2004
Le Moyen Age
Les relations entre le royaume de Chypre et le sultanat mamelouk
au XVe siècle
Mohamed Ouerfelli
Université de Paris I-Panthéon-Sorbonne
Les relations entre le royaume de Chypre et le sultanat mamelouk
au XVe siècle sont marquées par des hostilités permanentes : des épisodes de
pillage et de course d’un côté et des représailles de l’autre côté. Ce sont
autant de menaces qui ont pesé sur les relations commerciales entre l’Orient et
l’Occident. Mais il est important de signaler que les contacts diplomatiques et
les échanges commerciaux entre les deux voisins n’ont jamais été interrompus.
En imposant aux Chypriotes des relations de suzeraineté après 1426, les
mamelouks réussissent à établir une stabilité relative dans la Méditerranée
orientale. Une situation qui permettra aux républiques maritimes, en
particulier à Venise, de dominer le commerce du Levant et d’annexer l’île de
Chypre en 1489. Mots-clés :
Chypre, Égypte, Syrie, mamelouks, course, XVe siècle.
Perduring hostility characterised the relationships between the
Kingdom of Cyprus and the Mameluk Sultanate in the 15th century : plundering
and pirating ventures were invariably followed by reprisals. Such recurring
violence handicapped trade relationships between East and West. Yet it ought to
be noted that trade and diplomatic contacts between these two neighbouring
nations were never interrupted. When they imposed their suzerainty onto
Cypriots after 1426, the Mameluks managed to restore a relative stability in
the Eastern Mediterranean. This new situation made it possible for Venice,
among other maritime republics, to dominate trade in the Levant and to take
over the island of Cyprus in 1489.Keywords :
Cyprus, Egypt, Syria, Mameluks, trade, pirating, 15th century.
Après la chute des dernières principautés franques de
Syrie-Palestine, Chy~pre, gouvernée par la dynastie des Lusignan, devient,
grâce à sa position géographique favorable et sa proximité des ports de Syrie,
le dernier poste avancé de la présence occidentale au Levant, mais aussi un
entrepôt du commerce international. En face, un vaste empire dirigé par les
mamelouks : une caste militaire totalement étrangère à la population locale,
constituée d’esclaves affranchis arrivés au pouvoir en 1250
[1]. Ces derniers ont renforcé leur contrôle
sur les routes du commerce des épices dont l’Occident ne peut pas se
passer.
Les interdictions pontificales de commercer avec le sultanat
mamelouk
[2] et les
projets de croisades auxquels le royaume de Chypre s’est associé énergi~quement
ont donné lieu à des affrontements sanglants, dont l’épisode le plus
spectaculaire fut la prise d’Alexandrie par le roi Pierre
I
er, en 1365
[3], une période marquée par des actes réciproques de
pillage et de course, où se sont trouvés impliqués Catalans, Génois et
Vénitiens. De 1424 à 1427, on assiste à une phase transitoire mais décisive, au
cours de laquelle les mamelouks réussissent, par le biais de trois expéditions
militaires dirigées contre l’île, à inverser la situation en imposant aux
Chypriotes des rapports de suzerai~neté. C’est ce qui constitue l’essentiel
d’une troisième phase dans les relations entre les deux royaumes.
Mais il importe de signaler que les contacts diplomatiques et
les relations commerciales entre les deux États ont été toujours présents et
ont traversé toutes ces phases sans exception.
Il est donc important de mettre l’accent sur les motifs réels
de ces hostilités, les résultats de cette confrontation, sans pour autant
négliger les réactions des républiques maritimes et leurs politiques, ainsi que
leurs positions dans le commerce méditerranéen après 1427.
La fin du XIV
e siècle est une période
particulièrement difficile pour le royaume de Chypre après l’occupation de
Famagouste par les Génois. Le traité du 21 octobre 1374 impose aux Chypriotes
de payer les frais de l’expédition génoise commandée par Pietro di
Campofregoso
[4]. Or le
traité du 19 février 1384 précise que tout le trafic de l’île, à quelques
exceptions près, doit obligatoirement passer par le port de Famagouste
[5]. Un monopole qui, par
conséquent, étouffe le trafic commercial et provoque le départ des marchands
occidentaux vers Alexandrie et Beyrouth
[6].
En ce qui concerne le sultanat mamelouk, Le Caire est le
théâtre d’une succession de règnes dont trois au cours de 1421
[7]. Toutes ces successions se
déroulent dans le sang et la multiplication des rébellions des émirs mame~louks
en Syrie. Les expéditions envoyées pour les réprimer se succèdent l’une après
l’autre, ce qui nécessite beaucoup d’argent pour les financer, alors que les
caisses du sultanat sont presque vides. Le recours à des manœuvres douteuses ou
à la confiscation des biens de marchands sont monnaie cou~rante pour se
procurer de l’argent afin de couvrir les frais d’expéditions presque
quotidiennes.
En 1399, on apprend que Tamerlan s’approche à nouveau des
frontières orientales du sultanat. Il a décidé de se venger des mamelouks suite
à l’assassinat de son ambassadeur par le sultan Barqûq, ainsi qu’en raison de
l’accueil et de l’assistance apportés par les mamelouks à l’un de ses
oppo~sants
[8]. Face à
cette situation alarmante, le sultan convoque les juges, les princes et les
hauts fonctionnaires de son royaume, afin de discuter de la méthode à employer
pour réunir auprès des marchands les fonds nécessaires pour financer ses
troupes
[9]. Les Mongols
marchent sur la Syrie, les villes tombent l’une après l’autre et la résistance
mamelouke se fait dans un désordre total, entravée par les intrigues et les
conflits entre les émirs. C’est dans cette conjoncture bouleversée que le roi
de Chypre, bien informé de l’avancée des Mongols, envoie une ambassade au Caire
proposant au sultan son aide et ses navires de guerre pour faire face à la
menace de Tamerlan. Mais cette proposition reste sans lendemain, puisque les
mamelouks, nous apprend Ibn Tagrî Birdî, sont divisés entre eux
[10].
À peine le danger mongol éloigné des frontières du sultanat,
les mame~louks se tournent vers la Méditerranée afin de préserver leurs
intérêts commerciaux. Mais les mauvais traitements qu’ils infligent aux
marchands européens déclenchent des hostilités avec les puissances
occidentales. En effet, après les tentatives du roi de Chypre pour reprendre la
ville de Famagouste, la commune de Gênes envoie une flotte de guerre commandée
par le maréchal Boucicaut. Celui-ci réussit, en 1403, à imposer au roi le
paiement de la
mahona de Chypre et la
signature d’un traité de paix. Il propose également au roi d’organiser une
nouvelle expédition contre le sultanat mamelouk, mais le roi, regardant d’un
mauvais œil les intentions des Génois, refuse cette proposition, car il craint
de les voir occuper son royaume. Le maréchal, renforcé par la présence de deux
galères appartenant aux Hospitaliers et d’un certain nombre de chevaliers
chypriotes, se dirige vers Alexandrie pour tenter de la reprendre, mais il
échoue à cause d’une tempête. Entre temps, les Vénitiens ont averti les
mamelouks des projets des Génois
[11]. Décidé à se venger des mamelouks et des Vénitiens
en même temps, Boucicaut mène des raids sur les côtes syriennes au mois d’août
1403. Il pille Tripoli, Le Boutron, Beyrouth, Sidon et Latakieh
[12], attaques au cours
desquel~les le maréchal n’épargne pas les biens appartenant aux marchands
véni~tiens.
