2003
Le Moyen Age
« Pour sa gloire et sa postérité ». Remarques sur la souveraineté
princière dans l’Italie du XVe siècle
Laurent Bolard
Université de Paris IV–Sorbonne
Dans leur quête du prince idéal que le duc d’Urbino, Federico di
Montefeltro, incarna sans doute plus que tout autre, les penseurs italiens du
XVe siècle forgèrent l’image d’un prince à la fois homme de guerre et homme de
lettres, celles-ci, s’épanouissant dans la paix, devant l’emporter sur
celle-là. Mais au-delà de cet idéal, l’instabilité que connut l’Italie dans ce
siècle exigeait de la part de ces princes un surcroît de légitimité qui selon
les situations politiques s’appuyait soit sur la vertu, soit sur le lignage.
Fait nouveau, les souverains firent désormais appel aux œuvres d’art pour
asseoir et illustrer tant cette légitimité que leur rêve d’idéal, comme pour
construire leur mythe. Les peintures et plus encore l’architecture y
contribuèrent largement. Ce mécénat, éminemment politique sinon de propagande,
apparaît comme le signe tangible d’une évolution politique qui, tout en
accordant à l’art une place prééminente, l’assujettit de plus en plus au
pouvoir. Mots-clés :
idéal, souveraineté, mécénat, mythe, art.
In their quest for an ideal prince, which the Duke of Urbino,
Federico di Montefeltro, probably embodied more than any other, 15th century
Italian thinkers fashioned the image of a prince who would be both a man of war
and a man of letters, and favouring more the latter (which require peace to
thrive) than the former. But beyond this ideal, recurring instability demanded
that princes rely on extra legitimacy which, depending on the political
contexts, would depend on virtue or on lineage. A new development consisted in
princes now calling on works of art (particularly painting, and even more
architecture) to buttress and illustrate both their legitimacy and their ideal
dream, as though they were erecting their own myths. This highly political
patronage verging on propaganda appears as the tangible sign of a political
evolution which as it gives art a higher status also enforces political control
on it.Keywords :
ideal, sovereignty, patronage, myth, art.
S’il est une quête que n’ont cessé de poursuivre les penseurs
du XV
e siècle, c’est bien celle du prince idéal, qu’ils
ont souhaité tout à la fois soldat et lettré pourvu à égalité d’un esprit de
bravoure éminemment martial, et de l’esprit de sagesse propre aux érudits ; un
souverain en qui s’harmoniseraient la vie active et la vie contemplative, en
qui se combineraient le chef militaire et le chef politique, le second
rééquilibrant le premier par l’intelligence et le savoir – ces deux qualités
lui permettant au minimum, de conserver ses États : « Sans les lettres »,
écrivait à peu près Alberti, « on ne gouverne ni la maison, ni l’État, ni
soi-même, et l’on ne peut opérer dans aucun domaine »
[1]. Cette quête du prince idéal, héritière
d’une forte tradition antique et chrétienne, a traversé tout le siècle. Pour la
crédibiliser, peut-être la justifier, les humanistes en ont traqué le modèle
chez les princes de leur temps : Alphonse V d’Aragon, qui conquit son royaume
sur les Angevins à la pointe de l’épée et qui néanmoins, « quand il part en
campagne […] emmène avec lui une petite bibliothèque »
[2]; Leonello d’Este, homme de
lettre et de guerre, et marquis de Ferrare, élève de Guarino de Vérone,
protagoniste du dialogue
De politia
literaria d’Angelo Decembrio
[3]; Gianfrancesco Gonzaga, marquis de Mantoue et
condottiere, qui confia à Vittorino da Feltre sa bibliothèque et l’éducation de
ses fils dans l’école mantouane que dirigeait l’humaniste, la casa
Giocosa
[4]. Mais c’est
assurément en Federico da Montefeltro que cet idéal s’est le mieux incarné. Le
duc d’Urbino tirait l’essentiel de ses ressources et celles de son État de sa
fonction militaire pour laquelle, qu’il combattît ou non, il était grassement
payé ; la biographie que lui consacra Vespasiano da Bisticci a pour pivot cette
idée du prince-soldat lettré, sinon savant
[5]. Federico avait étudié avec Ludovico Gonzaga à la
casa Giocosa où il avait passé deux années comme otage ; il y avait appris
l’art et la science militaires concurremment avec la langue latine : en effet,
« il y a un très grand avantage pour un capitaine d’armes à savoir la langue
latine par rapport à celui qui l’ignore ; parce qu’une bonne partie de ses
faits d’armes s’effectue à l’imitation des anciens et des modernes […] »
[6] (On songe ici à Machiavel
dont
L’art de la guerre et les
Discours sur la première Décade de Tite
Live n’ont de cesse de proclamer la supériorité du modèle
romain
[7].) De cette
double réputation d’homme de culture et d’homme de guerre, le duc de
Montefeltro tirait prestige et gloire, l’un comme l’autre savamment alimentés
par le raffinement de sa cour et la perspicacité de son évergétisme. Le palais
ducal d’Urbino devint ainsi le parangon des lieux de pouvoir, au même titre que
Federico illustrait le prince idéal tel que rêvé par le Quattrocento
[8].
Semblable volonté de faire des souverains contemporains autant
de référents obligés du prince idéal n’était pas le simple fruit du hasard ou
de la rhétorique : pour des humanistes et, de plus en plus fréquemment, des
artistes (songeons à Mantegna, Cosmé Tura ou Pisanello), qui étaient bien
souvent des courtisans, elle résultait de leur intérêt bien compris, car le
prince cultivé était la conséquence immédiate du prince guerrier. Autrement
dit, le souverain dont l’esprit et les mœurs raffinés permettaient par son
mécénat et son mode de vie d’assurer autant aux humanistes qu’aux artistes
(encore que ceux-ci les jugeaient parfois mauvais payeurs : ainsi Francesco del
Cossa, au sujet de Borso d’Este) leurs moyens d’existence, n’agissait ainsi que
parce qu’il était par ailleurs un condottiere. Dans une conjoncture économique
hésitante où le numéraire tendait à se raréfier, seuls les seigneurs de la
guerre, installés au centre de cours somptueuses et stables, disposaient de
liquidités suffisantes, procurées par les gages, les butins et les rançons,
pour se montrer généreux vis à vis des penseurs et des créateurs ; par l’argent
qu’elle drainait, la guerre favorisait le mécénat, et les humanistes le
savaient qui insistaient, tout en le nuançant, sur le caractère martial du
prince idéal. M. Mallett observe ainsi que « sans les ressources tirées de
leurs activités militaires, le mécénat des Gonzague, des Este, des Malatesta et
des Montefeltro eût été de bien moins grande portée. Le palais ducal de
Mantoue, celui de Ferrare, celui d’Urbino n’auraient pu être édifiés, ni
décorés si ces princes condottieri n’avaient pas joui de revenus bien
supérieurs aux rentes tirées de leurs petits États »
[9]. Les humanistes cependant restaient trop
attachés à la paix pour ne pas considérer que la guerre, bien qu’elle subvînt
indirectement à leurs besoins, représentait une facette de la souveraineté
idéale : elle n’était selon eux qu’une étape transitoire permettant d’assurer
la paix laquelle seule pouvait réellement se révéler propice à l’épanouissement
de ce mécénat qui concrétisait l’autre facette, celle de la culture. Alberti
écrit sans équivoque dans son
Momus
qu’un bon prince tirera plus de gloire et de popularité de la paix que de la
guerre
[10], exprimant
l’a priori des Florentins pour qui l’agressivité des monarchies, causée par les
ambitions innées (
ingentia ambitione)
des nobles, s’oppose aux républiques forcément pacifiques car guidées par les
intérêts du commerce (
bonitate
mercatoria) : ainsi raisonnaient Coluccio Salutati
[11] ou Gregorio Dati,
estimant qu’une république de commerçants exigeait la paix
[12]. Tout condottiere qui accédait par la
vertu ou la naissance à la souveraineté, ne devait combattre qu’en vue de la
paix. L’idée n’était pas nouvelle ; elle trouvait un précédent dans
l’Antiquité, notamment chez Aristote, Cicéron, saint Augutin
[13], et devint au
XV
e siècle, pour les raisons exposées ci-dessus, un lieu
commun du bon gouvernement. Amplifiée par les conséquences globalement
positives de la paix de Lodi (1454) et par le double contraste entre les
déchirements du Trecento et la tourmente des guerres d’Italie, elle permettra
au mythe d’une Italie prospère, pacifique et heureuse de prendre corps au
XVI
e siècle, dont le début de l’
Histoire d’Italie de Guichardin esquisse
l’apologie : « La paix et la tranquillité parfaites régnaient partout en Italie
[…] ; ornée à ce point de nombreux talents, elle jouissait à juste titre auprès
de toutes les nations d’une renommée et d’une réputation très éclatantes
»
[14]. Ici encore
Federico da Montefeltro faisait figure d’
exemplum; s’il combattait, Cristoforo Landino
dans ses
Disputationes
camaldulenses
[15] tout autant que Vespasiano da Bisticci l’ont
sous-entendu, c’était à seule fin d’établir le règne de la paix. Et pour la
plupart des commentateurs, il s’agit là du thème central des marqueteries du
studiolo du duc à Urbino, en
particulier du panneau où figure un paysage accompagné de divers
symboles
[16].
