Le Moyen Age 2005/3-4
Le Moyen Age
2005/3-4 (Tome CXI)
302 pages
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I.S.B.N. 2804147304
DOI 10.3917/rma.113.0503
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Vous consultezLa Vita Landiberti Leodiensis (ca 1144-1145) du chanoine Nicolas de Liège.

Étude sur l’écriture hagiographique à Liège au XIIe siècle[*] [*] Cette étude constitue un prolongement de notre mémoire...
suite

AuteurRenaud ADAM du même auteur

K.B.R. – Université de Liège

Au milieu du XIIe siècle, une Vita Landiberti a été rédigée par le chanoine-diacre de la cathédrale Saint-Lambert et prévôt de la collégiale Saint-Denis à Liège Nicolas († ca 1146), qui fut vraisemblablement l’archiviste du chapitre cathédral et le conseiller des évêques de Liège Albéron II (1135-1145) et Henri II (1145-1164)[1] [1] A. DELESCLUSE, Nicolas, chanoine de Saint-Lambert, Biographie...
suite
.

2 À la lecture de la Vita Landiberti, on ne peut qu’être étonné par le grand nombre d’informations historiques, géographiques et légendaires qu’on y trouve, concernant, pour la plupart, les origines du diocèse de Liège. À titre d’exemple, le nombre des mentions de saints insérées dans le récit du chanoine est très significatif : il en ajoute onze – Materne, Monulphe, Amand, Remacle, Landoald, Landrade, Théodard, Hubert, Ode, Willibrord et Serge[2] [2] Sigebert de Gembloux (†1112) (BHL 4686), le prédécesseur...
suite
. Dans un premier temps, nous procéderons à un examen critique des « anecdotes » du texte de Nicolas. Ensuite, nous analyserons les procédés d’écriture mis en œuvre par le chanoine, qui sont similaires à ceux utilisés par les auteurs de gesta episcoporum.

3 Nicolas fait remonter les origines du diocèse de Liège aux débuts de l’évangélisation de la Gaule. Il prétend que saint Materne a été le premier évêque de Tongres[3] [3] […] a beato Materno primo ipsius civitatis [Tongres] episcopo...
suite
. Cette tradition légendaire est puisée dans les Gesta episcoporum du moine Hériger de Lobbes († 1007)[4] [4] HÉRIGER DE LOBBES, Gesta pontificum Tungrensis, Traiectensis...
suite
. Materne n’a pas été à proprement parler évêque de Tongres : son pouvoir s’étendait à toute la Germanie seconde[5] [5] J. PAQUAY, Les évêques de Tongres, Bulletin de la Société...
suite
. L’existence du saint est attestée au début du IVe siècle, il est alors évêque de Cologne[6] [6] Materne figure parmi les signataires de deux synodes, le...
suite
. C’est peu après la mort de Materne que Tongres aura son premier évêque titulaire historiquement attesté, saint Servais (v. 350). L’église primitive de Tongres dédiée à la Vierge Marie est vraisemblablement toujours debout au XIIe siècle ; Nicolas précise que l’édifice est parvenu jusqu’à son époque, adhuc[7] [7] […] adhuc in ecclesia sancte Marie perpetue virginis […]...
suite
. Le chanoine fournit également une information précieuse du point de vue archéologique : à trois reprises, il parle des ruines des remparts de la ville[8] [8] […] non longe a dirutis urbis Tungrorum menibus, NICOLAS,...
suite
. Le chanoine décrit les restes de l’enceinte romaine entourant jadis Tongres[9] [9] Sur les différents remparts de Tongres, cf. H. VAN DE WEERD,...
suite
. Il mentionne la destruction de la ville, de fond en comble, par les Huns[10] [10] Eo siquidem tempore Tungrorum civitas, a Hunnis iam pridem...
suite
. Ces derniers ont pourtant épargné la cité lors de leur invasion de 451 : ce sont en réalité les Vandales, au moment des raids barbares de 406, qui la rasèrent[11] [11] BOEREN, Les évêques, p. 26; F. ROUSSEAU, La Meuse et le...
suite
. Cette erreur, répercutée par Hériger de Lobbes[12] [12] HÉRIGER DE LOBBES, Gesta pontificum Tungrensis, chap. 26,...
suite
, est due à Grégoire de Tours qui, dans son Historia Francorum, assimile les Vandales et d’autres barbares aux Huns.

4 Selon Nicolas, la ville de Maastricht, située sur la Meuse non loin de Tongres[13] [13] […] in Traiecto […] qui est super Mosam fluvium grandis...
suite
, possédait deux églises : l’une dédiée à Notre-Dame, l’autre à Saint-Barthélemy[14] [14] Erant in ipso oppido Traiecto due celebres ecclesie, quarum...
suite
. Pour ce qui est de l’église Notre-Dame, Nicolas est conforme à la réalité. En effet, l’origine de cette église semble bel et bien remonter au temps de la première communauté chrétienne à Maastricht[15] [15] T. A. S. M. PANHUYZEN, P. H. D. LEUPEN, Maastricht in het eerste...
suite
. En revanche, il semble qu’il n’y ait jamais eu d’église Saint-Barthélemy à Maastricht. Nicolas précise néanmoins que cet édifice contenait les reliques de saint Servais[16] [16] […] altera vero beati Bartholomei apostoli, que sanctissimi...
suite
. Or Maastricht possède effectivement en ses murs une église Saint-Servais. Selon les dires de Grégoire de Tours, l’évêque Monulphe aurait érigé un magnum templum sur la tombe de Servais au VIe siècle[17] [17] PANHUYZEN, LEUPEN, Maastricht in het eerste millenium, p.  437-439 ;...
suite
. Ce temple, qui deviendra plus tard un monastère royal, n’a jamais reçu d’autre patronage que celui de Servais[18] [18] C’est mal interpréter la Vita Servatii de Jocundus (v. ...
suite
, comme voudrait l’affirmer Jocundus (ca 1070) dans sa Vita Servatii qui rapporte qu’après la consécration d’Agricola – le successeur légendaire de Servais – la foule s’est rendue dans la basilique dédiée au Prince des apôtres où était conservé le corps de Servais[19] [19] Omnes illi in magna gloria occurunt et in basilica apostolorum...
suite
. Toujours selon Jocundus, cette basilique ne changera pas de nom, puisque Monulphe a construit un autre temple où il a transféré les reliques du saint patron de Maastricht[20] [20] […] in honore beati Servatii […] aliud templum erexit...
suite
.

5 Les propos de Nicolas relatifs à l’église Saint-Barthélemy ne sont pas sans rappeler le cas de l’église Saint-Barthélemy à Liège. En effet, Gilles d’Orval († ca 1251) prétend que l’évêque de Liège Baldéric II (1008-1018) a fait construire l’église Saint-Barthélemy sur l’emplacement d’une petite église – ecclesiola – dédiée à saint Servais[21] [21] Nam antea quedam ecclesiola ibidem fuerat in honorem beati...
suite
. Le chroniqueur prétend que ce changement de patronage est dû à la volonté de l’empereur et des évêques, en particulier l’évêque de Liège Baldéric II et l’archevêque de Cologne Héribert présents lors de la dédicace[22] [22] […] fertur quod placuerit imperatori ac episcopis quod...
suite
. Ce souhait émanerait plutôt de la communauté de Saint-Servais qui, afin d’éviter toute concurrence entre les deux églises, auraient sollicité une intervention de l’empereur auprès de Baldéric II[23] [23] A. J. J. MEKKING, De Sint-Servatiuskerk te Maastricht. Bijdragen...
suite
. Aucune source contemporaine ne confirme ou n’infirme l’existence de cette ecclesiola sancti Servatii. L’information de Gilles d’Orval a longtemps été considérée comme une légende ; le chroniqueur, en effet, compile très souvent, et sans discernement, diverses sources. Les récentes fouilles archéologiques du sous-sol de Saint-Barthélemy ont décelé l’existence d’un bâtiment de moyenne importance, antérieur à la construction de l’église romane qui correspondrait à l’église primitive de Saint-Barthélemy et non pas à l’ecclesiola dont parle Gilles d’Orval[24] [24] A. AZZAOUI, J. M. LÉOTHARD, Liège/ Liège : nouvelles...
suite
. Les deux cas, Maastricht et Liège, nous semblent trop semblables pour être une pure coïncidence. Il est possible que les deux auteurs aient eu accès à la même source, orale ou écrite, relative au cas liégeois. De même, il se peut que le moine cistercien ait soit mal interprété soit adapté la Vita du chanoine de Saint-Lambert, texte qu’il connaît puisqu’il s’en est servi dans sa chronique pour évoquer la geste de saint Lambert. Du reste, la démarche de Nicolas est identique à celle des membres de la communauté maastrichtoise qui, un siècle plus tôt, avaient demandé à l’empereur d’intervenir auprès du prélat liégeois. Nous y verrions une tentative délibérée d’affaiblissement du culte de saint Servais[25] [25] En effet, l’essor grandissant du culte de saint Servais...
suite
.

6 D’autres passages du texte de Nicolas suggèrent son intention de diminuer le prestige de Maastricht. Dans la description du transfert du siège épiscopal de Tongres à Maastricht, Nicolas, à l’encontre de la légende locale, supprime l’intervention de Monulphe. Il prétend que le changement de la résidence de l’évêque est dû à la destruction de Tongres par les Huns, à la prospérité grandissante et à l’attrait de la ville de Maastricht[26] [26] […] Tungrorum civitas a Hunis iam pridem funditus eversa...
suite
. Nous n’avons pas trouvé la source de Nicolas concernant la fortune de Maastricht[27] [27] Le moine de Lobbes parle de la grande fréquentation de...
suite
. Or, curieusement, Nicolas se rapproche de la réalité historique qui attribue effectivement le changement de résidence et à la destruction de Tongres par les Vandales et à l’essor de Maastricht au VIe siècle[28] [28] É. DE MOREAU, Le transfert de la résidence des évêques...
suite
. Une phrase intéressante de Nicolas concerne la période où les évêques avaient leur préférence pour Maastricht : l’évêché était appelé « non moins de Maastricht que de Tongres[29] [29] Usque ad sacerdotium beati Hugberti non minus Traiectensis...
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 ». Nicolas étant considéré comme l’archiviste du chapitre[30] [30] Cf. supra n. 1 ...
suite
, l’information devrait sans doute se trouver dans l’un ou l’autre acte mérovingien qui était conservé à la cathédrale. Hélas, ce diplôme ne nous est pas parvenu[31] [31] En effet, les actes mérovingiens octroyés à l’Église...
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. Toutefois, si l’on étudie la diplomatique de la période qui a suivi le transfert de la résidence à Liège[32] [32] Dès l’abandon du siège de Maastricht pour Liège, seules...
suite
, on constate que les évêques, jusqu’à l’épiscopat d’Étienne (901-920), seront indifféremment appelés de Tongres ou de Liège[33] [33] Fulchaire, en 826, est appellé Tungrensis episcopus; Walcaud,...
suite
. Dès lors, serait-il étonnant que Nicolas ait consulté les diplômes mérovingiens conservés dans les archives du chapitre cathédral qui désignent ainsi les évêques ?

7 En « dépossédant » Maastricht de l’église sépulcrale de Lambert dédiée à saint Pierre, Nicolas porte une nouvelle fois atteinte au prestige de la ville[34] [34] La localisation de cette église pose un réel problème...
suite
. Selon le chanoine, cette église se situe à Castert (prov. Liège, arr. Visé) le long du rivage de la Meuse, sur le flanc est de la colline[35] [35] Erat autem solitaria, sita fere in ipsa Mose ripa, ad orientalem...
suite
. « Le site de Caster (Castert, Caestert) se trouve sur la Montagne Saint-Pierre à l’endroit d’un étranglement de cette colline, produit par le développement vers l’Est d’un méandre du Geer à grand rayon : […] il est bordé au Nord par la frontière belgo-néerlandaise, au Sud par la fameuse “tranchée de Caster”, par laquelle le canal Albert traverse la colline de part en part pour se diriger ensuite vers le bassin houiller de la Campine et Anvers. Le lieu dit de Caster se situe à quelque 25 km de Liège, 35 km de Hasselt, 20 km de Tongres, 5 km de Maastricht[36] [36] Le site de Caster à Petit-Lanaye, Publications de la Commission...
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. » Or il n’y a pas d’église Saint-Pierre à Castert, mais bien une église dédiée à sainte Marie-Madeleine dont la fondation par le prêtre Bovon fut confirmée quelques années plus tard au cours d’un synode réuni en 1126 par l’évêque de Liège Albéron Ier (1122-1128)[37] [37] Le site de Caster à Petit-Lanaye, p. 25. Une étude sur...
suite
. Il semble bien que la tradition rapportée par Nicolas soit orale. En effet, toutes les autres Vitae Landiberti, à commencer par la première, relatent que le prélat fut enterré à Maastricht[38] [38] Vita Landiberti episcopi Traiectensis vetustissima, éd. ...
suite
. Où Nicolas a-t-il pu puiser une telle information ? Nicolas figure parmi la liste des témoins au bas de la charte de confirmation de Sainte-Marie-Madeleine à Castert. La source de Nicolas pourrait donc être le prêtre Bovon, venu assister au synode. Le chanoine aurait donné crédit aux allégations du prêtre Bovon ou, tout du moins, en aurait pris bonne note, et les aurait insérées ultérieurement dans son récit. La coïncidence entre le nom de l’église sépulcrale et celui de la montagne où se situe Castert mérite d’être soulignée.

