Prêtre Jean » [35].
La grande communauté juive est mentionnée dans les différentes relations de voyage ; la description la plus intéressante est celle de Simon Fitzsimon qui, malgré les termes péjoratifs à son égard, la décrivit correctement. Il souligne que les juifs étaient divisés en trois sectes : « les Rabanym, qui observent la loi selon les gloses de leurs maîtres ; les Caraym, qui observent la loi selon la lettre, et les Cusygym, qui ne l’observent point » [36]. Exceptés les Cusygym, une probable réminiscence scripturaire des Esséniens, qui furent confondus au XIIIe siècle déjà avec les Assassins chiites de la Syrie par les pèlerins qui visitèrent ce pays [37], Simon décrivit de manière correcte les deux éléments principaux du judaïsme égyptien, à savoir les rabbanites et l’importante communauté karaïte, concentrée particulièrement à Alexandrie.
 
3. Le régime politique
 
 
Nos voyageurs ont constaté qu’au XIVe siècle l’Égypte était dominée par les Mamelouks ; les auteurs qui décrivent le pays ont été profondément impressionnés par cet énorme Empire et soulignent que le sultan régnait sur les cinq « royaumes d’Égypte, de Jérusalem, de Syrie, d’Alep et d’Arabie [38], qu’il gouvernait de sa citadelle ou palais du Caire. N’étant pas accoutumés à une administration fortement centralisée et efficace, ils adressèrent des louanges à ce régime. Ils soulignèrent le va-et-vient des déplacements vers la citadelle du sultan et des ordonnances envoyées de ce centre du gouvernement, ainsi que l’usage de pigeons à ces fins [39]; de surcroît, ils furent fortement impressionnés par la puissante armée stationnée aux alentours de la citadelle et décrivirent l’efficacité de l’administration centrale et locale, ainsi que le fonctionnement de sa bureaucratie.
En 1323 déjà, Simon Fitzsimon mentionne que la citadelle du Caire était le siège du gouvernement ; le sultan y tenait sa cour et y habitait avec de nombreuses femmes et « mille servantes ». En outre, affirme-t-il, on y trouvait les bureaux des dignitaires, des ateliers, ainsi que la garnison des gardes du corps, composée par « dix mille excellents mercenaires montés », sans compter la garnison logée dans la cité [40]. Il raconte que pour l’alimentation de tout ce monde, on apportait la nourriture de la ville, « puisqu’on ne faisait jamais la cuisine dans le palais » ; des cuisiniers, dit-il, préparaient les aliments au marché, où ils les vendaient. Il laisse une description peu flatteuse de la coutume de la salle à manger, en racontant que le sultan, ses dignitaires et les soldats y étaient assis par terre et mangeaient de manière « bestiale », prenant avec leurs doigts la nourriture des grands plateaux ; dès qu’ils avaient satisfait leur faim, ils se retiraient, et d’autres s’approchaient, mangeant de la même façon, jusqu’à ce que tout le personnel fût nourri [41].
Informés par leurs guides sur la vie à la citadelle et sur le cérémonial de la cour, les auteurs firent état du bon fonctionnement de l’administration de la justice, soulignant son équité envers les gens de tout rang social, ainsi que pour les étrangers [42]. D’autre part, leur visite n’était pas terminée tant qu’ils n’avaient pas eu l’occasion d’observer par eux-mêmes les exercices et joutes qui avaient lieu sur une grande place (le maïdan) située devant la citadelle et, à l’occasion, les chasses, organisées, selon leurs témoignages, pour manifester la grandeur du sultan, ainsi que ses libéralités envers ses hôtes et ses richesses [43].
La relation éclectique, intitulée Les voyages de Sir Jehan Mandeville, contient un tableau historique sur les sultans de l’Égypte à partir des Ayyoubides et continue avec une liste confuse de sultans mamelouks ou « cumans », dont l’auteur souligne qu’ils étaient des esclaves d’origine [44]. Qui plus est, les voyageurs florentins de 1384, Frescobaldi et Sigoli, qui dépeignirent les circonstances de l’avènement du sultan Barqu ¯q (1382-1398), sur la foi du récit de Simon de Candie, lequel résidait alors en Égypte, soulignent qu’il avait été grec et chrétien et qu’il fut « vendu comme esclave dans son enfance » [45]. Voué au service militaire, il était devenu l’un des grands émirs du Caire, avant de faire assassiner un rival et de déposer le sultan en place. Selon Frescobaldi, ce coup d’état fut achevé par la nomination d’un nouveau calife (« le Pape des Sarrasins »), qui confirma Barqu ¯q comme sultan et changea « tous les cadis (“évêques des Sarrasins”) du royaume » [46].
