Le Moyen Age
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-4462-3
285 pages

p. 539 à 593
doi: en cours

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Tome CX 2004/3-4

2004 Le Moyen Age

Constitution et diffusion d’un savoir occidental sur le monde « russe » au Moyen Âge (fin Xe-milieu XVe siècle) (2e partie)

Stéphane Mund Université Libre de Bruxelles
St. MUND, Constitution and diffusion of Western knowledge about the « Russian » world in the Middle Ages (end of the 10th-middle of the 15th centuries) (Part 2). This article is a synthesis of the knowledge about « Russian » culture in Western Europe between the end of the 10th century (when the Kievan Russia converted to christianity and its sovereigns established relationships with other Christian kings) and the middle of the 15th century (just before the Moscovite Russia, which had succeeded Kievan Rus’, joined the political and economic Western sphere). It presents a systematic survey of all Western European mediaeval sources about Russia over this long period. These are chronicles, sagas, encyclopaedias, travel narratives, maps, or chivalric literature. These sources are analysed according to a typological approach, i.e. focusing on the authors, their origin and educational background, on the characteristics of the texts and on the information they provide about Russia. This typological approach shows that an image of Russia emerged in medieval Western Europe, however partial and fragmentary it may have been. Not until the late 15th and the early 16th century was Russia really discovered by Western European diplomats and merchants.Keywords : Russia, Western world, representation, Eastern Slavs, typology of sources.
 