8 « Le site de Liège était fermé à l’ouest et au nord par des collines et des forêts ; au sud, la Meuse légèrement incurvée constituait un obstacle ; l’accès était facilité à l’est par la douceur de la pente des collines et par une route longeant la Meuse, reliant Liège et Maastricht[39] [39] Nam ab occidentali et septentrionali plaga montibus et silvis...
suite
 ». Cette chaussée n’est autre que l’antique voie romaine reliant Maastricht et Liège. La description du chanoine est vraisemblablement valable pour le XIIe siècle. Nicolas attribue la fondation du site de Liège à saint Monulphe, « vingt-et-unième évêque de Tongres », qui y a fondé un oratoire consacré aux saints Côme et Damien et qui a prophétisé la future grandeur de la cité[40] [40] Cum beatus Monulfus vicesimus primus Tungrorum episcopus...
suite
. Nicolas s’inspire ici de la Vita sancti Servatii du prêtre Jocundus[41] [41] JOCUNDUS, Vita sancti Servatii, p. 200. ...
suite
.

9 La tradition de la première église dédiée aux saints Côme et Damien est apparemment fausse. La première église liégeoise est sans doute la future église Notre-Dame[42] [42] J. DEMARTEAU, La première église de Liège, l’abbaye...
suite
. Un autel consacré aux deux saints médecins a toutefois réellement existé : il remonte à l’époque des travaux entrepris par Notger (972-1008) et par Baldéric II (1008-1018). Il s’agirait de l’autel oriental dit « grand autel », situé dans le « vieux chœur » du transept occidental, destiné aux messes conventuelles célébrées dans ce chœur[43] [43] Les fouilles de la place Saint-Lambert à Liège, t.  4,...
suite
. Le maître et prédécesseur de Lambert, Théodard, avait été enseveli à Liège par les soins de son élève[44] [44] […] Theodardum per innocentie viam in territorio Spirensium...
suite
. Le chanoine s’inspire ici des Gesta du chanoine Anselme de Liège (v. 1050)[45] [45] ANSELME, Gesta pontificum Tungrensis, Traiectensis sive...
suite
, qui, dans ce cas précis, semblent conformes à la réalité historique.

10 Nicolas se préoccupe également des fondements du pouvoir public des évêques liégeois qui est la source même de la fonction princière du prélat. Le chanoine, en voulant illustrer les rapports imaginaires unissant le roi Clovis et Lambert, parle d’un acte d’« immunité » accordé par le roi au saint prélat[46] [46] Quante autem existimationis et auctoritas beatus Lambertus...
suite
. Les hasards de l’histoire qui ont permis de sauvegarder bon nombre de documents n’ont pas toujours été favorables à Liège : ce document est perdu. Mais a-t-il seulement existé ? Nicolas n’a-t-il pas inventé le document ? D’abord, identifions ce roi Clovis. Selon le chanoine, il s’agit du père du roi Childéric II qui a régné sur l’Austrasie dès 662, sur la Neustrie et la Bourgogne dès 673, et qui est mort assassiné en 675[47] [47] Pour les renseignements relatifs à Childéric, nous renvoyons...
suite
. Son père s’appelle bel et bien Clovis : Clovis II, roi de Neustrie et de Bourgogne entre 639 et 657 et fils de Dagobert Ier[48] [48] LOT, PFISTER, GANSHOF, op. cit. , p.  280; U. NONN,...
suite
. Nicolas semble donc proche de la vérité historique, mais un problème surgit : sous le règne de ce Clovis (639-657), Lambert n’est pas encore revêtu de la fonction épiscopale[49] [49] Théodard, le prédécesseur de Lambert, est mentionné...
suite
. Qui est alors ce Clovis ? En fait, le seul roi mérovingien portant ce nom, et pouvant correspondre à la période de l’épiscopat de Lambert, n’est autre que Clovis III. Son règne s’étend de 690 à 694. Cette date s’accorde parfaitement avec celle de l’épiscopat de Lambert[50] [50] Lambert fut évêque après le 6 septembre 669 et avant...
suite
. Nicolas a-t-il eu en main la charte de Clovis III ? Donnons-en, au préalable, la description selon Nicolas. Il s’agit d’un privilège d’immunité en faveur des possessions de l’église Sainte-Marie. Il est délivré par Clovis à la demande de Lambert. La formule qui désigne le saint est pater, apostolicus vir et episcopus. La confusion de Nicolas quant à l’identification de Clovis tendrait-elle à prouver que Nicolas a « manipulé » la charte ? Le chanoine a dû se demander qui était le Clovis en question. Sa réponse, bien qu’erronée, il l’a simplement trouvée dans la Chronique de Sigebert de Gembloux[51] [51] Les Vitae Landiberti précédentes rapportent que les rapports...
suite
. En fait, une série d’arguments vient étayer la thèse de la véracité du diplôme. Pareil privilège n’est pas inconnu pour nos régions. Saint Remacle avait déjà bénéficié d’un tel document, émanant de Sigebert III[52] [52] Diplomata regum Francorum e stirpe merowingia, éd. G. H. ...
suite
. De plus, le vocabulaire qualifiant Lambert est conforme aux usages de l’époque. Le prélat est nommé episcopus, pater et vir apostolicus. Or ces qualificatifs sont repris dans le formulaire de Marculf[53] [53] Pour citer un évêque, Marculf propose vir apostolicus,...
suite
. Dans un acte de Clovis III, délivré en faveur de l’abbé de Stavelot-Malmedy, on rencontre de pareilles formules[54] [54] Vir apostolicus […] domnus, et pater noster, HALKIN, ROLAND,...
suite
. Un autre acte du même roi s’adresse à l’évêque de Vaison-la-Romaine en des termes semblables[55] [55] Vir apostolicus […] domnus […], pater noster, Diplomata...
suite
. Ajoutons que les prédécesseurs de Clovis III utilisaient également des formules similaires[56] [56] Clovis II (ibid. , p. 19-20, n° 19), Sigebert II (ibid. ,...
suite
. Voilà qui tendrait donc à prouver la véracité de l’acte. De plus, celui-ci est adressé à l’église Sainte-Marie, ce qui correspond rigoureusement à la réalité de l’époque. C’est la deuxième fois que Nicolas a explicitement recours aux archives de la cathédrale pour rédiger son œuvre. Quoi de plus normal pour l’archiviste du chapitre[57] [57] Cf. n. 1 ...
suite
.

11 Le chanoine attribue le changement de la résidence épiscopale de Maastricht à Liège à l’initiative d’Hubert, successeur de Lambert[58] [58] NICOLAS, Vita Landiberti, M. G. H. , chap. 4, p. 410. ...
suite
. Il suit en cela le chanoine Anselme[59] [59] ANSELME, Gesta pontificum, chap. 15, p. 198. ...
suite
. Hubert, à la suite des miracles accomplis à Liège sur le lieu même de l’assassinat de Lambert, réalise la translation des reliques de Lambert depuis Maastricht jusqu’à Liège dans l’unique but de promouvoir le culte de son prédécesseur et maître. Hubert n’a pas, semble-t-il, eu véritablement conscience de la portée de son acte qui est le « point de départ » du transfert effectif du siège épiscopal, qui se serait déroulé quelques dizaines d’années plus tard, entre la fin du VIIIe siècle et le début du siècle suivant[60] [60] J. L. KUPPER, Du diocèse de Tongres-Maastricht au diocèse...
suite
.

12 Nicolas fournit la description de deux régions aux confins de son diocèse : la Texandrie[61] [61] La forme « Texandrie » est étymologiquement plus correcte...
suite
et l’Ardenne. La description de la Texandrie intervient dans le cadre de l’apostolat de Lambert au nord du diocèse. Le tableau qu’en dresse Nicolas est assez obscur : c’est une région marécageuse, habitée par des peuplades barbares et repliées sur elles-mêmes qui n’entretiennent aucun lien commercial avec ses voisins[62] [62] Nam regio, cui Taxandria nomen est, […] vastis et fere...
suite
. D’autres informations sur la Texandrie interviennent lors de la relation de l’enfance de Lambert, alors que ce dernier suit l’enseignement de son premier précepteur, Landoald, dans la villa de Wintershoven (prov. Limbourg, arr. Tongres)[63] [63] Les récits de l’enfance de saint Lambert sont apparus...
suite
. La population est disséminée, l’habitat est dispersé, le paysage est couvert de forêts et de marais dont la présence rend l’eau impropre à la consommation[64] [64] […] ibi aqua ex palustri colluvie bibentes magis torquebat...
suite
. On est en droit de penser que Nicolas décrit l’état de la Texandrie au début du XIIe siècle. Toutefois, il ne faut pas se laisser tromper par des topoi hagiographiques : un environnement hostile d’une région d’apostolat ne peut forcément que rehausser le prestige du confesseur qui ose s’y rendre[65] [65] Ce thème évoque celui du désert, si cher au christianisme...
suite
. La Texandrie, au XIIe siècle, n’est pas la région aussi inculte et aussi hostile que décrivent les textes. Certes, depuis la préhistoire, les défrichements des hommes ont engendré dans cet espace une dégradation du sol en sables mouvants ou en marais[66] [66] W. STEURS, Naissance d’une...
suite
, mais les terres n’en sont pas pour autant à ce point désolées. L’habitat, dispersé en hameaux, s’est développé en bordure de ruisseaux. Des échanges commerciaux avec les régions de la Meuse et de la Rhur s’organisent par l’intermédiaire de la vallée du Dommel[67] [67] Ibid. , p.  377-378. ...
suite
.

13 D’un point de vue politique, la Texandrie est organisée en pagi, qui sont restés longtemps en marge de la formation territoriale des principautés[68] [68] Ibid. , p. 398. Sur le pagus en général et sur la Texandrie...
suite
. La Texandrie n’entrera réellement dans l’orbite liégeoise qu’à partir du Xe siècle[69] [69] BIJSTERVELD, op. cit. , p. 45. Le point de vue de cet auteur,...
suite
. De Notger (972-1008) à Otbert (1091-1119), la Texandrie est une des grandes préoccupations des évêques de Liège[70] [70] Ibid. , p.  46. ...
suite
. Nicolas nous donne les limites de cette région : sa frontière sud se situe à trois « miles » de Maastricht –dont la localité de Bilsen représente un point de démarcation –, la confluence du Rhin et de la Meuse constitue, au nord, la séparation avec la Frise, dont la ligne s’étend jusque la mer du Nord, la mer des Angles[71] [71] Nam regio, cui Taxandria nomen est, que a Traiectensis oppido...
suite
. Toutes ces informations démontrent la grande érudition du chanoine. De surcroît, son récit est proche de la réalité, car, au XIe siècle – au moment où la Texandrie devient un archidiaconé liégeois –, celle-ci couvre une région comprise entre le bas-Escaut à l’ouest, la Meuse au nord et à l’est, et la Hesbaye au sud-est[72] [72] KUPPER, Liège, p.  83; BIJSTERVELD, op. cit. , p.  45. ...
suite
.

14 Dans le cadre de l’évangélisation de la Texandrie, Nicolas est le premier, et le seul, à relater la rencontre entre saint Willibrord[73] [73] Saint d’origine anglaise, Willibrord s’est consacré...
suite
, l’apôtre des Frisons, et Lambert. Saint Willibrord désirait rencontrer Lambert en raison de la grande réputation du prélat liégeois[74] [74] Venerabilis sacerdos Willibrordus, qui et Clemens, comperta...
suite
. Cette entrevue se tiendra dans le pagus de Teisterbant où Lambert reviendra fréquemment pour prêcher. Nicolas signale que l’endroit de cette rencontre est devenu un lieu de culte dédié à saint Lambert[75] [75] […] locus est in pago quem Testebrantem dicunt, haud longe...
suite
. Cette légende semble être le fruit d’une tradition locale. En effet, pour introduire son sujet, Nicolas dit avec prudence : si antiquorum relationi creditur. Il prend la précaution de situer précisément l’endroit, ce qui permet de corroborer son récit. Il est probable que cette région n’était pas très connue des Liégeois, et que Nicolas ait ressenti le besoin de la décrire avec un réel luxe de détails. Cela prouve en tout cas que le chanoine semble bien connaître la région. Nicolas l’a-t-il visitée ou en est-il originaire ? Cette légende prouve en tout cas l’existence d’échanges entre les deux diocèses, et surtout de la concomitance de l’apostolat des deux saints.

