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S'inscrire Alertes e-mail - Le Moyen Age Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezLa production de canticis de Jean Gerson : les circonstances de composition et de diffusion.
AuteurG. Matteo ROCCATI du même auteur
Università di TorinoÀ propos d’un ouvrage récent[1] [1] Isabelle FABRE, La doctrine du chant du cœur de Jean Gerson. ...
suite
L’ouvrage qu’I. Fabre vient de faire paraître, consacré à La doctrine du chant du cœur de Jean Gerson, est organisé de la manière suivante : après une introduction explicitant les buts du travail et présentant les différents traités et l’histoire de leur composition, la partie centrale est consacrée au commentaire des textes. Suit l’édition, accompagnée en regard de la traduction des textes latins : Tractatus de canticis, Nouvel chant du cuer[2] [2] Dont la transcription annotée avait déjà paru séparément :...
suite et quelques autres œuvres plus brèves – y compris des figures et des schèmes avec leurs légendes – qui apparaissent dans les manuscrits. En annexe sont reproduits, d’après l’édition Glorieux, quelques autres textes liés à cet ensemble. L’édition est accompagnée de l’indication des variantes ainsi que de notes, où les références scripturaires, patristiques et classiques sont explicitées et de nombreux passages expliqués. Le glossaire du Canticordum au Pelerin, les index (nominum et scripturaire) et la bibliographie terminent le volume.
2 Au-delà des articulations scolastiques très structurées, la prose gersonienne est volontiers, et tout spécialement dans une partie de ces traités, une sorte d’épanchement, de méditation spirituelle, qui expose, reprend, développe des points déjà abordés, en s’appuyant sur un nombre relativement limité de thèmes et d’images. Tout en s’inscrivant dans quelques idées générales dont on peut dégager les lignes de force, idées au demeurant tout à fait cohérentes, l’organisation du détail n’obéit pas forcément à un plan logique, mais plutôt à des associations d’idées, à la dynamique propre des différents développements, à l’insistance sur les points où la pensée se fixe plus particulièrement. Dans les traités de canticis, cet aspect est encore accentué par le fait que, loin de constituer un exposé conçu de manière globale, nous sommes en face d’opuscules écrits au fil des années de la retraite lyonnaise, sans que, pendant un temps relativement long, le projet de réunir ces textes en partie disparates ait effleuré l’esprit du chancelier.
3 Dans ces conditions, on comprend bien la démarche d’I.F. : « je n’ai nullement tenté un commentaire systématique des textes gersoniens dans l’ordre où ils se présentent, en m’attachant simplement à la cohérence interne de chacun. Sans remettre en question l’intérêt d’un travail de type linéaire, qui permet souvent de lever bien des doutes quant à l’interprétation, j’ai préféré une démarche argumentative plus globale, plus fidèle me semble-t-il à l’esprit d’une théorie dont l’ampleur et l’élévation peuvent aisément disparaître derrière l’imposant appareil scolastique qui en constitue la charpente » (p. 13). Qui plus est, il est manifeste que la prose gersonienne a fini par envoûter la commentatrice et un certain mimétisme s’instaure par moments entre le texte support et la glose. Je ne m’attarderai pas sur les questions théologiques et musicologiques abordées[3] [3] Cependant, je crois que, pour mieux comprendre les textes...
suite, dans lesquelles d’ailleurs I.F. est bien consciente que Gerson n’est souvent que la caisse de résonance d’une tradition qu’il reprend et qu’il assume pleinement. Toutefois, afin que le lecteur ne se méprenne pas sur la richesse de l’ouvrage, voici les titres des chapitres de la première partie (p. 19-275), consacrée au commentaire : Une œuvre composite aux multiples visages (ch. 1), Une théorie en images (2), Musique et lieux de mémoire (3, avec renvoi notamment à Jean Mombaer), Une scala paradisi de source augustinienne (4, se référant notamment au De ordine, au De musica et aux Confessions), La musique spéculative et le retour à Dieu (5, à propos du principe ascensionnel dionysien et de l’héritage de Boèce), Une harmonie de louanges universelle (6, renvoyant notamment aux psaumes 97 et 150), Le Canticordum instrument de dévotion mariale (7, à propos du Magnificat tout particulièrement), Chant du cœur et chant de la bouche (8, à propos de la musique liturgique), Vers une nouvelle pédagogie mystique (9).
