2004
Le Moyen Age
Constitution et diffusion d’un savoir occidental sur le monde « russe » au Moyen Âge (fin Xe-milieu XVe siècle) (2e partie)
Stéphane Mund
Université Libre de Bruxelles
St. MUND, Constitution and diffusion of Western knowledge about the « Russian » world in
the Middle Ages (end of the 10th-middle of the 15th centuries) (Part 2).
This article is a synthesis of the knowledge about « Russian » culture in Western
Europe between the end of the 10th century (when the Kievan Russia converted to
christianity and its sovereigns established relationships with other Christian kings)
and the middle of the 15th century (just before the Moscovite Russia, which had
succeeded Kievan Rus’, joined the political and economic Western sphere). It presents
a systematic survey of all Western European mediaeval sources about Russia over this
long period. These are chronicles, sagas, encyclopaedias, travel narratives, maps, or
chivalric literature. These sources are analysed according to a typological approach,
i.e. focusing on the authors, their origin and educational background, on the
characteristics of the texts and on the information they provide about Russia. This
typological approach shows that an image of Russia emerged in medieval Western
Europe, however partial and fragmentary it may have been. Not until the late 15th and
the early 16th century was Russia really discovered by Western European diplomats
and merchants.Keywords :
Russia, Western world, representation, Eastern Slavs, typology of sources.
La représentation du monde « russe » à travers les sources
occidentales
Si l’on rassemble les connaissances à propos du monde « russe »
dispersées dans les différentes sources occidentales du Moyen Âge, on
constate que celles-ci portent principalement sur les différents noms de la
Russia, l’emplacement et le cadre géographique de ce pays, le mode de
vie, la religion et le régime politique de ses habitants
[1].
Lorsqu’ils mentionnent le pays des Slaves orientaux
[2], les auteurs
occidentaux l’appellent en général
Russia, nom qui est attesté dans les
sources dès le début du XI
e siècle, mais qui peut s’écrire de différentes
façons suivant l’origine des textes dans lesquels il figure
[3]. Si à partir du
XII
e siècle d’autres appellations font leur apparition, telles
Rut(h)enia
[4] et
Ros(s)ia
[5], elles ne supplantent toutefois pas le nom
Russia qui est adopté
dans les chroniques en langue vulgaire dès la fin du XI
e siècle sous
l’appellation
Rous(s)ie
[6] en vieux français,
Rusie
[7] en vieil anglais ou
Riuzen
[8]
en vieil allemand. Le nom latin
Russia existe également dans les textes
scandinaves, mais il est beaucoup moins fréquent et est considéré comme
une dénomination de lettrés
[9]. Les noms les plus usités sont
Garðar et
Garðaríki
[10], mots nordiques qui signifient « les bourgs » et « le royaume
des bourgs ». Attestés respectivement dès les XI
e et XII
e siècles, ils
montrent que les voyageurs scandinaves ont dû être frappés par le
nombre de bourgades en
Russia
[11].
En ce qui concerne l’emplacement de la
Russia, ce pays apparaît dans
les sources occidentales comme faisant partie de l’Europe
[12]. Dans les
textes scandinaves, elle est généralement située à l’est par rapport à la
Scandinavie, comme l’attestent les expressions
austr í Garða,
austr í
Garðaríki,
Garða austr,
austr í Gorðum,
austan ór Garðaríki, qui signifient
toutes « à l’est en
Russia
[13] ». Dans les autres textes occidentaux, elle est
plutôt présentée comme une contrée de l’Europe septentrionale
[14]. Certains
auteurs soulignent l’immensité de ce pays. Le chroniqueur Adam de
Brême notamment définit la
Russia correctement comme la « dernière et la
plus grande province des Slaves » au bout de la mer Baltique
[15]. Les limites
de ce pays apparaissent néanmoins approximatives dans les sources
occidentales et sont généralement définies par rapport aux pays voisins
[16].
De même, tributaires du savoir antique, certains auteurs croient encore
faussement que la
Russia a également pour voisins au nord des peuples
étranges et cruels, aux formes parfois hybrides, tels les Amazones, les
Cyclopes, les Cynocéphales et les Ymantopodes
[17]. Pays du nord ou pays
de l’est, la
Russia est également associée à la Grèce et à la mer Noire,
comme le suggèrent quelques auteurs. À titre d’exemple, l’auteur
anonyme de la chronique française,
Chronicon Sancti Petri Vivi Senonensis,
évoquant l’ambassade envoyée par le roi Henri I
er de France auprès du
prince de Kiev Jaroslav le Sage, qualifie ce dernier de « roi du pays de
Russie aux confins de la Grèce ». Selon Gervais de Tilbury, la
Russia
s’étend en direction de la Grèce, en l’occurrence l’empire byzantin, sur
une longueur de cent journées de marche
[18]. De même, certains lettrés
occidentaux appellent aux XII
e et XIII
e siècles la mer Noire
mare Russiae,
mare Rusciae ou
Rucenorum mare, dénominations qui remontent en fait au
X
e siècle lorsque les Varègues et les Slaves orientaux de la
Russia
sillonnaient la mer Noire et fondaient des établissements sur son littoral
septentrional
[19]. Si plusieurs auteurs occidentaux sont capables de situer la
Russia plus ou moins correctement, il en existe aussi qui commettent
parfois de grosses erreurs. Ainsi Barthélemy l’Anglais situe la
Russia, qu’il
appelle
Ruthia ou
Ruthena en un endroit tout à fait étonnant, à savoir la
province romaine antique de Mésie habitée à son époque depuis
longtemps par les Bulgares. Cette
Ruthia porte parfois aussi, selon lui, le
nom de
Galacia, c’est-à-dire la région des Galates en Asie Mineure. Il
confond probablement la Galatie, pays des Galates, avec la principauté
« russe » de Galicie, située dans le sud-ouest de la
Russia, dont les liens
avec l’Occident sont importants à son époque
[20].
Quand les auteurs occidentaux s’intéressent au cadre naturel de la
Russia, trois éléments retiennent principalement leur attention : les forêts,
les fleuves et le climat glacial. Si l’on se réfère à Guillaume de Rubrouck et
à Guillebert de Lannoy, on apprend que la
Russia est un pays couvert de
forêts à perte de vue
[21]. Guillebert de Lannoy présente la région de
Novgorod où il a voyagé comme une contrée complètement déserte où
seuls quelques villages isolés interrompent un paysage de vastes forêts,
de marais, de lacs et de rivières. Pays boisé, la
Russia recèle dans ses forêts
de nombreuses richesses dont Marco Polo nous dresse l’inventaire le plus
complet : « ils ont vraiment beaucoup de fourrures précieuses et de
grande valeur : zibeline, hermine, vair, ercolin et renard en abondance,
qui sont parmi les plus belles et les meilleures du monde. Ils ont bien de la
cire. Et je vous dis qu’ils ont beaucoup de mines d’argent, d’où ils tirent
assez d’argent
[22] ». Selon Jean de Plan Carpin, Guillaume de Rubrouck et
Marco Polo, les fourrures constituent la principale richesse de la
Russia
qui en possède une grande quantité, et ont plusieurs usages. Tout
d’abord, les fourrures font l’objet d’un commerce actif de la part des
habitants de la
Russia. Guillaume de Rubrouck le remarque notamment
dans le port de Soldaïa [actuellement Sudak] sur la côte orientale de la
Crimée où il a débarqué au début de son voyage. D’après lui, cette ville
constitue un important centre d’échanges : « et là se rassemblent tous les
marchands, c’est-à-dire ceux venant de Turquie qui veulent aller dans les
terres septentrionales et dans le sens inverse ceux venant de
Russia et des
terres septentrionales qui veulent aller en Turquie. Les uns apportent des
toiles de coton, des tissus en soie et des épices, les autres apportent des
peaux de vair, de petit-gris
[23] et d’autres fourrures précieuses
[24] ». En outre,
les fourrures servent à payer le tribut régulièrement imposé à partir du
XIII
e siècle par les Tatars-Mongols à leurs sujets « russes » : selon Jean de
Plan Carpin, chaque habitant de la
Russia « donne une peau d’ours blanc,
un castor noir, une zibeline noire, une peau noire d’un animal qui a son
repaire dans la terre
[25] […] et une peau de renard noir
[26] ». Enfin, les
fourrures sont également utilisées en
Russia comme monnaie d’échange
dans les transactions de la vie quotidienne : Guillaume de Rubrouck note
que « l’argent habituel des Ruthènes sont des petites peaux de vair et de
petit-gris
[27] ».
Les fleuves de la
Russia évoqués dans les sources occidentales sont,
d’ouest en est, le Dniestr, le Dniepr, le Don, la Dvina Occidentale, la Neva,
le Volkhov, la Volga et la Kama
[28]. Les renseignements concernant ces
fleuves sont en général très restreints. Ils se limitent à leurs différents
noms russe ou occidental
[29], à une esquisse de leur cours dans les
portulans et à la mention de l’une ou l’autre villes sur leurs rives. Seuls le
Dniepr et la Volga retiennent un peu plus l’attention de quelques auteurs
occidentaux qui soulignent leur taille immense et leur richesse en
poissons. Ainsi, Guillaume de Rubrouck ne manque pas de raconter dans
son récit combien la taille de la Volga l’a beaucoup impressionné : « l’Ethil
est le plus grand fleuve que j’aie jamais vu, […] nous sommes parvenus le
troisième jour jusqu’à ce fleuve et lorsque j’ai vu ses eaux je me suis
étonné de voir une telle quantité descendre du nord ». Plus loin, il écrit
que la Volga est d’après lui quatre fois plus grande que la Seine
[30].
Toutefois, les fleuves de la
Russia demeurent encore mal connus des
lettrés occidentaux qui commettent à leur sujet des erreurs, dont certaines
remontent à la tradition antique. À titre d’exemple, certains portulans font
naître les fleuves russes dans des montagnes conformément à la
géographie antique, alors que ceux-ci prennent en réalité leur source dans
des plaines marécageuses
[31]. De même, dans la mappemonde d’Ebstorf,
Kiev est située faussement sur les bords de la Neva et non du Dniepr,
tandis que dans le
Libro del conoscimiento c’est Moscou qui est placée
erronément sur les bords du Don et non de la Moskova. De semblables
erreurs se reproduisent également chez des auteurs qui ont voyagé en
Russia et franchi certains de ses fleuves. Ainsi, Jean de Plan Carpin affirme
erronément, à l’instar du géographe grec Strabon, que le Dniepr, le Don et
la Volga se jettent dans la mer Noire, alors qu’il a vu de ses propres yeux
ces trois fleuves et a pu se renseigner à leur sujet en
Russia et chez les
Tatars
[32]. De même, son compagnon de voyage, Benoît de Pologne,
reprend de manière étonnante une affirmation d’Aristote selon laquelle la
Volga et le Don sont un seul et même fleuve
[33].