15 L’identification du lieu est actuellement rendue difficile par l’imprécision des informations fournies par Nicolas qui savait très bien, lui, de quoi il parlait. Willibrord rencontre Lambert après avoir franchi des rivières dans un endroit du pagus du Teisterbant; cette région est parcourue par des cours d’eau, située sur la rive gauche de la Meuse, limitée au nord par l’océan et faisant partie, à l’époque de Nicolas, du diocèse de Liège[76] [76] […] Willibrordus […] transmissis tot aquarum interfluentium...
suite
. Ce pagus s’étend entre les comtés de Hollande et de Bétuwe[77] [77] VANDERKINDERE, op. cit. , t.  2, p. 309-311; DE MOREAU,...
suite
. Il correspond à la limite nord du diocèse de Liège[78] [78] D’ailleurs une étymologie de Teisterbant propose« marche...
suite
, et plus particulièrement au nord de l’archidiaconé de Campine, c’est-à-dire aux doyennés de Cuijk, d’Hilvarenbeek et de Wœnsel[79] [79] DE MOREAU, Histoire de l’Église, t. 1, p. 98. Des cartes...
suite
. Le Teisterbant s’étend sur la moitié de l’actuel Brabant septentrional et sur la moitié de l’actuelle Gueldre[80] [80] NONN, op. cit. , p.  60. ...
suite
. Une région assez vaste dans laquelle il est difficile de localiser avec raison l’endroit de la rencontre. La recherche doit être orientée vers le Nord, car Willibrord s’y rend après avoir franchi des obstacles d’eau[81] [81] Le nord du Teisterbant est fortement arrosé. On y trouve...
suite
, et l’endroit est proche de la Meuse[82] [82] Cf. supra. ...
suite
. Toute cette région a été largement évangélisée par Lambert et Willibrord[83] [83] J. PAQUAY, De apostels van Neder-Germanie, Dietsche Warande...
suite
. Le nombre d’églises dédiées à saint Lambert est considérable[84] [84] Hors des 38 églises ou paroisses dédiées à Lambert dans...
suite
. J. Paquay a proposé comme identification l’église d’Orten sur la Diese, près de Bois-le-Duc dans la vallée du Dommel[85] [85] PAQUAY, De apostels, p. 12. ...
suite
. Il appuie sa démonstration sur la situation géographique et sur l’ancienneté du lieu. Orten se trouve au nord du diocèse, à proximité de la Meuse ; sa colonisation, par des homines franci, remonte au VIIIe siècle. Toutefois, la paroisse d’Engelen, située à proximité d’Orten, possède précisément une église Saint-Lambert et pourrait, elle aussi, être identifiée avec le lieu de rencontre[86] [86] Cette paroisse est une possession du chapitre Saint-Jean...
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. Sa situation géographique est aussi remarquable que celle d’Orten. L’occupation est plus récente, et de récentes fouilles archéologiques ont mis au jour un cimetière et un oratoire datant du IXe siècle[87] [87] Ibid. , p.  69. ...
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. D’autres paroisses, situées aux alentours, peuvent également être retenues. À 6 km au sud, un autre endroit est également susceptible d’avoir accueilli l’entrevue : Vught. Cette localité est située au sud de Bois-le-Duc, sur le cours du Dommel. Deux églises médiévales s’élèvent dans cette ville : une est dédiée à saint Pierre, l’autre à saint Lambert[88] [88] Ibid. , p.  271-273. ...
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. Malheureusement, pour toute cette région, la documentation est pauvre. Selon la tradition locale, l’église Saint-Pierre dépendait du diocèse d’Utrecht, et celle de Saint-Lambert du diocèse de Liège[89] [89] Citée par STEURS, ibid. , p.  273. ...
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. On ne connaît pas avec certitude la date d’érection des deux édifices[90] [90] La plus ancienne trace de l’église Saint-Pierre remonte...
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. D’ailleurs, le mystère de l’édification de ces deux églises, à proximité l’une de l’autre, n’a pas encore été élucidé[91] [91] W. Steurs rapproche cette interrogation d’une autre non...
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.

16 Nous sommes conscient de la faiblesse d’une telle démonstration, qui repose sur peu d’informations, mais il est logique que la légende se soit développée dans cette région en raison de la proximité des deux diocèses. Rencontrer une église Saint-Lambert et une église Saint-Pierre proches l’une de l’autre fait en tout cas pencher la balance en faveur de notre thèse. On pourrait objecter que les deux églises sont relativement récentes, mais une légende peut apparaître en moins d’une génération[92] [92] La légende de saint Lambert constitue un bon exemple :...
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. Saint Pierre était un saint largement vénéré par les Carolingiens. Sachant que Willibrord était étroitement lié aux Pippinides, il est probable que, dans la mémoire collective, la présence de saint Pierre à proximité d’une église Saint-Lambert ait donné naissance à un tel récit. Nicolas fait mention d’un pèlerinage annuel à saint Lambert dans la mystérieuse paroisse[93] [93] […] hodie venerationis est apud incolas regionis illius...
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. Cependant, aucune trace de cette manifestation ne subsiste. Il n’est pas impossible non plus qu’un clerc peu scrupuleux ait inventé cette histoire dans le but d’attirer des pèlerins dans sa paroisse[94] [94] Les motivations d’instaurer un pèlerinage ne sont pas...
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. À nos yeux, le rapprochement entre saint Pierre et saint Lambert répond à une idée beaucoup trop complexe que pour émaner de la seule conscience collective ; une pareille réflexion doit sans doute provenir d’un clerc lettré. Toujours est-il que la situation de Vught est propice au développement d’une telle tradition. Vught était un point de rencontre entre les routes terrestres et les voies fluviales qui reliaient la vallée mosane à l’arrière-pays[95] [95] STEURS, op. cit. , p.  273. ...
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. Pareille situation semble favorable à l’élaboration d’une pareille légende qui, rappelons-le, symbolise les échanges spirituels entre les deux diocèses.

17 Nicolas décrit une autre contrée située aux confins du diocèse, l’Ardenne. Victime de troubles politiques, Lambert est déposé par le maire du palais Ébroïn au profit de Pharamond ; le prélat déchu s’exile ensuite au monastère de Stavelot, fondé par saint Remacle et le roi mérovingien Sigebert III[96] [96] NICOLAS, Vita Landiberti, M. G. H. , chap. 5, p. 412-413, AA. SS,...
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. Pour sa relation des troubles politiques qui ont perturbé le diocèse, Nicolas s’inspire de la Vita Landiberti de Sigebert de Gembloux[97] [97] SIGEBERT DE GEMBLOUX, Vita Landiberti, AA. SS. , chap. 2, p. 591-592. ...
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et des Annales de Metz[98] [98] Annales Mettenses, éd. G. H. PERTZ, M. G. H. , SS. , t.  1,...
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. La tradition, attribuant à Ébroïn la déposition de Lambert, est fausse. Les commanditaires de la déposition de Lambert font partie d’un parti puissant d’Austrasie qui a profité de l’opportunité offerte par la mort du protecteur du prélat, le roi Childéric II († 675). Après sept années d’épiscopat, Pharamond, qui a perdu ses protecteurs en raison de la dislocation de leur parti, est chassé de son trône par Pépin II, qui réintègre Lambert dans ses fonctions (ca 682)[99] [99] Series episcoporum, p. 53-54 ; KUPPER, Saint Lambert,...
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. Au sujet de la fondation de Stavelot-Malmedy par Remacle, avec l’appui de Sigebert III, Nicolas a puisé ses informations dans la Vita Landiberti de Sigebert de Gembloux[100] [100] SIGEBERT DE GEMBLOUX, Vita Landiberti, AA. SS. , chap. 2, p. 592. ...
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. Les sources de Nicolas étaient exactes : Sigebert III a effectivement contribué, vers 650, à la fondation monastique de Remacle à Stavelot-Malmedy[101] [101] Sur saint Remacle, cf. GEORGE, Saint Remacle, p.  47-70 ;...
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. Toutefois, Nicolas se trompe lorsqu’il prétend que Remacle a été évêque de Liège avant de fonder son abbaye en Ardenne[102] [102] Hic siquidem Landoaldus sub sancto Amando episcopo archipresbiter...
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. Remacle a certes porté le titre d’évêque mais en qualité d’évêque-abbé, c’est-à-dire « un abbé, qui dans le cadre d’un monastère, a reçu la consécration épiscopale[103] [103] GEORGE, Saint Remacle, p.  56 (bibl. n. 35). ...
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 ». Au XIIe siècle, la confusion est fréquente. Témoin le retable de Stavelot (1145) qui fait intervenir Remacle dans la lignée épiscopale liégeoise[104] [104] Sur le retable, cf. S. BALACE, Les émaux mosans, Liège. ...
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. Cependant, c’est la description de l’Ardenne que donne Nicolas ici qui retiendra toute notre attention : les alentours de l’abbaye, impropres à la culture et au commerce, ne sont pas habités, la végétation y est drue, luxuriante et arrosée, les hivers sont particulièrement rudes; même les ermites Paul et Antoine ne voudraient pas y vivre[105] [105] Hic siquidem locus inter vastos et confragosos Ardennae...
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. La dernière partie de la description concernant les saints Paul et Antoine est très significative et dévoile le but de cette description : la rudesse du lieu rejaillit sur l’éclat de la sainteté de Lambert. On pourrait penser que Nicolas noircit volontairement le tableau, mais l’Ardenne, à cette époque, est effectivement une vaste étendue boisée au climat rigoureux[106] [106] R. LEJEUNE, L’Ardenne dans la littérature médiévale,...
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. La prolixité de Nicolas quant à la rigueur du climat est peut-être le fruit de l’expérience personnelle du chanoine[107] [107] Selon P. ALEXANDRE, la période 1100-1170 est dominée par...
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.

18 Pour Nicolas, la Vita Landiberti a été l’occasion de dépeindre le diocèse de Liège, et plus particulièrement l’environnement dans lequel évolue son héros Lambert. Cette description comporte une présentation géographique des lieux évocateurs du passé hagiographique ainsi qu’un récit des événements clés de l’histoire liégeoise. Le texte de Nicolas montre à quel point, pour la période « proto-historique liégeoise[108] [108] BOEREN, Les évêques, p. 26. ...
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 », la légende a corrompu le discours historique. En revanche, les indications géographiques de Nicolas sont très précieuses pour autant que l’on garde en mémoire que Nicolas rédige une œuvre apologétique.

19 Quels sont les procédés d’écriture mis en œuvre par Nicolas pour rédiger sa Vita Landiberti? À grand renfort de détails, le chanoine s’est appliqué à relater les origines de son diocèse, dont les étapes fondatrices sont associées à l’activité d’un saint. Il réalise ainsi une formidable synthèse des mythes fondateurs de la cité de Liège. Grâce à saint Materne, le diocèse trouve son origine dans le christianisme des temps primitifs. La fondation de Liège, son premier oratoire et la prophétie de sa future grandeur sont dus à un autre saint, Monulphe. L’élargissement des frontières du diocèse au nord a été concrétisé par l’apostolat de Lambert en Texandrie. Le transfert de la résidence épiscopale de Maastricht à Liège est assuré par le saint disciple de Lambert, Hubert. À l’instar des auteurs de gesta episcoporum ou abbatorum, Nicolas fonde la lignée épiscopale liégeoise dans la sainteté, à l’abri des contingences de l’histoire humaine[109] [109] M. SOT, Gesta episcoporum. Gesta abbatum, Turnhout, 1981,...
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.

20 Dans un but identique, les rédacteurs de gesta font fréquemment intervenir, dans le récit des origines, l’un ou l’autre apôtre ou le Christ lui-même, afin de renforcer le caractère saint de la fondation[110] [110] Ibid. , p.  17. ...
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. « C’est particulièrement net pour les gesta episcoporum du IXe siècle qui, par divers subterfuges, arrivent tant bien que mal à établir les origines apostoliques de leurs églises[111] [111] Ibid. , p.  16. ...
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. » Les Gesta episcoporum Trevorum (apr. 1101) relatent comment le premier évêque de Trèves, saint Euchère, un des 72 disciples de saint Pierre, a été envoyé de Rome en Gaule par l’apôtre[112] [112] Gesta episcoporum Trevorum, éd. G. WAITZ, M. G. H. , SS. ,...
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. Comme les traditions liégeoises ne contiennent aucune allusion à de tels personnages, Nicolas y supplée en faisant apparaître Lambert comme un « nouveau Christ[113] [113] Il convient de signaler la parenté au Christ de saint Servais...
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 ». Chez les hagiographes, ce procédé, qui se base sur une méthode d’exégèse biblique – appelée « doctrine typologique » ou « anagogie » –, est courant[114] [114] Sur ce sujet, cf. L. REAU, Iconographie de l’art chrétien,...
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. L’identification d’un saint au Christ se fait de plusieurs façons par son comportement ou par le biais de personnages secondaires. Toutefois, les auteurs se gardent de faire des comparaisons trop fortes; elles arrivent implicitement[115] [115] VAN UYTFANGHE, op. cit. , p. 457. ...
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.

21 La vie et les gestes de Lambert présentent des similitudes avec l’histoire de Jésus. Lorsqu’il était enfant et qu’il suivait l’enseignement de Landoald, Lambert faisait preuve d’une certaine précocité intellectuelle[116] [116] […] primaevae aetatis mores […] pueritiae eius teneritudinem...
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. Voilà qui n’est pas sans rappeler une scène de la Bible. À douze ans, Jésus se rend le jour de Pâque au Temple, et, lors de la discussion avec les docteurs, il fait preuve d’une étonnante érudition[117] [117] Lc 2,41-50. ...
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. La période d’exil de Lambert est riche d’analogies avec la vie du Christ. Cette période peut être associée à la « traversée du désert ». L’épisode biblique développe le thème de l’exil et ses conditions difficiles. Jésus est parti pendant quarante jours dans le désert où, à deux reprises, le Diable a voulu le tenter[118] [118] Mt 4,1-11; Mc 1,12-13 ; Lc 4,1-13. ...
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. Bien qu’il n’ait pas dû subir les assauts du Démon, Lambert s’est réfugié dans des contrées hostiles où « même saint Paul ou saint Antoine n’auraient pas voulu habiter[119] [119] […] horribiliorem non incoluerunt Paulus vel Anthonius...
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 ». Quand Lambert est chassé de son siège, il se soumet, car il sait que c’est la volonté de Dieu[120] [120] Volebat [Lambert] tyrannis et oppressoribus Ecclesiae Dei...
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. Ce thème de la soumission se retrouve dans la vie de Jésus lors de la crucifixion[121] [121] Mt 27,32-44; Mc 15,21-32 ; Lc 23,26-43 ; Jn 19,17-27. ...
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. Le thème de l’abaissement, qui exprime les souffrances volontaires, est présent[122] [122] VAN UYTFANGHE, op. cit. , p. 470. D’autres comportements...
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. Le miracle de la Croix s’y apparente : tel Jésus qui lave les pieds de ses apôtres[123] [123] Jn 13,1-20. ...
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, Lambert se conforme à la Règle du monastère de Stavelot et sort en plein hiver pour subir sa punition en se prosternant devant la Croix[124] [124] Lambertus preceptum obedentiae, quasi prospera iuberentur,...
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. Le pardon, qui revêt une grande importance dans le message évangélique[125] [125] Mt 6,12; 9,2; 12,32 ; 18,21-35 ; Mc 3,28; Lc 7,47-50;...
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, se retrouve dans l’attitude de Lambert. À son retour, le saint prélat pardonne leur trahison aux partisans de Pharamond[126] [126] Qui ad reperandam ecclesiasticae religionis regulam, quae...
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; il ressemble ainsi au Christ qui, sur la Croix, pardonne à ses bourreaux[127] [127] Lc 23,34. ...
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. Un autre thème important de la symbolique christique est présent chez Lambert : celui du bon pasteur[128] [128] Mt 18,12-14; Lc 15,1-7. ...
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. Comme Jésus, Lambert veille sur son peuple, ses ouailles[129] [129] NICOLAS, Vita Landiberti, AA. SS. , chap. 2, p. 606,608. ...
suite
. La passion de Lambert évoque celle du Christ. Le meurtre en lui-même rappelle la mort du Christ. Par son martyre, Lambert apparaît comme un « autre Christ souffrant[130] [130] Ph. GEORGE, Noble, chevalier, pénitent, martyr. L’idéal...
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 ». À l’instar des juifs déicides, qui ont intrigué pour organiser l’élimination de Jésus[131] [131] Mt 26,3-5; Mc 14,1-2 ; Lc, 22,1-2; Jn 11,45-53. ...
suite
, Dodon et Alpaïde ont fomenté l’assassinat du saint prélat. L’attitude des neveux de Lambert, Pierre et Audolet, face aux assaillants prête également à l’analogie. Ils sortent leurs armes, mais Lambert les en empêche et les sermonne, car il refuse de voir couler le sang[132] [132] Petrus videlicet et Audolecus nomine […] arreptis fustibus...
suite
. Leur attitude est semblable à celle de Pierre qui, lors de l’arrestation de Jésus, frappe avec son épée le soldat Malchus et le blesse à l’oreille. Jésus condamne cet acte et guérit le blessé en disant « ceux qui prennent l’épée périront par l’épée[133] [133] Mt 26,51-54; Mc 14,47-50 ; Jn 18,10-11. ...
suite
 ».