La participation des Chypriotes à ces raids est minime
puisqu’elle ne concerne que des aventuriers et des bénévoles en quête de butin,
surtout après le refus du roi de prendre part à ces expéditions. Or, Boucicaut,
en retournant à Famagouste, a procédé au partage du butin ramassé sur les côtes
syriennes, ainsi qu’à la vente des prisonniers capturés
[13], ce qui va déclencher la colère des
mamelouks, lesquels accusent le roi d’apporter son assistance aux agresseurs en
dépit du traité de paix signé entre les deux voisins depuis trente
ans.
La même année (1403), les Hospitaliers s’engagent dans des
négociations avec le sultan Farag b. Barqûq. Grâce aux talents du grand prieur
de Toulouse Raymond de Lescure
[14], ils signent un traité de paix dont le roi de Chypre
est exclu
[15]. Ce
dernier, désireux de cesser les hostilités, dépêche en 1404 Raymond de Lescure
auprès du sultan d’Égypte pour obtenir les mêmes avantages que les
Hospitaliers. Mais le sultan refuse de traiter avec Lescure tant que le roi de
Chypre n’est pas disposé à arrêter la course en Méditerranée orientale et il
n’hésite pas à envoyer l’ambassadeur en prison en exigeant une rançon de 25 000
ducats pour sa libération
[16].
À partir de ce moment-là et jusqu’en 1425, on voit se déchaîner
sur les côtes du sultanat mamelouk une série d’attaques et de pillages
[17]. Ni les sujets du sultan,
ni les marchands occidentaux ne sont épargnés par ces razzias menées par les
Chypriotes, les Catalans et parfois par les Génois, et dont le butin est vendu
dans l’île. Les mamelouks, lorsqu’ils subissent de grands dommages, se vengent
la plupart du temps sans distinction des marchands occidentaux, en leur
confisquant marchandises et biens et en leur interdisant de quitter le
pays
[18].
La question qui se pose est celle des raisons de cette
passivité mamelouke face à la course. La multiplication des actes de piraterie
et de course dans la Méditerranée orientale, en particulier sur les côtes
syriennes, s’explique en grande partie par le fléchissement de l’activité
maritime et de la construction navale. En effet, l’intérêt accordé à ce secteur
stratégique remonte à l’époque fatimide, notamment avec le calife al-Mu‘iz qui
a inauguré plusieurs chan~tiers navals afin de renforcer la flotte
égyptienne
[19]; ses
fils ont suivi ses pas et il en fut de même jusqu’à l’époque de Saladin
[20]. Les premiers sultans
mamelouks, en particulier Baybars, conscients du rôle important que peut jouer
une flotte puissante pour faire face au danger des croisés, ont adopté une
politique énergique pour renforcer la construction des navires de guerre
[21].
Mais dès la fin du XIV
e siècle, l’arsenal
est complètement négligé et il ne figure plus parmi les priorités de l’État. On
ne pense aux navires que lorsqu’on en a besoin, surtout en cas de danger. À ce
moment-là, les mamelouks procèdent à l’interpellation d’hommes dans les rues en
leur imposant de travailler de force dans l’arsenal. Ces gens, nous rapporte
Maqrîzî, non qualifiés, sont traités comme des prisonniers. Pour se nourrir,
ils se contentent d’un peu de pain. Ainsi le travail dans l’arsenal est-il
devenu en Égypte à l’époque mamelouke un métier vil et méprisable ; le mot
ustûlî, qualifiant quelqu’un qui
travaille dans l’arsenal, est ressenti comme une insulte par tout homme qui se
voit ainsi désigné
[22].
Une autre raison expliquant cette impuissance devant les
attaques inces~santes des pirates est la faiblesse du sultan Farag b. Barqûq,
son désaccord et ses conflits continuels avec les émirs qui donnent libre cours
à leurs ambi~tions de gouverner
[23]. En effet, à la fin du mois de septembre 1405, le
sultan Farag est destitué et remplacé par son frère ‘Abd al-Azîz qui prend par
la suite le titre d’al-Malik al-Mansûr. Deux ans plus tard (1407), Djakam,
gouverneur d’Alep, se proclame sultan et prend le titre d’al-Malik
al-‘Âdil.
En 1410, les mamelouks, pour riposter aux attaques des
Chypriotes, mènent plusieurs raids sur les côtes de l’île. Une lettre envoyée
au mois de septembre 1411 par le capitaine de Famagouste au sultan d’Égypte
montre combien les Génois ont souffert des représailles exercées par les
mamelouks, qui n’ont pas épargné la ville de Famagouste. Mais les Génois
veulent assurer le sultan de leurs bonnes intentions puisqu’ils se sont engagés
depuis l’année précédente à racheter 25 musulmans capturés qu’ils envisagent
d’envoyer au sultan
[24].
Le royaume de Chypre est exposé à plusieurs difficultés
financières : la guerre contre les Génois, les expéditions mameloukes et
surtout les épidé~mies et les sauterelles qui s’abattent sur l’île
[25], poussent le roi à
prendre l’initiative pour la conclusion de la paix avec les mamelouks. En 1410,
il envoie une ambassade commandée par Thomas Provost, qui revient par la suite
accompagnée d’une délégation mamelouke dont la mission principale est de
racheter les captifs musulmans
[26], une question épineuse dans les rapports entre le
royaume de Chypre et le sultanat mamelouk. La paix est signée et le roi
s’engage « à ne pas accueillir les corsaires et à ne pas permettre le pillage
de la Syrie, et, si des corsaires venaient à Chypre, le roi ne leur fournirait
point de vivre et aucun de ses sujets n’aurait le droit d’acheter les objets
pillés
[27]». Cet
engagement s’est fait au grand soulagement des Famagoustains et des marchands
occidentaux résidant dans l’île, mais il n’est qu’éphémère. En effet, les
Chypriotes continuent, de concert avec les pirates catalans, à saccager les
côtes de Syrie et on voit même de grands personnages participer à cette
activité dont la portée économique est impor~tante. En 1413, Henri de Lusignan,
prince de Galilée et frère du roi, s’embar~que sur une
nave avec des Catalans pour aller
piller les côtes syriennes, sans l’autorisation du roi
[28]. Le nombre de captifs musulmans qu’il a
ramenés dans l’île semble être important puisque le gouverneur de Damas a mandé
une délégation avec de l’argent pour les racheter
[29].
Fort irrité de ces actes, le sultan al-Muayad Cheykh écrit en
1414 au roi pour lui exposer les mêmes griefs. Ce dernier envoie de nouveau
Thomas Provost en Syrie pour rencontrer le sultan
[30]. Le 24 novembre 1414, un nouveau traité
de paix est signé par l’ambassadeur du sultan envoyé à Chypre qui est reçu avec
grand honneur
[31]. En
revanche, les chevaliers et les seigneurs de l’île voient les choses autrement
: un traité de paix obligeant le roi à interdire toute course contre le
sultanat mamelouk les prive d’une source de richesse d’une importance
considérable. Macheras l’affirme claire~ment en disant que « les seigneurs
s’étaient enrichis en pillant les Sarra~sins
[32]». Dès le début du XV
e siècle,
on voit deux camps s’affronter : d’un côté les marchands chypriotes et
occidentaux résidant dans l’île ayant des intérêts permanents avec les
possessions mameloukes, en particulier avec la Syrie, et d’un autre côté, les
chevaliers et les seigneurs, qui par le biais de la course peuvent se procurer
une main-d’œuvre employable gratuitement dans leurs casaux
[33].
