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Le Moyen Age

2006/3-4 (Tome CXII)



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Un proverbe populaire bien connu nous enseigne qu’on ne prête qu’aux riches. Or, David Aubert, on le sait, est sans doute l’un des écrivains les plus riches – au sens de plus prolifiques – du XVe siècle. Il a posé sa signature sur presque 70 manuscrits, pour un total de 13 528 folios. Bien qu’à des titres divers, son nom est associé à des œuvres de toutes sortes : des textes religieux comme des proses chevaleresques, des traités scientifiques, des chroniques et des annales. Son activité protéiforme, étudiée par R. Straub, lui a valu plusieurs qualifications : il a été appelé tour à tour clerc et escripvain, scribe et chef d’atelier, remanieur et copiste, auteur à part entière et auteur au deuxième degré [2]  Cf. STRAUB, David Aubert. [2] . Il y a quelques années, en raison de cette abondance, il s’est vu accorder ce qu’en termes modernes, on pourrait appeler une « prime de production »: dans une étude qui n’a pas gagné la faveur de la critique, L. Rossi a en effet proposé d’attribuer à Aubert l’un des chefs-d’œuvre les plus réputés de l’époque, les Cent Nouvelles nouvelles [3]  L. ROSSI, David Aubert autore delle Cent Nouvelles... [3] .

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Malgré la variété du lexique utilisé pour qualifier le travail d’Aubert, il y a toutefois une qualité que les critiques, sauf erreur, ne semblent accorder à l’écrivain du duc qu’avec la plus grande prudence : il s’agit de celle d’historien. Et pourtant, si la paternité des Croniques et conquestes de Charlemaine lui revient [4]  Cf. à ce sujet les doutes soulevés dans STRAUB, David... [4] , Aubert pourrait légitimement réclamer que l’on ajoute cette plume à son chapeau. Le Prologue de l’acteur qui ouvre cette vaste compilation en prose, qualifiée généralement de romanesque, ne laisse aucun doute à ce propos [5]  Pour une fine analyse du prologue, cf. KULLMANN, De... [5] . Si le sire de Créquy a commandé à son écrivain de curieusement enquerir et viseter pluseurs volumes sur Charlemagne, tant en latin comme en francois, et d’en tirer et extraire ce qui seruoit à son propos pour les assambler en vng liure, c’est justement afin de combler une lacune historiographique [6]  [D. AUBERT ], Croniques et Conquestes, éd. GUIETTE,... [6] . D’après le sire de Créquy, en effet, les exploits du noble empereur risquaient d’être mis en delay et au derriere, parce que l’ystoriografeur qui compilla les croniques de France, n’en fist point assez ample declaration [7]  Ibid., t. 1, p. 14. [7] . La tâche confiée à l’écrivain ducal est donc claire : à la demande de son seigneur, il doit prendre le relais des Grandes Chroniques de France pour donner un récit plus ample et plus détaillé des nobles actions de Charlemagne. C’est donc bien un récit historique qui est réclamé par Jean de Créquy, qui d’ailleurs – selon les mots de son écrivain – de sa nature […] est affecte a veoir, estudier et auoir liures et croniques sur toutes-riens [8]  Ibid., t. 1, p. 14. [8] .

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Ces déclarations programmatiques suffisent-elles à faire des Croniques et conquestes un texte historique ? Je laisserai en sourdine cette question d’ordre général, à laquelle j’essaierai de fournir une réponse chemin faisant. En effet, le but de cette étude est à la fois plus modeste et plus précis. Mon propos est de suivre le processus de construction du récit – depuis ses sources jusqu’au texte des Croniques – à partir de l’analyse d’une section bien précise du texte : la version qu’Aubert nous donne de la Chanson de Roland. Le récit de la bataille de Roncevaux occupe environ 140 pages de l’édition de R. Guiette, sur un total d’à peu près 1 000 pages [9]  Ibid., t. 2/1, p. 241-277; t. 2/2, p. 5-98. [9] . Des sondages sur cette partie ont été déjà effectués à plusieurs reprises. Il suffit de rappeler les réflexions pénétrantes que R. Guiette lui-même a consacrées à la différence entre chanson de geste, chronique et mise en prose, ou encore à ses interventions sur les deux scènes du cor et sur la mort de la Belle Aude [10]  On verra en particulier les articles suivants : GUIETTE,... [10] . Plus récemment, Les traditions rolandienne et turpinienne dans les Croniques et Conquestes de Charlemaine de David Aubert ont fait l’objet d’une étude d’A. Moisan [11]  MOISAN, Traditions rolandienne et turpinienne, p. ... [11] . On trouvera aussi des pages sur le sujet dans des travaux plus généraux consacrés aux Croniques et Conquestes et à leurs sources, notamment dans le livre de J.M.G. Schobben sur La part du Pseudo-Turpin dans les Croniques et Conquestes de Charlemaine de David Aubert [12]  SCHOBBEN, Sources de David Aubert. Les citations suivantes... [12] et dans la thèse de C. Corazzi [13]  CORAZZI, Étude littéraire des Croniques et Conquestes,... [13] .

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Malgré la délimitation du sujet et nonobstant l’apport précieux des recherches de nos prédécesseurs, le domaine choisi reste toutefois trop vaste pour qu’on puisse songer à l’exploiter de manière exhaustive. À R. Guiette le premier revient le mérite non seulement d’avoir éclairé la manière, le style et l’esprit d’Aubert, mais aussi d’avoir soulevé les interrogations fondamentales pour définir son travail. En 1961, il écrit : « Qu’a-t-il [= Aubert] fait en réalité ? A-t-il résumé ? romancé ? ou seulement transcrit et raccordé ? Tout le problème des sources s’y ramène [14]  GUIETTE, L’entrée en Espagne, p. 89. [14]  ». Deux années plus tard, les mêmes demandes reviennent : « Dans les Croniques et conquestes de Charlemaine l’auteur s’est servi de matériaux. A-t-il juxtaposé les récits qu’il a trouvés ou en a-t-il fait de nouvelles rédactions ? Comment enchaîne-t-il les faits ? Comment les ordonne-t-il ? Cela est lié à l’étude des sources [15]  ID., Chanson de geste, p. 64-65. [15]  ». Toutes ces questions, qui sont de la plus haute importance, restent encore largement ouvertes. Il n’est pas difficile d’en saisir les raisons. Pour vérifier la méthode de travail d’Aubert, pour identifier les sources qu’il a exploitées et pour détecter les modifications qu’il y a apportées, il faudrait avoir en mémoire le même bagage littéraire que celui dont disposait l’écrivain du duc. Le défi est de taille : non seulement Aubert avait la « tête épique », mais il a pu consulter des textes qui ne nous sont pas parvenus. Il n’est pas exagéré de dire que, pour mener à bien une telle enquête, l’on devrait s’arrêter sur chaque paragraphe et parfois même sur chaque phrase des Croniques et Conquestes pour en examiner le détail et pour en reconstruire la genèse. Un tel commentaire analytique, qui serait de la plus grande utilité, aurait été parfaitement à sa place dans le troisième volume que R. Guiette comptait ajouter à son édition et qui, malheureusement, n’a jamais paru [16]  « C’est dans cette dernière partie – annonçait R. Guiette... [16] . Ici, bien entendu, il serait déplacé. Au lieu d’une analyse qui risquerait de se perdre dans la minutie, je préfère donc essayer de retracer les grandes lignes du travail d’Aubert, en distinguant deux étapes principales : 1) tout d’abord, la phase de documentation et la nature des sources retenues; 2) deuxièmement, l’exploitation des sources et la composition du récit. Nous essayerons ainsi d’échafauder quelques hypothèses répondant aux questions posées par R. Guiette.