Le froid est le dernier élément du cadre naturel de la
Russia qui retient
l’attention de certains auteurs occidentaux, en l’occurrence Jean de Plan
Carpin, Marco Polo et Guillebert de Lannoy. Il est vrai que deux d’entre
eux, à savoir Jean de Plan Carpin et Guillebert de Lannoy, ont traversé la
Russia en plein hiver et peuvent se targuer de l’expérience. Le premier
parle de sa longue route en traîneau sur le Dniepr gelé en aval de Kiev
durant le mois de février 1245. Le second évoque le chemin entre Narva à
la frontière livonienne et Novgorod également parcouru en traîneau à
cause des « grandes neiges et froidures » en automne 1413
[34]. Cependant
Marco Polo qui n’a pas visité personnellement la
Russia retient lui aussi la
rigueur du climat comme un des éléments caractéristiques de son cadre
naturel et n’est pas le moins loquace sur ce sujet : « Or sachez qu’il est tout
à fait vrai qu’on trouve en
Russia le climat le plus froid au monde, auquel
on n’échappe qu’à grand’peine. On ne rencontre un froid aussi intense
dans aucune autre région du monde ». La froidure du climat fait l’objet de
quelques anecdotes piquantes propres à éclairer le lecteur en même temps
qu’à susciter son intérêt par le pittoresque. Ainsi Marco Polo raconte que
les habitants de la
Russia se réchauffent en hiver dans les étuves et se
servent de celles-ci, à l’en croire, comme relais lorsqu’ils voyagent par des
températures glaciales : « Le froid est parfois si intense que des hommes,
allant chez eux, ou d’un lieu à l’autre pour leurs affaires, après avoir
quitté une étuve, sont quasi gelés avant d’être arrivés à la suivante, alors
que ces étuves sont si fréquentes et si rapprochées qu’il n’y a pas, dit-on,
entre elles une distance de plus de soixante pas. Ainsi donc, quand un
homme quitte une étuve bien réchauffé, il est gelé à mesure qu’il avance
vers l’autre ; il entre alors bien vite dans l’étuve et s’y réchauffe ; bien
réchauffé, il repart et va jusqu’à la suivante où il se réchauffe de nouveau ;
et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il soit arrivé chez lui, ou à l’endroit où il
voulait aller. D’ailleurs, les gens courent toujours d’une étuve à l’autre,
afin d’atteindre rapidement cette dernière sans avoir été trop gelés
[35] ».
Pour sa part, Guillebert de Lannoy raconte que lorsqu’on chevauche à
travers les forêts de la
Russia en hiver, on entend les arbres « craquer et se
fendre complètement » à cause du gel. Il note également les conséquences
de ce climat rigoureux sur la vie quotidienne des habitants. Ainsi à
Novgorod, on ne trouve pas de marché public en hiver à cause du froid
[36].
Le froid est à ce point rigoureux qu’il est dangereux de rester trop
longtemps dehors. À en croire Marco Polo, « il arrive très souvent qu’un
homme qui n’est pas bien vêtu, ou qui ne peut aller assez vite parce qu’il
est vieux ou de constitution et de complexion plus faible que les autres, ou
parce que sa maison est vraiment trop loin, tombe à terre, gelé par le trop
grand froid avant d’avoir atteint l’étuve suivante, et se meurt là. Mais si
des passants le ramassent, l’emmènent à une étuve et le dévêtent, ses
fonctions se rétablissent à mesure qu’il se réchauffe et il revient à la vie
[37] ».
Quant à Guillebert de Lannoy, il raconte que si on doit dormir en plein air
en hiver, le réveil est d’autant plus pénible que l’on a « sa barbe, ses
sourcils et ses paupières complètement gelés […] et pleins de glaçons, de
sorte qu’on parvient à peine à ouvrir les yeux ». Il rapporte encore une
expérience personnelle, révélatrice selon lui de la rigueur du froid
« russe » : un jour de grand froid, il avait creusé un trou dans la glace
pour y puiser de l’eau et la verser dans deux tasses ; au moment où il
s’apprêtait à boire, les tasses gelées ont commencé à lui coller aux doigts
sous l’effet du froid
[38]. En évoquant ainsi la rigueur de l’hiver russe, Marco
Polo et Guillebert de Lannoy ne font qu’inaugurer une longue série de
descriptions pittoresques dans les écrits occidentaux sur la Russie à partir
du XVI
e siècle
[39].
Si la
Russia médiévale compte un grand nombre de villes et de
bourgades – l’historien soviétique M.N. Tikhomirov en a compté 238 –, les
auteurs occidentaux n’en retiennent qu’un petit nombre. Elles
apparaissent toujours dans le cadre des liens entre les Slaves orientaux et
l’Occident et font en général l’objet de simples mentions
[40]. Seules Kiev et
Novgorod ont droit à quelques allusions un petit peu plus conséquentes,
la première en tant que centre politique et religieux principal de la
Russia
(X
e-XIII
e s.) et la seconde en tant que plaque importante du commerce des
Occidentaux avec le monde « russe
[41] ».
Le premier lettré occidental à évoquer Kiev est Thietmar de
Mersebourg
[42]. Les informations substantielles qu’il fournit au sujet de
cette ville sont dans l’ensemble correctes et montrent que le chroniqueur a
été bien renseigné alors qu’il ne l’a jamais visitée
[43]. Ainsi, il présente Kiev,
qu’il appelle en latin
Cuiewa ou
Kitawa, comme la capitale du royaume de
Russia
[44]. Puissamment fortifiée, Kiev paraît une ville opulente, dont les
richesses éblouissent, selons ses dires, les Polonais qui l’ont conquise
provisoirement en 1018
[45]. Plus loin, Thietmar de Mersebourg la décrit
comme une ville importante, dont les dimensions sont impressionnantes :
« dans cette grande ville qui est la capitale de ce royaume, il y a plus de
400 églises et 8 marchés et la quantité de population est inconnue
[46] ». Si
ces chiffres sont peut-être exagérés
[47], ils attestent néanmoins l’importance
de Kiev comme métropole religieuse de la
Russia – Thietmar de
Mersebourg mentionne la présence à Kiev de reliques de saints et
l’existence du métropolite qu’il appelle « archevêque de cette cité
[48] » – et
comme centre économique sur les bords du Dniepr. Quelle que soit la part
d’exagération dans ces estimations, celles-ci constituent pour le lecteur un
indice de la grandeur et de la richesse de la capitale de la
Russia.
L’opulence de Kiev semble d’ailleurs avoir retenu l’attention d’autres
lettrés occidentaux, comme le montrent les exemples d’Adam de Brême,
de Gallus anonymus (1113-1116) et de l’auteur de la
Vita beati Mariani (
ca1
185) qui font tous les trois l’éloge d’une ville qu’ils ne connaissent
pourtant pas personnellement
[49]. Le premier écrit qu’elle rivalise en beauté
dans le monde byzantin avec Constantinople : « la capitale de ce pays est
Kiev, rivale de l’impériale Constantinople et fleuron le plus brillant de la
Grèce
[50] ». Le deuxième la qualifie de grande et opulente capitale du
royaume de
Russia ; parmi les monuments, il mentionne la Porte d’Or,
une des entrées principales de la ville, au nom évocateur
[51]. Quant au
troisième, il fait une brève allusion à la « très riche ville de Kiev » où l’on
trouve des fourrures précieuses en abondance
[52]. Kiev apparaît ainsi dans
l’imaginaire occidental comme une ville d’une grande richesse, capable
aux yeux de certains de rivaliser avec Constantinople, la métropole la plus
prestigieuse du Moyen Âge. Sa destruction par les Tatars-Mongols en
1240 semble avoir frappé à cet égard les cercles dirigeants occidentaux,
comme le révèlent des allusions faites par certains lettrés dans leurs
chroniques
[53]. Par ailleurs le souvenir de l’opulence de Kiev survivra
longtemps, puisqu’il y est fait fréquemment allusion dans les textes de la
Renaissance
[54].
De toutes les villes de la
Russia, Novgorod est certainement la mieux
connue des sources scandinaves
[55], où elle apparaît généralement sous le
nom de
Hólmgarðr (également
Hulmka,
HulmkarÞi sur des inscriptions
runiques) dès le XI
e siècle
[56]. Dans une certaine mesure, on peut affirmer
que toute la vie du pays « russe » évoquée dans les sagas se limite à cette
seule cité
[57]. Novgorod y apparaît comme une ville de grande renommée,
voire la principale ville de
Russia. Cette situation s’explique très
probablement par l’importance qui lui était accordée dans le monde
nordique, puisqu’elle était une étape essentielle des marchands
scandinaves sur la route vers Constantinople. Premier signe de cette
importance, Novgorod est présentée comme la résidence des souverains
du
Garðaríki, en l’occurrence les princes Vladimir et Jaroslav le Sage. Cette
image de « résidence royale » n’est pas une invention des lettrés
scandinaves, car elle est attestée historiquement dans les annales
« russes » anciennes. Novgorod était en effet le siège d’une principauté au
Moyen Âge et il est établi que Vladimir et Jaroslav le Sage y ont chacun
séjourné pendant plusieurs années avant d’accéder au trône plus
prestigieux de Kiev. Outre sa fonction de « résidence royale », Novgorod
est aussi et surtout présentée comme une grande ville commerciale, ce
dont témoignent les qualificatifs
kaupbær,
kauptún,
kaupangr et
kaupstadr
utilisés dans les sagas. À plusieurs reprises, les sagas font allusion à un
marché fréquenté par des Grecs et des gens venus d’autres pays. Ce
marché est achalandé en étoffes précieuses qui proviennent de
Constantinople. On peut également s’y fournir en fourrures
d’exceptionnelle qualité, pierres précieuses, or et divers objets de luxe.
