Le Moyen Age
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-4461-5
244 pages

p. 315 à 325
doi: en cours

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Tome CX 2004/2

2004 Le Moyen Age

Les Gestes des Chiprois et la tradition historiographique de l’Orient latin

Laura Minervini Università degli Studi di Napoli Federico II
Les Gestes des Chiprois sont un texte de haut intérêt pour la connaissance d'un des secteurs les plus florissants de la production littéraire d'Outremer, celui de l'historiographie. L'œuvre amalgame des techniques d'écriture différentes, de type annalistique, chronique et historique au sens strict. L'hétérogénéité, au niveau de la qualité de l'écriture et de l'information qu'il véhicule, est due à la variété des sources utilisées par l'auteur. Le caractère unitaire du texte est cependant garanti à un niveau thématique et idéologique, puisque les évènements d'Outremer y sont observés dans une optique de type nobiliaire. Mots-clés : Orient latin, historiographie, idéologie nobiliaire, hétérogénéité textuelle, témoignage. Les Gestes des Chiprois is a highly interesting text in terms of the light it sheds on one of the most thriving area in overseas literary production, namely historiography. The work fuses different writing techniques that belong respectively to annals, chronicles and history stricto sensu. Such heterogeneity in the kind of writing and in the information conveyed is to be related to the variety of sources used. However, the work is made consistent at a thematic and ideological level since the perspective in which overseas events are reported is typical of nobiliary ideology.Keywords : Latin East, historiography, nobiliary ideology, textual heterogeneity, testimony.
L’opinion veut, fondée sur de nombreux textes, que les écrits historiques médiévaux se répartissent en trois catégories d’origine romaine : les annales, les chroniques et l’histoire, les deux premières étant – du moins au début – assez proches, par rapport à la dernière qui, elle, s’en différencie plus nettement [1]. Il peut s’avérer intéressant d’analyser le cas – qui n’est finalement pas si atypique comme on le verra – d’un texte qui confond ou amalgame divers types d’écriture, bien que le résultat ait semblé peu convaincant, à ses contemporains comme à sa postérité immédiate. En effet, ce texte ne connut qu’un médiocre succès et il ne nous en est parvenu qu’en un seul manuscrit, de facture assez modeste, copié en 1343 au château de Cérines (Kyrenia) à Chypre par Johan le Miege, prizounier, pour le compte d’Aimery de Mimars [2]. Il s’agit de l’œuvre historique appelée Gestes des Chiprois à l’époque moderne, francisation de l’expression Gesti di Ciprioti, titre rapporté par un de ses rares admirateurs, le chroniqueur chypro-vénitien Florio Bustron, qui cependant se référait uniquement à la partie centrale du texte [3]. Il semble en effet que, en dépit des efforts de construction de l’auteur, le destin de cet ouvrage ait été d’être sans cesse démantelé, les parties étant ensuite lues séparément [4].
Écrit dans un français peu élégant, rempli de réminiscences italiennes, le texte fut terminé durant la seconde décennie du XIVe siècle, plus exactement entre 1314, année du bûcher des templiers à Paris (c’est chronologiquement le dernier des événements relatés), et 1321, année de la présentation au pape du Liber secretorum fidelium crucis de Marino Sanudo, qui utilise Les Gestes. L’ouvrage est consacré aux événements historiques d’Outremer. Il était à l’origine précédé d’une brève chronologie de l’histoire universelle à partir de la création du monde. Mais comme le premier cahier n’a pas été retrouvé, le texte qui nous est parvenu commence à l’an 1132. Une indication postérieure dans le texte nous permet de resituer quel en était le début [5].
Le manuscrit est amputé aussi de sa partie finale, de sorte que font défaut les informations sur l’auteur et sur la finalité de ses travaux, lesquelles étaient souvent insérées au début et à la fin des œuvres. Toutefois, de la troisième partie, la seule que l’on puisse qualifier d’originale au sens moderne du terme, on peut tirer quelques indications de type autobiographique : l’auteur fait partie de la population franque de Terre sainte (Outremer) [6]. Il est né vers 1255 dans une famille de la petite noblesse de la ville de Tyr, ou tout au moins dans une famille liée aux seigneurs de Tyr : il est l’un des quatre jeunes gens au service de Marguerite d’Antioche, sœur du roi Hugues III de Lusignan, qui épousa Jean de Montfort, seigneur de Tyr, en 1269 [7]. Il s’installa à Acre, capitale du royaume de Jérusalem, où il travailla au secrétariat du Temple, dirigé à cette époque par le grand maître Guillaume de Beaujeu (1273-1291), jusqu’à la chute de la ville en 1291. Ses fonctions incluaient la rédaction et la copie de documents ayant parfois d’importantes implications politiques et stratégiques, ainsi que leur traduction de l’arabe [8]. Il assiste au siège et à la chute de la ville, suivie du massacre de tous ceux qui ne réussirent pas à se mettre à l’abri. C’est le seul témoignage occidental à nous être parvenu sur ces événements dramatiques, alors que les comptes rendus ne manquent pas du côté musulman, des témoignages qui coïncident en grande partie avec notre texte [9].