1. La documentation : la nature des sources

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En ce qui concerne les sources, on sait depuis longtemps que, dans les Conquestes de Charlemaine, comme l’écrivait L. Gautier, « on trouve un singulier mélange de la Chronique de Turpin et de nos anciens poèmes [17]  L. GAUTIER, Les épopées françaises, 2e éd., t. 3, Paris,... [17]  ». S’en étonnera-t-on ? La Chronique de Turpin était l’un des plus grands succès du Moyen Âge. D’après les calculs de B. Guenée, elle occupe la sixième place dans le classement des « best sellers » historiques, précédée seulement par Valère-Maxime, Paul Orose, Justin, Flavius Josèphe et Geoffroy de Monmouth [18]  B. GUENÉE, Histoire et culture historique dans l’Occident... [18] . En tant que prétendu témoin oculaire des événements, son auteur jouissait du plus haut crédit. Son récit, d’ailleurs, était authentifié par sa présence, tant dans le Livre de Saint-Jacques que dans les compilations historiques les plus renommées. Le choix de Turpin ne devait donc pas être justifié : il s’imposait à quiconque voulait raconter l’expédition de Charlemagne en Espagne. Mais si David Aubert s’était limité à copier ou même à remanier ce texte, il n’aurait pas répondu aux vœux de son commanditaire. Les Grandes Chroniques de France, auxquelles les Croniques et Conquestes de Charlemaine étaient appelées à faire concurrence, reproduisaient déjà fidèlement le récit de la bataille de Roncevaux tel qu’il figurait dans la chronique turpinienne. Pour donner un récit plus ample et détaillé, Aubert se devait donc d’exploiter des sources supplémentaires. Dans ce sens, le recours à la tradition épique a dû lui apparaître aussi naturel et inévitable que celui au Pseudo-Turpin. Comme l’a bien écrit R. Jauss, aux yeux du public du Moyen Âge, la vérité de la chanson de geste « ne diffère en rien de celle de la tradition historique, parce que, en tant que légende épique, elle se rattache dans la mémoire collective à des événements connus [19]  H.R. JAUSS, Chanson de geste et roman courtois. Analyse... [19]  ». Certes, cette affirmation pourrait être nuancée, et elle ne correspond pas parfaitement à la culture historique du XVe siècle. Mais on connaît bien l’insistance avec laquelle les poètes épiques revendiquent la vérité de leurs récits. Il est d’ailleurs indéniable que, tout au long du Moyen Âge, l’historiographie et l’épopée se présentaient comme deux phénomènes distincts mais parallèles de la mémoire collective. La chanson de geste était une sorte de « popular historiography [20]  Cf. J.J. DUGGAN, Medieval Epic as Popular Historiography :... [20]  ». Il est intéressant de rappeler à ce propos la réaction de Geoffroi de Vigeois lorsqu’il reçoit justement une copie du Pseudo-Turpin. S’il accueille avec une reconnaissance infinie ce texte latin qu’on lui a envoyé ex Esperia, c’est que jusqu’alors – nous dit-il – les exploits accomplis par Charlemagne et Roland en Espagne ne lui étaient connus que grâce aux cantilènes des jongleurs :

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Egregios invicti regis Karoli triumphos ac praecelsi comitis Rotolandi praedicandos agones in Hyspania gestis nuper ad vos ex esperia delatos gratanter excepi, et ingenti studio corrigens scribere feci, maxime quia apud nos actenus ista latuerant nisi quae ioculatores in suis praeferebant cantilenis [21]  La lettre de Geoffroi de Vigeois a été publiée en appendice... [21] .

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Comme l’a bien souligné A. Varvaro, aux yeux de Geoffroi de Vigeois, « ce document latin confirme et infirme à la fois le témoignage du ménestrel, oral et roman. En somme, la vérité du poème épique vulgaire est une vérité seconde, plus faible, mais qui n’en est pas moins telle [22]  A. VARVARO, L’Espagne et la géographie épique romane,... [22]  ».

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Il n’est donc pas étonnant qu’Aubert, chargé de compléter le témoignage du Pseudo-Turpin, se soit tourné vers la tradition épique et qu’à l’instar de Geoffroi de Vigeois, il ait opéré de facto une comparaison entre les traditions cléricale et jongleresque. D’ailleurs, à l’époque où l’écrivain du duc composait ses Croniques et Conquestes, cette tradition que J. Horrent a définie comme « turpino-rolandienne », c’est-à-dire « intermédiaire entre Roland et Turpin et participant des deux [23]  J. HORRENT, La Chanson de Roland dans les littératures... [23]  », était bien établie. D’autres compilateurs avant Aubert, tels que Philippe Mousket et Jean d’Outremeuse, avaient déjà « imaginé de créer un récit nouveau en harmonisant les indications de deux traditions » concurrentes [24]  Ibid. [24] . Le mélange de ces deux traditions était devenu une pratique tellement courante qu’elle avait aussi atteint les copies de Turpin, comme nous le montre le ms. fr. 1621 de la B.N.F. La version du Pseudo-Turpin conservée par ce codex, copié probablement par un clerc autour de 1250 dans le Sud-Est de la Picardie, est placée dans le manuscrit juste après une chanson de geste du cycle de la croisade et, de plus, elle présente toute une série d’ajouts et d’interpolations que son scribe a tirés de la tradition épique, notamment de la Chanson de Roland en rime, mais aussi de la Chanson des Saisnes [25]  Sur ce codex, cf. The Old French Johannes Translation... [25] .

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Mais, si le choix des sources principales suivies par Aubert apparaît assez naturel, quels sont précisément les matériaux dont il s’est servi ? Quelle rédaction de Turpin a-t-il utilisé ? Et quelle version de la Chanson de Roland ? Dans une étude récente – à laquelle je me permets de renvoyer pour une plus ample démonstration – j’ai suggéré de revoir sur ce point la vulgate critique qui s’était imposée à la suite des recherches de J. Horrent et de J.M.G. Schobben [26]  PALUMBO, La Chanson de Roland dans les Croniques et... [26] . En effet, contrairement à ce qu’on a longtemps affirmé, David Aubert ne semble pas avoir eu sous les yeux ni « une Historia Turpini conforme […] à la version originale du Codex Calixtinus », ni « un manuscrit de la Chanson de Roland […] très proche de Venise IV [27]  MOISAN, Traditions rolandienne et turpinienne, p. 399.... [27]  ». Quant au Pseudo-Turpin, l’écrivain du duc semble plutôt avoir exploité la traduction française attribuée à maistre Jehan, et plus précisément une version remaniée de celle-ci, composée à la demande du comte Renaud de Boulogne et désignée « groupe III R » par R. Walpole. En ce qui concerne la version de la geste, par contre, il semble qu’Aubert, comme l’avait fait avant lui l’auteur de Galien [28]  Cf. HORRENT, La Chanson de Roland, p. 397-399. [28] , ait été en contact avec au moins deux versions différentes du Roland rimé – l’une apparentée à C V7, l’autre à P L – qu’il a peut-être connues par l’intermédiaire d’une rédaction déjà mise en prose. Ces petits éclaircissements permettent de présenter sous un angle différent le travail auquel l’écrivain a soumis les textes qu’il a exploités.