Mener la guerre en vue de la paix revenait à admettre
explicitement la supériorité de la seconde sur la première, celle-ci n’étant
légitimée par les humanistes (par exemple, dès la fin du siècle précédent,
Salutati
[17]) que si
elle a pour seule visée de se défendre d’une agression extérieure, reprendre
des biens ou des territoires volés, ou encore laver un affront. Il apparaissait
donc légitime que des deux facettes du prince idéal, l’homme de lettres
l’emportât sur l’homme de guerre au terme d’une longue évolution que d’aucuns
jugent aujourd’hui inévitable dans le processus historique
[18]. Cette évolution serait ainsi la clef
de la symbolique générale du palais ducal d’Urbino
[19] tout comme celle de la Salle des Ducs
ou des Princes au palais ducal de Mantoue où Ludovico Gonzaga commanda en
1447-1448 à Pisanello des scènes de chevalerie et de tournois d’inspiration
clairement arthurienne, témoignage de la « conversion » du condottiere à
l’humanisme courtois en même temps que, sur un plan plus rhétorique, image du «
chef » vu comme héros d’un rite de passage
[20].
* * *
La diversité politique de l’Italie, dans ses territoires comme
dans ses systèmes, engendrait des divergences de vue quant à la légitimité du
pouvoir. Schématiquement, deux conceptions s’affrontaient. La première, plus
traditionnelle et qui puisait ses modèles au nord des Alpes, singulièrement
dans le royaume de France, la considérait sous l’angle dynastique : la
souveraineté se justifiait par les droits du sang ou de la naissance, et l’on
ne s’étonnera pas de constater qu’elle avait été adoptée par les principautés
anciennes ou (du moins en apparence) solidement établies – Ferrare, Mantoue,
Urbin, Rimini et le Milan des Visconti. La seconde plus moderne en ce qu’elle
tenait compte des évolutions récentes, fondait cette légitimité du pouvoir sur
les droits émanant de la vertu
[21]: elle était le propre des républiques – Venise et
surtout Florence, avec comme chantres Coluccio Salutati et Leonardo Bruni – et
des nouvelles dynasties princières, les Aragon à Naples et les Sforza à Milan,
et soulignait combien dans l’Italie du XV
e siècle les
bouleversements politiques et militaires étaient courants, et les ascensions
sociales jusqu’au faîte du pouvoir, quoiqu’exceptionnelles, toujours possibles,
notamment pour les condottieri. Au sein des républiques la situation était
claire, la vertu s’appliquant d’abord, dans le champ politique, au civisme ;
legs de ces républiques antiques dont la cité du lys cherchait constamment le
modèle, elle était, au même titre que l’
arétè des Grecs et la
virtus romaine, indissociable du
courage – aucun lecteur assidu de Plutarque n’aurait pu l’ignorer
[22]. Elle explique en
particulier que dans les représentations d’hommes illustres, à Florence, les
artistes aient figuré des personnages, antiques ou médiévaux, qui avaient
brillé par leur courage patriotique : ainsi des fresques de Domenico
Ghirlandaio à la Salle des Lys du Palazzo Vecchio ou d’Andrea del Castagno à la
villa Carducci à Legnaia.
Dans les principautés qui venaient de connaître un changement
dynastique, la situation était en revanche plus complexe. En effet, les hommes
parvenus à la souveraineté par la seule vertu (celle de la qualité militaire,
au moins), s’empressaient de la muer en un droit du sang en édifiant un pouvoir
de type dynastique, soucieux qu’ils étaient d’assurer leur ancrage lignager.
Tel peut être notamment le sens du projet de monument équestre à Francesco
Sforza, qui avait pour finalité d’asseoir la légitimité plus que douteuse de
son commanditaire, Ludovic le More, lequel cumulait deux handicaps : être, au
sein d’une famille de condottieri, plus diplomate que militaire, et se heurter
aux prétentions plus fondées de son neveu Gian Galeazzo Sforza ; il
s’instituait ainsi en lieu et place de ce dernier continuateur dynastique du
duché dont il n’était en fait que le régent. Le cas de Federico da Montefeltro
est tout aussi intéressant. Parvenu au pouvoir dans des conditions obscures,
après l’assassinat (dont certains l’accusèrent) de son demi-frère Oddantonio,
il n’eut de cesse d’associer son fils Guidobaldo à la souveraineté urbinate.
Leur double portrait, attribué à Pedro Berruguete et conservé à la Galerie
Nationale des Marches, apparaît ainsi sans équivoque : appuyé sur un genou de
son père en armure et lisant un gros volume – prince idéal –, le jeune
Guidobaldo tient le sceptre dynastique où est écrit le mot
Pontifex, rappel que la souveraineté
sur le duché et la succession dynastique furent accordées et confirmées par le
pape
[23]. On comprend
mieux aussi l’empressement des princes à faire rédiger leur biographie par des
humanistes à leur service : on peut citer Bartolomeo Fazio pour Alphonse
I
er de Naples (
De rebus
gestis ab Alphonso Primo Neapolitanorum Rege commentariorum libri
X), Pierantonio Paltroni pour le duc d’Urbin (
Commentarii della vita et gesti dell’illustrissimo Federico
duca d’Urbino), ou Giovanni Simonetta pour Francesco Sforza
(
De rebus gesti Francisci Sfortiae
commentarii)
[24]. Par ailleurs, la
virtù n’était pas l’apanage des seules
républiques, ou des hommes nouveaux ; elle était peu à peu intégrée à la
souveraineté lignagère, sous l’influence de l’
arétè antique
[25]: Vespasiano da Bisticci ne cesse de louer la force
et la prudence de Federico da Montefeltro, la première,
fortitudo, plutôt médiévale, la
seconde,
prudentia, typiquement
romaine
[26], l’une et
l’autre inévitablement associées à la sagesse.