Réfugié à Chypre, probablement à Famagouste, il fait partie durant quelque temps de l’entourage du roi Henri II, occupant toujours des fonc~tions de secrétaire et de copiste [10]. Dans les dernières pages du texte, au moment de l’usurpation du régent Amaury, soutenu par une partie de la noblesse chypriote hostile au souverain, son frère (1306-1310), on note une certaine réticence. L’auteur semble en effet pencher insensiblement pour la légitimité dynastique [11]. Mais le texte étant amputé, l’on ne sait si la narration avait, dans ses conclusions, adopté un autre ton.
En dépit de l’appellation « Templier de Tyr » sous laquelle il est connu dès l’édition du texte, sous la direction de G. Raynaud (1887) [12], il n’est pas certain que l’auteur ait été effectivement membre de l’ordre (la présence d’un personnel externe et séculier, pour les travaux de secrétariat, est d’ailleurs maintes fois signalée dans les actes officiels des différents couvents orien~taux) [13]. Le procès contre les templiers (1309-1314) ne semble pas l’avoir touché : le compte rendu qu’il en fait révèle un assez bon accès aux informa~tions mais il n’est pas exempt d’inexactitudes. Le ton employé dénote une certaine prudence, celle d’un homme se tenant à égale distance des deux partis : d’un côté il blâme l’avarice et la légèreté de Jacques de Molay, de l’autre la cupidité et l’arrogance de Philippe le Bel [14]. L’auteur déclare ignorer quel est le degré de véracité des accusations portées contre les membres de l’ordre, mais il réitère son admiration sans condition pour Guillaume de Beaujeu, mort pour avoir défendu Acre.
On ne sait pourquoi et éventuellement pour qui ce texte fut écrit. Selon Ch. Kohler il s’agirait d’un document préparatoire pour un recueil de chroniques chypriotes parrainé par les Lusignan, seigneurs de l’île [15]. Il ne semble cependant pas que l’opération ait eu de suites : on ne peut considérer comme tels les chroniques ou le livre de mémoire écrits par Jean de Mimars dans les années 1370. Mais l’existence même de ce texte – que l’on ne connaît que grâce à une référence de l’historien Leontios Makhairas – et le fait qu’Aimery de Mimars ait été le commanditaire du seul manuscrit restant des Gestes des Chiprois, indiquent que cette importante famille chypriote cultivait un vif intérêt pour l’histoire locale [16].
Sans pour autant écarter l’hypothèse de Ch. Kohler, on peut imaginer que les motivations ayant mené à l’écriture résident surtout dans un sentiment d’urgence, dans une volonté de conservation de la mémoire : l’auteur a assisté à un événement dévastateur – même si ses contemporains ne le considéraient pas comme définitif : la chute du royaume latin de Jérusalem et l’abandon de toutes les places franques sur la terre ferme. Il est significatif que la description de ces évènements dramatiques occupe une place de première importance, tant par le nombre de pages y consacrées, que par la qualité dramatique de l’écriture. Celui qui écrit est un survivant et se considère comme tel ; superstes, un mot qui, selon É. Benveniste, décrit « le “témoin” soit comme celui “qui subsiste au-delà”, témoin en même temps que survivant, soit comme “celui qui se tient sur la chose”, qui y est présent [17]».
C’est sur la base de cette expérience humaine de survivant – après une catastrophe politico-militaire mais aussi avec l’éclipse du monde franco~syrien qui ne se convertira qu’en partie et non sans difficultés en franco~chypriote – que l’auteur entreprend son œuvre de reconstruction historique, basée sur ce qu’il a vu et entendu raconter par des personnes dignes de foi, mais aussi sur des sources historiques de diverses natures. La variété des sources entraîne une hétérogénéité de l’œuvre, caractéristique non pas occultée mais consciemment acceptée et même exhibée aux points d’articu~lation du récit. Ainsi annonce-t-on après les premières pages :
Or vos ay mostré les incarnasions des anees de Adan jusques a l’empereor Federic, quy se disoit anfant de Poille ; et dou dit enperor enjusques au tens en que nos somes, [si] porrés oïr tout par devize des choses quy sont avenues tous les ans, de celes quy a conter font [18].