Chaque année, nous apprennent les sagas, le marché de Novgorod est
fréquenté par des marchands nordiques qui arrivent en été au moment de
la belle saison après avoir traversé la mer Baltique
[58]. Certains de ces
marchands effectuent le trajet régulièrement, ce qui leur vaut d’être
surnommés dans leur région d’origine « le Russe » (
gerzkr) ou « le
voyageur de Novgorod » (
Holmgardsfari)
[59]. D’après les sagas, la ville de
Novgorod non seulement accueille les marchands de passage, mais abrite
en permanence des groupes scandinaves. Dans certaines sagas, il est
même précisé qu’il s’agit de mercenaires au service de Jaroslav le Sage qui
ont été installés dans une résidence spécialement aménagée à leur
intention
[60]. Par ailleurs, quelques sagas indiquent l’existence à Novgorod
d’une église scandinave dédiée à saint Olav et desservie par un prêtre
latin
[61]. Si le nom de ce seul édifice religieux a été retenu, alors qu’il y en
avait à l’époque beaucoup d’autres à Novgorod, c’est parce qu’elle a été le
cadre de deux miracles liés au culte de saint Olav. Après les sagas, il faut
attendre le récit
Voyages et Ambassades de Guillebert de Lannoy dans la
première moitié du XV
e siècle pour voir se renouveler les connaissances
occidentales au sujet de Novgorod. Celui-ci consacre plusieurs
paragraphes de son récit à présenter les principaux traits de la cité du
Volkhov où il a séjourné pendant plusieurs jours
[62]. Guillebert de Lannoy
est le premier auteur occidental à donner une description physique de la
ville : il décrit avec justesse Novgorod comme une « très grande ville,
située dans une belle plaine entourée de grandes forêts et […] dans un pays
plat couvert de marécages et de rivières ». Elle est traversée par « une très
grosse rivière, nommée Volkhov
[63] ». Il précise également que Novgorod est
entourée par des remparts en bois et en terre et des tours construites en
pierre, ce que confirme l’archéologie. Au centre de la cité, se trouve la
forteresse (kremlin) dominée par la cathédrale Sainte-Sophie dont Guillebert
de Lannoy a bien perçu qu’elle est la principale église de Novgorod : « un
château construit au bord du dit fleuve (le Volkhov) à l’intérieur duquel est
construite la cathédrale Sainte-Sophie qu’ils vénèrent ». Cette forteresse sert
aussi de résidence à l’archevêque. Comme Thietmar de Mersebourg à
propos de Kiev, Guillebert de Lannoy dénombre 350 églises à Novgorod, ce
qui inclut très probablement les chapelles privées. Outre la géographie
physique de Novgorod, il évoque plusieurs autres aspects de cette cité, à
savoir sa structure sociale, les mœurs et la vie quotidienne de ses habitants,
sa puissance militaire et son régime politique. La structure sociale et le
régime politique semblent l’avoir particulièrement intéressé. Il a
probablement dû obtenir ses informations grâce à des contacts avec des
marchands hanséates résidant sur place. En ce qui concerne la structure
sociale, Guillebert de Lannoy note qu’il y a à Novgorod « plusieurs grands
seigneurs qu’ils appellent boyards. Et on y trouve des bourgeois
extrêmement riches et puissants qui ont des biens fonciers longs de deux
cents lieues
[64] ». Il réalise parfaitement que les boyards et les riches
marchands de la bourgeoisie constituent à Novgorod un groupe social très
important. Même si ses estimations de la richesse novgorodienne semblent
exagérées, elles mettent en évidence une prospérité que de nombreux
voyageurs et cosmographes décriront encore au XVI
e siècle. Guillebert de
Lannoy consacre également quelques lignes à évoquer les structures
politiques particulières de Novgorod dans la
Russia du XV
e siècle. Cet intérêt
s’explique peut-être par le fait qu’il a découvert à Novgorod un régime
politique qui lui rappelle par certains aspects celui des villes des Pays-Bas
bourguignons, sans que cette comparaison n’apparaisse pour autant de
façon explicite dans son récit. En effet, il note que Novgorod est « une
ville franche et seigneurie de commune », terme qu’on emploierait a priori
pour désigner le gouvernement des villes des Pays-Bas. Elle est
effectivement dirigée à l’époque par le
ve²e, assemblée de tous les chefs de
famille libres qui élit chaque année les gouvernants de la cité, comme le
remarque Guillebert de Lannoy : « ils ont deux officiers, un duc et un
burgrave, gouverneurs de la dite ville qui sont renouvelés chaque
année
[65] ». Il souligne aussi le rôle fondamental de l’archevêque dans le
gouvernement de la cité ainsi que le prestige de l’oligarchie des boyards
et des grands bourgeois, semblable à celui des nobles et des familles
lignagères dans les Pays-Bas
[66].
Les habitants de la
Russia retiennent en général peu l’attention des
lettrés occidentaux qui se contentent la plupart du temps de mentionner
uniquement leur nom. Comme le révèle le dépouillement des sources
occidentales, ce nom a varié au cours du temps
[67]. Ainsi, les Slaves
orientaux ont commencé par être appelés
Russi dans les textes latins, nom
qui correspond au mot grec
Ю̔ΓϾΗΓ utilisé dans la langue populaire à
Constantinople et employé par quelques auteurs byzantins au X
e siècle
pour désigner les habitants de la
Russia
[68]. Ce nom connaît en latin
plusieurs orthographes suivant l’origine géographique des textes
occidentaux où il apparaît
[69], avant de passer à partir du XII
e siècle dans les
sources en langue vulgaire, notamment en vieil allemand sous le nom
R(i)uzen
[70]. À partir de la seconde moitié du XI
e siècle, les habitants de la
Russia commencent à être désignés dans les sources latines par un
nouveau nom,
Rut(h)eni
[71], dont l’origine est sujette à contestations
[72]. Ce
dernier qui se décline également selon plusieurs orthographes devient
extrêmement fréquent et semble s’imposer au cours du XII
e siècle dans
tout l’Occident latin
[73]. En revanche, il n’apparaît pas dans les textes en
langue vulgaire qui continuent de garder le premier nom
[74].
Au-delà de la simple mention du nom, les lettrés occidentaux qui
portent un certain intérêt pour les habitants de la Russia ne sont pas
nombreux. Seuls Adam de Brême, Gervais de Tilbury, Barthélemy
l’Anglais, Guillaume de Rubrouck, Marco Polo et Guillebert de Lannoy
nous apportent quelques informations sur l’origine ethnique des habitants
de la Russia, leur allure générale et certaines de leurs mœurs.
En ce qui concerne l’origine ethnique des habitants de la
Russia, Adam
de Brême et Barthélemy l’Anglais donnent des informations correctes.
Tous deux notent que ce sont des Slaves qui parlent une langue slave. Le
premier ajoute qu’ils sont de tous les peuples slaves la nation la plus
éloignée géographiquement de l’Occident
[75]. Le second est encore plus
précis puisqu’il définit les habitants de la
Russia dans le cadre d’une
présentation générale des Slaves : « en effet on appelle Slaves les
Bohémiens, les Polonais, les Metani (?), les Wendes (Slaves de
l’Allemagne du Nord), les Russes, les Dalmates et les Carantaniens
(actuels Slovènes), qui tous se comprennent mutuellement et sont
semblables en beaucoup de choses tant par la langue que par les mœurs.
Ils sont cependant différents par le rite. En effet certains jusqu’à présent
conservent le culte des païens, d’autres au contraire maintiennent le rite
des Grecs, d’autres encore celui des Latins
[76] ». Toutefois cette
identification des habitants de la
Russia avec les autres peuples slaves
n’est pas évidente pour tous les lettrés occidentaux. À titre d’exemple, si
Guillaume de Rubrouck note correctement que les habitants de la
Russia
parlent une langue semblable à celle des Polonais, des Tchèques et des
habitants de la Slavonie, il se trompe lorsqu’il souligne tout de suite après
la parenté des Slaves avec les Vandales et les Huns et affirme, par fidélité
au savoir antique répandu dans les encyclopédies médiévales, que la
langue des Slaves est la même que celle des Vandales de l’Antiquité
[77]. De
même, Gervais de Tilbury assimile à tort les
Rutheni, habitants de la
Russia, avec une tribu gauloise antique du même nom installée dans la
région de Rodez dans le sud-ouest de la France
[78].
Le premier auteur à nous fournir des indications sur le physique des
Slaves orientaux est Marco Polo qui a rencontré beaucoup de types
différents au cours de son long séjour en Asie. Il les présente de la
manière suivante : « ce sont des gens […] fort beaux, les hommes comme
les femmes, car ils sont tout blancs et blonds
[79] ». Le voyageur vénitien
dresse ici un portrait caractéristique des hommes du nord. Pour sa part,
Guillebert de Lannoy s’intéresse uniquement aux coiffures des
Novgorodiens et des Pskoviens qui semblent l’avoir beaucoup intrigué. Il
observe chez les premiers que les hommes comme les femmes ont des
cheveux longs : « Item, les dames ont deux tresses qui pendent derrière
leur dos, tandis que les hommes ont une tresse ». Chez les seconds, il note
que les femmes laissent pousser « leurs cheveux longs et épars
[80] ». Les
habits des Slaves orientaux suscitent également l’intérêt. Guillaume de
Rubrouck en fournit une description précise en se servant des
Occidentaux comme référence en cette matière : « les femmes ruthènes se
parent la tête comme les nôtres. Elles ornent leurs dessus de robe sur le
côté extérieur de fourrures de martre et de petit-gris des pieds jusqu’aux
genoux. Les hommes portent des manteaux comme les Allemands, mais
sur la tête ils portent des chapeaux de feutre rendus pointus en leur
sommet par une longue pointe
[81] ». Quant à Guillebert de Lannoy, il se
contente de relever que les Pskoviennes portent par coquetterie « un
diadème rond derrière leur tête comme des saintes
[82] ».
Lorsqu’ils s’intéressent aux mœurs des Slaves orientaux, les lettrés
occidentaux en retiennent les aspects négatifs. Dans certaines chroniques,
les Slaves orientaux de la
Russia se voient accoler les épithètes peu
flatteuses de
barbari ou de
pagani
[83]. Dans l’esprit des lettrés du Moyen
Âge, celles-ci sont attribuées à des peuples non chrétiens ou mauvais
chrétiens, dont les mœurs sont rudes et cruelles. Les Slaves orientaux sont
parfois qualifiés de la sorte parce qu’ils sont situés aux confins de
l’Europe dans le septentrion, c’est-à-dire loin de la « civilisation » ; en
outre, ils vivent au milieu de peuples sauvages et de races monstrueuses,
dont certaines sont connues par la tradition antique
[84]. Le regard des
voyageurs n’est pas moins critique que celui des chroniqueurs. Ainsi
Guillaume de Rubrouck retient des Slaves orientaux qu’ils sont des
pillards professionnels qui n’ont pas facilité son voyage
[85]. Bien qu’il ait été
somptueusement reçu à Novgorod, Guillebert de Lannoy ne manque pas
non plus de porter un regard critique à l’égard des habitants de cette ville.