La représentation du monde « russe » à travers les sources occidentales
 
 
Si l’on rassemble les connaissances à propos du monde « russe » dispersées dans les différentes sources occidentales du Moyen Âge, on constate que celles-ci portent principalement sur les différents noms de la Russia, l’emplacement et le cadre géographique de ce pays, le mode de vie, la religion et le régime politique de ses habitants [1].
Lorsqu’ils mentionnent le pays des Slaves orientaux [2], les auteurs occidentaux l’appellent en général Russia, nom qui est attesté dans les sources dès le début du XIe siècle, mais qui peut s’écrire de différentes façons suivant l’origine des textes dans lesquels il figure [3]. Si à partir du XIIe siècle d’autres appellations font leur apparition, telles Rut(h)enia [4] et Ros(s)ia [5], elles ne supplantent toutefois pas le nom Russia qui est adopté dans les chroniques en langue vulgaire dès la fin du XIe siècle sous l’appellation Rous(s)ie [6] en vieux français, Rusie [7] en vieil anglais ou Riuzen [8] en vieil allemand. Le nom latin Russia existe également dans les textes scandinaves, mais il est beaucoup moins fréquent et est considéré comme une dénomination de lettrés [9]. Les noms les plus usités sont Garðar et Garðaríki [10], mots nordiques qui signifient « les bourgs » et « le royaume des bourgs ». Attestés respectivement dès les XIe et XIIe siècles, ils montrent que les voyageurs scandinaves ont dû être frappés par le nombre de bourgades en Russia [11].
En ce qui concerne l’emplacement de la Russia, ce pays apparaît dans les sources occidentales comme faisant partie de l’Europe [12]. Dans les textes scandinaves, elle est généralement située à l’est par rapport à la Scandinavie, comme l’attestent les expressions austr í Garða, austr í Garðaríki, Garða austr, austr í Gorðum, austan ór Garðaríki, qui signifient toutes « à l’est en Russia [13] ». Dans les autres textes occidentaux, elle est plutôt présentée comme une contrée de l’Europe septentrionale [14]. Certains auteurs soulignent l’immensité de ce pays. Le chroniqueur Adam de Brême notamment définit la Russia correctement comme la « dernière et la plus grande province des Slaves » au bout de la mer Baltique [15]. Les limites de ce pays apparaissent néanmoins approximatives dans les sources occidentales et sont généralement définies par rapport aux pays voisins [16]. De même, tributaires du savoir antique, certains auteurs croient encore faussement que la Russia a également pour voisins au nord des peuples étranges et cruels, aux formes parfois hybrides, tels les Amazones, les Cyclopes, les Cynocéphales et les Ymantopodes [17]. Pays du nord ou pays de l’est, la Russia est également associée à la Grèce et à la mer Noire, comme le suggèrent quelques auteurs. À titre d’exemple, l’auteur anonyme de la chronique française, Chronicon Sancti Petri Vivi Senonensis, évoquant l’ambassade envoyée par le roi Henri Ier de France auprès du prince de Kiev Jaroslav le Sage, qualifie ce dernier de « roi du pays de Russie aux confins de la Grèce ». Selon Gervais de Tilbury, la Russia s’étend en direction de la Grèce, en l’occurrence l’empire byzantin, sur une longueur de cent journées de marche [18]. De même, certains lettrés occidentaux appellent aux XIIe et XIIIe siècles la mer Noire mare Russiae, mare Rusciae ou Rucenorum mare, dénominations qui remontent en fait au Xe siècle lorsque les Varègues et les Slaves orientaux de la Russia sillonnaient la mer Noire et fondaient des établissements sur son littoral septentrional [19]. Si plusieurs auteurs occidentaux sont capables de situer la Russia plus ou moins correctement, il en existe aussi qui commettent parfois de grosses erreurs. Ainsi Barthélemy l’Anglais situe la Russia, qu’il appelle Ruthia ou Ruthena en un endroit tout à fait étonnant, à savoir la province romaine antique de Mésie habitée à son époque depuis longtemps par les Bulgares. Cette Ruthia porte parfois aussi, selon lui, le nom de Galacia, c’est-à-dire la région des Galates en Asie Mineure. Il confond probablement la Galatie, pays des Galates, avec la principauté « russe » de Galicie, située dans le sud-ouest de la Russia, dont les liens avec l’Occident sont importants à son époque [20].
Quand les auteurs occidentaux s’intéressent au cadre naturel de la Russia, trois éléments retiennent principalement leur attention : les forêts, les fleuves et le climat glacial. Si l’on se réfère à Guillaume de Rubrouck et à Guillebert de Lannoy, on apprend que la Russia est un pays couvert de forêts à perte de vue [21]. Guillebert de Lannoy présente la région de Novgorod où il a voyagé comme une contrée complètement déserte où seuls quelques villages isolés interrompent un paysage de vastes forêts, de marais, de lacs et de rivières. Pays boisé, la Russia recèle dans ses forêts de nombreuses richesses dont Marco Polo nous dresse l’inventaire le plus complet : « ils ont vraiment beaucoup de fourrures précieuses et de grande valeur : zibeline, hermine, vair, ercolin et renard en abondance, qui sont parmi les plus belles et les meilleures du monde. Ils ont bien de la cire. Et je vous dis qu’ils ont beaucoup de mines d’argent, d’où ils tirent assez d’argent [22] ». Selon Jean de Plan Carpin, Guillaume de Rubrouck et Marco Polo, les fourrures constituent la principale richesse de la Russia qui en possède une grande quantité, et ont plusieurs usages. Tout d’abord, les fourrures font l’objet d’un commerce actif de la part des habitants de la Russia. Guillaume de Rubrouck le remarque notamment dans le port de Soldaïa [actuellement Sudak] sur la côte orientale de la Crimée où il a débarqué au début de son voyage. D’après lui, cette ville constitue un important centre d’échanges : « et là se rassemblent tous les marchands, c’est-à-dire ceux venant de Turquie qui veulent aller dans les terres septentrionales et dans le sens inverse ceux venant de Russia et des terres septentrionales qui veulent aller en Turquie. Les uns apportent des toiles de coton, des tissus en soie et des épices, les autres apportent des peaux de vair, de petit-gris [23] et d’autres fourrures précieuses [24] ». En outre, les fourrures servent à payer le tribut régulièrement imposé à partir du XIIIe siècle par les Tatars-Mongols à leurs sujets « russes » : selon Jean de Plan Carpin, chaque habitant de la Russia « donne une peau d’ours blanc, un castor noir, une zibeline noire, une peau noire d’un animal qui a son repaire dans la terre [25] […] et une peau de renard noir [26] ». Enfin, les fourrures sont également utilisées en Russia comme monnaie d’échange dans les transactions de la vie quotidienne : Guillaume de Rubrouck note que « l’argent habituel des Ruthènes sont des petites peaux de vair et de petit-gris [27] ».
Les fleuves de la Russia évoqués dans les sources occidentales sont, d’ouest en est, le Dniestr, le Dniepr, le Don, la Dvina Occidentale, la Neva, le Volkhov, la Volga et la Kama [28]. Les renseignements concernant ces fleuves sont en général très restreints. Ils se limitent à leurs différents noms russe ou occidental [29], à une esquisse de leur cours dans les portulans et à la mention de l’une ou l’autre villes sur leurs rives. Seuls le Dniepr et la Volga retiennent un peu plus l’attention de quelques auteurs occidentaux qui soulignent leur taille immense et leur richesse en poissons. Ainsi, Guillaume de Rubrouck ne manque pas de raconter dans son récit combien la taille de la Volga l’a beaucoup impressionné : « l’Ethil est le plus grand fleuve que j’aie jamais vu, […] nous sommes parvenus le troisième jour jusqu’à ce fleuve et lorsque j’ai vu ses eaux je me suis étonné de voir une telle quantité descendre du nord ». Plus loin, il écrit que la Volga est d’après lui quatre fois plus grande que la Seine [30]. Toutefois, les fleuves de la Russia demeurent encore mal connus des lettrés occidentaux qui commettent à leur sujet des erreurs, dont certaines remontent à la tradition antique. À titre d’exemple, certains portulans font naître les fleuves russes dans des montagnes conformément à la géographie antique, alors que ceux-ci prennent en réalité leur source dans des plaines marécageuses [31]. De même, dans la mappemonde d’Ebstorf, Kiev est située faussement sur les bords de la Neva et non du Dniepr, tandis que dans le Libro del conoscimiento c’est Moscou qui est placée erronément sur les bords du Don et non de la Moskova. De semblables erreurs se reproduisent également chez des auteurs qui ont voyagé en Russia et franchi certains de ses fleuves. Ainsi, Jean de Plan Carpin affirme erronément, à l’instar du géographe grec Strabon, que le Dniepr, le Don et la Volga se jettent dans la mer Noire, alors qu’il a vu de ses propres yeux ces trois fleuves et a pu se renseigner à leur sujet en Russia et chez les Tatars [32]. De même, son compagnon de voyage, Benoît de Pologne, reprend de manière étonnante une affirmation d’Aristote selon laquelle la Volga et le Don sont un seul et même fleuve [33].
Le froid est le dernier élément du cadre naturel de la Russia qui retient l’attention de certains auteurs occidentaux, en l’occurrence Jean de Plan Carpin, Marco Polo et Guillebert de Lannoy. Il est vrai que deux d’entre eux, à savoir Jean de Plan Carpin et Guillebert de Lannoy, ont traversé la Russia en plein hiver et peuvent se targuer de l’expérience. Le premier parle de sa longue route en traîneau sur le Dniepr gelé en aval de Kiev durant le mois de février 1245. Le second évoque le chemin entre Narva à la frontière livonienne et Novgorod également parcouru en traîneau à cause des « grandes neiges et froidures » en automne 1413 [34]. Cependant Marco Polo qui n’a pas visité personnellement la Russia retient lui aussi la rigueur du climat comme un des éléments caractéristiques de son cadre naturel et n’est pas le moins loquace sur ce sujet : « Or sachez qu’il est tout à fait vrai qu’on trouve en Russia le climat le plus froid au monde, auquel on n’échappe qu’à grand’peine. On ne rencontre un froid aussi intense dans aucune autre région du monde ». La froidure du climat fait l’objet de quelques anecdotes piquantes propres à éclairer le lecteur en même temps qu’à susciter son intérêt par le pittoresque. Ainsi Marco Polo raconte que les habitants de la Russia se réchauffent en hiver dans les étuves et se servent de celles-ci, à l’en croire, comme relais lorsqu’ils voyagent par des températures glaciales : « Le froid est parfois si intense que des hommes, allant chez eux, ou d’un lieu à l’autre pour leurs affaires, après avoir quitté une étuve, sont quasi gelés avant d’être arrivés à la suivante, alors que ces étuves sont si fréquentes et si rapprochées qu’il n’y a pas, dit-on, entre elles une distance de plus de soixante pas. Ainsi donc, quand un homme quitte une étuve bien réchauffé, il est gelé à mesure qu’il avance vers l’autre ; il entre alors bien vite dans l’étuve et s’y réchauffe ; bien réchauffé, il repart et va jusqu’à la suivante où il se réchauffe de nouveau ; et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il soit arrivé chez lui, ou à l’endroit où il voulait aller. D’ailleurs, les gens courent toujours d’une étuve à l’autre, afin d’atteindre rapidement cette dernière sans avoir été trop gelés [35] ». Pour sa part, Guillebert de Lannoy raconte que lorsqu’on chevauche à travers les forêts de la Russia en hiver, on entend les arbres « craquer et se fendre complètement » à cause du gel. Il note également les conséquences de ce climat rigoureux sur la vie quotidienne des habitants. Ainsi à Novgorod, on ne trouve pas de marché public en hiver à cause du froid [36]. Le froid est à ce point rigoureux qu’il est dangereux de rester trop longtemps dehors. À en croire Marco Polo, « il arrive très souvent qu’un homme qui n’est pas bien vêtu, ou qui ne peut aller assez vite parce qu’il est vieux ou de constitution et de complexion plus faible que les autres, ou parce que sa maison est vraiment trop loin, tombe à terre, gelé par le trop grand froid avant d’avoir atteint l’étuve suivante, et se meurt là. Mais si des passants le ramassent, l’emmènent à une étuve et le dévêtent, ses fonctions se rétablissent à mesure qu’il se réchauffe et il revient à la vie [37] ». Quant à Guillebert de Lannoy, il raconte que si on doit dormir en plein air en hiver, le réveil est d’autant plus pénible que l’on a « sa barbe, ses sourcils et ses paupières complètement gelés […] et pleins de glaçons, de sorte qu’on parvient à peine à ouvrir les yeux ». Il rapporte encore une expérience personnelle, révélatrice selon lui de la rigueur du froid « russe » : un jour de grand froid, il avait creusé un trou dans la glace pour y puiser de l’eau et la verser dans deux tasses ; au moment où il s’apprêtait à boire, les tasses gelées ont commencé à lui coller aux doigts sous l’effet du froid [38]. En évoquant ainsi la rigueur de l’hiver russe, Marco Polo et Guillebert de Lannoy ne font qu’inaugurer une longue série de descriptions pittoresques dans les écrits occidentaux sur la Russie à partir du XVIe siècle [39].
Si la Russia médiévale compte un grand nombre de villes et de bourgades – l’historien soviétique M.N. Tikhomirov en a compté 238 –, les auteurs occidentaux n’en retiennent qu’un petit nombre. Elles apparaissent toujours dans le cadre des liens entre les Slaves orientaux et l’Occident et font en général l’objet de simples mentions [40]. Seules Kiev et Novgorod ont droit à quelques allusions un petit peu plus conséquentes, la première en tant que centre politique et religieux principal de la Russia (Xe-XIIIe s.) et la seconde en tant que plaque importante du commerce des Occidentaux avec le monde « russe [41] ».