2. L’exploitation des sources et la construction du récit

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Essayons donc de voir comment opère Aubert à l’étape suivante de son travail, c’est-à-dire au moment où il consulte ses sources, pour en tirer ce qui lui semble utile et pour en faire un récit unique, comme il l’annonce dans le prologue. Tout d’abord, comment les sources sont-elles distribuées dans le texte ? D’après L. Gautier, dans les Croniques et Conquestes,

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« Ganelon […] est qualifié de comte des païs de Champaigne, et tout le récit de sa trahison est d’ailleurs conforme à la légende latine. C’est à partir de la mort de Roland que le compilateur du XVe siècle s’écarte du texte de l’archevêque de Reims pour suivre désormais l’affabulation d’un de ces Remaniements de notre vieille chanson, d’une de ces versions du Roncesvaux où avait pénétré l’épisode de la prise de Narbonne [29]  GAUTIER, Les épopées françaises, t. 3, p. 587. Cf.... [29]  ».

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Les études postérieures ont montré que ce jugement est trop sommaire pour être accepté [30]  Cf. en particulier SCHOBBEN, Sources de David Aubert;... [30] . En effet, il serait erroné de croire qu’Aubert a tout simplement juxtaposé ses deux sources principales. Au contraire, la Chronique de Turpin et la Chanson de Roland sont sans cesse alternées et mélangées. Le va-et-vient entre ces deux traditions est constant. Pour l’ambassade et la trahison de Ganelon, David Aubert ne suit pas exclusivement la Chronique de Turpin, mais combine les traditions cléricale et épique. Nous y reviendrons. Quant à la bataille de Roncevaux, s’il est vrai que le récit est bâti essentiellement sur les données épiques, certes plus attrayantes que celles du Pseudo-Turpin, « squelettique et moralisateur [31]  Ibid., p. 400. [31]  », il n’empêche que les deux traditions sont exploitées à nouveau simultanément pour les morts de Marsile et de Roland. Il en va de même pour les événements successifs qui mettent fin à l’affaire de Roncevaux : tout en suivant en général la trame de la tradition épique – fuites de Ganelon, versions longues de la mort d’Aude et du procès du traître – Aubert emprunte au Turpin le récit de l’enterrement des morts français, ou encore l’organisation du culte de Blaye [32]  Cf. SCHOBBEN, Sources de David Aubert, p. 104-112. [32] . L’escripvain du duc, on le voit, ne travaille presque jamais en ayant une seule source sous les yeux [33]  On n’oubliera pas, d’ailleurs, qu’Aubert n’hésite pas... [33] . Ce qui change selon les épisodes, ce sont moins les ingrédients du récit que leur dosage.

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Mais comment Aubert a-t-il traité ses textes de référence ? Les a-t-il recopiés fidèlement ou bien les a-t-il modifiés ? La réponse, naturellement, peut varier non seulement selon les épisodes, mais aussi en fonction de l’importance des sources exploitées. Le traitement des sources secondaires, par exemple, constitue un cas d’espèce. Il est clair que David Aubert ne pouvait pas reprendre longuement ni les événements de Galien, dont il nous donne un bref résumé, ni ceux de Renaud de Montauban, qu’il évoque au beau milieu de la bataille pour expliquer la genèse de la haine entre Marsile et Roland [34]  Cf. ibid., t. 2/2, p. 15-16. [34] . La cohérence du récit ne permet pas de digressions trop longues. Lorsqu’on ouvre une parenthèse, il faut la refermer, comme le dit l’écrivain lui-même en conclusion de son excursus : Pour ce que l’histoire des quatre filz Hemon n’est point a mettre auecques ceste presente, ie m’en deporte […] [35]  Ibid., t. 2/2, p. 16. [35] . Cela dit, on peut aussi observer des attitudes différentes dans le traitement des deux sources principales, qui sont exploitées avec une fidélité variable [36]  Du moins à en juger par les versions conservées, qui,... [36] . Prenons comme pierre de touche la Chronique de Turpin. Dans la première partie du récit de Roncevaux, le Pseudo-Turpin, comme nous l’avons déjà remarqué, ne manque pas d’exercer son influence. Mais il s’agit là d’une influence perceptible sur le plan narratif et thématique plutôt que sur le plan verbal. Le livre de J.M.G. Schobben n’enregistre aucun emprunt textuel jusqu’à l’épisode de la mort du fils de Marsile [37]  Cf. SCHOBBEN, Sources de David Aubert, p. 77-83. [37] . C’est à partir de là que des passages entiers du Pseudo-Turpin sont parfois intégrés tels quels dans les Croniques et Conquestes. La quête des morts nous offre un bon exemple, qui permet aussi d’observer de plus près le modus operandi du compilateur. On remarquera tout d’abord que les regrets prononcés par Charlemagne sur le corps de Roland reproduisent fidèlement la version turpinienne. Comparons les deux conclusions :

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Tu viues avecques les angeles ! tu aies couronne auecques les martirs ! tu t’esiouisses auecques les sains ! Sans fin vueil plourer sur toy, ainsi comme fist Dauid sur Saul, Cham et Absalon. Tu qui es en consolation es cieulx, nous laisses en douleur ou monde ; la sale resplendissant de ioie te tient; et nous sommes cy bas en plours et en piteux reclains. Toy qui auoies trente-huit ans, es a present esleue es cieulx ; et ce dont la celestiele court s’eiouist, le monde pleure et gemit. En recordant icelles piteuses paroles et moult d’autres, plora le bon empereur tant qu’il vesqui en doloureux regretz pour Rolant son nepueu [38]  [D. AUBERT ], Croniques et Conquestes, t. 2/2, p. ... [38] . […] Tu vives avec les angles ! Tu aies joie avec les martirs ! Tu t’esjoïsses entre les sainz ! Sanz fin plorerai sor toi ausi com David fist sor Saül et sor Jonathan et sor Absalon. Tu qui es joie es cieus nos lesses tristes el siegle. La sale resplandissanz de joie te tient, et nos li jorz plains de plors. Tu, qui .xxxviii. ans avoies, ies ore de la terre levez es cieus. De ce dont li mondes plore s’esjoïst ore la celestial sale. » Par iteus paroles et par autreteus plora Charles Rollant tant com il vesqui [39]  Translation of the Pseudo-Turpin Chronicle, éd. WALPOLE,... [39] .

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Toutefois, juste après le planctus, Aubert nous montre, par le biais d’une banale phrase de raccord (Adont le fist despouiller pour mettre en biere), l’empereur qui manifeste pathétiquement sa douleur en serrant dans sa bouche l’orteil de Roland. La nuit tombe enfin sur Roncevaux. Le jour suivant, voici le miracle des haies et des buissons, qui permet de distinguer les chrétiens des sarrasins [40]  À vrai dire, chez David Aubert, la présence des haies... [40] . Tous ces éléments proviennent indubitablement de la tradition du Roland rimé [41]  Cf. les laisses V7 322-327, C 330-335, P 253-259, T... [41] . Mais même dans ces passages de matrice épique, l’influence du Pseudo-Turpin reste toujours perceptible. Tout comme Turpin, les Croniques et Conquestes avaient raconté que Thierri et Baudouin avaient assisté aux derniers moments de Roland. Il n’est donc pas étonnant qu’au moment de la quête des morts, Aubert ait eu l’idée d’attribuer à ces deux personnages un rôle inconnu de la geste : ils sont les seuls à savoir où se trouve le corps de Roland et, qui plus est, à pouvoir témoigner de la véridicité du prodige [42]  Cf. [D. AUBERT ], Croniques et Conquestes, t. 2/2,... [42] . Enfin, une fois le miracle accompli, Aubert revient résolument au récit de Turpin pour raconter la découverte du corps d’Olivier. L’emprunt est à nouveau littéral :

