- Napoléon journaliste : les bulletins de la gloire
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S'inscrire Alertes e-mail - Le Temps des médias Cairn.info respecte votre vie privéeAoût 1805 : campées autour de Boulogne pour un éventuel débarquement en Angleterre, les troupes françaises font volte-face et se dirigent vers l’Allemagne. Les Autrichiens, sans déclaration de guerre, ont envahi la Bavière. Le 6 octobre, l’armée française qui franchit le Danube prend le nom de « Grande Armée ». Le lendemain, est rédigé le premier Bulletin de la Grande Armée, publié le 12 octobre à Paris, sur une feuille in-octavo, ornée du profil de l’empereur couronné de lauriers. Désormais, chaque campagne militaire s’accompagne de l’édition de bulletins. Une première série de 37 Bulletins, s’achève après Austerlitz, à la fin de décembre 1805. Les 87 Bulletins de la deuxième série couvrent les campagnes de Saxe et de Pologne (octobre 1806-juillet 1807). Les campagnes d’Autriche en 1809, de Russie en 1812, d’Allemagne en 1813 et de France en 1814, sont illustrées par quatre autres séries de 30, 29, 61 puis 23 Bulletins.[1] [1] Bulletins officiels de la Grande Armée, recueillis et publiés...
suite La périodicité des Bulletins est diverse, varié le nombre de leurs pages. Leur rédacteur « inavoué »[2] [2] « Les bulletins ne sont pas des pièces avouées, ils doivent...
suite ? Napoléon lui-même. Tantôt il les dicte aux officiers de son état-major, tantôt il leur en abandonne l’écriture, quitte à les corriger avant publication. L’entreprise de presse s’inscrit dans une lignée de journaux militaires édités de l’Ancien Régime à la Révolution[3] [3] M. Martin, Les origines de la presse militaire en France...
suite. Journaliste, l’Empereur l’est devenu dès la première campagne d’Italie. Ayant, dès 1797, très bien saisi l’importance de la presse comme instrument de propagande politique et militaire, il publia deux journaux, Le Courrier de l’Armée d’Italie et La France vue de l’Armée d’Italie. Durant la campagne d’Égypte, alors que Lucien Bonaparte payait des journalistes pour camper son frère en « Sauveur », le général édita des journaux destinés aux militaires, aux savants et aux politiques. Préparant la prise de pouvoir, les périodiques construisaient déjà la légende napoléonienne. Les Bulletins de la Grande Armée s’adressent à leur tour tout autant à la postérité qu’aux contemporains, militaires ou civils, français ou étrangers.
2 Décrivant l’acte de guerre, les bulletins ont « l’éloquence de la victoire[4] [4] Chateaubriand cité par J. Tulard, « Napoléon le plus...
suite ». Ils évitent tout à la fois la grandiloquence théâtrale et la sécheresse du compte rendu d’état-major. Le récit rapidement mené séduit et captive le lecteur. Le style, « martèlement de phrases claires, incisives et puissantes[5] [5] F. Masson cité par D. N. Tomiche, Napoléon écrivain,...
suite », adopte le rythme d’une action qui jamais ne se ralentit. L’ordre chronologique respecté, les événements sont analysés d’un mot ou d’un adjectif : « C’était un véritable combat de géants. Il n’y avait pas une heure qu’on se battait, et toute la gauche de l’ennemi était coupée. Sa droite se trouvait déjà arrivée à Austerlitz, quartier général des deux empereurs, qui durent faire marcher sur-le-champ la garde de l’empereur de Russie pour tâcher de rétablir la communication du centre avec la gauche.[6] [6] 30eBulletin, 2 décembre 1805, Austerlitz. ...
suite » En début de phrase, un verbe ou un démonstratif modifie le rythme, au besoin. Le style conservant sa vivacité diversifie les constructions, passant brusquement du discours indirect au discours direct, multipliant les images et les anecdotes, surprenant le lecteur par les contrastes entre les idées ou les faits[7] [7] D. N. Tomiche, op. cit. , p. 205 sq. ...
suite.
3 Les bulletins déroulent les différentes parties d’une leçon de tactique militaire. Ainsi, la description de la bataille d’Austerlitz explique-t-elle tour à tour le choix du champ de bataille, la concentration rapide des forces, opérée alors même que l’ennemi est encore dans l’incertitude sur le point d’attaque, enfin la manœuvre effectuée pour le conduire sur le site où il est piégé et anéanti.