22 Lambert réunit à lui seul un ensemble de comportements dignes de Jésus. Le saint prélat est présenté comme ayant su conformer sa vie au message biblique. Mais, comme il serait orgueilleux de se targuer d’être un nouveau Christ, Lambert, comme nous l’avons dit, n’est jamais assimilé au Christ de manière explicite. En revanche, les auditeurs de la Vita devaient clairement saisir ces analogies. Par son élection, Lambert scelle une nouvelle alliance avec Dieu et, à travers le prélat, c’est tout son peuple qui scelle cette alliance. Les Liégeois deviennent ainsi les nouveaux élus, une nouvelle tribu d’Israël[134] [134] Dans la Vita Landiberti, la prophétie de saint Monulphe...
suite
.

23 Les concordances entre les deux Testaments ont, notons-le, fortement marqué l’art mosan. Des œuvres comme l’autel portatif de Stavelot, la Bible de Floreffe ou encore les fonts baptismaux de Notre-Dame font partie des plus belles expressions de ce penchant chez des artistes, « se conformant ainsi à une tradition bien ancrée dans l’évolution de l’art mosan[135] [135] J. L. KUPPER, J. STIENNON, Ph. GEORGE, Les orfèvres mosans...
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Stiennon).» (J.

24 Dans son texte, Nicolas est très attentif à fournir des informations géographiques concernant les lieux où se sont déroulés les principaux événements du récit. Il s’intéresse tout particulièrement au site de Liège, sans pour autant négliger les autres sites évocateurs du passé diocésain. En les associant à des saints personnages, Nicolas sacralise les « lieux de mémoire » de son diocèse. Se dégage ainsi un véritable espace sacré : saint Materne, fondateur de Liège, dédie son premier oratoire aux saints Côme et Damien. Liège s’enrichit de la sépulture de saint Théodard et, plus tard, de celle de Lambert. Le transfert du siège épiscopal de Maastricht à Liège par un autre saint personnage, Hubert, rehausse encore le prestige du choix de Liège[136] [136] Sur les conceptions de la sacralisation d’un espace politique,...
suite
. Nicolas décrit également les sites de Tongres et de Maastricht, avec leurs églises respectives, ainsi que les régions de la Texandrie et de l’Ardenne. Les procédés descriptifs de Nicolas s’apparentent à ceux des rédacteurs de gesta[137] [137] M. SOT, Organisation de l’espace et historiographie épiscopale...
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 : les notations spatiales concernent l’évocation des lieux porteurs de traditions orales, la description des lieux de culte ainsi que la localisation des sépultures. Nicolas insiste aussi sur le fait que ces lieux sont toujours bien présents à l’époque de la rédaction. Il convient également d’attirer l’attention sur le sort que le chanoine a réservé à Maastricht : il a littéralement dépossédé l’ancienne cité de sa sacralité et l’a transférée à Liège. Le cas de Monulphe est plus symptomatique encore. Dans la Vita, Monulphe intervient uniquement pour fonder le site de Liège et son oratoire, mais, à la différence de la tradition locale, aucune intervention du saint n’est signalée lors du transfert du siège de l’évêché de Tongres à Maastricht !

25 On retrouve également, dans la Vita, le souci de préciser les privilèges de l’espace sacré et d’en délimiter les possessions[138] [138] Ibid. ...
suite
. Nicolas, en insérant une anecdote concernant les rapports entre Lambert et le roi franc Clovis, évoque l’immunité dont jouit le patrimoine de l’Église de Liège. Lorsqu’il décrit la prédication de Lambert en Texandrie, Nicolas justifie les vues des évêques de Liège sur le Nord du diocèse. Du reste, la rencontre entre Willibrord et Lambert est, sur ce point, significative. L’endroit de cette entrevue, à l’extrême Nord du diocèse, fait partie du territoire liégeois[139] [139] […] et ideo Leodiensi parochiae, sicut hodie cernimus,...
suite
. Quant à la description de l’Ardenne, elle va dans le même sens. En bref, Nicolas dessine donc dans son texte une vaste topographie sacrée dont la « cité » de Liège est devenue le centre.

26 Les sources de la Vita Landiberti sont semblables à celles qui sont communément utilisées par les auteurs des gesta episcoporum[140] [140] SOT, Gesta episcoporum, p. 23-29. ...
suite
. Toutefois, à la différence des rédacteurs de gesta, qui font appel, de façon restreinte, aux sources littéraires[141] [141] Ibid. , p.  28. ...
suite
, Nicolas, lui, s’y réfère plus souvent. Le chanoine puise ses informations dans de nombreux textes : les Gesta episcoporum du moine Hériger de Lobbes et de son continuateur, le chanoine Anselme, la Vita Willibrordi d’Alcuin, la Vita Servatii du prêtre Jocundus, la Chronique de Sigebert de Gembloux, les Vitae Landiberti de l’auteur anonyme du VIIIe siècle, de l’évêque de Liège Étienne et de Sigebert de Gembloux, les Annales de Metz, des légendes orales, des diplômes mérovingiens et des observations directes[142] [142] À cette liste, il convient d’ajouter deux textes auxquels...
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. Il est intéressant de confronter ces données avec les sources que Nicolas prétend, de façon explicite, avoir consultées. Le chanoine en dresse effectivement la liste dans le prologue de son texte : il s’agit des Vitae Landiberti du diacre Godescalc et d’Étienne, de la Geste des rois de France, de la Chronique de Réginon de Prüm, des lettres d’évêques, des « écrits de grands hommes », des Vitae des saints Landoald et Landrade[143] [143] Hec equidem partim ex Gestis regum Francorum, partim ex...
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. Or l’énumération de Nicolas est différente de la nôtre. Le chanoine s’est inspiré des trois Vitae Landiberti. Il est probable qu’il ait utilisé le remaniement de la Vie primitive de Lambert, réalisé par le pseudo-Godescalc au XIe siècle[144] [144] Le Godescalc, chanoine-diacre (fin VIIIe siècle),...
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, plutôt que l’original du VIIIe siècle. Quant à la Geste des rois de France mentionnée par Nicolas, on penserait volontiers qu’il s’agit de l’Historia Francorum de Grégoire de Tours, mais en fait les informations avancées se rattachent aux Annales de Metz[145] [145] Dans l’édition des M. G. H. , l’éditeur signale (p. 409)...
suite
. Le chanoine a assurément utilisé la Chronique de Réginon de Prüm : la dernière phrase de la Vita Landiberti est empruntée textuellement à Réginon. Les diplômes utilisés par Nicolas pourraient correspondre à l’expression « lettres d’évêques », epistolis diversorum episcoporum, car, au Moyen Âge, le terme epistola signifiait également « acte ». Nicolas n’a pas consulté les Vies des saints Landoald et Landrade comme il le prétend. Il a puisé ses informations dans la Vita Landiberti de Sigebert de Gembloux. Quant aux « écrits des grands hommes », l’expression est bien vague. Ces termes, à vrai dire, pourraient embrasser toutes les sources identifiées qui ne figurent pas dans l’énumération du prologue. Bien que la Vita Landiberti de Sigebert de Gembloux tienne une place importante, les Gesta episcoporum d’Hériger et d’Anselme demeurent les sources principales de l’œuvre « historique » de Nicolas.

27 Comme pour les actes diplomatiques, l’« auteur » de gesta episcoporum est double : le commanditaire, celui qui commande l’ouvrage, et le rédacteur, celui qui rédige[146] [146] SOT, Gesta episcoporum, p. 22-23 ...
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. Dans le cas de la Vita Landiberti, le rédacteur est connu : le chanoine Nicolas. Fréquemment, les rédacteurs de gesta font partie de l’entourage proche des évêques ou des abbés[147] [147] Ibid. , p.  22. ...
suite
. De plus, ces hommes « sont souvent responsables du scrinium et donc rédacteurs aussi des actes[148] [148] Ibid. , p.  27. ...
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 ». Nicolas réunit précisément toutes ces « qualités ». En effet, il a été le proche conseiller des évêques de Liège Albéron II (1135-1145) et Henri II (1145-1164) et l’archiviste du chapitre cathédral. Les commanditaires des gesta episcoporum n’apparaissent pas toujours nettement[149] [149] SOT, Gesta episcoporum, p. 22. ...
suite
. La Vita Landiberti ne déroge pas à la tradition; mais, dans son prologue, Nicolas affirme, à deux reprises, qu’il a reçu la commande de rédiger une nouvelle Vie de saint Lambert de la part « d’amis et de frères[150] [150] Sicut nichil est, quod amicis et fratibus honesta petentibus...
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 ». Qui sont ces « amis » et ces « frères »? Sans doute les membres de la faction politique, dont Nicolas faisait partie, qui ont favorisé l’élection de leur chef de file, Henri de Leez[151] [151] ADAM, La Vie de saint Lambert (ca 1144-45), p.  59-89. ...
suite
. Ce groupe, composé de chanoines nostalgiques de la grandeur de leur ville et déçus par l’immobilisme du prélat Albéron II, voulait rendre à Liège sa puissance d’antan et rehausser le prestige de la fonction épiscopale. À cette époque, l’Église de Liège sortait lourdement affaiblie d’une longue période de troubles où le diocèse avait vu s’affronter les principaux membres de l’aristocratie dans une guerre civile impitoyable, dont l’enjeu principal fut, à de multiples reprises, le siège épiscopal[152] [152] KUPPER, Liège, p.  145-167. ...
suite
. C’est pourquoi Henri de Leez, alors grand-prévôt, et son groupe politique ont lancé un vaste programme de restauration du pouvoir du prélat et du prestige de la cité, qui s’appuyait, entre autres, sur le culte des saints de la cité. L’élaboration de la Vita Landiberti s’inscrit dans une entreprise de légitimation de l’action des partisans d’Henri de Leez et des prétentions de celui-ci au trône épiscopal.

28 En souhaitant glorifier l’action d’Henri de Leez à travers la célébration de Lambert, Nicolas rejoint, une fois encore, l’attitude des rédacteurs de gesta qui articulent leur œuvre autour de deux axes : l’exaltation et de l’évêque fondateur et du dernier représentant de la lignée épiscopale, contemporain de la rédaction[153] [153] SOT, Gesta episcoporum, p. 17. ...
suite
. À Liège, le chanoine Anselme n’a pas agi autrement en rédigeant ses Gesta episcoporum, dont le but était de magnifier l’action de l’évêque Wazon (1042-1048)[154] [154] J. L. KUPPER, Les Gesta pontificum Leodicensis aecclesiae...
suite
. Dans sa Vita, Nicolas, par les multiples interventions de saints personnages, a véritablement créé un « cycle hagiographique[155] [155] R. AIGRAIN, L’hagiographie, ses sources, sa méthode,...
suite
 » d’une réelle ampleur, dont la volonté manifeste est de créer une filiation spirituelle entre les « héros » de son récit[156] [156] L’historiographie médiévale liégeoise a été très...
suite
. Ainsi, comme dans des gesta, Nicolas établit un pseudo-lignage épiscopal qui fait de son évêque Henri le descendant du fondateur de l’église locale[157] [157] M. SOT, Historiographie épiscopale et modèle familial...
suite
. La succession de tant de saints évêques – ici Materne, Monulphe, Amand, Landoald, Remacle, Théodard, Lambert et Hubert – rejaillit sur le prestige de la fonction. Henri de Leez devient l’héritier de tout le « bagage » spirituel de Lambert. L’œuvre de Nicolas, à vrai dire, prépare effectivement l’élection du grand-prévôt. En attendant, les conceptions développées par le texte du chanoine Nicolas s’accordent parfaitement avec la volonté des partisans d’Henri de Leez de restaurer et le prestige de la fonction épiscopale et la grandeur de Liège.

