2003
Le Moyen Age
Une réussite : les moines du Der, 673-1790
• Pierre Alain MARIAUX, Warmond d’Ivrée et ses images. Politique et création
iconographique autour de l’an mil, Berne, Lang, 2002 ; 1 vol. in-8°, XIV-279 p., pl.,
fig. (Publications universitaires européennes, Sér. 28, Histoire de l’art, 388). ISBN :
3-906768-88-0. Prix : € 49,00.
• Medieval Frontiers : Concepts and Practices, ed. David ABULAFIA et Nora BEREND,
Aldershot, Ashgate, 2002 ; 1 vol., 308 p. ISBN : 0754605221. Prix : GBP 47,50. Identitad y representación de la frontera en la España medieval (siglos XI-XV), éd.
Carlos DE AYALA MARTINEZ et Philippe JOSSERAND, Madrid, Casa de Velásquez, 2001 ;
1 vol., X-341 p. (Coll. de la Casa de Velazquez, 75).
• Ute VON BLOH, Ausgerenkte Ordnung. Vier Prosaepen aus dem Umkreis der Gräfin
Elisabeth von Nassau-Saarbrücken : Herzog Herpin, Loher und Maller, Huge
Scheppel, Königin Sibille, Tübingen, Niemeyer, 2002 ; 1 vol. in-8°, VIII-473 p., ill.
(Münchener Texte und Untersuchungen zur deutschen Literatur des Mittelalters, 119).
ISBN : 3-484-89119-X. Prix : € 58,00 ; CHF 96.
• CAMILLO LEONARDI, Les pierres talismaniques (Speculum lapidum, livre III), texte,
traduction, commentaire et annotations par Claude LECOUTEUX et Anne
MONFORT, Paris, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 2002 ; 1 vol. in-8°, 275
p. (Traditions et Croyances). ISBN : 2-84050-237-2. Prix : € 24,00.
• Les reliques. Objets, cultes, symboles. Actes du colloque international de
l’Université du Littoral-Côte d’Opale (Boulogne-sur-Mer), 4-6 septembre 1997,
éd. Édina BOZÓKY et Anne-Marie HELVÉTIUS, Turnhout, Brepols, 1999 ; 1 vol., 336 p.
(Hagiologia, 1). ISBN : 2-503-50844-8. Prix : € 55,00.
• Herrschaft, Ideologie und Geschichtskonzeption in Alexanderdichtungen des
Mittelalters, éd. Ulrich MÖLK, coll. Kerstin BÖRST, Ruth FINKH, Ilja KUSCHKE et Almut
SC H N E I D E R, Göttingen, Wallstein Verlag, 2002 ; 1 vol. in-8°, 420 p.
(Veröffentlichungen aus dem Göttinger Sonderforschungsbereich 529, Internationalität
nationaler Literaturen, Serie A, Literatur und Kulturräume im Mittelalter, 2).
ISBN : 3-89244-620-2. Prix : € 45,00 ; CHF 74.
• The Dream of Bernat Metge, trad. Richard VERNIER, Aldershot, Ashgate, 2002 ; 1 vol.
in-8°, XXXVII-87 p., ill., bibl., index. ISBN : 0-7546-0691-0. Prix : GBP 35,00 ;
USD 59,95.
• ALEXANDRE NECKAM, Suppletio Defectuum, Liv. 1, Alexander Neckam on plants, birds
and animals. A Supplement to the Laus Sapientie Divine, ed. from Paris, B.N.
Lat., Ms. 11867, par Christopher J. MCDONOUGH, Florence, SISMEL-Edizioni del
Galluzzo, 1999 ; 1 vol. in-8°, LXXXVI-185 p. (Per verba, Testi mediolatini con
traduzione, 12). ISBN : 88-87027-37-4. Prix : € 38,73.
• JAN RUUSBROEC, Dat Rijcke der Ghelieven, introd. et éd. J. ALAERTS, trad. angl.
H. ROLFSON, trad. lat. L. SURIUS, Turnhout, Brepols, 2002 ; 1 vol., 511 p. (Corpus
christianorum, Continuatio Mediaevalis, 104 ; Opera omnia, 4), ISBN : 2-503-04042-X.
Prix : € 200,00.
• JAN RUUSBROEC, Een spieghel der eeuwegher salicheit, éd. G.DE BAERE, introd.
P. MOMMAERS, trad. angl. A. LEFEVERE, trad. lat. L. SURIUS, Turnhout, Brepols, 2001 ;
1 vol., 489 p. (Corpus christianorum, Continuatio Mediaevalis, 108 ; Opera omnia, 8).
ISBN : 2-503-04082-9. Prix : € 190,00.
• Las Siete Partidas, éd. Robert I. BURNS, S.J., trad. Samuel PARSONS SCOTT, 1. The
medieval Church : The world of clerics and laymen, 2. Medieval government :
the world of kings and warriors, 3. Medieval law : Lawyers and their work,
4. Family, commerce and the sea : the worlds of women and merchants,
5. Underworlds : the dead, the criminal and the marginalized, Philadelphie,
University of Pennsylvania Press, 2001 ; 5 vol., LXIX-p. 1-266 + XXXII-p. 267-531
+ XLVII-p. 533-876 + LVII-p. 878-1174 + LX-p. 1175-1484, index (The Middle Ages
Series). ISBN : 0-8122-1737-3. Prix : USD 135 ; GBP 94,50.
• Les Gestes des évêques d’Auxerre, t. 1, sous la dir. de Michel SOT, éd. Guy LOBRICHON
et Monique GOULLET, intr., trad. et notes par Pierre BONNERUE et al., Paris, Les Belles
Lettres, 2002 ; 1 vol. in-8o, LVII-336 p., pl., carte (Les Classiques de l’Histoire de France
au Moyen Âge, 42). ISBN : 2-251-34053-X. Prix : 28,00.
• Sermoneta e i Caetani. Dinamiche politiche, sociali e culturali di un territorio tra
medioevo ed età moderna. Atti del Convegno della Fondazione Camillo
Caetani, Roma-Sermoneta, 16-19 giugno 1993, éd. Luigi FIORANI, Rome, L’Erma di
Bretschneider, 1999 ; 1 vol. gr. in-8o, 701 p. (Pubblicazioni della Fondazione Camillo
Caetani, Studi e documenti d’archivio, 9). ISBN : 88-8265-091-X. Prix : € 186,00.
Pierre Alain MARIAUX, Warmond d’Ivrée et ses images. Politique et création
iconographique autour de l’an mil, Berne, Lang, 2002 ; 1 vol. in-8°, XIV-279 p., pl.,
fig. (Publications universitaires européennes, Sér. 28, Histoire de l’art, 388). ISBN :
3-906768-88-0. Prix : € 49,00.
Le codex LXXXVI de la Bibliothèque Capitulaire d’Ivrée contient le sacramentaire
dit de Warmond, célèbre pour la richesse et l’abondance de son iconographie. Une
image en particulier (f° 160 v°) montre la Vierge – une femme couverte d’un voile et
la tête nimbée – qui couronne un homme légèrement incliné devant elle. Une légende
disposée dans un cadre autour de l’image évoque le don du diadème au César Otton
pour la bonne défense de l’évêque Warmond. L’A. part de l’interprétation donnée par
R. Deshman en 1971 : l’image concernerait Otton III (la légende ne précise pas en effet
de quel Otton il s’agit) et serait une manifestation de l’idéologie de la renovatio imperii.
Prudemment mais méthodiquement l’A. avance des arguments pour une thèse très
différente. Il reprend l’ensemble de la carrière de Warmond d’une part et d’autre part
non seulement l’ensemble des images du sacramentaire mais aussi les autres
manuscrits commandités par cet évêque. Warmond devient évêque d’Ivrée vers 966 –
peut-être exerça-t-il une fonction à la cour auparavant – il reste que, au temps d’Otton
III, son épiscopat fort long touche à sa fin, une fin qui se situerait vers 1005-1006. Le
distique qui entoure le couronnement d’Otton évoque Warmond praesule facto ce qui
suppose qu’il fut défendu dans le contexte de son accession à l’épiscopat, donc plutôt
par Otton Ier que par Otton III. Mais l’ensemble des images permet de mieux cerner
trois figures fondamentales : la figure impériale, la figure épiscopale, la figure
mariale. En dehors d’Otton, d’autres souverains sont représentés soit en mauvaise
part : Hérode, Néron, Domitien, Dèce, soit en bonne part dans le cas de Constantin.
Mais l’A. ne voit pas dans l’image du baptême de Constantin une allusion à Otton III
et Sylvestre II mais plutôt l’héritage de la doctrine gélasienne des deux pouvoirs.
Peut-être cette doctrine « gélasienne » est-elle un peu surévaluée si on suit les travaux
récents de P. Toubert à ce sujet. La figure épiscopale est magnifiquement examinée
par le rapprochement très éclairant de différents textes de Grégoire le Grand et de
certaines images du sacramentaire. Rappelons que la Bibliothèque Capitulaire
d’Ivrée possède encore un manuscrit de la Règle pastorale copié en 680 pour un
évêque d’Ivrée ; or Warmond est tout entier pénétré de la doctrine de Grégoire le
Grand. Plusieurs images, originales, apparaissent comme l’écho et la reprise de
thèmes grégoriens venant de la troisième partie de la Règle pastorale et des Homélies
sur l’Évangile. On notera aussi un excellent passage sur les seins du Christ à partir des
Moralia in Job. D’ailleurs le sacramentaire comporte aussi une image de Grégoire en
tant qu’« auteur », ce qu’on trouve aussi dans d’autres sacramentaires mais jamais,
jusque là, semble-t-il, dans des sacramentaires d’origine italienne. Enfin la figure
mariale est présente à plusieurs reprises. Elle est directement héritière des
développements carolingiens ; en outre la cathédrale d’Ivrée est consacrée à la Vierge,
or Warmond fit aussi reconstruire sa cathédrale. Le croisement de ces trois figures
souligne avant tout l’exaltation de la fonction épiscopale, en particulier dans l’acte
essentiel de la consécration ; il souligne aussi l’émergence de certaines équivalences :
Marie et l’Église, le Christ et l’évêque, et la figure impériale n’apparaît pas du tout
dans un contexte de renovatio de l’antiquité romaine.