Les voyageurs ont décrit la structure du gouvernement, soulignant en particulier le rôle des émirs (amiral ou admiral) dans l’administration centrale et provinciale. Ils mentionnent les douze émirs du Caire, au sommet du gouvernement central, qui étaient investis du commandement militaire, tandis que dans les provinces, les émirs étaient des gouverneurs, responsables directement devant le sultan. Les meilleurs récits concernent évidemment les émirs d’Alexandrie ; ils ont pu remarquer leur rôle et leurs fonctions depuis leur débarquement dans ce port. Selon eux, l’émir d’Alexandrie était chargé de l’inspection de la marchandise, de l’identification des passagers, de leur installation dans un fundacco, ainsi que de la perception des impôts et des taxes. Qui plus est, il accueillait les voyageurs et, après la confirmation du sultan, leur remettait les permis de voyage au Caire [47].
Tout en indiquant que le sultan employait un vaste personnel administratif dans la citadelle [48], qui comptait des « milliers » d’employés, faisant ainsi allusion à la grande bureaucratie de l’Empire, nos auteurs n’ont pratiquement connu que le bureau du « grand interprète », où ils obtenaient les saufs-conduits qui leur permettaient de se déplacer dans les terres de l’Empire. Ils précisent que le personnel de ce bureau était composé surtout de « chrétiens renégats », certains d’origine européenne. Ils profitaient de cette intimité pour leur délivrer des messages de la part de leurs familles restées en Italie, sans pour autant parvenir à leur faire abjurer leur foi [49].
Le grand cimetière mamelouk du Caire, dont les dimensions étaient énormes et qui contenait nombre de tombeaux monumentaux, frappa l’esprit de nos auteurs qui, par ailleurs, remarquèrent qu’il servait d’abri pour la nuit aux sans-logis. Frescobaldi estima en 1384 que le nombre de sans-logis du Caire s’élevait à environ cent mille personnes [50].
Les voyageurs occidentaux expriment leur étonnement à propos des grands marchés d’Alexandrie et du Caire, avouant qu’ils n’avaient jamais vu pareille activité dans leurs pays d’origine. Ils font état de l’ampleur des marchés alimentaires et de la diversité des denrées, soulignant le bas prix du pain [51]. Un autre domaine qui suscita leur intérêt est le commerce des textiles et des vêtements sur les mêmes marchés. Les trois pèlerins florentins de 1384, qui naturellement ont été plus attentifs aux réalités économiques, soulignent la multiplicité des transactions, précisant que leur volume était beaucoup plus grand que celui des marchés européens. Ils mettent particulièrement l’accent sur le grand marché d’épices du Caire, où les produits de l’Extrême-Orient, transportés à bord de navires par la mer Rouge, étaient vendus aux détaillants, ainsi qu’aux particuliers [52]. Les auteurs témoignent en outre du commerce des esclaves au Caire ; ils précisent que des non-musulmans, particulièrement des Nubiens des deux sexes y étaient amenés et vendus à des fins domestiques [53]. À cet égard, il est intéressant de constater que nos auteurs n’évoquent pas la pratique de l’esclavage dans le domaine rural.
 
4. L’itinéraire sacré : sites bibliques et chrétiens
 
 
Les pèlerins européens, en route vers la Terre sainte, étaient particulièrement attentifs aux récits de l’histoire sainte relatifs à l’Égypte. Aussi adoptèrent-ils les histoires de l’Ancien Testament, en particulier celle racontant l’installation du patriarche Joseph en Égypte et le conseil qu’il donna au Pharaon, à savoir ériger des greniers, à l’aube d’une disette annoncée. La plupart, en quête de réminiscences tangibles, grâce à la complaisance des guides, confondaient les Pyramides avec lesdits « greniers » [54]. Leurs récits évoquaient en outre le pays fertile de « Goshen », attribué aux fils d’Israël lors de leur immigration en Égypte, une terre que leurs guides localisaient dans l’est du Delta [55]. De surcroît, ceux-ci leur montraient dans l’ancienne ville, sur la rive du Nil, un site qui était considéré comme le lieu où la fille du Pharaon avait trouvé Moïse enfant [56]. Ces traditions vétéro-testamentaires en vinrent à sous-tendre des pèlerinages propres.