Le pouvoir dynastique achoppait sur la question de la relation
au temps. Sans maîtrise de la temporalité, il n’était pas de souveraineté
possible. Les princes, on l’a vu avec Ludovic Sforza, en avaient conscience,
qui faisaient de cette maîtrise et de ses représentations la pierre angulaire
de leur pouvoir. Pour s’imposer voire se justifier, la légitimité dynastique
avait besoin d’une conception du temps qui lui permît d’intégrer le souverain
du moment, étranglé par la brièveté de son règne, dans une permanence
lignagère, elle-même incorporée dans une conception continue de l’histoire que
l’humanisme courtois considérait, à travers les trois divisions chrétiennes
ante legem,
sub lege, sub gratia, comme dépourvu
de ruptures, de l’âge d’or au monde moderne en passant par l’Antiquité
classique et le Moyen Âge : « La temporalité dynastique sur laquelle se fonde
la légitimité des princes est, elle aussi, fondée sur une continuité cyclique
qui fait que dans chaque prince particulier, c’est toute la dynastie passée et
à venir qui s’incarne temporairement »
[27]. La fortune que rencontre encore au
XV
e siècle en art un thème comme celui des Neufs Preux
(dont la division tripartite est celle, précitée, de l’histoire) illustre cette
relation cyclique au temps qui, aux trois Preux de la Bible (Josué, David,
Judas Macchabée), fait se succéder les trois Preux antiques (Hector, Alexandre,
César), enfin les trois Preux médiévaux (Arthur, Charlemagne, Godefroy de
Bouillon), mêlant de cette façon l’Histoire au mythe et à l’épopée dans une
histoire universelle reposant sur des valeurs éminemment guerrières alors
partagées par la quasi-totalité de l’Europe et séduisantes pour des
condottieri. Les plus célèbres de ces représentations sont celles de la
Sala baronale du château de La Manta
près de Saluces, commandée à Giacomo Jaquerio par Valerano Saluzzo, dans un
univers piémontais sous l’influence de l’emblématique chevaleresque française
et, en Ombrie, au palais Trinci à Foligno (1420)
[28]. Les souverains, même militaires,
comprenaient, au-delà du rôle politique dévolu au mécénat et plus généralement
à la magnificence, que l’œuvre d’art avait sa place dans l’intégration
historique et dynastique de l’individu régnant. « Le bon emploi des richesses
est en effet plus glorieux que le bon usage des armes » écrivait déjà
Plutarque
[29]. La
transcription de cette intégration dans l’image abolissait la caducité du
destin individuel dans la pérennité de l’œuvre d’art (songeons que le succès
des tombeaux monumentaux coïncidait avec le soin tout particulier que les
condottieri, dans leur testament, accordaient à leurs funérailles) laquelle
établissait ainsi une continuité historique et/ou lignagère d’un souverain à
l’autre. On a vu le portrait de Federico et de son fils. Attribuée à Francesco
Rosselli, la
Tavola Strozzi (Naples,
Museo Capodimonte), vue panoramique de Naples montrant les vaisseaux de
Ferrante 1
er après sa victoire d’Ischia sur les Angevins
et les Français (juillet 1465) est un cadeau offert en 1473 au roi de Naples
par le richissime banquier florentin Filippo Strozzi : à la longue procession
des bateaux entrant au premier plan dans le port, démonstration de force
politique et
spectaculaire appuyant
une puissance politique et territoriale en train de s’affermir, répond à
l’arrière plan, bien visible, l’ensemble complexe des fortifications de la
ville centrées sur le Castel Nuovo peu auparavant rénové par le père de
Ferrante, Alphonse V d’Aragon. La puissance des armes apparaît ici comme mise
au service de la glorification d’une dynastie (le père pour la forteresse, le
fils pour la flotte) dont l’assise napolitaine, récente, trouvait sa
justification dans la guerre, à un moment crucial dans la transmission
dynastique de la souveraineté puisque la victoire d’Ischia se plaçait au tout
début du règne de Ferrante, lequel en outre n’était que le fils naturel
d’Alphonse. L’autocélébra~tion lignagère destinée tant à soi-même (ce type
d’œuvre ornait souvent les appartements privés) qu’au public, se révélait aussi
un instrument de propagande politique dont les Aragonais de Naples, comme tant
d’autres, n’étaient pas avares
[30], ainsi que l’arc de triomphe d’Alphonse au Castel
Nuovo en porte témoignage. Tout comme les portes de bronze du même château par
Guglielmo lo Monaco (vers 1474-1477, donc sous le règne de Ferrante), dont les
scènes de bataille relatant l’épopée d’Alphonse célébraient autant la gloire
militaire que la perpétuation dynastique des Aragonais.
La gloire seule, pérennisée dans les œuvres d’art, permettait
donc au prince d’échapper au temps en s’enracinant dans la postérité. L’image
la plus concrète de celle-ci demeurait l’architecture, surtout pour des
souverains condottieri aux yeux desquels elle se situait à la croisée de la
magnificence, propre à assurer la gloire des lettres, et du souci militaire,
constamment présent à leur esprit. La politique architecturale menée par
Federico da Montefeltro en propose à cet égard un parfait raccourci, dont son
palais d’Urbino marque le point d’orgue
[31]. L’appel à des architectes résolument novateurs
(Luciano Laurana d’abord, puis Francesco di Giorgio Martini) et à des artistes
représentatifs d’une tendance « moderne » (y compris de cette autre modernité
qu’était la peinture flamande à laquelle Federico fit appel en la personne de
Juste de Gand), l’influence générale exercée par un peintre aussi soucieux
d’espace et de perspective que Piero Della Francesca, étaient en soi un gage de
renommée, celle-ci étayée par une brillante cour lettrée relayant, à travers
l’Italie, la magnificence du prince. Cette dernière se voyait justifiée par
l’intégration totale et particulièrement novatrice du palais dans la ville, par
sa topographie et son refus d’éléments fortifiés
[32], comme par la captation, presque
l’appropriation, par le palais, de la géographie du duché : le montrent
certaines fenêtres ouvrant sur la campagne et introduisant ainsi une continuité
entre l’architecture princière et la nature – la terre lignagère. La décoration
de l’édifice obéit également au principe de glorification, bien souligné par
les innombrables inscriptions qui jalonnent son parcours architectural,
F.D., ou
F. DUX (
Federico
Dux), titre dont le duc tirait grande fierté. Si la fortune des
armes n’est jamais oubliée (la porte qui donne sur l’escalier d’honneur est
dite Porte de la Guerre en raison de ses motifs sculptés, attribués à Ambrogio
Barocci : c’était là rappeler combien le palais, et avec lui tout le duché,
devait au métier de son maître), la décoration est constituée de
topoi destinés à glorifier le prince
dans ses œuvres et ses aspirations : la science militaire y voisine avec la
culture et la morale, leur symbolique complexe contribuant à l’élitisme de
l’ensemble
[33]. Avec
force et clarté, l’inscription gravée sur les entablements du
cortile, au cœur du palais, nous
fournit une synthèse de ce bien-fondé de la gloire conféré par les armes et les
lettres pour la postérité
[34]. Rien n’y manque : la liste des titres de Federico,
ses victoires militaires associées au lieu commun du souverain qui combat pour
la paix (dans le texte latin,
pace
voisine avec
victorias), l’étalage de
ses vertus parmi lesquelles sa religiosité, la magnificence architecturale,
tout concourt à sa renommée. Du reste, les mots même de la gloire et de la
postérité y sont employés, immédiatement justifiés, au cœur de l’inscription,
par l’architecture dont le duc d’Urbino, sans doute, avait conscience de
l’originalité et de la nouveauté.