Quelques remarques de détail : pourquoi certains noms de ville sont-ils en italien,
Vercelli, Piacenza, alors que tous les autres noms sont en français, Ivrée, Novare,
Pavie, etc. ? La disposition des figures semble peu commode : pourquoi, par exemple,
les quatre éléments du ciboire de saint Ambroise de Milan ne sont-ils pas à la suite ?
La figure 18 montre-t-elle un couple nu dans une attitude grotesque ? Le contexte ne
pourrait-il pas suggérer Adam et Ève et la fécondité, ce qui pourrait renforcer la figure
impériale qui précède (p. 128).
Au total, ce très beau livre s’appuie sur une riche bibliographie et croise avec brio
à la fois l’histoire de l’art et l’histoire des textes au service d’une histoire de l’idéologie
très convaincante.
Bruno JUDIC
À l’ombre du pouvoir. Les entourages princiers au Moyen Âge. Études réunies par Alain MARCHANDISSE et Jean-Louis KUPPER, Genève, Droz, 2003 ; 1 vol. in-8°, 412 p. (Bibliothèque de la Faculté de Philosophie et Lettres de l’Université de Liège, 283). ISBN : 2-870-19-283-5.
Consacrer un colloque international à l’étude de ceux qui composaient au Moyen
Âge l’entourage des grands de ce monde, évêques et cardinaux, rois et princes
territoriaux, paraîtra peut-être démodé aux tenants de la Nouvelle Histoire. Force est
pourtant de constater qu’ils auraient bien tort de ranger cette étude au musée de
l’histoire hagiographique ou événementielle. L’approche prosopographique
préconisée ici permet en vérité une analyse très fine de la société politique du Moyen
Âge et plus exactement des groupes qui la composent, des tensions qui opposent
ceux-ci, des pressions qu’ils exercent et subissent. En un mot, comme il fut d’ailleurs
rappelé lors du colloque, au-delà des cadres institutionnels, c’est la chair humaine que
cette étude a cherché à flairer.
Ce volume n’est pas une simple compilation de monographies isolées. Bien au
contraire. Les différentes contributions permettent une véritable approche comparée
des entourages politiques médiévaux, dans le temps comme dans l’espace. On peut
ainsi saisir des évolutions dans la longue durée, depuis l’entourage des rois du
regnum Burgundiae au VIe siècle (R. Kaiser), en passant par la familia regis francorum (E.
Bournazel) des XIe et XIIe siècles jusqu’aux « conseillers et ministres » de Philippe le
Beau à l’aube des Temps modernes (J.M. Cauchies). À cette approche « verticale » ou
chronologique s’ajoute une analyse horizontale de la problématique qui permet, à
une époque donnée, de confronter l’entourage des rois d’Angleterre (Chr. Allmand
et J.Ph. Genet) avec celui des rois de France (Ph. Contamine) et des empereurs
germaniques (M. Kintzinger), ou encore de comparer les particularités régionales à
travers l’exemple des comtes de Savoie (B. Demotz), des ducs de Bretagne (M. Jones)
ou de la cour de Navarre (B. Leroy). Plusieurs contributions sont consacrées à
l’entourage des ducs de Bourgogne et fournissent là encore la possibilité de suivre in
vivo évolutions et mutations, ruptures et continuités dans l’entourage domestique,
politique et militaire de Jean sans Peur (B. Schnerb), d’Isabelle de Portugal (M.
Sommé), de Charles le Téméraire (W. Paravicini) et de Philippe le Beau. Enfin, on
soulignera qu’un parallèle peut également être tracé entre princes laïques et
ecclésiastiques à travers l’exemple d’un évêque de Cambrai (M. Maillard-Luypaert),
d’un prince-évêque de Liège (A. Marchandisse) ou encore de l’entourage des
cardinaux à Avignon (B. Guillemain).
Tout l’intérêt de cette étude des hommes, mais également des femmes, qui
entourent rois et princes réside, comme l’indique J.L. Kupper en conclusion, dans les
éléments « permanents » et « évolutifs » qui se dégagent des diverses expériences
présentées. D’une part, il y a l’importance continue accordée au rang (N. Bock), la
permanence du caractère militaire ou encore la fragilité d’un corps social toujours
soumis au bon vouloir d’un prince ou aux fluctuations des évènements politiques.
D’autre part, l’historien découvre dans la composition des entourages princiers
comme dans les missions qui leur sont assignées la traduction des mutations
politiques, économiques et intellectuelles du Moyen Âge. On peut ainsi évoquer le
rôle croissant des techniciens et, en particuliers des légistes, qu’entraîne la
redécouverte du droit romain (J. Richard), la professionnalisation des fonctions
qu’exigent des structures administratives et financières plus spécialisées ou encore,
conséquence de ce qui précède, l’arrivée d’hommes nouveaux dans des entourages
longtemps réservés aux seuls représentants des vieilles familles nobiliaires (G.
Croenen). À côté des nobles et des clercs apparaissent, avec l’émergence des villes,
des bourgeois qui recherchent, par l’anoblissement, la promotion sociale, des
serviteurs de l’État dévoués… et amovibles (M. Boone et M. Vandermaesen).
Étudier ceux qui entourent les puissants du Moyen Âge, c’est donc bien, comme
le souligne A. Marchandisse en introduction, faire de l’histoire politique, économique
et sociale, mais en s’intéressant aux hommes plutôt qu’aux cadres institutionnels. Un
exemple à suivre donc, aussi bien dans sa démarche intellectuelle que dans la
présentation exemplaire de ses résultats.
Serge DAUCHY
Jacques DALARUN, La Malaventure de François d’Assise : pour un usage historique
des légendes franciscaines, trad. fr. P. BEGUIN, Paris, Éditions franciscaines, 2002 ;
1 vol. in-8o, 286 p. ISBN : 2204074454. Prix : € 28,00.
La « question franciscaine » a pris une telle ampleur depuis son émergence dans
l’historiographie, à la fin du XIXesiècle, que sa présentation, fût-elle à destination de
« ceux qui sont dehors » ou des « débutants » (ainsi que le dit lui-même l’A., p. 17),
ne pouvait se satisfaire d’un article mais demandait bien un livre entier.
Tel est l’objet de ce petit ouvrage qui reprend le contenu d’une série de conférences
prononcées par J. Dalarun au cours de l’année universitaire 1994-1995 à l’université
du Sacré-Coeur de Milan. Délibérément, auteur et éditeur ont conservé au texte son
allure orale qui lui donne un ton vif et agréable à lire. L’A. prend soin de préciser en
avertissement qu’il n’a pas procédé à la mise à jour de la bibliographie, laquelle
continue cependant de fleurir sur le sujet, y compris sous sa propre plume. En dépit
de cette réserve, le volume rendra grand service à tous ceux – et ils sont nombreux –
qui, de près ou de loin, sont conduits à aborder cet événement central de l’histoire
occidentale : l’aventure franciscaine.
Qu’on ne s’y trompe pas : si J.D. propose au fil des pages quelques vues plus
personnelles sur le sujet, il s’emploie avant tout ici à reconstituer la stratification
complexe de la question franciscaine en véritable archéologue du savoir. Celle-ci, on
le sait, est née du titre d’un article de S. Minocchi, publié en 1902, qui résumait les
« vifs débats » déclenchés par les recherches de l’historien français P. Sabatier sur
saint François et les sources franciscaines. Or, il n’y a pas que le titre de l’article qui
ait fait mouche : il en allait de l’interprétation donnée à ce que l’historien pouvait
saisir de la vie du Poverello et de l’histoire du spectaculaire développement de son
ordre. Peut-on dire, comme l’affirme G. Merlo, que la « question franciscaine » a été
résolue par la riche contribution sur saint François et l’ordre des frères mineurs due
à la plume de G. Miccoli dans le tome 1 du second volume de la Storia d’Italia? On en
douterait presque à constater le rythme continu de la production historiographique
qu’elle continue de générer.
L’ouvrage de J.D. a le grand mérite de permettre au lecteur de s’orienter dans ce
dossier touffu, en brossant un vaste panorama bibliographique. Après la
présentation et le commentaire des grandes contributions de synthèse, en un premier
chapitre, suivi d’un deuxième consacré à des considérations méthodologiques, l’A.
s’engage dans une étude détaillée des principales sources franciscaines. Sont ainsi
abordées successivement l’œuvre de Thomas de Celano : Vita prima, Vita secunda et
le Traité des miracles, puis les recueils des compagnons (l’Anonyme de Pérouse, la
Légende des trois compagnons et la Légende de Pérouse). L’étude se clôt sur l’œuvre de
Bonaventure, censée apporter un point final à la question de la biographie de
François, si les sources antérieures n’avaient survécu à la consigne de destruction
donnée par le chapitre général de Paris en 1266, au terme de la rédaction de la Legenda
major. C’est face à cet opus que J.D., dans un jeu de mots dont il est coutumier, a
construit la « malaventure » de François qui donne son titre à l’ouvrage. Il s’agit de
réunir l’ensemble de tous les « rejets » de la « bonaventure », une reconstruction face
à laquelle l’A. nous met en garde : « pourvu que l’on n’aille pas imaginer que “le saint
d’Assiste y soit” exclusivement contenu » (p. 246).