Les traditions chrétiennes étaient quant à elles beaucoup plus diversifiées. Dès leur arrivée à Alexandrie, les pèlerins visitaient l’église grecque de Saint-Marc, érigée sur le lieu supposé de la mort de l’Évangéliste, préférant y faire leurs prières plutôt que dans les chapelles de leurs fundacchi. Autre visite qui s’imposait, le site du martyre de sainte Catherine, de l’avis de tous délaissé (non tenu « en honneur ») [57]. Cependant, les plus importantes traditions chrétiennes étaient liées à Fusta ¯t, désignée sous le nom de Babylone en souvenir d’une forteresse romaine du IIe siècle. À cet égard, il faut remarquer que les voyageurs occidentaux du XIVe siècle ignoraient que Fusta ¯t était une fondation arabe du VIIe siècle, s’imaginant qu’il s’agissait d’une cité datant de l’Antiquité, devenue ensuite le centre de la chrétienté égyptienne. Qui plus est, leur éducation biblique les amenait à confondre « Babylone » avec l’ancienne capitale mésopotamienne du même nom. Ainsi même, avant de procéder à la description des sites, ils s’engageaient dans une discussion sur cette confusion, qui les amena à distinguer la « grande Babylone » de Mésopotamie de la « petite Babylone » d’Égypte, situé au sud de la métropole fatimide et mamelouke du Caire [58].
Croyant que Babylone fut le site du séjour de la sainte Famille en Égypte pendant les sept années des persécutions d’Hérode, ils la considérèrent comme un lieu saint et, par conséquent, comme une destination majeure de pèlerinage. Les descriptions des pèlerins découlent logiquement de ces considérations ; parmi les églises, la plus vénérée était celle de Sainte-Marie, qu’on leur disait avoir été érigée par sainte Hélène, la mère de l’empereur Constantin, sur le site même de la demeure de la sainte Famille [59]. Elles affirment que toutes ces églises, ainsi que certains monastères, qu’ils considéraient comme appartenant à l’époque paléochrétienne, étaient desservis par un clergé grec, copte et éthiopien relevant des patriarches grec et copte d’Alexandrie établis à Babylone [60].
Enfin, l’oasis du jardin de La Métérie, situé dans le désert à proximité du Caire, au nord-est de la métropole, est devenu l’une des étapes majeures du pèlerinage chrétien en Égypte. Connu pour avoir été une halte lors de la fuite en Égypte de la sainte Famille, le site fut considéré comme un lieu saint en raison de deux miracles : l’un, attribué à l’enfant Jésus, concerne l’eau de la source qui aurait été creusée par son pied ; le second parle d’un baume thérapeutique issu des arbustes sur lesquels la Vierge aurait mis à sécher la layette de son fils, après l’avoir lavée. Cette légende, qui fut incluse dans une version arabe des Évangiles, compilée probablement au XIIe siècle [61], fut racontée à Burchard de Strasbourg lors de sa visite de l’Égypte en 1175, et diffusée en Europe occidentale par ses soins [62]. Au XIVe siècle, le jardin faisait partie du domaine du sultan et la vente de ces produits était considérée comme une source importante de revenus pour le Trésor. Simon Fitzsimon rapporte que des foules de chrétiens locaux arrivaient pour se laver dans les eaux de la source et y achetaient des fioles du baume ; il précise que des chrétiens étaient employés dans sa production [63]. Lors de sa visite du site en 1384, le Florentin Frescobaldi raconte comment il acquit plusieurs fioles de baume, en donnant un pourboire au gardien « sarrasin » du jardin, afin de les offrir à ses amis au terme de son pèlerinage [64].
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Les voyageurs et les pèlerins occidentaux qui ont visité l’Égypte au XIVe siècle, ont été fascinés par son exotisme et l’ont décrite comme un pays merveilleux digne d’être visité. Se fondant sur les récits de résidents italiens occasionnellement rencontrés sur leur parcours et plus encore sur ceux de leurs guides qui, en vue de gratification, se montraient des plus disposés à leur débiter des histoires « fabulées », d’intéressants essais de synthèse sont apparus au croisement des traditions biblique et polémique, mâtinées d’observations vivantes.