La paix n’est que de courte durée. En effet, en 1415, se
trouvant confronté à une grave crise économique en raison de la diminution de
ses revenus et du manque d’une main-d’œuvre capable d’assurer la production
agricole, le roi Janus ordonne à l’équipage de la galère royale, accompagnée
d’une galiote, d’effectuer des razzias sur les côtes égyptiennes, surtout
celles d’Alexandrie, où les Chypriotes réussissent à enlever 1 500 Sarrasins.
Le sultan mamelouk al-Mu’ayad, furieux, envoie cette fois-ci le consul catalan
Sanç Antoní Ametller en tant qu’ambassadeur auprès du roi de Chypre pour lui
deman~der la libération des prisonniers. Janus lui répond que les 1 500
Sarrasins emmenés par lui sont une grande nécessité pour l’île qui éprouve un
grand besoin de laboureurs et de planteurs de cannes à sucre
[34].
De leur côté, les Catalans, qui fréquentent l’île où ils
peuvent s’approvi~sionner et vendre leur butin, en particulier les captifs,
multiplient leurs opérations pour se venger des mamelouks
[35]. Ces derniers ont sanctionné les
marchands catalans résidant à Beyrouth et à Alexandrie en les obligeant à payer
une indemnité de 30 000 ducats, pour rendre justice aux familles de marchands
de l’Ifriqiya : ces derniers avaient nolisé un navire catalan, en 1408, pour se
rendre à Tunis avec leurs marchandises. Mais au lieu de débarquer à Tunis, les
marchands ifriqiyens furent conduits à Barcelone où ils furent dépouillés de
leurs biens et vendus comme esclaves
[36]. Les opéra~tions menées contre les possessions
mameloukes se succèdent jusqu’à l’avè~nement de Barsbay en 1422. Celui-ci, en
mettant un terme aux rebellions des émirs et en se débarrassant définitivement
de ses rivaux, peut régner en maître. Pourtant rien ne change entre les deux
voisins. Le 17 septembre 1422, on apprend que deux galères ont d’abord pris à
Beyrouth une coque génoise dont l’équipage était à terre
[37], elles ont ensuite capturé une galiote
musul~mane transportant une ambassade dépêchée par le sultan d’Égypte auprès du
sultan ottoman et chargée de présents
[38]. L’année suivante (1423), le sultan
apprend également que deux navires appartenant à ses sujets, chargés de
marchandises et transportant plus de 100 personnes à bord, ont été intercep~tés
par des pirates francs, au large du port de Damiette
[39]. Les mamelouks, pour
racheter l’ambassadeur du sultan, 15 personnes de sa suite et les deux navires
marchands capturés et dépouillés de leurs cargaisons, ont dû payer 4 000 ducats
et arrêter des marchands occidentaux pour les obliger à racheter le reste des
captifs
[40].
Venise, se sentant menacée par cette vague de course qui ne
peut que compromettre ses intérêts commerciaux, a essayé d’intervenir par la
voie de la diplomatie. Pour gagner les faveurs du sultan afin d’être épargnée
des sanctions collectives infligées à ses marchands, la Seigneurie est allée
jusqu’à racheter des captifs musulmans : la mission accomplie avec succès par
Emmanuel Piloti en 1402 auprès de Giacomo Crispo, duc de Naxos, pour le rachat
de 150 musulmans capturés par Pierre de Laranda, un corsaire biscaïen selon
Piloti, à bord d’un navire marchand, sur les côtes de l’Asie Mineure, témoigne
des bonnes intentions des Vénitiens
[41]. Le 12 novembre 1409, une lettre est adressée par
Blas Dolfin, consul de Venise à Alexandrie, au duc de Crète, par laquelle il
lui demande de libérer les musulmans capturés par le duc de Naxos. Au mois de
décembre de la même année, et par crainte des représailles du sultan mamelouk,
les Vénitiens dépensent 2 000 ducats pour racheter des Maghrébins enlevés par
des pirates
[42]. De
même en 1419, la Seigneurie envoie des lettres à ses consuls de Damas et de
Chypre pour racheter les captifs musulmans dont la plupart avaient été achetés
par Jean Corner, sans doute pour travailler dans ses plantations de canne à
sucre
[43].
En 1422, elle envoie un ambassadeur au sultan avec l’argent
nécessaire à la libération de ses citoyens. Le 23 août 1423, il est décidé de
dépêcher encore le consul de Damas Barthélemy Storlato à Rhodes, pour se
plaindre auprès du grand maître de la faveur accordée par l’ordre aux pirates
catalans
[44].
Fort exaspéré des dommages infligés à la population côtière et
aux marchands, le sultan Barsbay ordonne de commencer les préparatifs pour
mener une campagne contre le royaume de Chypre
[45]. Cette décision est prise peu après le
retour d’un captif musulman fuyant l’île. Ce dernier a raconté au sultan
comment des hauts fonctionnaires du royaume de Chypre soute~naient les pirates
; il a désigné en particulier le bayle royal de Limassol Philippe de
Picquigny
[46]. Une
autre raison expliquant l’initiative du sultan, la principale selon l’historien
de la ville de Beyrouth, Sâlih Ibn Yahya, un témoin oculaire : il s’agit de la
capture d’un navire de Ahmad Ibn al-Hamîm, un marchand du sultan, chargé d’une
cargaison de savon et d’autres mar~chandises de Tripoli à destination de
Damiette. Au moment où le navire entrait dans le port, il a été intercepté et
pris par des corsaires basques qui ont mis le cap sur Chypre
[47].
Les mamelouks mènent trois expéditions dont la dernière
s’achève par la déroute de l’armée royale et la capture du roi Janus
[48]. Mais cet état de guerre
régnant entre les deux pays est entrecoupé d’initiatives diplomatiques de part
et d’autre. En 1424, une première campagne débute mal ; les mamelouks se
contentent de piller Limassol et un certain nombre de villages sur la côte
chypriote. L’année suivante (1425), avant de déclencher une deuxième
expédition, les princes mamelouks, en concertation avec le gouverneur de Syrie,
dépêchent auprès du roi de Chypre un émissaire lui demandant de cesser les
hostilités et de conclure un traité de paix. Janus est disposé à répondre
favorablement à la lettre du sultan, mais il se trouve que son frère Henri de
Lusignan refuse cette proposition
[49]. Toutes les sources s’accordent sur le fait que le
souverain chypriote, soumis aux désirs et aux intérêts de ses conseillers et de
ses chevaliers, est incapable d’imposer ses décisions. D’ailleurs, Macheras
s’en prend aux chevaliers et aux seigneurs, les accusant de mettre en péril
l’indépendance de l’île.
Pour entamer une dernière campagne contre le royaume, Barsbay
or~donne la construction de deux navires de guerre dans l’arsenal de Beyrouth.
Le sultan est vraisemblablement bien informé de la situation à Chypre. De plus,
il craint l’arrivée de renforts en provenance d’Occident. Pour cette raison, il
s’empresse de construire des navires. En témoignent les décrets qu’il promulgue
pour accélérer les travaux. Résultat : la population a souffert des taxes
supplémentaires imposées, des confiscations arbitraires et des injustices
commises par les agents du sultan. Les deux navires ont été mal construits ;
l’un se brise avec deux autres navires au large de Rosette à cause d’une
tempête, l’autre ne peut plus lever la voile car des brèches y ont été
détectées
[50]. Or le
sultan est déterminé à lancer son expédition. Du coup, il remplace les deux
navires par des
sermes, sorte de
barques utilisées unique~ment pour le transport des marchandises dans le Nil,
et confisque des navires appartenant aux marchands occidentaux pour transporter
ses soldats à Chypre
[51].