Un ouvrage utile et stimulant, on l’aura compris…
Catherine VINCENT
Edward GRANT, God and Reason in the Middle Ages, Cambridge, Cambridge U.P.,
2001 ; 1 vol., IX-397 p. ISBN : 0-521-00337-7. Prix : € 26,30.
Il semble que l’œuvre d’E. Grant soit tout entière dominée par une idée centrale :
la civilisation occidentale moderne (et spécialement ses aspects scientifiques) a été
créée dans l’Europe médiévale. Dans cette perspective, ce nouveau livre d’E.G.
poursuit deux objectifs : montrer que le Moyen Âge a été un « Âge de Raison »
(condition d’émergence de cet autre Âge de Raison qui se développera au XVIIe siècle)
et, à l’inverse, expliquer comment et pourquoi ce même Moyen Âge s’est vu décerner
la réputation peu flatteuse d’un âge de superstition, de barbarie et d’ignorance.
Historien internationalement reconnu des sciences de l’époque médiévale, E.G.
(né en 1926) a enseigné à Indiana University et reçu en 1992 la prestigieuse médaille
Sarton. Il est l’auteur de nombreux travaux sur les sciences médiévales, dont un
ouvrage – traduit en français – sur
La physique au Moyen Âge
[1], prolongé récemment par
The Foundations of Modern Science in the Middle Ages : Their Religious, Institutional, and
Intellectual Contexts
[2] qui accentue encore la thèse de l’A. selon laquelle le Moyen Âge
tardif fut la véritable période de formation de la science moderne. Il se place de la sorte
dans le sillage ouvert, à la charnière des XIX
e et XX
e siècles, par le grand historien et
philosophe des sciences français P. Duhem, qui voyait dans certains théologiens
médiévaux (Oresme et Buridan) les précurseurs de Galilée. Cette thèse
« continuiste » s’oppose à la thèse « discontinuiste », brillamment illustrée par A.
Koyré, pour qui la Renaissance marque au contraire l’émergence véritable de la
science moderne grâce à la rupture avec la scolastique médiévale. E.G. a prolongé
également le travail de P. Duhem dans le domaine de l’histoire de la cosmologie en
proposant une somme sur l’astronomie, du XIII
e au XVII
e siècle,
Planets, Stars and
Orbs : The Medieval Cosmos, 1200-1687
[3].
God and Reason in the Middle Ages est un gros ouvrage de près de 400 pages, organisé
selon une répartition en sept chapitres, précédés d’une introduction et suivis d’une
conclusion. Il n’est pas possible ici de résumer de manière exhaustive le contenu de
ce livre (dont le sujet est avant tout la « raison » au Moyen Âge, beaucoup plus que
« Dieu et la raison »). Contentons-nous d’en parcourir les lignes de faîtes. Dans
l’introduction (p. 1-16), l’A. développe la manière dont il considérera la raison dans
son étude. Tout d’abord, il fait le constat que sans un usage rigoureux de la raison
pour interpréter les phénomènes naturels de notre monde physique, la société
occidentale n’aurait pu développer les sciences jusqu’à leur niveau actuel. La
question est donc quand, comment et pourquoi l’Occident a placé la raison au cœur
de sa vie intellectuelle, rendant ainsi possible par la suite le développement de la
science moderne ? À la question « quand ? », E.G. répond : dès le Moyen Âge tardif
(selon l’A., de 1100 à 1500). Mais cela ne nous dit pas encore ce qu’est la raison. Pour
la définir, l’A. l’oppose (classiquement) à la révélation. La grande différence toutefois
dans l’usage fait de la raison par les médiévaux et par les penseurs des XVIIe et XVIIIe
siècles est que les premiers maintenaient celle-ci dans les limites de la foi (jamais la
raison ne pouvait infirmer les vérités de la religion révélée), alors que les seconds
franchiront cette frontière. Pourtant, il y a un point commun entre les hommes du
Moyen Âge et ceux des XVIIe et XVIIIe siècles. E.G. prend l’exemple de Thomas
d’Aquin et de Voltaire. Tous deux soutenaient des idées fort différentes, mais ils ont
la profonde conviction que leurs croyances peuvent être démontrées par la raison. De
telle sorte que l’on peut dire avec C. Becker (cité p. 7) que « le XVIIIe siècle est un âge
de foi autant que de raison, et que le XIIIe siècle est un âge de raison autant que de foi ».
C’est à fournir une matière et des preuves argumentées à cette assertion que s’attache
E.G. dans son ouvrage.
Les trois premiers chapitres brossent l’histoire de la raison jusqu’au XIIIe siècle. Le
court chapitre I (p. 17-30) envisage le faible niveau de développement de la société
européenne pendant le haut Moyen Âge (400-1000) et l’émergence d’une nouvelle
civilisation dynamique en Europe occidentale à partir du XIe-XIIe siècle. Le second
chapitre (p. 31-82) montre comment la raison est devenue un facteur de plus en plus
important au cours de la période qui va de haut Moyen Âge au XIIe siècle. Le troisième
chapitre (p. 83-114) analyse les nouveaux éléments qui ont permis
l’« institutionnalisation » de la raison au sein de la civilisation européenne : à savoir
essentiellement les traductions gréco-arabes (tout particulièrement celles d’Aristote
qui marquent l’arrivée massive de ce dernier en Occident) et la création des
universités (point sur lequel E.G. insiste abondamment). Les trois chapitres qui
suivent montrent « la raison en action » : dans les domaines de la logique (à la faculté
des arts, p. 115-147), de la philosophie naturelle (également à la faculté des arts, p. 148-206), et de la théologie (cette fois-ci, comme il se doit, au sein de la faculté de théologie,
p. 207-282). Enfin, le chapitre VII étudie les assauts portés contre le Moyen Âge (p. 283-355). L’A. conclut (p. 356-364) en s’interrogeant une fois encore sur ce qui a permis à
la civilisation occidentale de développer les sciences plus loin qu’aucune autre
civilisation avant elle : la réponse est, selon E.G., dans ce rôle si fondamental accordé
dès le Moyen Âge à la raison. L’importance de la raison ne saurait-être surestimée au
Moyen Âge, c’est en fin de compte la leçon de cet ouvrage.
Benoît BEYER DE RYKE
La Saga de Charlemagne. Trad. fr. des dix branches de la Karlamagnùs saga
norroise, par Daniel W. LACROIX, Paris, Librairie générale française, 2000 ; 1 vol.,
919 p., bibl., index (Le livre de poche-La pochothèque). ISBN : 2-253-13228-4.
Cet ouvrage est la première traduction intégrale en français de la Karlamagnussaga.
C’est dire à quel point il comble un manque. Cette œuvre, on le sait, a été commandée
au début du XIIIe siècle par le roi Haakon IV Haakonarson, qui souhaitait voir
rassemblées et traduites en norrois un ensemble de chansons de geste françaises
relevant du Cycle du Roi et du Cycle de Guillaume d’Orange. Ce texte, remanié en
Islande à la fin du XIIIe siècle et au XIVe siècle, nous a été transmis en deux versions
distinctes (A et B) comprenant dix « branches ». Ces « branches » nous ont transmis
plus d’une fois des versions des chansons de geste distinctes de celles que nous livrent
les manuscrits en ancien français, et quelquefois même des chansons dont l’original
français a complètement ou partiellement disparu (la chanson de Mainet par exemple,
qui relate les enfances de Charlemagne, et dont il ne subsiste que des fragments).
Dans la présentation qu’il fait de cette œuvre (introduction générale et notices
particulières des branches), D.L. l’envisage comme un texte littéraire à part entière,
avec ses orientations esthétiques (recherche d’une « structure tragique ») et
idéologiques, distinguant à cet égard nettement la version B : voilà qui est nouveau,
cette saga ayant jusque-là été étudiée comme un simple témoignage sur des états
disparus de ses sources françaises. D.L. s’attache à rechercher une cohérence derrière
cet assemblage de matériaux épiques divers. Certes, on aurait parfois souhaité que
des notes plus abondantes signalent les transformations proprement scandinaves
que la saga fait subir à ces chansons de geste : détails de civilisation, modes de pensée,
façons de sentir, images spécifiques, habitudes de langage (ainsi, par exemple, p. 49,
195, 283). On peut regretter que l’inceste de Charlemagne ne soit pas perçu dans sa
dimension mythique. Mais, dans l’ensemble, ce travail colossal et difficile est
remarquablement accompli. En particulier, il se présente comme un modèle de
traduction scientifique. Chaque fois que le traducteur adopte une leçon qui ne
provient pas du manuscrit de base ou qui diffère de la leçon choisie par l’éditeur du
texte norrois, des signes typographiques appropriés le signalent (généralement des
crochets droits). Les noms propres sont traduits lorsqu’ils correspondent à des
personnages connus en Occident, mais la forme scandinave est donnée en note.
Certains termes techniques scandinaves (désignant des usages, des fonctions, etc…)
sont également indiqués en note. La discussion des hypothèses sur la constitution de
la saga est convaincante.