Conçue pour durer, l’architecture était donc un élément majeur
de la souveraineté. Les forteresses, dont la fonction même était de résister
aux assauts de la guerre comme à ceux du temps, recueillaient tous les soins de
souverains dont le pouvoir récent et par conséquent fragile reposait sur la
force et la coercition. Alphonse V d’Aragon, on l’a vu, avait fait rénover le
Castel Nuovo de Naples édifié par les Angevins dont il avait confisqué le
pouvoir par la force ; il fit également bâtir les forteresses de Gaète,
Vaiazzo, Castellamare di Stabia. À l’autre extrémité de la Péninsule, Francesco
Sforza, sitôt à la tête du duché de Milan, entreprit de restaurer le château
des Visconti, Porta Giovia, en partie détruit en 1447 lors de l’éphémère
république ambroisienne par la volonté du peuple, comme symbole de la tyrannie
: il assurait de cette manière une continuité avec la dynastie précédente des
Visconti. Plus tard, Ludovic le More, au pouvoir contestable et contesté, fit
réaménager les châteaux de Pandino et de Vigevano (où travailla Bramante). Dans
l’un comme dans l’autre cas on retrouve ce souci de montrer la puissance et
l’ancrage lignager d’une dynastie à l’assise récente et à l’origine guerrière,
avec le même refus de toute rupture, d’autant plus à Naples dont les barons
disposaient d’une force turbulente qui rappelait les grands feudataires du
Moyen Âge. Plus généralement, J. Woods-Marsden note, en citant Mantoue et
Torrechiara, que les hommes s’emparant du pouvoir par la force aimaient à faire
peindre à fresque sur les murs de leurs palais les châteaux conquis ou
construits
[35],
prêtant à l’image une valeur démonstrative et emblématique qui étayait leur
souci de pérennité. De même les vingt-trois
rocche bâties dans le duché d’Urbino : à la
réalité de leur rôle défensif expliqué par la présence, dans la région, de
nombreux États souverains (ou quasiment) et rivaux, et par la situation du
duché sur les voies reliant les États pontificaux au Nord-Est de la
Péninsule
[36]
répondait la symbolique, somme toute médiévale, du pouvoir, sous-tendue par le
maillage du territoire grâce à ces nombreuses constructions qui s’enracinaient
dans la terre ancestrale, celle-ci fondement de toute autorité et de toute
identité seigneuriales.
Cette dimension emblématique que la souveraineté prêtait à
l’architecture militaire était tout aussi éloquente dans la forteresse qui
dissuade avant de défendre, quand il s’agissait moins de se protéger d’un État
que de se protéger soi-même et sa propre cour, selon les principes, chers à la
tyrannie, de la défiance et du repli sur soi : Alberti ne s’y était pas trompé,
qui affirmait
[37] que
ce genre de demeure fortifiée caractérise le pouvoir d’un tyran en opposition
au palais, demeure ouverte du monarque, personnage pacifique et éclairé, selon
une dichotomie marquée au coin de l’esprit mercantile et républicain. À travers
la forteresse urbaine, le pouvoir se montrait, quoique de façon abrupte et sans
scrupule, à la foi par menace et par défi, comme un double signe
d’avertissement et de mépris – lequel bien souvent, on le sait, n’est autre que
l’expression de la peur. Partant de là, Fr. Cardini a pu écrire : « Il ne faut
cependant pas sous-évaluer le fait que le château princier urbain est
prudemment érigé à la périphérie de la ville, de façon que son enceinte
défensive se greffe en partie sur les courtines des fortifications urbaines
»
[38], ce qui permet
ainsi un repli commode et rapide sur la campagne. Plutôt que dans le palais
communal, les Gonzague de Mantoue préférèrent s’installer dans le château
Saint-Georges, puissamment fortifié, bâti à la fin du XIV
e
siècle ; sa situation à un angle de la cité faisait que la cour des souverains
était une ville « à côté de la ville », sans contact avec elle
[39]. Ercole d’Este,
viscéralement méfiant dit-on vis-à-vis de son peuple, choisit pour résidence la
Torre del Leone de son château de Ferrare ; de même les Sforza dans le Castello
Sforzesco de Milan, ou les Malatesta dans la Rocca Malatestiana de
Rimini
[40]. Semblables
choix se révélaient lourds de significations ; dans un contexte troublé, ils
soulignaient la puissance du monarque et imposaient aux sujets, par l’image de
la forteresse de type féodal, l’idée même de la souveraineté
[41], y compris dans ses
dimensions magico-sociales, un prince qui s’enferme étant un prince qui
s’isole. À tel point que ce genre de construction fortifiée à un angle de la
ville devint une règle architecturale que les maîtres d’œuvres recommandaient à
leurs commettants. Les éléments militaires de la forteresse, en sus de leur
caractère strictement défensif, finirent par traduire « le vocabulaire du
discours du pouvoir que la demeure princière adresse aux sujets citadins
»
[42]. Il y avait,
cautionnée par l’autorité d’Aristote, convergence entre le principe même de la
souveraineté de type monarchique et l’éloignement, sinon le rejet du
peuple
[43]. On se
trouvait là au cœur de la fonction représentative de l’architecture qui, au
Quattrocento comme à toutes les époques et en toutes contrées, était
l’expression spatiale de la souveraineté et de son enracinement dans un temps
historique plutôt qu’individuel.
* * *
Intégrée dans un système temporel, la souveraineté italienne du
XV
e siècle élaborait aussi ses représentations à travers
le mythe. Celui-ci qui, comme l’écrit Cl. Lévi-Strauss, « se rapporte toujours
à des événements passés »
[44], puisait dans la figure médiévale du prince
chevaleresque entretenu par le modèle dominant de la cour bourguignonne. Cette
dernière vouait un véritable culte aux chevaliers, ce que proclamaient sans
équivoque la folie des tournois qui y régnait comme la fondation, en 1430, de
l’ordre de la Toison d’Or, ou encore le contenu de la bibliothèque des
ducs
[45] – il importe
ici de remarquer que celle des Gonzague à Mantoue comportait un nombre
appréciable de romans arthuriens français. Par besoin de référent, la
souveraineté, et la cour qui procédait d’elle, relevait encore au
XV
e siècle d’une rhétorique dont la symbolique autant que
le vocabulaire se fondaient sur l’épopée, laquelle était constamment présente,
à la fois dans le discours sur le pouvoir et dans ses représentations imagées,
le transformant en objet de fable. La dignité chevaleresque du reste, « était
un des signes de l’appartenance au groupe des puissants »
[46]. Comme les siècles médiévaux avant lui,
le Quattrocento plaçait la figure du prince chevalier sous le patronage des
saints militaires (Michel, Georges, Longin, Maurice, Térence, Martin,
Chrysogone) dont la fonction première était celle d’un exorcisme sacralisant un
mythe qui avait pour revers la violence, le versement du sang et la mort
foudroyante sans possibilité de recevoir les derniers sacrements. Les
représentations de ces saints demeurent nombreuses dans la peinture et la
sculpture du XV
e siècle, et renvoient parfois directement
au métier des armes. La Mantoue des Gonzague, eux-mêmes condottieri, était
placée sous la double protection des deux saints militaires Georges et Longin ;
lorsque après la bataille de Fornoue Mantegna exécuta sur commande de Francesco
II Gonzaga, le chef des troupes alliées contre Charles VIII, la
Vierge de la Victoire, il plaça le
marquis devant la figure des deux saints dont il se posait en digne épigone.
