2004
Le Moyen Age
Stat inter spinas lilium
: le L ys de France et la couronne d’épines
[*]
Chiara Mercuri
Université « Tor Vergata » – Rome II
Au cours de la première moitié du XIIIe siècle, une translation de reliques peu ordinaire a lieu dans le royaume de France : le transfert de la couronne d’épines. Tous les moyens ont été utilisés pour donner du relief à l’événement et pour organiser la promotion de cet objet qui devait devenir un status symbol pour la monarchie et pour Paris. Afin de célébrer dignement cette sainte acquisition deux offices liturgiques ont été composés : deux textes ad hoc, que l’on peut lire comme le manifeste théologico-politique de cette acquisition. En effet, les deux offices se font l’écho d’une propagande qui, en exaltant la couronne d’épines, veut exalter la France et sa monarchie. Il s’agit là d’un roi qui a reçu, selon l’expression de l’office liturgique, « par élection divine », la couronne du Christ : à partir de ce moment, les potentialités symboliques et eschatologiques de la relique s’amplifient et donnent leur pleine mesure, en profitant de la correspondance parfaite entre l’identité de roi de son possesseur, Louis IX, et le caractère royal de la relique.Mots-clés :
relique, couronne d’épines, Louis IX, monarchie française, théologie-politique.
In the first half of the 13th century a rather extra-ordinary
translation of relics took place in the Kingdom of France : the translated item
was no less than Christ’s crown of thorns. All possible means were deployed to
enhance the magnificence of the event and advertise the grandeur of this object
which was to become a status symbol for monarchy and Paris. In order to
properly celebrate such a holy acquisition two liturgical offices were drafted
: two ad hoc texts which can be read as the theological and political manifesto
of the acquisition. Indeed they echo a campaign which extols the crown of
thorns to better extol France and its monarchy. In the words used in the
liturgical text the king received the crown of thorns through « divine election
» : from then on the relic’s symbolic and eschatological potential was to feed
on the perfect correspondence between the royal nature of the new owner, Louis
IX, and the royal nature of the relic.Keywords :
relic, crown of thorns, Louis IX, French monarchy, collusion between theology and politics.
Au cours de la première moitié du XIII
e
siècle, une translation de reliques peu ordinaire a lieu dans le royaume de
France : le transfert de la couronne d’épines provenant du trésor du palais
royal de Constantinople. Les contin~gences politiques de l’acquisition de cette
relique par le roi de France Louis IX sont bien connues grâce au récit de
l’évêque de Sens, Gautier Cornut : Baudouin de Flandre, empereur de
Constantinople, ayant besoin d’argent pour soutenir l’agonisant Empire latin
d’Orient, proposa à son cousin Louis IX d’acquérir la relique qui, autrement,
aurait été vendue aux Vénitiens
[1].
Mais si l’on reconnaît le caractère fortuit de cette
acquisition, on doit en même temps noter qu’à partir du moment où la relique
devient possession du roi, une propagande consciente est organisée par la
monarchie. Tous les moyens ont été utilisés pour donner du relief à l’événement
et pour organiser la promotion de cet objet qui devait devenir un
status symbol pour la monarchie et
pour Paris. C’est en ce sens que la monarchie met en place un espace matériel,
la Sainte-Chapelle – espace sacré géré par la monarchie –, et un espace
liturgique – la fête du 11 août –, afin de célébrer dignement cette sainte
acquisition. Pour la célébration de cette fête In
translatione coronae Domini, deux offices liturgiques ont été
composés : deux textes ad hoc, que
l’on peut lire comme le manifeste théologico-politique de ce rite palatin. En
effet, ces pages se font l’écho d’une propagande qui, en exaltant la couronne
d’épines, veut exalter la France et sa monarchie.
La possession de reliques prestigieuses par les rois et les
empereurs n’est pas un fait nouveau et original, à l’époque de Louis IX
[2], mais le cas de la
Sainte-Chapelle reste un
unicum dans
l’histoire médiévale en raison de l’évidente correspondance sémantique :
couronne de Christ – couronne de roi – couronne d’un roi.
Il est vrai que Frédéric Barberousse avait ni plus ni moins
imposé la canonisation de Charlemagne et avait fait du 28 janvier,
dies natalis de l’empereur franc, la
fête principale d’Aix-la-Chapelle. Mais, en ce qui con~cerne la canonisation de
Charlemagne, si l’on ne prend pas en considération le prestige exceptionnel du
personnage, elle me semble plutôt correspondre au concept de « sainteté
dynastique »
[3], soit ce
stratagème du prince visant à l’invention d’un saint afin d’anoblir toute sa
descendance
[4].
Charlemagne, premier empereur du Saint-Empire romain, sanctifierait ainsi toute
la ligne de ses successeurs (parmi lesquels Frédéric Barberousse), selon le
principe bien connu de la
beata
stirps
[5]. À travers
cette canonisation, Barberousse revendiquait tout simplement une autonomie
complète par rapport à l’auto~rité papale, contre la prétention de ce dernier
de décider de l’inclusion ou de l’exclusion de l’empereur de la communauté
chrétienne
[6].
Le cas de Louis IX est beaucoup plus complexe. Il s’agit là
d’un roi qui a reçu, selon l’expression de l’office liturgique, « par élection
divine », la couronne du Christ : à partir de ce moment, les potentialités
symboliques et eschatologiques de la relique s’amplifient et donnent leur
pleine mesure. Ce fut l’extraordinaire coup de maître de Louis IX : il ne fit
pas que découvrir une relique, il exploita plutôt ses valeurs symboliques, en
profitant de la corres~pondance parfaite entre sa propre identité de roi et le
caractère royal de la relique. Cette coïncidence exceptionnelle fit que
l’opération de Louis IX, d’un point de vue symbolique, est sans précédent.