Et, plus loin :
Depuis que vos avés oÿ retraire tous les erremens quy sont avenus desa la mer en Surie et en Chipre, quy apartient soulement de l’empereor a siaus de Chipre, si vos viaus retraire plussors autres chozes quy sont avenues en Surie et en Chipre et en aucuns leus as parties d’outremer, des chozes quy a conter font [19].
Dans les deux passages on voit apparaître le verbe oïr, en relation avec le public de l’œuvre, ce qui nous rappelle, s’il en était besoin, que les modalités de réception, en ce XIVe siècle, sont encore dominées par l’oralité [20]. Que l’on observe encore l’usage des termes se rapportant à l’écriture du texte : mostrer d’un côté, de l’autre devizer (devize), conter [21] et retraire. Dans le premier des deux extraits cités deux techniques de construction sont opposées, l’une typique des annales (Or vos ay mostré les incarnasions des anees de Adan jusques a l’empereor Federic), l’autre des chroniques historiques ([si] porrés oïr tout par devize des choses quy sont avenues tous les ans, de celes quy a conter font), c’est-à-dire une brève chronologie et une narration plus détaillée des évènements. L’usage que fait l’auteur de ces diverses techniques dépend des sources à sa disposition. Dans la première partie de l’œuvre, il utilise essentiellement des annales de la Terre sainte, dont nous connaissons plusieurs rédactions en français, castillan, italien et latin [22]; dans la seconde il puise explicitement dans les mémoires d’un des protagonistes de l’histoire, le juriste et poète Philippe de Novare :
Et par quey l’on peusse meaus entendre [coment] mut et comensa et fu cele guerre, et coment avint que partie des Chiprois se tint vers l’empereor et la plus grant partie vers le seignor de Baruth, Phelipe de Nevaire, quy fu á tous les fais et les conseils, et qui mainte fois a esté amés des bons pour le voir dire et haïs des malvais, vous en dira la verité, aucy come en touchant les homes et les grans fais [23].
Même si elles sont utilisées comme source de façon plus parcimonieuse dans la seconde et la troisième parties de l’œuvre [24], les annales exercent une certaine influence sur la structure d’ensemble du texte, du moins si l’on suppose que l’unique manuscrit qui nous est parvenu reflète fidèlement l’original. On y observe en effet une tendance à présenter chaque évènement dans des chapitres autonomes, longs, brefs, ou même très brefs, ce qui reprend le procédé utilisé dans les annales où l’on sépare, en allant à la ligne ou en laissant un espace, les faits d’une année de ceux de l’année suivante. La reprise en début de chaque chapitre de l’indication de la date, avec le millésime seulement ou le mois et le quantième (mais aussi avec des indica~tions sans chiffres, qui ne facilitent pas la lecture : des expressions comme en ce dit an, en celui meisme an, etc.), renvoie aussi à des pratiques typiques des annales, que les chroniques ont en partie héritées.
L’ouvrage historique de Philippe de Novare ne nous est pas parvenu de façon autonome : nous ne le connaissons que par le filtre des Gestes des Chiprois, où le texte a été incorporé directement dans le fil de la narration. Le rôle du narrateur est ici tenu par Philippe – qui est, il faut le souligner, un écrivain de grand talent [25] –, mais l’auteur ne renonce pas au contrôle sur sa narration, coupant quand cela lui semble opportun et insérant des passages empruntés à d’autres sources, parmi lesquelles on reconnaît une continua~tion française de la chronique de Guillaume de Tyr connue à l’époque moderne sous le nom d’Eracles (ou d’Estoire d’Eracles) et mentionnée dans la première et la troisième parties de l’ouvrage sous le titre de Livre dou Conquest [26].
La transition de la seconde à la troisième parties de l’œuvre, soulignée par l’auteur dans le second des extraits que nous avons rapportés plus haut, marque un élargissement thématique qui va au-delà du simple développe~ment chronologique. On passe en effet du récit de la guerre entre l’empereur Frédéric II et les Ibelins (tous les erremens quy sont avenus desa la mer en Surie et en Chipre, quy apartient soulement de l’empereor a siaus de Chipre) à une histoire plus complète de l’Orient latin (plussors autres chozes quy sont avenues en Surie et en Chipre et en aucuns leus as parties d’outremer), avec de plus vastes récits sur les évènements du monde musulman et mongol. Il n’y a donc pas dans ce cas de mutation de la structure narrative qui reste de type chronico~historique ; mais les sources changent et avec elles la perspective du récit. Le trente-quatrième livre de l’Eracles constitue ainsi, avec les annales de la Terre sainte, la source principale de l’œuvre jusqu’à la fin des années 1260, quand, sans abandonner complètement les source écrites (dont une liste vieille d’un siècle des villes et châteaux francs de Syrie, avec la répartition des obligations militaires dues à la couronne des seigneuries laïques et ecclésiastiques), l’auteur introduit ses souvenirs personnels et les informations orales qu’il a lui-même recueillies [27].
