Le Moyen Age
De Boeck Université

I.S.B.N.9782804103590
242 pages

p. 239 à 240
doi: 10.3917/rma.151.0239

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Nécrologie

Tome CXV 2009/1

2009 Le Moyen Age Nécrologie

Yvan Lepage (15 juin 1943-21 mai 2008)

Elisabeth Schulze-busacker Università degli Studi di Pavia
Transivimus cito et avolavimus, ces paroles du psaume de David viennent à l’idée au moment de la mort si subite et inattendue d’Yvan Lepage (21 mai 2008) qui, il y a quelques mois encore, a pu se réjouir, lors de mon passage à Ottawa, de l’hommage de ses collègues par le volume en son honneur La passion des lettres. En effet, à mon ancien collègue pour trente-deux ans me liait plus que la même discipline, les mêmes intérêts ; j’avais trouvé en lui depuis le début de ma carrière à l’Université de Montréal un ami, un conseiller fiable qui par le fait d’enseigner dans une université voisine a pu m’aider à contourner les incertitudes qui accompagnent inévitablement le chemin de quelqu’un qui entre dans un autre univers académique. Y. Lepage était mon contemporain à bien des égards, non seulement dans l’Académie des Arts, des Lettres et des Sciences Humaines de la Société Royale du Canada où il m’avait parrainée.
Issu d’une famille d’agriculteurs à tradition ancestrale installée depuis plus de cent ans dans Ontario francophone, Yvan naît à Sarsfield le 15 juin 1943, dans une grande famille où les enfants assumaient depuis leur plus jeune âge à côté de leurs parents « des tâches nombreuses et ardues ». Cet apprentissage de la terre trouve tout naturellement son prolongement dans la réussite scolaire et universitaire. Après des études supérieures à l’Université d’Ottawa et un doctorat à l’Université de Poitiers où il rencontre sa femme Françoise, Y. Lepage entre à l’Université d’Ottawa à laquelle il restera fidèle toute sa vie, avec une seule interruption de sept ans à l’Université de Moncton (Nouveau-Brunswick) entre 1970 et 1977. Tout au long de sa carrière universitaire, il a occupé d’importantes fonctions administratives, à Moncton tout d’abord, par la suite au sein du Département des Lettres françaises en tant que Directeur et à la Faculté des Arts dans la fonction de Doyen adjoint et Secrétaire de l’Université d’Ottawa.
Comme le souligne bien l’hommage de ses collègues de 2006, la carrière scientifique d’Y. Lepage a été marquée par une double orientation, la littérature médiévale et les études québécoises. L’édition critique du Roman de Mahomet, traduction d’une vie légendaire de Mohamet, ouvre la route en 1977 (nouvelle édition avec traduction et notes en 1996 dans la collection Ktèmata – Nouvelle Bibliothèque du Moyen Âge), suivie en 1978 déjà des Rédactions en vers du Couronnement de Louis qui entrent dans les Textes littéraires français chez Droz, des Œuvres lyriques des deux trouvères Richard de Fournival (1981) et Blondel de Nesle (1994), deux éditions que l’auteur lui-même considérait comme des étapes vers une meilleure compréhension de ces poètes aux multiples facettes du XIIIe siècle français. Les dernières années étaient consacrées entre autres au Lancelot en prose ; deux éditions critiques paraissent en 1999 et 2002 dans la collection Lettres gothiques. Depuis les années ’80, son intérêt d’éditeur se porte sur des textes québécois : les Mémoires de Marie-Rose Girard (1989) et surtout l’Å“uvre de Germaine Guèvremont (Le Survenant, 1989 ; Marie-Didace, 1996), dont il deviendra l’interprète autorisé avec son étude d’ensemble Germaine Guèvremont : la tentation autobiographique, et en dernier lieu Félix-Antoine Savard, Menaud maître-draveur (2004), publiés les trois dans la Bibliothèque du Nouveau Monde qu’il dirigera dans ces dernières années. Une douzaine d’éditions critiques, tant anciennes que modernes, mènent tout naturellement vers des réflexions soutenues sur les tâches de l’éditeur ; Y. Lepage en donne sa vision équilibrée entre néo-bédiérisme et néo-lachmannisme dans son Guide de l’édition des textes en ancien français en 2001.
Une vie active, extrêmement disciplinée et concentrée équitablement sur les deux pôles, la littérature médiévale et les études québécoises, qui brusquement interrompue laisse en friche tant de projets, l’édition de Thibaud de Champagne, des réflexions sur Germaine Guèvremont et Félix-Antoine Savard ; ses amis, collègues et élèves se doivent de reprendre le flambeau.
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