4 « Une armée ainsi conduite ne pouvait tarder à faire des fautes. Le plan de l’Empereur fut dès ce moment de les attendre et d’épier l’instant d’en profiter. Il donna sur-le-champ l’ordre de retraite à son armée, se retira de nuit comme s’il eût essuyé une défaite, prit une bonne position à trois lieues en arrière, fit travailler avec beaucoup d’ostentation à la fortifier et à y établir des batteries. » Trompé sur la disposition des forces qu’il affronte, l’ennemi est conduit à la faute tactique : « Le prince Murat fit avancer un petit corps de cavalerie dans la plaine, mais tout d’un coup il parut étonné des forces immenses de l’ennemi et rentra à la hâte. Ainsi, tout tendait à confirmer le général russe dans l’opération mal calculée qu’il avait arrêtée. »
5 Dupée, l’armée ennemie s’étire en marchant et la contre-attaque la surprend. Enveloppée d’une nappe de feu, elle ouvre ses rangs et ses soldats courent à leur perte : « Le maréchal Soult s’ébranle au même instant, se dirige sur les hauteurs du village de Pratzen avec les divisions des généraux Vandamme et Saint-Hilaire, et coupe entièrement la droite de l’ennemi, dont tous les mouvements devinrent incertains. […] Le prince Murat s’ébranle avec sa cavalerie. La gauche, commandée par le maréchal Lannes, marche en échelons par régiments comme à l’exercice ; une canonnade épouvantable s’engage sur toute la ligne ; deux cents pièces de canon, et près de deux cent mille hommes, faisaient un bruit affreux […] Il n’y avait pas une heure qu’on se battait, et toute la gauche de l’ennemi était coupée. »
6 L’importance numérique des forces et leurs dispositifs une fois présentés, chaque phase de la bataille est si bien décrite que le lecteur du 30eBulletin du 2 décembre 1805 est comme transporté sur le plateau de Pratzen ou aux portes d’Austerlitz. Rien n’y manque, pas même l’atmosphère, depuis celle de la veillée d’armes jusqu’à celle du combat : « Il serait impossible de peindre l’enthousiasme des soldats en le [l’Empereur] voyant. Des fanaux de paille furent mis en un instant au haut de milliers de perches, et quatre-vingt mille hommes se présentèrent devant l’Empereur, en le saluant par des acclamations […] Le jour parut enfin. Le soleil se leva radieux ; et cet anniversaire du couronnement de l’Empereur, où allait se passer un des plus beaux faits d’armes du siècle, fut une des plus belles journées de l’automne. »
7 Rédigés ou supervisés par Napoléon, les bulletins sont une autocélébration. L’intrépidité des soldats ne trouve son origine qu’en sa personne et ne produit que par lui ses effets[8] [8] « Le soldat n’est plus que le reflet (flatteur) de son...
suite. De même qu’« une armée est une et entière, celui qui la commande est tout[9] [9] Cité par D. N. Tomiche, Napoléon écrivain, op. cit. ,...
suite. » Napoléon se dépeint d’abord en fin stratège apte à saisir les pièges de l’ennemi et à les tourner à son avantage : « Mais il fut facile à l’Empereur de s’apercevoir qu’on avait d’autres projets ; et, comme l’espoir du succès ne pouvait venir à l’ennemi que du côté de l’armée russe, il conjectura aisément que les deuxième et troisième armées étaient arrivées, ou sur le point d’arriver à Olmutz, et que les négociations n’étaient plus qu’une ruse de guerre pour endormir sa vigilance.[10] [10] 30eBulletin, 2 décembre 1805, Austerlitz. ...
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8 Tout dépend du coup d’œil de l’Empereur et du moment choisi par lui pour que l’action engagée aboutisse au succès : « Le 13, à deux heures après midi, l’Empereur arriva à Iéna, et sur un petit plateau qu’occupait notre avant-garde, il aperçut les dispositions de l’ennemi, qui paraissait manœuvrer pour attaquer le lendemain, et forcer les divers débouchés de la Saale. […] La grosse cavalerie, qui n’avait pas encore rejoint l’armée, ne pouvait la rejoindre qu’à midi ; la cavalerie de la Garde impériale était à trente-six heures de distance, quelque fortes marches qu’elle eût faites depuis son départ de Paris. Mais il est des moments, à la guerre, où aucune considération ne doit balancer l’avantage de prévenir l’ennemi et de l’attaquer le premier.[11] [11] 5eBulletin, 15 octobre 1806, Iéna. ...
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9 Aux qualités du stratège, Napoléon joint le talent oratoire propre à rassurer les soldats et à leur donner l’allant indispensable à la victoire : « L’Empereur passa devant plusieurs lignes. Il recommanda aux soldats de se tenir en garde contre cette cavalerie prussienne qu’on peignait comme si redoutable. Il les fit souvenir qu’il y avait un an, à la même époque, ils avaient pris Ulm ; que l’armée prussienne, comme l’armée autrichienne, était aujourd’hui cernée, ayant perdu sa ligne d’opération, ses magasins ; qu’elle ne se battait plus dans ce moment pour la gloire mais pour sa retraite ; que cherchant à faire une trouée sur différents points, les corps d’armée qui la laisseraient passer seraient perdus d’honneur et de réputation. À ce discours animé, le soldat répondit par des cris de Marchons ![12] [12] Ibid. ...