C’est pourquoi Louis IX ne lia jamais la fête de la couronne d’épines à
d’autres fêtes liturgiques, même au moment où d’autres reliques de la Passion
du trésor de Constantinople arrivèrent en France, deux ans après la translation
de la couronne. Il empêcha ainsi que la relique soit noyée dans l’ensemble que
constituait le « corpus » des reliques de la Passion, comme c’était jadis le
cas à Constantinople
[7].
Le 11 août, jour anniversaire de l’arrivée de la couronne à Sens, resta la fête
la plus importante, tandis que, pour les autres reliques, une fête spécifique,
bien plus modeste, fut imposée le 30 septembre, jour de leur arrivée en France.
Mais ce qui a rendu unique cette relique tenait en une stratégie de propagande,
bâtie sur sa translation en France ; translation grâce à laquelle le roi de
France devint le
vertex maximus de la
chrétienté et Paris, son phare.
Paris manquait alors d’une relique digne des grandes capitales
de la chrétienté : Jérusalem avait été depuis toujours la ville-sanctuaire de
la chrétienté, la gardienne par excellence des vestiges de la Passion du Christ
; Constantinople avait hérité de la plupart de ses reliques après les invasions
musulmanes et, de plus, elle gardait la verge de Moïse qui, selon la légende
médiévale, avait été envoyée à Constantin le Grand par un miracle
[8]. Et enfin Rome s’imposait
comme véritable dépôt des restes des martyrs :
Sancta Sanctorum de l’Occident chrétien. Mais si
jusqu’alors
Lutetia n’avait pas encore
acquis l’
aura des grandes capitales de
la chrétienté, elle pouvait désormais y accéder : les rois y résidaient depuis
deux siècles ; le pape respectait prudemment cette monarchie proche et
puissante ; l’université de Paris était née avec une réputation immédiate
d’excellence, flatteuse pour l’époque, en ce qui concerne les études de
théologie.
Le contenu de cette propagande se traduit donc dans les deux
offices liturgiques qui furent composés pour être insérés dans le bréviaire du
diocèse de Sens, dont faisait partie l’évêché de Paris. Le premier office fut
composé à Sens, comme nous le prouve la tradition manuscrite qui irradie
précisément alentour de la ville de Sens
[9]. L’office que dorénavant nous appellerons « de Sens
», se compose de deux parties, dont la première, en prose, est représentée par
l’
Historia susceptionis et est
attribuée à Gautier Cornut, archevêque de Sens, par Riant et de Wailly, qui ont
édité le texte
[10].
Même si cette attribution tardive me semble douteuse, je pense que les deux
parties de l’office, celle en prose et celle en vers, ont été composées sous la
direction de l’archevêque
[11]. Le texte en prose a été d’abord conçu comme une
translatio, un type de source qui
témoigne de la nouvelle déposition de la relique et de sa récognition par
l’évêque. Dans un second temps, la nécessité d’insérer un office qui entrait
dans le bréviaire a occasionné sa transforma~tion en un office liturgique
pourvu d’une partie rythmée. On a supposé que celle-ci avait été composée par
les dominicains
[12],
mais elle provient, au contraire, du même milieu que l’
Historia susceptionis et est peut-être de la
plume de l’archevêque même ; elle s’accorde parfaitement par son contenu au
texte en prose et on retrouve en elle la même préoccupation que dans
l’
Historia : célébrer la translation
de la relique sur le sol de France, exalter la monarchie qui l’a
permise.
D. Kirk avait soupçonné une origine dominicaine à ce texte,
s’opposant à l’argumentation du liturgiste C. Blume
[13]. Celui-ci avait rejeté une telle thèse
à cause du contenu de l’office, qui n’était pas selon lui « à la hauteur de
l’ordre des
Doctores ». Il semblait en
effet improbable à D. Kirk que Louis IX n’ait pas confié la composition d’un
office en l’honneur de la couronne d’épines au plus important centre de
production de textes liturgiques de Paris au XIII
e siècle
: le couvent des cordeliers. Mais même si D. Kirk se trompait dans ses
conclusions, il avait correctement posé ses prémices. Un office a été
effecti~vement composé par une plume dominicaine même si ce n’est pas le cas de
l’office rythmé de Sens : il s’agit d’un deuxième office, presque inconnu de
nos jours
[14], qui
doit avoir connu une diffusion discrète durant le bas Moyen Âge. Même si, de
fait, cet office ne connut pas la diffusion de l’autre, il fut néanmoins
diffusé par l’ordre dominicain, qui l’adopta (soit dans sa forme intégrale,
soit dans sa forme abrégée) dans son bréviaire, à la date du 4 mai, soit le
lendemain de la fête de l’invention de la vraie croix. Tout cela à cause de la
coïncidence entre la fête de la couronne d’épines, le 11 août, et l’octave de
la fête de saint Dominique, patron fondateur de l’ordre. Le choix de cette
autre date, le 4 mai, est expliqué dans le bréviaire dominicain de la manière
suivante :
Sed quia dies huius traslationis in
Francia celebratur infra octavas beati Dominici patris nostris, scilicet in
crastino beati Laurentii « 11 agosto », qua die primo recepta fuit Senonis,
visum est fratribus ut festum istud in crastino Inventionis sancte crucis
celebrarent ut quia in Xristi Passione et ludibrio : crucis patibulum et
coronea spinea concurrerunt
[15].
Dans cette perspective, on peut déduire la volonté de l’ordre
d’insister, à travers la relique, sur le thème de la Passion du Christ qui,
comme on le verra, constitue le centre de cet office, dont une forme très
abrégée entrait dans la
Legenda
Aurea
[16]
alors que des versions longues circulaient en dehors du circuit de l’ordre – on
trouve celles-ci dans quelques bréviaires de la Sainte-Chapelle
[17].