Cependant, malgré le désir récurrent de croisade aiguillonné un temps par la
tentative de rapprochement entre les Églises d’Orient et d’Occident (Niccolo
III d’Este usa de toute son influence pour que le concile de Bâle fût transféré
dans sa ville de Ferrare), puis par la chute de Constantinople, il ne semble
pas que l’on puisse réellement parler, tant à propos de ces figures de saints
qu’au sujet des souverains auxquels elles pouvaient se rapporter, de
Miles Christi
[47]: outre que ce désir de croisade aura tôt
fait de s’enliser dans les méandres de la politique intérieure des États
d’Italie
[48], le
modèle chevaleresque, une fois cautionné par la religion, demeura
essentiellement profane, lié à l’image épique de la guerre et à la position
sociale et culturelle des condottieri.
Pisanello, artiste éminemment curial qui travailla pour la
plupart des grandes familles régnantes (les Gonzague, les Este, les Aragon, les
Visconti, les Malatesta et les papes), se trouvait, sur le plan de la
représentation, au cœur du mythe chevaleresque ; les humanistes courtois, au
premier rang desquels Bartolomeo Fazio
[49], ne s’y étaient pas trompés, qui avaient fait de lui
le plus grand artiste de la première moitié du siècle, et avaient couvert
d’éloges sa peinture courtoise, négligeant dans le même temps l’apport d’un
artiste aussi novateur que Masaccio. Pour ces humanistes, une telle peinture
correspondait, dans la continuité qu’elle sous-tendait de l’Antiquité jusqu’à
l’Époque moderne, à des œuvres atemporelles, en phase avec la préoccupation
dynastique des princes ; il s’agissait là d’un « art dont le brillant et la
cohérence propre s’opposent radicalement à la
gravitas et à la
dignitas albertiennes »
[50]. Discours sur la vie courtoise et la
guerre, sur la figure épique – et rêvée – du chevalier forgée par le Moyen Âge,
les œuvres de Pisanello se lisent comme autant de tentatives de crédibiliser un
univers mythique, et permettent de ce fait un développement de l’
ekphrasis ou description. Guarino de Vérone et
ses élèves s’y essayèrent
[51] faisant, exemple entre mille, ressortir la noblesse
de saint Georges et son allure martiale dans la fresque de Sant’ Anastasia à
Vérone, ces
ekphraseis étant aussi
indirectement éloges de la souveraineté princière, ou du prince idéal. Les
fresques de Pisanello au palais ducal de Mantoue, auxquelles il a été fait
allusion plus haut, indiquent bien la force de persuasion de l’image dans le
cadre délimité par le mythe. Leur inspiration, conforme à l’idéal chevaleresque
d’un prince qui était aussi un homme de guerre, puise dans le cycle épique
arthurien
[52]. Les
scènes de banquet et de tournoi y esquissent un véritable programme historique
et dynastique en plein accord avec la conception continue du temps qui
prévalait encore dans l’humanisme courtois, puisque Ludovico Gonzaga et son
père Gianfrancesco y apparaissent aux côtés des héros de la Table Ronde dans
une épopée à la gloire de la chevalerie traditionnelle (Ludovico était depuis
peu membre de l’ordre allemand du Cygne) où chevaux et hommes d’armes
envahissent comme autant de
signes le
champ pictural sans profondeur, comme ils le feraient du champ sémantique dans
le discours des humanistes sur la peinture et la souveraineté, pour le plus
grand bonheur de l’
ekphrasis. Dans un
esprit analogue où les représentations de batailles mythiques prenaient valeur
d’
exempla, Sigismondo Malatesta
faisait décorer son palais de tentures montrant les batailles de
Charlemagne.
* * *
La souveraineté italienne au XV
e siècle
était tout sauf figée. L’espace politique de la Péninsule recelait trop de
diversités, le temps du Quattrocento se chargeait de trop d’évolutions pour que
cette souveraineté ne fût pas travaillée en profondeur par la multitude de
circonstances et d’occurrences historiques induisant des bouleversements ou,
plus souvent, des mutations qui, pour être souterraines, ne s’en révélèrent pas
moins décisives. Le rôle joué par les transformations de la situation militaire
s’avéra à cet égard déterminant : la paix de Lodi d’abord, entraînant une
diminution notable du nombre de conflits, puis l’explosion brutale à la fin du
siècle, déclenchée par l’intervention française, modifièrent considérablement
les données guerrières, essentielles à cette époque dans le principe de
souveraineté, en même temps que les techniques et la stratégie militaires
elles-mêmes évoluaient. Les condamnations réitérées, notamment par
Machiavel
[53], des
chimères chevaleresques où la guerre était censée se confondre avec sa
représentation en un jeu de tournoi, et les partis pris du même Machiavel sur
l’obsolescence de la cavalerie (il écrit, à propos de la bataille de Zagonara :
« Cependant, lors d’une telle bataille, fameuse dans toute l’Italie, ne
moururent que Ludovico degli Obizzi et deux des siens qui, tombés de cheval, se
noyèrent dans la boue », et de celle d’Anghiari : « Durant une bataille qui
dura quatre heures et lors d’une telle défaite, il n’y eut qu’une victime :
elle ne mourut pas de quelque glorieuse blessure mais, tombée de cheval, fut
piétinée »
[54]),
sonnèrent le glas d’une certaine forme de souveraineté princière fondée sur la
collusion de la guerre, du mythe et de l’épopée, dont il serait trop simple
d’affirmer qu’elle n’était qu’un reliquat du Moyen Âge, ou l’immobilisme d’une
caste crispée sur les valeurs désormais désuètes qui l’avaient forgée. Car ce
mythe chevaleresque affectait aussi les républiques. Dans sa contribution à
l’ouvrage
Guerro e guerrieri nella Toscana del
Rinascimento, Fr. Cardini a montré de manière convaincante que
nonobstant le caractère républicain de la ville, Florence était restée
profondément marquée par la chevalerie et ses mythes pendant tout le
XIV
e siècle et une grande partie du
XV
e
[55], ce qui s’expliquait notamment par la francophilie
traditionnelle de la cité du lys et l’importance accordée au mythe de sa
refondation par Charlemagne après sa destruction par Totila, roi des
Goths
[56]. C’est ainsi
que dès le XIV
e siècle, la bourgeoisie dominante s’y était
appropriée les privilèges de l’ancienne aristocratie : les titres,
l’adoubement, les jeux, les goûts pour la poésie courtoise et épique, les
symboles, etc.