Il s’agit donc d’un livre important, dont la qualité scientifique est incontestable (il
faisait d’ailleurs partie du dossier présenté par l’A. en vue de son Habilitation à
diriger des recherches), et qui comble heureusement une lacune.
Dominique BOUTET
El mas català durant l’edat mitjana i la moderna (segles IX-XVIII), éd. Maria Teresa
FERRER I MALLOL, Josefina MUTGÉ I VIVES, Manuel RIU I RIU, Barcelone, CSIC, 2001 ;
1 vol. in-8°, XVI-659 p. («Anejos» de l’«Anuario de estudios medievales», 42). ISBN :
84-00-07943-4.
Réunissant les actes du colloque de Barcelone de novembre 1999, cet ouvrage
s’inscrit dans la longue durée et, par son sous-titre, l’interdisciplinarité : Aspects
archéologiques, historiques, géographiques, architecturaux et anthropologiques. Il est
impossible de rendre compte ici de la richesse de ce gros volume regroupant trois
conférences et 24 communications. Les conférences dressent un état de la question,
nécessaire compte tenu d’une riche décennie de publications sur le mas catalan et
l’habitat dispersé. J. Vilà définit le mas comme unité de peuplement dispersé, un
bâtiment unique, résidence du tenancier, de sa famille et de ses ouvriers, entouré de
constructions annexes, centre d’une exploitation agricole. Nombreux dans les
piémonts, aux terroirs variés et aux ressources complémentaires, ils existent aussi là
où la production est plus spécialisée, les plaines côtières. Le mas, aux origines
carolingiennes (?), évolue avec l’histoire agraire et celle du peuplement : colonisation,
stabilisation, recul (autour de la crise remença, au XVe s.), établissement de grands mas
dans la seconde moitié du XVIe s. M. Riu rassemble les connaissances historiques et
archéologiques sur le mas catalan : né de la fragmentation de la villa, découlant peut-être de structures antérieures (sala, palatium?), il est construit d’abord sur un seul
niveau, puis à partir du XIIe s. apparaissent les mas avec tour, et enfin des mas plus
complexes, à étage, au XIVe s. I. Terradas offre un point de vue plus contemporain et
anthropologique. Il montre comment, au travers de la vision des folkloristes, érudits
et philologues catalans, la casa catalane, à la fois le mas et sa famille, est devenue une
institution mythique, participant à la formation d’une conscience nationale. Parmi les
nombreuses communications, certaines s’attachent aux faits économiques :
l’articulation entre élevage et agriculture et à la place de la viticulture dans l’économie
des mas pyrénéens. D’autres portent leur attention sur les aspects sociaux : la
complexe transition de la villa au mas, analysée au travers des textes des IXe-XIIe s.,
la genèse du mas comme structure seigneuriale, son rôle dans la perception de la rente
féodale, le lien entre le statut de serfs de ses habitants et sa plus riche dotation en
terres, l’indivisibilité du mas (mais certains mas subissent un processus de
désintégration, par suite des aliénations de leurs tenanciers au début du XIVe siècle,
ou après la Peste Noire, par manque d’hommes). La variété des sources disponibles
permet de croiser les regards : monographies de mas, parfois suivis sur plusieurs
siècles, patrimoines monastiques groupant des dizaines de mas, actes notariés sur
l’institution de l’héritier principal, l’hereu, contrats agraires, avec le développement
de l’emphytéose, inventaires de mas, l’un du XVe s. et d’autres de « maisons
prospères » des XVIIe et XVIIIe s., et enfin un beau livre de « conseils sur la tenue du
mas », de la fin du XVIIIe s. La sentence de Guadalupe, en 1486, a supprimé les mals
usos pour les tenanciers de mas asservis ; souvent considérée comme un tournant de
l’histoire, son impact est révisé sur le plan économique : elle n’affecte pas
substantiellement la rente féodale. L’image n’est pourtant pas celle d’un long
immobilisme, car les campagnes catalanes connaissent des mutations importantes et
une stratification sociale complexe entre possesseurs, tenanciers ou travailleurs des
mas aux XVIIIe-XIXe s. Quelques belles études d’architecture sur les façades décorées
des plus riches mas modernes, et sur leur réaménagement actuel en résidences
secondaires sont complétées par une étude des parcellaires hérités de l’Antiquité
pour un mas des environs de la cité antique d’Ampurias. Un ouvrage de plus sur le
mas catalan… qui ne remplace pas les précédents, mais dont les apports conséquents
sont à découvrir pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire rurale.
Aymat CATAFAU
Marcel SENN, Rechtsgeschichte – ein kulturhistorischer Grundriss mit Bildern,
Schemen, Register, Chronologie und Biographien, Zurich-Vienne, Schulthess
Polygraphischer Verlag-Verlag Österreich, 1997 ; 1 vol. in-8°, XX-317 p.
Il n’est pas commode de concevoir un bon « précis » qui, comme l’indique bien le
terme allemand Grundriss, s’attache aux fondements mêmes d’un champ de
connaissances. M. Senn, professeur d’histoire et de philosophie du droit à
l’Université de Zurich, a tenté de le faire dans le long terme, des origines au XXe siècle,
pour un territoire qu’il dénomme Mitteleuropa. Le découpage du livre est
systématique, par grands thèmes et mots clés. Les six premiers des quatorze chapitres
retiendront seuls notre attention puisqu’ils sont dévolus aux temps médiévaux. Et
l’A. choisit d’emblée de replacer le(s) droit(s) ancien(s) dans des cadres culturels et
historiques auxquels les réalités, les solutions juridiques, qui n’ont rien d’isolé ni
d’intemporel, appartiennent in se. À la manière des Anciens et des humanistes de la
Renaissance, il voit encore dans l’histoire, sous réserve d’une démarche scientifique,
une magistra vitae. À la condition évidemment d’accorder à la relativité des points de
vue individuels et collectifs la place qu’elle mérite, dans le passé comme de nos jours :
ce qui est Recht pour les uns, rappelle-t-il, ne peut-il au fond faire figure d’Unrecht
pour d’autres ? « le » – ou mieux « un » – droit n’a-t-il pas besoin de la reconnaissance
de ceux que, hic et nunc, il prétend régir ?
Dès le premier chapitre, l’accent est posé sur la triade que constituent les héritages
antiques de l’Occident médiéval : romain, chrétien (donc, en droit, canonique) et
germanique (les droits ethniques ou Stammesrechte). Deux ensembles « européens »,
à côté d’un florilège de normes d’une portée toujours régionale. Plutôt que d’en
exposer séparément les développements, comme le font de nombreux travaux, M.S.
veille à les déposer d’emblée dans un même creuset, à les disposer en quelque sorte
en « réseau ». Les grands pouvoirs issus de ces fructueuses rencontres ne vont pas
tarder à entrer en concurrence, puis en conflit : Sacerdoce et Empire, tous deux tissés
de puissants liens hiérarchiques et, ipso facto, caractérisés par la mise en évidence de
figures personnelles dominantes, de Machtträger par excellence. Mais le choc
idéologique enclenché par la Querelle des Investitures n’occulte pas ce que l’Église
romaine et le Reich ont apporté matériellement et intellectuellement à leurs siècles de
gloire, entre autres leurs initiatives partagées voire conjointes en faveur de la paix,
Gottes- et Landfrieden des XIe-XIIIe siècles. Sous l’empereur, les princes territoriaux
sont les acteurs d’autres relations souvent tumultueuses. Avant de retracer les grands
axes de la politique réformatrice impériale – Reform est le maître mot du chapitre 3 –,
exposé qu’il poursuit d’ailleurs d’un seul jet jusqu’à la fin du Saint Empire en 1806,
l’A. s’attache à bon escient aux insignes du pouvoir, à ces marques extérieures d’une
réalité profonde, même quand ils paraissent laisser indifférents les sens et les âmes.
Place ensuite aux pages consacrées à de grands « systèmes » juridiques
médiévaux, rendant compte avant tout d’une diversité de sources que l’on peut
commodément opposer au primat voire à l’exclusivité du droit prescrit
(Gesetzesrecht), fût-ce à plusieurs niveaux, aujourd’hui. Droits territoriaux, sous les
princes, héritiers potentiels des anciens droits ethniques, règles de la féodalité
(esquissées d’après le célèbre recueil dit Sachsenspiegel, ca 1230) et de la seigneurie
(opportunément distinguée de la féodalité par son essence économique, alors que
plus d’un les confond encore trop aisément) nourrissent ces pages du livre. Plutôt que
de parler lourdement de « déclin », on épingle avec finesse le « relâchement »
(Lockerung) conjoint des liens féodaux et seigneuriaux à la fin du Moyen Âge. Enfin,
dans les limites volontaires de cette recension, on signalera les chapitres dévolus à la
ville médiévale et à son corollaire, l’économie commerciale, un facteur déterminant
dans l’évolution du droit, pour l’essentiel depuis ca 1100, et la formation des juristes
dans les universités, visible aussi dès le XIIe siècle.