Le premier lettré occidental à évoquer Kiev est Thietmar de Mersebourg [42]. Les informations substantielles qu’il fournit au sujet de cette ville sont dans l’ensemble correctes et montrent que le chroniqueur a été bien renseigné alors qu’il ne l’a jamais visitée [43]. Ainsi, il présente Kiev, qu’il appelle en latin Cuiewa ou Kitawa, comme la capitale du royaume de Russia [44]. Puissamment fortifiée, Kiev paraît une ville opulente, dont les richesses éblouissent, selons ses dires, les Polonais qui l’ont conquise provisoirement en 1018 [45]. Plus loin, Thietmar de Mersebourg la décrit comme une ville importante, dont les dimensions sont impressionnantes : « dans cette grande ville qui est la capitale de ce royaume, il y a plus de 400 églises et 8 marchés et la quantité de population est inconnue [46] ». Si ces chiffres sont peut-être exagérés [47], ils attestent néanmoins l’importance de Kiev comme métropole religieuse de la Russia – Thietmar de Mersebourg mentionne la présence à Kiev de reliques de saints et l’existence du métropolite qu’il appelle « archevêque de cette cité [48] » – et comme centre économique sur les bords du Dniepr. Quelle que soit la part d’exagération dans ces estimations, celles-ci constituent pour le lecteur un indice de la grandeur et de la richesse de la capitale de la Russia. L’opulence de Kiev semble d’ailleurs avoir retenu l’attention d’autres lettrés occidentaux, comme le montrent les exemples d’Adam de Brême, de Gallus anonymus (1113-1116) et de l’auteur de la Vita beati Mariani (ca1 185) qui font tous les trois l’éloge d’une ville qu’ils ne connaissent pourtant pas personnellement [49]. Le premier écrit qu’elle rivalise en beauté dans le monde byzantin avec Constantinople : « la capitale de ce pays est Kiev, rivale de l’impériale Constantinople et fleuron le plus brillant de la Grèce [50] ». Le deuxième la qualifie de grande et opulente capitale du royaume de Russia ; parmi les monuments, il mentionne la Porte d’Or, une des entrées principales de la ville, au nom évocateur [51]. Quant au troisième, il fait une brève allusion à la « très riche ville de Kiev » où l’on trouve des fourrures précieuses en abondance [52]. Kiev apparaît ainsi dans l’imaginaire occidental comme une ville d’une grande richesse, capable aux yeux de certains de rivaliser avec Constantinople, la métropole la plus prestigieuse du Moyen Âge. Sa destruction par les Tatars-Mongols en 1240 semble avoir frappé à cet égard les cercles dirigeants occidentaux, comme le révèlent des allusions faites par certains lettrés dans leurs chroniques [53]. Par ailleurs le souvenir de l’opulence de Kiev survivra longtemps, puisqu’il y est fait fréquemment allusion dans les textes de la Renaissance [54].
De toutes les villes de la Russia, Novgorod est certainement la mieux connue des sources scandinaves [55], où elle apparaît généralement sous le nom de Hólmgarðr (également Hulmka, HulmkarÞi sur des inscriptions runiques) dès le XIe siècle [56]. Dans une certaine mesure, on peut affirmer que toute la vie du pays « russe » évoquée dans les sagas se limite à cette seule cité [57]. Novgorod y apparaît comme une ville de grande renommée, voire la principale ville de Russia. Cette situation s’explique très probablement par l’importance qui lui était accordée dans le monde nordique, puisqu’elle était une étape essentielle des marchands scandinaves sur la route vers Constantinople. Premier signe de cette importance, Novgorod est présentée comme la résidence des souverains du Garðaríki, en l’occurrence les princes Vladimir et Jaroslav le Sage. Cette image de « résidence royale » n’est pas une invention des lettrés scandinaves, car elle est attestée historiquement dans les annales « russes » anciennes. Novgorod était en effet le siège d’une principauté au Moyen Âge et il est établi que Vladimir et Jaroslav le Sage y ont chacun séjourné pendant plusieurs années avant d’accéder au trône plus prestigieux de Kiev. Outre sa fonction de « résidence royale », Novgorod est aussi et surtout présentée comme une grande ville commerciale, ce dont témoignent les qualificatifs kaupbær,kauptún,kaupangr et kaupstadr utilisés dans les sagas. À plusieurs reprises, les sagas font allusion à un marché fréquenté par des Grecs et des gens venus d’autres pays. Ce marché est achalandé en étoffes précieuses qui proviennent de Constantinople. On peut également s’y fournir en fourrures d’exceptionnelle qualité, pierres précieuses, or et divers objets de luxe. Chaque année, nous apprennent les sagas, le marché de Novgorod est fréquenté par des marchands nordiques qui arrivent en été au moment de la belle saison après avoir traversé la mer Baltique [58]. Certains de ces marchands effectuent le trajet régulièrement, ce qui leur vaut d’être surnommés dans leur région d’origine « le Russe » (gerzkr) ou « le voyageur de Novgorod » (Holmgardsfari) [59]. D’après les sagas, la ville de Novgorod non seulement accueille les marchands de passage, mais abrite en permanence des groupes scandinaves. Dans certaines sagas, il est même précisé qu’il s’agit de mercenaires au service de Jaroslav le Sage qui ont été installés dans une résidence spécialement aménagée à leur intention [60]. Par ailleurs, quelques sagas indiquent l’existence à Novgorod d’une église scandinave dédiée à saint Olav et desservie par un prêtre latin [61]. Si le nom de ce seul édifice religieux a été retenu, alors qu’il y en avait à l’époque beaucoup d’autres à Novgorod, c’est parce qu’elle a été le cadre de deux miracles liés au culte de saint Olav. Après les sagas, il faut attendre le récit Voyages et Ambassades de Guillebert de Lannoy dans la première moitié du XVe siècle pour voir se renouveler les connaissances occidentales au sujet de Novgorod. Celui-ci consacre plusieurs paragraphes de son récit à présenter les principaux traits de la cité du Volkhov où il a séjourné pendant plusieurs jours [62]. Guillebert de Lannoy est le premier auteur occidental à donner une description physique de la ville : il décrit avec justesse Novgorod comme une « très grande ville, située dans une belle plaine entourée de grandes forêts et […] dans un pays plat couvert de marécages et de rivières ». Elle est traversée par « une très grosse rivière, nommée Volkhov [63] ». Il précise également que Novgorod est entourée par des remparts en bois et en terre et des tours construites en pierre, ce que confirme l’archéologie. Au centre de la cité, se trouve la forteresse (kremlin) dominée par la cathédrale Sainte-Sophie dont Guillebert de Lannoy a bien perçu qu’elle est la principale église de Novgorod : « un château construit au bord du dit fleuve (le Volkhov) à l’intérieur duquel est construite la cathédrale Sainte-Sophie qu’ils vénèrent ». Cette forteresse sert aussi de résidence à l’archevêque. Comme Thietmar de Mersebourg à propos de Kiev, Guillebert de Lannoy dénombre 350 églises à Novgorod, ce qui inclut très probablement les chapelles privées. Outre la géographie physique de Novgorod, il évoque plusieurs autres aspects de cette cité, à savoir sa structure sociale, les mœurs et la vie quotidienne de ses habitants, sa puissance militaire et son régime politique. La structure sociale et le régime politique semblent l’avoir particulièrement intéressé. Il a probablement dû obtenir ses informations grâce à des contacts avec des marchands hanséates résidant sur place. En ce qui concerne la structure sociale, Guillebert de Lannoy note qu’il y a à Novgorod « plusieurs grands seigneurs qu’ils appellent boyards. Et on y trouve des bourgeois extrêmement riches et puissants qui ont des biens fonciers longs de deux cents lieues [64] ». Il réalise parfaitement que les boyards et les riches marchands de la bourgeoisie constituent à Novgorod un groupe social très important. Même si ses estimations de la richesse novgorodienne semblent exagérées, elles mettent en évidence une prospérité que de nombreux voyageurs et cosmographes décriront encore au XVIe siècle. Guillebert de Lannoy consacre également quelques lignes à évoquer les structures politiques particulières de Novgorod dans la Russia du XVe siècle. Cet intérêt s’explique peut-être par le fait qu’il a découvert à Novgorod un régime politique qui lui rappelle par certains aspects celui des villes des Pays-Bas bourguignons, sans que cette comparaison n’apparaisse pour autant de façon explicite dans son récit. En effet, il note que Novgorod est « une ville franche et seigneurie de commune », terme qu’on emploierait a priori pour désigner le gouvernement des villes des Pays-Bas. Elle est effectivement dirigée à l’époque par le ve²e, assemblée de tous les chefs de famille libres qui élit chaque année les gouvernants de la cité, comme le remarque Guillebert de Lannoy : « ils ont deux officiers, un duc et un burgrave, gouverneurs de la dite ville qui sont renouvelés chaque année [65] ». Il souligne aussi le rôle fondamental de l’archevêque dans le gouvernement de la cité ainsi que le prestige de l’oligarchie des boyards et des grands bourgeois, semblable à celui des nobles et des familles lignagères dans les Pays-Bas [66].
Les habitants de la Russia retiennent en général peu l’attention des lettrés occidentaux qui se contentent la plupart du temps de mentionner uniquement leur nom. Comme le révèle le dépouillement des sources occidentales, ce nom a varié au cours du temps [67]. Ainsi, les Slaves orientaux ont commencé par être appelés Russi dans les textes latins, nom qui correspond au mot grec Ю̔ΓϾΗ΍Γ΍ utilisé dans la langue populaire à Constantinople et employé par quelques auteurs byzantins au Xe siècle pour désigner les habitants de la Russia [68]. Ce nom connaît en latin plusieurs orthographes suivant l’origine géographique des textes occidentaux où il apparaît [69], avant de passer à partir du XIIe siècle dans les sources en langue vulgaire, notamment en vieil allemand sous le nom R(i)uzen [70]. À partir de la seconde moitié du XIe siècle, les habitants de la Russia commencent à être désignés dans les sources latines par un nouveau nom, Rut(h)eni [71], dont l’origine est sujette à contestations [72]. Ce dernier qui se décline également selon plusieurs orthographes devient extrêmement fréquent et semble s’imposer au cours du XIIe siècle dans tout l’Occident latin [73]. En revanche, il n’apparaît pas dans les textes en langue vulgaire qui continuent de garder le premier nom [74].
Au-delà de la simple mention du nom, les lettrés occidentaux qui portent un certain intérêt pour les habitants de la Russia ne sont pas nombreux. Seuls Adam de Brême, Gervais de Tilbury, Barthélemy l’Anglais, Guillaume de Rubrouck, Marco Polo et Guillebert de Lannoy nous apportent quelques informations sur l’origine ethnique des habitants de la Russia, leur allure générale et certaines de leurs mœurs.
En ce qui concerne l’origine ethnique des habitants de la Russia, Adam de Brême et Barthélemy l’Anglais donnent des informations correctes. Tous deux notent que ce sont des Slaves qui parlent une langue slave. Le premier ajoute qu’ils sont de tous les peuples slaves la nation la plus éloignée géographiquement de l’Occident [75]. Le second est encore plus précis puisqu’il définit les habitants de la Russia dans le cadre d’une présentation générale des Slaves : « en effet on appelle Slaves les Bohémiens, les Polonais, les Metani (?), les Wendes (Slaves de l’Allemagne du Nord), les Russes, les Dalmates et les Carantaniens (actuels Slovènes), qui tous se comprennent mutuellement et sont semblables en beaucoup de choses tant par la langue que par les mœurs. Ils sont cependant différents par le rite. En effet certains jusqu’à présent conservent le culte des païens, d’autres au contraire maintiennent le rite des Grecs, d’autres encore celui des Latins [76] ». Toutefois cette identification des habitants de la Russia avec les autres peuples slaves n’est pas évidente pour tous les lettrés occidentaux. À titre d’exemple, si Guillaume de Rubrouck note correctement que les habitants de la Russia parlent une langue semblable à celle des Polonais, des Tchèques et des habitants de la Slavonie, il se trompe lorsqu’il souligne tout de suite après la parenté des Slaves avec les Vandales et les Huns et affirme, par fidélité au savoir antique répandu dans les encyclopédies médiévales, que la langue des Slaves est la même que celle des Vandales de l’Antiquité [77]. De même, Gervais de Tilbury assimile à tort les Rutheni, habitants de la Russia, avec une tribu gauloise antique du même nom installée dans la région de Rodez dans le sud-ouest de la France [78].
Le premier auteur à nous fournir des indications sur le physique des Slaves orientaux est Marco Polo qui a rencontré beaucoup de types différents au cours de son long séjour en Asie. Il les présente de la manière suivante : « ce sont des gens […] fort beaux, les hommes comme les femmes, car ils sont tout blancs et blonds [79] ». Le voyageur vénitien dresse ici un portrait caractéristique des hommes du nord. Pour sa part, Guillebert de Lannoy s’intéresse uniquement aux coiffures des Novgorodiens et des Pskoviens qui semblent l’avoir beaucoup intrigué. Il observe chez les premiers que les hommes comme les femmes ont des cheveux longs : « Item, les dames ont deux tresses qui pendent derrière leur dos, tandis que les hommes ont une tresse ». Chez les seconds, il note que les femmes laissent pousser « leurs cheveux longs et épars [80] ». Les habits des Slaves orientaux suscitent également l’intérêt. Guillaume de Rubrouck en fournit une description précise en se servant des Occidentaux comme référence en cette matière : « les femmes ruthènes se parent la tête comme les nôtres. Elles ornent leurs dessus de robe sur le côté extérieur de fourrures de martre et de petit-gris des pieds jusqu’aux genoux. Les hommes portent des manteaux comme les Allemands, mais sur la tête ils portent des chapeaux de feutre rendus pointus en leur sommet par une longue pointe [81] ». Quant à Guillebert de Lannoy, il se contente de relever que les Pskoviennes portent par coquetterie « un diadème rond derrière leur tête comme des saintes [82] ».
