Le Moyen Age
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-4462-3
285 pages

p. 627 à 641
doi: en cours

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Tome CX 2004/3-4

2004 Le Moyen Age

L’octave de la Trinité du calendrier liégeois.

Florence Close F.N.R.S. – Université de Liège
La montée en puissance de l’autorité pontificale, au milieu du XIe siècle, entraîne une modification du statut des fêtes liturgiques célébrées dans les différents diocèses d’Europe. De la seconde moitié du XIe au XIVe siècle, les partisans de la préséance de la célébration de l’octave de la Pentecôte, selon la coutume romaine, et ceux de la fête de la Trinité ne s'accordent pas. Afin de respecter la solennité de chacune de ces deux célébrations, certains diocèses de l'Empire adoptent un système d'octave anticipée en permutant le dimanche de la fête de la Trinité et celui de son octave. Le diocèse de Liège adopte cet agencement. Souvent ignorée, cette permutation a engendré de fréquentes hésitations de datations dont la plus célèbre reste probablement la question de la date primitive de la Fête-Dieu. Mots-clés : fête de la Trinité, Fête-Dieu, chronologie, statuts synodaux de Jean de Flandre (1288), Liège. The Pope’s increasing authority in the middle of the 11th century led to a change in the relative status of the liturgical feasts that were celebrated in various European dioceses. From the second half of the 11th to the 14th centuries there was a disagreement between those who, according to the Roman custom, considered that the celebration of the Whitsun octave prevailed and those who stood up for the celebration of the Trinity Sunday octave. In order to give each of these feasts its proper solemnity some dioceses in the Holy Empire swapped Trinity Sunday and the Sunday of its octave celebration. The Liège diocese was one of them. Such permutation, which often went unnoticed, was a frequent source of uncertainty about dates, notably about the original date of Corpus Christi.Keywords : Trinity Sunday, Corpus Christi, chronology, Jean de Flandre’s synodal statutes (1288), Liège.
 
Chronologie et liturgie [*]
 
 
La proclamation du dogme trinitaire au concile de Nicée en 325 et sa prédication dans les ruines de l’Empire romain est à l’origine du mouvement de propagation d’une importante dévotion à la Trinité [1]. Avec les Carolin~giens s’amorce manifestement un processus de convergence de divers élé~ments nécessaires à l’épanouissement de la dévotion puis du culte, prélude à la naissance de la fête en l’honneur de Dieu Père, Fils et Esprit. Par son Liber sacramentorum, Alcuin nous a transmis, à la fin du VIIIe siècle, une messe votive en l’honneur de la Trinité dans laquelle on retrouve les prières d’invocations trinitaires connues à l’époque [2]. L’habitude est rapidement prise de célébrer cette messe lors des dimanches vacants, soit le premier ou le dernier dimanche de Pentecôte. À l’aube du Xe siècle, l’évêque de Liège Étienne (901-920) compose un office liturgique de la Trinité [3]. La convergence vers un jour précis de ces deux formulaires liturgiques, témoins de la dévotion trinitaire ambiante, amorce le processus d’établissement de la fête [4].
La fête de la Trinité naît et s’établit progressivement en Lotharingie carolingienne à une époque où l’autorité pontificale n’intervient que très rarement, dans la gestion des diocèses. À l’exception des grandes fêtes d’obligation telles que Noël, Pâques ou la Pentecôte, l’organisation du calendrier liturgique relève alors de l’autorité épiscopale [5]. L’instauration d’un jour précis pour rendre un culte à la Trinité dans le diocèse de Liège, ne requiert donc, au Xe siècle, aucune permission préalable hormis celle de l’évêque, en l’occurrence Richer (920/922-946) [6].
La montée en puissance de l’autorité pontificale, au milieu du XIe siècle, entraîne une modification du statut des fêtes liturgiques en vigueur dans les différents diocèses d’Europe. Les habitudes et coutumes romaines se répan~dent peu à peu dans les diocèses d’Europe. C’est de cette époque que datent les premières déclarations romaines à l’égard de la célébration d’une fête en l’honneur de la Trinité. Rome ne condamne certes pas cette solennité mais elle la considère comme superflue [7].
À Rome, dès le VIIe siècle, le dimanche des Quatre-Temps de juin, était dévolu à la célébration de l’octave de la Pentecôte tandis qu’il était considéré comme vacant dans bien des diocèses [8]. De la seconde moitié du XIe siècle au XIVe siècle, les partisans de la préséance de la célébration de l’octave de la Pentecôte et ceux de la fête de la Trinité ne s’accordent pas [9].
L’octave de la Pentecôte a-t-elle été préconisée par Rome ou bien s’est-elle naturellement intercalée dans le calendrier liturgique de certains diocèses ? Nous l’ignorons encore, comme nous ignorons l’époque précise à laquelle cette modification de l’année liturgique a pris cours [10]. Un fait est sûr : quelles que soient les circonstances de cette adoption de la coutume romaine, dans le courant du XIIIe siècle et vraisemblablement dès le siècle précédent, l’octave de la Pentecôte est solennellement célébrée dans certains diocèses de l’Empire. La fête de la Trinité est reportée au dimanche suivant. La liturgie allemande réserve ainsi à chacune de ces deux célébrations toute la solennité due [11].
Ce report de la fête de la Trinité au dimanche suivant n’aurait engendré aucune conséquence notoire si celle-ci n’avait été dotée d’une octave. Nous n’avons aucune indication précise relative à l’apparition de l’octave de la Trinité. Le plus ancien diplôme connu à l’heure actuelle en attestant l’exis~tence remonte au 20 juin 1199. Il est daté de l’octave de la Trinité in octavas sanctae Trinitatis [12]. La solennité de la fête de la Trinité est apparemment postposée d’une semaine mais les calendriers liturgiques allemands ont, en réalité, procédé à une permutation de la fête et de son octave. La deuxième semaine après la Pentecôte reste ainsi consacrée à la célébration des octaves de la Trinité. L’Allemagne inaugure de la sorte un système d’octave antici~pée [13].