Leurs relations de voyage, diffusées en Europe occidentale, ont ainsi apporté une image exotique, où réalité et imaginaire se côtoyaient, qui est devenue pour les Européens la source principale de leur connaissance de l’Empire mamelouk.
 
NOTES
 
[1] ISIDORE DE SÉVILLE, Etymologiae, éd. W.M. LINDSAY, 2 vol., Oxford, 1911, s. v° Aegyptum.
[2] Voir les listes critiques de ces chroniques dressées par St. RUNCIMAN, en appendices à A History of the Crusades, 3 vol., Cambridge, 1951-1955.
[3] Cf. A. GRABOÏS, Le concept du contemptus mundi dans les pratiques des pèlerins occidentaux en Terre sainte à l’époque des croisades, Medievalia Christiana. Hommage à Raymonde Foreville, Paris, 1989, p. 290-306.
[4] BERNARD DU MONT-SAINT-MICHEL, Bernardi monachi peregrinatio, éd. T. TOBLER, Descriptiones Terrae sanctae, Munich, 1874, p. 98.
[5] BU R C H A R D D E ST R A S B O U R G, Peregrinatio, éd. S. D E SA N D O L I, Itinera Hierosolymitana, t. 2, Jérusalem, 1980, p. 402 (Il faut pourtant signaler que cet auteur n’était pas un pèlerin ; son voyage au Proche-Orient comportait un caractère de mission de la part du duc de Saxe Henri le Lion.). Cf. U. ZANETTI, Matarieh, la sainte Famille et les Baumiers, Analecta Bollandiana, t. 111, 1993, p. 21-68.
[6] Cf. A. GRABOÏS, La « découverte » du monde musulman par les pèlerins européens au XIIIe siècle, Al-Masaq, t. 5, 1992, p. 29-46.
[7] Cf. A. GRABOÏS, Le pèlerin occidental en Terre sainte au Moyen Âge, Bruxelles, 1998, p. 130.
[8] Parmi ces pèlerins, voyageurs et aventuriers, nous avons choisi les dix auteurs suivants, dont les relations sont les plus caractéristiques, en raison de leur origine, leur statut social et la nature des renseignements apportés : Simon Fitzsimon (1323), franciscain irlandais ; Antonio de Reboldi de Crémone (1330), franciscain italien ; Guillaume de Boldensele (1340), chevalier allemand à la cour d’Avignon ; Ludolf de Südheim (ca 1340), prêtre westphalien ; Niccolo da Poggibonsi (ca 1350), moine toscan ; Jean de Mandeville (ca 1360), chevalier et aventurier imaginatif ; Lionardo Frescobaldi (1384), marchand florentin ; Giorgio Gucci (1384), marchand florentin ; Simone Sigoli (1384), marchand florentin ; Ogier d’Anglure (1395), seigneur français.
[9] V. l’étude de M. ESPOSITO sur la vie et l’éducation de Simon dans son introduction à l’édition du texte (Itinerarium Symoni Semeonis ab Hybernia ad Terram Sanctam, Dublin, 1960), p. 5-21.
[10] Cf. GRABOÏS, Le pèlerin, p. 130-131.
[11] SIMON FITZSIMON,op. cit., p. 76 ; LUDOLF DE SÜDHEIM, De itinere Terrae sanctae, éd. G.A. NEUMANN, Archives de l’Orient latin, t. 2, 1884, p. 345.
[12] SIMON FITZSIMON, op. cit., p. 66 ; le même renseignement se retrouve chez les autres auteurs. En ce qui concerne la confusion entre l’Inde et l’Éthiopie, cf. C.R. BEAZLEY, The Dawn of Modern Geography. A History of Exploration and Geographical Sciences, t. 3, Londres, 1906, p. 151 s. et J. RICHARD, L’Extrême-Orient légendaire au Moyen Âge : roi David et Prêtre Jean, Annales d’Éthiopie, t. 2, 1957, p. 226-242, ainsi que son Voyages réels et voyages imaginaires ; instruments de la connaissance géographique du Moyen Âge, Culture et travail intellectuel dans l’Occident médiéval, Paris, 1981, p. 211-220.