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Ilz le trouuerent mort gesant estendu en croix, lie de hars a quatre pielz fichies en terre, despoullie comme tout nu, escorchie par semblant depuis le col iusques es pies, mais non mie par tout, car les tirans paiens ne auoient point eu le loisir de paracomplir leur mauuaise voulente, comme il est a croire, et lui auoient perchie le corps de lanches, d’espees et de dartz en tant de lieux qu’il estoit incongnissable […] [43]  Ibid., t. 2/2, p. 43. [43] . […] Olivier troverent mort gisant tot estendu en croiz, lié de .iiii. harz a .iiii. peus fichiez en terre, escorchié des le col desi as ongles des piez et des mains de couteaus aguz, et tot deperciez de darz et de saietes et de hanstes et d’espees, et de cous de bastons tot defroissiez. […] [44]  Translation of the Pseudo-Turpin Chronicle, éd. WALPOLE,... [44] .

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Cet exemple, auquel il serait aisé d’ajouter d’autres preuves, montre assez bien quelle est la méthode de travail d’Aubert. Quant au traitement des sources, la comparaison avec la Chronique de Turpin nous prouve qu’en l’occurrence, l’écrivain du duc a pu reproduire assez fidèlement les textes qu’il a exploités, tout en y ajoutant de petites gloses explicatives, comme c’est ici le cas pour les blessures d’Olivier [45]  Il s’agit d’une pratique très courante chez Aubert,... [45] . En ce qui concerne plus proprement la construction du récit, par contre, on constate qu’au niveau de la microstructure, on retrouve, à une échelle réduite, les mêmes procédés qui se présentent au niveau de la macrostructure. Pour chaque épisode, parfois pour chaque scène, Aubert a eu recours aux deux sources à la fois : il exploite l’une pour bâtir le canevas du récit, l’autre pour l’enrichir de détails et d’amplifications de toutes sortes. L’écrivain bourguignon, en effet, alterne non seulement sans cesse la chronique et la geste, mais les retravaille en même temps, l’une en fonction de l’autre. Aux yeux d’un lecteur moderne, le résultat final de sa réécriture apparaît ainsi, selon les cas et selon les dosages, comme un Turpin parsemé de Roland, ou, au contraire, comme un Roland parsemé de Turpin.

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La sélection des matériaux narratifs faite par Aubert nous révèle d’ailleurs assez bien son goût et celui de son public. Ce n’est pas par hasard que, dans la scène précédente, Aubert a préféré le Pseudo-Turpin pour l’oraison de l’empereur et pour la description macabre du cadavre d’Olivier, tandis qu’il a opté en faveur de la tradition rolandienne pour raconter la douleur de l’empereur et le miracle des haies et des buissons. Ces choix nous confirment que l’écrivain du duc et ses lecteurs, comme on l’a déjà souligné plusieurs fois, apprécient les tons rhétorique et pathétique ainsi que les récits romanesques et pittoresques. D’autres cas analogues nous l’attestent. Pour les dernières pensées de Roland, par exemple, Aubert exploite de nouveau à la lettre le Pseudo-Turpin, mais il y ajoute le souvenir d’Aude tiré des versions rimées de Roland [46]  Cf. [D. AUBERT ], Croniques et Conquestes, t. 2/2,... [46] . Dans le monde courtois et chevaleresque de l’écrivain du duc, l’amour ne saurait être oublié. À nouveau, au moment de l’ambassade de Ganelon, Aubert ne manque pas d’ajouter du piquant à son récit, en racontant que Marsile voudrait tuer le traître, mais que celui-ci est sauvé par Bramimonde, qui était tombée amoureuse de lui [47]  Sur l’origine de cette scène, cf. HORRENT, La Chanson... [47] .

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Dans les quelques cas évoqués ci-dessus, les traditions turpinienne et rolandienne se laissaient combiner assez facilement. Il était possible de les emboîter l’une dans l’autre comme dans un jeu de patience. Dans d’autres scènes ou épisodes, par contre, l’arrangement des deux sources se révèle beaucoup plus compliqué. Les contradictions sont patentes. Les récits du Pseudo-Turpin et du Roland s’excluent mutuellement. Dans ces cas-là, Aubert est obligé de remodeler les deux versions s’il ne veut pas renoncer à l’une d’entre elles. Son texte devient dès lors plus innovant. Face aux divergences de la tradition, l’écrivain des ducs a réagi de manière différente. Je ne soulignerai ici que trois formes principales d’intervention.

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La première est, somme toute, assez simple. Pour concilier ses sources, Aubert redouble un épisode. Le récit de l’ambassade de Ganelon en témoigne [48]  Faute de place, je dois malheureusement renoncer à... [48] . Chacun a en mémoire les différentes versions de cet épisode. Selon le Pseudo-Turpin, c’est Charlemagne qui prend l’initiative et envoie Ganelon aux deux rois sarrasins de Saragosse, Marsile et son frère Baligant. D’après la Chanson de Roland, par contre, c’est Marsile qui envoie à Charles l’astucieux Blancandrin pour éloigner l’armée française. Face à une telle divergence de la tradition, Aubert n’hésite pas à raconter deux fois les mêmes événements : d’abord, en suivant le schéma du Pseudo-Turpin, puis en adoptant celui de la geste [49]  [D. AUBERT ], Croniques et Conquestes, t. 2/1, p. 241,259.... [49] . Chez Aubert, donc, Ganelon se rend à deux reprises à Saragosse. Pourtant, au terme de la première ambassade, le pacte de trahison entre Marsile et Ganelon est déjà conclu. De plus, à son retour, Ganelon ne manque pas de faire son rapport à Charles, bien entendu sans révéler le secret et la trahison qu’il auoit bastie auec ledit Marcille [50]  [D. AUBERT ], Croniques et Conquestes, t. 2/1, p. ... [50] . Comment expliquer alors l’ambassade de Blancandrin et le deuxième voyage de Ganelon ? C’est qu’après la rencontre avec le traître, Marsile demoura en son hostel moult pensif […], car il ne se fioit pas du tout en Guennelon et auoit souspechon en son fait [51]  Ibid., t. 2/1, p. 251. [51] . Voilà pourquoi le roi païen convoque son conseil… et le récit peut recommencer selon la version de la geste. Mais si le matériau narratif reste plus ou moins semblable, le sens a définitivement changé. Le conseil dramatique qui entraîne la désignation de Ganelon comme ambassadeur, et qui dans l’épopée déclenche la tragédie de Roncevaux, n’est plus qu’une farce chez Aubert. Comme dans la tradition épique, Ganelon se met en colère et menace les pairs. Mais cette fois-ci, le traître n’est qu’un bon comédien. Sa peur et sa colère sont une énième tricherie. En réalité, le comte de Champagne est bien content d’aller chez son complice. S’il fait semblant de s’emporter, c’est simplement affin qu’on ne doubtast de sa cruele mauuaistie [52]  Ibid., t. 2/1, p. 257. [52] . De la même manière, les regrets qu’il prononce avant de partir sont dits par grant fiction et male voulente [53]  Ibid., t. 2/1, p. 258. [53] . La pantomime continue à Saragosse. À l’arrivée de l’ambassade, Marcille regarda Guennelon sans faire chiere ne semblant comme se oncques ne l’eust veu [54]  Ibid., t. 2/1, p. 260. [54] . On pourrait dire, certes, que la solution trouvée par Aubert pour concilier ses sources est assez spécieuse, plus habile que convaincante. On ajoutera encore que le travail de réécriture n’a pas toujours été mené avec le même bonheur et que les incohérences causées par le rassemblement des sources n’ont pas été toujours gommées. Au moment de se mettre en route pour Saragosse, Ganelon, conformément à la geste, déclare : ne se doit nullui esbahir se ie differe d’y aler, mesmement qu’il y a long temps que ne vey ma femme ne Bauduin mon filz [55]  Ibid., t. 2/1, p. 257. [55] , ce qui est en contradiction avec le fait que, dans les Croniques et Conquestes, Baudouin participe à la bataille, comme le veut la tradition turpinienne [56]  Cf. ibid., t. 2/2, p. 13 s. [56] . Par ailleurs, Baligant est déjà à Saragosse avec son frère Marsile, selon le modèle turpinien, mais cela n’empêche que, plus tard, on le voit débarquer à nouveau en Espagne, à la tête de son armée, comme le raconte la geste [57]  Cf. ibid., t. 2/1, p. 241,259,261 ; t. 2/2, p. 27 s.... [57] . Les oublis et les étourderies, on le voit, ne manquent pas. Malgré cela, les efforts du compilateur bourguignon pour rendre son récit cohérent et logique restent remarquables.