Il est important également de signaler les efforts entrepris
par un haut dignitaire musulman de Syrie pour apaiser les tensions entre les
deux camps afin d’éviter la confrontation. Il s’agit du cheikh Muhammad Ibn
Qudaydâr de Damas que les chroniqueurs chypriotes évoquent avec beaucoup
d’en~thousiasme, soulignant l’importante place qu’il occupe parmi les
musul~mans et ses rapports avec de grandes personnalités chypriotes
[52]. Ce cheikh a acquis une
certaine célébrité depuis la dernière décennie du XIV
e
siècle
[53]. Il a
participé aux négociations entre les mamelouks et Tamerlan pendant l’occupation
de Damas
[54]. Il est
également respecté par les sultans du Caire et il a conquis l’amitié des
ambassadeurs chypriotes, Thomas Provost et Jean Apodochatoro, en 1414, lors de
la signature d’un traité de paix entre Chypre et l’Égypte
[55]. Les chroniques rapportent qu’il est
riche, ce qui n’exclut pas l’existence d’intérêts commerciaux avec les
Chypriotes.
Ayant appris les intentions de Barsbay d’envahir l’île, Ibn
Qudaydâr dépêche son fils auprès du roi avec une lettre et de riches présents.
Il met ainsi en garde le roi contre sa conduite périlleuse et les risques qu’il
encourt en continuant de piller les possessions mameloukes et de soutenir la
course. Il l’encourage également à répondre favorablement aux appels lancés par
le sultan pour instaurer la paix. Dans cette longue lettre, que Macheras a pris
le soin de transcrire dans sa chronique, le cheikh confie au roi de Chypre un
certain nombre de secrets, en particulier sur la situation politique de
l’Égypte, que Barsbay maîtrise parfaitement. Le dignitaire damascain a envoyé
cette lettre sans le consentement du sultan. Ibn Hajar al-‘Asqalânî ajoute
encore que le cheikh a envoyé son fils dans le but de demander au roi de Chypre
de libérer les prisonniers musulmans, en contre-partie de quoi le cheikh
entreprendra des démarches auprès du sultan pour autoriser Janus à visiter le
Saint-Sépulcre
[56].
Après le refus de Janus d’accorder audience au fils du cheikh damascain, en
raison des pressions exercées par ses conseillers, qualifiés par Macheras de «
sans expérience et n’ayant pas la moindre idée du monde », le cheikh regrette
de voir ses efforts se solder par un échec. Et d’affirmer : « Je devais envoyer
mon fils dans l’intérêt des affaires du sultan, et moi, dans l’intention de
faire du bien au roi, j’ai préféré l’envoyer à ce dernier qui nous regarde
comme des chiens »
[57]. Il ressort donc de cette lettre que le cheikh
connaît parfaitement la situation à Chypre. La guerre de course menée contre
l’Égypte et la Syrie n’est en fin de compte qu’une guerre économique dont le
but est de s’enrichir. En effet, l’île est toujours confrontée à une grave
crise démographique due à l’arrêt des migrations et aux épidé~mies répétées. Le
recours aux captifs est inévitable pour combler les carences de main-d’œuvre et
assurer une production destinée en grande partie à l’exportation. Les
possessions mameloukes constituent donc pour les Chy~priotes un arrière-pays où
ils peuvent se procurer des captifs employés dans les casaux
[58]. C’est ce qui ressort des
discussions entre le roi et ses conseillers, qui cherchent à le convaincre de
continuer la course : « Nous te promettons qu’en allant l’attaquer, nous
rapporterons assez d’esclaves pour remplir l’île
[59]. »
Quant aux réactions des puissances occidentales, en particulier
celles de Gênes et de Venise, elles ne sont pas étonnantes puisque les deux
républiques ne songent qu’à leurs intérêts commerciaux avec les mamelouks.
Elles n’ont aucune raison d’approuver une guerre de course menée par les
Chypriotes de concert avec les pirates catalans, où les biens des marchands
génois et vénitiens ne sont pas épargnés. Ainsi, les Génois observent-ils une
attitude double, en se montrant devant le pape très préoccupés du sort du
royaume et disposés à intervenir auprès du sultan. En même temps, on voit
Benedetto Pallavicino inciter le sultan à envahir l’île
[60], car l’affaiblissement du roi pourrait
jouer en leur faveur et faire cesser les attaques contre Famagouste.
En revanche, Venise manifeste une attitude qui est pour le
moins pru~dente, et ce en dépit des appels du roi Janus à l’aider contre les
mamelouks. Le 6 décembre 1425, les autorités vénitiennes reçoivent les
ambassadeurs Stefano dei Pignoli et Domizio Paluda, dépêchés pour solliciter un
emprunt de 25 000 ducats et la permission de recruter des soldats sur le
territoire vénitien
[61]. Cette demande est refusée par crainte des
représailles du sultan mais aussi par souci de maintenir la neutralité de la
république marchande afin de sauvegarder les intérêts de ses citoyens en Égypte
et en Syrie. Venise interdit également à ses navires de transporter des secours
à Chypre
[62]. Mieux
encore, les Vénitiens blancs vont jusqu’à porter assistance aux mamelouks, en
leur ouvrant les portes de la ville de Nicosie, et en leur indiquant où se
trouvent les rentes de la trésorerie royale
[63]. Or, le récit de cinq musulmans capturés et
emprisonnés par les Vénitiens de Piskopi, met en cause la neutralité
vénitienne
[64]. Selon
ces rescapés qui ont réussi à s’enfuir vers le camp de l’armée mamelouke, une
galère vénitienne est arrivée à Piskopi, elle transportait des marchands venant
pour charger du sucre du village des Corner. Cette galère était en outre
chargée d’une importante cargaison d’armes et de matériel destiné aux navires
de guerre, pour le compte du roi Janus
[65].
Après d’âpres négociations entre les différents protagonistes
et la média~tion du grand maître de l’Hôpital, Benedetto Pallavicino, et des
marchands occidentaux, le roi Janus, capturé par les mamelouks lors de
l’expédition de 1426, est libéré après avoir payé une rançon de 200 000 ducats
alourdie d’un tribut annuel de 5 000 ducats
[66]. Par acte de loyauté, un certain nombre de sujets
ainsi que des ressortissants des républiques marchandes ont vendu tous leurs
biens pour voir le roi recouvrer sa liberté
[67]. Le grand maître des chevaliers a payé la somme de
15 000 ducats qu’il a empruntée aux Vénitiens. Dix-neuf ans plus tard,
c’est-à-dire en 1446, le royaume de Chypre n’a pas encore remboursé l’argent
avancé par l’ordre pour la rançon de Janus
[68]. Mais ce sont les Vénitiens qui ont payé le plus
d’argent, entre autres Angelo Micheli dont l’action sera évoquée plus
loin.
Avec la nouvelle relation de suzeraineté instaurée depuis 1427,
les mame~louks ont du mal à maintenir le contrôle de la situation politique à
Chypre malgré la constance du roi à payer le tribut annuel. Ils organisent
annuelle~ment une expédition vers l’île pour maintenir la paix, renforcer la
garnison stationnée à Chypre et en même temps lever le tribut annuel. Les
évènements révèlent une politique mamelouke instable, soumise aux désirs et aux
intérêts des émirs. En 1458, le sultan mamelouk accueille Jacques le Bâtard,
réfugié en Égypte après l’intronisation de sa sœur Charlotte. Il le place à la
tête du royaume et en même temps, il ordonne d’entamer des préparatifs pour une
nouvelle expédition pour soutenir le roi détrôné. Sunqur al-Ashrafî
al-Zardakhâsh, chargé par le sultan de superviser ces préparatifs, commet
beaucoup d’injustices à l’égard des marchands musulmans, en leur impo~sant des
prix très bas pour l’achat du bois. Bref, il réussit à amasser de grosses
sommes d’argent au grand dam de la population égyptienne
[69].