Suffragant de l’archevêché de Cologne, Liège a également adopté cet agencement des premier et deuxième dimanches après la Pentecôte dans son calendrier liturgique diocésain. Les statuts synodaux, codifiés en 1288 par l’évêque Jean de Flandre (1282-1292), offrent probablement le texte le plus important et le plus précieux relatif à ce décalage chronologique :
Item, statuimus quod festum Trinitatis proxima dominica post octavam Penthecostes, que vocatur octave Trinitatis, cum IX lectionnibus et debita sollempnitate fiat. In hebdomada vero precedente, videlicet ab octava Penthecostes in secundis vesperis usque ad dominicam predictam cantetur et legatur de Trinitate, prout hactenus consuevit […] [14].
Cet extrait décrit de manière précise le déroulement de cette deuxième semaine après la Pentecôte. Il apparaît bien que la fête de la Trinité suit directement le dimanche de l’octave de la Pentecôte, séparés par une semaine durant laquelle on commémore la Trinité.
Dans l’ordinaire de la collégiale de Maastricht du XIVe siècle, le chapitre XXX est très précisément intitulé De octavis Penthecostes atque de octava anticipata Trinitatis tandis que le second dimanche après la Pentecôte est consacré De Festo Trinitatis [15]. Dans l’ordinaire de la collégiale de Tongres, le premier dimanche de la Pentecôte est consacré à la célébration de l’octave de la Pentecôte mais dès les vêpres de ce même dimanche, on célèbre les octaves anticipées de la Trinité ainsi qu’en atteste la rubrique du chapitre XXIX De octavas anticipata Trinitatis [16]. Nous retrouvons ainsi deux témoignages de l’application rigoureuse des préceptes de Jean de Flandre. Nonobstant les lectures attribuées à l’octave de la Pentecôte, le formulaire de la messe du premier dimanche après la Pentecôte correspond à celui de la fête de la Trinité.
Cette permutation de la fête et de son octave nous semble désormais certaine. De même, le fait qu’en conséquence elle ait entraîné une grande confusion des termes servant à désigner les deux dimanches et la semaine qui les sépare est indubitable. Souvent ignorée tant du grand public que de certains historiens, elle a engendré de fréquentes hésitations relatives aux datations dont la plus célèbre reste probablement celle qui concerne la date primitive de la Fête-Dieu. Elle a également induit d’autres erreurs et incohé~rences, au siècle passé et au début de ce siècle, notamment lors de l’édition et de la datation de chartes et de documents diplomatiques liégeois. Ces méprises relèvent, nous semble-t-il, non seulement d’une confusion entre les termes Trinité, octave de la Trinité et fête de la Trinité mais aussi de leur attribution au premier ou au deuxième dimanche de Pentecôte. Nous allons tenter de débrouiller cet écheveau.
* * *
Nous l’avons démontré, au XIIIe siècle, l’octave de la Pentecôte était célébrée à Liège avec faste tandis que la fête de la Trinité était reportée au dimanche suivant. Pourtant, comme nous allons tenter de le prouver à présent, ce premier dimanche après la Pentecôte continuait, à Liège, d’être appelé dimanche de la Trinité.
Dom U. Berlière s’est attelé à préciser la date du synode de 1232 [17]. « Nous savons, dit-il, que l’évêque Jean d’Eppes tint son premier synode pendant la semaine après l’octave de la Trinité, en 1231 (18-24 mai) [18], en 1233, il le tint le 1er juin [19]. Robert de Thourotte le tint en 1242 à la même époque. On est donc porté à fixer celui de 1232 entre le 7 et le 12 juin.»
L’octave de la Pentecôte tombant le 29 mai en 1233, le 1er juin se situe dans la semaine qui suit ce dimanche, soit la semaine de l’octave de la Trinité. U. Berlière écrit que Robert de Thourotte tint son synode de 1242 à la même époque de l’année. Or, le document du synode porte la date suivante : Actum et datum feria quinta post Trinitatem, anno M°CC° quadragesimo secundo [20]. On voit ainsi apparaître la Trinité comme synonyme de son octave mais aussi de l’octave de la Pentecôte. Convaincu par cette date, U. Berlière place le synode de 1232 le jeudi après l’octave de Pentecôte.
Malgré l’insertion de la célébration de l’octave de la Pentecôte et le report de la célébration de la fête au dimanche suivant, le dimanche de l’octave de la Pentecôte semble avoir conservé le nom de dimanche de la Trinité. Les deux documents suivants suffiront à nous convaincre de cette réalité. Il s’agit de deux chartes du Val-Saint-Lambert datées de L’an del incarnation M CC setante et quatre, le juedi après la Triniteit ki fut le derain jor de mai [21]. Or, cette concordance du jeudi après la Trinité et du 31 mai, ne trouve sa raison d’être que si la Trinité tombe le 27 mai qui en cette année 1274 correspond au premier dimanche après la Pentecôte.
Se pose encore la question de savoir à quel dimanche fixer l’octave de la Trinité.
Le terme octava qui en latin classique n’est connu que comme une flexion de l’adjectif numéral ordinal octavus signifiant huitième, désigne au moyen âge le huitième jour après une fête [22]. Nous ne pouvons assigner ce sens à l’expression octave de la Trinité. Conformément aux statuts synodaux de Jean de Flandre qui fixent la fête de la Trinité au deuxième dimanche après la Pentecôte, nous devrions placer l’octave de la Trinité au troisième dimanche, ce qui est impossible au vu de l’ordo en vigueur dans le diocèse de Liège. Cette octave ne peut être assimilée qu’au premier ou au deuxième dimanche.
Selon A. Blaise, spécialiste du vocabulaire ecclésiastique, les « octaves désignent également les huit jours pendant lesquels on célèbre l’office ou la mémoire de telle fête [23]». Cette signification du mot correspond bien à la description de la coutume liturgique de la semaine qui suit l’octave de Pentecôte : In hebdomada vero precedente, videlicet ab octava Penthecostes in secundis vesperis usque ad dominicam predictam cantetur et legatur de Trinitate, prout hactenus consuevit [24]. La semaine qui s’étend des secondes vêpres du premier dimanche de la Pentecôte à la fête de la Trinité peut être qualifiée d’octaves de la Trinité. Les rubriques des ordinaires de Maastricht et de Tongres en sont la preuve.