Lorsqu’ils s’intéressent aux mœurs des Slaves orientaux, les lettrés occidentaux en retiennent les aspects négatifs. Dans certaines chroniques, les Slaves orientaux de la Russia se voient accoler les épithètes peu flatteuses de barbari ou de pagani [83]. Dans l’esprit des lettrés du Moyen Âge, celles-ci sont attribuées à des peuples non chrétiens ou mauvais chrétiens, dont les mœurs sont rudes et cruelles. Les Slaves orientaux sont parfois qualifiés de la sorte parce qu’ils sont situés aux confins de l’Europe dans le septentrion, c’est-à-dire loin de la « civilisation » ; en outre, ils vivent au milieu de peuples sauvages et de races monstrueuses, dont certaines sont connues par la tradition antique [84]. Le regard des voyageurs n’est pas moins critique que celui des chroniqueurs. Ainsi Guillaume de Rubrouck retient des Slaves orientaux qu’ils sont des pillards professionnels qui n’ont pas facilité son voyage [85]. Bien qu’il ait été somptueusement reçu à Novgorod, Guillebert de Lannoy ne manque pas non plus de porter un regard critique à l’égard des habitants de cette ville. Si l’on en croit celui-ci, les Novgorodiens « ont un marché où ils vendent et achètent leurs femmes en toute légalité, contrairement à la loi chrétienne [86] ». Faut-il voir dans cette information une volonté délibérée de Guillebert de noircir les Novgorodiens pour justifier son soutien à la lutte menée régulièrement par l’Ordre livonien contre ces chrétiens schismatiques ? L’hypothèse est séduisante, mais sans réponse. De tous les auteurs occidentaux, Marco Polo est incontestablement celui qui porte le plus d’attention aux mœurs des Slaves orientaux, puisqu’il est le premier à consacrer quelques lignes dans son Devisement du monde à deux aspects fondamentaux de leur vie quotidienne, à savoir la fréquentation des bains publics et le penchant prononcé pour l’alcool. La fréquentation des étuves ou bains publics est une coutume qui en Russia remonte loin dans le Moyen Âge, car elle est adaptée à la rigueur du climat. De plus, elle exerce un rôle important dans la vie de la société « russe » (hygiène, purification du corps, célébration de certains rites de passage, tels que l’ablution de la jeune fille la veille du mariage, l’accouchement dans le bain...) [87]. En Occident où elle a en revanche été abandonnée à la fin de l’Antiquité, c’est une coutume qui est redécouverte au cours des XIIe et XIIIe siècles probablement à l’occasion des croisades. Cette nouveauté expliquerait en partie pourquoi Marco Polo consacre une large part de son chapitre sur la Russia à la description des étuves « russes » : « et s’il n’y avait pas les nombreuses étuves, les gens ne pourraient éviter de mourir de froid. Celles-ci, très nombreuses, sont construites pieusement par les nobles et les puissants, de même que les hôpitaux chez nous. Tous les gens peuvent se précipiter à ces étuves à tout moment si besoin est. […] Ces étuves sont bâties de la façon suivante : elles sont faites de grosses poutres placées en carré l’une au-dessus de l’autre et ajustées ensemble au point qu’on ne peut rien voir entre l’une et l’autre ; les joints sont très bien tamponnés avec de l’argile ou autre chose, de sorte que ni le vent ni le froid ne peuvent entrer nulle part. Dans la partie supérieure du toit, s’ouvre une fenêtre, par où sort la fumée quand on fait du feu pour réchauffer les gens. Ces étuves contiennent des bûches en grande abondance qui sont mises au feu en grandes piles ; et quand elles brûlent et font de la fumée, on ouvre la fenêtre d’en haut et la fumée sort par là. Mais quand elles ne font plus de fumée, on referme cette fenêtre avec un feutre très épais ; il demeure de grosses braises qui tiennent l’étuve très chaude. Plus bas, c’est-à-dire dans le mur de l’étuve, il y a une fenêtre fermée par un feutre très bon et très épais ; ils ouvrent cette fenêtre s’ils veulent avoir de la lumière et si le vent ne souffle pas ; mais si le vent souffle et s’ils veulent avoir de la lumière, ils ouvrent la fenêtre d’en haut. Quant à la porte par où l’on entre, elle est également de feutre. Telle est la manière dont ces étuves sont faites. Tout homme noble ou riche a sa propre étuve [88] ». Si le voyageur vénitien a bien saisi l’importance des étuves dans la vie quotidienne des Slaves orientaux, il n’a cependant pas compris toute la valeur symbolique attachée à cette dernière. Pour lui, l’usage des étuves en Russia est uniquement lié au climat glacial de ce pays. Son intérêt particulier pour cette coutume des Slaves orientaux est une façon de souligner encore une fois l’extrême froidure du climat en Russia. Une autre habitude des Slaves orientaux abondamment décrite par Marco Polo est leur penchant immodéré pour l’alcool [89]. Le voyageur vénitien commence par présenter à son lecteur la boisson habituelle des habitants de la Russia : « nous vous parlerons maintenant d’une certaine coutume qu’ils ont. Sachez qu’ils font avec du miel et du panic (sorte de millet) un vin très parfait qui est appelé cervoise ; et avec cette cervoise, ils organisent de grandes beuveries [...] [90] ». Cette « cervoise » est en réalité de l’hydromel qui est encore consommé de nos jours en Russie. Ensuite, Marco Polo raconte de façon détaillée une scène de beuverie qui associe les hommes comme les femmes dans le plaisir de la boisson : « ils se réunissent en grandes compagnies, hommes et femmes ensemble, surtout les nobles et les magnats, par trente, quarante, ou même cinquante, incluant maris, femmes et enfants. Chaque compagnie se donne un roi ou capitaine, et des règles : par exemple, si quelqu’un dit un mot inconvenant ou fait une chose contre la règle, il sera puni par le chef désigné. Et puis il y a des hommes qu’on peut bien nommer aubergistes, qui vendent cette cervoise. La compagnie va donc à la taverne, et passe toute la journée dans des beuveries nommées straviza [91]. Le soir, les aubergistes font le compte de la cervoise consommée, et chacun paye la part qui lui revient, ainsi que celle de sa femme et de ses enfants, s’ils étaient là. Et quand ils sont à ces straviza ou beuveries, ils se font avancer de l’argent sur leurs enfants par les marchands étrangers, notamment ceux de Crimée, de la ville de Soldaïa et d’autres lieux des environs. Ils dépensent cet argent à boire, et c’est ainsi qu’ils vendent leurs enfants. Les dames qui demeurent toute une journée à ces beuveries ne s’éclipsent pas pour aller uriner ; leurs suivantes leur apportent de grosses éponges et les leur glissent dessous si furtivement que les autres gens ne s’en aperçoivent pas. L’une d’elles semble causer avec sa maîtresse, tandis qu’une autre lui glisse l’éponge, et ainsi, la maîtresse urine assise dans l’éponge ; ensuite, la suivante retire l’éponge toute pleine. Et ainsi elles urinent n’importe où elles veulent [92] ». Le récit de Marco Polo est vivant et ne manque pas d’anecdotes grivoises qui en disent long sur la perception des mœurs des habitants de la Russia par les Occidentaux. Notons en passant que la remarque du voyageur vénitien sur les Slaves orientaux qui vendent leurs enfants pour payer leurs excès de boisson reparaît au XVIe siècle [93]. Elle fait partie des lieux communs propagés par les lettrés occidentaux sur la Russia. Le stéréotype du « Russe alcoolique », toujours d’actualité dans l’imaginaire occidental, plonge ses racines dans un passé lointain.
La religion des Slaves orientaux n’est guère mieux perçue que leurs mœurs. Outre l’épithète peu flatteuse de pagani déjà évoquée, les Slaves orientaux sont perçus depuis le XIIe siècle comme des « chrétiens schismatiques qui doivent être ramenés dans le droit chemin [94] ». À côté de ces qualificatifs non dénués de propagande, certains auteurs apportent des informations plus objectives sur la religion des Slaves orientaux [95]. Toutefois ces informations sont très fragmentaires, le christianisme des Slaves orientaux ne suscitant pas un grand intérêt de la part de nos auteurs. Quelques-uns se contentent en effet de faire une brève allusion à leur appartenance au christianisme grec et à leur soumission à l’autorité du patriarche de Constantinople [96]. Seul Guillaume de Rubrouck fait brièvement allusion à certaines coutumes religieuses des Slaves orientaux. Il raconte combien ils respectent scrupuleusement, à son grand étonnement, les interdits alimentaires en s’abstenant de boire du kumys [97] et de manger de la viande d’animaux sauvages ou domestiques tués par des Infidèles, c’est-à-dire les Tatars-Mongols, de peur d’être exclus de la communauté chrétienne. Il note aussi que, contrairement à d’autres groupes chrétiens d’Orient qu’il a rencontrés sur sa route, les Slaves orientaux emploient des cloches dans leurs églises [98].
Pas plus que la religion, le régime politique de la Russia ne sucite guère l’intérêt des auteurs occidentaux qui ne procèdent à aucune analyse de ses structures, mais se contentent la plupart du temps de mentions [99]. Nombreux sont les auteurs occidentaux qui définissent le pays des Slaves orientaux comme un royaume durant tout le Moyen Âge [100]. Ce royaume est appelé regnum Russorum ou regnum Russie en latin [101],Garðaríki dans les sources scandinaves [102] et royaume de Russie en vieux français [103].
Malgré cette grande continuité, les sources occidentales reflètent néanmoins l’évolution de la situation politique de la Russia au cours de cette longue période. Ainsi la Russia des Xe, XIe et XIIe siècles apparaît aux yeux de la grande majorité des auteurs occidentaux comme un royaume indépendant dont le souverain est qualifié du titre de « roi [104] » : rex en latin [105], konungr (aussi konongr) dans les sources scandinaves [106], künic (aussi koning,kunic,chünig) en vieil allemand [107],roy en vieux français [108] et king en vieil anglais [109]. Par ce statut politique, la Russia est considérée comme faisant partie des grands États de l’Europe médiévale au même titre que l’empire byzantin, l’empire germanique, la France ou l’Angleterre. En cela, sa situation diffère de celle de la Pologne qui est considérée à l’époque par les Allemands comme une entité dépendant de l’empire germanique. On voit du reste les mêmes chroniqueurs allemands qualifier la Russia de regnum et présenter la Pologne comme une terra ou uneprovincia vassale de l’empereur germanique [110]. D’autre part, la Russia est perçue comme un État unitaire dirigé par un seul roi dont la « capitale » est à Kiev [111]. Jusque dans la seconde moitié du XIIe siècle, les auteurs occidentaux semblent en effet complètement ignorer qu’elle constitue en réalité depuis la fin du Xe siècle un conglomérat de principautés qui deviennent au fil du temps de plus en plus autonomes par rapport au pouvoir de Kiev [112]. Cette vision de l’État unitaire chez les auteurs occidentaux change progressivement à partir de la fin du XIIe siècle, c’est-à-dire à une époque où le processus de morcellement de la Russia est bien entamé [113]. Les mentions de différentes principautés « russes » deviennent de plus en plus fréquentes dans les sources occidentales [114]. De même, plusieurs auteurs font désormais allusion aux regna Russie soulignant ainsi clairement le morcellement de l’État kiévien [115]. En outre, contrairement aux époques précédentes, les souverains de la Russia sont à partir du XIIIe siècle souvent appelés dux, princeps ou encore magnus dux, termes qui correspondent mieux que rex aux titres russes knjaz’ (en français « prince ») et velikij knjaz’ (en français « grand-prince ») employés en Russia au Moyen Âge [116]. Le titre royal ne disparaît pas pour autant des sources occidentales : on le trouve en effet encore employé à plusieurs reprises pour désigner les souverains des différentes principautés de la Russia [117]. Par ailleurs, au cours de la seconde moitié du XIIIe siècle, certains auteurs occidentaux utilisent les termes terra ou provincia pour désigner la Russia, ce qui montre qu’ils ont bien perçu le nouveau statut de vassalité de cette dernière à l’égard de l’empire tatar-mongol suite à la destruction de l’État Kiévien par les armées de Batu khan en 1238-1240 [118]. Cependant l’ancienne expression regnum Russie continue d’être utilisée dans les sources occidentales au cours des XIVe et XVe siècles. Désormais, elle s’applique souvent à une entité politique plus restreinte au sein de l’ancienne Russia kiévienne morcelée [119]. Elle désigne tantôt la Russia du sud-ouest dirigée jusqu’en 1340 par les princes Riourikides de Galicie-Volhynie, tantôt la Russia du nord-ouest conquise par les grands-princes de Lituanie à partir de la seconde moitié du XIIIe siècle, tantôt la Russia du nord-est en cours d’unification sous la houlette des grands-princes de Moscou à partir du début du XIVe siècle. Parfois, pour distinguer ces différentes Russia, les auteurs occidentaux ajoutent des qualificatifs au nom Russia. On voit ainsi apparaître les concepts « Russie Rouge », « Russie Noire » et « Russie Blanche » qui désignent différentes parties de la Russia dirigées respectivement par les princes de Galicie-Volhynie (Russia du sud-ouest), les grands-princes de Lituanie (Russia du nord-ouest) et les grands-princes de Moscou (Russia de l’Est) [120]. Ces désignations de couleur, d’origine orientale, qu’on trouve mentionnées dans quelques chroniques et portulans dès le XIVe siècle [121], seront appelées à une longue vie : elles seront en effet abondamment employées dans les sources à partir du XVIe siècle et servent encore aujourd’hui à désigner l’un des trois États slaves orientaux successeurs de l’U.R.S.S., à savoir la Biélorussie appelée parfois aussi « Russie Blanche » en français. Dans le récit de Guillebert de Lannoy, on trouve d’autres qualificatifs pour distinguer certaines parties de la Russia : ce dernier fait notamment allusion à une Grant Russie dirigée par le grand-prince de Moscou [122]. En adoptant cette terminologie, il ne fait que suivre un usage instauré par les patriarches de Constantinople qui ont dû accepter au début du XIVe siècle la division de l’ancienne métropolie de Russia entre le métropolite de « Petite Russie » siégeant en Galicie et le métropolite de « Grande Russie » siégeant à Vladimir puis bientôt à Moscou [123]. Ainsi aux XIVe et XVe siècles, on ne trouve plus l’emploi d’une même terminologie politique pour désigner les territoires de la Russia et leurs souverains [124].
 