La mise en place d’un office dominicain pour la fête de la
couronne d’épines et l’attribution à l’ordre franciscain, d’après des études
récentes
[18], de
l’office en l’honneur des autres reliques de la Passion de la Sainte-Chapelle,
nous permettent de mettre en lumière la volonté d’équilibre de Louis IX
lorsqu’il confia la gestion des deux fêtes aux deux ordres men~diants : deux
dominicains avaient été envoyés à Constantinople pour récu-pérer la couronne
d’épines alors que deux franciscains avaient été chargés de la même mission,
deux ans après, pour s’emparer des autres reliques de la Passion ; un office
pour la couronne d’épines fut commandé aux dominicains et les franciscains
furent chargés de la confection d’un office pour les reliques de la Passion ;
les célébrations de la fête du 11 août à la Sainte-Chapelle étaient le fait des
dominicains, alors que celles du 30 septembre étaient celui des franciscains.
Il s’avère évident que la mission la plus prestigieuse fut confiée aux
dominicains et c’est peut-être même à cause de cela que l’ordre franciscain fut
l’unique ordre qui n’adopta pas la fête de la couronne d’épines.
En ce qui concerne le contenu de deux offices, on constate que
celui de Sens célèbre la monarchie plus que l’office dominicain, mais les deux
paraissent avoir été rédigés à la demande du roi. Cela transparaît dans les
images parfois ambiguës, parfois explicites, destinées à suggérer une
correspon~dance entre la royauté du Christ et la royauté de Louis IX, entre
Jérusalem et Paris, entre l’Arche d’Alliance et la couronne d’épines.
L’office de Sens commence en exaltant la
Gallia qui a eu le grand honneur
d’assister à l’arrivée du grand Trésor :
Letetur in iis sacris solemniis
ecclesia gallicana et tota gens Francorum [19]!
La translation de la relique en France est le signe de
l’élection du peuple de France qui est devenu le nouvel Israël :
Sicut igitur Dominus Iesus
Christus ad sue redemptionis exhibenda mysteria Terram promissionis elegit, sic
ad passionis sue triumphum devotius venerandum nostram Galliam videtur et
creditur speciliter elegisse [20].
La couronne d’épines est comparée à l’Arche d’Alliance
:
Ut coronam
spineam
caput summi
regis
mistice sic
auream
habet archa
legis
Archa mens est
anima
vel fidelis
anima
Archa est
ecclesia
fides
corona
cuius aurum
gracia
vel voluntas
bona [21].
Le sens de ces vers est clair : la couronne est comme l’Arche
d’Alliance. À l’image de l’Arche qui symbolise l’alliance entre Dieu et
Israël
[22], la
couronne d’épines signifie l’alliance entre Dieu et les Francs. Mais cette «
alliance » n’a été possible que parce que la France a su être digne d’un tel
honneur grâce aux mérites de son lignage royal :
Honoratum enim gestis
insignibus per multa tempora regnum Francie, tempore nostro per sedulam regis
Ludovici, nec non et religiose matris sue Blanche vigilantiam, Corona capitis
sui cum multa gloria et honore multiplici dignatus est
coronare [23].
C’est pourquoi Dieu a envoyé ce cadeau au roi de France
:
Corona Xristi capitis membra,
coronat hodie honoribus exhibitis, regi francorum
mittitur [24].
Hoc rex spineum, hodie penes
regem deponit Francie [25].
La couronne de Christ est donc envoyée au roi de France qui
devient le trait d’union et le garant de l’élection du nouvel Israël, alors que
la regia parisiensis est devenue,
grâce à la présence de la relique, le Sancta
Sanctorum du royaume.
Theologie regia
parisiense
speculum sit corone custodia
custodientis populum [26].
La regia parisiensis
est donc « miroir de théologie ». Elle n’est pas seulement le
Sancta Sanctorum du royaume en tant
que lieu où l’on garde la couronne du Christ, elle constitue le
Sancta Sanctorum comme lieu chargé de
signification apocalyptique ainsi que nous le suggèrent les vers suivants, nous
renvoyant à la parusia finale
:
Tue corone radius, illuminat
Parisius
totam decoras
Galliam
dans gratiam et
gloriam
nostram
conservat
regio tibi thesaurum
inclitum
imminente iudicio resumes hoc
depositum [27].
Donc le thesaurum
inclitum est conservé dans son dépôt parisien dans l’attente de
l’imminens iudicium, quand il sera
prélevé et rendu à son proprié~taire pour prendre part aux derniers temps. Le
resumes (« tu reprendras ») se
rapporte en effet au Christ qui est le destinataire de l’ensemble auquel se
rapporte le possessif de l’incipit « tue corone
».
Dans le palais royal parisien, on garde une relique qui
contient en soi le mystère du début et de la fin. Elle a participé comme
protagoniste au début de cet événement, la Passion du Christ qui a permis le
salut du genre humain et le début de l’ère chrétienne par la mort du Dieu
homme.
La particularité de ce texte, par rapport aux autres textes
liturgiques qui utilisent aussi des images bibliques pour établir un lien entre
le présent et le passé mythique de la Bible, tient en ce que la couronne
d’épines y est présentée comme protagoniste des derniers jours. Il y a là en
effet une hardiesse exégétique qui sort de ce qui est conventionnel chez les
liturgistes. L’image du Christ qui, comme nous le suggère l’office, frappera à
la porte du palais royal parisien pour récupérer sa couronne au jour du
Jugement dernier, quand les temps seront accomplis et que la fin de l’ère
chrétienne sera marquée par son retour, cette image est vraiment forte et
inédite.
On comprend alors que le mot speculum ici pourrait avoir le sens de « reflet
». Dans la regia parisiensis se
reflète le mystère théologique du début et de la fin de l’histoire chrétienne.
Mais le speculum theologiae pourrait
aussi vouloir suggérer une correspondance conceptuelle entre le royaume de Dieu
et le royaume de France, correspondance qui serait garantie par ce trait
d’union que constituerait la couronne d’épines.
Le Palais royal est le sommet d’un système qui a acquis sa
légitimité en tant que gardien de la couronne qui est elle-même gardienne du
peuple du royaume de France. Le roi est le gardien du Palais royal et, par
analogie, il est le gardien du Peuple. C’est donc précisément à travers cette
fonction qu’il trouve finalement sa légitimation théologique ; une légitimation
qui devient encore plus forte et plus significative par le renvoi à
l’Apocalypse, expliqué plus haut. Ainsi, le roi de France détient ce rôle de
gardien de la couronne de Christ jusqu’aux temps ultimes.