21

Le problème posé par la « double vie poétique » de Baudouin ou de Baligant annonce et explique la deuxième forme d’intervention d’Aubert : le cas échant, pour concilier deux traditions concurrentes, le compilateur se voit obligé de remplacer un personnage par un autre. Cette substitution, toutefois, entraîne à son tour toute une série de changements. Voyons à cet égard le récit de la mort de Marsile. Sur le sort du chef païen, les traditions épique et cléricale sont en total désaccord. Dans la Chronique de Turpin, Marsile meurt dans la bataille. Après la défaite de l’arrière-garde, Roland, errant à travers les champs, rencontre un sarrasin noir, qui s’était caché dans les bois. Roland le fait prisonnier et l’oblige à lui désigner Marsile. Le sarrasin obéit. Le comte chrétien se jette alors dans la mêlée, abat une sorte de géant païen, puis poursuit Marsile et le tue. Dans la tradition épique, par contre, les choses se passent différemment. Au cours de la bataille, Roland attaque Marsile et lui coupe le poing. Le roi païen parvient à se sauver et à se réfugier à Saragosse, mais, avant d’abandonner le champ de bataille, Roland tue son fils, que la tradition épique nomme Jurfalet (O, v. 1904), Girfalés (V7, v. 3208), Girfaut (P, v. 1921). Or, David Aubert est tenté par ces deux traditions. Idéalement, il veut rendre compte de tous les textes qu’il connaît. Dans ce cas, si, d’une part, il ne veut pas renoncer au récit du Pseudo-Turpin, assez coloré, de l’autre, il ne peut pas contredire la geste, qui lui fournit la charpente pour toute la partie finale de l’affaire de Roncevaux. La solution d’Aubert ne manque pas d’astuce. En effet, l’écrivain du duc recopie presque ad litteram l’épisode turpinien du païen caché dans le bois, mais avec deux innovations importantes. Il omet la dernière phrase, qui relatait la mort de Marsile. Il précise que le prisonnier païen se trompe en réalité au moment de la désignation : il dit à Roland que Girafle, le filz Marcille, estoit Marcille, cuidant que ainsi fust [58]  Ibid., t. 2/2, p. 14. [58] . Quand Roland se lance dans la mêlée, il ne tue donc plus le géant païen et Marsile, comme dans le Pseudo-Turpin, mais Giraflé, qui, dans les pages d’Aubert, a pris la place des deux autres. Malgré cela, si fu Rolant moult lie de ce coup et cuida bien avoir occis Marcille. Cette innovation permet à l’écrivain de sauver la situation : il sait restituer à la fois les traditions turpienne et rolandienne, sans anticiper la mort de Marsile, mais aussi sans renoncer ni à la mort pathétique de Giraflé, ni à l’épisode du païen caché dans les bois. Dans la suite du récit, Aubert sera ainsi libre d’exploiter la geste et de raconter comment Roland coupera le bras de Marsile et comment Marsile trouvera la mort à Saragosse.

22

Si, dans le cas précédent, Aubert semble avoir modifié directement ses sources, la troisième forme d’intervention imaginée par le scribe, tout en demandant elle aussi quelques retouches narratives, est de nature différente. Cette fois-ci, il s’agit d’une intervention qui touche moins au niveau « diégétique » qu’au niveau « métadiégétique ». En effet, « c’est l’acte de narration lui-même qui remplit une fonction dans la diégèse [59]  G. GENETTE, Figures III, Paris, 1972, p. 43. [59]  ». Un bon exemple nous en est offert par le sort de l’archevêque de Reims, à propos duquel, on le sait, les traditions rolandienne et turpinienne divergent complètement. Pour la geste, Turpin, mué en guerrier et mêlé aux troupes de Roland, participe activement à la bataille : il harangue les Francs, agit en guerrier prodigieux et se bat jusqu’à perdre la vie sur le champ de bataille. Avant de mourir, il a encore le temps de donner sa dernière bénédiction solennelle aux corps des Pairs que Roland a rangés devant lui. D’après la Chronique, par contre, Turpin ne participe pas à la bataille : il accompagne Charlemagne et l’armée dans le passage des Pyrénées; il survit au massacre, dont il raconte justement les événements tragiques. Face à ces deux traditions opposées, David Aubert hésite. Dans ses pages, comme dans la geste, Turpin est bien présent à Roncevaux, aux côtés de Roland. L’archevêque donne la bénédiction à ses hommes avant la bataille, il souffre à la vue de Berengier et Angelier le Gascon, abattus par les païens, il prie pour les âmes des Francs et intervient dans la scène du cor [60]  Cf. [D.AUBERT ], Croniques et Conquestes, t. 2/1, p. 270,273,275,277 ;... [60] . Mais, singulièrement, il n’engage aucun combat. À une exception près [61]  Il s’agit d’ailleurs d’une allusion très rapide : L’istoire... [61] , on ne le voit presque jamais en action au cours de la bataille. Pas de grands coups, pas de sarrasins abattus. Cette réticence à propos du Turpin guerrier trahit probablement l’embarras d’Aubert face à la divergence de ses sources. Cette gêne se manifeste clairement, une première fois, après la scène du cor. L’écrivain nous avoue que l’un des livres qu’il a consultés raconte que l’archevêque survit à la bataille, tandis que l’autre dit qu’il y meurt ; donc, il conclut : si ne scay lequel croire [62]  Ibid., t. 2/2, p. 7. [62] . Malgré cette apparente incertitude, il est clair que, pour Aubert, Turpin ne peut qu’échapper au massacre. Dans le cas contraire, l’édifice narratif des Conquestes de Charlemaine, qui se base largement sur le prétendu témoignage oculaire de l’archevêque, risquerait sérieusement de s’écrouler. Quelques pages plus loin, au moment où il doit raconter la mort des héros, l’escripvain du duc Philippe est donc obligé de prendre ouvertement position :

23

De la mort du noble archeuesque Turpin l’istoire ne fera cy aucune mention, tout soit ainsi qu’il fust ad icelle journee ou que il n’y fust mie, car espoir estoit il demoure en la compaignie de Charlemaine, laquele chose se puet bien faire et croire aussi par ce que cy apres vous deuisera l’istoire [63]  Ibid., t. 2/2, p. 11. [63] .