La diffusion des connaissances
 
 
Si l’étude systématique des sources occidentales évoquant la Russia révèle que ce pays y est souvent mentionné et y fait même parfois l’objet de quelques paragraphes, il importe de savoir dans quelle mesure ces informations ont été diffusées. C’est dans cette perspective que je m’intéresserai à présent à la circulation des manuscrits, aux traductions et aux emprunts.
Lorsque l’on examine le nombre de manuscrits des textes médiévaux évoquant la Russia, on constate sans surprise qu’il est fort variable. À titre d’exemple, le De proprietatibus rerum de Barthélemy l’Anglais et le Devisement du monde de Marco Polo sont parmi les textes étudiés ceux qui ont connu la plus large diffusion : environ 250 manuscrits [125] pour l’un et 150 [126] pour l’autre répertoriés dans les grandes bibliothèques occidentales. De même, les Otia imperialia de Gervais de Tilbury et les deux versions de l’Ystoria Mongalorum de Plan Carpin ont également connu un succès important. Du premier, on a conservé 22 manuscrits rien qu’entre les XIIIe et XVe siècles [127], tandis que du second nous sont parvenus 16 manuscrits médiévaux [128]. Ajoutons en ce qui concerne Plan Carpin que la seconde version a aussi été intégrée dès avant 1254, sous une forme quelque peu abrégée dans le célèbre Speculum historiale de Vincent de Beauvais [129]. Or cette dernière œuvre est conservée dans un très grand nombre de manuscrits [130]. En revanche les chroniques de Thietmar de Mersebourg et d’Adam de Brême, de même que les récits de voyage de Julien de Hongrie, Guillaume de Rubrouck, le Franciscain anonyme et Guillebert de Lannoy ne sont attestés que par un petit nombre de manuscrits : 7 manuscrits conservés entre les XIIe et XVe siècles pour Adam de Brême [131], 7 manuscrits médiévaux pour Guillaume de Rubrouck [132], 3 manuscrits du dernier tiers du XVe siècle pour le Franciscain anonyme [133], 2 manuscrits pour Thietmar de Mersebourg (original et XIVe siècle) [134] et Julien de Hongrie (1284 et XIVe siècle) [135] et 1 manuscrit pour Guillebert de Lannoy (ca 1480) [136].
Si le nombre de manuscrits d’un texte constitue un indice du succès de ce dernier, cela ne signifie pas pour autant qu’il a exercé une influence particulière dans la diffusion des connaissances sur la Russia. Les exemples opposés de la chronique de Thietmar de Mersebourg et du récit de voyage de Marco Polo sont là pour en témoigner. Alors que les informations sur la Russia contenues dans la chronique de Thietmar auraient dû normalement passer inaperçues, elles font l’objet de copiages au Moyen Âge, contrairement au chapitre de Marco Polo sur la Russia pourtant plus complet et plus répandu. D’autre part, la version diffusée d’un texte n’est pas forcément celle qui contient le plus d’informations sur la Russia. L’exemple du Devisement du monde est là pour le rappeler puisque la version longue du chapitre sur la Russia n’est à l’heure actuelle attestée que dans un seul manuscrit médiéval rédigé vers 1470, alors que sa version brève figure dans presque tous les manuscrits.
Un autre indice de diffusion des ouvrages médiévaux est l’existence de traductions en langues vernaculaires. Par ce biais, des informations sur la Russia peuvent atteindre des publics plus larges. C’est le cas notamment de trois ouvrages latins parmi les plus intéressants pour la connaissance du pays des Slaves orientaux au Moyen Âge, à savoir les Otia imperialia de Gervais de Tilbury, le De proprietatibus rerum de Barthélemy l’Anglais et le Devisement du monde de Marco Polo [137].
Malgré leur faible quantité, les informations sur la Russia présentées par certains auteurs occidentaux ont fait l’objet d’emprunts. Ainsi le chroniqueur allemand surnommé l’Annaliste Saxon reproduit, parmi d’autres emprunts, les quelques lignes de Thietmar de Mersebourg sur la ville de Kiev [138]. De même, le chroniqueur allemand Helmold de Bosau emprunte à la chronique d’Adam de Brême quelques lignes où la Russia est brièvement évoquée [139]. Dans les deux cas, les copieurs ne font aucune allusion à l’auteur qu’ils copient et modifient aussi légèrement le contenu. Par exemple, l’Annaliste Saxon compte 300 églises à Kiev, alors que Thietmar citait le chiffre de 400. Le cas de Roger Bacon est différent de celui de l’Annaliste Saxon et de Helmold de Bosau. En effet, contrairement à eux, il n’hésite pas à citer ses sources lorsqu’il compose son encyclopédie l’Opus Maius. Parmi celles-ci figure le récit de voyage de Rubrouck qui est plusieurs fois mentionné. Comme il ne manque pas de le préciser, Bacon connaît personnellement son confrère franciscain et a lu son récit de voyage dont il estime à juste titre la grande valeur en tant qu’œuvre d’un témoin oculaire [140]. Mais il ne le fait pas systématiquement ; nombreuses sont ses informations sur la Russia qui ont été inspirées par Rubrouck sans pour autant être attribuées à leur auteur. Ces emprunts – reconnus ou non – peuvent être des citations littérales, mais aussi respecter le contenu du texte sans en restituer la forme. Parmi ces emprunts, citons notamment la localisation géographique de la Russia, la description de la Volga dont Bacon reprend même la comparaison avec la Seine à Paris, l’utilisation des cloches dans les églises « russes » et l’emploi de fourrures comme monnaie d’échange [141]. Si les copiages évoqués attestent la circulation d’informations sur la Russia, il convient de relativiser leur importance : non seulement ils sont peu nombreux, mais ils interviennent chez les copieurs au même titre que d’autres extraits de la source ; il faut donc se garder de déduire de ces mentions de la Russia sous la plume des copieurs que ces derniers éprouvent un intérêt particulier pour le pays des Slaves orientaux.
 