La traduction communément admise du paragraphe 22 des statuts syno~daux de Jean de Flandre est celle proposée par le musicologue liégeois A. Auda. « De même, traduit-il, nous décrétons que la fête de la Trinité soit célébrée le dimanche après l’octave de Pentecôte lequel est appelé octave de la Trinité avec neuf leçons et la solennité due. Dans la semaine qui précède, savoir, à partir des secondes vêpres de l’octave de la Pentecôte jusqu’au dimanche susdit, on chantera et on récitera, comme on a coutume de le faire, l’Office de Sainte Trinité [25].
» Cette traduction qui s’est maintenue tout au long du XXe siècle attribue l’appellation d’octave de la Trinité au second dimanche de la Pentecôte. Or, dans le texte de Jean de Flandre, le mot octavam est certainement l’antécédent féminin singulier le plus proche du pronom relatif que. Ne peut-on ainsi traduire cet extrait : « De même, nous statuons que la fête de la sainte Trinité soit célébrée le premier dimanche après l’octave de la Pentecôte, laquelle est appelée octave de la Trinité, avec neuf leçons et la solennité due » ?
* * *
Au début du siècle, plusieurs historiens ont cru déceler une autre particula~rité liturgique liégeoise, celle du report de la Fête-Dieu, instituée en 1246 par Robert de Thourotte (1240-1246) à l’initiative de Julienne de Cornillon (1192-1258) [26], au jeudi de la troisième semaine de la Pentecôte. Cette opinion émise au début du siècle a été reprise dans divers travaux publiés à l’occasion du 700e anniversaire de la fête [27]. La première objection soulevée à l’encontre de cette théorie paraît sous la plume de Pl.F. Lefèvre en 1947 [28]. Depuis, la question n’a pu être résolue.
Ayant comparé les différentes sources et examiné en détail les arguments des divers auteurs, nous pensons devoir attribuer à l’exceptionnelle octave anticipée de la fête de la Trinité la responsabilité de cette épineuse question. Si la fête de la Trinité et celle du Saint-Sacrement sont totalement indépen~dantes l’une de l’autre, elles sont étroitement liées par leur position dans le calendrier liturgique et, en conséquence, par les indications chronologiques qui nous ont été transmises dans les documents diplomatiques.
Les deux premières chartes relatives à l’institution de la fête du Saint-Sacrement désignent la feria quinta proxima post octavas Trinitatis comme étant le jour dévolu à cette célébration. Il s’agit de la charte de Robert de Thourotte datée de 1246, inaugurant la solennité à Liège [29] et de celle d’Hugues de Saint-Cher de 1252, l’étendant à toutes les provinces où ce dernier exerçait ses fonctions de légat [30]. Dans un décret du 30 novembre 1254, Pierre Cappoci, successeur d’Hugues de Saint-Cher, confirme les dispositions prises par son prédécesseur et relatives à la Fête-Dieu. il fixe la célébration à la prima feria quinta post festum Trinitatis [31]. Enfin, c’est en l’an 1264 que le pape Urbain IV [32] étend la fête du Saint-Sacrement à l’Église universelle. Dans l’expédition adressée à l’évêque de Liège, Henri de Gueldre (1247-1274), il manifeste sa volonté de voir la fête célébrée chaque année quinta feria post dominicam festum pentescostes primo sequentem [33].
À la lecture de ces documents, le lecteur ne peut que prendre conscience de l’importance qu’il convient d’accorder à la date de la fête de la Trinité dans le calendrier liturgique liégeois. La méconnaissance de l’existence à Liège d’une octave anticipée de la fête conduirait à cette rapide déduction : la fête de la Trinité correspond à l’octave de la Pentecôte, ainsi que c’est encore le cas de nos jours. L’octave de la Trinité se situe donc le dimanche suivant et la Fête-Dieu, le jeudi de la troisième semaine de la Pentecôte, soit une semaine plus tard que la date arrêtée par Rome. On serait alors tenté de considérer la bulle pontificale d’Urbain IV comme un rappel à l’ordre. Comme nous allons le voir, la confrontation de ces indications avec nos précédentes observations rend la question plus délicate encore et est de nature à semer le trouble dans les esprits.
Le paragraphe 22 des statuts synodaux publiés en 1288 par l’évêque Jean de Flandre demeure probablement le texte le plus important et le plus précieux relatif à ce décalage chronologique :
Item, statuimus quod festum Trinitatis proxima dominica post octavam Penthecostes, que vocatur octave Trinitatis, cum IX lectionnibus et debita sollempnitate fiat. In hebdomada vero precedente, videlicet ab octava Penthecostes in secundis vesperis usque ad dominicam predictam cantetur et legatur de Trinitate, prout hactenus consuevit, et post dictum festum Trinitatis per hebdomadam sequentem cantetur officium dominice, scilicet Domine in tua, et quinta feria eiusdem hebdomade fiat sollempniter festum Eucharistie, prout hactenus a nostris antecessoribus sunt statua [34].
Cet article contient tous les éléments nécessaires pour éclaircir ce problème mais la structure du texte et la langue latine médiévale en rendent la lecture peu aisée. Diverses interprétations ont été suggérées, chacune permettant d’entrevoir des arguments très différents.
En 1908, É. Schoolmeesters retient de sa lecture que l’octave de la Trinité commençait aux secondes vêpres de l’octave de la Pentecôte. Il en déduit que, se célébrant le deuxième dimanche après la Pentecôte, la fête de la Trinité conclut les octaves de la fête et situe la Fête-Dieu le jeudi de la troisième semaine de Pentecôte, conformément aux préceptes de Robert de Thourotte et d’Hugues de Saint-Cher (feria quinta proxima post octavas Trinitatis). Il considère la lettre d’Urbain IV comme une injonction à aligner la date de la Fête-Dieu à Liège sur celle de Rome et suppose que l’on se conformait, à Liège, au calendrier communément admis en Europe lors de la datation des documents diplomatiques. L’auteur écarte ainsi aisément les arguments allant à l’encontre de son interprétation [35].