[13] SIMON FITZSIMON, op. cit., p. 66
[14] SIMON FITZSIMON, op. cit., p. 82 ; GUILLAUME DE BOLDENSELE, Itinerarium sive Hodoeporicon ad Terram sanctam, éd. C. GROTENFELD, Zeitschrift des historischen Vereins für Niedersachsen, t. 3, 1852, p. 248 ; LIONARDO FRESCOBALDI, Viaggio, éd. et tr. T. BELLORINI et E. HOADE, Visit to the Holy Places of Egypt, Sinaï and Syria in 1384, Jérusalem, 1948, p. 48-49.
[15] SIMON FITZSIMON, op. cit., p. 56 et 62.
[16] IBN BATTU¯TA, Voyages, éd. et tr. Ch. DEFRÉMY, t. 1, Paris, 1853, p. 27-48.
[17] LIONARDO FRESCOBALDI, op. cit., p. 39.
[18] Antonio de Reboldi qui, parti de Chypre, débarqua à Damiette en 1330, décrivit cette ville (Itinerarium, éd. G. GOLUBOVICH, Bibliotheca bio-bibliographica della Terra santa e del’Oriente franciscano, t. 3, Karachi, 1917, p. 335).
[19] SIMON FITZSIMON, op. cit., p. 64.
[20] SIMON FITZSIMON, op. cit., p. 68 ; NICCOLO DA POGGIBONSI, Libro d’Oltramare, éd. et tr. P.B. BAGATTI, Jérusalem, 1945, p. 106 ; GIORGIO GUCCI, Viaggio in Terra santa, éd. BELLORINI et HOADE, op. cit., p. 98.
[21] LUDOLF DE SÜDHEIM, op. cit., p. 342 ; en 1384, le florentin Gucci estima la population du Caire de manière exagérée à trois millions d’habitants, op. cit., p. 98-99.
[22] SIMON FITZSIMON, op. cit., p. 74 ; LIONARDO FRESCOBALDI, op. cit., p. 46.
[23] LIONARDO FRESCOBALDI, op. cit., p. 45 ; GIORGIO GUCCI, op. cit., p. 99.
[24] SIMON FITZSIMON, op. cit., p. 74.
[25] SIMON FITZSIMON, op. cit., p. 72.
[26] Hermann le Dalmatien compila la Doctrina Machometi sous la forme d’un dialogue imaginaire entre Mahomet et un juif nommé ‘Abd Allah ben Salam. Le traité fut imprimé par l’humaniste Billiander, à Bâle en 1453 ; une édition critique manque encore. Cf. M.Th. D’ALVERNY, La connaissance de l’Islam en Occident du IXe au milieu du XIIIe siècle, Settimane di Studio… di Spoleto, t. 12, 1965, p. 577-602.
[27] SIMON FITZSIMON, op. cit., p. 50. D’autre part, certains auteurs mentionnent que les cris appelant les fidèles aux prières étaient obscènes ; v. LUDOLF DE SÜDHEIM, op. cit., p. 372 et SIMONE SIGOLI, Viaggio in Terra santa, éd. BELLORINI et HOADE, op. cit., p. 166. Selon son propre témoignage, la description du Paradis musulman par SIMON FITZSIMON (op. cit., p. 52-54) était fondée sur la Doctrina Machometi.
[28] SIMON FITZSIMON, op. cit., p. 50.
[29] SIMON FITZSIMON, op. cit., p. 50 ; LUDOLF DE SÜDHEIM, op. cit., p. 361.
[30] SIMON FITZSIMON, op. cit., p. 62 ; LIONARDO FRESCOBALDI, op. cit., p. 47 ; SIMONE SIGOLI, op. cit., p. 162-163.
[31] LIONARDO FRESCOBALDI, op. cit., p. 44-46.
[32] SIMONE SIGOLI, op. cit., p. 164 ; v. aussi LIONARDO FRESCOBALDI, op. cit., p. 49.
[33] SIMON FITZSIMON, op. cit., p. 48 ; LIONARDO FRESCOBALDI, op. cit., p. 38 ; SIMONE SIGOLI, op. cit., p. 162.
[34] SIMON FITZSIMON, op. cit., p. 54-56 ; LUDOLF DE SÜDHEIM, op. cit., p. 369.
[35] Cf. M. GOSMAN, La lettre du Prêtre Jean, Groningue, 1982.