Conclusion
 
 
Malgré son éloignement géographique et culturel, la Russia médiévale est connue de l’Occident médiéval latin, comme en témoigne ma quête des sources. Une analyse typologique de celles-ci révèle la grande diversité des écrits dans lesquels la Russia est évoquée : récits de voyages, encyclopédies, chroniques, sagas, mappemondes et portulans. Si l’on prend en compte le nombre des allusions repérées, la palme revient assurément aux chroniques et aux sagas. Si l’on s’intéresse plutôt à l’importance de l’information transmise, on accordera la prééminence aux récits de voyage et aux encyclopédies. Par ailleurs, on constate également que le flux d’informations est continu entre le Xe et la fin du XIIIe siècle, les contacts politiques et commerciaux étant nombreux avec le monde « russe » à cette époque. C’est du reste au XIIIe siècle que sont rédigées les descriptions les plus conséquentes de celui-ci sous la plume de Guillaume de Rubrouck et de Marco Polo. En revanche, on assiste à partir du XIVe siècle à un ralentissement de ce flux du fait d’un relatif isolement de la Russia au moment où celle-ci subit la domination des Tatars-Mongols. Seules les villes de Novgorod et de Pskov, demeurées en contact régulier avec l’Occident, émergent, grâce au récit de voyage de Guillebert de Lannoy, de l’ombre dans lequel l’ensemble du monde « russe » est plongé en Occident. Si les sources occidentales évoquant la Russia sont variées, les auteurs de l’information, quand ils sont connus, proviennent en revanche majoritairement du même milieu. Ce sont en général des ecclésiastiques et en particulier des moines ; ils sont originaires de divers pays occidentaux, principalement de l’empire germanique, de la Pologne, de la France, de l’Angleterre et de la Norvège. Leurs œuvres sont dans l’ensemble rédigées en latin, langue de l’Église et de la culture de l’Occident, sauf les sagas qui sont composées selon la tradition scandinave soit en vieil islandais, soit en vieux norvégien.
À la dispersion des sources correspond une fragmentation de l’information et, par conséquent, une représentation parcellaire et disparate de la Russia. Sans doute est-il possible d’en dégager les grandes lignes, à condition toutefois d’admettre que le tableau ainsi réalisé est en quelque sorte virtuel. Car celui-ci se fonde sur une collecte de documents qui avaient peu de chance d’être rassemblés dans un même lieu durant le Moyen Âge. À cette réserve près, on retiendra que les auteurs médiévaux et leurs lecteurs voient dans la Russia un espace immense, au climat glacial en hiver, couvert de forêts et traversé par des grands fleuves, dans lequel se distinguent quelques villes importantes, dont Kiev et Novgorod. Ce territoire constitue selon les époques un « royaume » indépendant ou une « province » tatare, sous le gouvernement d’un ou de plusieurs « rois ». Il est peuplé de Slaves, chrétiens de rite grec, dont les mœurs apparaissent étranges et en tout cas excessives. L’ivrognerie russe est déjà mentionnée, à côté de l’utilisation du sauna et de la vente d’êtres humains. Si l’on rencontre déjà au Moyen Âge certains préjugés (barbares, ivrognes, chrétiens schismatiques…) à l’égard des habitants de la Russia ainsi que des informations erronées dues à une mauvaise compréhension de ce pays, il importe de souligner que dans l’ensemble les sources occidentales sur le monde « russe » sont correctes, même si elles sont rarement consistantes. Il est vrai qu’à l’époque la Russia occupe une place périphérique dans le jeu politique et économique occidental. L’attention des Occidentaux est plutôt focalisée, d’une part, sur le Proche-Orient à cause de Jérusalem et de la Terre Sainte, d’autre part sur l’Extrême-Orient, point de départ de la route de la soie et des épices.
Malgré la dispersion des sources et la brièveté de la majeure partie des informations véhiculées, on possède des indices suggérant la diffusion de certaines d’entre elles. Cette diffusion se vérifie à travers la mise en circulation de nombreux manuscrits contenant des œuvres à succès, l’existence de l’une ou l’autre traduction, et le recours à des emprunts d’un texte à l’autre, sans qu’un intérêt particulier pour la Russia justifie nécessairement une telle démarche. Par ailleurs, la diffusion des connaissances et d’une ébauche d’image du monde « russe » est attestée par les mentions de la Russia contenues dans de nombreuses œuvres littéraires, aux sujets profanes et rédigées en langue vulgaire : chansons de geste, épopées, romans de chevalerie et poèmes courtois. Consignées par écrit au cours des XIIe, XIIIe et XIVe siècles, ces œuvres proviennent essentiellement de France, de l’empire germanique, d’Angleterre et d’Italie. Toutefois, si leurs allusions au monde « russe » sont nombreuses, elles révèlent une approche des plus fantaisistes, qui transforme le territoire des Slaves Orientaux en un espace de rêve, où se meuvent troubadours, chevaliers héroïques et mécréants [142].
De cet ensemble d’éléments il ressort donc que la Russia médiévale n’est certes pas ignorée de l’Occident latin, mais qu’elle demeure cependant encore très mal connue à travers des informations parcellaires et disparates. Il faudra attendre la fin du XVe siècle et surtout le XVIe siècle pour que l’Occident commence à s’intéresser en profondeur au monde « russe » et pour qu’apparaissent les premières descriptions systématiques de ce dernier. Cet intérêt nouveau s’inscrit dans le cadre des grandes découvertes et de l’Humanisme. Mais ceci est une autre histoire.
 