29 En adoptant des procédés littéraires propres aux gesta, le texte de Nicolas démontre la survivance, au XIIe siècle, d’un genre littéraire carolingien[158] [158] «[…] au Nord des Alpes, les gesta sont un genre historiographique...
suite
. La permanence, à Liège, de traditions carolingiennes ne doit pas étonner ; des traces profondes de ces traditions persistent encore au XIIe siècle, que ce soit dans le domaine de la spiritualité[159] [159] Ch. DEREINE, L’école canonique liégeoise et la réforme...
suite
ou dans celui de la prédication[160] [160] À l’époque carolingienne, l’instruction aux fidèles...
suite
, et faut-il le dire dans le domaine de l’art mosan.

30 En définitive, le texte de Nicolas est en grande en partie calqué sur le modèle des gesta episcoporum. Le but conscient du chanoine est tout à fait comparable à celui d’un rédacteur de gesta: exalter la grandeur de sa cité et de son évêque. Tout comme les gesta, le texte de Nicolas est composé à un moment de remise en ordre d’une Église épiscopale dont le pouvoir vacillant est à restaurer et à consolider[161] [161] SOT, Gesta episcoporum, p.  22. ...
suite
. En chantant la « geste » de l’évêque fondateur Lambert, Nicolas exalte les légitimes prétentions d’Henri de Leez à l’évêché.

 

Notes

[ *] Cette étude constitue un prolongement de notre mémoire de licence sur La Vita Landiberti du chanoine Nicolas (ca 1145) : reflet de la civilisation liégeoise au lendemain de la Querelle des investitures, 2000, présenté sous la direction de J.L. Kupper à l’Université de Liège. Nous tenons à exprimer notre profonde gratitude à MM. J.L. KUPPER et Ph. GEORGE pour leurs judicieux conseils et pour la relecture de cet article.Retour

[ 1] A. DELESCLUSE, Nicolas, chanoine de Saint-Lambert, Biographie nationale de Belgique, t. 15, Bruxelles, 1899, col. 693-696; S. BALAU, Les sources de l’histoire de Liège au Moyen Âge. Étude critique, Bruxelles, 1903, p.307-309 ; L. VAN DER ESSEN, Étude critique et littéraire sur les Vitae des saints mérovingiens de l’ancienne Belgique, Louvain-Paris, 1907, p.46-53 ; J.L. KUPPER, Liège et l’Église impériale, XIe-XIIe siècle, Paris, 1981, p. 245-246 ; ID., Saint Lambert : de l’Histoire à la légende, Revue d’Histoire ecclésiastique (=R.H.E.), t. 79,1984, p.41-49 ; R. ADAM, La Vie de saint Lambert du chanoine Nicolas (ca 1144-45) et l’élection de l’évêque de Liège Henri de Leez (1145-64), Bulletin de l’Institut archéologique liégeois, t.111,2003, p.59-89.Retour

[ 2] Sigebert de Gembloux (†1112) (BHL 4686), le prédécesseur de Nicolas, insère cinq récits de saints – Amand, Landoald, Landrade, Théodard et Remacle; les deux prédécesseurs de Sigebert, un auteur anonyme du VIIIe siècle (BHL 4677) et l’évêque Étienne (901-920) (BHL 4682), signalent uniquement saint Théodard.Retour

[ 3] […] a beato Materno primo ipsius civitatis [Tongres] episcopo acceperat, NICOLAS, Vita Landiberti episcopi Traiectensis, éd. B. KRUSCH, Monumenta Germaniae Historica, Scriptores Rerum Merovingicarum (=M.G.H., S.R.M.), t.6, Hanovre-Leipzig, 1913, chap.4, p.410.Retour

[ 4] HÉRIGER DE LOBBES, Gesta pontificum Tungrensis, Traiectensis sive Leodiensium, éd. R. KOEPKE, M.G.H., Scriptores (=SS.), t. 7, chap.13, p.170.Retour

[ 5] J. PAQUAY, Les évêques de Tongres, Bulletin de la Société scientifique et littéraire du Limbourg, t.41,1927, p. 10-12; É. DE MOREAU, Histoire de l’Église en Belgique, t.1, Bruxelles, 1940, p. 28-30; P.C. BOEREN, Les évêques de Tongres-Maestricht, Revue d’Histoire de l’Église de France, t.62,1976, p. 28; Series episcoporum ecclesiae catholicae occidentalis ab initio usque ad annum 1198, Series V, Germania, t.1 : archiepiscopatus coloniensis, éd. St. WEINFURTER, O. ENGELS, Stuttgart, 1982, p.7 ; A. PAIROUX, Une vie inédite de saint Simètre de Lierneux (XIVe siècle), Bulletin de la Commission royale d’Histoire, t. 154,1988, p.219 n. 84.Retour

[ 6] Materne figure parmi les signataires de deux synodes, le premier tenu à Rome le 2 octobre 313 et le deuxième tenu à Arles le 1er août 314.Retour

[ 7] […] adhuc in ecclesia sancte Marie perpetue virginis […] retinebat [Tongres], NICOLAS, Vita Landiberti, M.G.H., chap. 4, p.410.Retour

[ 8] […] non longe a dirutis urbis Tungrorum menibus, NICOLAS, Vita Landiberti, M.G.H., chap. 1, p. 410 ; […] inter ipsas [Tongres] murorum suorum ruinas, ibid., chap.4, p.410 ; […] a dirutis urbis Tungrorum muris, NICOLAS, Vita quarta Landiberti, éd. C. SUYSKENS, Acta Sanctorum (=AA.SS.), Sept., 2e éd., t.5, Bruxelles, 1856, chap.4, p.610.Retour

[ 9] Sur les différents remparts de Tongres, cf. H. VAN DE WEERD, Enceinte et vieux murs de Tongres, Revue belge de Philologie et d’Histoire, t. 9,1930, p.95-119. Henri Van de Weerd avait déjà souligné dans son article le passage de Nicolas relatif aux ruines de Tongres (p. 107). Ce n’est qu’au XIIIe siècle que Tongres redeviendra un ville fermée (p.108-109). Nous pensons que les remparts de Tongres étaient toujours debout au VIIIe siècle. En effet, dans la Vie primitive de saint Servais, datant de cette époque, le saint quitte la cité par une porte, ce qui, selon nous, devrait impliquer la présence de murs autour de cette porte et, par conséquent, du reste de la ville (Servacius exit ab urbe Tungros, extra portam civitatis progressus, dans Vita sancti Servatii, éd. G. KURTH, Deux biographies inédites de saint Servais, Bulletin de la Société d’Art et d’Histoire du Diocèse de Liège (=B.S.A.H.D.L.), t. 1,1881, p.258).Retour

[ 10] Eo siquidem tempore Tungrorum civitas, a Hunnis iam pridem funditus eversa, NICOLAS, Vita Landiberti, M.G.H., chap. 1, p.410.Retour

[ 11] BOEREN, Les évêques, p.26; F. ROUSSEAU, La Meuse et le Pays mosan en Belgique, Bruxelles, 1977, p.32-34 ; B. GEUKENS, Tongeren, zestien eeuwen kerkbouw, Tongres, 1990, p.32-33.Retour

[ 12] HÉRIGER DE LOBBES, Gesta pontificum Tungrensis, chap.26, p.175.Retour

[ 13] […] in Traiecto […] qui est super Mosam fluvium grandis vicus, non longe a dirutis urbis Tungrorum menibus, NICOLAS, Vita Landiberti, M.G.H., chap. 1, p.410.Retour

[ 14] Erant in ipso oppido Traiecto due celebres ecclesie, quarum una beate Marie […] altera vero beati Bartholomei apostoli, NICOLAS, Vita Landiberti, M.G.H., chap.17, p.428.Retour

[ 15] T.A.S.M. PANHUYZEN, P.H.D. LEUPEN, Maastricht in het eerste millenium. De vroegste stadontruikkeling in Nederlanden, La genèse et les premiers siècles des villes médiévales dans les Pays-Bas méridionaux. Un problème archéologique et historique. 14e Colloque International, Spa 6-8 septembre 1988, Bruxelles, 1990, p.439-440.Retour

[ 16] […] altera vero beati Bartholomei apostoli, que sanctissimi confessoris et episcopi Servatii meritis et corpore magnifice decorabatur, NICOLAS, Vita Landiberti, M.G.H., chap.17, p.428.Retour

[ 17] PANHUYZEN, LEUPEN, Maastricht in het eerste millenium, p. 437-439 ; A. DIERKENS, Réflexions sur l'histoire religieuse de Maastricht à l'époque mérovingienne, L’évangélisation des régions entre Meuse et Moselle et la fondation de l’abbaye d’Echternach (Ve-IXe siècle). Actes des 10e journées lotharingiennes, 28-30 octobre 1998, éd. M. POLFER, Echternach, 2000, p. 545-551.Retour

[ 18] C’est mal interpréter la Vita Servatii de Jocundus (v. 1070) que d’écrire que l’église Saint-Servais était jadis dédiée à saint Pierre (M. WERNER, Der Lütticher Raum in frühkarolingischer Zeit. Untersuchungen zur Geschichte einer karolingischen Stammlanschaft, Göttingen, 1980, p.248-249).Retour

[ 19] Omnes illi in magna gloria occurunt et in basilica apostolorum principis et sui patroni venerabilis Servatii, sicut statutum fuerat, decentissime possunt, JOCUNDUS, Vita sancti Servatii, éd. P.C. BOEREN, Jocundus. Biographe de saint Servais, La Haye, 1972, p.196.Retour

[ 20] […] in honore beati Servatii […] aliud templum erexit […] corpus ipsius […] transtulit, ibid., p. 198.Retour

[ 21] Nam antea quedam ecclesiola ibidem fuerat in honorem beati Servatii edificata, et cum in Traiecto ecclesia, que beati Servatii continet membra, usque ad illa fere tempora in honore apostoli Bartolomei fuerit dedicata, fertur quod placuerit imperatori ac epsicopis quod earum patroni mutarentur, et sic Traeiectensis retinuit nomen beati Servatii, ista dedicatur, sicut dictum est, in honore apostoli, GILLES D’ORVAL, Gesta episcoporum Leodiensium, éd. J. HELLER, M.G.H., SS., t. 25, liv. 2, p.63-64Retour

[ 22] […] fertur quod placuerit imperatori ac episcopis quod earum patroni mutarentur […], ibid.Retour

[ 23] A.J.J. MEKKING, De Sint-Servatiuskerk te Maastricht. Bijdragen tot de kennis van de symboliek en de geschiedenis van de bouwdelen en de bouwsculptuur tot ca 1200, Utrecht, 1986, p. 189-190. À titre d’exemple, le transfert des reliques de saint Hubert en 825, sous l’évêque Walcaud († 831), de l’église Saint-Pierre à Liège à l’abbaye d’Andage en Ardenne, est dû à un souhait des chanoines de la cathédrale Saint-Lambert qui estimaient que le culte de saint Hubert, à long terme, porterait atteinte à celui de saint Lambert (J.L. KUPPER, Qui était saint Hubert ?, Le culte de saint Hubert au Pays de Liège, éd. A. DIERKENS, J.M. DUVOSQUEL, Bruxelles, 1991, p.14-17).Retour

[ 24] A. AZZAOUI, J.M. LÉOTHARD, Liège/Liège : nouvelles observations et remise en question de l’interprétation de l’évolution des édifices primitifs de l’église Saint-Barthélemy, Chronique de l’Archéologie wallonne, 2003, sous presse; ID., Liège/Liège : église Saint-Barthélemy. État d’avancement des recherches dans le cadre du rapport final, Chronique de l’Archéologie wallonne, 2005, à paraître.Retour

[ 25] En effet, l’essor grandissant du culte de saint Servais – les XIIe et XIIIe siècles en constituent la période d’apogée – aurait pu porter ombrage au prestige de saint Lambert (M. ZENDER, Räume und Schichten mittelalterlicher Heiligenverehrung in ihrer Bedeutung für die Volkskunde, 2e éd., Cologne, 1973, p.68).Retour

[ 26] […] Tungrorum civitas a Hunis iam pridem funditus eversa […]. Traiectenses […] rebus multaque populi frequentia tunc in ea regione potentiores habebantur […] Tungrensis gubernabatur, NICOLAS, Vita Landiberti, M.G.H., chap.4, p.410.Retour

[ 27] Le moine de Lobbes parle de la grande fréquentation de la foule à Maastricht, mais uniquement en raison de la vénération du tombeau de saint Servais et non pour le commerce (HÉRIGER DE LOBBES, Gesta pontificum Tungrensis, chap.28, p.176).Retour

[ 28] É. DE MOREAU, Le transfert de la résidence des évêques de Tongres à Maastricht, R.H.E., t. 20,1924, p.457-464; PAQUAY, op. cit., p.28-29 ; BOEREN, Les évêques, p.30-32 ; ROUSSEAU, op.cit., p. 38-39; PANHUYZEN, LEUPEN, Maastricht in het eerste millenium, p. 419-420 ; T.A.S.M. PANHUYZEN, Wat weten we over de continuïteit van Maastricht, Sint Servatius, bisschop van Tongeren-Maastricht. Het vroegste Christendom in het Maasland. Handelingen van het colloquium te Alden Biezen (Bilzen), Tongeren en Maastricht 1984, Borgloon, 1986, p. 138-139.Retour

[ 29] Usque ad sacerdotium beati Hugberti non minus Traiectensis quam Tungrensis episcopatus diceretur, NICOLAS, Vita Landiberti, M.G.H., chap.4, p.410.Retour

[ 30] Cf. supra n.1Retour

[ 31] En effet, les actes mérovingiens octroyés à l’Église de Tongres-Maastricht ont disparu soit en 881 lors de l’invasion des Vikings, soit lors de l’incendie de la cathédrale en 1185 (nous penchons pour la seconde hypothèse, qui permettrait d’imaginer que Nicolas ait pu les consulter ; comme nous le verrons plus bas, il a examiné au moins un de ces diplômes).Retour