En 1923, A. Auda publie cette traduction des mots de Jean de Flandre dont nous avons déjà étudié un extrait : « De même, nous statuons que la fête de la sainte Trinité soit célébrée le premier dimanche après l’octave de la Pentecôte, lequel est appelé octave de la Trinité, avec neuf leçons et la solennité due. Dans la semaine précédente, savoir, à partir des secondes Vêpres de l’octave de la Pentecôte jusqu’au dimanche susdit, on chantera et l’on récitera, comme on a coutume de le faire, l’Office de la sainte Trinité. Dans la semaine qui suit cette fête de la sainte Trinité, on chantera l’office du dimanche Domine in tua et le jeudi de cette même semaine, on solennisera la fête de l’Eucharistie, comme l’ont instituée nos prédécesseurs [36]. »
L’historien et musicologue liégeois découvre dans sa propre traduction, l’argument décisif pour sa démonstration. Le premier dimanche après l’octave de la Pentecôte étant appelé octave de la Trinité, la date imposée pour le Saint-Sacrement en 1246 et 1254 ne pose plus le moindre problème. Le jeudi qui suit l’octave de la Trinité est bien celui de la troisième semaine.
Lors de la publication de son ouvrage intitulé l’Office de la Fête-Dieu primitive [37], en 1946, C. Lambot invoque la prolongation de la célébration de l’octave de la Trinité pendant la seconde semaine pour justifier le déplace~ment de la Fête-Dieu au jeudi de la troisième et corroborer ainsi la thèse de É. Schoolmeesters.
Tous ces arguments en faveur du décalage de la Fête-Dieu sont réfutés par Pl.F. Lefèvre dès 1947 [38]. Si nous partageons son doute quant à l’existence d’un décalage entre le calendrier liégeoise et celui de l’Église universelle, nous ne sommes, cependant, pas convaincue de la pertinence de sa démonstration. 1. Pl.F. Lefèvre considère, comme ses prédécesseurs, que l’expression feria quinta proxima post octavas Trinitatis correspond au jeudi de la troisième semaine [39]. Nous démontrerons dans un instant que ceci semble être une erreur.
2. Il retient de l’extrait des statuts synodaux de 1288 que toute la semaine qui suit l’octave de la Pentecôte est consacrée à la célébration de l’octave de la
Trinité dont la fête se célébrait le deuxième dimanche après la Pentecôte [40]. 3. Contre C. Lambot, il affirme judicieusement que « la semaine de l’octave de la Trinité n’exclut pas la possibilité d’une fête d’un rang supérieur. Elle comporte un office de trois leçons, qui cède toujours la place à un office de neuf leçons, en l’occurrence la Fête-Dieu. Seules les octaves de Pâques et de Pentecôte doivent être célébrées intégralement [41]».
4. Il invoque la mauvaise latinité médiévale pour justifier l’ambiguïté appa~rente du texte de 1288 en ce qui concerne les mots feria quinta eiusdem hebdomade [42].
5. Constatant alors la reprise intacte de cet extrait dans les statuts synodaux de 1413 et 1445, il conclut que la situation, ne peut avoir changé entre 1288 et le XVe siècle. Il fonde sa position sur la phrase de Jean de Flandre prout hactenus a nostris antecessoribus sunt statua pour faire remonter la pratique décrite dans les statuts synodaux aux origines de la fête [43].
Ces dernières considérations n’étant que de pures suppositions, il est alors contraint de conclure qu’il est possible que la Fête-Dieu ait été célébrée, à Liège, le troisième jeudi après la Pentecôte au moins de 1246 à 1252, « à moins que le terme octavas employé au pluriel, puisse s’entendre par synecdoque, non de l’octave tout entière, mais des premiers jours seulement, les seuls réputés comme festifs, lors de l’institution des octaves primitives. Dans ce cas, l’ultime argument invoqué par les défenseurs de la thèse liégeoise perdrait encore de sa pertinence [44]».
Pl.F. Lefèvre voit donc, comme ses opposants, le développement de sa théorie entravé par la confusion régnant autour de la notion d’octave de la Trinité. Il nous semble pourtant que la clé de cette énigme, se trouve en toutes lettres dans l’extrait de Jean de Flandre qui nous occupe. Une erreur de traduction et d’interprétation de ce texte, admise et transmise par les histo~riens qui se sont penchés sur la question, nous semble être à l’origine de cette controverse.
Nous nous sommes déjà prononcée sur notre interprétation du paragra~phe 22 des statuts synodaux relatif à l’octave anticipée de la Trinité. Nous postulons l’hypothèse que l’octave de la Pentecôte peut également être désignée comme octave de la Trinité sans modifier les propos de Jean de Flandre. Nous voudrions à présent nous arrêter sur la seconde partie de ce texte.
Comme Pl.F. Lefèvre, nous regrettons l’ambiguïté de l’extrait suivant :
[…] post dictum festum Trinitatis per hebdomadam sequentem cantetur officium dominice, scilicet Domine in tua, et quinta feria eiusdem hebdomade fiat sollempniter festum Eucharistie, prout hactenus a nostris antecessoribus sunt statua.
Si nous nous en tenons à la traduction donnée par A. Auda, nous nous voyons dans l’obligation de conclure à la célébration de la Fête-Dieu dans le diocèse de Liège, le jeudi de la troisième semaine après la Pentecôte. Nous devrions alors interpréter prout hactenus a nostris antecessoribus sunt statua comme la décision de Jean de Flandre de ne pas se conformer à l’injonction d’Urbain IV qui entendait fêter l’Eucharistie quinta feria post dominicam festum pentescostes primo sequentem. Or, comme l’a souligné Pl.F. Lefèvre, ce texte des statuts synodaux de Jean de Flandre est reproduit texto dans les statuts synodaux du XVe siècle. Un même texte ne peut avoir deux significations différentes. De plus, à la même époque, l’ordinaire de la cathédrale Saint-Lambert à Liège du XVe siècle stipulait Sciendum est quod semper celebratur festum ipsius sancrosancte Eucharistie feria quinta post octavam Pentecostes, ac statutum est a domino Urbano [45]. En conséquence, il nous semble désormais indéniable que la Fête-Dieu ne devait pas être célébrée la troisième semaine après la Pentecôte à l’époque de la rédaction des statuts synodaux de 1288. La traduction d’A. Auda s’avère donc vraisemblablement erronée.