Il faut encore noter à quel point ce passage est particulier
d’un point de vue théologique. La fonction de la relique est en effet réactivée
à l’approche du Jugement dernier. Dans les Évangiles, le rôle de la couronne
d’épines s’achevait avec la mort du Christ sur le Calvaire ; ici, elle doit
prendre part aux derniers jours. Ainsi trouve sa raison d’être le sens de la
comparaison avec l’Arche d’Alliance, dont l’apparition dans le ciel annonce le
début du Jugement dernier, comme on le lit dans l’Apocalypse de Jean : « Et le
temple de Dieu dans le ciel fut ouvert et l’arche de son alliance apparut dans
son temple. Et il y eut des éclairs, des voix, des coups de tonnerre, un
tremble~ment de terre et une forte grêle
[28]» ; quand les temps seront accomplis, la couronne
participera de ce même scénario et, en ces jours-là, comme on l’a vu, le Christ
en personne viendra prendre sa couronne à Paris.
Il existe donc un abîme entre le statut que cette relique
acquiert à Paris et celui qu’elle avait avant sa translation en France. Avant,
à Jérusalem et à Constantinople, elle était une simple relique, un objet chargé
de la
virtus acquise par le contact
avec le Sauveur ; elle était, d’une certaine manière, une relique très
particulière,
ex conctactu. Donc son
pouvoir se fondait unique~ment sur son passé et son rôle dans l’histoire
s’achevait avec la mort du Christ. L’office de Sens nous suggère au contraire
l’idée que la participation de la couronne au jour du Jugement s’impose.
L’audace doctrinaire de ces concepts nous porte à identifier l’auteur de ces
vers (pas de l’
Historia susceptionis)
avec l’archevêque de Sens, Gautier Cornut, qui célébra la première messe en
l’honneur de la relique et sa première ostension solennelle sur le sol du
royaume de France : un homme qui, en raison de son autorité, aurait pu assumer
la responsabilité d’un tel message messianique dont l’objectif de propagande
est très clair ; un homme, depuis toujours, très proche de la monarchie : un
fidèle
[29]; impliqué
dans les affaires royales au point d’être chargé de rédiger un manifeste
théologique de la fonction royale ; un clerc qui ne se contente pas de
reconnaître l’acquisition de la relique par la monarchie, mais qui conforte la
légitimation de la monarchie avec cette construction théologique par laquelle
le Christ remet son
vexillum le plus
royal, sa couronne, au roi de France :
Hanc coronam hodie sue confert
Gallie Rex misericordie
Cuius testimonia vera clamant
omnia mundus et demonia
Latetur amplius civitas
Parisius Gallie gimnasium
Et in sensum spiritus transeat
divinitus litterale
scudium Ludovice Rex
Francorum
sub te iugent antiquorum regum
dyademata [30].
L’auteur de l’hymne exhorte ici à ne pas se fixer au sens
littéral ou historique de cet événement mais à aller jusqu’au sens figuré, et à
l’assumer comme le signe d’un événement porteur de bien davantage de sens. Si,
dans le sens littéral et donc historique, Dieu confère à la France sa couronne,
au sens figuré (allégorique) et donc théologique (Et in sensum spiritus transeat divinitus
litterale), Dieu inscrit Louis IX dans la ligne de la royauté de
David et de Salomon, par la transmission d’un diadème – précisément la couronne
d’épines – dont la possession permet au roi de France de relier sa
stirps à celle des anciens rois. Le
renvoi implicite à Salomon sert à l’auteur pour opérer une comparaison bien
plus hardie, celle entre Louis IX et le Christ, car Salomon, dans l’office, au
niveau sémantique, est le Christ et non le roi vétéro~testamentaire.
Visitat rex omnium nostram
regionem
Et se nobis exhibet verum
salomonem [31].
L’auteur de l’Historia
susceptionis, qui avait utilisé la même comparaison faisait
l’exégèse de son texte en disant :
Hoc de matre Synagoga
indubitanter utelligitur de qua Christus verus Salomon, id est pacificus,
secundum originem carnis processit [32].
Si le Christ est donc le nouveau Salomon, puisque sa royauté
procède de Salomon secundum originem
carnis, il en est de même pour Louis IX, qui s’inscrit aujourd’hui,
grâce à cette couronne sacrée, dans la même ligne de succession. La couronne
d’épines devient, comme on l’a vu, « le bouclier de Louis IX et les diadèmes
d’anciens rois ».
Salomon devient l’intermédiaire au travers duquel il est
possible de comparer indirectement Louis IX au Christ. C’est le roi par
antonomase, qui ici symbolise tout simplement la dignité royale. C’est
précisément pour affirmer que le Christ et Louis IX participent de la même
fonction royale que l’auteur insiste sur ces deux aspects communs : la
similitude avec Salomon et la possession de la même couronne, la couronne
d’épines.
Mais le rappel de Salomon servait aussi à établir un autre
parallélisme, celui entre le Temple de Jérusalem et la Sainte-Chapelle. Une
équation déjà établie à travers la comparaison de la relique à l’Arche
d’Alliance. Si en effet la couronne d’épines est une nouvelle Arche d’Alliance,
le sanctuaire que Louis IX a bâti pour la garder, la Sainte-Chapelle, est
comparable au Temple que Salomon a construit pour garder l’Arche
[33]. De même que l’Arche
participera au Jugement dernier, ainsi y participera la couronne
d’épines.