4 Je me limiterai ici à quelques considérations sur l’histoire de la composition des traités. D’un certain point de vue une telle approche peut paraître anecdotique, mais elle rend bien compte de la nature de ces opuscules, pour reprendre le terme le plus souvent employé : dans les manuscrits on ne trouve celui de tractatus que dans des mentions postérieures à la mort de Gerson; la désignation s’imposera plus tard dans les impressions, à partir de l’édition de Johann Geiler von Kaysersberg en 1488[4] [4] Les tractatus se trouvent au vol. III, 78 L-80 cum. Sur...
suite, et toujours au pluriel[5] [5] Cf. G. M. ROCCATI, Recherches sur les poèmes contenus dans...
suite.
5 En reprenant les analyses d’A. Combes[6] [6] Essai sur la critique de Ruysbroeck par Gerson, t. 1,...
suite, dont le but était de dater précisément les jalons de la critique gersonienne de Ruysbroeck, I.F. retrace l’essentiel de l’histoire de la composition de ces traités. Elle néglige cependant plusieurs données, fournies en particulier par la tradition manuscrite, données qui permettent d’aller plus loin, notamment en ce qui concerne la constitution du recueil tel qu’il nous est parvenu[7] [7] Cf. ROCCATI, Recherches sur les poèmes, p. 151-156,...
suite. Voici, de manière synthétique, quelles sont à l’heure actuelle nos connaissances sur le sujet. C’est sans doute dans les années qui suivent son arrivée à Lyon que Gerson compose toute une série de textes de canticis : traités, opuscules, notes, schémas ; tous concernent le chant, liturgique et intérieur, la musique, physique et spirituelle, dont il explore les significations mystiques et morales. En 1426 au plus tard, il envisage d’organiser toute cette production d’une manière plus homogène et de la compléter par de nouvelles œuvres, avec également le but probable de mieux en assurer la diffusion; dans ce cadre, le morceau le plus important est constitué par les trois livres des Tractatus de canticis. Cependant il ne concrétise pas ce projet avant sa mort et c’est très vraisemblablement au travail de son frère, Jean le célestin[8] [8] Sur ce personnage, voir en dernier lieu G. OUY, Le célestin...
suite, que nous devons les modèles des copies actuellement existantes.
6 Les Tractatus de canticis, en effet, sont un recueil de différentes œuvres, dont au moins les deux premières ont eu d’abord une existence indépendante. Le livre II, De canticordo, était déjà composé en mai 1423; le livre I, De canticorum originali ratione, postérieur à mai 1423, a été écrit avant août 1426. Le livre III n’est pas constitué par un traité unique, mais il se divise en trois tomes : le premier contient des poèmes, les deux autres se présentent sous forme de notes et constituent un centilogium, comme on le lit dans la dernière partie de l’Argumentum generale super opusculis canticorum, sorte d’avant-propos, contenant entre autres le résumé du contenu des traités. Différents thèmes qui se trouvent ailleurs dans les Tractatus sont repris dans le livre III de manière abrégée, car ces notes ne permettent pas les développements qui apparaissent dans les autres œuvres ; cette présentation n’est sans doute pas la forme définitive voulue par l’auteur, mais les notes représentent juste un canevas, destiné à être développé, comme la deuxième partie du Nouvel chant du cuer qui, inachevée[9] [9] Voici ce que Gerson écrivait à ce propos, dans une lettre...
suite, a été diffusée sous cette forme.