[ 32] Dès l’abandon du siège de Maastricht pour Liège, seules les expressions « évêque de Tongres » ou « de Liège » sont employées (BOEREN, Les évêques, p.31).Retour

[ 33] Fulchaire, en 826, est appellé Tungrensis episcopus; Walcaud, dans un acte de 831, est qualifié de Tongrensis episcopus et rector monasterii sancti Landeberti; Francon, en 884, est dénommé episcopus ecclesie Tungrensis vel Leodiensis (St. BORMANS, É. SCHOOLMEESTERS, Cartulaire de l’église Saint-Lambert, t. 1, Bruxelles, 1893, p.2, n° 1, p.3, n° 2, p.6, n° 4).Retour

[ 34] La localisation de cette église pose un réel problème aux chercheurs. Certains pensent que cet édifice n’est autre que l’église Saint-Servais, d’autres affirment que Saint-Pierre se trouvait dans un village situé à 1 km au sud de Maastricht où des découvertes archéologiques laissent supposer l’existence d’une église mérovingienne (PANHUYZEN, LEUPEN, Maastricht in het eerste millenium, p.440 n. 88; WERNER, op. cit., p. 248-251).Retour

[ 35] Erat autem solitaria, sita fere in ipsa Mose ripa, ad orientalem clivum montis, quem incole Castra vocant, habens inter se et Traiectum quasi quendam limitem Iecharam fluviolum, in NICOLAS, Vita Landiberti, M.G.H., chap.17, p.428.Retour

[ 36] Le site de Caster à Petit-Lanaye, Publications de la Commission scientifique belgonéerlandaise pour la Protection de la Montagne Saint-Pierre, t.3,1953, p. 3. Sur Castert : P.J. DEBOUXHTAY, F. DUBOIS, Histoire de la seigneurie de Nivelle-sur-Meuse et de l’ancienne paroisse de Lixhe, Liège, 1935, p. 186-209 ; J. DECKERS, La charte de l’évêque de Liège Albéron Ier pour le prêtre Bovon (1126): un original retrouvé, Bulletin de la Société royale « Le Vieux-Liège » (=B.S.R.L.V.L.), t. 10,1987, p.427-435.Retour

[ 37] Le site de Caster à Petit-Lanaye, p.25. Une étude sur l’original de cet acte peut être trouvée dans DECKERS, op. cit., p.409-427 (l’acte y est édité et traduit).Retour

[ 38] Vita Landiberti episcopi Traiectensis vetustissima, éd. B. KRUSCH, M.G.H., S.R.M., t. 6, Hanovre-Leipzig, 1913, chap. 18, p. 371 ; ÉTIENNE, Vita Landiberti episcopi Traiectensis, éd. B. KRUSCH, ibid., p.392; SIGEBERT DE GEMBLOUX, Vita tertia Landiberti, éd. C. SUYSKENS, AA.SS., Sept., 2e éd., t. 5, chap.5, p.600.Retour

[ 39] Nam ab occidentali et septentrionali plaga montibus et silvis maximis claudebatur, meridianam vero partem Mosa fluvius, reducto et curvato paululum sinu ambiens, inaccessibilem faciebat ; sed qua orientem spectat, adiri facilius poterat, montanis a Mosa aliquantulum recedentibus seseque iuxta eius ripam quinque fere miliaribus usque Traiectum in directam et speciosam longitudinem clementer extendibus, NICOLAS, Vita Landiberti, M.G.H., chap. 15, p.419-420.Retour

[ 40] Cum beatus Monulfus vicesimus primus Tungrorum episcopus […] «Eia », inquit astantibus, « locus, quem Dominus ad salutem multorum fidelium suorum elegit, et quem, per merita cuiusdam servi sui postmodum magnifice illustratum, summis civitatibus adequabit. » Statimque ecclesiolam illic edificari precepit, quam in honore sanctorum Cosme et Damiani martyrum Domino dedicavit, NICOLAS, Vita Landiberti, M.G.H., chap.15, p.419.Retour

[ 41] JOCUNDUS, Vita sancti Servatii, p.200.Retour

[ 42] J. DEMARTEAU, La première église de Liège, l’abbaye de Notre-Dame, B.S.A.H.D.L., t.7,1892, p.1-108 ; J.L. KUPPER, Archéologie et histoire : aux origines de la cité de Liège (VIIIe-XIe siècle), La genèse et les premiers siècles des villes médiévales dans les Pays-Bas méridionaux. Un problème archéologique et historique, Bruxelles, 1990, p.379; M. OTTE, J.M. LEOTARD, H. FOCK, Phases anciennes de la cathédrale Saint-Lambert à Liège, B.S.R.L.V.L., t. 13,1994, p.131.Retour

[ 43] Les fouilles de la place Saint-Lambert à Liège, t. 4, sous la dir. de M. OTTE, Liège, 1992, p.31-32.Retour

[ 44] […] Theodardum per innocentie viam in territorio Spirensium ad martyrii coronam pervenire. […] eiusque tumulo [Théodard] honoravit villam Legiam, NICOLAS, Vita Landiberti, M.G.H., chap.4, p.410. Théodard semble avoir été victime, dans la région de Spire, des coups d’une faction politique rivale désirant s’approprier les biens du diocèse. Cet assassinat politique n’aura pas les résultats escomptés. En effet, Lambert, qui était le protégé de Théodard, lui succèdera (WERNER, Der Lütticher Räum, p.236-241 ; Series episcoporum, p.53 ; KUPPER, Saint Lambert, p. 11,13).Retour

[ 45] ANSELME, Gesta pontificum Tungrensis, Traiectensis sive Leodiensis ecclesiae, éd. R. KOEPKE, M.G.H., SS., t. 7, chap.2, p.192.Retour

[ 46] Quante autem existimationis et auctoritas beatus Lambertus apud regem [Clovis] fuerit, manifeste patet, cum eum idem pacificus rex non solum « episcopum », sed et « patrem » et « apostolicum virum » appellet in eo privilegio, quod promulgavit, ipso sancto presule petente, pro immunitate et possessionibus ecclesie sancte Marie perpetue virginis in cuius nomine et honore Traiecti […] quod privilegium usque hodie apud nos conservari non dubium est, NICOLAS, Vita Landiberti, M.G.H., chap. 5, p.411.Retour

[ 47] Pour les renseignements relatifs à Childéric, nous renvoyons àF. LOT, C. PFISTER, F.L. GANSHOF, Les destinées de l’Empire d’Occident de 395 à 768, Paris, 1940, p.280-286 ; U. NONN, Art. Ch II., Lexikon des Mittelalters (=L.D.M.), t. 2, Munich-Zurich, 1983, col. 1818. Mise au point chronologique dans E.I. STRUBBE, L. VOET, De chronologie van de Middeleeuwen en de Modernen Tijden in de Nederlanden, Amsterdam-Anvers, 1960, p. 326.Retour

[ 48] LOT, PFISTER, GANSHOF, op.cit., p. 280; U. NONN, Art. Ch. II., L.M.A., t.2, Munich-Zurich, 1983, col.1868-1869 ; STRUBBE, VOET, op. cit., p.321.Retour

[ 49] Théodard, le prédécesseur de Lambert, est mentionné dans une charte de Childéric II à la date du 6 septembre 669/670 (J. HALKIN, C.G. ROLAND, Recueil des chartes de l’abbaye de Stavelot-Malmedy, t. 1, Bruxelles, 1909, p. 21, n° 6 ; Series episcoporum, p. 53). La date de sa mort se situe entre 669 et 675 (KUPPER, Saint Lambert, p.13 n. 1).Retour

[ 50] Lambert fut évêque après le 6 septembre 669 et avant le 17 septembre 705 au plus tard. Son épiscopat a été interrompu après le 10 août 675 jusqu’à ca 682 (Series episcoporum, p. 53-54).Retour

[ 51] Les Vitae Landiberti précédentes rapportent que les rapports unissant Lambert et Childéric II étaient cordiaux. Alors, Nicolas, confronté au problème de l’identification du Clovis de la charte, se tourne vers la Chronique de Sigebert. Sur base de la bonne entente entre Childéric II et l’évêque, le chanoine choisit, parmi les différents Clovis cités, le père de Childéric II. Leur parenté est mentionnée à l’année 658: […] filiumque suum [Clovis] iunorum Hildricum fecit Austrasiorum (SIGEBERT DE GEMBLOUX, Chronographia, M.G.H., SS., t.6, p.325).Retour

[ 52] Diplomata regum Francorum e stirpe merowingia, éd. G.H. PERTZ, M.G.H., Diplomatum imperii, t.1, Hanovre, 1872, p. 22, n° 22. (cf. aussi Ph. GEORGE, Saint Remacle, évangélisateur en Ardennes (ca 650). Mythe et réalité, La christianisation des campagnes. Actes du colloque du C.I.H.E.C. (25-27 août 1994), éd. J.P. MASSAUT et M.É. HENNEAU, t. 1, Bruxelles, 1996, p. 50-52).Retour

[ 53] Pour citer un évêque, Marculf propose vir apostolicus, pater ou episcopus MARCULF, Formulae, éd. K. ZEUMER, M.G.H., Formulae Merowingici et Karolini aevi, Hanovre, 1886, p.32-112.Retour

[ 54] Vir apostolicus […] domnus, et pater noster, HALKIN, ROLAND, op.cit., t. 1, p.36, n° 12. Cet acte concerne Babolène, évêque missionnaire et abbé de Stavelot-Malmedy.Retour

[ 55] Vir apostolicus […] domnus […], pater noster, Diplomata regum Francorum e stirpe merowingia, p.57, n° 65.Retour

[ 56] Clovis II (ibid., p.19-20, n° 19), Sigebert II (ibid., p.23 et 25, n°23 et 24), Childéric II (ibid., p.26-28, n° 26,27 et 29), Clotaire III (ibid., p.36, n° 39).Retour

[ 57] Cf. n.1Retour

[ 58] NICOLAS, Vita Landiberti, M.G.H., chap.4, p.410.Retour

[ 59] ANSELME, Gesta pontificum, chap. 15, p.198.Retour

[ 60] J.L. KUPPER, Du diocèse de Tongres-Maastricht au diocèse de Liège, La civilisation mérovingienne dans le bassin mosan. Actes du colloque international d’Amay-Liège du 22 au 24 août 1985, éd. M. OTTE, J. WILLEMS, Liège, 1986, p. 23-27.Retour

[ 61] La forme « Texandrie » est étymologiquement plus correcte que le terme « Toxandrie » (A.J. BIJSTERVELD, De la Texandrie à la Campine : le nord du diocèse de Liège au Xe-XIe siècles, Liège. Autour de l’an mil, la naissance d’une principauté, Liège, 2000, p.48).Retour

[ 62] Nam regio, cui Taxandria nomen est, […] vastis et fere continuis paludibus obsita et ob id ne finitimis quidem aliquo commercii iure tunc satis nota et pervia multitudinem agrestis populi in se continebat, cuius mores barbaros ipsa etiam solitudo et superstitio efferaverat, NICOLAS, Vita Landiberti, M.G.H., chap.9, p.413.Retour

[ 63] Les récits de l’enfance de saint Lambert sont apparus pour la première fois dans la Vita Landoaldi du moine Hériger de Lobbes, qui prétend mettre par écrit les dires du prêtre de Wintershoven, Sarabert (Translatio sancti Landoaldi sociorumque, éd. O. HOLDER-EGGER, M.G.H., SS., t.15 (2), p. 610-611). La légende de Landoald, ordonné archiprêtre par saint Amand, rapporte qu’il fut évêque de Maastricht ad interim pendant neuf ans, entre les épiscopats des saints Amand et Remacle. Cette tradition est bien évidemment fausse, l’existence même du saint est largement remise en doute (VAN DER ESSEN, op.cit., p. 357-368). Dans son prologue, Nicolas prétend s’inspirer de la Vita Landoaldi d’Hériger mais, après un examen des sources, il s’avère que Nicolas a puisé ses informations dans la Vita Landiberti de Sigebert de Gembloux (pour les sources de la Vita Landiberti, cf. infra).Retour

[ 64] […] ibi aqua ex palustri colluvie bibentes magis torquebat amaritudine […]. Homines autem regionis illius per sylvas et paludes, quibus abundant, dispersi, longe a se invicem distant et habitant, NICOLAS, Vita Landiberti, AA.SS., chap.1, p.604.Retour

[ 65] Ce thème évoque celui du désert, si cher au christianisme oriental des origines. L’Occident médiéval transposera la représentation du désert à l’image de la forêt (J. LE GOFF, Le désert-forêt dans l’Occident médiéval, L’imaginaire médiéval, Paris, 1985, p.59-75).Retour

[ 66] W. STEURS, Naissance d’une région. Aux origines de la Mairie de Bois-le-Duc. Recherches sur le Brabant septentrional aux 12e et 13e siècles, Bruxelles, 1993, p.45.Retour

[ 67] Ibid., p. 377-378.Retour

[ 68] Ibid., p.398. Sur le pagus en général et sur la Texandrie en particulier, cf. U. NONN, Pagus und comitatus in Niederlothringen. Untersuchungen zur politischen Raumgliederung im früheren Mittelalter, Bonn, 1983; M. PARISSE, Désintégration et regroupement territoriaux dans les principautés lotharingienne du XIe au XIIIe siècles, Zwischen Gallia und Germania, Frankreich und Deutschland. Konstanz und Wandel raumbestimmender Kräfte. Vorträge auf dem 36. Deutschen Historikertag, Trier, 8.- 12 Oktober 1986, éd. A. HEIT, Trèves, 1987, p.155-180; L. VANDERKINDERE, Histoire de la formation territoriale des principautés belges au Moyen Âge, 2 vol., Bruxelles, 1902.Retour