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10 Voyant et prévoyant tout, Napoléon ne laisse rien au hasard : « L’Empereur eut toujours auprès de lui, indépendamment de la Garde impériale, un bon nombre de troupes de réserve pour pouvoir parer à tout accident imprévu.[13] [13] Ibid. ...
suite » Seules les forces naturelles parviennent à gripper la machine de guerre mise en mouvement et dirigée par ses soins. À Eylau, « une neige épaisse, et telle qu’on ne distinguait pas à deux pas, couvrit les deux armées. Dans cette obscurité, le point de direction fut perdu, et les colonnes s’appuyant trop à gauche, flottèrent incertaines. » Plus tard : « Cette charge brillante et inouïe, qui avait culbuté plus de vingt mille hommes d’infanterie, et les avait obligés à abandonner leurs pièces, aurait décidé sur-le-champ la victoire, sans le bois et quelques difficultés de terrain.[14] [14] 58eBulletin, 9 février 1807, Eylau. ...
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11 Jusqu’à la campagne de Russie, tous les bulletins donnent à voir la belle mécanique d’une armée mise en mouvement par un chef génial. Les soldats, premiers lecteurs du Bulletin, y retrouvent, avec le bilan des pertes subies par les armées affrontées, les faits d’armes individuels ou collectifs : « Le général de division d’Haupoult fut blessé d’un Biscayen. Le général Dalhmann, commandant les chasseurs de la Garde, et un bon nombre de ses intrépides soldats moururent avec gloire. Mais les cent dragons, cuirassiers ou soldats de la Garde que l’on trouva sur le champ de bataille, on les y trouva environnés de plus de mille cadavres ennemis.[15] [15] 58eBulletin, 9 février 1807, Eylau. ...
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12 Une telle narration, témoignant du courage et du sacrifice consentis, sert tout à la fois à distinguer des individus ou des régiments et à provoquer entre les unités et les armes une émulation pour les combats à venir : « Le capitaine des grenadiers de la Garde impériale, Auzouï, blessé à mort à la bataille d’Eylau, était couché sur le champ de bataille. Ses camarades viennent pour l’enlever et le porter à l’ambulance. Il ne recouvre ses esprits que pour leur dire : “Laissez-moi, mes amis ; je meurs content, puisque nous avons la victoire, et que je puis mourir sur le lit d’honneur, environné des canons pris à l’ennemi et des débris de leur défaite. Dites à l’Empereur que je n’ai qu’un regret ; c’est que, dans quelques moments, je ne pourrai plus rien pour son service et pour la gloire de notre belle France… À elle mon dernier soupir.” L’effort qu’il fit pour prononcer ces paroles, épuisa le peu de forces qui lui restaient.[16] [16] 63eBulletin, 28 février 1807. Quand Napoléon...
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13 L’honneur des militaires se ressource et l’esprit de corps se nourrit dans les « Mémoires de gloire » que sont les bulletins. L’ancien y puise le trait de bravoure qu’il contera, aux prochaines veillées, à la jeune recrue. À lire les bulletins, le « bleu » et le « crâne » ou vétéran pratiquent le culte du grand homme dans lequel se résout leur vie.
14 L’Empereur des Français ne se conduit pas comme les autres souverains, il participe aux fatigues de ses soldats, il s’expose : « L’Empereur, traversant une foule de prisonniers ennemis, un colonel autrichien témoignait son étonnement de voir l’Empereur des Français trempé, couvert de boue, autant et plus fatigué que le dernier tambour de l’armée ; un de ses aides de camp lui ayant expliqué ce que disait cet officier autrichien, l’Empereur lui fit répondre : “Votre maître a voulu me faire ressouvenir que j’étais un soldat, j’espère qu’il conviendra que le trône et la pourpre impériale ne m’ont pas fait oublier mon premier métier.”[17] [17] 6eBulletin, 18 octobre 1805, Elchingen. ...
suite » Soldat parmi ses soldats et ceux de l’adversaire ! À la veille d’Austerlitz, le Bulletin accompagne Napoléon dans ses réflexions tactiques, lui donne la parole, la donne à ses soldats : « L’Empereur, du haut de son bivouac, aperçut, avec une indicible joie, l’armée russe commençant, à deux portées de canon de ses avant-postes, un mouvement de flanc pour tourner sa droite. Il vit alors à quel point la présomption et l’ignorance de l’art de la guerre avaient égaré les conseils de cette brave armée. Il dit plusieurs fois : “Avant demain au soir, cette armée est à moi.” […] Un des plus vieux grenadiers s’approcha de lui et lui dit : “Sire, tu n’auras pas besoin de t’exposer. Je te le promets, au nom des grenadiers de l’armée, que tu n’auras à combattre que des yeux, et que nous t’amèneront demain les drapeaux et l’artillerie de l’armée russe pour célébrer l’anniversaire de ton couronnement.” L’Empereur dit, en entrant dans son bivouac, qui consistait en une mauvaise cabane de paille sans toit, que lui avaient faite les grenadiers : “Voilà la plus belle soirée de ma vie ; mais je regrette de penser que je perdrai bon nombre de ces braves gens. Je sens au mal que cela me fait qu’ils sont véritablement mes enfants ; et, en vérité, je me reproche quelquefois ce sentiment ; car je crains qu’il ne finisse par me rendre inhabile à faire la guerre.”[18] [18] 30eBulletin, 2 décembre 1805, Austerlitz. ...