L’édition des statuts synodaux de Jean de Flandre par J. Avril reprend en une seule phrase tout le propos relatif à la Fête-Dieu. Le mot eiusdem n’a, ici, d’autre fonction possible que celle de déterminant démonstratif du mot hebdomade. S’ensuit une traduction similaire à celle d’A. Auda avec toutes les conséquences relatives au déplacement de la Fête-Dieu qu’elle induit. Par contre, nous avons retrouvé cet extrait en note marginale dans l’ordinaire de la collégiale Saint-Pierre de Louvain [46]. La phrase y est scindée en deux comme suit :
In hebdomada vero precedente, videlicet ab octava Penthecostes in secundis vesperis usque ad dominicam predictam cantetur et legatur de Trinitate, prout hactenus consuevit, post dictum festum Trinitatis per hebdomadam sequentem cantetur officium dominice, scilicet Domine in tua. Et quinta feria eiusdem hebdomade fiat sollempniter festum Eucharistie, prout hactenus a nostris antecessoribus sunt statua.
L’antécédent du pronom démonstratif eiusdem peut désormais être festum Trinitatis. On comprend ainsi que la fête de l’Eucharistie a lieu le cinquième jour de cette semaine soit de celle qui s’étend des secondes vêpres de l’octave de la Pentecôte à la fête de la Trinité.
Ainsi traduits, les statuts publiés en 1288 par Jean de Flandre nous livrent les informations suivantes :
  1. 1. La fête de la Trinité a lieu le premier dimanche après l’octave de la Pentecôte. […] festum Trinitati proxima dominica post octavam Penthecostes […] fiat […].
  2. 2. L’octave de la Pentecôte est également appelée Octave de la Trinité. […] octavam Penthecostes, que vocatur octave Trinitatis […].
  3. 3. La fête de la Trinité est célébrée avec le faste et la solennité dus, soit les neuf leçons induites par l’ampleur de la célébration, le deuxième dimanche de la Pentecôte. […] festum Trinitati […] cum IX lectionnibus et debita sollempnitate fiat.
  4. 4. Durant la semaine allant des secondes vêpres du dimanche de l’octave de Pentecôte à la fête de la Trinité, on chante et on lit à la gloire de la sainte Trinité. […] In hebdomada vere precedente, videlicet ab octava Penthecostes in secundis vesperis usque ad dominicam predictam cantetur et legatur de Trinitate […].
  5. 5. Après la fête de la Trinité, l’année liturgique reprend son cours normal et on chante l’office dominical Domine in tua misericordia, qui est l’office traditionnel du dimanche après la Pentecôte. […] post dictum festum Trinitatis per hebdomadam sequentem cantetur officium dominice, scilicet Do~mine in tua, […].
  6. 6. La Fête-Dieu a lieu le cinquième jour de la semaine allant du dimanche octave à la fête. […] quinta feria eiusdem hebdomade fiat sollempniter festum Eucharistie […].
À la lumière de cette interprétation, nous pouvons désormais replacer la date primitive de la Fête-Dieu, au jeudi de la deuxième semaine de Pentecôte, soit pendant l’octave de la Trinité.
En effet, les premières indications chronologiques concernant cette célé~bration précisent qu’elle aura lieu feria quinta proxima post octavas Trinitatis. L’octave de la Trinité étant le premier dimanche, la fête du Saint-Sacrement se célèbre bien à la date que nous connaissons encore à l’heure actuelle, ce qui nous semble conforme à l’idée exprimée par la phrase quinta feria eiusdem hebdomade fiat sollempniter festum Eucharistie. Cette place dans l’année liturgi~que correspond bien à celle préconisée par Urbain IV dans sa lettre de 1264, adressée à Henri de Gueldre : quinta feria post dominicam festum pentescostes primo sequentem. Cette formulation de la date nous semble davantage le reflet de la volonté d’Urbain IV d’éviter toute confusion relative à la place à octroyer à la nouvelle fête [47] que celui du rappel à l’ordre si souvent invoqué [48]. Rappelons qu’Urbain IV fut archidiacre de Campine, dans le diocèse de Liège. Il nous paraît donc évident qu’il connaissait l’existence de l’octave anticipée de la Trinité et les confusions qu’elle pouvait entraîner. Cette dernière remarque nous paraît d’autant plus fondée que nous constatons que la confusion est encore bien présente de nos jours. Si Pierre Cappoci place la fête à la prima feria quinta post festum Trinitatis, nous sommes tentée de rejoindre l’idée de Pl.F. Lefèvre, selon laquelle il est vraisemblable que le légat se soit inspiré de la coutume généralement sanctionnée dans les diocèses fêtant la Trinité plutôt que d’une coutume locale [49]. La phrase [] prout hactenus a nostris antecessoribus sunt statua […] nous semble corroborer l’hypothèse selon laquelle Jean de Flandre conserve la coutume liégeoise.
* * *
De cette longue démonstration, très succincte sera notre conclusion. Le calendrier liturgique dans le diocèse de Liège se distingue bel et bien, de celui de l’Église universelle. Cependant, quoi qu’en pensent certains historiens, sa particularité ne gît pas dans le décalage de la Fête-Dieu, mais bien dans la permutation de la fête de la Trinité et de son octave. De cette permutation résulte l’ordonnance suivante des premières semaines de Pentecôte :
  1. 1. Pentecôte
  2. 2. Premier dimanche après la Pentecôte : Octave de la Pentecôte – octave de la Trinité (également désigné comme dimanche de la Trinité lors de rapport diplomatique avec des personnes ou des institutions ne partageant pas la coutume de l’octave anticipée)
  3. 3. Première semaine après les octaves de Pentecôte : Semaine octave de la Trinité
  4. 4. Jeudi de cette même semaine : Fête-Dieu
  5. 5. Deuxième dimanche de Pentecôte : Fête de la Trinité
Si cette permutation a été décidée afin de ne pas perturber la solennité que la liturgie liégeoise voulait accorder à l’octave de Pentecôte comme à la fête de la Trinité, il est certain qu’elle n’est pas restée sans conséquence dans l’histoire et dans l’historiographie de la principauté de Liège, tant elle a semé le trouble dans les esprits de l’époque comme dans ceux des historiens qui se sont heurtés aux problèmes de datation qu’elles a entraînés.