[ 69] BIJSTERVELD, op. cit., p.45. Le point de vue de cet auteur, selon lequel « il n’est pas inconcevable que l’activité missionaire, en Texandrie, des évêques saint Lambert et saint Hubert, mentionnée dans leurs premières Vitae, soit un épisode ajouté après coup, qui leur fut attribuée à une époque où les évêques de Liège s’efforçaient d’élargir leur sphère d’influence vers le nord-ouest, c’est-à-dire au Xe siècle (ibid., p.45) » nous paraît quelque peu excessif.Retour

[ 70] Ibid., p. 46.Retour

[ 71] Nam regio, cui Taxandria nomen est, que a Traiectensis oppido versus septentrionem vix tribus miliaribus disparatur (NICOLAS, Vita Landiberti, M.G.H., chap.9, p.413); locus [Bilsen] iste in ingressu Taxandriae positus, duobus a Traiecto (NICOLAS, Vita Landiberti, AA.SS., chap.4, p.610) ; ipsi Taxandrie finitimos, quo fluvius Mosa Reni fluminis aquis infectus et tumidus iamque se ipso maior fontique suo per omnia dissimilis non longe a mari Anglico Taxandros et ceteros eiusdem regionis accolas a Fresonibus dividit (NICOLAS, Vita Landiberti, M.G.H., chap. 9, p.414).Retour

[ 72] KUPPER, Liège, p. 83; BIJSTERVELD, op. cit., p. 45.Retour

[ 73] Saint d’origine anglaise, Willibrord s’est consacré à évangéliser les Pays-Bas dès la fin du VIIe siècle, accompagnant le mouvement de colonisation de la Frise entrepris par Pépin II. Il meurt en 739 à l’abbaye d’Echternach qu’il avait fondée (J.Fr. NIERMEYER, La Meuse et l’expansion franque vers le Nord (VIIe-VIIIe siècles), Mélanges F. Rousseau. Études sur l’histoire du Pays mosan au Moyen Âge, Bruxelles, 1958, p.455-463 ; Willibrord. Apostel der Niederlande, Gründer der Abtei Echternach, sous la dir. de G. KIESEL, J. SCHROEDER, Luxembourg, 1990, p.11-67 ; M. VAN VLIERDEN, Willibrord en het begin van Nederland, Utrecht, 1995; S. SCHIPPERGES, Art. Willibrord, L.M.A., t. 9, Munich, 1998, col.243).Retour

[ 74] Venerabilis sacerdos Willibrordus, qui et Clemens, comperta sancti viri Lamberti opinione, maximo eum videndi desiderio inflammatus, NICOLAS, Vita Landiberti, AA.SS., chap.3, p. 609-610. Il n’y a aucune trace de cette légende dans les Vitae de Willibrord écrites par Alcuin et Thiodfrid (BHL 8935,8940). Nicolas fait preuve d’une grande dévotion pour Willibrord. En témoignent les emprunts à la légende de Willibrord qu’il a transposée dans sa Vita Landiberti. Deux miracles survenus lors de la prêche du saint aux villages de Walcheren et de Susteren sont adaptés à l’apostolat de Lambert (ALCUIN, Vita Willibrordi, éd. C. VEYRARD-COSME, L’œuvre en prose d’Alcuin: Vitae Willibrordi, Vedasti, Richarii. Éditions, traduction, études narratologiques, Florence, 2003, chap. 14-15, p. 54-57). La consécration d’Hubert par le pape Serge est également empruntée à l’histoire de Willibrord (ibid., chap.6, p.46-47).Retour

[ 75] […] locus est in pago quem Testebrantem dicunt, haud longe a Mosa, […] ad quem beatus Lambertus, adscito Evangelii viro Dei Willibrordo, solitus erat saepius descendere […]. In eodem loco ecclesia in honorem beati Lamberti dedicata, NICOLAS, Vita Landiberti, AA.SS., chap.3, p.609.Retour

[ 76] […] Willibrordus […] transmissis tot aquarum interfluentium obstaculis […] venit ad eum [Lambert] […]. In pago quem Testebrantem dicunt haud non longe Mosa […]. Tota regio illa, quae diversa ab incolis suis sortitur vocabula, et quae cursu Mosae dextro latere clausa usque in Septentrionem oceanum porrigitur […] et ideo Leodiensi parochiae, sicut hodie cernimus, subdita est, ibid., chap. 3, p.609-610.Retour

[ 77] VANDERKINDERE, op.cit., t. 2, p.309-311; DE MOREAU, Histoire de l’Église, t. 1, p.98.Retour

[ 78] D’ailleurs une étymologie de Teisterbant propose« marche de Texandrie ». Citée dans NONN, op. cit., p.59.Retour

[ 79] DE MOREAU, Histoire de l’Église, t.1, p.98. Des cartes sont disponibles dans G. BANNENBERG, A. FRENKEN, H. HENS, De oude dekenaten Cuijk, Woensel en Hilvarenbeek in de 15de- en 16de-eeuwse registers van het aartsdiakonaat van Kempenland, t. 1, Nimègue, 1968, p. VIII, XIX, 265. Une carte plus vaste des alentours de Bois-le-Duc est disponible dans P. POLMAN, Art. Bois-le-Duc, Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastiques (=D.H.G.E.), t. 9, Paris, 1937, col.536-543. Des cartes très détaillées peuvent être trouvées dans STEURS, op.cit. La Texandrie est représentée sur une carte dans BIJSTERVELD, op. cit., p. 46.Retour

[ 80] NONN, op. cit., p. 60.Retour

[ 81] Le nord du Teisterbant est fortement arrosé. On y trouve e.a. la Meuse, le Dommel, le Waal, le Lek, le Rhin, la Beerse, le Reusel.Retour

[ 82] Cf. supra.Retour

[ 83] J. PAQUAY, De apostels van Neder-Germanie, Dietsche Warande en Belfort, t.21, 1921, p. 3-17; ID., Le culte de saint Hubert dans le diocèse de Liège, Leodium, t.20, 1927, p. 33. Lorsque l’on observe la carte publiée par M. Zender reprenant les lieux de culte dédiés à saint Lambert, on peut se rendre compte de la forte concentration de ceux-ci dans le Teisterbant (ZENDER, op. cit.).Retour

[ 84] Hors des 38 églises ou paroisses dédiées à Lambert dans cette région, seulement 17 églises appartiennent au diocèse de Liège : Kerk-Avezaat, Zuilichem, Engelen, Lith, Huisseling, Beers, Megen, Haren, Maren, Orten, Rosmalen, Nistelrode, Escharen, Groot-Linden, Klosterrad, Bois-le-Duc, Vught, PAQUAY, De apostels, p.13 ; ZENDER, op. cit., p.28,40-60 et carte n°1.Retour

[ 85] PAQUAY, De apostels, p.12.Retour

[ 86] Cette paroisse est une possession du chapitre Saint-Jean de Liège (STEURS, op. cit., p. 69).Retour

[ 87] Ibid., p. 69.Retour

[ 88] Ibid., p. 271-273.Retour

[ 89] Citée par STEURS, ibid., p. 273.Retour

[ 90] La plus ancienne trace de l’église Saint-Pierre remonte au XIIe siècle, et Saint-Lambert au XIe siècle, mais le peu de documentation sur ces églises pourrait laisser supposer une occupation antérieure (ibid., p.271).Retour

[ 91] W. Steurs rapproche cette interrogation d’une autre non élucidée : le cas de Woluwé-Saint-Pierre et de Woluwé-Saint-Lambert (ibid., p. 271).Retour

[ 92] La légende de saint Lambert constitue un bon exemple : certains éléments du cycle de Lambert, issus de la légende locale, sont apparus en moins d’un siècle. L’insertion, dans la légende de Lambert, des prénoms fantaisistes de ses parents, Aper et Hérisplende, et des deux miracles de sa jeunesse en sont significatifs. En effet, Hériger, lors de la rédaction de la Vita Landoaldi (BHL 4700), a mis par écrit les dires du prêtre Sarabert qui relatait ces éléments légendaires. Ceux-ci, en moins d’un siècle, sont passés dans la légende de Lambert. Sigebert, qui rédige la Vita de saint Lambert vers 1080, fait part de ces nouvelles informations concernant la jeunesse de Lambert, et ceux-ci s’enracineront dans la tradition de l’enfance du saint prélat.Retour

[ 93] […] hodie venerationis est apud incolas regionis illius ut singulis annis illuc ad impetranda martyris [Lambert] beneficia concurrentes, NICOLAS, Vita Landiberti, AA.SS., chap.3, p.609-610.Retour

[ 94] Les motivations d’instaurer un pèlerinage ne sont pas toujours d’ordre spirituel. Il ne faut pas négliger leur aspect économique. L’histoire de l’Église est remplie de faux rédigés afin d’attirer du monde dans des lieux de culte (J. DUBOIS, J.L. LEMAÎTRE, Sources et méthodes de l’hagiographie médiévale, Paris, 1993, p.321). D’ailleurs, nous renvoyons à titre d’exemple au récit, rapporté par G. Duby, d’un falsificateur de reliques qui, aux alentours de l’an mil, déterrait des ossements de récents défunts pour les revendre en tant que saintes reliques (cf. G. DUBY, L’An Mil, Paris, 1980, p.111-115). La création d’une histoire telle que cette rencontre imaginaire entre deux saints n’est pas étonnante :« […] on se contente souvent de l’honneur de l’avoir reçu [le saint] vivant ou mort dans les murs de la cité; et il suffit alors d’imaginer un voyage qui ne modifie en rien les grandes lignes de son histoire », H. DELEHAYE, Les légendes hagiographiques, 4e éd., Bruxelles, 1955, p.54.Retour

[ 95] STEURS, op. cit., p. 273.Retour

[ 96] NICOLAS, Vita Landiberti, M.G.H., chap. 5, p.412-413, AA.SS, chap.2, p. 606-607Retour

[ 97] SIGEBERT DE GEMBLOUX, Vita Landiberti, AA.SS., chap.2, p.591-592.Retour

[ 98] Annales Mettenses, éd. G.H. PERTZ, M.G.H., SS., t. 1, p.316-318.Retour

[ 99] Series episcoporum, p.53-54 ; KUPPER, Saint Lambert, p.13-14.Retour

[ 100] SIGEBERT DE GEMBLOUX, Vita Landiberti, AA.SS., chap.2, p.592.Retour

[ 101] Sur saint Remacle, cf. GEORGE, Saint Remacle, p. 47-70 ; ID., Art. Remaclus, L.M.A., t. 7, Munich, 1995, col.705-706.Retour

[ 102] Hic siquidem Landoaldus sub sancto Amando episcopo archipresbiter ecclesie Tungrensis ordinatus […] eandem ecclesiam per novem annos episcopo vacantem, usque ad sacerdotium beati Remacli, diligenter rexerat, NICOLAS, Vita Landiberti, AA.SS., chap.1, p.603.Retour

[ 103] GEORGE, Saint Remacle, p. 56 (bibl. n.35).Retour

[ 104] Sur le retable, cf. S. BALACE, Les émaux mosans, Liège. Autour de l’an mil, p. 163-164Retour

[ 105] Hic siquidem locus inter vastos et confragosos Ardennae saltus nulli tunc humanae habitationi habilis, qualidus horrebat, sterili et emoriente terra, non alendis pecoribus grata, non commerciis quaestuosa, qua, exceptis aliquot rivorum seu fontium irrigationibus, horribiliorem non incoluerunt Paulus vel Anthonius eremi solitudinem. […] Hyems erat, quae nive et glaciali asperitate saevior inhorruerat; et ut pro comperto habemus, omnis fere Ardennae regio, et ea maxime. quae prediximus, incommditates specialiter tanta perurgetur aeris inclementia, ut longiorem et asperiorem, quae caeterae partes Austriae, nivium et hyemalis horroris semper patiatur molestiam, NICOLAS, Vita Landiberti, AA.SS., chap.2, p.606,607.Retour

[ 106] R. LEJEUNE, L’Ardenne dans la littérature médiévale, Anciens Pays et Assemblées d’États, t. 28,1963, p.43-78 ; KUPPER, Liège, p.86-89.Retour

[ 107] Selon P. ALEXANDRE, la période 1100-1170 est dominée par des hivers particulièrement rudes (Le climat au Moyen Âge en Belgique et dans les régions voisines (Rhénanie, Nord de la France). Recherches critiques d’après les sources narratives et essai d’interprétation, Liège-Louvain, 1976, p.104 ; ID., Les variations climatiques au Moyen Âge (Belgique, Rhénanie, Nord de la France), Annales Économie-Société-Civilisation (=É. S.C.), t. 32,1977, p.193).Retour

[ 108] BOEREN, Les évêques, p.26.Retour

[ 109] M. SOT, Gesta episcoporum. Gesta abbatum, Turnhout, 1981, p.16.Retour

[ 110] Ibid., p. 17.Retour

[ 111] Ibid., p. 16.Retour

[ 112] Gesta episcoporum Trevorum, éd. G. WAITZ, M.G.H., SS., t. 8, p.144-146.Retour

[ 113] Il convient de signaler la parenté au Christ de saint Servais (JOCUNDUS, Vita sancti Servatii, p.137).Retour

[ 114] Sur ce sujet, cf. L. REAU, Iconographie de l’art chrétien, t.1, Paris, 1955, p. 192-210 (chap. 4 : Symbolisme typologique ou concordance des deux Testaments) ; M. VAN UYTFANGHE, Modèles bibliques dans l’hagiographie, Le Moyen Âge et la Bible, sous la dir. de P. RICHÉ et G. LOBRICHON, Paris, 1984, p.449-488; C. VEYRARD-COSME, Typologie et hagiographie en prose carolingienne : mode de pensée et réécriture. Étude de la Vita Willibrordi, de la Vita Vedasti et de la Vita Richarii d’Alcuin, Écriture et mode de pensée au Moyen Âge (VIIIe-XVe siècle), éd. D. BOUTET, L. HARF-LANCNER, Paris, 1993, p.157-186.Retour