Un texte construit avec des matériaux aussi disparates est nécessairement peu homogène, tant du point de vue de la qualité de l’écriture, que de l’information qu’il véhicule. Son caractère unitaire est cependant garanti, au~delà des renvois et des quelques éléments de cohésion semés par l’auteur [28], à un niveau thématique et idéologique : le texte narre les évènements historiques d’Outremer observés, surtout dans la seconde et la troisième parties, dans une optique de type nobiliaire.
Le point focal de toute l’œuvre est l’Orient latin ; mais on observe des discontinuités entre les diverses parties car la première, construite principa~lement à partir d’annales, contient quelques références aux papes, souve~rains d’Occident et autres faits divers (la fondation de l’abbaye de Valmont en 1169, l’assassinat de Thomas Becket en 1171, etc.). Tandis que la seconde, basée sur les mémoires de Philippe de Novare, restreint le champ visuel à la guerre locale opposant l’empereur et ses alliés aux Ibelins. Dans la troisième partie enfin, les sources écrites et orales s’entremêlent avec des souvenirs personnels et la perspective s’élargit de nouveau vers l’ensemble de l’espace méditerranéen, accordant une large part aux guerres entre Génois, Vénitiens et Pisans, ainsi qu’aux faits et gestes des Souabes et des Angevins dans l’Italie du Sud. L’histoire du monde musulman y trouve aussi sa place et dans une moindre mesure celle du monde mongol, ce qui à l’époque n’avait rien d’exceptionnel : l’intérêt des historiens (Joinville, Het’um de Korykos, etc.) pour les Mongols était justifié par la conviction, assez répandue durant le XIIIe siècle, selon laquelle ceux-ci pourraient servir les intérêts de la chré~tienté dans une perspective anti-islamique. Quant aux musulmans, adver~saires par antonomase, Guillaume de Tyr avait déjà écrit une histoire de leur peuple, mettant en œuvre une large érudition, ce qui apparaissait aux yeux de ses contemporains Otton de Freising et Adam de Brême comme inutile, voire indigne [29]. L’auteur des Gestes semble quant à lui bien informé sur le monde mamelouk : il fournit sur ce sujet quelques anecdotes négligées par les sources arabes [30].
En ce qui concerne les aspects idéologiques de l’œuvre, on observe une substantielle unité de ton qui révèle une adhésion sans réserve à la sensibilité de la classe noble. L’exaltation des comportements aristocratiques et des vertus chevaleresques, le mépris à l’égard de ceux qui sont arrivés en haut de l’échelle en raison du bouleversement des traditions hiérarchiques, sont exprimés dans le choix des épisodes à raconter et les descriptions topiques des caractères positifs ou négatifs.
Ainsi décrit-on sous ces termes Jean d’Ibelin :
Cestu seignor de Baruth si fu vaillant et mout hardy et entreprenant et large et cortois et de bel acuell a toute gent, et por ce il estoit mout amé et mout renomé partout, et par my tout se il estoit sage et conoissant et preudome et leau enver Dieu [31].
Philippe de Novare parle en des termes similaires d’Anceau de Brie, cousin de Jean :
Si estoit juenes hom et fort et durs, membrus et ossus, vigourous et penibles, et entreprenans et faiseour, amy et enemy cortois, et large de quanque il pooit tenir, blans et blondes et vayrs et camus, á une chiere grefaigne semblant au leupart [32].
Et dans la troisième partie, au sujet du maître du Temple, Guillaume de Beaujeu :
Guillaume de Biaujeu, quy fu mout gentil home, parent dou roy de France, et si fu mout large et lyberal en moult de raysons et mout amonier, dont il fu moult renomé, et fu le Temple a son tens mout honoré et redouté [33].
Les Gestes des Chiprois peuvent donc figurer parmi les exemples de l’historio~graphie d’Outremer, de la part de la noblesse francophone, sur le même plan que la chronique d’Ernoul, incorporée dans l’Eracles, et – en dehors de l’Orient latin au sens strict – la Chronique de Morée [34]. On observe de la part de Philippe de Novare et d’Ernoul, un intérêt marqué pour les aspects légaux des faits rapportés, reflétant cette vocation de la noblesse franque qui s’exprime par une abondante production d’assises et de traités juridiques. Un tel intérêt manque à l’auteur des Gestes des Chiprois, qui semble pour sa part dépourvu de toute formation juridique. En revanche, et contrairement à Philippe et à Ernoul, il conjugue sa sensibilité liée à la noblesse, à une ouverture peu habituelle sur le monde des marchands, qui va même jusqu’à une sympathie presque affichée pour les Génois. En effet, non seulement il cite à plusieurs reprises les marchands comme des sources sûres dont il a reçu des informations en tout genre [35], mais il réserve une place importante à l’histoire, surtout militaire, de la ville de Gênes.