[36] SIMON FITZSIMON, op. cit., p. 54 ; en revanche, SIMONE SIGOLI, op. cit., qui mentionne lui aussi la juiverie égyptienne (p. 162), ne fait pas la distinction de ces sectes.
[37] Cf. GRABOÏS, Le pèlerin, p. 145-146.
[38] JEAN DE MANDEVILLE, The Book of Wayes to Jerusalem (Travels of Sir John Mandeville), éd. M. LETTS, Londres, 1953, p. 25, ainsi que la nouvelle édition de Chr. DELUZ, intitulée Le livre des merveilles du monde, Paris, 2000, dont les chapitres 6 et 7 sont consacrés à la description de l’Égypte (p. 133-158). La personnalité de l’auteur reste toujours énigmatique. V. aussi SIMONE SIGOLI, op. cit., p. 176 et OGIER D’ANGLURE, Le sainct voyaige de Jherusalem, éd. F. BONNARDOT et A. LONGNON, Paris, 1878, p. 60-61.
[39] SIMON FITZSIMON, op. cit., p. 46 et LUDOLF DE SÜDHEIM, op. cit., p. 342. Sur l’emploi des pigeons dans le monde musulman à l’époque des croisades, cf. S. EDGINGTON, The Doves of War : the Part played by Carrier Pigeons in the Crusades, Autour de la première croisade, éd. M. BALARD, Paris, 1996, p. 167-175.
[40] Cf., sur ce point, J. PAVIOT, Comment reconquérir la Terre sainte et vaincre les Sarrasins ?, Gesta Dei per Francos, éd. M. BALARD, B.Z. KEDAR et J. RILEY-SMITH, Aldershot, 2001, p. 79-95.
[41] SIMON FITZSIMON, op. cit., p. 74-80. Les auteurs postérieurs confirment cette description.
[42] SIMON FITZSIMON, op. cit., p. 80.
[43] SIMON FITZSIMON, op. cit., p. 76 ; NICCOLO DA POGGIBONSI, op. cit., p. 104-105 ; JEAN DE MANDEVILLE, op. cit., éd. DELUZ, p. 139 ; SIMONE SIGOLI, op. cit., p. 172-173 ; OGIER D’ANGLURE, op. cit., p. 61.
[44] JEAN DE MANDEVILLE, op. cit., p. 135-138, qui emprunte ces renseignements à HAYTON, Fleurs des histoires de la Terre d’Orient, datant du début du XIVe siècle. Les « Cumans » mentionnés dans ce texte étaient les Mamelouks d’Al-Qifchak. Cf. M.M. ZIADE, The Mamluk Sultans, 1291-1517, A History of the Crusades, éd. K.M. SETTON et H.S. HAZARD, t. 3, Madison, 1975, p. 486-512.
[45] LIONARDO FRESCOBALDI, op. cit., p. 45-46 ; SIMONE SIGOLI, op. cit., p. 172 ; Gucci, qui raconte la même histoire, précise en affirmant que Barqu ¯q était « un chrétien grec de Carcascia », voire un mamelouk circassien. Cf. D. AYALON, The Circassians in the Mamluk Kingdom, Journal of asiatic and oriental Society, 1949, p. 135-147 et ID., Phénomène mamelouk dans l’orient islamique, Paris, 1996, ainsi que ZIADE, op. cit.
[46] LIONARDO FRESCOBALDI, op. cit., p. 46. Sur le caliphat du Caire, cf. D. AYALON, Studies on the Transfer of the ‘Abbasid Caliphate from Bagdad to Cairo, Arabica, t. 7, 1960, p. 48-59.
[47] SIMON FITZSIMON, op. cit., p. 46-47 et 78 ; LIONARDO FRESCOBALDI, op. cit., p. 38 et 45 ; GIORGIO GUCCI, op. cit., p. 95 ; SIMONE SIGOLI, op. cit., p. 161 ; OGIER D’ANGLURE, op. cit., p. 78.
[48] Selon GUILLAUME DE BOLDENSELE, il y aurait six mille clercs dans la citadelle (op. cit., p. 245).
[49] LIONARDO FRESCOBALDI, op. cit., p. 45.