7 S’il est certain que les deux derniers tomes du livre III ont été composés pour clore le recueil des Tractatus de canticis – la même citation de l’évangile qui ouvre les Tractatus termine le tome III, selon le procédé utilisé dans les deux premiers livres –, il ressort également de la forme de ces notes que le recueil n’a jamais été achevé. La date précise de la réunion des différents livres n’est pas sûre : elle se situe après 1426, mais plus probablement après 1429, date de la mort du chancelier, car c’est Jean le célestin qui a dû mener à bien le projet de constituer le recueil. Cela explique les renvois internes non corrigés dans les deux premiers livres et certaines caractéristiques du tome III. Des poèmes notamment ne semblent pas être prêts pour une édition définitive : plusieurs vers sont répétés, parfois identiques, parfois avec quelques variantes et ils témoignent donc d’un travail en cours d’élaboration; on trouve même dans un cas deux rédactions légèrement différentes, transmises par des voies indépendantes, mais à l’intérieur des mêmes cadres de copie[10] [10] Il s’agit du Carmen super recogitacione mortis (incipit...
suite. La tradition manuscrite confirme une telle hypothèse : peu de copies nous transmettent ces textes et cette tradition restreinte confirme leur « publication » après la mort de Gerson. La plupart des autres œuvres gersoniennes ont connu une très grande diffusion en raison de leur intérêt intrinsèque[11] [11] Cf. D. HOBBINS, The Schoolman as Public Intellectual :...
suite, mais aussi grâce aux véritables stratégies de diffusion mises en œuvre par le chancelier[12] [12] Ibid. , p. 1329-1331. Les réseaux constitués par...
suite. Au contraire, la production de canticis est restée presque confidentielle et, sans les copies dépendantes du travail de mise en forme du célestin, elle aurait été entièrement perdue[13] [13] Il est à signaler cependant que, dans l’inventaire des...
suite.
8 C’est en effet ce travail de mise en forme que nous retrouvons dans les trois copies les plus importantes[14] [14] PARIS, B. N. F. , lat. 14905 (D), lat. 17487 (S) ; TOURS,...
suite, remontant au milieu du siècle et dépendant des mêmes modèles, modèles qui semblent avoir été constitués plus dans le but de préserver des papiers épars que dans celui d’une véritable publication. Ces copies ont été exécutées d’une part dans le cadre du travail de transcription des œuvres de Gerson entrepris par Gérard Machet et Thomas Gerson (copies S et V)[15] [15] Cf. M. LIEBERMAN, Gersoniana (deuxième article), Romania,...
suite, d’autre part au sein d’une sorte d’« édition des œuvres complètes » du chancelier réalisée à l’abbaye de Saint-Victor (copie D)[16] [16] Cf. D. CALVOT et G. OUY, L’œuvre de Gerson à Saint-Victor...
suite. Les copies S et V ont été exécutées – V d’abord, ensuite S[17] [17] Même si cela ne change pas fondamentalement l’établissement...
suite– par les soins de Thomas Gerson qui a très probablement utilisé comme modèles les dossiers constitués par Jean le célestin à la mort du chancelier. La copie D a été exécutée peut-être d’après les mêmes modèles en soumettant le texte à un vrai travail critique[18] [18] Cette copie réorganise et aussi disperse les œuvres du...
suite. Un autre manuscrit, provenant du collège de Foix, est plus tardif et beaucoup moins soigné, même si à son origine devaient se trouver les modèles des copies précédentes[19] [19] PARIS, B. N. F. , lat. 3126 (B). Dans cette copie ne restent...
suite. Enfin il faut encore ajouter le manuscrit Bruxelles, K.B.R., 2198, fol. 168 r°-225 v°, dépendant, ainsi que la tradition imprimée, de la copie de Saint-Victor (D)[20] [20] La collation du texte des poèmes apparaissant dans le livre...
suite, et quelques extraits[21] [21] Mss GRENOBLE, Bibl. mun. , 271; SALZBOURG, Bibl. der Erzabtei...
suite.