Le deuxième office révèle son origine dominicaine par son
épaisseur théologique et son style « dialectique-argumentatif » qui révèlent un
style bien plus savant que celui de Sens. La construction du texte, selon une
logique strictement syllogistique, la densité de la réflexion doctrinale, les
nombreuses citations scripturaires, renvoient l’origine de ce texte au milieu
des docteurs de l’Université parisienne. La première leçon s’ouvre ainsi avec
un syllogisme qui veut donner une justification, sur base de l’Écriture sainte,
à la conservation et à la vénération des reliques. L’auteur semble suivre la
méthode scolastique : il aborde le problème en partant de l’universel (la
relique et ses statuts), pour descendre jusqu’au cas particulier (les reliques
de la Passion).
Post multiplicationem quinque
panum ordeaceorum precepit apostolis ut fragmenta colligent ne perirent, in hoc
nos erudiens spiritualis cibi reliquias non esse negligendas, sed sollicite
reservandas, precipue autem Passionis sue fragmenta et minucias, in cophinis
hoc est in memoriis humilium et devotarum animarum [34].
L’auteur se réfère ici au passage de Jn 6, 12-13, dans lequel
Jésus, après avoir multiplié les pains et les poissons, demande à ses disciples
: « Ramassez les morceaux qui restent, afin que rien ne se perde »
[35]. Il semble évident que la
préoccupation de Jésus, dans l’Évangile de Jean, consiste à ce que ne soient
pas gaspillés les restes du repas qui, comme nous l’apprend le verset suivant,
sont en quantité suffisante à remplir douze paniers. Le miracle, qui a montré
que les pains et les poissons sont les dons du Seigneur, propose comme leçon de
ne pas gaspiller ce qui est fruit de la grâce de Dieu. Et pas seulement s’il
s’agit de simples restes ; en effet, l’auteur conçoit le verset comme une
métaphore qui dépasse le sens circonstanciel des mots de Jésus : les disciples
qui remettent dans les paniers les restes des pains d’orge avec soin sont comme
les fidèles âmes qui recueillent dans leur mémoire les souvenirs de la Passion
du Christ à partir des ses restes physiques […]
in cophinis hoc est in memoriis humilium et devotarum
animarum. L’avertissement du Christ aux Apôtres, selon l’auteur,
doit nous apprendre que
Spiritalis cibi reliquias
non esse negligendas. Les restes des pains et des poissons sont la
nourriture matérielle, les reliques de la Passion sont la « nourriture
spirituelle » qui,
a fortiori, ne doit
pas être négligée.
On a vu qu’au centre de l’office de Sens se trouve la
translation de la relique en France. Mais, paradoxalement ici, on n’y parle pas
de l’arrivée de la relique dans le royaume de Louis IX ; en effet, l’office
reste centré sur la Passion du Christ. Il suit en quelque sorte la liturgie du
vendredi saint, des fêtes de l’invention de la Croix et s’inscrit ainsi dans
cette tradition.
Le choix de mettre la Passion au centre de l’office manifeste,
à mon avis, un choix idéologique, celui de doter la fête de la couronne
d’épines d’une tonalité fortement antijudaïque. L’attitude contraire de
l’office de Sens (ne presque pas y faire référence) doit à mon avis, être mise
en relation avec l’effort de Gautier Cornut de s’opposer aux attaques contre
les juifs qui eurent lieu dans cette période à l’université de Paris. Pour
cela, sa mort en 1241 fut saluée par certains comme « un châtiment divin
»
[36].
Évoquer la Passion du Christ signifiait insister une fois de
plus sur la thématique antijudaïque liée à la Passion. Le Christ avait été
remis par les Juifs à une autorité romaine hésitant à s’occuper d’un problème
qu’elle pressentait propre au peuple hébreu. Mais, dans l’Évangile, le récit de
la Passion se partage en deux grandes scènes : la première où les principaux
sacrificateurs et les huissiers livrent Jésus à l’autorité romaine et excitent
la foule pour obtenir la condamnation à mort du Nazaréen ; la deuxième où les
Juifs sortent pratiquement de scène et laissent place aux soldats romains qui
deviennent les bourreaux du prisonnier. Ici, comme ailleurs dans la liturgie
médiévale, cette distinction tombe et les Juifs se superposent aux soldats
romains dans le rôle des tortionnaires.
Ce sont les Juifs, l’
impia
gens
[37],
qui couronnent le Christ d’épines, alors que, comme on l’a vu, dans l’Évangile,
c’est la soldatesque romaine qui, occupée à railler le condamné, lui impose de
participer à la farce du « Roi des Juifs ».
Le thème de la couronne d’épines renvoie tout naturellement à
la Passion du Christ, mais il prend un ton particulièrement agressif
[38].
Dans l’antienne aux vêpres :
Summum regem glorie spiniis
coronatum
ridet plebs perfidie morti
comdemnatum alleluya [39]!
Dans l’antienne aux nocturnes :
Christum sub serto spineo
deridet plebs perfidiae [40].
Dans la quatrième leçon :
Xristum eductum
populo
dampnant crucis patibulo iudei
viri
sanguinum in vestitu purpureo
illu
cum serto spineo mundi coronant
dominum [41].
Comme commentaire de la sixième leçon :
Coronat regem omnium
Iudea
serto spineo stat inter spinas
lilium vernans cruore roseo
spinarum culpe nescium spine
punctum aculeo [42].
La liste serait encore plus longue si on se référait aux
allusions indirectes à la faute des Hébreux qu’on qualifie ici :
ludibrium,
opprobrium,
crimen.
Mais ce texte jette l’opprobre sur les bourreaux et non sur les
instruments qui ont accompagné la Passion. La couronne d’épines, comme tous les
autres
Instrumenta Passionis est
devenue en effet
Intrumentum salutis.
La
corona contumelie est devenue
Corone tropheum inclitum sub quo vita vicit
interitum
[43]. Elle a été instrument de torture, mais en même
temps instrument de salut et cela a été possible grâce au paradoxe qui est au
fond de l’histoire chrétienne du Christ-roi battu sur la croix, mais triomphant
de la mort :
Veneremur obprobrium quo
salutis remedium mundo reparatur.
Felix spina per tuis stimulum
fluit sanguis qui sanat populum…
Spina que Xristum cruciat
mundum a culpis expiat [44].