Si l’on en croit celui-ci, les Novgorodiens « ont un marché où ils vendent
et achètent leurs femmes en toute légalité, contrairement à la loi
chrétienne
[86] ». Faut-il voir dans cette information une volonté délibérée de
Guillebert de noircir les Novgorodiens pour justifier son soutien à la lutte
menée régulièrement par l’Ordre livonien contre ces chrétiens
schismatiques ? L’hypothèse est séduisante, mais sans réponse. De tous
les auteurs occidentaux, Marco Polo est incontestablement celui qui porte
le plus d’attention aux mœurs des Slaves orientaux, puisqu’il est le
premier à consacrer quelques lignes dans son
Devisement du monde à deux
aspects fondamentaux de leur vie quotidienne, à savoir la fréquentation
des bains publics et le penchant prononcé pour l’alcool. La fréquentation
des étuves ou bains publics est une coutume qui en
Russia remonte loin
dans le Moyen Âge, car elle est adaptée à la rigueur du climat. De plus,
elle exerce un rôle important dans la vie de la société « russe » (hygiène,
purification du corps, célébration de certains rites de passage, tels que
l’ablution de la jeune fille la veille du mariage, l’accouchement dans le
bain...)
[87]. En Occident où elle a en revanche été abandonnée à la fin de
l’Antiquité, c’est une coutume qui est redécouverte au cours des XII
e et
XIII
e siècles probablement à l’occasion des croisades. Cette nouveauté
expliquerait en partie pourquoi Marco Polo consacre une large part de son
chapitre sur la
Russia à la description des étuves « russes » : « et s’il n’y
avait pas les nombreuses étuves, les gens ne pourraient éviter de mourir
de froid. Celles-ci, très nombreuses, sont construites pieusement par les
nobles et les puissants, de même que les hôpitaux chez nous. Tous les
gens peuvent se précipiter à ces étuves à tout moment si besoin est. […]
Ces étuves sont bâties de la façon suivante : elles sont faites de grosses
poutres placées en carré l’une au-dessus de l’autre et ajustées ensemble au
point qu’on ne peut rien voir entre l’une et l’autre ; les joints sont très bien
tamponnés avec de l’argile ou autre chose, de sorte que ni le vent ni le
froid ne peuvent entrer nulle part. Dans la partie supérieure du toit,
s’ouvre une fenêtre, par où sort la fumée quand on fait du feu pour
réchauffer les gens. Ces étuves contiennent des bûches en grande
abondance qui sont mises au feu en grandes piles ; et quand elles brûlent
et font de la fumée, on ouvre la fenêtre d’en haut et la fumée sort par là.
Mais quand elles ne font plus de fumée, on referme cette fenêtre avec un
feutre très épais ; il demeure de grosses braises qui tiennent l’étuve très
chaude. Plus bas, c’est-à-dire dans le mur de l’étuve, il y a une fenêtre
fermée par un feutre très bon et très épais ; ils ouvrent cette fenêtre s’ils
veulent avoir de la lumière et si le vent ne souffle pas ; mais si le vent
souffle et s’ils veulent avoir de la lumière, ils ouvrent la fenêtre d’en haut.
Quant à la porte par où l’on entre, elle est également de feutre. Telle est la
manière dont ces étuves sont faites. Tout homme noble ou riche a sa
propre étuve
[88] ». Si le voyageur vénitien a bien saisi l’importance des
étuves dans la vie quotidienne des Slaves orientaux, il n’a cependant pas
compris toute la valeur symbolique attachée à cette dernière. Pour lui,
l’usage des étuves en
Russia est uniquement lié au climat glacial de ce
pays. Son intérêt particulier pour cette coutume des Slaves orientaux est
une façon de souligner encore une fois l’extrême froidure du climat en
Russia. Une autre habitude des Slaves orientaux abondamment décrite par
Marco Polo est leur penchant immodéré pour l’alcool
[89]. Le voyageur
vénitien commence par présenter à son lecteur la boisson habituelle des
habitants de la
Russia : « nous vous parlerons maintenant d’une certaine
coutume qu’ils ont. Sachez qu’ils font avec du miel et du panic (sorte de
millet) un vin très parfait qui est appelé cervoise ; et avec cette cervoise, ils
organisent de grandes beuveries [...]
[90] ». Cette « cervoise » est en réalité de
l’hydromel qui est encore consommé de nos jours en Russie. Ensuite,
Marco Polo raconte de façon détaillée une scène de beuverie qui associe
les hommes comme les femmes dans le plaisir de la boisson : « ils se
réunissent en grandes compagnies, hommes et femmes ensemble, surtout
les nobles et les magnats, par trente, quarante, ou même cinquante,
incluant maris, femmes et enfants. Chaque compagnie se donne un roi ou
capitaine, et des règles : par exemple, si quelqu’un dit un mot inconvenant
ou fait une chose contre la règle, il sera puni par le chef désigné. Et puis il
y a des hommes qu’on peut bien nommer aubergistes, qui vendent cette
cervoise. La compagnie va donc à la taverne, et passe toute la journée
dans des beuveries nommées
straviza
[91]. Le soir, les aubergistes font le
compte de la cervoise consommée, et chacun paye la part qui lui revient,
ainsi que celle de sa femme et de ses enfants, s’ils étaient là. Et quand ils
sont à ces
straviza ou beuveries, ils se font avancer de l’argent sur leurs
enfants par les marchands étrangers, notamment ceux de Crimée, de la
ville de Soldaïa et d’autres lieux des environs. Ils dépensent cet argent à
boire, et c’est ainsi qu’ils vendent leurs enfants. Les dames qui demeurent
toute une journée à ces beuveries ne s’éclipsent pas pour aller uriner ;
leurs suivantes leur apportent de grosses éponges et les leur glissent
dessous si furtivement que les autres gens ne s’en aperçoivent pas. L’une
d’elles semble causer avec sa maîtresse, tandis qu’une autre lui glisse
l’éponge, et ainsi, la maîtresse urine assise dans l’éponge ; ensuite, la
suivante retire l’éponge toute pleine. Et ainsi elles urinent n’importe où
elles veulent
[92] ». Le récit de Marco Polo est vivant et ne manque pas
d’anecdotes grivoises qui en disent long sur la perception des mœurs des
habitants de la
Russia par les Occidentaux. Notons en passant que la
remarque du voyageur vénitien sur les Slaves orientaux qui vendent leurs
enfants pour payer leurs excès de boisson reparaît au XVI
e siècle
[93]. Elle fait
partie des lieux communs propagés par les lettrés occidentaux sur la
Russia. Le stéréotype du « Russe alcoolique », toujours d’actualité dans
l’imaginaire occidental, plonge ses racines dans un passé lointain.
La religion des Slaves orientaux n’est guère mieux perçue que leurs
mœurs. Outre l’épithète peu flatteuse de
pagani déjà évoquée, les Slaves
orientaux sont perçus depuis le XII
e siècle comme des « chrétiens
schismatiques qui doivent être ramenés dans le droit chemin
[94] ». À côté de
ces qualificatifs non dénués de propagande, certains auteurs apportent
des informations plus objectives sur la religion des Slaves orientaux
[95].
Toutefois ces informations sont très fragmentaires, le christianisme des
Slaves orientaux ne suscitant pas un grand intérêt de la part de nos
auteurs. Quelques-uns se contentent en effet de faire une brève allusion à
leur appartenance au christianisme grec et à leur soumission à l’autorité
du patriarche de Constantinople
[96]. Seul Guillaume de Rubrouck fait
brièvement allusion à certaines coutumes religieuses des Slaves orientaux.
Il raconte combien ils respectent scrupuleusement, à son grand
étonnement, les interdits alimentaires en s’abstenant de boire du
kumys
[97]
et de manger de la viande d’animaux sauvages ou domestiques tués par
des Infidèles, c’est-à-dire les Tatars-Mongols, de peur d’être exclus de la
communauté chrétienne. Il note aussi que, contrairement à d’autres
groupes chrétiens d’Orient qu’il a rencontrés sur sa route, les Slaves
orientaux emploient des cloches dans leurs églises
[98].
Pas plus que la religion, le régime politique de la
Russia ne sucite guère
l’intérêt des auteurs occidentaux qui ne procèdent à aucune analyse de ses
structures, mais se contentent la plupart du temps de mentions
[99].
Nombreux sont les auteurs occidentaux qui définissent le pays des Slaves
orientaux comme un royaume durant tout le Moyen Âge
[100]. Ce royaume
est appelé
regnum Russorum ou
regnum Russie en latin
[101],
Garðaríki dans les
sources scandinaves
[102] et
royaume de Russie en vieux français
[103].
Malgré cette grande continuité, les sources occidentales reflètent
néanmoins l’évolution de la situation politique de la
Russia au cours de
cette longue période. Ainsi la
Russia des X
e, XI
e et XII
e siècles apparaît aux
yeux de la grande majorité des auteurs occidentaux comme un royaume
indépendant dont le souverain est qualifié du titre de « roi
[104] » :
rex en
latin
[105],
konungr (aussi
konongr) dans les sources scandinaves
[106],
künic
(aussi
koning,
kunic,
chünig) en vieil allemand
[107],
roy en vieux français
[108] et
king en vieil anglais
[109]. Par ce statut politique, la
Russia est considérée
comme faisant partie des grands États de l’Europe médiévale au même
titre que l’empire byzantin, l’empire germanique, la France ou
l’Angleterre. En cela, sa situation diffère de celle de la Pologne qui est
considérée à l’époque par les Allemands comme une entité dépendant de
l’empire germanique. On voit du reste les mêmes chroniqueurs allemands
qualifier la
Russia de
regnum et présenter la Pologne comme une
terra ou
une
provincia vassale de l’empereur germanique
[110]. D’autre part, la
Russia
est perçue comme un État unitaire dirigé par un seul roi dont la
« capitale » est à Kiev
[111]. Jusque dans la seconde moitié du XII
e siècle, les
auteurs occidentaux semblent en effet complètement ignorer qu’elle
constitue en réalité depuis la fin du X
e siècle un conglomérat de
principautés qui deviennent au fil du temps de plus en plus autonomes
par rapport au pouvoir de Kiev
[112]. Cette vision de l’État unitaire chez les
auteurs occidentaux change progressivement à partir de la fin du XII
e
siècle, c’est-à-dire à une époque où le processus de morcellement de la
Russia est bien entamé
[113]. Les mentions de différentes principautés
« russes » deviennent de plus en plus fréquentes dans les sources
occidentales
[114]. De même, plusieurs auteurs font désormais allusion aux
regna Russie soulignant ainsi clairement le morcellement de l’État
kiévien
[115]. En outre, contrairement aux époques précédentes, les
souverains de la
Russia sont à partir du XIII
e siècle souvent appelés
dux,
princeps ou encore
magnus dux, termes qui correspondent mieux que
rex
aux titres russes
knjaz’ (en français « prince ») et
velikij knjaz’ (en français
« grand-prince ») employés en
Russia au Moyen Âge
[116]. Le titre royal ne
disparaît pas pour autant des sources occidentales : on le trouve en effet
encore employé à plusieurs reprises pour désigner les souverains des
différentes principautés de la
Russia
[117]. Par ailleurs, au cours de la seconde
moitié du XIII
e siècle, certains auteurs occidentaux utilisent les termes
terra ou
provincia pour désigner la
Russia, ce qui montre qu’ils ont bien
perçu le nouveau statut de vassalité de cette dernière à l’égard de l’empire
tatar-mongol suite à la destruction de l’État Kiévien par les armées de
Batu khan en 1238-1240
[118]. Cependant l’ancienne expression
regnum Russie
continue d’être utilisée dans les sources occidentales au cours des XIV
e et
XV
e siècles. Désormais, elle s’applique souvent à une entité politique plus
restreinte au sein de l’ancienne
Russia kiévienne morcelée
[119]. Elle désigne
tantôt la
Russia du sud-ouest dirigée jusqu’en 1340 par les princes
Riourikides de Galicie-Volhynie, tantôt la
Russia du nord-ouest conquise
par les grands-princes de Lituanie à partir de la seconde moitié du XIII
e
siècle, tantôt la
Russia du nord-est en cours d’unification sous la houlette
des grands-princes de Moscou à partir du début du XIV
e siècle. Parfois,
pour distinguer ces différentes
Russia, les auteurs occidentaux ajoutent
des qualificatifs au nom
Russia. On voit ainsi apparaître les concepts
« Russie Rouge », « Russie Noire » et « Russie Blanche » qui désignent
différentes parties de la
Russia dirigées respectivement par les princes de
Galicie-Volhynie (
Russia du sud-ouest), les grands-princes de Lituanie
(
Russia du nord-ouest) et les grands-princes de Moscou (
Russia de l’Est)
[120].