[57].
Quoi qu’il en soit, à Florence comme dans les autres États de la Péninsule
(bien qu’un peu plus tardivement), on constate que le héros chevaleresque pris
comme référent de la souveraineté s’effaçait peu à peu devant les grands
capitaines de l’Antiquité : ainsi les peintures de la Salle des Lys au Palazzo
Vecchio, ou celles de la salle des fresques du palais ducal d’Urbino – le duc
de Montefeltro était d’ailleurs comparé par Vespasiano da Bisticci à ces
capitaines romains. Dans une optique similaire de distanciation vis à vis des
mythes médiévaux liés au principe de souveraineté, on ne peut manquer de
relever l’évolution du thème pictural des Rois mages. L’un de leurs caractères
majeurs, singulièrement à Florence
[58] où leurs fêtes s’accompagnaient toujours d’un
grandiose défilé, était le cortège qu’ils formaient avec leur suite, cette
longue procession s’étirant sur les chemins de la perspective dans les
peintures, nombreuses, qui les mettent en scène (songeons aux cortèges dans les
Adorations de Gentile da Fabriano,
Lorenzo Monaco, Benozzo Gozzoli, Domenico Veneziano, Fra Angelico, Filippo
Lippi, Andrea Mantegna…)
[59]; on remarque à la fin de ce siècle et au début du
suivant que cette souveraineté en représentation perd une partie de sa superbe
en perdant son cortège (chez Léonard de Vinci, Corrège, Raphaël, etc.)
[60].
Parallèlement, s’esquisse une transformation bien connue qui,
si elle n’était pas propre à l’Italie, y intervint beaucoup plus tôt
qu’ailleurs : celle qui faisait des forteresses des palais, marquant à la fois
le recul d’un certain type de guerres, généralement appelées féodales, mais
aussi de conflits sociaux intra-urbains, et l’abandon progressif de
l’emblématique militaire de la puissance et de la souveraineté. On assignait de
plus en plus aux forteresses une fonction strictement défensive, le lieu
d’élection du pouvoir devenant le palais, ouvert sur la cour en représentation
et sur le domaine où s’exerçait la souveraineté. Le paradigme en fut le palais
ducal d’Urbino ; on pourrait aussi mentionner l’abandon, par Federico Gonzaga,
du Castel San Giorgio de Mantoue pour la
Domus
Nova, édifiée dans les années 1480, ou la construction pour le duc
de Calabre, fils du roi Ferrante, de la villa de Poggio Reale, archétype de la
demeure de campagne
ouverte, promise à
un bel avenir. Cette mutation architecturale recouvrait en fait celle des
souverains eux-mêmes qui, tout condottieri qu’ils fussent, cherchaient de plus
en plus à montrer d’eux une image d’hommes cultivés et pacifiques. Pacifisme
qui ne doit cependant pas nous aveugler, comme le montre cette affirmation de
Machiavel extraite du
Prince
[61]: « (Celui-ci) ne doit avoir d’autre
objet ni d’autre pensée ni choisir d’autre chose quant à son métier hors de la
guerre, des institutions et de la discipline militaires ». Les guerres d’Italie
il est vrai étaient passées par là, favorisant les audacieux aguerris, comme le
montre l’exemple auquel Machiavel songeait, de César Borgia. Il y avait loin
désormais entre les écrits d’un Leonardo Bruni ou d’un Matteo Palmieri
[62], et ceux d’un Machiavel
pour qui le soldat n’était qu’un pion dans les jeux de rivalités de puissance
et d’ambition auxquels les princes se livraient. Ceux-ci dorénavant, et c’était
là l’aboutissement quasi inévitable de l’évolution du principe de souveraineté
au XV
e siècle italien, s’affirmaient essentiellement à
travers le pouvoir curial et
dynastique, l’exemple des Médicis allait
amplement le montrer.
[1]
Cité par E. GARIN,
L’éducation de
l’homme moderne. 1400-1600, trad. fr., Paris, 1968, p.
114-115.
[2]
E. GARIN,
Moyen Âge et
Renaissance, trad. fr., Paris, 1969, p. 95.
[3]
Cf. M. BAXANDALL, A dialogue on art from the court of Leonello
d’Este : Angelo Decembrio’s
De politia literia
Pars LXVIII,
Journal of the Warburg
and Courtauld Institutes, t. 26, 1963, p. 304 s.
[4]
Voir dans
Latinae
Epistolae, éd. L. MEHUS, Florence, 1759, VII, 3, le témoignage
d’Ambrogio Traversari, qui visita l’école en juillet 1435. Cité par M.
BAXANDALL,
Les humanistes à la découverte de la
composition en peinture.
1340-1450, trad. fr., Paris, 1989, p. 158. Voir
aussi GARIN,
L’éducation, p.
133-135.
[5]
VESPASIANO DA BISTICCI,
Vite di
uomini illustri del secolo XV, éd. P. D’ANCONA et E. AESCHLIMANN,
Milan, 1951, particulièrement les p. 191 (sur sa jeunesse), 206-209, 210-213
(sur sa bibliothèque) et 214.
[6]
Id., p. 191 et
206.
[7]
MACHIAVEL,
Œuvres, éd.
C. BEC, Paris, 1996, p. 179-620.
[8]
Dans le décor du
studiolo du palais d’Urbino, sur la paroi ouest,
figure une partition ouverte avec ces mots : « Federico, le plus grand des
capitaines italiens, à l’extérieur comme à la maison, guerroyant et cultivant
les Muses ». L. CHELES,
Lo studiolo di
Urbino.
Iconografia di un microcosmo
principesco, trad. ital., Ferrare, 1991, p. 57.
[9]
M. MALLETT, Le condottiere,
L’homme de la Renaissance, sous la dir. de E.
GARIN, trad. fr., Paris, 1990, p. 76. Par surcroît, « les condottieri pouvaient
exiger des avances substantielles en espèces avant de se mettre en campagne
avec leurs troupes » (p. 76).
[10]
LÉON-BATTISTA ALBERTI,
Momo o del
principo, éd. R. CONSOLO, Gênes, 1986, p. 291.
[11]
COLUCCIO SALUTATI,
Invectiva Lini
Salutati in Antonium Luschum Vicentinum, éd. D. MORENI, Florence,
1826, p. 182. Cité par H. BARON,
The crisis of
the early Italian Renaissance, t. 1, Princeton, 1966, p.
331.
[12]
GREGORIO DATI,
L’Istoria di
Firenze dal 1380 al 1405, éd. L. PRATESI, Norcia,
1904.
[13]
ARISTOTE,
Les
Politiques, éd. P. PELLEGRIN, Paris, 1990, p. 92 : « Or l’homme naît
pourvu d’armes en vue d’acquérir prudence et vertu ». CICÉRON,
De offiiis (
Des devoirs), éd. C. APPUHN, Paris, 1967, p.
140-141 : « Pour en revenir à la guerre, elle doit être entreprise dans des
conditions telles qu’on voie que c’est la paix et la paix seulement qui en est
le but ». SAINT AUGUSTIN,
Quaestiones in
Heptateuchum,
P.L., t. 34,
col. 780-781.
[14]
FRANCESCO GUICCIARDINI,
Histoire
d’Italie, éd. J.L. FOURNEL et J.C. ZANCARINI, t. 1, Paris, 1996, p.