Avec l’arrivée d’une délégation chypriote et des représentants
des com~munautés marchandes installées dans l’île, en 1458, le sultan al-Ashraf
Inâl change d’avis. En effet, il exprime son souhait de maintenir la reine
Charlotte à la tête du royaume. Or, les mamelouks
ajlâb (des mamelouks récemment achetés) se
révoltent contre le sultan ; ils s’en prennent aux partisans de la reine
Charlotte, « en les frappant, les blessant et en déchirant leurs habits offerts
par le sultan ». Les troubles prennent une telle ampleur que le sultan est
contraint de s’incliner immédiatement, en destituant la reine et en intronisant
Jacques le Bâtard
[70].
Le loyalisme observé par le roi de Chypre n’a pas suffi à
épargner aux mamelouks un certain nombre de problèmes majeurs dont le plus
grave est la crise économique qui affecte le sultanat, ainsi que les divisions
continuelles des émirs et leur désaccord avec le sultan, autant d’éléments qui
ont con~couru à ébranler la puissance du sultanat mamelouk.
L’échec des expéditions menées contre les chevaliers de Rhodes
en 1440 et 1444
[71]
marque le retour à une politique défensive incarnée par la fortification des
places côtières et la négligence totale de la marine. Encore faut-il ajouter à
cela la mauvaise conduite des émirs à Chypre, en particulier après la prise de
Famagouste par Jean II, en 1464. La prolifération des infractions commises par
l’émir Jânî Bâk pousse les Chypriotes à le tuer avec 25 mamelouks du
sultan
[72].
Les rapports entre Chypre et l’Égypte ne sont pas uniquement
fondés sur la confrontation et la guerre. Bien au contraire, au début du
XV
e siècle, les relations commerciales continuent, mais
avec un rythme moins soutenu que celui d’avant 1365. En effet, cette année-là,
Pierre I
er, roi de Chypre, sous prétexte de combattre les
infidèles, s’est emparé d’Alexandrie, devenue la plaque tournante du commerce
international au détriment de Famagouste, dont le déclin a commencé à se
précipiter dès les années 1350. Ainsi la réaction de Pierre
I
er devrait-elle être interprétée comme une tentative pour
rendre à la ville de Famagouste sa primauté commerciale et sa prospérité
[73].
Depuis le début du XIV
e siècle, et à un
moment où les interdictions pontificales sont encore observées par les
républiques maritimes, l’île de Chypre, rendez-vous de tous les marchands,
devient un grand entrepôt d’épices et commande en quelque sorte le commerce
avec les possessions mameloukes
[74]. Ce sont les Chypriotes, en particulier des immigrés
syriens, qui vont chercher les marchandises en Syrie. En témoigne l’exemple de
la famille nestorienne des Lakhan qui assure une bonne partie du trafic entre
Famagouste et les côtes syriennes
[75]. Les caravanes en provenance d’Extrême-Orient sont
ensuite relayées par des navires vers Famagouste ; s’y ajoutent alors les
marchandises locales de Syrie
[76].
Les Chypriotes ont leurs institutions représentatives dans le
sultanat mamelouk ; leur
fondouc
d’Alexandrie existe dès avant 1365 ; ils l’occupent en 1368, après les
réclamations de Pierre I
er. Il est également mentionné en
1395
[77]. Quant à
Beyrouth, les Chypriotes y possèdent une église et un groupe y réside en
permanence. Ils y ont également leurs tavernes et leurs pressoirs à vin
[78]. Dans le port de
Beyrouth, leur rôle semble être important ; on les voit intervenir, en 1382,
entre les Génois et les Vénitiens, pour apaiser les tensions et arrêter les
actes de représailles menés par les deux communautés
[79]. Le souverain de Chypre
se charge d’envoyer les marchandises des Vénitiens, débarquées à Famagouste,
vers Beyrouth, à bord de deux galères
[80].
En raison des hostilités ayant régné au début du
XVe siècle, il est clair que les relations commerciales,
bien qu’elles n’aient pas été interrompues défini~tivement, sont au niveau le
plus bas.
Il est plus vraisemblable d’admettre que les intérêts des
Chypriotes en Syrie ont considérablement diminué. En effet, la Syrie a beaucoup
souffert de l’invasion mongole : elle a été dévastée, les villes détruites, la
population massacrée ; les sources arabes ont dressé un spectacle de
désolation. Et la Syrie ne se relève de ses ruines qu’après plusieurs longues
années. Mais elle devient un marché d’écoulement des produits occidentaux. En
1449, des pèlerins, en visite à Damas, cherchent à acheter des soieries, mais
on leur apprend que ce produit est importé de Venise, car Tamerlan a emmené
tous les maîtres artisans à sa capitale Samarkand
[81].
Le roi de Chypre à peine libéré, les problèmes de remboursement
des dettes commencent à se poser : aux Génois pour les arriérés de la nouvelle
mahone et aux Vénitiens pour les
dettes avancées par plusieurs marchands résidant dans l’île. Juste après la
signature de la paix entre les deux voisins, Janus mande Baudouin de Nores à
Alexandrie pour diriger ses affaires commerciales. Les actes du notaire Niccolò
Turiano, instrumentés à Alexan~drie en 1428, montrent combien ces affaires sont
importantes
[82]. Un
certain nombre de transactions et de ventes d’épices portent des sommes allant
de 2 200 à 12 000 ducats. Les camelots fabriqués dans la teinturerie royale de
Nicosie sont très estimés dans les marchés de Syrie et d’Égypte
[83]. Si bien que le tribut
annuel est payé en grande partie en camelots
[84].
Quant aux mamelouks, faute de documentation, il est difficile
d’estimer l’importance de leur trafic avec l’île. La nomination d’un marchand à
la tête d’une expédition pour Chypre pourrait nous éclairer sur la présence de
marchands musulmans dans le royaume. Il semble également que l’île est devenue
pour les mamelouks un centre dans lequel ils négocient l’achat d’esclaves : en
1450, le sultan Djaqmâq (1438-1453) ordonne à Fâris al-Turkmânî d’aller à
Chypre pour acheter des Mongols et les ramener au Caire. Il lui donne une somme
d’or, en lui demandant d’utiliser aussi le tribut que lui doit le souverain de
Chypre
[85].
Les nouveaux rapports instaurés entre Chypre et l’Égypte depuis
1427 ouvrent l’espace oriental de la Méditerranée à la liberté du commerce ;
les marchands occidentaux, en particulier les Vénitiens, profitent largement de
cette situation pour accentuer leur emprise sur le commerce mamelouk. Les
marchands vénitiens résidant à Chypre vont en Syrie et en Égypte pour écouler
les produits de l’île comme le sel, le froment et les mélasses
[86]. Le sucre produit dans le
domaine des Corner à Piskopi est également présent sur les marchés de
Damas
[87]. Angelo
Micheli, un marchand vénitien résidant à Alexandrie de 1415 à 1428, joue un
rôle important pour le paiement de la rançon de Janus. Grâce à sa bonne
réputation auprès des marchands occiden~taux, il réussit à amasser l’argent
nécessaire pour la libération du roi. Lui-même paye la somme de 5 000
ducats
[88]; en
récompense, le roi lui octroie les revenus des salines de Chypre
[89]. En 1428, plusieurs actes
notariés mention~nent Angelo Micheli passant des transactions importantes avec
le roi de Chypre sur des ventes de safran, d’huile, de sucre, de froment, de
miel et d’épices, en particulier de poivre, ce qui pourrait nous donner une
idée, même si elle est partielle, des échanges commerciaux entre le royaume de
Chypre et le sultanat mamelouk.