24

Après cela, mis en sûreté par l’intervention de la voix du narrateur, Turpin s’éclipse momentanément du récit. Privé de son protagoniste, l’émouvante scène de la dernière bénédiction des Pairs se vide de sens, jusqu’à devenir tout à fait irrationnelle. On comprend mal, en effet, pourquoi Roland prend la peine de chercher les corps des Pairs afin de les ranger auprès de l’inconnu et mystérieux archevêque de Langres, qui, dans les pages d’Aubert, a remplacé Turpin et qui, en plus, désormais gisoit mort en la place [64]  Ibid., t. 2/2, p. 17. [64] .

25

Avant de conclure cet exposé trop rapide, il n’est peut-être pas inutile de s’arrêter quelque peu sur les considérations faites par Aubert à propos de ses sources. D’autant plus que, quelques pages plus loin, au moment d’introduire le résumé de Galien, Aubert lui-même écrit encore : Et moy qui ay escripte ceste histoire, trouuay en vng liure parlant de Charlemaine et de ses pers, ne scay s’il est vray ou non […] [65]  Ibid., t. 2/2, p. 43. [65] . De telles affirmations, certes, ne sont pas rares dans les textes du Moyen Âge. Il est toutefois intéressant de remarquer qu’elles se retrouvent surtout sous la plume des historiens, comme l’a bien montré B. Guenée dans un passage qu’on pourrait appliquer, presque tel quel, à notre écrivain :

26

« […] pour étaler leur science, pour ne pas être taxés de mensonge ou pour le simple plaisir de leurs lecteurs, ils [= les historiens] se font une règle de toujours répéter tous les récits qu’ils ont lus ou entendus, fussent-ils à leurs yeux des plus improbables. Après quoi, peut-être touchés par quelque lointain écho de la rhétorique antique, qui voulait déjà que la décision fût abandonnée au lecteur, plus sûrement paralysés par leur modestie, leur conviction de n’être que “de pauvre petits hommes de nulle autorité”, ils ne se prononcent jamais et laissent à leurs lecteurs le soin de choisir et de juger [66]  GUENÉE, Histoire et culture historique, p. 130. [66]  ».

27

Bien qu’assez timides, ces prises de position d’Aubert, qui semblent révéler une sorte de critique des sources, nous montrent le jugement de l’écrivain sur le degré de véracité des textes utilisés. Pour Aubert, en effet, il semble que toutes les sources narratives soient également dignes d’être exploitées lorsqu’il est possible de les concilier ; au contraire, quand elles sont irrémédiablement en conflit, une hiérarchie apparaît : d’abord vient l’Historia Turpini, puis la Chanson de Roland, enfin les autres chansons de gestes.

3. Entre fiction et histoire : l’histoire poétique

28

Ces dernières considérations nous ramènent à la question de départ. Les Croniques et Conquestes peuvent-elles être considérées comme un récit historique ? Dans l’optique moderne, la réponse est sans aucun doute négative : tant le Pseudo-Turpin que la Chanson de Roland, qui pour cet épisode constituent la « base de travail » des Croniques et Conquestes, appartiennent pour nous au domaine de la fiction. Dans la perspective médiévale, par contre, la réponse est plus problématique. En effet, à y regarder de plus de près, David Aubert a accompli consciencieusement sa tâche d’ystoriografeur. Le but de son récit est à la fois moral et didactique, comme le dit le Prologue [67]  [D. AUBERT ], Croniques et Conquestes, t. 1, p. 13... [67] . Sa documentation correspond au canon du Moyen Âge. Pour la bataille de Roncevaux, Aubert a exploité la même source que les Grandes Chroniques de France, la Chronique du Pseudo-Turpin; il l’a collationnée, comparée et complétée assez scrupuleusement avec son complément naturel, la tradition épique. Quant à l’exploitation des sources, on ne s’étonnera pas trop si le travail de réécriture a fini par créer une nouvelle version de la bataille de Roncevaux. Cette réinvention du passé n’était pas étrangère au travail d’un historien médiéval. Au contraire, comme l’a écrit encore une fois B. Guenée :

29

« […] pour répondre aux désirs de son temps, l’historien, au Moyen Âge, n’eut pas simplement le pouvoir de réinterpréter le passé ; il eut celui de le réinventer. S’adressant à un public dont la culture historique était des plus limitées, et à des confrères qui n’avaient que de faibles moyens pour vérifier et critiquer ses dires, il était maître d’un passé singulièrement flexible, où les faits même surgissaient, nouveaux, en liberté [68]  GUENÉE, Histoire et culture historique, p. 351. [68]  ».

30

Si les Croniques et Conquestes n’ont pas eu de succès en dehors de la cour de Bourgogne, c’est donc probablement moins par leurs défauts littéraires ou historiques, que par leur date de composition. Le succès de l’ouvrage d’Aubert n’est pas complètement dissociable de celui de ses sources. On pourrait dire que ses Croniques ont eu le malheur d’être produites à la fin d’une saison littéraire et culturelle, à un moment où l’historiographie sur Charlemagne était à un tournant [69]  On ne négligera pas, certes, l’ampleur du texte, qui... [69] . Il suffit ici de rappeler qu’en 1461, plus ou moins dans les mêmes années où Aubert travaillait à sa compilation, un jeune historien florentin, Donato Acciauoli, offrait à Louis XI une nouvelle biographie de l’empereur : « toute pénétrée des exigences humanistes, cette vie prétendait rejeter les oripeaux dont le grand empereur avait été peu à peu couvert et retrouver, en suivant le texte d’Eginhard, sa pure vérité [70]  Ibid., p. 353. Cf. aussi J. MONFRIN, La figure de Charlemagne... [70]  ». On le voit, l’époque où l’Arioste et Pietro Aretino pourront facilement ironiser sur la véracité du récit de Turpin approchait déjà à grands pas.

31

Entre les deux extrêmes d’un Aubert romancier et d’un Aubert historien, mieux vaut, peut-être, avancer prudemment une formule de compromis. Certes, il serait difficile d’affirmer que David Aubert est le Jacques Le Goff ou le Georges Duby de son temps. Mais serait-il trop osé de considérer l’escripvain des ducs comme le Gaston Paris ou le Paul Meyer de l’automne du Moyen Âge ? Tout compte fait – et ce n’est pas négligeable – ses Chroniques et Conquestes pourraient être rebaptisées assez légitimement Histoire poétique de Charlemagne au XVe siècle, ou, encore, Charlemagne dans la littérature française du Moyen Âge.

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Notes

[1]

Pour connaître l’expression complète des titres abrégés tout au long de ce travail, le lecteur voudra bien se reporter à la bibliographie thématique du sujet traité, située à la fin de la section renfermant les présents actes des rencontres de Dunkerque consacrées aux Littérature et culture historiques à la cour de Bourgogne.

[2]

Cf. STRAUB, David Aubert.

[3]

L. ROSSI, David Aubert autore delle Cent Nouvelles Nouvelles?, Cultura neolatina, t. 36,1976, p. 94-117.

[4]

Cf. à ce sujet les doutes soulevés dans STRAUB, David Aubert, p. 306-307. C’est par facilité que, dans les pages suivantes, nous désignerons Aubert comme l’auteur des Croniques et Conquestes.