Ces désignations de couleur, d’origine orientale, qu’on trouve
mentionnées dans quelques chroniques et portulans dès le XIV
e siècle
[121],
seront appelées à une longue vie : elles seront en effet abondamment
employées dans les sources à partir du XVI
e siècle et servent encore
aujourd’hui à désigner l’un des trois États slaves orientaux successeurs de
l’U.R.S.S., à savoir la Biélorussie appelée parfois aussi « Russie Blanche »
en français. Dans le récit de Guillebert de Lannoy, on trouve d’autres
qualificatifs pour distinguer certaines parties de la
Russia : ce dernier fait
notamment allusion à une
Grant Russie dirigée par le grand-prince de
Moscou
[122]. En adoptant cette terminologie, il ne fait que suivre un usage
instauré par les patriarches de Constantinople qui ont dû accepter au
début du XIV
e siècle la division de l’ancienne métropolie de
Russia entre le
métropolite de « Petite Russie » siégeant en Galicie et le métropolite de
« Grande Russie » siégeant à Vladimir puis bientôt à Moscou
[123]. Ainsi aux
XIV
e et XV
e siècles, on ne trouve plus l’emploi d’une même terminologie
politique pour désigner les territoires de la
Russia et leurs souverains
[124].
La diffusion des connaissances
Si l’étude systématique des sources occidentales évoquant la Russia révèle
que ce pays y est souvent mentionné et y fait même parfois l’objet de
quelques paragraphes, il importe de savoir dans quelle mesure ces
informations ont été diffusées. C’est dans cette perspective que je
m’intéresserai à présent à la circulation des manuscrits, aux traductions et
aux emprunts.
Lorsque l’on examine le nombre de manuscrits des textes médiévaux
évoquant la
Russia, on constate sans surprise qu’il est fort variable. À titre
d’exemple, le De
proprietatibus rerum de Barthélemy l’Anglais et le
Devisement du monde de Marco Polo sont parmi les textes étudiés ceux qui
ont connu la plus large diffusion : environ 250 manuscrits
[125] pour l’un et
150
[126] pour l’autre répertoriés dans les grandes bibliothèques occidentales.
De même, les
Otia imperialia de Gervais de Tilbury et les deux versions de
l’
Ystoria Mongalorum de Plan Carpin ont également connu un succès
important. Du premier, on a conservé 22 manuscrits rien qu’entre les XIII
e
et XV
e siècles
[127], tandis que du second nous sont parvenus 16 manuscrits
médiévaux
[128]. Ajoutons en ce qui concerne Plan Carpin que la seconde
version a aussi été intégrée dès avant 1254, sous une forme quelque peu
abrégée dans le célèbre
Speculum historiale de Vincent de Beauvais
[129]. Or
cette dernière œuvre est conservée dans un très grand nombre de
manuscrits
[130]. En revanche les chroniques de Thietmar de Mersebourg et
d’Adam de Brême, de même que les récits de voyage de Julien de
Hongrie, Guillaume de Rubrouck, le Franciscain anonyme et Guillebert de
Lannoy ne sont attestés que par un petit nombre de manuscrits : 7
manuscrits conservés entre les XII
e et XV
e siècles pour Adam de Brême
[131],
7 manuscrits médiévaux pour Guillaume de Rubrouck
[132], 3 manuscrits du
dernier tiers du XV
e siècle pour le Franciscain anonyme
[133], 2 manuscrits
pour Thietmar de Mersebourg (original et XIV
e siècle)
[134] et Julien de
Hongrie (1284 et XIV
e siècle)
[135] et 1 manuscrit pour Guillebert de Lannoy
(
ca 1480)
[136].
Si le nombre de manuscrits d’un texte constitue un indice du succès de
ce dernier, cela ne signifie pas pour autant qu’il a exercé une influence
particulière dans la diffusion des connaissances sur la Russia. Les
exemples opposés de la chronique de Thietmar de Mersebourg et du récit
de voyage de Marco Polo sont là pour en témoigner. Alors que les
informations sur la Russia contenues dans la chronique de Thietmar
auraient dû normalement passer inaperçues, elles font l’objet de copiages
au Moyen Âge, contrairement au chapitre de Marco Polo sur la Russia
pourtant plus complet et plus répandu. D’autre part, la version diffusée
d’un texte n’est pas forcément celle qui contient le plus d’informations sur
la Russia. L’exemple du Devisement du monde est là pour le rappeler
puisque la version longue du chapitre sur la Russia n’est à l’heure actuelle
attestée que dans un seul manuscrit médiéval rédigé vers 1470, alors que
sa version brève figure dans presque tous les manuscrits.
Un autre indice de diffusion des ouvrages médiévaux est l’existence de
traductions en langues vernaculaires. Par ce biais, des informations sur la
Russia peuvent atteindre des publics plus larges. C’est le cas notamment
de trois ouvrages latins parmi les plus intéressants pour la connaissance
du pays des Slaves orientaux au Moyen Âge, à savoir les
Otia imperialia de
Gervais de Tilbury, le
De proprietatibus rerum de Barthélemy l’Anglais et le
Devisement du monde de Marco Polo
[137].
Malgré leur faible quantité, les informations sur la
Russia présentées
par certains auteurs occidentaux ont fait l’objet d’emprunts. Ainsi le
chroniqueur allemand surnommé l’Annaliste Saxon reproduit, parmi
d’autres emprunts, les quelques lignes de Thietmar de Mersebourg sur la
ville de Kiev
[138]. De même, le chroniqueur allemand Helmold de Bosau
emprunte à la chronique d’Adam de Brême quelques lignes où la
Russia
est brièvement évoquée
[139]. Dans les deux cas, les copieurs ne font aucune
allusion à l’auteur qu’ils copient et modifient aussi légèrement le contenu.
Par exemple, l’Annaliste Saxon compte 300 églises à Kiev, alors que
Thietmar citait le chiffre de 400. Le cas de Roger Bacon est différent de
celui de l’Annaliste Saxon et de Helmold de Bosau. En effet,
contrairement à eux, il n’hésite pas à citer ses sources lorsqu’il compose
son encyclopédie l’
Opus Maius. Parmi celles-ci figure le récit de voyage de
Rubrouck qui est plusieurs fois mentionné. Comme il ne manque pas de
le préciser, Bacon connaît personnellement son confrère franciscain et a lu
son récit de voyage dont il estime à juste titre la grande valeur en tant
qu’œuvre d’un témoin oculaire
[140]. Mais il ne le fait pas systématiquement ;
nombreuses sont ses informations sur la
Russia qui ont été inspirées par
Rubrouck sans pour autant être attribuées à leur auteur. Ces emprunts –
reconnus ou non – peuvent être des citations littérales, mais aussi
respecter le contenu du texte sans en restituer la forme. Parmi ces
emprunts, citons notamment la localisation géographique de la
Russia, la
description de la Volga dont Bacon reprend même la comparaison avec la
Seine à Paris, l’utilisation des cloches dans les églises « russes » et l’emploi
de fourrures comme monnaie d’échange
[141]. Si les copiages évoqués
attestent la circulation d’informations sur la
Russia, il convient de
relativiser leur importance : non seulement ils sont peu nombreux, mais
ils interviennent chez les copieurs au même titre que d’autres extraits de
la source ; il faut donc se garder de déduire de ces mentions de la
Russia
sous la plume des copieurs que ces derniers éprouvent un intérêt
particulier pour le pays des Slaves orientaux.
Malgré son éloignement géographique et culturel, la Russia médiévale est
connue de l’Occident médiéval latin, comme en témoigne ma quête des
sources. Une analyse typologique de celles-ci révèle la grande diversité
des écrits dans lesquels la Russia est évoquée : récits de voyages,
encyclopédies, chroniques, sagas, mappemondes et portulans. Si l’on
prend en compte le nombre des allusions repérées, la palme revient
assurément aux chroniques et aux sagas. Si l’on s’intéresse plutôt à
l’importance de l’information transmise, on accordera la prééminence aux
récits de voyage et aux encyclopédies. Par ailleurs, on constate également
que le flux d’informations est continu entre le Xe et la fin du XIIIe siècle,
les contacts politiques et commerciaux étant nombreux avec le monde
« russe » à cette époque. C’est du reste au XIIIe siècle que sont rédigées les
descriptions les plus conséquentes de celui-ci sous la plume de Guillaume
de Rubrouck et de Marco Polo. En revanche, on assiste à partir du XIVe
siècle à un ralentissement de ce flux du fait d’un relatif isolement de la
Russia au moment où celle-ci subit la domination des Tatars-Mongols.