Dans une lettre datée de 1445 et adressée par le Sénat de
Venise à Pietro Contarini, consul à Chypre, on apprend que le roi de Chypre
doit à Angelo Micheli la somme de 17 000 ducats
[90]. Ce dernier meurt avant de pouvoir
récupérer l’argent. De plus, le roi de Chypre enlève à ses successeurs la
jouissance des revenus des salines. Les décisions et les ambassades dépê~chées
par la République se succèdent pour appeler le roi de Chypre à respecter ses
engagements vis-à-vis des Vénitiens résidant dans l’île, mena~çant
d’interrompre le commerce et d’ordonner le départ de ses citoyens de l’île, des
menaces qui n’ont jamais été appliquées. Mais c’est grâce à ces dettes et aux
emprunts accordés aux rois de Chypre que les Vénitiens renforcent leur présence
dans l’île, face à la passivité des Génois. À partir de 1438, les licences et
les sauf-conduits accordés par les Génois montrent à quel point les Vénitiens
dominent le commerce chypriote et le trafic avec le sultanat mamelouk, en
particulier la famille des Corner
[91]. Cette dernière joue un rôle fondamental dans le
renforcement des intérêts commerciaux des Vénitiens dans l’île
[92]. Marco Corner, grâce à
ses activités étendues et au réseau commer~cial complexe qu’il a tissé dans la
Méditerranée orientale, est devenu une personnalité influente. Le mariage de
Catherine Corner avec le roi de Chypre Jacques de Lusignan, en 1472, constitue
le point culminant du dynamisme vénitien, dont le but est d’asseoir l’autorité
de la république et d’annexer définitivement l’île
[93].
On peut donc dire que l’établissement de la paix, en 1427,
entre le royaume de Chypre et le sultanat mamelouk, après une longue période de
troubles, permet d’instaurer une stabilité relative dans la Méditerranée
orientale, au commerce méditerranéen d’atteindre ses plus hauts niveaux et aux
Vénitiens d’établir de bons rapports avec les sultans d’Égypte pour ainsi
dominer le commerce chypriote et le trafic avec le sultanat mamelouk et enfin
acquérir l’île de Chypre en 1489.
[1]
Sur l’origine des mamelouks et leur évolution politique, voir
l’Art. Mame- louk,
Encyclopédie de
l’Islam (
E.I), nlle éd., t.
8, Leyde, 1991, p. 299-305 ; D. AYALON, L’esclavage du mamluk,
Oriental Notes and Studies, t. 1,
1951, p. 1-66, rééd. dans
The Mamelouk Military
Society, Londres, 1979, n° I.
[2]
W. HEYD,
Histoire du commerce du
Levant au Moyen Âge, trad. F. RAYNAU, t. 2, Amsterdam, 1983, p.
23-25 ; J. RICHARD, Le royaume de Chypre et l’embargo sur le commerce avec
l’Égypte (fin XIII
e-début XIV
e
siècle),
Comptes Rendus des Séances de l’Académie
des Inscriptions et Belles-Lettres. 1984, 1984, p. 120-134, rééd.
dans
Croisades et État latins d’Orient, points de
vue et documents, Aldershot-Brookfield, 1992, n°
XVI.
[3]
Le récit le plus complet sur cet évènement nous est parvenu à
travers l’œuvre de l’alexandrin AL-NUWAYRÎ,
Kitâbu’l ilmâm, éd. A.S. ATIYA, 7 vol.,
Hyderabad, 1968- 1976 ; voir également le récit de MAQRIZI,
Kitâb al-sulûk fî ma‘rifat al-duwal wa
al-mulûk, éd. S.A.F. ACHOUR, t. 1, vol. 3, Le Caire, 1970, p.
104-108 ; G. HILL,
A history of
Cyprus, t. 2, Cambridge, 1948, p. 329-334 ; P.W. EDBURY, The
Lusignan Kingdom of Cyprus and its Muslim Neighbours,
Kingdoms of the Crusaders. From Jerusalem to
Cyprus, Aldershot-Brookfield, 1999, n° XI, p.
232-235.
[4]
Cette expédition a été financée par des particuliers génois,
c’est-à-dire les actionnaires de la
Mahone, sorte de société contribuant à
l’armement de la flotte génoise. Ce traité du 21 octobre 1374 oblige le roi de
Chypre à payer une somme annuelle de 40 000 florins d’or à la république de
Gênes à titre d’indemnité de guerre, 90 000 florins pour l’entretien de la
flotte génoise stationnée à Chypre et surtout une indemnité de 2 012 400
florins pour les mahonais, payable en douze ans. Voir HEYD,
Histoire du commerce du Levant, t. 2,
p. 409 ; HILL,
op. cit., p. 404 ; J.
RICHARD, La situation juridique de Famagouste dans le royaume des Lusignan,
Praktikon tou protou diethnous Kyprologikou
Synedriou, t. 2, Nicosie, 1972, p. 225-226, rééd. dans
Orient et Occident au Moyen Âge : contacts et
relations (XIIe-XVe s.),
Londres, 1976, n° XVII.
[5]
Les quelques exceptions concernent le port de Larnaca pour les
chargements de sel, celui de Limassol pour l’exportation des caroubes, celui de
Cérine pour le trafic avec l’Asie Mineure, ainsi que le petit cabotage et le
transport des grains et du bétail, cf. HEYD,
Histoire du commerce du Levant, t. 2, p. 414 ;
RICHARD, La situation juridique de Famagouste, p. 227-228 ; C. OTTEN-FROUX, Les
affaires politico-financières de Gênes avec le royaume des Lusignan
(1374-1460),
Coloniser au Moyen Âge,
sous la dir. de M. BALARD et A. DUCELLIER, Paris, 1995, p. 62-64 ; P.W. EDBURY,
The kingdom of Cyprus and the crusades,
1191-1374, Cambridge, 1991, p. 209-211 ; J. HEERS,
Gênes au XVe siècle,
activités économiques et problèmes sociaux, Paris, 1961, p. 140,
375-376 ; P.H. DOPP,
L’Égypte au commencement du
XVe siècle d’après le traité d’Emmanuel Piloti de Crète
(1420), Le Caire, 1950, p. 55 n. 4 ; N. BANESCU,
Le déclin de Famagouste, fin du royaume de
Chypre. Notes et documents, Bucarest, 1946, p. 7.
[6]
Dès le 18 mai 1374, la République de Venise a donné l’ordre à
ses citoyens de quitter l’île et de ne plus commercer avec le royaume de Chypre
; cf. M. BALARD, La place de Famagouste génoise dans le royaume des Lusignan
(1374-1464),
Les Lusignans et l’Outre-Mer. Actes
du colloque tenu à Poitiers-Lusignan, 20-24 octobre 1993, Poitiers,
1994, p. 22.
[7]
XIVe et
XVe siècles : crises et genèses, sous la dir.
de J. FAVIER, Paris, 1996, p. 594- 595.
[8]
En 1401, Tamerlan envoie une lettre au gouverneur d’Alep dans
laquelle il menace les mamelouks de marcher sur la Syrie s’ils ne répondent pas
favorablement à ses griefs ; voir IBN HAJAR AL-‘ASQALANI,
’Inbâu-l-gumar bî’abâ’ al-‘umar, éd.