[ 115] VAN UYTFANGHE, op.cit., p.457.Retour

[ 116] […] primaevae aetatis mores […] pueritiae eius teneritudinem manifeste provehebat in virilis sensu maturitatem, NICOLAS, Vita Landiberti, AA.SS., chap.1, p.603.Retour

[ 117] Lc 2,41-50.Retour

[ 118] Mt 4,1-11; Mc 1,12-13 ; Lc 4,1-13.Retour

[ 119] […] horribiliorem non incoluerunt Paulus vel Anthonius eremi solitudinem, NICO-LAS, Vita Landiberti, AA.SS., chap. 2, p.606.Retour

[ 120] Volebat [Lambert] tyrannis et oppressoribus Ecclesiae Dei sacerdotali authoritate resistere ; sed […] cedendum tempori adiucavit, ne etiam videretur intercepti honoris ultionem execere, non pro iustitia decertare, ibid., chap.2, p.606.Retour

[ 121] Mt 27,32-44; Mc 15,21-32 ; Lc 23,26-43 ; Jn 19,17-27. Ce thème évoque également la soumission d’Abraham à Dieu. Le patriarche accepte de quitter sa tribu pour se rendre en terre d’Israël à l’instigation de Dieu.Retour

[ 122] VAN UYTFANGHE, op. cit., p.470. D’autres comportements de Lambert évoquent également ce thème : la piété, la prière, le recueillement, l’amour de la solitude.Retour

[ 123] Jn 13,1-20.Retour

[ 124] Lambertus preceptum obedentiae, quasi prospera iuberentur, adimplere contendens, sicut erat adhuc fere nudus, solo cilicio contectus, discalceatis pedibus dormitorium egressus, crucem adiit, quae sub divo posita, ex more monasterii huiusmodi corrigendis erat disciplina, NICOLAS, Vita Landiberti, AA.SS., chap.2, p.607.Retour

[ 125] Mt 6,12; 9,2; 12,32 ; 18,21-35 ; Mc 3,28; Lc 7,47-50; 17,1-4 ; 23,34 ; Jn, 20, 23Retour

[ 126] Qui ad reperandam ecclesiasticae religionis regulam, quae per pseudo-christianos depravata erat, valde sollicitus, plus erga corrigendos agebat mansuetudine, quam severitat, NICOLAS, Vita Landiberti, AA.SS., chap.2, p.608-609.Retour

[ 127] Lc 23,34.Retour

[ 128] Mt 18,12-14; Lc 15,1-7.Retour

[ 129] NICOLAS, Vita Landiberti, AA.SS., chap.2, p.606,608.Retour

[ 130] Ph. GEORGE, Noble, chevalier, pénitent, martyr. L’idéal de sainteté d’après une Vita mosane du XIIe siècle, Le Moyen Âge, t. 89,1983, p.376; VAN UYTFANGHE, op. cit., p. 458.Retour

[ 131] Mt 26,3-5; Mc 14,1-2 ; Lc, 22,1-2; Jn 11,45-53.Retour

[ 132] Petrus videlicet et Audolecus nomine […] arreptis fustibus […]. Lambertus […], advocatis nepotis suis : « Continete », ait, « dilectis filii, manus vestras et ab effusione humani sanguinis servate innoxias. Valde enim alienum est a viris fidelibus et nostre discipline sectatoribus malum pro malo reddere […]», NICOLAS, Vita Landiberti, M.G.H., chap.16, p.423-424. Signalons que, dans ce passage, Nicolas supprime l’épisode où Lambert, dans un réflexe de guerrier (fortissimus proelatior), dégaine son épée avant de la laisser tomber, renonçant ainsi à faire couler le sang.Retour

[ 133] Mt 26,51-54; Mc 14,47-50 ; Jn 18,10-11.Retour

[ 134] Dans la Vita Landiberti, la prophétie de saint Monulphe est significative de la conception de l’alliance entre Dieu et les Liégeois : Eia locus [Liège], quem Dominus ad salutem multorum fidelium suorum elegit, NICOLAS, Vita Landiberti, M.G.H., chap.15, p.419.Retour

[ 135] J.L. KUPPER, J. STIENNON, Ph. GEORGE, Les orfèvres mosans devant l’histoire (XIe-XIIIe siècles), B.S.R.L.V.L., t.14,2000, p.17. Pour une vue plus large, cf. Ph. VERDIER, Richesse et signification de l’iconographie mosane, La Wallonie. Le pays et les Hommes (Lettres-Arts-Culture), t. 1, sous la dir. de R. LEJEUNE, J. STIENNON, Bruxelles, 1977, p.259-267.Retour

[ 136] Sur les conceptions de la sacralisation d’un espace politique, cf. D. IOGNA-PRAT, Construction d’un espace politique, Le Moyen Âge, t. 107,2001, p.49-69.Retour

[ 137] M. SOT, Organisation de l’espace et historiographie épiscopale dans quelques cités de la Gaule carolingienne, Le métier d’historien au Moyen Âge. Étude sur l’historiographie médiévale, sous la dir. de B. GUENÉE, Paris, 1977, p.31-43 ; ID., Gesta episcoporum, p.20-21Retour

[ 138] Ibid.Retour

[ 139] […] et ideo Leodiensi parochiae, sicut hodie cernimus, subdita est, NICOLAS, Vita Landiberti, AA.SS., chap.3, p. 610.Retour

[ 140] SOT, Gesta episcoporum, p.23-29.Retour

[ 141] Ibid., p. 28.Retour

[ 142] À cette liste, il convient d’ajouter deux textes auxquels Nicolas a emprunté une phrase pour son prologue : SAINT JERÔME, Epistola ad Heliodorum. Epitaphium Nepotiani, éd. J.P. MIGNE, Patrologie latine, t.22, col. 589-602; SEDULIUS SCOTTUS, Carmina de rectoribus christianis, éd. L. TRAUBE, M.G.H., Poeta Latini aevi Carolini, t. 3, Berlin, 1896, p. 154-166. La Chronique de Réginon de Prüm figure également parmi les sources de Nicolas (REGINON DE PRÜM, Chronicon cum continuatione Treverensi, éd. F. KURZE, M.G.H., Scriptores rerum germanicarum in usum scholarum, Hanovre, 1890). Pour plus de détails, cf. ADAM, La Vita Landiberti, Mémoire, p.59-82.Retour

[ 143] Hec equidem partim ex Gestis regum Francorum, partim ex Cronicis Reginonis Prumiacensis abbatis et Segberti venerabilis monachi de cenodio Gemblacensis, partim ex epistolis diversorum episcoporum, partim ex Vita beati Landoaldi presbyteri seu sancte Landrade virginis, partim ex relatione maiorum et scriptis virorum fidelium excerpere curavi et in libelli huius formam seriemque redegi, NICOLAS, Vita Landiberti, M.G.H. p.408.Retour

[ 144] Le Godescalc, chanoine-diacre (fin VIIIe siècle), dont Nicolas parle dans son prologue en qualité de rédacteur d’une Vie de Lambert, commandée par l’évêque de Liège Agilfride (ca 769-ca 787), est un faux inventé par Sigebert de Gembloux. Un pseudo-Godescalc aurait, selon toute vraisemblance, remanié la Vie primitive au XIe siècle (H. SILVESTRE, Art. Godescalc de Liège, D.H.G.E., t. 21, Paris, 1986, col.420-421).Retour

[ 145] Dans l’édition des M.G.H., l’éditeur signale (p. 409) que la confusion entre l’Historia Francorum de Grégoire de Tours et les Annales de Metz proviendrait du fait que, dans certains codices, les deux œuvres se suivent. B. Krusch en prend pour preuve un manuscrit de Durham où la Chronique de Réginon de Prüm figure.Retour

[ 146] SOT, Gesta episcoporum, p.22-23Retour

[ 147] Ibid., p. 22.Retour

[ 148] Ibid., p. 27.Retour

[ 149] SOT, Gesta episcoporum, p.22.Retour

[ 150] Sicut nichil est, quod amicis et fratibus honesta petentibus negare debamus, NICO-LAS, Vita Landiberti, M.G.H. p.407; Parui itaque iniunctis et inter multiplices occupationes meas insumpsi hoc opus plenum laboris et sollicitudinis, ibid., p.408.Retour

[ 151] ADAM, La Vie de saint Lambert (ca 1144-45), p. 59-89.Retour

[ 152] KUPPER, Liège, p. 145-167.Retour

[ 153] SOT, Gesta episcoporum, p.17.Retour

[ 154] J.L. KUPPER, Les Gesta pontificum Leodicensis aecclesiae du chanoine Anselme, À la mémoire de Jean Lejeune. Problématique d’histoire liégeoise, Liège, 1981, p. 33.Retour

[ 155] R. AIGRAIN, L’hagiographie, ses sources, sa méthode, son histoire, Paris, 1953, p.223-235.Retour

[ 156] L’historiographie médiévale liégeoise a été très sensible à ce souci. Il suffit de citer les Gesta d’Hériger et d’Anselme (J.L. KUPPER, La geste des pontifes de l’Église de Tongres, Maastricht ou Liège, Liège. Autour de l’an mil, p.15-19). Ph. George soulève ce problème à propos des Vitae Domitiani (Vies et Miracles de saint Domitien évêque de Tongres-Maastricht (ca 535-549), seconde partie, Analecta bollandiana, t. 119,2001, p.26).Retour

[ 157] M. SOT, Historiographie épiscopale et modèle familial en Occident au IXe siècle, Annales É. S.C., t. 33,1978, p. 439-441.Retour

[ 158] «[…] au Nord des Alpes, les gesta sont un genre historiographique carolingien », SOT, Gesta episcoporum, p.35. Voir aussiID., Organisation de l’espace, p.40-43.Retour

[ 159] Ch. DEREINE, L’école canonique liégeoise et la réforme grégorienne, Annales du XXXIIIe Congrès de la Fédération archéologique et historique de Belgique, t.2, Tournai, 1951, p.92.Retour

[ 160] À l’époque carolingienne, l’instruction aux fidèles se fait par le verbe et par l’exemple (J. AVRIL, De la pastorale carolingienne à la pastorale conciliaire du XIIIe siècle. L’Admonitio synodalis et les statuts synodaux de l’évêque de Paris, Eudes de Sully, La christianisation des campagnes, t.1, p.117-127). Au XIIe siècle, à Liège, deux textes témoignent de la permanence des procédés carolingiens. La prédication de saint Lambert chez les Texandres se fait dans leur langue, lingue theutonice, et avec des exemples (NICOLAS, Vita Landiberti, M.G.H., chap.9, p. 413). La Vie de Notger, lorsqu’elle traite de l’instruction aux fidèles, résume parfaitement ces propos par l’emploi de l’expression verbo et exemplo (Vita Notgeri episcopi Leodiensis, éd. G. KURTH, Notger de Liège et la civilisation au Xe siècle, t.2, Paris-Bruxelles-Londres, App. II, chap.8, p.13). L’auteur de ce texte serait un proche de Nicolas, le doyen de la cathédrale Reimbald de Dongelberg (voir J.L. KUPPER, Note sur une Vie de l’évêque de Liège Notger, Retour aux sources. Textes, études et documents d’histoire médiévale offerts à Michel Parisse, Paris, 2004, p. 913-916).Retour

[ 161] SOT, Gesta episcoporum, p. 22.Retour

Résumé

Au milieu du XIIe siècle, Nicolas, chanoine du chapitre cathédral de Saint-Lambert à Liège, rédige une nouvelle Vita de saint Lambert, l’évêque martyrisé à Liège au début du VIIIe siècle et protecteur de l’Église de Liège. En plus des événements biographiques du saint, la Vita est agrémentée de nombreuses anecdotes historiques évoquant le passé mythique de l’histoire de Liège, examinées d’un point de vue critique par l’auteur de l’article. Le chanoine présente de la sorte Lambert comme le héros d’une grande épopée et l’héritier d’une longue tradition de saints évêques, fondant ainsi la lignée épiscopale liégeoise dans la sainteté. La rédaction de cette œuvre s’insère en fait dans un vaste programme de promotion du culte des saints dont le but est de raffermir l’autorité des prélats liégeois mise à mal par des années de guerre civile. Ce procédé d’écriture n’est pas sans rappeler le genre des Gesta episcoporum, très en vogue à l’époque.

Mots clés

saint Lambert, hagiographie, Liège, XIIe siècle, Gesta episcoporum



The Vita Landiberti Leodiensis (ca 1144-1145) by Canon Nicolas of Liège. A Study in Hagiographic Writing in Liège in the 12th century.
In the middle of the 12th century Nicolas, a canon in the St Lambert cathedral chapter in Liège, wrote a new Vita of St Lambert, the bishop who died as a martyr in Liège in the early 8th century and who was venerated as the patron saint of Liège. Next to events from the saint’s life his Vita includes several historical anecdotes relating to the mythical past of the city. These are subjected to a critical scrutiny by the author of the present article. Canon Nicolas thus presents Lambert as the hero of some great epic and the heir of a long tradition of bishop-saints, which more firmly establishes his founding of the Liège bishopry in sainthood. Actually his work was part of a wider programme that aimed at promoting the cult of saints and thus comfort the authority of the Liège clergy which had been eroded by years of civil war. Such writing device recalls the then fashionable genre of the Gesta episcoporum.

Keywords

Saint Lambert, hagiography, Liège, 12th century, Gesta episcoporum


POUR CITER CET ARTICLE

Renaud Adam « La Vita Landiberti Leodiensis (ca 1144-1145) du chanoine Nicolas de Liège. », Le Moyen Age 3/2005 (Tome CXI), p. 503-528.
URL :
www.cairn.info/revue-le-moyen-age-2005-3-page-503.htm.
DOI : 10.3917/rma.113.0503.