ANNEXE I
 
 
Le nom de la Russia dans les sources occidentales du Moyen Âge
1.Russia,Ruscia,Rusia,Rucia,Ruzia,Ruzzia
XIe siècle :
Annales Quedlinburgenses (début XIe s.), M.G.H.,SS., t. 3,1839, p. 60,80 ; Annales Hildesheimenses (milieu XIe s.), Id., p. 60 ; THIETMAR DE MERSEBOURG, Chronicon, p. 56,340,344,472 ; PIERRE DAMIEN,Vita sancti Romualdi (ca 1040), M.G.H., SS., t. 4, 1841, p. 850 ; ADÉMAR DE CHABANNES,Chronicon, p. 152-153 ; WIPO,Gesta Chuonradi II., p. 588,562 ; FRUTOLF DE MICHELSBERG,Chronica, p. 104 ; ADAM DE BRÊME,Gesta Hammaburgensis ecclesiae, p. 254,270,274,292,340,396,446,450,452,458,460,480 ; LAMBERT DE HERSFELD,Annales, p. 30 ; Annales Altahenses Maiores (ca 1070), M.G.H., SS., t. 20,1868, p. 786 ; BRUNO,Saxonicum bellum (fin XIe s.), A.Q.D.G.M., t. 12,1963, p. 208.
XIIe siècle :
GALLUS ANONYMUS, Cronica, p. 394,404,406,417,429 ; ALBERT D’AIX, Historia Hierosolymitana (ca 1121), Recueil des historiens des Croisades – Historiens occidentaux, rééd., t. 4,1967, p. 294 ; COSMAS DE PRAGUE,Chronica Boemorum (début XIIe s.), M.G.H., SS.R.G. nova series, t. 2,1923, p. 41,44 et ses continuations par le CHANOINE DE VISEGRAD (XIIe s.), M.G.H., SS., t. 9,1851, p. 138, le MOINE DE SAZAVA (XIIe s.), Id., p. 148 et les CHANOINES DE PRAGUE (XIIe-XIIIe s.), Id., p. 184 ; HARTWIC, Vita maior Stephani regis Ungariae (début XIIe s.), M.G.H., SS., t. 11,1854, p. 232 ; EKKEHARD DE AURA, Chronica (début XIIe s.), A.Q.D.G.M., t. 15,1972, p. 150 ; Chronicon Sancti Petri Vivi Senonensis, p. 122 ; Annales Ottenburani (début XIIe s.), M.G.H., SS., t. 5,1844, p. 4 ; Translatio Godehardi episcopi Hildesheimensis (ca 1132), M.G.H., SS., t. 12,1856, p. 647 ; ORTLIEB DE ZWIEFALTEN,Chronicon libri II. (ca 1135-1140), M.G.H., SS., t. 10,1852, p. 91,92 ; ANNALISTE SAXON, p. 619,658,665,683, 696,721,730,737,745 ; Annales Cracovienses vetusti (1re moitié XIIe s.), M.P.H., t. 2, 1872 (rééd. 1961), p. 773 ; ORDERIC VITAL, Historiae Ecclesiasticae, t. 4, p. 351; t. 5, p. 220 ; Annales Gradicenses (1re moitié XIIe s.), M.G.H., SS., t. 17,1861, p. 651 ; Abbreviatio gestorum Franciae Regum (1re moitié XIIe s.), R.H.F., t. 11,1876, p. 213 ; S. Petri Erphesfurtensis auctarium et continuatio chronici Ekkehardi (XIIe s.), M.G.H., SS.R.G., t. 42,1899, p. 30 ; HERBORD, Vita Ottonis episcopi Babenbergensis (ca 1139), M.G.H., SS., t. 12, p. 775 ; ID.,Dialogus, p. 725 ; VINCENT DE PRAGUE,Annales (1160-1170), M.G.H., SS., t. 17, p. 663 ; Historia Norwegiae, p. 113,120,124 ; HELMOLD DE BOSAU, Chronica Slavorum, p. 36,38,80,304 ; THÉODRIC,Historia, p. 13,28,30,45,57 ; Vita beati Mariani (ca 1185), AA.SS.,Février, t. 2,1864, p. 369 ; Annales Floreffienses (XIIe s.), M.G.H., SS., t. 16,1869, p. 627 ; Annales Pegavienses (XIIe s.), Id., p. 235.
XIIe-XIIIe siècles :
ANONYMUS, Gesta Hungarorum ; ARNOLD DE LÜBECK, Chronica Slavorum, p. 122 ; ROGER DE HOVEDEN,Chronica,M.G.H., p. 147 et R.S., p. 236 ; WILHELM DE EBELHOLT, Genealogia Ingeborgis, p. 165 ; WILLIAM DE CANTERBURY, Vita et miracula sancti Thomae (fin XIIe s.), M.G.H., SS., t. 27,1885, p. 41 et éd. J.C. ROBERTSON,R.S., t. 67/1, Londres, 1875, p. 543 ; Annales Scheftlarienses maiores (XIIe-XIIIe s.), M.G.H., SS., t. 7, 1846, p. 341 ; Annales Sancti Rudberti Salisburgenses (XIIe-XIIIe s.), M.G.H., SS., t. 9, p. 789 ; Continuatio Garstensis (XIIe-XIIIe s.), Id., p. 599 ; Annales capituli Cracoviensis, p. 808.
XIIIe siècle :
SAXO GRAMMATICUS, Gesta Danorum, p. 53,57,71 ; Chronicon Hungarico-Polonicum (ca 1200), M.P.H., t. 1,1864 (rééd. 1960), p. 489,514 ; Acta sancti Olavi, p. 130,142, 143 ; WINCENTY KADRUBEK, Chronica Polonorum, p. 279,280,291,292,351,352,357, 397,407,416,418,437,439,441 ; Continuatio Lambacensis (1212-1231), M.G.H., SS., t. 9, p. 559,560 ; GERVAIS DE TILBURY,Otia imperialia, p. 242,244 ; HENRI DE LIVONIE, Chronicon Lyvoniae, p. 84,100,116,168,200,204,224, 226,236,254,272,274, 276, 278,280,296,298 ; Óláfssaga Tryggvasonar [Saga d’Olav Tryggvason] (version 1230-1250), éd. DŽAKSON I, p. 129,130 ; mappemonde d’Ebstorf ; AUBRY DE TROIS-FONTAINES,Chronica, p. 684,737,756,834,881,885,911,930 ; ALBERT DE STADEN, Annales Stadenses, p. 317,319,326,367 ; Vita Minor sancti Stanislai (1re moitié XIIIe s.),M.P.H., t. 4,1884 (rééd. 1961), p. 268,275 ; DOMINICAIN WINCENTY,Vita Maior sancti Stanislai (1re moitié XIIIe s.), M.P.H., t. 4, p. 365 ; CONON D’ESTAVAYER,Notae, p. 783 ; continuation de la Chronica regia Coloniensis, p. 280,290 ; MATHIEU PARIS, Chronica Maiora,R.S., t. 57/3, p. 460 ; t. 57/4, p. 92,386,387,389 ; t. 57/6, p. 75,77-80, 82,84 ; ID.,Historia Anglorum (1235-1259), M.G.H., SS., t. 28,1888, p. 429 ; ROGER D’APULIE,Miserabile carmen super destructione Hungariae (ca 1242), M.G.H., SS., t. 29, 1892, p. 553,554,555 ; BOGUCHWAR, Chronica Poloniae Maioris, continuée par GODYSRAW BASZKO, p. 484,486,487,508,509,515, 516,521,523,526,530,533,534, 535,536,544,545,547,552, 553,556,561,573,585,588,592 ; Annales Sancti Pantaleonis Coloniensis, p. 535,541 ; HERMANN,Annales Altahenses (milieu XIIIe s.), M.G.H., SS., t. 17, p. 402 ; mappemonde islandaise (milieu XIIIe s.), éd. MEL’NIKOVA,Drevneskandinavskie geografi²eskie, p. 105 ; ROGER BACON,Opus Maius, t. 1, p. 358,359,360,370 ; Annales Frisacenses (1217-1300), M.G.H., SS., t. 24,1879, p. 66 ; Annales S. Benigni Divionensis (Xe-XIIIe s.), M.G.H., SS., t. 5, p. 49 ; Chronica Sancti Petri Erfordensis moderna (XIIIe s.),M.G.H., SS.R.G., t. 42, p. 393 ; Carmina de regno Ungariae destructo per Tartaros (XIIIe s.), M.G.H., SS., t. 29, p. 601 ; continuation de la Gesta regum de GERVAISE DE CANTERBURY (XIIIe s.), M.G.H., SS., t. 27, p. 310 et R.S., t. 73/2, p. 179 ; Chronicon Imperatorum et Pontificum Bavaricum, p. 221 ; Annales Cracovienses breves (XIIIe s.), M.G.H., SS., t. 19,1866, p. 666 ; Annales Nereheimenses (XIIIe s.), M.G.H., SS., t. 10, p. 23 ; Chronica brevis Boemorum (XIIIe s.), M.G.H., SS., t. 30/1,1896, p. 40,41 ; Annales monasterii de Waverleia (XIIIe s.), éd. H.R. LUARD,R.S., t. 36/2, Londres, 1865, p. 324 ; DOMINICAIN SUÉDOIS,Annales (XIIIe s.),M.G.H., SS., t. 29, p. 235 ; Chronica Danorum Sialandica (2e moitié XIIIe s.), Id., p. 212 ; Annales Ryenses (2e moitié XIIIe s.), M.G.H., SS., t. 16, p. 393,397, 402 ; mappemonde de Hereford ; Annales Burtonenses (fin XIIIe s.), éd.H.R. LUARD, R.S., t. 36/1, Londres, 1864, p. 272,273,275 ; Annales Sanctae Crucis, p. 65,66,71,75, 76,77,78,86 ; Continuatio Claustroneoburgensis I (XIIIe s.), M.G.H., SS., t. 9, p. 612 ; Id. III (XIIIe-XIVe s.), Id., p. 636 ; Continuatio Sancrucensis I (XIIIe s.), Id., p. 627 ; Id. II (2e moitié XIIIe s.), Id., p. 640 ; Id. III (1307), Id., p. 734 ; ANONYME (FRANCISCAIN DE CRACOVIE),Cronica Polonicalis, p. 48,50,51 ; HEINRICH HEIMBURC, Annales (fin XIIIe s.) et Chronica domus Sarensis (ca 1300), M.G.H., SS., t. 17, p. 718 ; Hauksbók [Le livre de Hauk] (2e moitié XIIIe-début XIVe s.), cité par DŽAKSON, Sýrnes i Gaðar, p. 74 ; Hversu lönd liggia i veroldenni [Quels pays se trouvent sur la terre], p. 62.
XIVe siècle :
Miracula sancti Adalberti (XIIIe-XIVe s.), M.P.H., t. 4, p. 237 ; MIERZWA, Chronica Polonorum (1306-1320), M.P.H., t. 2, p. 164,189 ; Hálfdanar Saga Eysteinssonar [Saga de Halfdan Eysteinsson] (début XIVe s.), éd. G.V. GLAZYRINA,Islandskie vikingskie, p. 60 ; TOLOMEO DE LUCQUES,Annales (début XIVe s.), M.G.H., D.C.G.M. nova series, t. 8,1930, p. 117 ; Chronicon Polono-Silesiacum,M.G.H., SS., t. 19, p. 558,561,562, 563,564 ; Annales Osterhovenses (début XIVe s.), M.G.H., SS., t. 17, p. 555 ; Hálfdanar Saga Eysteinssonar [Saga de Halfdan Eysteinsson] (début XIVe s.), éd. GLAZYRINA, Islandskie vikingskie, p. 60,86 ; PETER DE DUSBURG, Chronica terre Prussie (1326), A.Q.D.G.M., t. 25,1984, p. 98,326 ; MIERZWA, Continuation de la chronique de WINCENTY KADRUBEK, p. 350,357,390,397,407,416,437,439 ; Vita et miracula sanctae Kyngae, p. 684 ; Catalogue des évêques de Cracovie (1re moitié XIVe s.), M.P.H., t. 3,1878 (rééd. 1961), p. 329 ; Cronica de ducibus Bavariae (XIVe s.), M.G.H., SS.R.G., t. 19,1918, p. 151 ; Annales Cracovienses compilati (XIVe s.), Id., p. 593 ; Chronicon Moguntinum (XIVe s.), M.G.H., SS.R.G., t. 20,1885, p. 4 ; Annales Sandivogii (XIVe s.), p. 878 ; Annales capituli Posnaniensis, p. 450,460,462 ; Annales Mechovienses (XIVe-XVe s.), M.G.H.,SS., t. 19, p. 670,671 ; Annales Posnanienses (XIVe-XVe s.), M.P.H., t. 5,1888 (rééd. 1961), p. 882 ; Annales Polonorum (versions de 1340-1341,1464,1471 et XVe s.), M.G.H., SS., t. 19, p. 618,621,622,630,636,637,644,645,646,647,654, 655,661,663 ; Annales de Kujawie (ca 1378), M.P.H., t. 3, p. 206,212 ; JAN DE CZARNKÓW,Cronica longa, p. 620,621,622,626,631,664,678,680,719,720,722, 735 ; Chronica principum Poloniae (1382-1398), M.P.H., t. 3, p. 440,441,447,452,476, 479,483,485.
XVe siècle :
Ordo regum incliti regni Polonie (XVe s.), M.P.H., t. 3, p. 292 ; Catalogue des évêques de Cracovie IV (XVe s.), Id., p. 363 ; Annales Silesiaci compilati (XVe s.), Id., p. 676,678 ; THOMAS EBENDORFER,Cronica Austrie, p. 130,146,205 ; mappemonde d’ANDREAS WALSPERGER ; mappemonde Borgia ; MOINE ALBERT, Die Weltchronik (XVe s.), M.G.H., SS.R.G. nova series, t. 17,1994, p. 179 ; Memorabilia Cracoviensia (XVe s.), M.P.H., t. 3, p. 240 ; Memorabilia de Bochnia (XVe s.), Id., p. 244 ; Memorabilia de Przeworsk (XVe s.), Id., p. 274 ; Calendarii Cracoviensis notae historicae ad annorum dierumque ordinem redactae (XIIIe-XVe s.), M.P.H., t. 6,1893 (rééd. 1961), p. 667.
2.Rut(h)enia
XIIe siècle :
ÉVÊQUE DE CRACOVIE MATTHIEU († 1165), De suscipienda Ruthenorum conversione, éd. A. BIELOWSKI, M.P.H., Lwów, 1842, p. 15 ; OTTO DE FREISING, Gesta Friderici I, p. 192 ; HERBORD,Dialogus, p. 726,762,763.
XIIIe siècle :
GERVAIS DE TILBURY, Otia imperialia, p. 244 ; Continuation de la Chronica regia Coloniensis, p. 142 ; Annales Colonienses Maximi (2e moitié XIIe-1re moitié XIIIe s.), M.G.H., SS., t. 17, p. 795 ; BARTHÉLEMY L’ANGLAIS, De proprietatibus, p. 74,77 ; THOMAS DE SPLIT, Historia pontificum Salonitanorum, p. 585 ; SIMON KÉZAI, Gesta Ungarorum, p. 527,540.
XIVe siècle :
Mappemonde de PETRUS VESCONTE ; Atlas Medici.
3.Rossia,Roxia
XIIe siècle :
OTTO DE FREISING, Gesta Frederici I., p. 176 ; WILHELM DE EBELHOLT, Genealogia Ingeborgis, p. 166 ; BENOIT DE SAINT-MAURE, Chronique des ducs de Normandie (ca 1175), éd. C. FAHLIN, t. 1, Uppsala, 1951, p. 10 ; L’Estoire de la Guerre Sainte (fin XIIe-début XIIIe s.).
XIIIe siècle :
GEOFFROY DE VILLEHARDOUIN,La conquête de Constantinople (ca1207), éd. E. FARAL, Paris, 1939, p. 26 ; Li Estoire de Jerusalem et d’Antioche (XIIIe s.), Recueil des Historiens des Croisades – Historiens Occidentaux, t. 5,1895, p. 630. Également attesté dans des chansons de geste et des romans de chevalerie français.
XIVe siècle :
Libro del conoscimiento ; Anonyme catalan de 1375 ; mappemonde d’ANDREA BIANCO ; mappemonde de FRA MAURO.
4. Roussie, Rousie, Rousye
XIIIe siècle :
PHILIPPE MOUSKET,Chronique rimée (ca 1244), M.G.H., SS., t. 26,1882, p. 815,819 ; Chronique de Saint-Denis (ca 1274), R.H.F., t. 11,1876, p. 400. Surtout répandu dans les œuvres littéraires : chansons de geste, poèmes épiques et romans courtois.
5.Riuzen
XIIe siècle :
Kaiserchronik (XIIe s.), M.G.H., D.C.G.M., t. 1,1895, p. 215,332,378 ; Sächsische Weltchronik, p. 105,143,178,199,259.
XIIIe siècle :
JANSEN ENIKEL,Weltchronik, p. 531,532 ; Livländische Reimchronik, p. 208 ; OTTOKAR, Österreichische Reimchronik, p. 33,201,279,281,284,1154,1155,1242 ; Österreichische Chronik von den 95. Herrschaften, p. 115,133,138. Également attesté dans plusieurs épopées allemandes.
6.Riuzinlanti,Riuzen lant et Riuzen lande
XIe-XIIe siècles :
Annolied (1076-1126), M.G.H., D.C.G.M., t. 1, p. 128.
XIIIe siècle :
JANSEN ENIKEL,Weltchronik, p. 521,537 ; Livländische Reimchronik, p. 4,57,59,60, 175,181,193,208,241.
7.Garðar,Gorðum,Gorðom,Garðaríki,KarÞa,KirÞu,KarÞum,KaÞum et KarÞum
Xe siècle :
HALLFREÐR VANDRÆÐASKÁLD,Óláfsdrápa (996), poème scaldique cité par DŽAKSON, O nazvanii, p. 134.
XIe siècle :
Inscription runique d’Ardre IV (île de Gotland, 1re moitié XIe s.), éd. MEL’NIKOVA, Skandinavskie runi²eskie, p. 62-63 ; inscription runique de Turinge (Sudermanie en Suède, 1re moitié XIe s.), Id., p. 82-83 ; inscription runique de Gårdby kyrkogård (île d’Öland, 1re moitié XIe s.), Id., p. 117-119 ; inscription runique de Låddersta (Uppland en Suède, ca 1020-1060), Id., p. 100-101 ; inscription runique de Hagstugan (Sudermanie, milieu XIe s.), Id., p. 86-87 ; inscription runique d’Innberga (Sudermanie, milieu XIe s.), Id., p. 75-76 ; inscription runique d’Alstad II (Norvège, 2e moitié XIe s.), Id., p. 47-50 ; inscription runique de Veda (Uppland en Suède, XIe s.), Id., p. 95-96.
XIIe siècle :
CLERC DE TRONDHEIM,Ágrip af Nóregs konunga sögum [Abrégé des sagas des rois de Norvège] (ca 1190), éd. DŽAKSON II, p. 33 ; Description de la terre I (ca 1170-1190), éd. MEL’NIKOVA, Drevneskandinavskie geografi²eskie, p. 76 ; Orkneyinga saga [Saga des Orcadiens] (ca 1190), éd. DŽAKSON III, p. 227,228.
XIIIe siècle :
Óláfs saga helga [La plus ancienne saga de saint Olav] (ca 1200), éd. DŽAKSON II, p. 37 ; Óláfssaga Tryggvasonar [Saga d’Olav Tryggvason] (version ca 1200), éd. DŽAKSON I, p. 142,143,144,145 ; Olafs saga hins helga [Saga légendaire de saint Olav] (début XIIIe s.), éd. DŽAKSON II, p. 40,41,42 ; III, p. 224 ; Fagrskinna [Le beau parchemin] (ca 1220), éd. DŽAKSON I, p. 152,153 ; II, p. 49,50 ; III, p. 77,78,107 ; SNORRI STURLUSON,Saga partielle de saint Olav (ca 1220-1230), éd. DŽAKSON I, p. 239 ; Morkinskinna [Le parchemin pourri] (ca 1220-1230), éd. DŽAKSON III, p. 48,52,53,95,96,97,98,99 ; SNORRI STURLUSON,Heimskringla [Orbe du monde] (ca 1230), éd. DŽAKSON I, p. 154, 155,156,157,158 ; II, p. 60,62,63,66,67,69 ; III, p. 81,84,85,110,111,112,170 ; Óláfssaga Tryggvasonar [Saga d’Olav Tryggvason] (version 1230-1250), éd. DŽAKSON I, p. 124,125,126,127,128,130,131,132 ; Óláfssaga Tryggvasonar [Saga d’Olav Tryggvason] (version milieu XIIIe s.), Id., p. 151 ; Knýtlinga saga [Saga des rois Knut] (milieu XIIIe s.), éd. DŽAKSON II, p. 137 ; III, p. 232,233,234,235,236 ; STURLA ÞÓRDARSON,Hákonar saga Hákonarsonar [Saga de Haakon Haakonarson] (1264-1265), éd. DŽAKSON III, p. 200 ; Hulda [Le parchemin caché] (ca 1268-1300), Id., p. 118,119, 120,121,122,172 ; Description de la terre III (2e moitié XIIIe s.), éd. MEL’NIKOVA, Drevneskandinavskie geografi²eskie, p. 94 ; Hauksbók [Le livre de Hauk] (2e moitié XIIIe-début XIVe s.), cité par DŽAKSON, Sýrnes i Gaðar, p. 74 ; Hversu lönd liggia i veroldenni [Quels pays se trouvent sur la terre], p. 62.
XIVe siècle :
Óláfs Saga Tryggvasonar en mesta [Grande saga d’Olav Tryggvason] (ca 1300), éd. DŽAKSON I, p. 165,166,167,168,169,170,171,172,173,174 ; II, p. 134,135 ; III, p. 225 ;Du peuplement de la terre par les fils de Noé (début XIVe), éd. MEL’NIKOVA, Drevneskandinavskie geografi²eskie, p. 134 ; Gripla (XIVe s.), Id., p. 158 ; JÓN ÞORDARSON et MAGNUS ÞÓRHALLSSON,Flateyjarbók [Le livre de Flatey] (1387-1394), éd. DŽAKSON II, p. 85,86,93,96,98,99,103,104 ; Sturlaugs Saga starfsama [Saga de Sturlaug Yngolfsson le Travailleur] (ca 1300), éd. GLAZYRINA, Islandskie vikingskie, p. 158,164,170 ; Hálfdanar Saga Eysteinssonar [Saga de Halfdan Eysteinsson] (début XIVe s.), Id., p. 82.
8.Ruzaland,Ryzaland,Russaland
XIIIe siècle :
Guta lag och Guta saga [Saga des Gotlandais] (1er quart XIIIe s.), éd. DŽAKSON I, p. 242 ; III, p. 252.
XIVe siècle :
Hálfdanar Saga Eysteinssonar [Saga de Halfdan Eysteinsson], éd. GLAZYRINA,Islandskie vikingskie sagi, p. 86.
 