Seules les villes de Novgorod et de Pskov, demeurées en contact régulier
avec l’Occident, émergent, grâce au récit de voyage de Guillebert de
Lannoy, de l’ombre dans lequel l’ensemble du monde « russe » est plongé
en Occident. Si les sources occidentales évoquant la Russia sont variées,
les auteurs de l’information, quand ils sont connus, proviennent en
revanche majoritairement du même milieu. Ce sont en général des
ecclésiastiques et en particulier des moines ; ils sont originaires de divers
pays occidentaux, principalement de l’empire germanique, de la Pologne,
de la France, de l’Angleterre et de la Norvège. Leurs œuvres sont dans
l’ensemble rédigées en latin, langue de l’Église et de la culture de
l’Occident, sauf les sagas qui sont composées selon la tradition scandinave
soit en vieil islandais, soit en vieux norvégien.
À la dispersion des sources correspond une fragmentation de
l’information et, par conséquent, une représentation parcellaire et
disparate de la Russia. Sans doute est-il possible d’en dégager les grandes
lignes, à condition toutefois d’admettre que le tableau ainsi réalisé est en
quelque sorte virtuel. Car celui-ci se fonde sur une collecte de documents
qui avaient peu de chance d’être rassemblés dans un même lieu durant le
Moyen Âge. À cette réserve près, on retiendra que les auteurs médiévaux
et leurs lecteurs voient dans la Russia un espace immense, au climat
glacial en hiver, couvert de forêts et traversé par des grands fleuves, dans
lequel se distinguent quelques villes importantes, dont Kiev et Novgorod.
Ce territoire constitue selon les époques un « royaume » indépendant ou
une « province » tatare, sous le gouvernement d’un ou de plusieurs
« rois ». Il est peuplé de Slaves, chrétiens de rite grec, dont les mœurs
apparaissent étranges et en tout cas excessives. L’ivrognerie russe est déjà
mentionnée, à côté de l’utilisation du sauna et de la vente d’êtres
humains. Si l’on rencontre déjà au Moyen Âge certains préjugés (barbares,
ivrognes, chrétiens schismatiques…) à l’égard des habitants de la Russia
ainsi que des informations erronées dues à une mauvaise compréhension
de ce pays, il importe de souligner que dans l’ensemble les sources
occidentales sur le monde « russe » sont correctes, même si elles sont
rarement consistantes. Il est vrai qu’à l’époque la Russia occupe une place
périphérique dans le jeu politique et économique occidental. L’attention
des Occidentaux est plutôt focalisée, d’une part, sur le Proche-Orient à
cause de Jérusalem et de la Terre Sainte, d’autre part sur l’Extrême-Orient,
point de départ de la route de la soie et des épices.
Malgré la dispersion des sources et la brièveté de la majeure partie des
informations véhiculées, on possède des indices suggérant la diffusion de
certaines d’entre elles. Cette diffusion se vérifie à travers la mise en
circulation de nombreux manuscrits contenant des œuvres à succès,
l’existence de l’une ou l’autre traduction, et le recours à des emprunts
d’un texte à l’autre, sans qu’un intérêt particulier pour la
Russia justifie
nécessairement une telle démarche. Par ailleurs, la diffusion des
connaissances et d’une ébauche d’image du monde « russe » est attestée
par les mentions de la
Russia contenues dans de nombreuses œuvres
littéraires, aux sujets profanes et rédigées en langue vulgaire : chansons de
geste, épopées, romans de chevalerie et poèmes courtois. Consignées par
écrit au cours des XII
e, XIII
e et XIV
e siècles, ces œuvres proviennent
essentiellement de France, de l’empire germanique, d’Angleterre et
d’Italie. Toutefois, si leurs allusions au monde « russe » sont nombreuses,
elles révèlent une approche des plus fantaisistes, qui transforme le
territoire des Slaves Orientaux en un espace de rêve, où se meuvent
troubadours, chevaliers héroïques et mécréants
[142].
De cet ensemble d’éléments il ressort donc que la Russia médiévale
n’est certes pas ignorée de l’Occident latin, mais qu’elle demeure
cependant encore très mal connue à travers des informations parcellaires
et disparates. Il faudra attendre la fin du XVe siècle et surtout le XVIe
siècle pour que l’Occident commence à s’intéresser en profondeur au
monde « russe » et pour qu’apparaissent les premières descriptions
systématiques de ce dernier. Cet intérêt nouveau s’inscrit dans le cadre
des grandes découvertes et de l’Humanisme. Mais ceci est une autre
histoire.
Le nom de la Russia dans les sources occidentales du Moyen Âge
1.Russia,Ruscia,Rusia,Rucia,Ruzia,Ruzzia
XIe siècle :
Annales Quedlinburgenses (début XIe s.), M.G.H.,SS., t. 3,1839, p. 60,80 ; Annales
Hildesheimenses (milieu XIe s.), Id., p. 60 ; THIETMAR DE MERSEBOURG, Chronicon,
p. 56,340,344,472 ; PIERRE DAMIEN,Vita sancti Romualdi (ca 1040), M.G.H., SS., t. 4,
1841, p. 850 ; ADÉMAR DE CHABANNES,Chronicon, p. 152-153 ; WIPO,Gesta Chuonradi
II., p. 588,562 ; FRUTOLF DE MICHELSBERG,Chronica, p. 104 ; ADAM DE BRÊME,Gesta
Hammaburgensis ecclesiae, p. 254,270,274,292,340,396,446,450,452,458,460,480 ;
LAMBERT DE HERSFELD,Annales, p. 30 ; Annales Altahenses Maiores (ca 1070), M.G.H.,
SS., t. 20,1868, p. 786 ; BRUNO,Saxonicum bellum (fin XIe s.), A.Q.D.G.M., t. 12,1963,
p. 208.
XIIe siècle :
GALLUS ANONYMUS, Cronica, p. 394,404,406,417,429 ; ALBERT D’AIX, Historia
Hierosolymitana (ca 1121), Recueil des historiens des Croisades – Historiens occidentaux,
rééd., t. 4,1967, p. 294 ; COSMAS DE PRAGUE,Chronica Boemorum (début XIIe s.),
M.G.H., SS.R.G. nova series, t. 2,1923, p. 41,44 et ses continuations par le
CHANOINE DE VISEGRAD (XIIe s.), M.G.H., SS., t. 9,1851, p. 138, le MOINE DE SAZAVA
(XIIe s.), Id., p. 148 et les CHANOINES DE PRAGUE (XIIe-XIIIe s.), Id., p. 184 ; HARTWIC,
Vita maior Stephani regis Ungariae (début XIIe s.), M.G.H., SS., t. 11,1854, p. 232 ;
EKKEHARD DE AURA, Chronica (début XIIe s.), A.Q.D.G.M., t. 15,1972, p. 150 ;
Chronicon Sancti Petri Vivi Senonensis, p. 122 ; Annales Ottenburani (début XIIe s.),
M.G.H., SS., t. 5,1844, p. 4 ; Translatio Godehardi episcopi Hildesheimensis (ca 1132),
M.G.H., SS., t. 12,1856, p. 647 ; ORTLIEB DE ZWIEFALTEN,Chronicon libri II. (ca 1135-1140), M.G.H., SS., t. 10,1852, p. 91,92 ; ANNALISTE SAXON, p. 619,658,665,683,
696,721,730,737,745 ; Annales Cracovienses vetusti (1re moitié XIIe s.), M.P.H., t. 2,
1872 (rééd. 1961), p. 773 ; ORDERIC VITAL, Historiae Ecclesiasticae, t. 4, p. 351; t. 5, p.
220 ; Annales Gradicenses (1re moitié XIIe s.), M.G.H., SS., t. 17,1861, p. 651 ;
Abbreviatio gestorum Franciae Regum (1re moitié XIIe s.), R.H.F., t. 11,1876, p. 213 ; S.
Petri Erphesfurtensis auctarium et continuatio chronici Ekkehardi (XIIe s.), M.G.H.,
SS.R.G., t. 42,1899, p. 30 ; HERBORD, Vita Ottonis episcopi Babenbergensis (ca 1139),
M.G.H., SS., t. 12, p. 775 ; ID.,Dialogus, p. 725 ; VINCENT DE PRAGUE,Annales (1160-1170), M.G.H., SS., t. 17, p. 663 ; Historia Norwegiae, p. 113,120,124 ; HELMOLD DE
BOSAU, Chronica Slavorum, p. 36,38,80,304 ; THÉODRIC,Historia, p. 13,28,30,45,57 ;
Vita beati Mariani (ca 1185), AA.SS.,Février, t. 2,1864, p. 369 ; Annales Floreffienses
(XIIe s.), M.G.H., SS., t. 16,1869, p. 627 ; Annales Pegavienses (XIIe s.), Id., p. 235.
XIIe-XIIIe siècles :
ANONYMUS, Gesta Hungarorum ; ARNOLD DE LÜBECK, Chronica Slavorum, p. 122 ;
ROGER DE HOVEDEN,Chronica,M.G.H., p. 147 et R.S., p. 236 ; WILHELM DE EBELHOLT,
Genealogia Ingeborgis, p. 165 ; WILLIAM DE CANTERBURY, Vita et miracula sancti
Thomae (fin XIIe s.), M.G.H., SS., t. 27,1885, p. 41 et éd. J.C. ROBERTSON,R.S., t. 67/1,
Londres, 1875, p. 543 ; Annales Scheftlarienses maiores (XIIe-XIIIe s.), M.G.H., SS., t. 7,
1846, p. 341 ; Annales Sancti Rudberti Salisburgenses (XIIe-XIIIe s.), M.G.H., SS., t. 9,
p. 789 ; Continuatio Garstensis (XIIe-XIIIe s.), Id., p. 599 ; Annales capituli Cracoviensis,
p. 808.