 
NOTES
 
[*] Cet article n'aurait sans doute jamais vu le jour sans les encouragements du Professeur J.L. Kupper. Notre reconnaissance s'adresse également à Monsieur Ph. George qui en fut le premier lecteur. Les critiques pertinentes de Monsieur B.M. Tock nous ont invitée à affiner notre recherche durant notre année de DEA à Starsbourg. Messieurs J.P. Delville et G. Giordanengo ont relu cet article et nous ont prodigué, en toute amitié, quelques précieux conseils. Qu'ils veuillent tous trouver ici l'expression de notre profonde gratitude.
[1] La généralisation de la dévotion à la Trinité en Europe semble être l’abou- tissement d’un mouvement séculaire qui s’est propagé au départ de l’Espagne, relayé par l’Irlande et l’Angleterre bien avant d’atteindre la France et l’Empire via les côtes atlantiques et la région de la Meuse et de la Moselle. Fr. BŒSPFLUG, La Trinité dans l’art d’Occident (1400-1460). Sept chefs-d’œuvre de la peinture, Strasbourg, 2000, p. 22.
[2] A. KLAUS, Ursprung und Verbreitung der Dreifaltigkeitsmesse, Werl in Westfallen, 1938.
[3] A. AUDA, L’école musicale liégeoise au Xe siècle, Étienne de Liège, Bruxelles, 1923, p. 67-121 ; Fl. CLOSE, Le rôle de l’Église de Liège dans le développement du culte de la Trinité en Europe, Mémoire de licence en Histoire, Université de Liège, 1999-2000 ; ID., L’office de la Trinité d’Étienne de Liège. Un témoin de la spiritualité mosano-mosellane ?, Naissance et développement du culte de la Trinité, mémoire de DEA inédit, Université Marc Bloch–Strasbourg 2, 2001-2002, p. 79-208 ; L. BEAUDUIN, L’office de la sainte Trinité, Revue liturgique et bénédictine, Maredsous, 1912, p. 380-383.
[4] P. BR O W E, Zur Geschichte des Dreifaltigkeitsfestes, Archiv für Liturgiewissenschaft, t. 1, 1950, p. 65-81.
[5] Cette prérogative des évêques sera supprimée au XVIIe siècle. La proliféra- tion du culte des saints ne laissait que très peu de place aux grandes fêtes. Cf. A. VILLIEN, Art. Fête, Dictionnaire de théologie catholique, t. 5, Paris, 1913, col. 2183-2191.
[6] Richer (920/922-946) interprète l’œuvre liturgique de son prédécesseur, Étienne, comme la preuve de sa volonté d’instaurer une fête de la Trinité et récupère cette initiative. Il érige un autel dédié à la Trinité dans la cathédrale Saint-Lambert. Il dote cet autel d’une fondation chargée, selon les propres mots du chanoine Anselme, de « subvenir aux frais du luminaire et autres occasionnés par la fête ». Il consigne les dispositions prises pour la célébration de cette fête dans le mandement du 16 novembre 932 (ANSELME, Gesta episcoporum Tungrensium, Traiectensium et Leodiensium, éd. R. KOEPKE, M.G.H., SS., t. 7, Hanovre, 1846, p. 200-201, § 20). AUDA, Étienne de Liège, p. 73 ; Fl. CLOSE, In nomine sanctae et individuae Trinitatis. Le culte de la Trinité, Liège autour de l’an mil, la naissance d’une principauté (Xe-XIIe siècle), Liège, 2000, p. 111-113 ; ID., Le rôle de l’Église de Liège, p. 99-103 ; J. STIENNON, De l’office de la Trinité à l’œuvre morale. Un enseignement, un art, une théologie, une morale, Liège. Histoire d’une Église du Xe au XVe siècle, t. 1, Eckbolsheim-Strasbourg, s.d., p. 4 et 5.
[7] À la fin du XIIe siècle, dans la majeure partie des centres religieux et intellectuels européens, on est convaincu de l’opportunité de cette fête. Pourtant, il faut attendre le XIVe siècle pour que l’autorité pontificale proclame officiellement l’adoption de cette célébration. Le dimanche de la Trinité ne peut, aux yeux du souverain pontife, revêtir un statut différent de celui des autres jours dominicaux, qui tous, selon les principes romains, sont l’occasion de rendre grâce et d’honorer Dieu dans sa Trinité. La fête de la Trinité est reconnue et étendue à l’Église universelle par Jean XXII (1316-1334) en 1334. La bulle pontificale n’a jamais été retrouvée, c’est dans la lettre encyclique Divinum illud munus de Léon XIII, du 9 mai 1897 que nous avons trouvé la confirmation de cette proclamation (Actes de Léon XIII, t. 5, Paris, s.d., p.138- 165). BEAUDUIN, L’office de la sainte Trinité ; F. CABROL, Le culte de la Trinité dans la liturgie et l’institution de la fête de la Trinité, Ephemerides liturgicae, t. 45, 1931, p. 270- 278 ; CLOSE, Le rôle de l’Église de Liège, p. 112-115.
[8] Les quatre-temps consistent en quatre périodes de jeûne renforcé les 1er, 4e, 7e et 10e mois de l’année liturgique, soit en mars, en juin, en septembre et en décembre, l’année romaine primitive commençant au mois de mars. Ils trouvent bientôt leur place, dans le calendrier liturgique, la première semaine de mars, la seconde de juin, la troisième de septembre et celle précédant la Noël. Le dimanche de ces quatre semaines ne comporte pas d’office propre et est dit Dominica vacat. Or la période désignée pour observer les quatre-temps de juin tombant parfois entre l’Ascension et la Pentecôte, cette période de jeûne est très tôt transférée dans l’octave de la Pentecôte en raison de l’interdiction de jeûner pendant le temps pascal. Selon la coutume, après la messe des vigiles du samedi, une seule messe était célébrée à l’aurore. Dès 650, cette dernière est considérée à Rome comme étant celle de l’octave de la Pentecôte. A. CHAVASSE, Le sacramentaire gélasien, sacramentaire presbytéral en usage dans les titres romains au VIIe siècle, t. 1, Tournai, 1958, p. 247.