[50] SIMON FITZSIMON, op. cit., p. 96 ; NICCOLO DA POGGIBONSI, op. cit., p. 105 ; LIONARDO FRESCOBALDI, op. cit., p. 49 et 53 ; GIORGIO GUCCI, op. cit., p. 100 et 106 ; OGIER D’ANGLURE, op. cit., p. 61.
[51] SIMON FITZSIMON, op. cit., p. 56, 64 et 74 ; SIMONE SIGOLI, op. cit., p. 161-162.
[52] LIONARDO FRESCOBALDI, op. cit., p. 46-49 et SIMONE SIGOLI, op. cit., p. 172.
[53] SIMON FITZSIMON affirme que les esclaves employés dans les demeures de leurs propriétaires voyaient leur condition améliorée par rapport à leur vie antérieure (op. cit., p. 90-92). V. aussi les remarques de GUILLAUME DE BOLDENSELE sur le commerce d’esclaves au Caire (op. cit., p. 250).
[54] Cette confusion entre les Pyramides et les « greniers » apparaît déjà bien avant le XIVe siècle, au point qu’elle eut sa propre histoire. Il semble que ses origines aient été liées aux légendes développées dans les communautés chrétiennes de Fustat avant le IXe siècle. En tout cas, le moine Bernard du Mont-Saint-Michel l’a entendue lors de son passage en Égypte en 870 et en fit mention (v. n. 4). Les voyageurs occidentaux du XIVe siècle ont considéré cette identification comme authentique ; v. SIMON FITZSIMON, op. cit., p. 84 ; LUDOLF DE SÜDHEIM, op. cit., p. 343 ; NICCOLO DA POGGIBONSI, op. cit., p. 113-114 ; JEAN DE MANDEVILLE, op. cit., p. 155-156 ; LIONARDO FRESCOBALDI, op. cit., p. 46 ; GIORGIO GUCCI, op. cit., p. 104-105 ; SIMONE SIGOLI, op. cit., p. 168-169 ; OGIER D’ANGLURE, op. cit., p. 65. Seul GUILLAUME DE BOLDENSELE fait exception face à cette crédulité unanime ; ayant visité les Pyramides, il constata qu’elles ne pouvaient servir de greniers, ce qui l’amena à s’opposer à la confusion (op. cit., p. 250-251).
[55] GUILLAUME DE BOLDENSELE, op. cit., p. 247 et LUDOLF DE SÜDHEIM, op. cit., p. 343.
[56] SIMON FITZSIMON, op. cit., p. 84 et LIONARDO FRESCOBALDI, op. cit., p. 52.
[57] SIMON FITZSIMON, op. cit., p. 46.
[58] SIMON FITZSIMON, op. cit., p. 84 ; ANTONIO DE REBOLDI, op. cit., p. 335 ; LUDOLF DE SÜDHEIM, op. cit., p. 343 ; GUILLAUME DE BOLDENSELE, op. cit., p. 247 ; NICCOLO DA POGGIBONSI, op. cit., p. 101-102 ; JEAN DE MANDEVILLE, op. cit., p. 133-158 ; GIORGIO GUCCI, op. cit., p. 99 ; OGIER D’ANGLURE, op. cit., p. 64.
[59] SIMON FITZSIMON, op. cit., p. 86. Frescobaldi affirme, sur la foi de son guide, que l’église fût bâtie par sainte Hélène, la mère de l’empereur Constantin (p. 51).
[60] SIMON FITZSIMON, op. cit., p. 88.
[61] Cf. M.R. JAMES, The Apocryphal New Testament, Oxford, 1924, p. 81.
[62] V. n. 5.
[63] SIMON FITZSIMON, op. cit., p. 80-82 ; ANTONIO DE REBOLDI, op. cit., p. 336 ; GUILLAUME DE BOLDENSELE, op. cit., p. 250 ; LUDOLF DE SÜDHEIM, op. cit., p. 343-344 ; NICCOLO DA POGGIBONSI, op. cit., p. 108 ; LIONARDO FRESCOBALDI, op. cit., p. 53-55 ; GIORGIO GUCCI, op. cit., p. 106-108. Selon JEAN DE MANDEVILLE, seuls les chrétiens pouvaient produire ce baume miraculeux (op. cit., p. 153-155). OGIER D’ANGLURE témoigne de l’existence d’un hospice aux portes du jardin en 1395 (op. cit., p. 56-58).
[64] LIONARDO FRESCOBALDI, op. cit., p. 55.
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