H. HABCHI, t. 2, Le Caire, 1994, p. 133 ; M.T. MANSOURI,
Recherches sur les relations entre Byzance et
l’Égypte (1259-1453), Tunis, 1992, p. 264.
[9]
IBN TAGRI BIRDI,
Al-nujûm
az-zâhira fî mulûk Misr wa-l-Qâhira, éd. W. POPPER, t. 6, Berkeley,
1936, p. 47.
[11]
A. DARRAG,
L’Égypte sous Barsbay
825-841/1422-1438, Damas, 1961, p. 240 n. 2.
[12]
A. LUTTRELL, The Hospitallers in Cyprus after 1386,
Cyprus and the crusaders,
Papers given at the International Conference,
Nicosie, 6-9 september 1994, éd. N. COUREAS et J. RILEY-SMITH,
Nicosie, 1995, p. 130.
[13]
HEYD,
Histoire du commerce du
Levant, t. 2, p. 471.
[14]
J. DELAVILLE LE ROULX,
Les
Hospitaliers à Rhodes jusqu’à la mort de Philibert de Naillac
(1310-1421), Paris, 1913, p. 291.
[15]
Les Hospitaliers se sont engagés, au terme de ce traité, à
libérer les prison- niers musulmans et à restituer au sultan d’Égypte un navire
pris à Damiette, ainsi que le paiement d’une somme de 12 à 16 000 ducats, à
titre de dédommagement. Le grand maître de l’Hôpital entend couvrir cette somme
par une imposition de 4 % sur les marchands de Rhodes en Syrie :
id., p. 292.
[16]
G. HILL,
A History of
Cyprus, t. 2, Cambridge, 1948, p. 468. Raymond de Lescure ne
recouvre sa liberté qu’après le paiement de 6 000 ducats que l’ordre des
Hospitaliers a empruntés, le 9 août 1404, aux marchands occidentaux
d’Alexandrie : cf. DELAVILLE LE ROULX,
op.
cit., p. 291 n. 3.
[17]
L. MACHERAS,
Chronique de
Chypre, trad. fr. E. MILLER et C. SATHAS, Paris, 1882, p.
360.
[18]
IBN TAGRI BIRDI,
Al-nujûm
az-zâhira, t. 4, p. 578-579.
[19]
AL-QALQACHANDI,
Subh al-’achâ fî
sinâ‘at al-inchâ, t. 3, p. 523-524 ; S. MAHIR,
La marine en Égypte musulmane (en
arabe), Le Caire, 1967, p. 96-98 ; S.M. ZBIS, Regard sur les conditions
économiques du Caire et ses relations avec l’extérieur à l’époque fatimide (en
arabe),
Actes du Congrès international de
l’Histoire du Caire, mars-avril 1969, t. 2, Le Caire, 1971, p. 590 :
les sources rapportent que le calife fatimide a construit dans l’arsenal 200
navires, en une seule fois, en dépit du manque de bois, que les Fatimides
importaient de Sicile et d’autres régions européennes par le biais des
marchands vénitiens.
[20]
MAQRIZI,
Al-mawâ‘id wa-l i‘tibâr
fî dikri al-khitat wa-l athâr, t. 2, Le Caire, rééd. Bûlâq, s.d, p.
194 ; A.M. AL-ABBADI et A. SALIM,
Histoire de la
marine musulmane en Égypte et en Syrie (en arabe), Beyrouth, 1981,
p. 272-280.
[21]
Id., p.
296-305.
[22]
MAQRIZI,
Al-mawâ‘id wa-l
i‘tibâr, t. 2, p. 194.
[23]
MACHERAS,
Chronique,
p. 360 : d’après ce chroniqueur, bien informé de la situation en Égypte, « le
sultan avait supporté cela [la guerre de course menée par le roi de Chypre] en
silence parce que ses émirs ne s’entendaient pas avec lui ».
[24]
DARRAG,
L’Égypte sous
Barsbay, p. 241-242.
[25]
EDBURY, The Lusignan kingdom of Cyprus, p. 239.
[26]
MACHERAS,
Chronique,
p. 360-361.
[28]
F. BUSTRON, Chronique de l’île de Chypre,
Mélanges Historiques : choix de
documents, t. 5, éd. L. DE MAS LATRIE, Paris, 1886, p.
356.
[30]
HILL,
A history of
Cyprus, t. 2, p. 469.
[31]
MACHERAS,
Chronique,
p. 364.
[33]
Id., p.
374-375.
[34]
EMMANUEL PILOTI,
Traité sur le
passage en Terre sainte (1420), éd. P.H. DOPP, Louvain-Paris, 1958,
p. 174-175.
[35]
E. ASHTOR,
Levant trade in the
later Middle Ages, Princeton, 1983, p. 286-287 ; EDBURY, The
Lusignan Kingdom of Cyprus, p. 240.
[36]
DARRAG,
L’Égypte sous
Barsbay, p. 334.
[37]
Les Vénitiens disent qu’il s’agit de Catalans, en revanche dans
les sources arabes, il est question de deux galères chypriotes.
[38]
KHALIL AL-ZAHIRI,
Zubdat kashf
al-mamâlîk, éd. P. RAVAISSE, Paris, 1894, p. 138 (trad. L. CHEIKHO,
p. 370)
[39]
IBN TAGRI BIRDI,
op.
cit., t. 6, p. 578-579 : à la suite de cet acte, Barsbay décide de
confisquer les biens des marchands occidentaux et leur interdit de quitter la
Syrie, Alexandrie et Damiette.
[40]
N. IORGA, Notes et extraits pour servir à l’histoire des
croisades,
Revue de l’Orient latin, t.
5, 1897, p. 128 n. 2.
[41]
EMMANUEL PILOTI,
op.
cit., p. 201-205.
[42]
N. IORGA, Notes et extraits pour servir à l’histoire des
croisades au XV
e siècle, IV : documents politiques,
Revue de l’Orient latin, t. 4, 1896,
p. 309-311.
[43]
L. DE MAS LATRIE,
Histoire de
l’île de Chypre sous le règne des princes de la maison de Lusignan,
t. 2, Paris, 1852-1861, p. 458-459.
[44]
IORGA, Notes et extraits,
Revue
de l’Orient latin, t. 5, p. 146.
[45]
Sur les trois campagnes menées par les mamelouks contre l’île
de Chypre voir le récit de AS-SAYRAFI,
Nuzhat
an-nufûs wa-l-abdân fî twârîkh az-zmân, éd. H. HABCHI, t. 3, Le
Caire, 1973, p. 76-95.
[46]
MACHERAS,
Chronique,
p. 365-366.
[47]
SALIH IBN YAHYA,
Târîkh
Bayrûth, éd. P.L. CHEIKHO, Beyrouth, 1927, p. 219.
[48]
EDBURY, The Lusignan Kingdom of Cyprus, p. 225.
[49]
SALIH IBN YAHYA,
Târîkh, p. 222.
[50]
Id., p.
226-227.
[52]
MACHERAS,
Chronique,
p. 370.
[53]
D’après les deux notices biographiques d’as-SAKHÂWÎ,
ad-daw’ al-lâmi‘, t. 6, Beyrouth,
1992, p. 327-328, n° 1068 et d’IBN HAJAR AL-‘ASQALÂNÎ, t. 3, p. 508-509, Ibn
Qudaydâr est né en 752 /1351-1352.
[55]
MACHERAS,
Chronique,
p. 370.
[56]
IBN HAJAR AL-‘ASQALÂNÎ,
op.
cit., t. 3, p. 342.