Beata spina de qua fluit
unctionem mundi medicina [45];
Pungens spina Vulnerat Xristum
pacientem, Et a morte liberat populum
credentem [46].
O decus ecclesie gloriosa spina
sertum regis glorie
mundi medicina presentis
angustie dulcor [47].
Mais, même dans l’office dominicain, quelques passages ont été
rédigés pour exalter le royaume de France et sa monarchie, par exemple, dans
l’antienne des Laudes :
Adest dies leticie quo dyadema
spineum
regnum suscepit gallie et
Xristi cruore roseum [48].
Cependant, le passage le plus significatif se trouve dans le
Mattutino qui est la part la plus
intéressante de l’office et de la liturgie des heures, celle destinée à la
lecture des vies des saints. On trouve dans la première leçon un texte du plus
haut intérêt quant au message théologico-politique lié à la possession de la
relique :
Vertex capitis eo quia in
sublime et membris ceteris supereminet : coronam capit ad capitis ornamentum.
In iustice enim capitis solus tactus viget, qui in omnibus sensibus qui rex
principatur : unde cum totius corporis monarchie presideat princeps omnium
sensuum. Loco et potestate sublimior dignitatis regie signum non indigne
possidet dyadema. Ideo etiam congrue corona cultus est capitis. Eo quod in
capite est domestica camera sensum et cellule rationis operationibus
invenctioni discretioni et mee memorie deputate. Nec vacat a misterio quod
figura corone caput regis circumcingit, ut qui regulariter vult preesse et
predesse per se et per suis cautus sit et omnibus circuspectus. Beatus enim vir
qui in sapientia morabitur et qui in iusticia meditabitur et in sensu cogitabit
circunspectionem dei [49].
Voilà une digression sur le fondement même du pouvoir
monarchique
[50], qui
montre, à mon avis, la conscience qu’à son auteur d’être en train d’écrire pour
un roi, pour le roi. Autrement dit, il semble être un hommage rendu au
souverain, un hommage qui, sans cela, ne serait pas sorti comme tel de la plume
de notre auteur, bien plus intéressé à la mystique de la relique.
Cette digression commence en insistant sur la partie la plus
noble de la tête, qui est celle destinée à accueillir la couronne. Dans le
texte il y a une distinction entre la tête et le sommet de la tête, qui est,
pour ainsi dire, le sommet du sommet. La tête est supérieure à tous les autres
membres du corps et préside à leur fonctionnement ; le
vertix capitis est le siège de
l’intellect, qui est l’unique sens qui participe à l’administration de la
justice, activité royale par excellence. Pour de telles raisons, la tête est
destinée, puisque supérieure en dignité et en autorité, à accueillir le signe
même de la royauté, la couronne. Mais cette digression veut aussi suggérer que
ce lieu destiné à accueillir la couronne est en même temps un lieu physique,
c’est-à-dire la partie haute de la tête, et un lieu politique, c’est-à-dire la
faculté à travers laquelle on administre la justice. Les deux éléments se
trouvent unis dans la figure du souverain : le souverain administre la justice,
et lui seul a le droit de porter la couronne. De plus, l’auteur veut ajouter
ici que la couronne d’épine, en tant que couronne, est un attribut du roi et sa
légitime possession.
D’autant plus que dans l’hymne on insiste sur la royauté du
Christ qui est ici toujours appelée Rex et non Dominus comme dans les autres hymnes de
l’office, ce qui trahit la volonté de l’auteur de superposer la royauté du
Christ à la royauté du roi de France :
coronet regem omnium iudea
serto spinoso
Spinam Rex non repulit nec
spine dolorem spine secum detulit nostrum ob
amorem…
Rex sub spine cuspide olim
laureatus precioso lapide fulget coronatus
Mais l’image la plus ambiguë dans ce sens, on la trouve dans
les vers suivants :
Coronat regem omnium iudea
serto spineo
stat inter spinas lilium
vernans cruore roseo
spinarum culpe nescium spine
punctum aculeo.
Qu’est ce que ce lys qui se trouve parmi les épines de la
couronne ? Le lilium symbolise
évidemment la pureté du Christ, dont la candeur se teinte du sang versé par son
martyre. De la sorte, lilium signifie
le martyr et donc le Christ, le martyr par excellence, selon les mots de
Jacopone da Todi, contemporain de l’auteur de notre office :
Dans la Laude 70, la
Vierge s’adresse à son fils sur la croix par ces mots :
« Oh fils, fils, fils,
fils affectueux lis !
[…] Fils blanc et vermeil [51]»
Mais au-delà de l’assimilation Christ-lys, on peut supposer que
l’auteur voulait rappeler une autre symbologie du « lys », bien connu au
XIII
e siècle et particulièrement porteuse de sens dans ce
contexte. En effet, il n’échappe à personne que le « lys », à partir d’une
ordonnance de 1147 promulguée par Louis VII, symbolise la monarchie
capétienne
[52]. Notre
auteur était très probablement conscient que, d’un point de vue sémantique, il
allait suggérer que le lys, symbole de la monarchie française, était présent
parmi les épines de la couronne de Christ. Deux symboles unis pour suggérer une
fois encore une assimilation du roi de France au Christ.
[*]
D’emblée, je voudrais remercier Paul BERTRAND, pour avoir
révisé mon texte français.
[1]
GAUTHIER CORNUT,
Historia
susceptionis Coronae spinee, dans
Exuviae sacrae Constantinopolitanae, éd. P.
RIANT, t. 1, Paris, 1876, rééd., Paris, 2004, p. 45-56.
[2]
Les reliques de la Passion ont été l’apanage des empereurs
d’Orient depuis toujours. Selon Ambroise, père fondateur de la légende de
l’Invention de la Croix, Hélène, après la découverte à Jérusalem de la vraie
croix, en aurait envoyé une partie à son fils à Constantinople puis aurait fait
insérer un clou de la croix dans le diadème impérial et un autre dans le mors
du cheval de son fils :
Misit itaque filio suo
Constantino diadema gemmis insignitum, quos pretiosior ferro innexa crucis
redemptionis divinae gemma concederet, misit frenum. Utroque usus est
Constantinus et fidem transmisit ad posteros reges (Cf. SAINT
AMBROISE,
De obitu Theodosii, éd. O.
