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Le Temps des médias

2005/1 (n° 4)



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Résumé

Français

La caricature allemande, puissamment structurée au sein d’une presse satirique florissante, prend bien note dès 1910 des grandes tensions internationales. Après la brève accalmie du premier semestre 1914, elle s’engage sans retenue dans la bataille dès le mois d’août 1914, soucieuse d’apporter son soutien à la patrie en danger. Même les artistes les plus critiques à l’égard du régime wilhelminien se rallient au célèbre appel à l’union sacrée lancé par Guillaume II, ils conçoivent la guerre comme un combat défensif de la culture germanique contre la barbarie ennemie. Dans l’enthousiasme du départ, ils ne cessent d’ancrer dans les esprits que l’ennemi va être rapidement pulvérisé, ils aiment ridiculiser l’ennemi, dont ils soulignent l’incompétence, la grossièreté, la bassesse et la cruauté. Des principaux belligérants ennemis, c’est la Russie et à un degré moindre l’Angleterre qui sont les cibles de leurs flèches les plus acérées ; la France ne fait bien souvent que suivre le mouvement, elle est même présentée à maintes occasions comme la victime de ses alliances.
Au fil des mois, les représentations grossières du début évoluent quelque peu, les caricaturistes les moins engagés multiplient les dessins purement apologétiques, peu ou pas satiriques, mobilisateurs et incitatifs, ou se tournent vers une satire de mœurs anodine. Les dessinateurs politiques des journaux conservateurs continuent de faire preuve d’une grande virulence tandis que les artistes des organes libéraux ou socialistes, qui souhaitent de plus en plus ardemment la paix même s’ils soutiennent encore le combat allemand, proposent de plus en plus fréquemment des images nouvelles, telles celle du « poilu » pour lequel on éprouve malgré tout un certain respect ou celle des profiteurs de guerre.

English

As early as 1910, German caricature, influential amidst a flowering satirical press, took note of raising international tensions. With the start of hostilities in 1914, the satirical press threw its full weight behind the German war effort and in aid of a fatherland under threat. Even pens that had been known for their criticism of the government followed the call by Emperor Wilhelm II for a “holy union”, and depicted the war as a defence of German culture against the onslaught of barbarism. In their initial enthusiasm, they promoted the image of a ridiculous, incompetent, rude and cruel enemy that would almost instantly disintegrate. Russia, and to a lesser degree England, is the target of its most scathing insults; France is pictured as following the others’ lead and sometimes even as a victim of her alliances.
As the war wears on, less committed caricaturists resort to justificatory sketches, little or not at all satirical, and neither of mobilising nor inciting character, or they turn towards a inconsequential satire of cultural mores. Conservative artists continue to churn out virulently partisan material, while liberal and socialist artists, hoping for peace even while they continue to support the German war effort, introduce new characters, such as the war profiteers and the French soldier, the “Poilu”, depicted with a certain respect.

Plan de l'article

  1. L’engouement du départ
  2. Culture contre barbarie
  3. Indignité et inefficacité de la stratégie militaire ennemie
  4. L’évolution des représentations
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