XIIIe siècle :
SAXO GRAMMATICUS, Gesta Danorum, p. 53,57,71 ; Chronicon Hungarico-Polonicum
(ca 1200), M.P.H., t. 1,1864 (rééd. 1960), p. 489,514 ; Acta sancti Olavi, p. 130,142,
143 ; WINCENTY KADRUBEK, Chronica Polonorum, p. 279,280,291,292,351,352,357,
397,407,416,418,437,439,441 ; Continuatio Lambacensis (1212-1231), M.G.H., SS.,
t. 9, p. 559,560 ; GERVAIS DE TILBURY,Otia imperialia, p. 242,244 ; HENRI DE LIVONIE,
Chronicon Lyvoniae, p. 84,100,116,168,200,204,224, 226,236,254,272,274, 276,
278,280,296,298 ; Óláfssaga Tryggvasonar [Saga d’Olav Tryggvason] (version 1230-1250), éd. DŽAKSON I, p. 129,130 ; mappemonde d’Ebstorf ; AUBRY DE TROIS-FONTAINES,Chronica, p. 684,737,756,834,881,885,911,930 ; ALBERT DE STADEN,
Annales Stadenses, p. 317,319,326,367 ; Vita Minor sancti Stanislai (1re moitié XIIIe
s.),M.P.H., t. 4,1884 (rééd. 1961), p. 268,275 ; DOMINICAIN WINCENTY,Vita Maior
sancti Stanislai (1re moitié XIIIe s.), M.P.H., t. 4, p. 365 ; CONON D’ESTAVAYER,Notae,
p. 783 ; continuation de la Chronica regia Coloniensis, p. 280,290 ; MATHIEU PARIS,
Chronica Maiora,R.S., t. 57/3, p. 460 ; t. 57/4, p. 92,386,387,389 ; t. 57/6, p. 75,77-80,
82,84 ; ID.,Historia Anglorum (1235-1259), M.G.H., SS., t. 28,1888, p. 429 ; ROGER
D’APULIE,Miserabile carmen super destructione Hungariae (ca 1242), M.G.H., SS., t. 29,
1892, p. 553,554,555 ; BOGUCHWAR, Chronica Poloniae Maioris, continuée par
GODYSRAW BASZKO, p. 484,486,487,508,509,515, 516,521,523,526,530,533,534,
535,536,544,545,547,552, 553,556,561,573,585,588,592 ; Annales Sancti
Pantaleonis Coloniensis, p. 535,541 ; HERMANN,Annales Altahenses (milieu XIIIe s.),
M.G.H., SS., t. 17, p. 402 ; mappemonde islandaise (milieu XIIIe s.), éd.
MEL’NIKOVA,Drevneskandinavskie geografi²eskie, p. 105 ; ROGER BACON,Opus Maius,
t. 1, p. 358,359,360,370 ; Annales Frisacenses (1217-1300), M.G.H., SS., t. 24,1879,
p. 66 ; Annales S. Benigni Divionensis (Xe-XIIIe s.), M.G.H., SS., t. 5, p. 49 ; Chronica
Sancti Petri Erfordensis moderna (XIIIe s.),M.G.H., SS.R.G., t. 42, p. 393 ; Carmina de
regno Ungariae destructo per Tartaros (XIIIe s.), M.G.H., SS., t. 29, p. 601 ;
continuation de la Gesta regum de GERVAISE DE CANTERBURY (XIIIe s.), M.G.H., SS.,
t. 27, p. 310 et R.S., t. 73/2, p. 179 ; Chronicon Imperatorum et Pontificum Bavaricum,
p. 221 ; Annales Cracovienses breves (XIIIe s.), M.G.H., SS., t. 19,1866, p. 666 ; Annales
Nereheimenses (XIIIe s.), M.G.H., SS., t. 10, p. 23 ; Chronica brevis Boemorum (XIIIe s.),
M.G.H., SS., t. 30/1,1896, p. 40,41 ; Annales monasterii de Waverleia (XIIIe s.), éd.
H.R. LUARD,R.S., t. 36/2, Londres, 1865, p. 324 ; DOMINICAIN SUÉDOIS,Annales (XIIIe
s.),M.G.H., SS., t. 29, p. 235 ; Chronica Danorum Sialandica (2e moitié XIIIe s.), Id.,
p. 212 ; Annales Ryenses (2e moitié XIIIe s.), M.G.H., SS., t. 16, p. 393,397,
402 ; mappemonde de Hereford ; Annales Burtonenses (fin XIIIe s.), éd.H.R. LUARD,
R.S., t. 36/1, Londres, 1864, p. 272,273,275 ; Annales Sanctae Crucis, p. 65,66,71,75,
76,77,78,86 ; Continuatio Claustroneoburgensis I (XIIIe s.), M.G.H., SS., t. 9, p. 612 ;
Id. III (XIIIe-XIVe s.), Id., p. 636 ; Continuatio Sancrucensis I (XIIIe s.), Id., p. 627 ; Id. II
(2e moitié XIIIe s.), Id., p. 640 ; Id. III (1307), Id., p. 734 ; ANONYME (FRANCISCAIN DE
CRACOVIE),Cronica Polonicalis, p. 48,50,51 ; HEINRICH HEIMBURC, Annales (fin XIIIe
s.) et Chronica domus Sarensis (ca 1300), M.G.H., SS., t. 17, p. 718 ; Hauksbók [Le livre
de Hauk] (2e moitié XIIIe-début XIVe s.), cité par DŽAKSON, Sýrnes i Gaðar, p. 74 ;
Hversu lönd liggia i veroldenni [Quels pays se trouvent sur la terre], p. 62.
XIVe siècle :
Miracula sancti Adalberti (XIIIe-XIVe s.), M.P.H., t. 4, p. 237 ; MIERZWA, Chronica
Polonorum (1306-1320), M.P.H., t. 2, p. 164,189 ; Hálfdanar Saga Eysteinssonar [Saga
de Halfdan Eysteinsson] (début XIVe s.), éd. G.V. GLAZYRINA,Islandskie vikingskie,
p. 60 ; TOLOMEO DE LUCQUES,Annales (début XIVe s.), M.G.H., D.C.G.M. nova series,
t. 8,1930, p. 117 ; Chronicon Polono-Silesiacum,M.G.H., SS., t. 19, p. 558,561,562,
563,564 ; Annales Osterhovenses (début XIVe s.), M.G.H., SS., t. 17, p. 555 ; Hálfdanar
Saga Eysteinssonar [Saga de Halfdan Eysteinsson] (début XIVe s.), éd. GLAZYRINA,
Islandskie vikingskie, p. 60,86 ; PETER DE DUSBURG, Chronica terre Prussie (1326),
A.Q.D.G.M., t. 25,1984, p. 98,326 ; MIERZWA, Continuation de la chronique de
WINCENTY KADRUBEK, p. 350,357,390,397,407,416,437,439 ; Vita et miracula
sanctae Kyngae, p. 684 ; Catalogue des évêques de Cracovie (1re moitié XIVe s.), M.P.H.,
t. 3,1878 (rééd. 1961), p. 329 ; Cronica de ducibus Bavariae (XIVe s.), M.G.H., SS.R.G.,
t. 19,1918, p. 151 ; Annales Cracovienses compilati (XIVe s.), Id., p. 593 ; Chronicon
Moguntinum (XIVe s.), M.G.H., SS.R.G., t. 20,1885, p. 4 ; Annales Sandivogii (XIVe s.),
p. 878 ; Annales capituli Posnaniensis, p. 450,460,462 ; Annales Mechovienses (XIVe-XVe s.), M.G.H.,SS., t. 19, p. 670,671 ; Annales Posnanienses (XIVe-XVe s.), M.P.H.,
t. 5,1888 (rééd. 1961), p. 882 ; Annales Polonorum (versions de 1340-1341,1464,1471
et XVe s.), M.G.H., SS., t. 19, p. 618,621,622,630,636,637,644,645,646,647,654,
655,661,663 ; Annales de Kujawie (ca 1378), M.P.H., t. 3, p. 206,212 ; JAN DE
CZARNKÓW,Cronica longa, p. 620,621,622,626,631,664,678,680,719,720,722,
735 ; Chronica principum Poloniae (1382-1398), M.P.H., t. 3, p. 440,441,447,452,476,
479,483,485.
XVe siècle :
Ordo regum incliti regni Polonie (XVe s.), M.P.H., t. 3, p. 292 ; Catalogue des évêques de
Cracovie IV (XVe s.), Id., p. 363 ; Annales Silesiaci compilati (XVe s.), Id., p. 676,678 ;
THOMAS EBENDORFER,Cronica Austrie, p. 130,146,205 ; mappemonde d’ANDREAS
WALSPERGER ; mappemonde Borgia ; MOINE ALBERT, Die Weltchronik (XVe s.),
M.G.H., SS.R.G. nova series, t. 17,1994, p. 179 ; Memorabilia Cracoviensia (XVe s.),
M.P.H., t. 3, p. 240 ; Memorabilia de Bochnia (XVe s.), Id., p. 244 ; Memorabilia de
Przeworsk (XVe s.), Id., p. 274 ; Calendarii Cracoviensis notae historicae ad annorum
dierumque ordinem redactae (XIIIe-XVe s.), M.P.H., t. 6,1893 (rééd. 1961), p. 667.
2.Rut(h)enia
XIIe siècle :
ÉVÊQUE DE CRACOVIE MATTHIEU († 1165), De suscipienda Ruthenorum conversione, éd.
A. BIELOWSKI, M.P.H., Lwów, 1842, p. 15 ; OTTO DE FREISING, Gesta Friderici I,
p. 192 ; HERBORD,Dialogus, p. 726,762,763.
XIIIe siècle :
GERVAIS DE TILBURY, Otia imperialia, p. 244 ; Continuation de la Chronica regia
Coloniensis, p. 142 ; Annales Colonienses Maximi (2e moitié XIIe-1re moitié XIIIe s.),
M.G.H., SS., t. 17, p. 795 ; BARTHÉLEMY L’ANGLAIS, De proprietatibus, p. 74,77 ;
THOMAS DE SPLIT, Historia pontificum Salonitanorum, p. 585 ; SIMON KÉZAI, Gesta
Ungarorum, p. 527,540.
XIVe siècle :
Mappemonde de PETRUS VESCONTE ; Atlas Medici.
3.Rossia,Roxia
XIIe siècle :
OTTO DE FREISING, Gesta Frederici I., p. 176 ; WILHELM DE EBELHOLT, Genealogia
Ingeborgis, p. 166 ; BENOIT DE SAINT-MAURE, Chronique des ducs de Normandie (ca
1175), éd. C. FAHLIN, t. 1, Uppsala, 1951, p. 10 ; L’Estoire de la Guerre Sainte (fin XIIe-début XIIIe s.).
XIIIe siècle :
GEOFFROY DE VILLEHARDOUIN,La conquête de Constantinople (ca1207), éd. E. FARAL,
Paris, 1939, p. 26 ; Li Estoire de Jerusalem et d’Antioche (XIIIe s.), Recueil des Historiens
des Croisades – Historiens Occidentaux, t. 5,1895, p. 630. Également attesté dans des
chansons de geste et des romans de chevalerie français.
XIVe siècle :
Libro del conoscimiento ; Anonyme catalan de 1375 ; mappemonde d’ANDREA
BIANCO ; mappemonde de FRA MAURO.
4. Roussie, Rousie, Rousye
XIIIe siècle :
PHILIPPE MOUSKET,Chronique rimée (ca 1244), M.G.H., SS., t. 26,1882, p. 815,819 ;
Chronique de Saint-Denis (ca 1274), R.H.F., t. 11,1876, p. 400. Surtout répandu dans
les œuvres littéraires : chansons de geste, poèmes épiques et romans courtois.
5.Riuzen
XIIe siècle :
Kaiserchronik (XIIe s.), M.G.H., D.C.G.M., t. 1,1895, p. 215,332,378 ; Sächsische
Weltchronik, p. 105,143,178,199,259.