Conformément au point de vue adopté, la narration ne laisse que peu d’espace au merveilleux et au miracle, et présente un enchaînement d’événe~ments qui n’accorde aucune place, si ce n’est tout à fait marginalement, à la Providence. Cet aspect est particulièrement marqué dans la deuxième partie lorsque entre en jeu Philippe de Novare comme protagoniste et narrateur. Dans la troisième, en revanche, le narrateur, bien qu’il recherche toujours les motivations humaines et accorde toute liberté d’action aux personnages de l’histoire, évoque périodiquement l’enemy d’infer comme cause cachée des actions des hommes, lorsque celles-ci apparaissent autodestructrices et donc incompréhensibles à ses yeux. Tel est le cas pour les conflits internes du monde chrétien, comme les affrontements entre Vénitiens et Génois, ou les dissensions au sein de la cour chypriote d’Henri II, ou encore les comporte~ments inconsidérés des croisés fraîchement débarqués outre-mer, qui provo~queront la chute finale d’Acre après une série de massacres confessionnels. Inversement il attribue à l’intervention divine la longue chaîne d’assassinats parmi les sultans mamelouks des années 1293-1299 [36].
Œuvre unitaire sur un plan thématique et idéologique, hétérogène et désordonnée au niveau textuel, les Gestes des Chiprois suscitent quelques perplexités chez les lecteurs modernes, tentés de reprocher à l’auteur son attitude « peu respectueuse » vis-à-vis de ses sources, qu’il n’hésite pas à manipuler, modifier, compléter de diverses manières. Mais les éditeurs modernes ne seront guère plus « respectueux » envers le texte, eux qui à plusieurs reprises l’ont déconstruit, en prétendant parfois même rétablir les différentes parties dans une originalité imaginaire [37], alors que l’auteur le voulait unitaire (comme le montrent les fréquentes références internes à « son livre » : ce livre, mon livre).
L’opération d’appropriation et d’assimilation de sources différentes, qui est à la base de la rédaction des Gestes des Chiprois, n’a en réalité rien d’exceptionnel au Moyen Âge. Le résultat, qui peut être plus ou moins réussi selon l’habileté de l’auteur, est ce qu’A. Varvaro a défini comme un « un texte unitaire à trame lâche », c’est-à-dire :
Un testo che si presenta come relativamente unitario ad opera di un editore che ha riutilizzato in tutto o in parte materiali preesistenti, contentandosi di una grado di omogeneità tanto superficiale da lasciare trasparire, più o meno, l’eterogeneità delle fonti […]. Qui si tratta di assumere un testo precedente, per una qualche ragione incompleto, e di sviluppare il racconto senza eccessive preoccupazioni di coerenza. La procedura è molto frequente in sede storiografica [38].
L’exemple de Jean Froissart, succédant à Jean le Bel en le phagocytant, montre bien qu’une telle opération peut déboucher sur des résultats artisti~ques parfois très accomplis. Bien que loin d’atteindre les résultats de Frois~sart, les Gestes des Chiprois constituent un texte de haut intérêt pour la connaissance d’un des secteurs les plus florissants de la production littéraire de l’Outremer, celui de l’historiographie.
 
NOTES
 
[1] Cf. B. GUENÉE, Histoire, annales, chroniques. Essai sur les genres historiques au Moyen Âge, Annales E.S.C., t. 28, 1973, p. 997-1016.
[2] L’histoire assez singulière du seul manuscrit existant, retrouvé de façon fortuite dans une noble demeure piémontaise, offert à un ami de la famille, puis entrant enfin à la Bibliothèque Royale de Turin, a été retracée par G. RAYNAUD dans la préface à son édition des Gestes des Chiprois, Genève, 1887, p. IX-XXIII ; Ch. KOHLER, Les Gestes des Chiprois, Recueil des Historiens des Croisades. Documents arméniens, t. 2, Paris, 1906, p. CCIX-CCLXIV ; A. ROSSEBASTIANO-BART, Sul disperso ms. di Cérines delle Gestes des Chiprois ora Varia 433 della Biblioteca Reale di Torino, Studi francesi, t. 67, 1979, p. 76-79.