9 Les Tractatus de canticis sont étroitement liés – par des renvois internes et dans la tradition manuscrite – à toute une série de textes traitant de sujets analogues. Un passage du De canticorum originali ratione nous apprend que Gerson envisageait d’en réunir certains à la suite du traité. Les manuscrits les plus proches de l’auteur transmettent en effet à la suite des Tractatus plusieurs textes en vers et en prose, en latin et en français, comportant figures et schèmes. L’ensemble attesté dans ces manuscrits est même encore plus vaste, puisqu’il comprend aussi d’autres œuvres non mentionnées par Gerson, dont le Nouvel chant du cuer, qui précède les Tractatus dans la copie. Cet ensemble semble conserver ce qui à la mort du chancelier demeurait parmi ses papiers. Il paraît vraisemblable d’en attribuer la constitution à Jean le célestin : il a dû regrouper ces textes pour les sauver de la dispersion et de l’oubli. À juste titre I.F. associe donc à son édition la plupart de ces œuvres[22] [22] Faute de temps, I. F. disloque le regroupement attesté dans...
suite : un extrait du Collectorium super Magnificat[23] [23] Incipit Nobilis apostolus. Des copies de ce texte, signalées...
suite, le Monocordum, les échiquiers, le Psalterium decachordum, avec son Canon pro psalterio mistico[24] [24] Incipit A Cruce principium […] cape, non Accipe principium,...
suite, etc.
10 En conclusion, la réflexion de Gerson a été multiforme et on pourrait d’ailleurs relever dans d’autres œuvres gersoniennes nombre de thèmes abordés à l’intérieur de ces textes[25] [25] Par exemple il est question du gama novum, avec schéma...
suite. Cette réflexion s’est exercée à la fois sur des concepts philosophiques et théologiques – la mélodie intérieure, suscitée par le libre arbitre, permet de rejoindre l’harmonie universelle –, sur le texte biblique – les psaumes, le Magnificat comme exemple accompli du chant spirituel : canticordum, chant du cœur; le Cantique des cantiques, modèle de l’épithalame –, sur la théorie musicale – notation, gamme, images mnémotechniques –, enfin sur les supports de la musique – instruments, formes de chant. Le but est toujours d’explorer la signification mystique et spirituelle de ces différents objets. Tout cela a donné lieu à une série de compositions différentes, dont la place centrale est certainement occupée par les Tractatus de canticis, titre qu’on pourrait peut-être traduire par « traités sur les chants » ou sur les « chansons », si ce dernier terme ne renvoyait pas pour nous à une réalité toute différente. Dans le Nouvel chant du cuer « chant[26] [26] C’est le terme utilisé normalement, même si on trouve...
suite » traduit canticum, utilisé par ailleurs parallèlement à cantus[27] [27] Voir par exemple p. 321, l. 161 et 164; cf. aussi...
suite. Canticum me semble toutefois désigner plutôt le texte dans son aspect indissociable de la mélodie, désigner donc la composition poétique, en un sens la poésie au sens large (notamment biblique, sans doute modèle de toute poésie pour le chancelier[28] [28] Peut-être d’ailleurs on pourrait simplement utiliser...
suite ), récitée ou chantée, accompagnée ou non de musique instrumentale ; le terme de carmen est par ailleurs plutôt (mais pas toujours) utilisé pour la métrique quantitative, alors que prosa désigne les hymnes rythmiques.