Nous ne ferons pas grief à M.S. de réserver toute son attention, compte tenu de son
public cible, au Moyen Âge allemand : les manuels français d’histoire du droit et des
institutions portent aussi un regard quasi exclusif sur l’Hexagone (le récent volume
d’A. Leca
[1] brise avec bonheur ce genre de barrières). On ne franchit les frontières de
l’espace germanique qu’au moment où nécessité fait loi, avec l’empire de
Charlemagne ou les premières facultés italiennes, par exemple. Le lecteur pour qui
l’allemand est une langue apprise et partiellement maîtrisée saura gré à l’A. de la
clarté de son style et de la structure rigoureuse de ses développements. Une des
facettes les plus originales du travail reflète un souci de décloisonner les époques,
d’évoquer des survivances : de pratiques conflictuelles chères aux peuples de la
Völkerwanderung, de l’idée d’« empire » au-delà de 1806,… ; ainsi la tragédie de l’ex-Yougoslavie ou la figure du chancelier Hitler sont-elles présentes dans de bonnes
pages « médiévales ». Des repères chronologiques sobres et essentiels, des schémas
géographiques tenant lieu de cartes, un mini-dictionnaire biographique permettent
aussi à ce livre dense d’assumer le rôle qu’il prétend être sien : celui d’un « précis »,
à l’usage d’étudiants avancés sans doute, mais aussi d’enseignants universitaires
désireux de conférer à l’aire germanique, même s’ils n’y appartiennent pas, la place
qu’elle mérite dans leurs enseignements.
Jean-Marie CAUCHIES
Cronaca del Templare di Tiro (1243-1314). La caduta degli Stati Crociati nel racconto
di un testimone oculare, éd. Laura MINERVINI, Naples, Liguori Editore, 2000 ; 1 vol.
in-8°, X-490 p. (Nuovo Medioevo, 59). ISBN : 88-207-3023-5. Prix : € 33,57.
L. Minervini livre à la communauté scientifique avec ce volume une nouvelle
édition de la principale chronique levantine de la seconde moitié du XIII
e siècle faisant
suite au long poème de Philippe de Novare sur la révolte anti-impériale de Jean
d’Ibelin (1223-1242)
[1]. L’inventeur du manuscrit, G. Raynaud, a donné à cette section
des
Gestes des Chiprois en 1887 le titre abusif de
Chronique du Templier de Tyr en
déformant involontairement le témoignage de son auteur. Rien n’indique en effet que
cet ancien page de la princesse Marguerite d’Antioche ait rejoint le Temple lors son
engagement comme notaire et traducteur officiel du grand maître Guillaume de
Beaujeu (1273-1291). Nombre d’éléments plaident au contraire en faveur de la
conservation de son statut laïque durant la totalité de son emploi au service de l’ordre.
La prise d’Acre semble avoir mis un terme à cette collaboration en délivrant notre
auteur de ses liens formels avec le Temple sans pour autant lui fournir un travail
similaire à la cour de Nicosie. L’É. souligne à cet égard la fragilité de son identification
sur la seule foi du chroniqueur Florio Bustron avec un certain Gérard de Montréal,
attesté dans l’île à cette époque. Son introduction décortique ensuite l’influence que
ce texte copié dans les geôles de Cérines au printemps 1343 a exercé sur les chroniques
d’Amadi et de Bustron, rédigées à partir d’exemplaires supérieurs à celui de la
Bibliothèque Royale de Turin. L’édition qui suit présente en regard de chaque
paragraphe renuméroté une traduction italienne généralement sûre. Au plus peut-on
déplorer au § 288 de la p. 235 une erreur vénielle portant sur un effectif de dix galères
estimées abusivement à cinquante. La mention parallèle de la numérotation ancienne
de Raynaud permettra aux chercheurs de retrouver aisément les passages cités par
rapport à son édition
princeps ou celle de 1906 intégrée dans les
Documents arméniens
du
Recueil des historiens des croisades. Si les lectures de L.M. ne déjugent que rarement
l’œil expert de G. Raynaud, son édition présente l’avantage d’être publié dans un
format pratique, abondamment référencé. Un utile glossaire (p. 385-439) précède
l’index des noms en ancien français suivis de leur traduction italienne (p. 441-467).
Les médiévistes ou philologues ne pourront que tirer profit de la consultation de ce
récit, enrichi d’anecdotes sur les rivalités vénéto-génoises, le grand commerce
asiatique et une touchante complainte sur la chute d’Acre. Une place toute
particulière doit être accordée à cet égard à la description détaillée de la bataille de
Curzola (1298), qui eut pour mérite de hâter la libération des derniers prisonniers
pisans capturés par les Génois à La Meloria, quatorze ans plus tôt (p. 272-276) ! Gérard
de Montréal souligne qu’ils se révoltèrent à l’idée de recevoir comme compagnons de
cellule des Vénitiens au point d’être rapidement élargis par les autorités génoises,
encombrées de prisonniers…
Pierre-Vincent CLAVERIE
Alfred J. ANDREA, Contemporary Sources for the Fourth Crusade, Leyde-Boston-Cologne, Brill, 2000 ; 1 vol. in-8°, XII-330 p. (The Medieval Mediterranean Peoples,
Economies and Cultures, 400-1453, 29). ISBN : 90-04-11740-7. Prix : € 127 ; USD 153.
Une idée reçue consiste à réduire les sources de la quatrième croisade aux fresques
épiques de Clari et de Villehardouin au détriment de sources secondaires difficiles
d’accès. Ce constat a conduit A.J. Andrea à traduire à l’attention des non-latinistes et
des chercheurs isolés des textes aussi méconnus que la
Devastatio Constantinopolitana
(p. 205-221) ou le récit inséré dans le
Rituel de l’Église de Soissons (p. 223-238) à l’époque
de Nivelon de Quierzy et non Chérisy comme l’avance une tradition remontant à Du
Cange. Cette démarche louable s’inscrit dans un projet d’édition critique entrepris
par l’A. en 1992 à travers une révision du texte de l’Anonyme de Soissons publié au
XIX
e siècle de façon insatisfaisante
[1]. A.J.A. a trouvé bon de faire précéder ces récits
d’une lettre du comte Hugues IV de Saint-Pol retrouvée en 1985 (p. 177-201) et d’une
quarantaine de lettres issues des registres d’Innocent III (p. 9-176). Ces textes
intégraux fondés sur l’édition en cours d’O. Hageneder révèlent la maturation
progressive de la croisade à partir de son lancement officiel le 15 août 1198. Divers
emprunts aux
Gesta Innocentii III éclairent le contexte de ces épîtres traduites
malheureusement sans la mention de leur
incipit. La désapprobation d’Innocent III à
l’encontre de ceux « qui ont tourné leurs armes contre des chrétiens » émerge de sa
correspondance internationale comme de ses tentatives de récupération de la
croisade par le biais du cardinal de Saint-Marcel. Les textes retenus par l’A. révèlent
une intense activité diplomatique entre les différentes composantes de l’ost de la
croisade et le Siège apostolique pour des raisons canoniques puis de plus en plus
logistiques. Le pape semble avoir gardé durant toute cette période à l’esprit le sort de
la Terre sainte au point de fustiger en 1205 le cardinal Pierre de Capoue de son
transfert inopiné à Constantinople après avoir assuré son collègue Soffred de Pise de
sa profonde compassion. Le même souci émerge, contre toute attente, de la lettre
expédiée par le comte de Saint-Pol au duc Henri de Brabant en juin 1203 dans les
termes suivants : « Vous devriez aussi savoir que nous avons accepté de tournoyer
contre le sultan d’Égypte devant Alexandrie. Si, donc, quelqu’un désire servir le
Seigneur (comme cela s’impose) et aspire à porter le titre distingué et reluisant de
chevalier, laissez-le prendre la Croix et suivre le Seigneur, et laissez-le venir au
tournoi du Seigneur, auquel ce dernier l’invite en personne » (p. 201). Ce témoignage
accablant en faveur de la théorie du hasard reçoit un écho direct de l’Anonyme de
Soissons qui rapporte l’engagement d’Alexis IV à servir trois ans après son
rétablissement sur le trône l’œuvre de la croisade. Ce panégyrique de l’évêque
Nivelon (1176-1207) fournit un aperçu intéressant du mode de répartition en
Occident des
furta sacra perpétrés dans la ville impériale en avril 1204. Les
Gestes des
évêques d’Halberstadt relatent dans le même ordre d’idée en 1205 la translation dans la
cathédrale locale d’une série importante de reliques mentionnées un siècle plus tard
dans un authentique délivré par le patriarcat œcuménique à un médecin milanais (p.
262)
[2]! Ces contradictions trouvent leur explication dans une extrême fragmentation
des reliques signalée par Antoine de Novgorod avant même la chute de
Constantinople si l’on exclut les falsifications d’usage… L’ouvrage d’A.J.A. s’achève
par une ouverture sur les chroniques des cisterciens Ralph of Coggeshall et Aubry de
Trois-Fontaines que l’on voudrait voir élargie à d’autres sources par souci
d’objectivité (p. 265-309). La représentation de la croisade est en effet tenue depuis les
travaux de P. Rousset et de P. Alphandéry pour aussi importante que sa réalité
objective. Le bréviaire d’A.J.A. présente le mérite de fournir aux historiens des
éléments de réflexion sur la déviation de la quatrième croisade qui ne sauraient se
départir d’un éclairage hellénique. Le prix élevé de ce volume reste malheureusement
un obstacle majeur à sa diffusion en attendant la sortie d’une hypothétique édition
brochée.
Pierre-Vincent CLAVERIE
Elizabeth ARCHIBALD. Incest and the Medieval Imagination, Oxford, Clarendon
Press, 2001 ; 1 vol. in-8°, XV-295 p. ISBN : 0-19-811209-2. Prix : GBP 45.