[5]

Pour une fine analyse du prologue, cf. KULLMANN, De la chanson de geste au roman historique.

[6]

[D. AUBERT ], Croniques et Conquestes, éd. GUIETTE, t. 1, p. 14.

[7]

Ibid., t. 1, p. 14.

[8]

Ibid., t. 1, p. 14.

[9]

Ibid., t. 2/1, p. 241-277; t. 2/2, p. 5-98.

[10]

On verra en particulier les articles suivants : GUIETTE, L’entrée en Espagne ; ID., Chanson de geste, chronique et mise en prose; ID., Les deux scènes du cor; ID., La mort de la belle Aude. Toutes ces études ont été réimprimées dans ID., Questions de littérature, p. 53-106, d’où sont extraites mes citations.

[11]

MOISAN, Traditions rolandienne et turpinienne, p. 399-408.

[12]

SCHOBBEN, Sources de David Aubert. Les citations suivantes se réfèrent au t. 1.

[13]

CORAZZI, Étude littéraire des Croniques et Conquestes, p. 12-58. Pour la bibliographie sur David Aubert antérieure à 1995, on se reportera à STRAUB, David Aubert, p. 345-376. Parmi les publications les plus récentes s’intéressant aux Croniques et Conquestes, je me limite ici à rappeler les études qui suivent : Fr. SUARD, Le Gérard de Vienne de David Aubert, Les manuscrits de David Aubert, p. 19-33 ; THIRY-STASSIN, Ironie et dérision ; BOUILLOT, Un refus de la digression ? ; ID., L’influence des chansons de geste ; GUIDOT, Épopée ou chronique ?; CROQUEZ-GUYEN, L’effet-personnage. Il faut encore signaler qu’aux manuscrits 9066-9068 de la K.B.R. est consacré le fasc. 10 de la revue Art de l’enluminure (Les Croniques et conquestes de Charlemaine par Jean le Tavernier), avec une étude de Fr. JOHAN. Pour la bibliographie sur les mises en prose, cf. l’utile bilan de B. GUIDOT, Formes tardives de l’épopée médiévale : mises en prose, imprimés, livres populaires, L’épopée romane au Moyen Âge. Actes du XIVe Congrès International de la Société Rencevals pour l’Étude des Épopées Romanes (Naples, 24-30 juillet 1997), sous la dir. de S. LUONGO, t. 2, Naples, 2001, p. 579-610.

[14]

GUIETTE, L’entrée en Espagne, p. 89.

[15]

ID., Chanson de geste, p. 64-65.

[16]

« C’est dans cette dernière partie – annonçait R. Guiette en 1940, dans l’introduction de son édition – que l’on trouvera la description détaillée du manuscrit, la table des miniatures et tout ce que nous avons recueilli de renseignements sur l’auteur et son œuvre. Nous y publierons également une étude des sources des Conquestes et la comparaison entre le manuscrit de Bruxelles et celui de Dresde O81 » ([D. AUBERT ], Croniques et Conquestes, t. 1, p. 2).

[17]

L. GAUTIER, Les épopées françaises, 2e éd., t. 3, Paris, 1882, p. 587. Cf. aussi ibid., p. 502,570-572.

[18]

B. GUENÉE, Histoire et culture historique dans l’Occident médiéval, Paris, 1980, p. 250.

[19]

H.R. JAUSS, Chanson de geste et roman courtois. Analyse comparative du Fierabras et du Bel Inconnu, Chanson de geste und höfischer Roman. Heidelberger Kolloquium (30. Januar 1961), Heidelberg, 1963, p. 66. Bien entendu, « pour le public des chansons de geste, l’historicité n’a pas le sens moderne de la véracité des faits, mais sont historiques, à ses yeux, tout événement et toute expérience “qui veulent être crus” » (ibid., p. 65). Cf. aussi P. ZUMTHOR, Essai de poétique médiévale, Paris, 1972, p. 29-30: « Il est clair qu’historicité ne signifie point véracité. L’historicité est le caractère de ce qui veut être cru : de ce que veut croire la communauté qui reçoit le texte ».

[20]

Cf. J.J. DUGGAN, Medieval Epic as Popular Historiography : Appropriation of Historical Knowledge in the Vernacular Epic, Grundriss der romanischen Literaturen des Mittelalters, t. 11/1, La littérature historiographique des origines à 1500 (Partie historique), sous la dir. de H.U. GUMBRECHT, U. LINK-HEER et P.M SPANGENBERG, Heidelberg, 1986, p. 285-311. Cf. aussi, dans le même volume, M. RUS, Conscience historique et écriture d’histoire à la fin du moyen âge, ibid., p. 229-255.

[21]

La lettre de Geoffroi de Vigeois a été publiée en appendice dans Historia Karoli Magni et Rotholandi ou Chronique du Pseudo-Turpin, éd. C. MEREDITH-JONES, rééd., Genève, 1972, p. 350.

[22]

A. VARVARO, L’Espagne et la géographie épique romane, Identità linguistiche e letterarie nell’Europa romanza, Rome, 2004, p.360. Cet article a été publié pour la première fois dans Medioevo Romanzo, t. 14,1989, p. 3-38.

[23]

J. HORRENT, La Chanson de Roland dans les littératures française et espagnole au Moyen Âge, Paris, 1951, p. 413.

[24]

Ibid.

[25]

Sur ce codex, cf. The Old French Johannes Translation of the Pseudo-Turpin Chronicle, éd. R.N. WALPOLE, Berkeley-Los Angeles-Londres, 1976, t. 1, p. 29-35 et t. 2, p. 15-27 ; G. PALUMBO, Per la datazione del Roland rimato, Medioevo Romanzo, t. 27, 2003, p. 353-412, en particulier p. 406-409.

[26]

PALUMBO, La Chanson de Roland dans les Croniques et Conquestes.

[27]

MOISAN, Traditions rolandienne et turpinienne, p. 399. D’ailleurs, cette erreur de perspective a conduit à attribuer à Aubert des inventions qui ne lui reviennent pas. Ainsi, par exemple, A. Moisan prétend que, sous la plume de l’escripvain bourguignon, les adieux de Roland « prennent un tour personnel que ne connaissait pas l’épopée […], où Aude n’est pas mentionnée » ou encore que certains noms – tel celui de la sœur de Charlemagne, appelée Gille dans les Croniques et Conquestes – sont inexplicablement modifiés (cf. ibid., p. 401,405,407). En réalité, ces éléments, bien qu’inconnus de V4, se retrouvent dans l’une ou l’autre des versions rimées (pour le souvenir d’Aude, cf. V7 C, v. 3345 s., 3910 s., 4253-4255, P, v. 2505 s. ; Gille est le nom adopté couramment par P et L). Bien entendu, ces petites remarques ne diminuent en rien la valeur de l’étude d’A. Moisan. Pour les versions du Roland rimé, j’ai eu recours à La Chanson de Roland / The Song of Roland. The French Corpus, éd. J. DUGGAN, Turnhout, 2006.

[28]

Cf. HORRENT, La Chanson de Roland, p. 397-399.

[29]

GAUTIER, Les épopées françaises, t. 3, p. 587. Cf. aussi ibid., p. 502,570-572.

[30]

Cf. en particulier SCHOBBEN, Sources de David Aubert; MOISAN, Traditions rolandienne et turpinienne.

[31]

Ibid., p. 400.