11 L’histoire de la composition et de la transmission de cette production particulière de Gerson éclaire sa nature et ses finalités. Cette production foisonnante est restée inachevée, ou plutôt a été le point de passage de la réflexion gersonienne vers d’autres développements, une sorte de recherche menée pendant la première période de Lyon, avant que le chancelier se consacre à ses deux grands commentaires spirituels de l’Écriture, le Collectorium super Magnificat et le Super Cantica Canticorum, développements bien plus aboutis de certaines thèmatiques abordées dans la production de canticis, et qui ont occupé les dernières années de sa vie. La production de canticis est en fait une sorte d’exploration d’une thématique variée, restée à l’état d’ébauche et qu’il serait abusif de considérer comme une œuvre accomplie. On saura gré à I.F. de l’avoir signalée comme objet d’étude, et surtout d’avoir établi une édition bien meilleure que celles disponibles jusqu’à présent[29] [29] L’apparat n’est pas réellement fiable (comparer, à...
suite.
Notes
[ 1] Isabelle FABRE, La doctrine du chant du cœur de Jean Gerson. Édition critique, traduction et commentaire du Tractatus de canticis et du Canticordum au pèlerin, Genève, Droz, 2005; 1 vol. in-8°, 661 p. (Publications romanes et françaises, 235). ISBN : 2-600-01006-8. Prix : CHF 132. 
[ 2] Dont la transcription annotée avait déjà paru séparément : JEAN GERSON, Canticordum au pèlerin, présenté par I. FABRE, Conférence, n°15,2002, p. 121-184. 
[ 3] Cependant, je crois que, pour mieux comprendre les textes gersoniens, une analyse des œuvres non telles qu’elles se présentent maintenant, mais en s’appuyant sur l’itinéraire de leur composition, aurait permis de suivre le développement et la logique interne de la réflexion du chancelier. La démarche adoptée par I.F. aboutit à un « aplatissement » de la pensée de Gerson, réduite à un « système » dont on ne perçoit plus le caractère vivant et ouvert aux approfondissements successifs. De même, pour ce qui est de l’insertion dans la tradition, un petit texte comme le De cantu, attribué parfois à saint Bernard (P.L., t. 182, col. 1121-1132 ; cf. aussi l’Ep. CCCXCVIII, col. 608-612), pourrait sans doute éclairer la genèse de la méditation gersonienne. 
[ 4] Les tractatus se trouvent au vol. III, 78 L-80 cum. Sur cette édition, cf. G.M. ROCCATI, Geiler von Kaysersberg et la tradition imprimée des œuvres de Gerson, Revue française d’Histoire du Livre, nlle sér., t. 47,1985, p. 271-293. 
[ 5] Cf. G.M. ROCCATI, Recherches sur les poèmes contenus dans les Tractatus de canticis de Gerson, Le Moyen français, t. 8-9,1983, p. 149-182, en particulier p. 170 n. 20. Il est vrai qu’on trouve parfois des désignations au singulier qui se réfèrent à l’ensemble et non à un des traités; ce sont toutefois seulement des raccourcis ne prenant pas en compte la réalité des opuscules (cf. infra n. 14, et p. ex. la table ajoutée à la fin du ms. S, fol. 272 r°, où est indiqué : Opusculum de canticis tres partes principales continens). S’agissant du titre même de l’ouvrage, la désignation au singulier de la part d’I.F. paraît légère, le choix est flottant ailleurs dans le texte ; on touche ici sans doute la limite la plus grave du travail dans son ensemble : le manque de précision. 
[ 6] Essai sur la critique de Ruysbroeck par Gerson, t. 1, Paris, 1945, p. 429-441. 
[ 7] Cf. ROCCATI, Recherches sur les poèmes, p. 151-156, et le tableau chronologique, p. 180-181. 