suite »
15 Davantage qu’en héros ne songeant qu’à sa propre gloire, Napoléon est représenté, à l’image du maréchal de Saxe, en grand homme, soucieux de la vie des siens. Pendant la bataille, le chef donne de sa personne, quand il en est besoin : « Au fort de la mêlée, l’Empereur, voyant ses ailes menacées par la cavalerie, se portait au galop pour ordonner des manœuvres et des changements de front en carrés.[19] [19] 5eBulletin, 15 octobre 1806, Iéna. ...
suite » Au soir des combats, déplorant le carnage de la guerre, il pleure sur les morts, qu’ils soient français ou étrangers. Les bulletins sont peu diserts sur les têtes fracassées, les corps mutilés ou éventrés : « Jamais champ de bataille ne fut plus horrible. Du milieu de lacs immenses on entend encore les cris de milliers d’hommes qu’on ne peut secourir. Il faudra trois jours pour que tous les blessés ennemis soient évacués sur Brunn. Le cœur saigne.[20] [20] 30eBulletin, 2 décembre 1805, Austerlitz. ...
suite » Le 64eBulletin, compte les morts de la « boucherie » que fut la bataille d’Eylau : « Après la bataille d’Eylau, l’Empereur a passé tous les jours plusieurs heures sur le champ de bataille, spectacle horrible, mais que le devoir rendait nécessaire. Il a fallu beaucoup de travail pour enterrer les morts. […] Qu’on se figure sur un espace d’une lieue carrée, 9 000 ou 10 000 cadavres, 4 000 ou 5 000 chevaux tués, des lignes de sacs russes, des débris de fusils et de sabres, la terre couverte de boulets, d’obus, de munitions ; 24 pièces de canon auprès desquelles on voyait les cadavres des conducteurs tués au moment où ils faisaient des efforts pour les enlever : tout cela avait plus de relief sur un fond de neige. Ce spectacle est fait pour inspirer aux princes l’amour de la paix et l’horreur de la guerre.[21] [21] 64eBulletin, 2 mars 1807, Osterode. ...
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16 Une telle insistance à dire la familiarité unissant le grand homme et ses soldats, mais aussi la plainte du chef victorieux au soir de l’action, ses regrets mais aussi son respect pour les morts, ceux de la Grande Armée ou de l’ennemi : tout concourt à persuader que Napoléon aime ses soldats, qu’il est malheureux de les conduire à la mort, que la guerre est une faute contre l’humanité, mais qu’il la partage avec tous les autres souverains qui lui livrent bataille.
17 Quant à la teneur des bulletins, Napoléon affirme : « Je dirai tout. Il vaut mieux qu’on sache ces détails par moi que par des lettres particulières et que les détails atténuent ensuite l’effet des désastres.[22] [22] Mémoires de Caulaincourt, Paris, 1933, t. II, p. 274. ...
suite » De fait, il ne cache rien de la désastreuse retraite de Russie en 1812, laissant le public atterré à la lecture du 29eBulletin : « Le froid a commencé le 7 [novembre] ; dès ce moment, chaque nuit nous avons perdu plusieurs centaines de chevaux, qui mouraient au bivouac. […] Plus de trente mille chevaux périrent en peu de jours ; notre cavalerie se trouva toute à pied ; notre artillerie et nos transports se trouvaient sans attelages. Il fallut abandonner et détruire une bonne partie de nos pièces et de nos munitions de guerre et de bouche. Cette armée, si belle le 6, était bien différente dès le 14, presque sans cavalerie, sans artillerie, sans transports. […] Il fallait marcher pour ne pas être contraints à une bataille, que le défaut de munitions nous empêchait de désirer ; il fallait occuper un certain espace pour ne pas être tournés, et cela sans cavalerie qui éclairât et liât les colonnes. […] L’ennemi, qui voyait sur les chemins les traces de cette affreuse calamité qui frappait l’armée française, chercha à en profiter.[23] [23] 29eBulletin, Molodetchna, 3 décembre 1812. ...
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18 La plupart du temps, Napoléon joue à tel point avec la vérité que l’expression « menteur comme un Bulletin » devient proverbiale dans la troupe. Il passe, par exemple, sous silence les exploits de ses lieutenants ou leur attribue parfois même ses propres erreurs[24] [24] A. Cabanis, La presse sous le Consulat et l’Empire, 1799-1814,...
suite. Ainsi, le Bulletin du 15 octobre 1806 décrit-il longuement la victoire d’Iéna, laissant dans l’ombre celle d’Auerstädt remportée par Davout. L’armée évacue-t-elle Madrid ? C’est pour prendre ses quartiers d’hiver. Le responsable du désastre de Leipzig ? Le caporal imbécile qui fait sauter prématurément un pont : « On ne peut encore évaluer les pertes occasionnées par ce malheureux événement, mais on les porte par approximation à douze mille hommes et à plusieurs centaines de voitures. Les désordres qu’il a portés dans l’armée ont changé la situation des choses : l’armée française victorieuse arrive à Erfurt comme y arriverait une armée battue.[25] [25] Cité par J. Tulard, « Napoléon et “l’arrière”...