[57]
MACHERAS,
Chronique,
p. 375.
[58]
B. ARBEL, Venitian Cyprus and the Muslim Levant, 1473-1570,
Cyprus and the crusades, p.
159.
[59]
MACHERAS,
Chronique,
p. 374-375.
[61]
F. THIRIET,
Régestes des
délibérations du Sénat de Venise concernant la Romanie, t. 2,
1400-1430, Paris, 1959, doc.
2011.
[62]
DE MAS LATRIE,
Histoire de l’île
de Chypre, t. 2, p. 516-517.
[63]
MACHERAS,
Chronique,
p. 388-389.
[64]
As-SAYRAFÎ,
Nuzhat
al-nufûs, t. 3, p. 82 : il s’agit d’une douzaine de personnes qui
ont pris la fuite du village de Piskopi détenu par les Corner ; sept d’entre
elles ont été rattrapées et reconduites au village. Ce témoignage met en
lumière l’existence d’un certain nombre de captifs musulmans détenus par les
Vénitiens de Piskopi.
[65]
Id. ; il semble
également que ces rescapés étaient bien informés, puisque l’auteur rapporte,
dans son récit, le contenu de la cargaison d’armes : il s’agit de 25 caisses
(coffrets) de cuirasses, 15 caisses de casques, 3 coffrets remplis d’épées, 700
armures et 4 cuirasses pour la protection des têtes de chevaux, 6 selles, 150
cordes, 4 voiles et 12 cordons destinés aux navires de guerre.
[66]
N. HOUSLEY,
The later crusades,
1274-1580, from Lyons to Alcazar, Oxford, 1992, p.
196.
[67]
HILL,
A history of
Cyprus, t. 2, p. 488-489.
[68]
DE MAS LATRIE,
Histoire, t. 3, p. 30.
[69]
M.T. MANSOURI,
Chypre dans les
sources arabes médiévales, Nicosie, 2001, p. 89.
[71]
Sur l’expédition de 1444, voir l’esquisse d’IBN TAGRÎ BIRDÎ
dans son
Hawâdith ad-duhûr fî madâ al-ayyâmi
wa-l-chuhûr, éd. M.K. ‘IZZ AD-DÎN, t. 1, Beyrouth, 1990, p. 90- 93 :
l’auteur nous informe qu’il a perdu son brouillon détaillé concernant cette
expédition et un certain nombre d’évènements relatifs aux années 1442 et
1443.
[72]
MANSOURI,
Chypre dans les sources
arabes médiévales, p. 94-95.
[73]
M. BALARD, Chypre, les républiques maritimes italiennes et les
plans de croisade (1274-1370),
Cyprus and the
crusades, p. 104 ; EDBURY,
The kingdom
of Cyprus, p. 209-210.
[74]
HEYD,
Histoire du commerce du
Levant, t. 2, p. 8-9.
[75]
J. RICHARD, Une famille de « Vénitiens blancs » dans le royaume
de Chypre au milieu du XV
e siècle : les Audeth et la
seigneurie de Marethasse,
Rivista di Studi
bizantini e slavi, t. 1 (
Miscellanea
Agostino Pertusi, t. 1), 1981, p. 91 ; rééd. dans
Croisés, missionnaires et voyageurs,
Londres, 1983.
[76]
DOPP,
L’Égypte au commencement du
XVe siècle d’après le traité d’Emmanuel Piloti
(1420), p. 54.
[77]
HEYD,
Histoire du commerce du
Levant, t. 2, p. 432.
[78]
SÂLIH IBN YAHYA,
Târîkh, p. 34.
[79]
M.T. MANSOURI, Les communauté marchandes occidentales dans
l’espace mamlouk (XII
e-XV
e siècles),
Coloniser au Moyen Âge, p.
100-101.
[80]
SÂLIH IBN YAHYA,
Târîkh, p. 34.
[81]
HEYD,
op. cit., t. 2,
p. 469.
[82]
VENISE, Archivio di Stato,
Cancelleria Inferiore, Ba. 211.
[83]
ASHTOR,
Levant trade in the later
Middle Ages, p. 365 ; HEERS,
Gênes au
XVe siècle, p. 375 : au milieu du
XV
e siècle, les Génois contrôlent cette activité à Chypre
et en 1449, Antonio Grillo achète au roi la ferme de la teinturerie de
Nicosie.
[84]
IBN HAJAR,
’Inbâu-l-gumar bî’abâ’
al-‘umar, t. 3, p. 370 : le tribut annuel est de 2 000 pièces de
camelots, d’une valeur de 20 000 dinars ; voir également p. 460 : en
834/1430-1431, le sultan Barsbay a envoyé 300 mamelouks pour demander au roi de
Chypre de payer les arriérés du tribut. Les soldats sont retournés au Caire
avant moins d’un mois, accompagnés d’un chargement de camelots évalué à 3 000
dinars.
[85]
MANSOURI,
Chypre dans les sources
arabes médiévales, p. 95.
[86]
GÊNES, Archivio di Stato,
San
Giorgio, sala 34, 590/ 1292 :
Liber
Diversorum Negociorum Famagoustae, f° 158 r° : 13 octobre 1441 : une
lettre écrite par Oberto Giustiniano, podestat de Famagouste, à Francesco de
Montoli, capitaine de Paphos et à Antoine Milan, bayle royal de Limassol, dans
laquelle il autorise Tomasino Manselli à charger 35 cantares de
mellis nigri dans les deux lieux
susdits ou leurs environs sur la
gripparia, patron Juliano Carlavario,
in partibus Egipti.
[87]
E. VALLET,
Marchands vénitiens en
Syrie à la fin du XVe siècle, Paris, 1999, p.
293.
[88]
L. DE MAS LATRIE,
Nouvelles
preuves de l’histoire de Chypre sous le règne des princes de la maison des
Lusignan, Paris, 1874, p. 38, doc. 29.
[89]
J. RICHARD, Chypre du protectorat à la domination vénitienne,
Venezia e il Levante fino al secolo
XV, éd. A. PERTUSI, Florence, 1973, p. 664.
[90]
THIRIET,
Régeste des
délibérations du Sénat de Venise, p. 52, doc. 36 : la lettre est
datée du 11 août 1445.
[91]
GÊNES, Archivio di Stato,
San
Giorgio, sala 34, 590 / 1289 (années 1446-1448), 1290 (années
1438-1439) et 1292 (années 1440-1441) : ces trois registres renferment un
nombre important de licences et de sauf-conduits accordés par le podestat de
Famagouste aux marchands trafiquant dans l’île, dont la majorité sont des
Vénitiens.
[92]
Sur l’importance de cette famille vénitienne, voir G. LUZZATO,
Capitalismo coloniale nel Trecento,
Studi di
storia economica veneziana, Padoue, 1954, p. 117-123 ; DE MAS
LATRIE,
Histoire, t. 3, p. 814-822 ;
F. THIRIET,
La Romanie vénitienne au Moyen Âge :
le développement et l’exploitation du domaine colonial vénitien
(XIIe-XVe siècles), Paris,
1959, p. 436 ;
Dizionario biographico degli
Italiani, t. 29, Rome, 1983, p. 179-180 ; D. STÖCKLY, Hommes
d’affaires-armateurs et « diplomates » vénitiens à Chypre entre le début du
XIV
e et le milieu du XV
e siècle : un
seul groupe d’intérêt ?,
Les Lusignans et
l’outre-mer, p. 285-286.
[93]
A. ZORZI,
Une cité, une
république, un empire : Venise, trad. fr. B. GUYADER, Paris, 1980,
p. 148.