[ 8] Sur ce personnage, voir en dernier lieu G. OUY, Le célestin Jean Gerson copiste et éditeur de son frère, 
[ 9] Voici ce que Gerson écrivait à ce propos, dans une lettre à Jean Bassandi, l’année précédant sa mort : […] sive De cantichordo per dialogum in gallico sub triplici allocutione quasi dierum trium in persona de cueur seulet et de cueur mondain, cordis solitarii et cordis mundani. Cui dialogo subjungendae sunt reliquae quatuor allocutiones quasi sub totidem diebus, tradendo modum et affectum qualiter cor mundanum practice fuerit affectum ad superlativum gradum seu concentum cantichordi divinalis. Sed de publicatione quid fiet aut non fiet, ordinet Deus (éd. P. GLORIEUX, t. 2, Paris, 1960, p. 333). La lettre est datée par l’éd. Glorieux « Lyon, fin 1428 » (t. 2, p. XXXI), mais le renvoi au Carmen elegiacum de meditatione crucis, sur lequel la datation s’appuie, n’est peut-être pas fiable. De toute façon elle est postérieure au Collectorium super Magnificat, achevé le 4 avril 1428 (cf. éd. GLORIEUX, t. 8, p. XVII). 
[ 10] Il s’agit du Carmen super recogitacione mortis (incipit Cerne quis) transmis dans le tome III des Tractatus et, dans une version légèrement rémaniée, associé à une partie des copies du Nouvel chant du cuer (mss PARIS, B.N.F., lat. 17487 (S), fr. 24841 (Q’) ; TOURS, Bibl. mun., 379 (V)). 
[ 11] Cf. D. HOBBINS, The Schoolman as Public Intellectual : Jean Gerson and the Late Medieval Tract, The American historical Review, t. 108,2003, p. 1308-1337. 
[ 12] Ibid., p. 1329-1331. Les réseaux constitués par les établissements célestins et chartreux sont notamment mis à contribution, cf. OUY, Le célestin Jean Gerson, p. 282-283. 
[ 13] Il est à signaler cependant que, dans l’inventaire des livres de Charles d’Orléans « apportés d’Angleterre », dressé après son retour, on trouve : Ung autre livre appelé Canticordium, commansant : Deus canticum novum (cf. L. DE LABORDE, 
[ 14] PARIS, B.N.F., lat. 14905 (D), lat. 17487 (S) ; TOURS, Bibl. mun., 379 (V). Une note du célestin dans le ms. MARSEILLE, Bibl. mun., 241, fol. 126 v° (cf. éd. GLORIEUX, t. 8, p. VIII n. 1), renvoie à un libro de canticis : il pourrait s’agir d’un recueil manuscrit, aujourd’hui perdu. 
[ 15] Cf. M. LIEBERMAN, Gersoniana (deuxième article), Romania, t. 78,1957, p. 157 ; G. OUY, Manuscrits jumeaux et copies en facsimilés. Deux couples de manuscrits gersoniens, Codices manuscripti, t. 11,1985, p. 124-136, en particulier p. 126-128 et 130-131. 
[ 16] Cf. D. CALVOT et G. OUY, L’œuvre de Gerson à Saint-Victor de Paris. Catalogue des manuscrits, Paris, 1990, p. 26-28. 
[ 17] Même si cela ne change pas fondamentalement l’établissement du texte, il est étonnant qu’I.F., consciente des interventions dues à S (cf. p. 50,298-302), décide toutefois de l’utiliser comme manuscrit de base. En fait la copie la plus proche des originaux gersoniens est la copie V, même si les deux manuscrits sont extrêmement proches, le deuxième témoignant seulement d’un travail plus avancé de normalisation, datable évidemment du moment de la copie, vers 1447. 
[ 18] Cette copie réorganise et aussi disperse les œuvres du regroupement originel dont témoigne la séquence des textes dans les copies de Thomas Gerson. Ici les Tractatus de canticis et les parties en prose (fol. 125 r°-181 r°) du dossier de départ ont été séparés des schèmes et des parties en vers relatives aux échiquiers et aux autres figures (fol. 207 r°-214 r°) ; les cahiers ne se suivent pas à cause d’erreurs de manipulation lors de la reliure (avant et après la foliotation). Le Nouvel chant du cuer a été copié dans un autre manuscrit rassemblant des textes français (copie Q’). 