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19 Le succès dissimule le revers subi. Ainsi la victoire d’Austerlitz éclipse-t-elle la défaite de Trafalgar. Quant aux morts et aux blessés de la Grande Armée, les bulletins en trafiquent le nombre, comme l’indique le baron Fain dans ses Mémoires. Napoléon au lendemain d’Eylau, accepte que le Bulletin livre des chiffres proches de la vérité. L’annonce est si mal reçue par les lecteurs que l’Empereur intervient aussitôt pour dénoncer le caractère soi-disant exagéré de l’information donnée. Victoires amplifiées et défaites atténuées, tout doit concourir à rendre glorieuse l’image donnée à l’opinion publique du chef et de son armée. Liens entre l’armée et la nation, les bulletins servent à soutenir le moral de « l’arrière » et à préserver la confiance dans les destinées d’un souverain qui ne tire en définitive sa légitimité que de son épée.
20 « J’appartiens, reconnaît Alfred de Vigny, à cette génération née avec le siècle, qui, nourrie de bulletins, avait toujours devant les yeux une épée nue […] Les maîtres même ne cessaient de nous lire les bulletins de la Grande Armée et nos cris de Vive l’Empereur ! interrompaient Tacite et Platon. Nos précepteurs ressemblaient à des hérauts d’armes, nos salles d’études à des casernes, nos récréations à des manœuvres et nos examens à des revues.[26] [26] A. de Vigny, Œuvres complètes, éd. La Pléiade, t. II,...
suite » Au-delà des murs du lycée, tout un peuple se rassemble, et à lire les bulletins, partage la gloire de l’armée. Dans les départements, les bulletins sont imprimés en feuillets in-8° ou en affiches. « Il convient, écrit le ministre de l’Intérieur aux préfets le 4 mai 1809, de satisfaire le juste empressement qu’auront dans cette occasion les citoyens de tout ordre de connaître les progrès de l’armée et de suivre l’Empereur dans les cours de ses victoires. Il sera donc à propos que vous fassiez réimprimer les bulletins à mesure qu’ils paraîtront. Vous aurez soin que cette opération se fasse avec célérité mais vous veillerez à ce qu’on y mette de l’ordre et de l’économie.[27] [27] Archives nationales, F2 I 129, cité par J. Tulard,...
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21 L’insertion des bulletins dans les périodiques est une obligation absolue. Le directeur du Journal du département de Saône-et-Loire, à n’en publier que des extraits, se fait rappeler à l’ordre par le ministre : « Sous aucun prétexte il ne doit se dispenser d’insérer les bulletins dans son journal.[28] [28] Cité par A. Cabanis, op. cit. , p. 273. ...
suite » Ceux-ci sont donc reproduits avec célérité dans toutes les feuilles de presse, aussi bien par le Moniteur, journal parisien quasi officiel, que par le Journal des curés ! Le baron d’Empire les parcourt en prenant le thé[29] [29] Duchesse d’Abrantès, Mémoires ou Souvenirs historiques...
suite. Le bourgeois en prend connaissance en famille, le doigt sur une carte pour suivre la marche des combattants[30] [30] Cf. le tableau peint par Boilly. ...
suite. Placardés sur les murs, l’ouvrier se les fait lire en allant au labeur. Le prône du dimanche terminé, le curé en fait lecture à ses paroissiens. Au théâtre, les acteurs les déclament.
22 La circulaire du préfet de l’Aisne envoyée à tous les maires du département illustre une fois encore l’importance attachée par le pouvoir à la diffusion des bulletins. À leur arrivée, les cloches doivent sonner à toute volée et le tambour municipal faire résonner sa caisse pour inviter les citadins ou les villageois à s’assembler sur la place de la mairie. Là, le maire ou un de ses adjoints en donne lecture. Le dimanche suivant, à l’issue de la messe, la lecture publique est réitérée. À cet effet, le maire doit se concerter avec le curé. Le préfet leur recommande de mettre en garde le public : seuls sont certains les faits annoncés par les bulletins et il ne faut accorder aucune foi « aux nouvelles hasardées que la malveillance ou l’oisiveté peuvent colporter. » Enfin, que les autorités rassurent les citoyens : ils seront sans retard officiellement instruits de tout ce qui intéressera les grands événements qui fixent l’attention de l’Europe[31] [31] Archives nationales, F1 A 21 635, cité par J. ...
suite.
23 Le public ne finit-il pas par se lasser des bulletins identiques dans leur forme et dans leurs thèmes[32] [32] C’est ce que suggère P. Roger dans son article, op. cit. ,...
suite ? Pour nous qui lisons, à la suite, tous les bulletins, ils engendrent parfois l’ennui. Le sublime, à se répéter, s’étiole. Le lecteur de l’époque ne réagit sans doute pas de la même façon. Pour lui, le bulletin fraîchement arrivé chasse de sa mémoire le précédent tant l’impatience est grande d’avoir, même de manière indirecte, des nouvelles de l’époux, du fils ou du frère. Pour nombre de ceux qui les reçoivent, les feuilles lues ou écoutées détiennent une telle charge affective que leur caractère répétitif s’estompe.