Le thème de l’inceste apparaît fréquemment dans la littérature médiévale, que ce
soit dans les romans chevaleresques, les vies de saints ou les exempla. Angliciste
d’origine, E.A. élargit son étude pour examiner un grand nombre de textes latins et
vernaculaires (français, anglais, allemands) du Moyen Âge. Le désir incestueux
semble avoir été très répandu, reconnu tant chez la femme que chez l’homme, n’en
déplaise aux féministes modernes ; il est évoqué sans complexe ni surprise par les
auteurs anciens, qui sont pourtant obligés de montrer leur désapprobation du péché.
Souvent confondu avec le péché originel, l’acte n’est jamais, toutefois, placé au-delà
de la grâce de Dieu, qui n’attend que la contrition pour pardonner la faiblesse – but
avoué de tant d’histoires exemplaires.
L’A. commence par une présentation des lois ecclésiastiques, très complexes, qui
donnaient une définition très large à ce crime, si bien que le risque de commettre
l’inceste était infiniment plus grand que de nos jours. En effet, la notion d’inceste
couvrait les relations sexuelles, non seulement entre les membres d’une même famille
(et celle-ci au sens le plus large, dépassant de loin ce qu’on appelle aujourd’hui la
« famille nucléaire »), mais aussi entre les personnes ayant une « relation spirituelle »
par le baptême – ce qui interdisait le mariage entre parrains et filleuls ou famille de
filleuls, même quand aucun lien de sang n’existait entre eux. Système qui se prêtait,
évidemment, aux abus de toute sorte : dispensations accordées par l’Église pour des
raisons douteuses, parfois sous la pression royale, parfois contre paiement ;
« erreurs » plus ou moins volontaires, suivies d’arrangements compliqués si la vérité
éclatait un jour (selon le cas, on pouvait soit payer une amende à l’évêque, soit profiter
de l’occasion pour se débarrasser d’une épouse indésirable). C’est ce genre
d’argument qui a conduit à la fameuse annulation du mariage de Louis VII et Aliénor
d’Aquitaine, censés être trop proches parents, malgré quinze ans de vie commune et
deux enfants (mais pas d’héritier mâle) ; ou encore, au divorce de Catherine
d’Aragon, après vingt-quatre ans de mariage et cinq enfants (dont une seule
survivante, la future reine Marie), sous prétexte qu’elle avait d’abord été la belle-sœur
d’Henri VIII.
Ce survol du genre littéraire va de l’Antiquité (Œdipe) jusqu’à la fin du Moyen
Âge, car beaucoup d’histoires classiques ont fait l’objet d’adaptations ou de
commentaires par les auteurs chrétiens. Les romans les plus originaux sont classés
selon la nature de la relation : mère et fils (la légende de Grégoire en est le type), père
et fille (le groupe de La Manekine), ou frère et sœur (dont plusieurs exemples sont
associés à l’épopée arthurienne). Le dernier chapitre se consacre au cas très particulier
de la Vierge Marie, « l’exception immaculée » qui semble échapper au tabou de
l’inceste ; à la fois fille et épouse de Dieu le Père, elle est aussi, en tant que mère du
Christ, mère et sœur de Dieu dans le mystère de la sainte Trinité. Ce livre original, fort
bien documenté et d’un style limpide, constitue une contribution profonde à la
compréhension d’un problème humain douloureux, toujours d’actualité, dans ses
dimensions légales, familiales, morales et littéraires à travers les âges.
Leo CARRUTHERS
Eugene GREEN, Anglo-Saxon Audiences, New York, Lang, 2001 ; 1 vol. in-8°, XI-235
p. (Berkeley Insights in Linguistics and Semiotics, 44). ISBN : 0-8204-45509. Prix :
USD 55,95.
Un problème de fond pour l’historien, tout comme pour le critique littéraire, réside
dans la difficulté de franchir les obstacles culturels qui nous séparent des générations
précédentes, afin de bien pouvoir situer les choses – documents et événements – dans
leur contexte réel et complexe. Malgré les outils propres à nos disciplines, et même
avec l’aide d’une sympathie intuitive et d’un saut de l’imagination, peut-on vraiment
entrer dans l’esprit des gens d’une autre époque ? Par l’application des techniques
modernes de l’analyse textuelle (grammaire fonctionnelle, sémiotique du discours),
ce volume tente de répondre à la question, en tout cas pour l’Angleterre telle qu’elle
apparaît dans la littérature vieil-anglaise.
Pour ce faire, l’A. fait appel à de nombreux genres littéraires couvrant la période
anglo-saxonne du IXe au XIe siècles. Naturellement, les types de textes les mieux
représentés, les plus étudiés ici, sont ceux qui, à travers les aléas de l’histoire, ont
survécu en nombre le plus grand : les codes de loi promulgués par les rois (à partir
d’Alfred, bien qu’existent des codes plus anciens) ; les sermons, soit signés (Ælfric,
Wulfstan), soit anonymes (les collections de Blickling et Verceil) ; et la poésie, dont un
corpus important nous est parvenu, à commencer par le célèbre Beowulf. Ce sont ces
trois genres qui structurent les divisions du livre, précédées par une introduction ;
mais la présence de cette dernière crée l’attente d’une conclusion générale qui
manque, malheureusement, laissant l’argument quelque peu en suspension à la fin.
Quel que soit le document, l’analyse du langage, d’après E.G., permet de dégager
les niveaux de rhétorique, le rapport entre langue et genre, et par conséquent, de
mieux comprendre l’esprit des auteurs, voire de leurs auditoires. L’A. tend à insister
sur l’aspect directif, incitatif (pour ne pas dire manipulateur), de tout texte : les rois,
les conseillers royaux et les homélistes cherchent à engager et à diriger l’esprit du
public vers le bien personnel et commun, selon la définition des autorités. Les poètes
aussi, à leur manière plus créative, invitent l’auditoire à réfléchir sur le passé, le
présent et le futur, à transcender le quotidien – à faire, justement, ce saut de
l’imagination qui seul permet de s’engager avec l’esprit des autres êtres humains.
En insistant sur le contexte historique des textes, aussi bien sur celui que révèlent
d’autres sources anciennes ou récentes (les chroniques, l’archéologie) que sur celui
livré par les documents eux-mêmes, l’A., littéraire et linguiste d’origine, se situe
clairement dans le courant pragmatique post-moderniste : le « texte sans contexte »
n’a plus d’intérêt aujourd’hui. Si l’on peut critiquer E.G. sur un point, c’est justement
d’avoir oublié un aspect fondamental du contexte dans lequel se situe toute la
littérature vieil-anglaise. Car les documents rédigés en langue vernaculaire, s’ils
donnent parfois accès, plus que ne le font les textes latins, aux modes de pensée du
peuple anglais médiéval, ne peuvent jamais nous faire entrer dans l’esprit des
« barbares laïques » (p. 1), pour la simple raison que toute la littérature anglo-saxonne
ancienne était produite par une société chrétienne cultivée, déjà assez éloignée de ses
ancêtres germaniques païens.
Leo CARRUTHERS
Barbara NEWMAN, God and the Goddesses. Vision, Poetry and Belief in the Middle
Ages, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 2002 ; 1 vol. in-8°, XIII-446
p. (The Middle Ages Series). ISBN : 0-8122-3691-2. Prix : USD 42,50 ; GBP 30,00.
Il faut dire d’emblée que l’emploi, dans le contexte chrétien qui prévalait durant
le Moyen Âge, du mot goddesses (déesses) dans le titre de ce livre est une innovation,
non dépourvue d’une certaine volonté provocatrice, dont B.N. – théologienne
féministe – se montre parfaitement consciente (p. 305). Car il est évident que le
christianisme, tout comme les autres religions monothéistes, en ne reconnaissant
qu’un seul et unique Dieu, ne peut admettre l’existence d’une multiplicité de divinités
complémentaires, qu’elles soient masculines ou féminines d’ailleurs. Il en résulte que
la présente étude, aussi vaste et érudite soit-elle, se trouve en quelque sorte viciée à
la base par une erreur de perception qui aurait pu être évitée par un peu plus de bon
sens. L’A. suggère, en effet, que nombre de chrétiens du Moyen Âge, ressentant,
consciemment ou non, le besoin de contrebalancer la masculinité présupposée de
Dieu disséminée par l’idéologie dominante, érigeaient les allégories en déesses
réelles, non symboliques mais agissant en médiatrices.
Certes, la littérature médiévale, tant profane que religieuse, foisonne de « Filles de
Dieu » et autres personnages féminins d’une énorme diversité : abstractions (Nature,
Raison, Pauvreté), vertus morales (Prudence, Justice, Force), sciences humaines
(Philosophie, Théologie, Musique), dons divins (Grâce, Charité, Piété), ou qualités
transcendantales appartenant au Créateur lui-même (Perfection, Bonté, Sagesse) ; la
liste complète en serait très longue. Il est généralement accepté par les historiens de
la pensée que ces images, éléments de rhétorique, ont leur juste place dans l’écriture,
car la personnification allégorique traduit les efforts des uns pour enseigner une
vérité humaine, ou des autres pour communiquer une perception mystique, difficiles
à exprimer en langage savant. Tous les auteurs médiévaux, en effet, ne sont pas
écolâtres, ni ne cherchent à utiliser le vocabulaire précis, technique, qui convenait aux
enseignants universitaires. Il est clair que, par la formation même de la langue latine
et de ses filles romanes, la majorité des termes exprimant l’abstraction est du genre
grammatical féminin ; rien de plus normal, par conséquent, à ce que la
personnification soit, elle aussi, féminine. Même l’anglais moderne, qui a pourtant
remplacé le genre grammatical (qui existait en vieil-anglais) par la notion de genre
naturel, n’échappe pas à cette règle, étant donné qu’il emprunte presque tout son
vocabulaire abstrait du latin et du français.