[9] Plusieurs auteurs font allusion à ces divergences de pratiques liturgiques, dont le pape Alexandre III (1159-1181) dans sa lettre à l’archevêque de Terdon (Quoniam in parte, Décret de Grégoire IX, liv. II, tit. IX, De Feriis, chap. 2, éd. A. FRIEDBERG, Corpus juris canonici, t. 2 Decretaleum collectiones, Graz, 1959), Honorius d’Autun (Gemma animae, éd. J.P. MIGNE, Patrologie Latine, t. 172, col. 736) ou encore Rupert de Deutz, ancien moine de l’abbaye liégeoise de Saint-Laurent (ca 1075-1129) qui approuve la célébration de la fête de la Trinité directement après la Pentecôte (RUPERT DE DEUTZ, De divinis officiis, éd. R. HAACKE, Turnhout, 1967, p. 369, l. 4-9). Cf. KLAUS, Ursprung und Verbreitung, p. 116 ; S. BÄUMER, Histoire du bréviaire, trad. R. BIRON, t. 1, Paris, 1905, p. 427-428 ; AUDA, Étienne de Liège, p. 85.
[10] Vers 1145-1152, le rédacteur de l’ordo du Latran souligne que le dimanche des Quatre-Temps de juin a fait place à la célébration de l’octave de la Pentecôte. Ce document a été publié en annexe à l’article de Pl.F. LEFÈVRE, La fête de la Trinité chez les prémontrés et dans la tradition canoniale, Analecta Praemonstratensia, t. 51, 1975, p. 24-36.
[11] Super octava vero Pentecostes, magna est adhuc diversitas. Cum enim Romani in hac Dominica inponerent historiam Regum, ne seruaret festum Trinitatis : aliquae nationes ut Allemanni, eadem die seruant octavas Pentecostes. In hebdomada et dominica sequenti seruantes officium Trinitatis. RAOUL DE RIVO, De canonum observantia, chap. XVI, De divinis catholicae ecclesiae officiis, Cologne, 1568, p. 557.
[12] A. WAUTERS, Table chronologique des chartes et des diplômes imprimés concernant l’histoire de la Belgique, t. 3, Bruxelles, 1871, p. 112.
[13] KLAUS, Ursprung und Verbreitung, p. 125 ; R. STAPPER, Die Feier des Kirchenjahres an der Kathedrale von Münster im hohen Mittelalter. Ein Beitrag sur Heortologie und Liturgiegeschichte, Münster, 1916, p. 24.
[14] J. AVRIL, Les statuts synodaux de Jean de Flandre, évêque de Liège (1288), Bulletin de la Société d’Art et d’Histoire du Diocèse de Liège, t. 61, 1995, p. 149, § 22.
[15] J.M.B. TAGAGE, De ordinarius van de collegiale Onze-Lieve-Vrouwekerk te Maas- tricht volgens een handschrift uit het derde kwart van de XIVde eeuw, Assen, 1984, p. 93 et 96.
[16] L’ordinaire de la collégiale autrefois cathédrale de Tongres d’après un manuscrit du XVe siècle, éd. Pl.F. LEFÈVRE, t. 1, Le temporal, Louvain, 1967, p. 224.
[17] U. BERLIERE, Les évêques auxiliaires de Liège, Bruges, 1919, p. 21 n. 1.
[18] La chronique liégeoise de 1402, éd. E. BACHA, Bruxelles, 1900, p. 160, l. 15-27.
[19] Anno Domini M°CCXXXIII°, kalendis junii, Johanne episcopo, […] generalem synodum Leodii celebrante […] (Chronique liégeoise de 1402, p. 161, l. 24-26).
[20] Ch. PIOT, Cartulaire de l’abbaye de Saint-Trond, t. 1, Bruxelles, 1870, p. 209.
[21] J.G. SCHOONBROODT, Inventaire analytique et chronologique des archives de l’abbaye du Val-Saint-Lambert-lez-Liège, t. 1, Liège, 1875, p. 119, n° 329 et 330.
[22] A. BLAISE, Dictionnaire latin-français du Moyen Âge. Lexikon latinis Medii Aevi, praesertim ad res ecclesiasticas investigandans pertinens, s. v. octava, Turnhout, 1975, p. 67 ; J.Fr. NIERMEYER, Mediae latinitatis lexikon minus, s.v. octava, Leyde-New York- Cologne, 1997, p. 734 ; C. DU CANGE. ajoute l’idée que l’octave clôt la solennité, ce qui n’entre pas en ligne de compte dans le cas de la Trinité à Liège, compte tenu du caractère anticipé de son octave. (Glossarium mediae et infimae latinitatis, s. v. octava, t. 6, Graz, 1954, p. 28).
[23] BLAISE, op. cit.
[24] AVRIL, Les statuts synodaux de Jean de Flandre, p. 149.
[25] AUDA, Étienne de Liège, p. 91.
[26] Vers 1210, Julienne, mystique liégeoise et directrice de la léproserie de Cornillon, est appelée, par des visions, à une plus grande vénération de l’Eucharistie. La décision de Robert de Thourotte (1240-1246) d’instituer la Fête-Dieu en 1246 succède à une longue période durant laquelle son opportunité fut discutée. En 1264, le pape Urbain IV, ancien archidiacre de Campine dans le diocèse de Liège, promul- gue la fête du Saint-Sacrement pour l’Église universelle. Elle prendra par la suite le nom de Fête-Dieu. Cf. J.P. DELVILLE, J. COTTIAUX, Ève, Julienne et la Fête-Dieu à Saint- Martin, Saint-Martin. Mémoire de Liège, éd. M. LAFFINEUR-CRÉPIN, Liège, 1990, p. 31-54 ; M. RUBIN, Corpus Christi. The Eucharistic in late medieval culture, Cambridge, 1991 ; Fête-Dieu (1246-1996). 1., Actes du Colloque de Liège, 12-14 septembre 1996, éd. A. HAQUIN, 2. Vie de sainte Julienne de Cornillon, éd. J.P. DELVILLE, Louvain-la-Neuve, 1999.