24 Invention remarquable, comme le reconnaît Metternich lui-même, le Bulletin permet à Napoléon d’être en contact constant avec toutes les classes de la société. Dépouillé du style officiel et adoptant celui de la conversation la plus familière, chaque bulletin « met en scène des personnages dont les noms respectables inspirent la confiance.[33] [33] Metternich, Mémoires, documents et écrits divers, Paris,...
suite » L’impact des bulletins demeure si fort durant toute la période que les ennemis de Napoléon, français ou étrangers, en font des contrefaçons pour diffuser de fausses nouvelles.
25 Les bulletins sont aussi un outil de propagande en direction des pays satellites et un instrument de guerre contre les souverains coalisés. Ils valent à Napoléon, soutient Metternich, une armée de 300 000 hommes. Traduits en plusieurs langues, ils sont largement diffusés en Europe et au Moyen-Orient. Lors de la campagne de 1806-1807 contre la coalition russo-prussienne, par exemple, 6 000 recueils de bulletins sont publiés en turc et en arabe[34] [34] A. Cabanis, op. cit. , p. 274. ...
suite.
26 Paraissant rapidement après chaque bataille, le bulletin devance tous les périodiques européens et impose ainsi sa lecture de l’événement. Il porte, d’autre part, la discorde chez l’ennemi. Lorsque le roi de Prusse vaincu se réfugie auprès du tzar, le 44eBulletin de la Grande Armée s’empresse de signaler aux Berlinois la cause de la désertion de milliers de soldats prussiens : au contraire de leur maître, ils refusent de servir les Russes et d’en recevoir de continuels affronts. Dans le même temps, la presse berlinoise, aux ordres de Napoléon, dépeint le roi de Prusse comme un souverain sans caractère, toujours prêt à plier le genou devant le tsar[35] [35] Ibid. , p. 294. ...
suite. Dans sa fuite précipitée, la reine Louise a laissé ses papiers, dont s’empare le Bulletin, très misogyne : « On a trouvé à Charlottenbourg sa correspondance avec le roi, pendant trois ans, et des mémoires rédigés par des écrivains anglais, pour prouver qu’on ne devait tenir aucun compte des traités conclus avec l’Empereur Napoléon, mais se tourner tout à fait du côté de la Russie. Ces pièces surtout sont des pièces historiques ; elles démontreraient, si cela avait besoin d’une démonstration, combien sont malheureux les princes qui laissent prendre aux femmes l’influence sur les affaires politiques. Les notes, les papiers d’État étaient musqués, et se trouvaient mêlés avec des chiffons et autres objets de toilette de la reine.[36] [36] 19eBulletin, 27 octobre 1806, Charlottenbourg. ...
suite »
27 Et pourquoi ne pas employer la gravure pour mieux ridiculiser l’adversaire ? « Le résultat du célèbre serment fait sur le tombeau du Grand Frédéric, le 4 novembre 1806, a été la bataille d’Austerlitz, et l’évacuation de l’Allemagne par l’armée russe à journées d’étapes. On fit 48 heures après, sur ce sujet, une gravure qu’on trouve dans toutes les boutiques, et qui excite le rire même des paysans. On y voit le bel empereur de Russie, près de lui la reine, et de l’autre côté le roi qui lève la main sur le tombeau du Grand Frédéric ; la reine elle-même drapée d’un schal, à peu près comme les gravures de Londres représentent lady Hamilton, appuie la main sur son cœur, et a l’air de regarder l’empereur de Russie. On ne conçoit point que la police de Berlin ait laissé répandre une aussi pitoyable satire.[37] [37] 17eBulletin, 25 octobre 1807, Potsdam. ...
suite »
28 Avec les Proclamations, les bulletins servent aussi à conserver l’alliance des petites nations ou à les dissocier des grandes puissances qui, écrit-on, les méprisent. Ainsi se trouvent encouragés les particularismes locaux et éveillés les nationalismes. La Grande-Bretagne, âme de toutes les coalitions, est l’objet des attaques les plus vives. Trop lâche pour se battre elle-même, Albion achète le sang des sujets des souverains de l’Europe pour faire la guerre à la France. « Puisse tant de sang versé, est-il écrit dans le Bulletin annonçant la victoire d’Austerlitz, puissent tant de malheurs retomber enfin sur les perfides insulaires qui en sont la cause ! Puissent les lâches oligarques de Londres porter la peine de tant de maux ! » Les bulletins participent ainsi à la « guerre de mots et d’images » dans laquelle s’engagent la France, l’Angleterre et les autres pays du monde. Dans cette lutte où la xénophobie nourrit le nationalisme le plus exacerbé, tous les médias sont utilisés : du pamphlet à la caricature, du théâtre à la chanson[38] [38] J-P Bertaud, A. Forrest, A. Jourdan, Napoléon, le monde...
suite. Comme eux, les bulletins présagent la prochaine destruction de la nouvelle Carthage, établissant à jamais une paix glorieuse pour la France.