Mais l’argument grammatical est loin de satisfaire B.N., qui, tenant à ses
« déesses », refuse de voir le sexe des figures poétiques comme un impératif
langagier. Elle ne se laisse pas tenter, non plus, par l’explication proposée par la
psychologie archétypale qui verrait en elles des émanations de la Grande Mère de la
Terre, présente dans de nombreuses mythologies pré-chrétiennes, qui aurait survécu
à travers les âges. En adoptant le point de vue de la religion comparée l’A. tente de
prouver, en revanche, que l’imagination chrétienne, certes distinctive et novatrice en
matière de littérature, était bien plus radicale sur la question que ce que l’on admet
communément. Dans la poursuite de son idée, elle fait appel à quantité de textes, en
latin et en plusieurs langues vernaculaires, de l’époque médiévale. Fruit de réflexion
profonde, le résultat est un livre indéniablement remarquable, mais qui n’emporte
pas l’adhésion à sa thèse principale.
Leo CARRUTHERS
Medieval Frontiers : Concepts and Practices, ed. David ABULAFIA et Nora BEREND,
Aldershot, Ashgate, 2002 ; 1 vol., 308 p. ISBN : 0754605221. Prix : GBP 47,50. Identitad y representación de la frontera en la España medieval (siglos XI-XV), éd.
Carlos DE AYALA MARTINEZ et Philippe JOSSERAND, Madrid, Casa de Velásquez, 2001 ;
1 vol., X-341 p. (Coll. de la Casa de Velazquez, 75).
Le mot de « frontière », qui a fourni te thème de deux colloques tenus en 1998, l’un
à Cambridge, l’autre à Madrid, réunissant respectivement 13 et 14 communicants,
recouvre des réalités très diverses ; c’est ce que soulignent les deux introductions
dues l’une à D. Abulafia (qui parle de « sept types d’ambiguïtés »), l’autre à
P. Toubert.
Celui de Cambridge s’est attaché à montrer toute la diversité des problèmes. Nous
voyons comment le passage d’un chef musulman au service d’un roi chrétien
d’Espagne ne choque pas les hommes du IXesiècle ; deux siècles plus tard,
l’historiographie atteste que la notion de « guerre sainte » s’est durcie. L’empire
byzantin a supporté les amputations territoriales que lui infligeaient Slaves et Arabes
dès lors que les symboles de l’autorité impériale n’étaient pas contestés et, lorsque
reprit son expansion, il s’est accommodé d’accords de voisinage exprimant une
soumission formelle, sans entretenir un réseau rigide de forteresses, et en laissant
souvent l’initiative aux chefs militaires. Dans le royaume latin de Jérusalem, fidélités
et obligations ne se recouvrent pas toujours, et la coexistence est de règle. Nous
doutons ici que l’expression rex Jerusalem Latinorum traduise une « identité
ethnique » : pour nous il s’agit plutôt de distinguer la lignée des rois latins de la
royauté davidique. Le mot italianisé tuazo n’est pas d’origine arabe : c’est le français
« tuage », redevance due pour l’abattage des bêtes. Et, s’il n’y a pas de mention de qadi
en terre franque, les attributions judiciaires de celui-ci n’étaient-elles pas exercées à
Tyr par le « raïs des Sarrasins ». À Chypre, les Latins (et les Syriens) paraissent
privilégiés par rapport aux Grecs ; ceci tient sans doute à leur statut coutumier. À
Caffa, face à un empire mongol qui n’est peut-être pas un « inorganic world », nous
voyons une ville génoise, mais qui admet des formes intermédiaires. Au Danemark,
malgré l’historien Saxo qui les regardait comme des païens, objet d’une guerre totale,
les Wendes entrent dans la population du royaume. Face aux Lithuaniens qui
résistent à la christianisation, leurs voisins chrétiens sont portés à admettre les
pouvoirs des dieux païens. En Mazovie, on rencontre au XVIesiècle une campagne de
définition des limites des terroirs imposée par la royauté polonaise. Le roi Bela IV de
Hongrie écrit au pape, en 1250, que si on ne lui accorde pas certaines concessions, son
royaume pourra cesser de se faire le rempart de la chrétienté face aux Mongols. On
cherche même à traduire en termes de « frontière » les oppositions qui se manifestent
dans les Îles britanniques face à la réforme ecclésiastique des XIIe et XIIIesiècles… Et
la découverte des peuples primitifs des îles Canaries amène Boccace et Pétrarque à
chercher comment ils se situent au regard de l’humanité : pour le premier, ils vivent
en état d’innocence, pour le second, ils sont proches de l’animalité.
En face de cette diversité d’horizons et de points de vue, le colloque madrilène
apparaît comme beaucoup plus centré sur l’espace ibérique, et le problème de la
« frontière » y concerne avant tout ce qu’on appelle depuis 1059 la frontera de Moros.
Il n’en aborde pas moins des questions très variées. D’abord l’évolution même de la
notion de frontière : terre de marche, zone militaire pour chrétiens et musulmans, et
assez perméable, se prêtant à la conclusion d’alliances entre les uns et les autres, elle
devient plus linéaire, se hérisse de fortifications qui servent d’appui à des concessions
féodales. Les royaumes chrétiens finissent par définir une certaine unité d’action,
assez tardive dans le cas de la Navarre. La réaction musulmane qui commence avec
Al-Mansûr a favorisé la naissance d’un climat d’hostilité permanent. Mais la nouvelle
définition de la frontière s’accompagne d’une « población » dans la conception de
laquelle s’insère un élevage extensif et transhumant. Les ordres religieux militaires,
qui se sont très tôt dégagés de leur implication en Terre sainte qui était assez générale
à l’origine, deviennent des instruments de la politique royale et contribuent à la mise
en valeur des terres reconquises. Il n’est pas jusqu’à un prélat, capturé par les Maures
de Grenade et qui composa un traité pour fournir des arguments à ses
coreligionnaires captifs exposés au prosélytisme musulman, qui, en rassemblant tout
un arsenal aux éléments souvent contestables, ne nous apprenne que sa fréquentation
des Sarrasins ne l’a pas disposé à entrer dans les voies d’une amicale controverse…
Ainsi c’est tout un ensemble de perspectives fort variées, dans un cadre plus limité
que celui qu’envisageait le colloque cantabrigien, qui vient enrichir lui aussi l’étude
des diverses données qui se laissent englober dans le concept de « frontière ».
Jean RICHARD
Yvonne FRIEDMAN, Encounter between Enemies. Captivity and Ransom in the Latin
Kingdom of Jerusalem, Leyde-Boston-Cologne, Brill, 2002 ; 1 vol. in-8o, XV-295 p., pl. (Cultures, Beliefs and Traditions. Medieval and early modern Peoples, 10).
ISBN : 90-04-117067. Prix : € 119,00.
Précédé de plusieurs articles et communications sur ce sujet, l’ouvrage
d’Y. Friedman a rassemblé une documentation abondante, malgré sa dispersion, sur
un phénomène important : la captivité dans le monde des croisades. Les croisés, qui
ne l’envisageaient pas au départ, l’ont vite découvert : dès le désastre subi par les gens
de Pierre l’Ermite à Civitot. Des rafles énormes, de longues captivités (que l’on songe
entre autres à celles de Renaud de Châtillon et de Raymond III de Tripoli), des
rançons considérables (il n’est pas exclu qu’Ernoul ait exagéré le montant de celle de
Baudouin de Rames, qui était son héros), des rachats collectifs, comme celui des
Francs assiégés à Jérusalem. Il faut y ajouter des conséquences psychologiques,
familiales, sociales : le captif est-il méprisé parce qu’il a préféré la prison à une mort
glorieuse (l’A. y voit la cause du discrédit qui aurait pu faire perdre son trône à
Baudouin II) ou bien est-il un vaillant guerrier malheureux, de surcroît exposé au
martyre s’il se refuse à renier sa foi ? La femme qui a pu ne pas résister aux exigences
de son vainqueur s’expose à être répudiée. Tel grand seigneur même n’a-t-il pas été
contraint à livrer sa propre fille pour prix de sa liberté ? C’est ainsi que Saladin a été
en mesure de faire cadeau au khalife, en 1187, de quatre jeunes esclaves, « filles de
roi », l’une d’elles étant la fille de Balian d’Ibelin… Si la coutume oblige le vassal à
racheter son seigneur captif, la réciproque n’intervient pas, et telle grande famille s’est
ruinée pour racheter un des siens.
L’affrontement entre l’Orient esclavagiste et l’Occident qui ignorait l’esclavage a-t-il amené les Francs, parce qu’ils ne regardaient pas le captif comme une
marchandise, à massacrer plus libéralement les vaincus que leurs adversaires ? Ils se
seraient en tout cas vite mis à leur école. L’A. a collecté toutes sortes d’informations
sur la vie des captifs, des captives, les perspectives de la fuite ou du rançonnement.