4.
[15]
Dans
Prosatori latini del
Quattrocento, éd. E. GARIN, Milan, 1952, p. 718-721.
[16]
Le législateur prudent (l’écureuil), éclairé par sa vie
active/contemplative (les compartiments symétriques du paysage), subvient au
bien-être (les fruits dans la corbeille) de son État (le paysage, qui est celui
de la campagne urbinate). W. LIEBENWEIN,
Studiolo.
Storia e
tipologia di uno spazio culturale, trad. ital., Modène, 1988, p.
211-212. Voir également L. CHELES, The inlaid decorations of Federico da
Montefeltro’s Urbino studiolo : an iconographic study,
Mitteilungen des kunsthistorischen Institutes im
Florenz, t. 26, 1982, p. 1-46, et M.G. CIARDI DUPRÉ, Considerazioni
e ipotesi sulle tarsie dello studiolo di Federico di Montefeltro a Urbino,
Città e corte nell’Italia di Piero Della
Francesca. Atti del Convegno Internazionale di Studi Urbino,
1992, Venise, 1996, p.
54.
[17]
COLUCCIO SALUTATI,
Epistolario, éd. F. NOVATI, t. 1, Rome, 1893, p.
213-218.
[18]
« Les États devenant des unités de plus en plus étroitement
enchevêtrées et la vie de cour étant florissante, il était impératif, même pour
des chefs militaires, de maîtriser ces formes de contrôle », B. KEMPERS,
Peinture,
pouvoir et mécénat, trad. fr., Paris,
1997, p. 232.
[19]
« Il convient de le rappeler, le point capital de son projet (à
Federico) est de substituer à l’image de la guerre celle de la paix, et au
bruit de la violence la douce musique de la poésie », C. BO,
Le palais ducal d’Urbino, trad. fr.,
Paris, 1988, p. 4.
[20]
Tel est le point de vue de L. PARTRIDGE et R. STARN,
Arts of Power, Berkeley-Oxford, 1992,
p. 89.
[21]
G. LANZA TOMASI,
Il ritratto del
condottiere, Turin, 1967, évoque à ce propos, p. 227, « la
supériorité de l’individu sur les droits du sang ».
[22]
« La vertu chez eux (les Romains) n’a point d’autre nom que le
nom même du courage et […] le terme générique ne se distingue pas du terme
particulier de “courage”. », PLUTARQUE,
Vie de
Coriolan,
Vies parallèles,
éd. J. SIRINELLI, Paris, 1995, p. 242.
[23]
Cf. C.M. ROSENBERG, The double portrait of Federico and
Guidobaldo da Montefeltro : Power, wisdom and dynasty,
Federico di Montefeltro:
Lo stato,
La cultura,
Le arti, éd. G. CHITTOLINI et P.
FLORIANI, t. 2, Rome, 1986, p. 213-222.
[24]
Cf. G. IANZITI, Patronage and the production of history : the
case of Quattrocento Milan,
Patronage, art and
society in Renaissance Italy, éd. F.W. KENT, P. SIMONS, J.C. EADE,
Oxford, 1987, p. 299-311.
[25]
Voir ARISTOTE,
Les
Politiques, p. 272 : « Quand donc il arrive à tout un lignage ou
même à un individu de l’emporter en vertu au point que la sienne excède celle
de tous les autres, alors il est juste que ce lignage ait le pouvoir royal et
soit souverain en toutes choses […] ».
[26]
Op. cit., p. 191.
Vespasiano compare la prudence du duc à celle de Fabius
Maximus.
[27]
D. ARASSE,
L’Art
italien, sous la dir. de P. MOREL, t. 1, Paris, 1997, p. 172. On
retrouve dans cette conception lignagère du pouvoir, la structure
lévistraussienne du mythe qui « se rapporte simultanément au passé, au présent
et au futur » (Claude Lévi-Strauss).
[28]
Pour ce dernier exemple, cf. V. SALMI, Gli affreschi del
palazzo Trinci a Foligno,
Bollettino
d’Arte, t. 13, 1919, p. 139-180. En ce qui concerne les fresques de
La Manta, l’attribution à Giacomo Jaquerio est aujourd’hui en partie
contestée.
[29]
Vie de Coriolan, p. 250. Il est vrai qu’il ajoutait aussitôt
après : « Mais il est encore plus beau de savoir se passer des richesses que
d’en faire bon usage ».
[30]
Cf. J.H. BENTLEY,
Politics and
culture in Renaissance Naples, Princeton, 1987.
[31]
Parmi les ouvrages traitant du palais, l’un des plus complets
demeure encore P. ROTONDI,
Il palazzo ducale di
Urbino, 2 vol., Urbino, 1950-1951.
[32]
Fr. CARDINI, Un bellissimo ordine di servire »,
Le corti italiane del Rinascimento,
sous la dir. de S. BERTELLI, Milan, 1985, p. 84, parle à ce sujet de «
ville-cour ».
[33]
CHELES,
Lo studiolo di
Urbino, p. 32.
[34]
« Federico, duc d’Urbino, comte de Montefeltro et de
Casteldurante, gonfalonier de la sainte Église romaine et généralissime de la
Confédération italienne a bâti cette maison depuis les fondations pour sa
gloire et sa postérité, lequel, maintes fois en guerre, combattit six fois en
bataille rangée, huit fois défit l’ennemi et, vainqueur en toute rencontre,
accrut son domaine. Dans la paix, sa justice, sa clémence, sa libéralité et sa
religion égalèrent et embellirent ses victoires. » Le
cortile date probablement de
1476.
[35]
Images of castles in the Renaissance : Symbols of
Signoria /Symbols of Tyranny,
Art Journal, t. 48, 1989, p. 131, col.
1 et 2. À Torrechiara, près de Parme, Pier-Maria Rossi, comte de Berceto et
marquis de San Secundo, homme de guerre et humaniste, avait fait peindre par
Benedetto et Bonifacio Bembo, vers 1460, dans la
Camera d’Oro de son château (dont il était
peut-être lui même l’architecte), les châteaux qu’il avait conquis ou édifiés –
pas moins de vingt !
[36]
Cf. L. BENEVOLO et P. BONINSEGNO,
Urbino, Rome-Bari, 1986.
[37]
Dans le
De re
aedificatoria (
Dell’architettura), éd. G. ORLANDI et P.
PORTOGHESI, Milan, 1996.
[38]
Op. cit., p. 80-82. De même, A. TÖNNESMAN, Le palais ducal
d’Urbino,
Architecture et vie sociale.
L’organisation des grandes demeures à la fin du
Moyen Âge et à la Renaissance. Actes du Colloque de Tours,
1988, Paris, 1994, p. 138-139, précise
: « Vers 1450, il était rare qu’un seigneur pût encore se fier à la loyauté de
ses sujets, et les conséquences sur l’architecture princière étaient partout
identiques. À partir du XIII
e siècle et plus encore au
XIV
e et au XV
e, les résidences
édifiées à l’intérieur des villes – il s’agissait surtout des palais des
podestà – furent abandonnées pour des
châteaux~forts situés à la périphérie. Ces châteaux-forts faisaient pour la
plupart partie du système de défense de la ville, mais fossés, tours et
créneaux étaient tout autant dirigés contre la ville elle-même
».
[39]
CARDINI,
op. cit., p.
84.