29 Enfin le César victorieux, sensible aux douleurs qu’engendrent les guerres meurtrières, donne des leçons de morale aux princes et les tance pour leur aveuglement. Après la bataille d’Austerlitz, s’adressant au tsar Alexandre, le 30eBulletin mêle blâmes, éloges et conseils : « Puisse ce jeune prince, que tant de vertus appelaient à être le père de ses sujets, s’arracher à l’influence de ces trente freluquets que l’Angleterre solde avec art, et dont les impertinences obscurcissent ses intentions, lui font perdre l’amour de ses soldats et le jettent dans les opérations les plus erronées ! La nature, en le douant de si grandes qualités, l’avait appelé à être le consolateur de l’Europe. »
30 Imperator, Napoléon se fait mécène et les artistes peignent sa légende sur la toile ou l’inscrivent dans la pierre. Les grands noms de la littérature lui échappant, il ne lui reste que sa propre plume pour contribuer à l’élaboration de son mythe. C’est l’objet ultime et non des moindres, des Bulletins de la Grande Armée[39] [39] A. Jourdan, Napoléon. Héros, imperator, mécène, Paris,...
suite.
31 Pour que ceux-ci parviennent à la postérité, les préfets invitent les maires, après en avoir donné connaissance à leurs administrés, à les déposer dans leurs archives « pour en former une collection précieuse, qui devra être conservée avec le plus grand soin.[40] [40] Circulaire du préfet de la Mayenne du 8 mai 1809, citée...
suite » De son côté, Napoléon charge Berthier, le 30 novembre 1811, de faire « une relation de tous les événements des campagnes d’Ulm, d’Austerlitz, d’Iéna, de Friedland et de celles d’Eckmühl et de Wagram […] sans quoi, dit-il, il ne restera rien de ces campagnes. » Il lui recommande en outre de « faire imprimer une collection de ces bulletins, en les retouchant, en faisant disparaître les choses qui ont été reconnues fausses, en corrigeant quelques fautes de style.[41] [41] Cité par D. N. Tomiche, op. cit. , p. 204. ...
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32 Dans cette sorte d’Iliade que sont les bulletins pour les générations présentes et à venir, le grandiose et le sublime, l’expression animée ou poétique, le tour impérieux ou sensible, tout est calculé pour susciter l’admiration passionnée à l’égard du héros. Les bulletins portent aussi en eux le culte de la guerre que toute une nation longtemps pratiqua.[42] [42] Toute une littérature laïque ou religieuse – catholique,...
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[ 1] Bulletins officiels de la Grande Armée, recueillis et publiés par A. Goujon, ancien officier d’artillerie légère, membre de la Légion d’honneur, 4 vol., Paris, 1820-1821. Seules les deux premières séries concernent la première Grande Armée qui fut dissoute en octobre 1808. La guerre d’Espagne eut ses propres bulletins, notamment quand Napoléon y vint diriger les opérations (novembre 1808-janvier 1809). En 1813 et 1814, les bulletins n’ont plus d’existence propre, indépendante du Moniteur, ils ne sont plus non plus numérotés ; il s’agit alors des « nouvelles suivantes sur la situation des armées, au [date] » reçues à Paris par l’« Impératrice-Reine et Régente ». Les « Extraits du Moniteur » proposent la plupart du temps ces « nouvelles » – certains peuvent aligner deux ou trois de ces bulletins à la suite –, mais peuvent aussi offrir en remplacement de courts ou fort longs rapports de généraux, voire des lettres de ministres accompagnant Napoléon, par exemple le 30 août et le 2 septembre 1813. Aussi compte-t-on en 1813 54 « Extraits » pour 61 « nouvelles », et en 1814 25 pour 23. Happés par l’urgence et la rapidité des opérations, Napoléon et son entourage montrent moins de goût qu’auparavant pour l’écriture et les « nouvelles » sont alors souvent plus sèches et moins circonstanciées.
[ 2] « Les bulletins ne sont pas des pièces avouées, ils doivent paraître dans le Moniteur, sans qu’on sache d’où ils viennent. » L. de Brotonne, 
[ 3] M. Martin, Les origines de la presse militaire en France à la fin de l’Ancien Régime et sous la Révolution, Paris, 1974.
[ 4] Chateaubriand cité par J. Tulard, « Napoléon le plus grand des écrivains », Magazine littéraire, n°25, janvier 1969, p. 9.
[ 5] F. Masson cité par D. N. Tomiche, Napoléon écrivain, Paris, 1952, p. 290.
[ 6] 30eBulletin, 2 décembre 1805, Austerlitz.
[ 7] D. N. Tomiche, op. cit., p. 205 sq.