Elle insiste sur une évolution. Byzantins et Musulmans avaient mis au point (du
moins au Xes.) un système d’échange et de rachat. Les communautés juives
s’imposaient pour racheter les leurs. Selon elle, les Francs ignoraient l’usage habituel
de la rançon, sauf dans des cas exceptionnels, et c’est au contact des musulmans qu’ils
l’auraient découvert, alors qu’au départ ils mettaient à mort leurs captifs. Ici nous
invoquerions l’usage habituel dans les tournois, exercices courants dans la classe des
chevaliers, de l’obligation pour le vaincu de se racheter (on le voit pratiquer sous les
murs d’Acre, lorsque les deux camps ont arrangé une rencontre entre deux jeunes
garçons) ; les massacres peuvent relever d’autres mobiles, et des chefs musulmans
n’hésitent pas à les pratiquer (ainsi Il-Ghâzi en 1119). Mais il est certain que les Francs
ont été longs à institutionnaliser la pratique du rachat et que ce n’est qu’après 1187 que
le pape a recommandé aux chrétiens de racheter leurs frères prisonniers et endossé
l’institution des trinitaires.
Y.F. relève les nombreux cas où des chefs francs ont refusé de racheter leurs
compagnons captifs ; peut-être n’a-t-elle pas reconnu-là un principe qui leur
interdisait de renoncer à la possession d’une place forte en échange de la vie d’un
prisonnier, principe qui ne connut guère d’entorse qu’au lendemain de Hattin. Elle
relève les contradictions entre les dires d’auteurs qui se complaisent à décrire les
massacres et d’autres sources, y compris à propos de la prise de Jérusalem de 1099 où
Albert d’Aix donne des informations que contredisent auteurs arabes et documents
d’origine juive.
Elle conclut à une humanisation progressive des rapports entre les adversaires et
à la définition de « lois de la guerre » dans lesquelles l’Espagne avait précédé l’Orient
latin. De fait, au XIIIes. , toute croisade s’achève par des négociations au cours
desquelles on décide d’un échange des prisonniers faits de part et d’autre. Ainsi à ce
sujet d’une grande ampleur, a-t-elle apporté un très utile éclairage.
Jean RICHARD
Igor M. DIAKONOFF, The Paths of History, Cambridge-New York-Melbourne,
Cambridge U.P., 1999 ; 1 vol. in-8°, XI-355 p. ISBN : 0-521-64398-8. Prix : GBP 35 ;
USD 54,95.
I.M. Diakonoff, professeur émérite à l’Université de Saint-Petersbourg, est
spécialiste de l’Antiquité orientale. Cela ne l’empêche pas de nous présenter un
panorama de l’histoire de l’humanité, depuis le paléolithique jusqu’au XXe siècle. Son
livre est d’abord paru en russe en 1994, donc après le démembrement de l’U.R.S.S.
Aussi n’est-il plus question de monopole marxiste sur la vie intellectuelle. Au
contraire, les historiens déploient des approches théoriques nouvelles sur l’histoire
de leur pays et du monde. The paths of history se présente comme l’un des résultats les
plus novateurs de ce changement intellectuel. L’A. s’est efforcé de déterminer les lois
qui, d’après lui, gouvernent l’histoire de l’humanité en partant des théories marxistes,
mais avec d’énormes différences. De cinq périodes, il passe à huit : quatre jusqu’à la
fin de l’Antiquité, quatre du Moyen Âge à nos jours. De plus, il constate que le passage
d’une étape à l’autre ne se fait pas toujours à travers des conflits ou des révolutions.
Ensuite, il ne limite pas sa perception des choses à l’histoire socio-économique, mais
aborde aussi les aspects culturels, religieux, technologiques, éthiques… Enfin, il
constate que l’évolution sociale n’implique pas nécessairement le progrès : il y a sans
doute plus de prospérité à notre époque, mais aussi d’épuisement des ressources, de
dégradation de l’environnement, de purifications ethniques, etc. Son pronostic pour
l’avenir est d’ailleurs teinté d’incertitudes.
Pour nous en tenir à la période médiévale, la cinquième phase, I.M.D. nous fait part
des caractéristiques qu’il discerne. Il constate tout d’abord un changement dans
l’éthique : ce qui, après une longue période de clandestinité, devient la norme – en
Europe occidentale, le catholicisme – acquiert une forme dogmatique et prosélyte.
L’Église veille à ce que la population adhère, sans lui laisser le choix, donc sans plus
de tolérance, à la religion considérée comme sanctifiant la situation sociale. Le
manque de confort devient chronique et insurmontable, même pour la classe
dominante. Les armes sont désormais aux mains de la classe dirigeante et plus aux
mains des paysans qui, chez les Romains, devenaient soldats quand c’était nécessaire.
Le paysan du Moyen Âge est attaché à la terre qu’il travaille, un point c’est tout. De
plus, il est soumis à son maître qui exerce sur lui des pouvoirs sans limite. Les guerres
subissent de profondes mutations. Elles n’ont plus des causes socio-économiques,
mais socio-psychologiques : la gloire militaire devient « le » critère de dignité d’un
homme. I.M.D. compare cet état de fait aux gladiateurs de l’Antiquité et aux
footballeurs de notre époque… ! Autant de caractéristiques qui marquent le Moyen
Âge.
Ces considérations obligent à revoir le point de départ de la cinquième phase dans
le monde. L’A. constate que jusqu’ici les repères sont basés sur l’expérience de
l’Europe. Or, les « lois » qui les régissent n’apparaissent pas seulement en Europe,
mais partout sur la Terre et pas nécessairement au même moment. La périodisation
traditionnelle ne convient donc pas pour le reste du monde. En Europe, le passage
entre l’Antiquité et le Moyen Âge s’amorce au IVe siècle et se précise ensuite ; au
Japon, c’est au VIIIe siècle ; en Chine, au Ier siècle déjà : la dynastie régnante embrasse
le confucianisme et le nombre d’esclaves s’accroît considérablement, entre autres
critères retenus. Et ainsi de suite pour les autres parties du monde : Inde, Afrique,
Amérique, etc. I.M.D. sait qu’il n’est pas spécialiste de la période médiévale, ni de
celles qui suivent. Il se considère donc comme seul responsable de ses points de vue
et décide d’omettre toute référence pour ne pas impliquer des collègues dans ses
conclusions qu’il qualifie de « peut-être fausses ». Une telle humilité est tout à son
honneur et laisse rêveur…
Christiane DE CRAECKER-DUSSART
Medievalism in the Modern world. Essays in honour of Leslie Workman, éd.
Richard UTZ et Tom SHIPPEY, Turnhout, Brepols, 1998 ; 1 vol. in-8°, XI-452 p. (Making
the Middle Ages, 1). ISBN : 2-503-50166-2. Prix : € 63,00.
Cet ouvrage sur la représentation et l’usage que l’on fait du Moyen Âge aux
époques ultérieures est édité en l’honneur de L. Workman. Celui-ci est considéré
comme le fondateur du « médiévalisme », l’étude du Moyen Âge comme
construction imaginaire dans la société occidentale du XVIe siècle jusqu’à notre
époque. Il s’intéresse aussi bien à l’origine des études sur le Moyen Âge qu’à
l’influence de la période médiévale sur l’art, la littérature et la culture populaire. Le
volume contient 26 contributions présentant autant d’approches différentes de la
« réception » de la culture médiévale dans le monde occidental moderne et
contemporain. Cette influence culturelle est accaparée par des rois, des écrivains, des
conquérants, qui se tournent vers le passé médiéval pour trouver des faits et histoires
qui justifieraient ce qui arrive à leur époque. Le monde politique s’approprie et se
réapproprie le passé médiéval. Frédéric de Prusse, par exemple, organise des cortèges
médiévalisants dans le but de contenir des parades au ton quelque peu
révolutionnaire. Les légendes médiévales sont utilisées pour justifier certaines lois.
Les textes de Walter von der Vogelweide sont repris au XIXe siècle avec un ton
nationaliste ; au XXe siècle, ils servent le fascisme ; après 1945, on leur donne une
résonance plus pacifiste ! Saint Georges, en Angleterre, est ramené au devant de la
scène pour contrer le nationalisme écossais, mais aussi pour montrer une certaine
opposition à l’Union européenne qui risque de priver l’Angleterre de son autonomie.
La création littéraire trouve aussi son inspiration dans le Moyen Âge. Des écrivains
de la Renaissance anglaise mêlent à leurs œuvres des textes chevaleresques. Plus tard,
l’idéal de chevalerie sert également le romantisme. Quant à l’héroïsme, il représente
la rudesse et les vertus martiales. Tout cela donne lieu à des copies, des traductions,
pour aboutir finalement à des interprétations erronées, des anachronismes… en
attendant de revenir au texte original.
Il n’est donc pas question ici de l’étude du Moyen Âge lui-même, mais des artistes,
des écrivains et des hommes de pouvoir qui ont construit une idée du Moyen Âge.
Christiane DE CRAECKER-DUSSART
Voyages et voyageurs à Byzance et en Occident du VIe au XIe siècle. Actes du
colloque international organisé par la Section d’Histoire de l’Université Libre
de Bruxelles en collaboration avec le Département des Sciences Historiques de
l’Université de Liège (5-7 mai 1994), éd. Alain DIERKENS et Jean-Marie SANSTERRE,
coll. Jean-Louis KUPPER, Genève, Droz, 2000 ; 1 vol. in-8°, 421 p. (Bibliothèque de la
Faculté de Philosophie et Lettres de l’Université de Liège, 278). ISBN : 2-87019-278-9.
Mettre en parallèles Byzance et l’Occident, c’est en soi un thème très intéressant.
Mais élargir cet aspect comparatif en y ajoutant les relations directes entre les deux
parties du monde médiéval augmente encore l’apport de ce recueil d’articles. Il est le
résultat d’un colloque qui s’est tenu en 1994 sur