[27] G. MONCHAMP, La Fête-Dieu à Liège en 1251, Leodium, t. 1, 1902, p. 3-6 ; ID., L’office primitif de la fête du Saint-Sacrement, Leodium, t. 1, 1902, p. 31-32 ; ID., Le diplôme original de l’institution de la Fête-Dieu, Liège, 1906, p. 9 ; É. SCHOOLMEESTERS, Les statuts synodaux de Jean de Flandre, Liège, 1908, p. XIV-XVII ; AUDA, Étienne de Liège, p. 88-96 ; Fr. BAIX, C. LAMBOT, La dévotion à l’Eucharistie et le VIIe centenaire de la Fête- Dieu, Gembloux-Namur, 1946, p. 76 ; C. LAMBOT, L’office de la Fête-Dieu primitive, Maredsous, 1946, p. 11 n. 1.
[28] Pl.F. LEFÈVRE, Un problème de chronologie liégeoise au XIIIe siècle. La date primitive de la Fête-Dieu, Revue d’Histoire ecclésiastique, t. 42, 1947, p. 417-422.
[29] L’original de ce document a été perdu. Le texte latin a été publié par J. CHAPEAVILLE, Qui gesta Pontificum Leodiensium scripserunt auctores, t. 2, Liège, 1613, p. 646-648. J.P. DELVILLE, en reproduit le texte latin et en propose une traduction dans son édition critique de la Vie de sainte Julienne de Cornillon, Louvain-la-Neuve, 1999, p. 151 n. 728 et p. 153 n. 225.
[30] Ce document porte la date du 29 décembre 1252. Le diplôme original est conservé actuellement au Trésor de la Cathédrale de Liège. Il a été édité par St. BORMANS, É. SCHOOLMEESTERS, Cartulaire de l’Église Saint-Lambert de Liège, t. 2, Bruxelles, 1895, p. 32-34. Plus récemment, il a été publié par J.P. DELVILLE, op cit., p. 161. Cf. Ph. GEORGE, Diplôme d’institution de la Fête Dieu, Saint-Martin. Mémoire de Liège, p. 41 et 47.
[31] Cette charte de 1254 a été publiée par J. BERTHOLET, Histoire de l’institution de la Fête-Dieu, Liège, 1846, p. X.
[32] Jacques Pantaléon de Troyes naît vers 1190 à Troyes. Il est ordonné prêtre en 1215, devient docteur en théologie à Paris et chanoine de Laon. En 1243, Robert de Thourotte le nomme archidiacre de Campine dans le diocèse de Liège, fonction qu’il occupe jusqu’en 1249. Il se prononce alors en faveur de l’institution de la Fête-Dieu. Il est ensuite envoyé comme légat pontifical en Silésie et en Pologne. Il est successi- vement nommé évêque de Verdun en 1252 puis patriarche de Jérusalem en 1255. Il succède à Alexandre IV sur le trône pontifical sous le nom d’Urbain IV, le 29 août 1261. Cf. Th. BOESPFLUG, Art. Urbain IV, Dictionnaire historique de la papauté, sous la dir. de Ph. LEVILLAIN, Paris, 1994, p. 1678-1679 ; U. BERLIÈRE, Art. Urbain IV, Biographie nationale de Belgique, t. 25, Bruxelles, 1930-1932, col. 911-912 ; S. ARTHUR, M. BONNET, Encyclopédie des papes. Vingt siècles d’histoire du monde, Paris, 1995, p. 210 ; H. SCHMIDINGER, Art. Urbain IV, Lexikon für Theologie und Kirche, t. 10, Fribourg, 1965, col. 544-545 ; E. AMANN, Art. Urbain IV, Dictionnaire de théologie catholique, t. 15, 2, Paris, 1950, col. 2288- 2295.
[33] Cette expédition est publiée par É. PONCELET, Bulletin de la Commission royale d’Histoire, 5e sér., t. 7, 1897, p. 612.
[34] AVRIL, Les statuts synodaux de Jean de Flandre, p. 149.
[35] SCHOOLMEESTERS, Les statuts synodaux de Jean de Flandre, p. XIV.
[36] AUDA, Étienne de Liège, p. 91.
[37] LAMBOT, L’office de la Fête-Dieu primitive, p. 11 n. 1.
[38] LEFÈVRE, Un problème de chronologie liégeoise.
[39] Id., p. 418.
[40] Id., p. 419.
[41] Id., p. 420 ; Et istis tribus diebus tenetur firmiter de ipsa quia non habet aliam octavam, nisi festum novem lectionum impediat. TAGAGE, De ordinarius van de collegiale Onze-Lieve-Vrouwekerk te Maastricht, p. 94.
[42] LEFÈVRE, Un problème de chronologie liégeoise, p. 420.
[43] Id., p. 420-421.
[44] Id., p. 421-422.
[45] BRUXELLES, K.B.R., ms. 11971-11972, f°57 (L’ordinaire de la collégiale de Tongres, t. 2, Louvain, 1968, p. 572).
[46] Pl.F. LEFÈVRE, Les ordinaires des collégiales Saint-Pierre de Louvain et Saint-Pierre- et-Paul à Anderlecht d’après les manuscrits du XIVe siècle, Louvain, 1960, p. 128 (f° 38 v°).
[47] Cette idée a déjà été avancée par LEFÈVRE, Un problème de chronologie liégeoise, p. 421.
[48] SCHOOLMEESTERS, Les statuts synodaux de Jean de Flandre, p. XV ; AUDA, Étienne de Liège, p. 94-95 ; LAMBOT, L’office primitif, p. 13-14.
[49] LEFÈVRE, op. cit., p. 421.
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