FALLER, Vienne, 1955, p. 369). Selon St. Runciman, un grand nombre de reliques
hiérosolymitaines seront transférées à Constantinople après la destruction en
1009 du Saint-Sépulcre par le calife Hakim. Le calife aurait en effet mené,
entre les années 1004 et 1014, une politique de persécution contre les
chrétiens et les juifs à Jérusalem, en détruisant églises et croix et, par
conséquent, aurait suscité une fuite de reliques vers le palais royal de
Constantino- ple : cf. St. RUNCIMAN,
A history of
the crusades, t. 2, Cambridge, 1957, p. 33-34.
[3]
A. VAUCHEZ,
La sainteté en
Occident aux derniers siècles du Moyen Âge, Rome, 1988, p.
205-209.
[4]
ID.,
Beata stirps : la
sainteté du lignage,
La sainteté en
Occident, p. 209-215.
[5]
M. SOT,
Gesta episcoporum. Gesta
abbatum, Turnhout, 1981, p. 18.
[6]
R. FOLZ,
Le souvenir et la
Légende de Charlemagne dans l’Empire germanique médiéval, Paris,
1950, p. 21 et, du MÊME AUTEUR,
Études sur le
culte liturgique de Charlema- gne dans les églises de L’Empire,
Paris, 1951, p. 55.
[7]
L’unique relique qui avait un relief particulier parmi celles
du trésor de Constantinople était celle de la vraie croix qui, selon la
tradition, était gardée à Constantinople à partir du IV
e
siècle et qui était exposée à la vénération publique un jour par an, le
1
er août. Mais les autres reliques du trésor n’acquirent
jamais un relief individuel : elles étaient tout simplement les reliques du
palais royal. Cf. R. JANIN,
La géographie
ecclésiastique de l’empire byzantin. Le siège de Constantinople et le
patriarcat œcuménique. Les églises et les monastères, t. 3, Paris,
1953, p. 242.
[8]
Au bas Moyen Âge, les rois et les empereurs s’inspirèrent des
légendes liées à Constantin le Grand comme celle selon laquelle il aurait reçu
en don, par miracle, la verge de Moïse : cf. B. LOMAGISTRO, Reliquie di
santi-re nelle terre ceche e nel regno Serbo,
Agiografia e liturgia tra Roma e Costantinopoli II : «
Inventio e/o Translatio : Il culto delle reliquie dei santi ». Grottaferrata e
Roma 29-31 marzo 2001, sous presse. Il faut remarquer que la verge
de Moïse elle-même devient possession du roi de France. M. AUBERT et L.
GRODECKI (Les Vitraux de Notre-Dame et de la Sainte-Chapelle de Paris,
Corpus Vitrearum Medii Aevi, t. 1,
Paris, 1959, p. 107-151) ont parlé de la volonté d’instituer un parallélisme
entre Moïse et Louis IX dans un vitrail de la Sainte- Chapelle où Moïse est
représenté avec la verge à la main. Selon D. Weiss, une identification
semblable serait évoquée à travers la ressemblance entre l’Arche de l’Alliance
d’après la Bible et la forme de la caisse contenant les reliques de la Sainte-
Chapelle (voir D. WEISS,
Architectural Symbolism
and the Decoration of the Ste-Chapelle : Louis IX, the Throne of Solomon, and
the New Holy Land, texte lu au 29
th
International Congress on Medieval Studies, Kalamazoo, Michigan, mai 1994). Je
pense que le rappel de l’Arche d’Alliance (qui est évoquée surtout à travers la
couronne d’épines, comme on le verra plus loin) ne renvoie pas à Moïse, mais à
Salomon qui a bâti le Temple pour la garder, comme Louis IX a bâti la
Sainte-Chapelle pour garder la couronne du Christ.
[9]
Cf. Ch. MERCURI,
Corona di
Cristo, corona di re. La monarchia francese e la corona di spine nel
Medioevo, sous presse.
[10]
N. DE WAILLY, Récit du treizième siècle sur les
translationes faites en 1239 et en
1241 des saintes reliques de la Passion,
Bibliothèque de l’École des Chartes, t. 39,
1878, p. 406-407.
[11]
Pour la discussion de la thèse de l’attribution de l’office à
Gautier Cornut, voir MERCURI,
Corona di
Cristo.
[12]
D.K. KIRK, Traslatione corona spinea
: a musical and textual analysis of a thirteenth century
rhymed office, Thesis of Master of Music, The University of Texas at
Austin, 1980, p. 172-173.
[13]
Analecta Hymnica, éd.
C. BLUME, G.M. DREVES, t. 52, Leipzig, 1886-1922, 2
e éd.,
Francfort, 1961, p. 15-16.
[14]
Les liturgistes le connaissent d’après un antiphonaire de Pise
du XIV
e s. où l’on trouve la seule partie rythmée de
l’office : cf. J.S.R BLEZZARD, A. JONATHAN, New Perspectives on the Feast of
the Crown of Thorns,
Journal of the Plaisong and
medieval Music Society, t. 10, 1987, p. 23-47.
[15]
PARIS, Bibliothèque nationale de France, ms. lat. 10483, f° 181
r°. Il s’agit d’un bréviaire dominicain de la première moitié du
XIV
e siècle, copié pour un couvent de Belleville (d’après
un inventaire du 1380, voir V. LEROQUAIS,
Les
Bréviaires manuscrits des bibliothèques publiques de France, t. 3,
Paris, 1934, p. 203). Voir f° 179 v°-182 r°, 4 mai :
In festo sancte
corone.
[16]
On ne se réfère pas à la version revue par Jacopo da Varazze,
mais à celle, un peu plus tardive, qui circulait à la fin du
XIII
e siècle édité par Graesse (Cf.