[ 8] « Le soldat n’est plus que le reflet (flatteur) de son Empereur » écrit P. Roger dans « Mars au Parnasse », L’Empire des Muses, Napoléon, les Arts et les Lettres (J-C. Bonnet, dir.), Paris, 2004, p. 383.
[ 9] Cité par D. N. Tomiche, Napoléon écrivain, op. cit., p. 230.
[ 10] 30eBulletin, 2 décembre 1805, Austerlitz.
[ 11] 5eBulletin, 15 octobre 1806, Iéna.
[ 12] Ibid.
[ 13] Ibid.
[ 14] 58eBulletin, 9 février 1807, Eylau.
[ 15] 58eBulletin, 9 février 1807, Eylau.
[ 16] 63eBulletin, 28 février 1807. Quand Napoléon perd l’un ou l’autre de ses plus proches compagnons, il n’hésite pas à dire son affection et son affliction, ainsi lors de la mort du maréchal Lannes (10eBulletin, Ebersdorf, 23 mai 1809) ou du grand-maréchal Duroc (Extrait du Moniteur du 30 mai 1813, bataille de Bautzen, au soir du 22 mai).
[ 17] 6eBulletin, 18 octobre 1805, Elchingen.
[ 18] 30eBulletin, 2 décembre 1805, Austerlitz.
[ 19] 5eBulletin, 15 octobre 1806, Iéna.
[ 20] 30eBulletin, 2 décembre 1805, Austerlitz.
[ 21] 64eBulletin, 2 mars 1807, Osterode.
[ 22] Mémoires de Caulaincourt, Paris, 1933, t. II, p. 274.
[ 23] 29eBulletin, Molodetchna, 3 décembre 1812.
[ 24] A. Cabanis, La presse sous le Consulat et l’Empire, 1799-1814, Paris, 1975, p. 271.
[ 25] Cité par J. Tulard, « Napoléon et “l’arrière” » dans La Défense nationale, juin 1969, p. 1056.
[ 26] A. de Vigny, Œuvres complètes, éd. La Pléiade, t. II, p. 522.
[ 27] Archives nationales, F2 I 129, cité par J. Tulard, op. cit., p. 1054.
[ 28] Cité par A. Cabanis, op. cit., p. 273.
[ 29] Duchesse d’Abrantès, Mémoires ou Souvenirs historiques sur Napoléon, Paris, 1893.
[ 30] Cf. le tableau peint par Boilly.
[ 31] Archives nationales, F1 A 21 635, cité par J. Tulard, La Défense nationale, op. cit., p. 1055.
[ 32] C’est ce que suggère P. Roger dans son article, op. cit., p. 387.
[ 33] Metternich, Mémoires, documents et écrits divers, Paris, 1880-1884, t. II, p. 81.
[ 34] A. Cabanis, op. cit., p. 274.
[ 35] Ibid., p. 294.
[ 36] 19eBulletin, 27 octobre 1806, Charlottenbourg.
[ 37] 17eBulletin, 25 octobre 1807, Potsdam.
[ 38] J-P Bertaud, A. Forrest, A. Jourdan, Napoléon, le monde et 1’Angleterre, la guerre des mots et des images, Paris, Autrement, septembre 2004.
[ 39] A. Jourdan, Napoléon. Héros, imperator, mécène, Paris, 1998, p. 252.
[ 40] Circulaire du préfet de la Mayenne du 8 mai 1809, citée par J. Tulard, Bulletins et Proclamations de Napoléon, Paris, 1964, introduction, p. 10.
[ 41] Cité par D. N. Tomiche, op. cit., p. 204.
[ 42] Toute une littérature laïque ou religieuse – catholique, protestante ou israélite – glorifia alors les hécatombes.
En août 1805, Les Autrichiens envahissent la Bavière. Le 6 octobre, l’armée française qui franchit le Danube prend le nom de Grande Armée. Le lendemain, paraît sur une feuille in-octavo le premier Bulletin de la Grande Armée. Désormais, chaque campagne militaire s’accompagne de l’édition de bulletins. Leur rédacteur inavoué est Napoléon lui-même, « journaliste » d’un nouveau genre. Les bulletins doivent paraître dans Le Moniteur ; écrits par un militaire et un chef d’État, ils portent en eux le culte de la guerre que toute une nation longtemps pratiqua.
In August 1805, the Austrian army attacked Bavaria. Two months later, the French army, renamed the Grande Armée, crosses the Danube on its march eastwards. The same month, an official bulletin destined only for the men of the Grande Armée, begins circulation. Henceforth, these would accompany all consequent military campaigns and published in the journal, Le Moniteur. Its author, who remained unnamed, was Emperor Napoleon himself. Written by a military leader and head of State, the pamphlets’ lines bear testimony to the glorification of war pervasive in the society of the time and for years after.
Jean-Paul Bertaud « Napoléon journaliste : les bulletins de la gloire », Le Temps des médias 1/2005 (n° 4), p. 10-21.
URL : www.cairn.info/revue-le-temps-des-medias-2005-1-page-10.htm.
DOI : 10.3917/tdm.004.0010.