[40]
Que l’on voit représentée dans les médailles à l’effigie de
Sigismond Pandolphe Malatesta par Pisanello, ainsi que dans la peinture murale
de Piero della Francesca au Tempio Malatestiano de Rimini,
Sigismond Pandolphe Malatesta agenouillé devant
saint Sigismond.
[41]
WOODS-MARDSEN,
op.
cit., p. 131, col. 1.
[42]
CARDINI,
op. cit., p.
80.
[43]
Les Politiques, p. 386 : « La royauté, en effet, fut établie
pour servir aux honnêtes gens à se défendre contre le peuple ».
[44]
Anthropologie structurale, 2
e éd., Paris,
1974, p. 239. L’image par laquelle s’exprime la représentation est donc
inévitablement postérieure au fait qu’elle relate, qu’elle transcende ou
qu’elle transgresse, et s’inscrit pour cette raison dans un système
foncièrement diachronique.
[45]
Sur tout ceci, voir notamment l’ouvrage de R. VAUGHAN,
Valois Burgundy, Londres,
1975.
[46]
Fr. CARDINI, Cavalleria e vita cavalleresca,
Guerra e guerrieri nella Toscana del
Rinascimento, éd. Fr. CARDINI et M. TANGHERONI, Florence, 1990, p.
40.
[47]
Comme ce sera le cas, par exemple, pour le portrait équestre de
Charles-Quint par Titien, où la lance renvoie à saint Georges et à saint
Michel. Cf. E. PANOFSKY, Problems in Titian
,
Mostly iconografic, Londres, 1969, p. 85-87. Sur cette notion de
miles Christi, qui puise aux premiers
temps du Moyen Âge mais qui, dans son acception sémantique moderne, remonte
pour l’essentiel à l’époque de la première croisade, voir entre autres les
remarques de J. FLORI,
Chevaliers et chevalerie
au Moyen Âge, Paris, 1998, p. 196.
[48]
« On note avec intérêt que les grands condottieri italiens
montrèrent peu d’enthousiasme, au XV
e siècle, pour aller
combattre les Turcs dans les Balkans », MALLETT,
op. cit., p. 61. Le messianisme de la fin du
siècle ne trouvera guère plus d’écho martial auprès des condottieri, qui
préféraient à une aventure à l’issue incertaine la tranquillité d’une position
assurée dans la Péninsule.
[49]
Dans son
De viris
illustribus (
Bartholomaei Facii de
viris illustribus liber, éd. L. MEHUS, Florence, 1745), il consacre
un chapitre,
De pictoribus, aux
peintres de son temps, pour en retenir quatre, deux Italiens : Gentile da
Fabriano (autre peintre « courtois ») et Pisanello, et deux Flamands, Jan Van
Eyck et Rogier van der Weyden. On pourrait objecter que la position de Fazio à
la cour de Naples le tenait quelque peu à l’écart des nouveautés apparues au
nord de Rome, et que son intérêt pour la peinture flamande était purement
courtisan, répondant au goût des Aragon ; il n’empêche qu’avant son
installation à Naples (1444), Fazio avait été longtemps en relation étroite
avec la Toscane. Discussion dans BAXANDALL,
op.
cit., p. 126.
[50]
ARASSE,
op. cit., p.
171.
[51]
GUARINO DE VÉRONE,
Epistolario di
Guarino Veronese, t. 1, éd. R. SABBADINI, Venise, 1915 ; BASINIO DE
PARME,
Le poesie liriche di Basinio,
éd. F. FERRI, Turin, 1915.
[52]
Voir à ce sujet J. WOODS-MARDSEN,
The Gonzaga of Mantua and Pisanello’s Arthurian
Frescoes, Princeton, 1988.
[53]
Par exemple : « Les guerres devinrent si faibles qu’elles
commençaient sans crainte, continuaient sans danger et s’achevaient sans
dommage. De sorte que la valeur, qu’une longue paix étouffait d’ordinaire dans
les autres pays, fut étouffée en Italie par la lâcheté de ces guerres… »,
Histoire de Florence, p.
830.
[54]
Histoire de Florence, p. 796 et 870. On voit ce que la
similitude des décès peut avoir de suspect, et combien leur caractère
humiliant, associé à la condition de cavalier des victimes, relèvent
d’intentions polémiques hostiles à la cavalerie. Citant M. Malett, C. BEC
(
op. cit., p. LV) précise qu’Anghiari
aurait fait neuf cents morts et qu’en ce qui concerne Zagonara, « Machiavel
passe sous silence des pertes en fait considérables ».
[55]
Op. cit., en particulier, p. 39-40.
[56]
Démarquant la
Cronica
de Giovanni Villani et après Agnolo Acciaiuoli, ambassadeur de la république
auprès du roi de France Charles VII, Machiavel lui-même accrédite cette légende
dans son
Histoire de Florence, p. 702.
Dans ce même ouvrage (p. 941), il montre bien la fascination de Florence, du
moins des Médicis, pour la chose guerrière, en indiquant qu’à l’occasion des
noces de Laurent et de Clarice Orsini se déroulèrent « deux spectacles
guerriers : un combat de cavalerie et le siège d’une place ».
[57]
Par exemple, les
palle
(« boules ») qui ornaient les blasons de plusieurs magnats florentins (familles
Federighi, Foraboschi, Cipriani, Abati, Fifanti, Medicis) correspondaient aux
cabochons « qui fixaient le châssis à la partie externe des boucliers », C.
CRESTI et M. LISTRI,
Civilisation des villas
toscanes, trad. fr., Paris, 1992, p. 96.
[58]
Où la « Compagna de’ Magi » était particulièrement active et
comptait parmi ses principaux membres les Médicis. Voir R. HATFIELD, The
Compagni de’ Magi,
Journal of the Warburg and
Courtauld Institutes, t. 33, 1970, p. 107-161.
[59]
Sur ce thème et sa symbolique, on pourra utilement consulter
Fr. CARDINI,
La cavalcata d’Oriente,
Rome, 1991, qui développe une remarquable étude à partir des peintures de
Gozzoli à la chapelle des Mages du palais Médicis à Florence.
[60]
À Florence après 1470, la fête des Mages perdit de son
importance ; elle fut supprimée en 1494 par Savonarole. Cf. HATFIELD,
op. cit., p. 119.
[61]
Op. cit., p. 146.
[62]
Qui, en 1439, dans la polémique faisant rage sur l’emploi de
mercenaires ou de soldats citoyens, défendait ces derniers au nom de l’honneur
et de la gloire. MATTEO PALMIERI,
Vita
civile, éd. G. BELLORI, Florence, 1982, p. 185. LEONARDO BRUNI,
Historiae,
Rerum Italicarum Scriptores, éd. E.
SANTINI, t. 19, 2, p. 186, et
Laudatio
Florentinae Urbis, éd. Th. KL E T T E,
Beiträge zur Geschichte und Literatur der italienischen
Gelehrtenrenaissance, t. 2, 1889, p. 97. Ces auteurs gardaient le
souvenir idéalisé des milices communales. Quant à la polémique, elle était
elle-même une resucée antique : dans l’
Éthique de
Nicomaque, éd. J. VOILQUIN, Paris, 1965, p. 83, par exemple,
Aristote juge les soldats citoyens plus courageux que les soldats de métier et
se fonde sur l’exemple de Périclès vu à travers
Thucydide.