[3] Cf. FLORIO BUSTRON, Chronique de l’Ile de Chypre, éd. R. DE MAS LATRIE, Mélanges historiques. Choix de documents, t. 5, Paris, 1886, p. 8. Bustron semble retravailler des matériaux puisés dans la Cronaca di Amadi du XVIe siècle plutôt que de recourir au texte original ; cf. S. MELANI, À propos des Mémoires attribuées à Philippe de Novare, Studi mediolatini e volgari, t. 34, 1988, p. 97-127.
[4] Les éditions complètes du texte sont : Les Gestes des Chiprois, éd. G. RAYNAUD (citée n. 2) et Les Gestes des Chiprois, éd. G. PARIS et L. DE MAS LATRIE, Recueil des Historiens des Croisades. Documents arméniens, t. 2, p. 653-872. Éditions partielles : PHILIPPE DE NOVARE, Mémoires, éd. Ch. KOHLER, Paris, 1913 ; FILIPPO DA NOVARA, Guerra di Federico II in Oriente (1223-1242), éd. S. MELANI, Naples, 1994 ; Cronaca del Templare di Tiro, éd. L. MINERVINI, Naples, 2000.
[5] Cf. infra.
[6] L’identification de l’auteur avec le juriste Gérard de Montreal, proposée par P. Riant et jadis acceptée par les historiens, est en effet très douteuse, comme le relève déja KOHLER, op. cit., p. CCXLVI-CCXLVII.
[7] Cf. Cronaca del Templare di Tiro, p. 128, § 135.
[8] Cf. id., p. 168, 184, 204, § 199, 221, 249.
[9] Cf. id., p. 206-224, § 253-267. Les informations des Annales Januenses restent rares et génériques ; cf. Annali Genovesi di Caffaro e de’ suoi continuatori dal MCCLXXX al MCCLXXXXIII, éd. C. IMPERIALE DI SANT’ANGELO, t. 5, Rome, 1929, p. 130. On peut lire des témoignages de certains historiens arabes dans F. GABRIELI, Chroniques arabes des Croisades, tr. V. PÂQUES, 2e éd., Arles-Paris, 1996 ; C. HILLENBRAND, The Crusades. Arabic Perspectives, Chicago, 1999.
[10] En 1293, il transcrit le discours de l’amiral vénitien Marco Basilio au souve- rain ; cf. Cronaca del Templare di Tiro, p. 258, § 302.
[11] Cf. id., p. 320-324, 330-334, 344-446, § 426-432, 443-447, 463-666. Le récit s’interrompt avant l’assassinat du gouverneur en juin 1310.
[12] G. Raynaud, dans son édition des Gestes des Chiprois, partage le texte en trois parties auxquelles il attribue les titres de Chronique de Terre sainte, Estoire de la Guerre qui fu entre l’empereor Frederic & Johan d’Ibelin et Chronique du Templier de Tyr.
[13] Cf. A. FOREY, Literacy and Learning in the Military Orders during the Twelfth and Thirteenth Centuries, The Military Orders, t. 2, Welfare and Warfare, éd. H. NICHOLSON, Aldershot, 1998, p. 197-198.
[14] Cronaca del Templare di Tiro, p. 340-344, § 459-462.
[15] C. KOHLER, Les Gestes des Chiprois, p. CCXXII-CCXXIII.
[16] Cf. LEONTIOS MACHAIRAS, A Recital Concerning the Sweet Land of Cyprus, entitled « Chronicle », éd. R.M. DAWKINS, t. 1, Oxford, 1932, p. 544-545, § 548.
[17] É. BENVENISTE, Le vocabulaire des institutions indo-européennes, t. 2, Paris, 1969, p. 277. Sur le thème du témoin-survivant, voir C. GINZBURG, Unus testis. Lo sterminio degli ebrei e il principio di realtà, Quaderni storici, t. 80, 1992, p. 529-548.
[18] Les Gestes des Chiprois, éd. PARIS et MAS LATRIE, p. 666, § 81.
[19] Cronaca del Templare di Tiro, p. 50, § 1. Dans le texte, comme en général dans les écrits de l’Orient latin, Outremer désigne l’Europe.
[20] Cf. encore [O]r avés oÿ coment le reaume de Jerusalem a esté tout perdu (id., p. 230, § 281).
[21] Mais il s’agit, dans le deuxième extrait cité, d’une correction de l’éditeur basée sur l’occurrence précédente. Dans le manuscrit on trouve tourner.