[ 19] PARIS, B.N.F., lat. 3126 (B). Dans cette copie ne restent plus que les Tractatus de canticis et quelques textes en appendice ; les figures qui faisaient partie du regroupement originel ont disparu. 
[ 20] La collation du texte des poèmes apparaissant dans le livre III des Tractatus de canticis permet d’établir ces filiations. En attendant mon édition, qui devrait maintenant voir le jour dans un délai raisonnable, on peut consulter ma thèse, inédite (JEAN GERSON, Œuvre poétique latine, éd. G.M. ROCCATI, Thèse de troisième cycle, Paris, É. H.É. S.S., 1980) et, pour un des poèmes, qu’I.F. dépèce en trois parties comme le fait l’éd. Glorieux, l’article qui vient de paraître : G.M. ROCCATI, A gersonian text in defense of poetry : De laudibus elegie spiritualis (ca 1422-1425), Traditio, t. 60, 2005, p. 369-385. 
[ 21] Mss GRENOBLE, Bibl. mun., 271; SALZBOURG, Bibl. der Erzabtei St. Peter (OSB), a VI 44, daté de 1490 et dépendant sans doute de l’édition de 1488, contenant aux fol. 60 r°-62 r° une partie des poèmes. 
[ 22] Faute de temps, I.F. disloque le regroupement attesté dans la tradition et reproduit certaines œuvres d’après l’édition Glorieux ; la simple transcription d’une des copies aurait été plus satisfaisante et aurait apporté des éléments intéressants, comme les gloses associées au texte du Canon pro psalterio mistico. 
[ 23] Incipit Nobilis apostolus. Des copies de ce texte, signalées comme Epilogus canticordi et Canticum canticordi, se trouvent aussi dans les mss Munich, Bayer. Staatsbibl., lat. 18567, fol. 139 r°-140 r°, et 18569, fol. 179 r°-180 v°. 
[ 24] Incipit A Cruce principium […] cape, non Accipe principium, erreur de S, peut-être entraînée par une réminiscence de Pétrarque (Bucol., IV, 21). 
[ 25] Par exemple il est question du gama novum, avec schéma en forme de croix dessiné dans les marges des manuscrits, dans le Centilogium de meditacione crucis (v. 74).
[ 26] C’est le terme utilisé normalement, même si on trouve aussi « cantique » (p. 522, § LVIII-9) et chançon tres melodieuse (p. 523, § LXI-4). 
[ 27] Voir par exemple p. 321, l. 161 et 164; cf. aussi le Pro pueris Ecclesiae Parisiensis, où il est question de cantus […], discantus honestos […], cantilenas dissolutas impudicasque (éd. GLORIEUX, t. 9, p. 687). 
[ 28] Peut-être d’ailleurs on pourrait simplement utiliser le terme « cantique », avec sa connotation biblique, comme le fait Gerson lui même : voir Ung cuer seulet, v. 42 (p. 566), et ce qu’il écrit dans Ut opusculum (p. 562). 
[ 29] L’apparat n’est pas réellement fiable (comparer, à titre d’exemple, avec celui des passages que j’édite dans mes Recherches sur les poèmes, et avec celui de mon édition du De laudibus elegie spiritualis, citée supra), mais l’édition représente un net progrès par rapport à celle procurée par Glorieux. La traduction rend plus facile une première approche du texte; surtout dans les poèmes, cependant, la syntaxe difficile de Gerson pose de vrais problèmes : dans ce cas aussi on pourra comparer les options différentes que j’ai suivies dans la traduction du De laudibus.
PLAN DE L'ARTICLE
POUR CITER CET ARTICLE
G. Matteo Roccati « La production de canticis de Jean Gerson : les circonstances de composition et de diffusion. », Le Moyen Age 2/2006 (Tome CXII), p. 355-361.
URL : www.cairn.info/revue-le-moyen-age-2006-2-page-355.htm.
DOI : 10.3917/rma.122.0355.