Legenda Aurea Jacobi a Voagine, éd.
Th. GRAESSE, Bratislava, 1890, p. 955).
[17]
PARIS, Bibliothèque nationale de France, mss lat. 1023 et
13238.
[18]
J.L.M. TAYLOR,
Rhytmed offices at
the Sainte-Chapelle in thirteenth century, Ph.D. Thesis, The
University of Texas at Austin, 1994, p. 34-35.
[19]
PARIS, Bibliothèque nationale de France, ms. lat. 1028, f° 286
v°.
[20]
PARIS, Bibliothèque nationale de France, ms. lat. 1028, f° 286
v°.
[21]
Dans le
responsorium à
la cinquième leçon :
Ut coronam spineam, caput
summi regis, mistice sic auream, habet archa legis, mens est anima, vel fidelis
anima. Archa est ecclesia, fides corona, cuius aurum gracia, vel voluntas
bona. PARIS, Bibliothèque nationale de France, ms. lat. 1028, f° 288
r°. Et à suivre :
Sit cor tuum archa dei, ut
thesaurum tante rei, thesaurizes celitus.
[22]
Dans la Bible hébraïque il y a plus de 200 citations de l’Arche
de l’Alliance : il n’est donc pas possible de les donner ici.
[23]
PARIS, Bibliothèque nationale de France, ms. lat. 1028, f° 285
v°.
[24]
Id., f° 286
r°.
[25]
Id., f° 287
r°.
[26]
PARIS, Bibliothèque nationale de France, ms. lat. 1041,
Bréviaire de Saint- Pierre-le-Vif de la fin du XIII
e
siècle-début du XIV
e. Ce bréviaire fut composé pour
l’abbaye bénédictine de Saint-Pierre-le-Vif dans le diocèse de Sens. Au f° 412
r° on lit :
Eterne rex altissime reddens hymnus.
Coronas predictam coronam locas optime ubi per fidem habitas Theologie regia
parisiense speculum sit corone custodia custodientis populum. La
leçon du ms. lat. 1028, f° 268 r°, est un peu différente, mais il s’agit tout
simplement d’une inversion des vers
Theologie
regia parisiense tibi per fidem habitas speculum sit corone custodia
custodientis populum ; on a préféré ici la version de l’autre
manuscrit qui nous semble plus frappante.
[27]
PARIS, Bibliothèque nationale de France, ms. lat. 1028, f° 290
v°.
[29]
L’archevêque Gauthier Cornut était un des conseillers intimes
de Blanche de Castille. C’est lui qui demanda Marguerite en mariage pour Louis
IX au comte de Provence Raymond Béranger IV. Et c’est encore lui qui célébra
leur mariage dans la cathédrale de Sens. Voir J. LE GOFF,
Saint Louis, Paris, 1996, p.
131-132.
[30]
PARIS, Bibliothèque nationale de France, ms. lat. 1028, f° 292
r°.
[31]
Id., f° 290
v°.
[32]
Id., f° 290
v°.
[34]
PARIS, Bibliothèque nationale de France, ms. lat. 1023, f° 389
v°.
[36]
Cf. LE GOFF,
op. cit.,
p. 806. Voir aussi A. TUILIER, La condamnation du Talmud par les maîtres
universitaires parisiens, ses causes et ses conséquences politiques et
idéologiques,
Le brûlement du Talmud à Paris.
1242-1244, éd. G. DAHAN, Paris 1999, p. 74.
[37]
PARIS, Bibliothèque nationale de France, ms. lat. 13234,
Bréviaire de Sévélle, XV
e siècle, deuxième moitié, f° 1 :
Breviario di Sant’Isidoro vescovo che mucarave
dictum est ; temporal, f° 65 v°:
Hic
incipimus dominicale, secundum consuetudinem ecclesie sancte Marie
Yspalensis ; f° 238 r°, 4 mai :
In
festo corone Domini.
[38]
Cette composante confirme encore la paternité dominicaine de
cet office. Sur les accents fortement antisémites qui caractérisèrent la
prédication dominicaine, voir J. COHEN,
The
friars and the Jews. The evolution of medieval anti-judaism,
Londres, 1982 et
The Jews as the killers of the
Christ in the Latin traditio, from Augustin to the friars, dans
Traditio, t. 39, 1983, p. 1-27. Voir
aussi N. BÉRIOU, Entre sottises et blasphèmes. Échos de la dénonciation du
Talmud dans quelques sermons du XIII
e siècle,
Le brûlement du Talmud à Paris, p.
211-234.
[39]
PARIS, Bibliothèque nationale de France, ms. lat. 1023, f° 390
v°.
[40]
Id., f° 389
v°.
[41]
Id., f° 388
v°.
[42]
Id., f° 390
v°.
[43]
Id., f° 391 v°.
[44]
Id., f° 390
v°.
[45]
Id., f° 391 r°.
[46]
Id., f° 391
r°.
[47]
Id., f° 391 v°. Ces
derniers vers du
responsoriumfurent
ensuite insérés dans la
Legenda Aurea
(Cf. éd. GRAESSE, p. 955).
[48]
PARIS, Bibliothèque nationale de France, ms. lat. 1023, f° 391
r°.
[50]
Le premier en Occident à utiliser la métaphore selon laquelle
la monarchie est assimilable à un corps dont la tête est le roi fut Jean de
Salisbury dans son
Policraticus de
1159. Cf. LE GOFF,
op. cit., p.
394-395.
[51]
Cf. JACOPONE DA TODI,
Lauda
70 De planctu Dominae, dans
Laude, sous la dir. de F. MANCINI, Bari, 1974,
p. 201-206 :
O figlio, figlio, figlio, figlio
amoroso giglio ! […] figlio bianco e vermiglio. Jacopone composa les
Laude certainement après 1278, moment
où il entra dans l’ordre franciscain.
[52]
J. PARKER,
A Glossary of Terms
Used in Heraldry, Tuttle, 1971.