[22] Cf. R. RÖHRICHT, Annales de Terre sainte, Archives de l’Orient latin, t. 2, 2, 1884, p. 427-461 ; A. SÁNCHEZ CANDEIRA, Las cruzadas en la historiografía española de la época. Traducción castellana de una redacción desconocida de los Anales de Tierra Santa, Hispania, t. 20, 1960, p. 325-367 ; G. GRIVAUD, Une petite chronique chypriote du XVe siècle, Dei gesta per Francos. Études sur les croisades dédiées à Jean Richard, éd. M. BALARD, B.Z. KEDAR et J. RILEY-SMITH, Aldershot, 2001, p. 317-338. Des fragments d’une version latine sont cités en pied de page dans RÖHRICHT, Annales de Terre sainte ; d’autres sont insérés dans un rituel du Saint-Sépulcre (cf. Ch. KOHLER, Un rituel et un bréviaire du Saint-Sépulcre de Jérusalem (XIIe-XIIIe siècle), Revue de l’Orient latin, t. 8, 1900-1901, p. 399-401) et dans les Flores cronicum seu Cathalogus pontificum Romanorum de Bernard Gui (cf. Vitae nonnullorum Pontificum Romanorum a Nicolao Aragoniae S.R.E. cardinali conscriptae […], quibus loco suo insertae sunt aliae Vitae Summ. Pontiff. Romm. ex variis auctoribus excerptae, éd. L.A. MURATORI, Rerum Italicarum Scriptores, t. 3, 1, Milan, 1723, p. 353-354, 438, 476-479, 591, 612).
[23] FILIPPO DA NOVARA, op. cit., p. 66, § 1.
[24] Cf. les introductions de MELANI et MINERVINI à leurs éditions de FILIPPO DA NOVARA, Guerra di Federico II in Oriente (1223-1242), p. 7-12 et de la Cronaca del Templare di Tiro, p. 5-14.
[25] Dans son texte, souvent interrompu par des digressions poétiques à caractère parodique, on peut percevoir « une véritable présence latente du discours poétique » (C. ASLANOFF, Récit historique et discours poétique dans l’Estoire de la guerre des Ibelins contre les Impériaux de Philippe de Novare, Le Moyen Âge, t. 103, 1997, p. 68).
[26] Cf. Les Gestes des Chiprois, éd. PARIS et MAS LATRIE, p. 654, 657, 663, § 12, 34, 62- 63 ; Cronaca del Templare di Tiro, p. 66, § 37.
[27] Au sujet des sources de la troisième partie, cf. l’introduction de MINERVINI à son édition de la Cronaca del Templare di Tiro. La liste rapportée telle quelle dans le texte est définie comme .i. escrit contenant les no[n]s des sités et chastiaus de la Surie (id., p. 230, § 281).
[28] Annonces et reprises du genre A M CC XI de l’incarnasion de Nostre Seignor Jehsu Crist, le roy Hugue de Chipre espouza la raÿne Alis, de la quele vos orés parler encores en ce livre (Les Gestes des Chiprois, éd. PARIS et MAS LATRIE, p. 668, § 64), ou encore Vous savés coument je vos ay devisé avant en se livre de Halaon, quy prist Doumas et Halape, Haman et La Chamele (Cronaca del Templare di Tiro, p. 282, § 344).
[29] Cf. R.Ch. SCHWINGES, Kreuzzugsideologie und Toleranz im Denken Wilhelms von Tyrus, Saeculum, t. 25, 1974, p. 367-385.
[30] Voir, par exemple, la description de la seconde bataille de Homs entre Mongols et Mamelouks (1299), ainsi que la fuite du sultan et de ses émirs (Cronaca del Templare di Tiro, p. 292-296, § 363-369).
[31] Les Gestes des Chiprois, éd. PARIS et MAS LATRIE, p. 666, § 84.
[32] FILIPPO DA NOVARA, op. cit., p. 74, § 19.
[33] Cronaca del Templare di Tiro, p. 142, § 147. Très représentative de l’idéologie de l’auteur est la médiocre composition insérée dans la troisième partie des Gestes (id., p. 238-252, § 294), pâle imitation des textes, poétiquement supérieurs, de Philippe de Novare.
[34] Cf. D. JACOBY, La littérature française dans les États latins de la Méditerranée orientale à l’époque des croisades : diffusion et création, Essor et fortune de la Chanson de geste dans l’Europe et l’Orient latin, t. 2, Modène, 1984, p. 617-646 ; ID., Knightly values and class consciousness in the Crusader States of the Eastern Mediterranean, Mediterranean historical Review, t. 1, 1986, p. 98-186.
[35] Cf. Cronaca del Templare di Tiro, p. 284-286, 296, 318, § 348, 372, 420.
[36] Cf. id., p. 172, 256, 320, 200, 236, § 205, 300, 425, 244, 293.