ANNEXE II
 
 
Le nom des habitants de la Russia dans les sources occidentales du Moyen Âge
1.Russi,Rusi,Rusii,Ruzi,Ruzzi,Ruzeni,Ruszi,Rusci,Ruscii,Ruci et Ruti
Xe siècle :
LIUTPRAND DE CRÉMONE, Antapodosis libri VI et Relatio de legatione Constantinopolitana (2e moitié Xe s.), M.G.H., SS., t. 3, p. 277,331,353 ; Chronique de Corvey,M.G.H.,SS., t. 13,1881.
XIe siècle :
THIETMAR DE MERSEBOURG,Chronicon, p. 426,432,472 ; ADEMAR DE CHABANNES, Chronicon, p. 153 ; PIERRE DAMIEN, Vita sancti Romualdi, p. 851 ; Annales Hildesheimenses,M.G.H.,SS., t. 3, p. 69 ; LAMBERT DE HERSFELD,Annales, p. 32,44, 262,300 ; ADAM DE BRÊME,Gesta Hammaburgensis ecclesiae, p. 250,456 ; FRUTOLF DE MICHELSBERG,Chronica, p. 104 ; RAOUL TORTAIRE,Miracula sancti Benedicti (fin XIe s.),R.H.F., t. 11, p. 486.
XIe-XIIe siècle :
SIGEBERT DE GEMBLOUX,Chronographia, p. 347,362 ; Annales Barenses (fin XIe-début XIIe s.), M.G.H., SS., t. 5, p. 53,54 ; LÉON MARSICAN et PIERRE DIACRE,Chronica monasterii Casinensis (fin XIe-début XIIe s.), M.G.H., SS., t. 7, p. 652.
XIIe siècle :
HUGUES DE FLEURY,Liber, p. 388 ; HUGUES DE FLEURY (?), Historia Francorum, p. 159 ; Historia Francorum, p. 161 ; DENIS,Vita Mathildis (ca 1114), M.G.H., SS., t. 12, p. 380 ; RODOLPHE,Vita Lietberti, p. 850 ; ANNALISTE SAXON, p. 602,637,658,665,673,684, 693,737 ; Annales Magdeburgenses (2e moitié XIIe s.), M.G.H., SS., t. 16, p. 149 ; HELMOLD DE BOSAU,Chronica Slavorum, p. 34 ; WILLIAM FITZ-STEPHEN,Vita et Passio sancti Thomae, p. 7.
XIIe-XIIIe siècle :
Annales Sancti Albini Andegavensis (XIIe-début XIIIe s.), R.H.F., t. 11, p. 291 ; Continuation de la chronique de Cosmas de Prague par les chanoines de Prague (XIIe-XIIIe s.), M.G.H., SS., t. 9, p. 185.
XIIIe siècle :
ANONYME (MOINE DE SAINT-GERMAIN-DES-PRES),Historia regum Francorum (début XIIIe s.), R.H.F., t. 11, p. 319 ; AUBRY DE TROIS-FONTAINES,Chronica, p.935 ; Cronica Reinhardsbrunnensis, p. 527.
XVe siècle :
Mappemonde d’ANDREAS WALSPERGER.
2.Rugi
Xe siècle :
ADALBERT DE TRÈVES, continuation de la chronique de RÉGINON DE PRÜM, p. 170, 172,177.
XIe siècle :
GUILLAUME DE JUMIÈGES,Historia Normannorum, p. 48.
XIIe siècle :
Gesta vel chronica archiepiscoporum Magdeburgensium (XIIe s.), M.G.H., SS., t. 14, 1883, p. 381 ; ANNALISTE SAXON, p. 615,619 ; Genealogia Welforum, p. 734.
3. Riuzen,Ruzen,Rûz
XIIe siècle :
Detmar-Chronik (XIIe s. ?) ; Kaiserchronik (XIIe s.).
XIIe-XIIIe siècle :
Sächsische Weltchronik, p. 163,243,254.
XIIIe siècle :
JANSEN ENIKEL,Weltchronik, p. 522 ; ID., Fürstenbuch,M.G.H., D.C.G.M., t. 3,1900, p. 613,638 ; Livländische Reimchronik, p. 5,18,44,56,57,58,59,60,61,62,175,176, 179,180,1