XIIIe siècle :
JANSEN ENIKEL,Weltchronik, p. 531,532 ; Livländische Reimchronik, p. 208 ; OTTOKAR,
Österreichische Reimchronik, p. 33,201,279,281,284,1154,1155,1242 ;
Österreichische Chronik von den 95. Herrschaften, p. 115,133,138. Également attesté
dans plusieurs épopées allemandes.
6.Riuzinlanti,Riuzen lant et Riuzen lande
XIe-XIIe siècles :
Annolied (1076-1126), M.G.H., D.C.G.M., t. 1, p. 128.
XIIIe siècle :
JANSEN ENIKEL,Weltchronik, p. 521,537 ; Livländische Reimchronik, p. 4,57,59,60,
175,181,193,208,241.
7.Garðar,Gorðum,Gorðom,Garðaríki,KarÞa,KirÞu,KarÞum,KaÞum et KarÞum
Xe siècle :
HALLFREÐR VANDRÆÐASKÁLD,Óláfsdrápa (996), poème scaldique cité par DŽAKSON,
O nazvanii, p. 134.
XIe siècle :
Inscription runique d’Ardre IV (île de Gotland, 1re moitié XIe s.), éd. MEL’NIKOVA,
Skandinavskie runi²eskie, p. 62-63 ; inscription runique de Turinge (Sudermanie en
Suède, 1re moitié XIe s.), Id., p. 82-83 ; inscription runique de Gårdby kyrkogård (île
d’Öland, 1re moitié XIe s.), Id., p. 117-119 ; inscription runique de Låddersta
(Uppland en Suède, ca 1020-1060), Id., p. 100-101 ; inscription runique de
Hagstugan (Sudermanie, milieu XIe s.), Id., p. 86-87 ; inscription runique
d’Innberga (Sudermanie, milieu XIe s.), Id., p. 75-76 ; inscription runique d’Alstad
II (Norvège, 2e moitié XIe s.), Id., p. 47-50 ; inscription runique de Veda (Uppland
en Suède, XIe s.), Id., p. 95-96.
XIIe siècle :
CLERC DE TRONDHEIM,Ágrip af Nóregs konunga sögum [Abrégé des sagas des rois de
Norvège] (ca 1190), éd. DŽAKSON II, p. 33 ; Description de la terre I (ca 1170-1190), éd.
MEL’NIKOVA, Drevneskandinavskie geografi²eskie, p. 76 ; Orkneyinga saga [Saga des
Orcadiens] (ca 1190), éd. DŽAKSON III, p. 227,228.
XIIIe siècle :
Óláfs saga helga [La plus ancienne saga de saint Olav] (ca 1200), éd. DŽAKSON II, p. 37 ;
Óláfssaga Tryggvasonar [Saga d’Olav Tryggvason] (version ca 1200), éd. DŽAKSON I,
p. 142,143,144,145 ; Olafs saga hins helga [Saga légendaire de saint Olav] (début XIIIe
s.), éd. DŽAKSON II, p. 40,41,42 ; III, p. 224 ; Fagrskinna [Le beau parchemin] (ca 1220),
éd. DŽAKSON I, p. 152,153 ; II, p. 49,50 ; III, p. 77,78,107 ; SNORRI STURLUSON,Saga
partielle de saint Olav (ca 1220-1230), éd. DŽAKSON I, p. 239 ; Morkinskinna [Le
parchemin pourri] (ca 1220-1230), éd. DŽAKSON III, p. 48,52,53,95,96,97,98,99 ;
SNORRI STURLUSON,Heimskringla [Orbe du monde] (ca 1230), éd. DŽAKSON I, p. 154,
155,156,157,158 ; II, p. 60,62,63,66,67,69 ; III, p. 81,84,85,110,111,112,170 ;
Óláfssaga Tryggvasonar [Saga d’Olav Tryggvason] (version 1230-1250), éd. DŽAKSON I,
p. 124,125,126,127,128,130,131,132 ; Óláfssaga Tryggvasonar [Saga d’Olav
Tryggvason] (version milieu XIIIe s.), Id., p. 151 ; Knýtlinga saga [Saga des rois Knut]
(milieu XIIIe s.), éd. DŽAKSON II, p. 137 ; III, p. 232,233,234,235,236 ; STURLA
ÞÓRDARSON,Hákonar saga Hákonarsonar [Saga de Haakon Haakonarson] (1264-1265),
éd. DŽAKSON III, p. 200 ; Hulda [Le parchemin caché] (ca 1268-1300), Id., p. 118,119,
120,121,122,172 ; Description de la terre III (2e moitié XIIIe s.), éd. MEL’NIKOVA,
Drevneskandinavskie geografi²eskie, p. 94 ; Hauksbók [Le livre de Hauk] (2e moitié XIIIe-début XIVe s.), cité par DŽAKSON, Sýrnes i Gaðar, p. 74 ; Hversu lönd liggia i
veroldenni [Quels pays se trouvent sur la terre], p. 62.
XIVe siècle :
Óláfs Saga Tryggvasonar en mesta [Grande saga d’Olav Tryggvason] (ca 1300), éd.
DŽAKSON I, p. 165,166,167,168,169,170,171,172,173,174 ; II, p. 134,135 ; III,
p. 225 ;Du peuplement de la terre par les fils de Noé (début XIVe), éd. MEL’NIKOVA,
Drevneskandinavskie geografi²eskie, p. 134 ; Gripla (XIVe s.), Id., p. 158 ; JÓN
ÞORDARSON et MAGNUS ÞÓRHALLSSON,Flateyjarbók [Le livre de Flatey] (1387-1394),
éd. DŽAKSON II, p. 85,86,93,96,98,99,103,104 ; Sturlaugs Saga starfsama [Saga de
Sturlaug Yngolfsson le Travailleur] (ca 1300), éd. GLAZYRINA, Islandskie vikingskie,
p. 158,164,170 ; Hálfdanar Saga Eysteinssonar [Saga de Halfdan Eysteinsson] (début
XIVe s.), Id., p. 82.
8.Ruzaland,Ryzaland,Russaland
XIIIe siècle :
Guta lag och Guta saga [Saga des Gotlandais] (1er quart XIIIe s.), éd. DŽAKSON I, p. 242 ;
III, p. 252.
XIVe siècle :
Hálfdanar Saga Eysteinssonar [Saga de Halfdan Eysteinsson], éd. GLAZYRINA,Islandskie
vikingskie sagi, p. 86.
Le nom des habitants de la Russia
dans les sources occidentales du Moyen Âge
1.Russi,Rusi,Rusii,Ruzi,Ruzzi,Ruzeni,Ruszi,Rusci,Ruscii,Ruci et Ruti
Xe siècle :
LIUTPRAND DE CRÉMONE, Antapodosis libri VI et Relatio de legatione
Constantinopolitana (2e moitié Xe s.), M.G.H., SS., t. 3, p. 277,331,353 ; Chronique de
Corvey,M.G.H.,SS., t. 13,1881.
XIe siècle :
THIETMAR DE MERSEBOURG,Chronicon, p. 426,432,472 ; ADEMAR DE CHABANNES,
Chronicon, p. 153 ; PIERRE DAMIEN, Vita sancti Romualdi, p. 851 ; Annales
Hildesheimenses,M.G.H.,SS., t. 3, p. 69 ; LAMBERT DE HERSFELD,Annales, p. 32,44,
262,300 ; ADAM DE BRÊME,Gesta Hammaburgensis ecclesiae, p. 250,456 ; FRUTOLF DE
MICHELSBERG,Chronica, p. 104 ; RAOUL TORTAIRE,Miracula sancti Benedicti (fin XIe
s.),R.H.F., t. 11, p. 486.
XIe-XIIe siècle :
SIGEBERT DE GEMBLOUX,Chronographia, p. 347,362 ; Annales Barenses (fin XIe-début
XIIe s.), M.G.H., SS., t. 5, p. 53,54 ; LÉON MARSICAN et PIERRE DIACRE,Chronica
monasterii Casinensis (fin XIe-début XIIe s.), M.G.H., SS., t. 7, p. 652.
XIIe siècle :
HUGUES DE FLEURY,Liber, p. 388 ; HUGUES DE FLEURY (?), Historia Francorum, p. 159 ;
Historia Francorum, p. 161 ; DENIS,Vita Mathildis (ca 1114), M.G.H., SS., t. 12, p. 380 ;
RODOLPHE,Vita Lietberti, p. 850 ; ANNALISTE SAXON, p. 602,637,658,665,673,684,
693,737 ; Annales Magdeburgenses (2e moitié XIIe s.), M.G.H., SS., t. 16, p. 149 ;
HELMOLD DE BOSAU,Chronica Slavorum, p. 34 ; WILLIAM FITZ-STEPHEN,Vita et Passio
sancti Thomae, p. 7.
XIIe-XIIIe siècle :
Annales Sancti Albini Andegavensis (XIIe-début XIIIe s.), R.H.F., t. 11, p. 291 ;
Continuation de la chronique de Cosmas de Prague par les chanoines de Prague
(XIIe-XIIIe s.), M.G.H., SS., t. 9, p. 185.
XIIIe siècle :
ANONYME (MOINE DE SAINT-GERMAIN-DES-PRES),Historia regum Francorum (début
XIIIe s.), R.H.F., t. 11, p. 319 ; AUBRY DE TROIS-FONTAINES,Chronica, p.935 ; Cronica
Reinhardsbrunnensis, p. 527.
XVe siècle :
Mappemonde d’ANDREAS WALSPERGER.
2.Rugi
Xe siècle :
ADALBERT DE TRÈVES, continuation de la chronique de RÉGINON DE PRÜM, p. 170,
172,177.
XIe siècle :
GUILLAUME DE JUMIÈGES,Historia Normannorum, p. 48.
XIIe siècle :
Gesta vel chronica archiepiscoporum Magdeburgensium (XIIe s.), M.G.H., SS., t. 14,
1883, p. 381 ; ANNALISTE SAXON, p. 615,619 ; Genealogia Welforum, p. 734.
3. Riuzen,Ruzen,Rûz
XIIe siècle :
Detmar-Chronik (XIIe s. ?) ; Kaiserchronik (XIIe s.).
XIIe-XIIIe siècle :
Sächsische Weltchronik, p. 163,243,254.
XIIIe siècle :
JANSEN ENIKEL,Weltchronik, p. 522 ; ID., Fürstenbuch,M.G.H., D.C.G.M., t. 3,1900,
p. 613,638 ; Livländische Reimchronik, p. 5,18,44,56,57,58,59,60,61,62,175,176,
179,180,1