[37] Ch. Kohler, dans son édition de Philippe de Novare, a en particulier coupé ce qui lui semblait impropre, pour lui substituer parfois des passages, traduits de sa main en ancien français, tirés du texte d’Amadi ; cf. MELANI, À propos des Mémoires attribuées à Philippe de Novare. Intervenant de façon moins cavalière, Melani a, dans son édition, mis en évidence grâce à divers artifices graphiques (caractères gras, majuscules, italiques) les parties dont la source est l’Eracles, celles qui sont attribuables à l’auteur des Gestes et celles dont il pense qu’elles ont été englobées dans le texte par un copiste.
[38] A. VARVARO, Il testo letterario, Lo spazio letterario del medioevo, 2, Il Medioevo volgare, éd. P. BOITANI, M. MANCINI et A. VARVARO, vol. I, 1. La produzione del testo, Rome, 1999, p. 400-401. Voir aussi B. GUENÉE, Lo storico e la compilazione nel XIII secolo, Aspetti della letteratura latina nel secolo XIII, éd. Cl. LEONARDI et G. ORLANDI, Pérouse- Florence, 1986, p. 57-76 ; F. RICO, Entre el códice y el libro (Notas sobre los paradigmas misceláneos y la literatura del siglo XIV), Romance Philology, t. 51, 1997, p. 151-169.
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[1]
Cf. B. GUENÉE, Histoire, annales, chroniques. Essai sur les...
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[2]
L’histoire assez singulière du seul manuscrit existant, ...
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[3]
Cf. FLORIO BUSTRON, Chronique de l’Ile de Chypre, éd. R...
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[4]
Les éditions complètes du texte sont : Les Gestes des C...
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[5]
Cf. infra. Suite de la note...
[6]
L’identification de l’auteur avec le juriste Gérard de ...
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[7]
Cf. Cronaca del Templare di Tiro, p. 128, § 135. Suite de la note...
[8]
Cf. id., p. 168, 184, 204, § 199, 221, 249. Suite de la note...
[9]
Cf. id., p. 206-224, § 253-267. Les informations des An...
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[10]
En 1293, il transcrit le discours de l’amiral vénitien Marc...
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[11]
Cf. id., p. 320-324, 330-334, 344-446, § 426-432, 443-4...
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[12]
G. Raynaud, dans son édition des Gestes des Chiprois, parta...
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[13]
Cf. A. FOREY, Literacy and Learning in the Military Orders ...
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[14]
Cronaca del Templare di Tiro, p. 340-344, § 459-462. Suite de la note...
[15]
C. KOHLER, Les Gestes des Chiprois, p. CCXXII-CCXXIII. Suite de la note...
[16]
Cf. LEONTIOS MACHAIRAS, A Recital Concerning the Sweet ...
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[17]
É. BENVENISTE, Le vocabulaire des institutions indo-eur...
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[18]
Les Gestes des Chiprois, éd. PARIS et MAS LATRIE, p. 66...
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[19]
Cronaca del Templare di Tiro, p. 50, § 1. Dans le texte...
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[20]
Cf. encore [O]r avés oÿ coment le reaume de Jerusalem a...
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[21]
Mais il s’agit, dans le deuxième extrait cité, d’une correc...
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[22]
Cf. R. RÖHRICHT, Annales de Terre sainte, Archives de l...
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[23]
FILIPPO DA NOVARA, op. cit., p. 66, § 1. Suite de la note...
[24]
Cf. les introductions de MELANI et MINERVINI à leurs éditio...
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[25]
Dans son texte, souvent interrompu par des digressions ...
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[26]
Cf. Les Gestes des Chiprois, éd. PARIS et MAS LATRIE, p...
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[27]
Au sujet des sources de la troisième partie, cf. l’introduc...
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[28]
Annonces et reprises du genre A M CC XI de l’incarnasio...
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Cf. R.Ch. SCHWINGES, Kreuzzugsideologie und Toleranz im Den...
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[30]
Voir, par exemple, la description de la seconde bataille de...
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[31]
Les Gestes des Chiprois, éd. PARIS et MAS LATRIE, p. 66...
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[32]
FILIPPO DA NOVARA, op. cit., p. 74, § 19. Suite de la note...
[33]
Cronaca del Templare di Tiro, p. 142, § 147. Très repré...
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[34]
Cf. D. JACOBY, La littérature française dans les États lati...
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[35]
Cf. Cronaca del Templare di Tiro, p. 284-286, 296, 318,...
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Cf. id., p. 172, 256, 320, 200, 236, § 205, 300, 425, 2...
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A. VARVARO, Il testo letterario, Lo spazio letterario del m...
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