[32]

Cf. SCHOBBEN, Sources de David Aubert, p. 104-112.

[33]

On n’oubliera pas, d’ailleurs, qu’Aubert n’hésite pas à insérer dans la trame du Roland rimé deux excroissances plus importantes : l’histoire de Galien et, surtout, la prise de Narbonne. Cf. [D. AUBERT ], Croniques et Conquestes, t. 2/2, p. 43-47,75-85.

[34]

Cf. ibid., t. 2/2, p. 15-16.

[35]

Ibid., t. 2/2, p. 16.

[36]

Du moins à en juger par les versions conservées, qui, bien entendu, ne correspondent pas exactement à celles employées par Aubert.

[37]

Cf. SCHOBBEN, Sources de David Aubert, p. 77-83.

[38]

[D. AUBERT ], Croniques et Conquestes, t. 2/2, p. 41-42.

[39]

Translation of the Pseudo-Turpin Chronicle, éd. WALPOLE, t. 1, p. 171.

[40]

À vrai dire, chez David Aubert, la présence des haies et des buissons semble compliquer plutôt que faciliter la recherche des corps des chrétiens : Adont chascun cercha parmy les champs ses amis ; et auoient grant paine a les trouuer, pour ce qu’il y auoit tant de haies et de buissons que a paines y pouoit l’en rien veuoir […] ([D. AUBERT ], Croniques et Conquestes, t. 2/2, p. 42).

[41]

Cf. les laisses V7 322-327, C 330-335, P 253-259, T 225-230, L 114-120.

[42]

Cf. [D. AUBERT ], Croniques et Conquestes, t. 2/2, p. 42.

[43]

Ibid., t. 2/2, p. 43.

[44]

Translation of the Pseudo-Turpin Chronicle, éd. WALPOLE, t. 1, p. 171.

[45]

Il s’agit d’une pratique très courante chez Aubert, qui « veut être entièrement compréhensible et raisonnable » (GUIETTE, Les deux scènes du cor, Questions de littérature, p. 99).

[46]

Cf. [D. AUBERT ], Croniques et Conquestes, t. 2/2, p. 18-19. Sur ce passage, cf. SCHOBBEN, Sources de David Aubert, p. 89-90.

[47]

Sur l’origine de cette scène, cf. HORRENT, La Chanson de Roland, p. 97.

[48]

Faute de place, je dois malheureusement renoncer à examiner en détail les réécritures et les amplifications qui caractérisent ce long épisode (qui s’étend sur une vingtaine de pages : cf. [D. AUBERT ], Croniques et Conquestes, t. 2/1, p. 241-263) et pour lequel Aubert a exploité aussi d’autres traditions épiques. Cf. HORRENT, La Chanson de Roland, p. 97.

[49]

[D. AUBERT ], Croniques et Conquestes, t. 2/1, p. 241,259. Une solution semblable du point de vue structurel avait été imaginée aussi par Jean d’Outremeuse (Ly Myreur des Histors, éd. A. BORGNET, t. 3, Bruxelles, 1873, p. 128,136 s). On remarquera en outre que le « schéma turpinien » de l’ambassade de Ganelon se retrouve aussi dans d’autres textes, tel, par exemple, le Carmen de Prodicione Guenonis (G PARIS, Le Carmen de prodicione Guenonis et la légende de Roncevaux, Romania, t. 11,1882, p. 465-518, en particulier p. 466-468, v. 15 s.).

[50]

[D. AUBERT ], Croniques et Conquestes, t. 2/1, p. 251.

[51]

Ibid., t. 2/1, p. 251.

[52]

Ibid., t. 2/1, p. 257.

[53]

Ibid., t. 2/1, p. 258.

[54]

Ibid., t. 2/1, p. 260.

[55]

Ibid., t. 2/1, p. 257.

[56]

Cf. ibid., t. 2/2, p. 13 s.

[57]

Cf. ibid., t. 2/1, p. 241,259,261 ; t. 2/2, p. 27 s. Dans un seul cas, Aubert semble avoir essayé de remédier à cette incohérence en changeant le nom de Baligant : deuers l’admiral Marcille et son frere Baalan (ibid., t. 2/2, p. 242).

[58]

Ibid., t. 2/2, p. 14.

[59]

G. GENETTE, Figures III, Paris, 1972, p. 43.

[60]

Cf. [D.AUBERT ], Croniques et Conquestes, t. 2/1, p. 270,273,275,277 ; t. 2/2, p. 6.

[61]

Il s’agit d’ailleurs d’une allusion très rapide : L’istoire certiffie que, quant le bon acheuesque Turpin et noble per vey les bons crestiens ainsi prendre fin […], se seigna en soy recommandant a nostre Seigneur ; puis se fery ens commes les autres, et Rolant pareillement auec son compaignon Oliuier (ibid., t. 2/2, p. 5).

[62]

Ibid., t. 2/2, p. 7.

[63]

Ibid., t. 2/2, p. 11.

[64]

Ibid., t. 2/2, p. 17.

[65]

Ibid., t. 2/2, p. 43.

[66]

GUENÉE, Histoire et culture historique, p. 130.

[67]

[D. AUBERT ], Croniques et Conquestes, t. 1, p. 13-14.

[68]

GUENÉE, Histoire et culture historique, p. 351.

[69]

On ne négligera pas, certes, l’ampleur du texte, qui en rendait la copie coûteuse et difficile. Pour nuancer l’affirmation précédente, on rappellera aussi qu’une version remaniée des Croniques et Conquestes se lit dans le ms. O81 de la Bibliothèque de Dresde, et que le texte d’Aubert semble avoir influencé la Chronique de France jusqu’en 1380. Cf. C. VALENTIN, Untersuchungen über die Quellen der Conquestes de Charlemaine, Dresdener Hs. O81, Romanische Forschungen, t. 13,1902, p. 1-99; Fr. SUARD, Guillaume d’Orange dans la Chronique de France jusqu’en 1380 (Mss Bibl. nat., fr. 5003 et Vatican, Reg. Lat. 749), Romania, t. 99,1978, p. 367-368.

[70]

Ibid., p. 353. Cf. aussi J. MONFRIN, La figure de Charlemagne dans l’historiographie du XVe siècle, Annuaire-Bulletin de la Société de l’Histoire de France, 1964-1965, p. 67-78.

Résumé

English

Was David Aubert a historian ? The tale of the battle of Roncevaux in the Croniques et Conquestes de Charlemaine. Can the Croniques et Conquestes de Charlemaine be viewed as an historical text? The present study attempts to answer this general question using a specific case study, namely the tale of the battle of Roncevaux. Our analysis focuses first on Aubert’s sources, such as the Pseudo-Turpin Chronicle and the verse-Roland, and then on the author’s technique in compiling his work.

Key-words

  • literature in Burgundy
  • prose writing
  • Croniques et Conquestes de Charlemaine
  • David Aubert
  • Pseudo
  • Turpin Chronicle
  • rhymed Roland

Plan de l'article

  1. 1. La documentation : la nature des sources
  2. 2. L’exploitation des sources et la construction du récit
  3. 3. Entre fiction et histoire : l’histoire poétique

Pour citer cet article

Palumbo Giovanni, « David Aubert historien ? Le récit de la bataille de Roncevaux dans les Croniques et Conquestes de Charlemaine », Le Moyen Age 3/ 2006 (Tome CXII), p. 585-602
URL : www.cairn.info/revue-le-moyen-age-2006-3-page-585.htm.
DOI : 10.3917/rma.123.0585


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