2008
Le Temps des Médias
Recherche-Actualités : Colloques
Colloques
Comprendre la Ve République
Claire Blandin
Colloque au Centre d’histoire de Sciences Po, 25-27 septembre 2008
Riche en commémorations de 1958, cette année 2008 s’est achevée avec un colloque organisé au Sénat et à Sciences Po qui, pour l’anniversaire de la nouvelle Constitution, proposait cinq regards historiens sur les cinquante dernières années. La quatrième de ces sessions d’une demi-journée, consacrée à l’évolution des acteurs, a fait une large place à l’histoire des médias en France.
S’interrogeant sur « la fin des intellectuels », Michel Leymarie a questionné le regard porté par les revues et les journalistes sur ces figures intellectuelles. En 1981, c’est l’hebdomadaire L’Express qui mène le débat sur le silence des intellectuels de gauche. Par la suite, Le Figaro magazine interroge régulièrement les Français sur « ceux qui pèsent sur l’opinion publique », et montre le déclin de la confiance accordée aux « intellectuels ». Les médias portent, à l’inverse, l’émergence de la figure de l’expert et des nouveaux signataires de pétitions que sont les sportifs, acteurs ou réalisateurs de cinéma.
La perspective de Laurent Martin était proche de cette recherche : face à un modèle de représentation en crise dans les pays occidentaux, une nouvelle forme de démocratie est-elle en train d’émerger ? L’interrogation peut paraître paradoxale au moment où la presse d’opinion, outil historique de la représentation, est en voie de disparition. Mais la question est bien présente dans la France contemporaine. La « démocratie d’opinion » y est vue parfois comme une pathologie, résultant du poids excessif des médias et du pouvoir de la communication. Laurent Martin préfère voir une mutation de l’identité des représentants de l’opinion, qui restent des figures nécessaires au fonctionnement démocratique.
Christian Delporte a enfin souligné la mutation radicale opérée par ces cinquante années sur le monde « des médias » : ce vocable même montre la complexification d’un paysage encore largement centré sur la presse écrite au moment du retour de De Gaulle au pouvoir. Les sphères politiques et médiatiques se sont bien sûr mutuellement influencées au cours de la période. Du fait de son rôle dans la Résistance, la presse écrite est un relais essentiel et un contre-pouvoir important pendant la IVe République. Elle n’est jamais une activité comme les autres pour de Gaulle et ses successeurs, qui répondent aux demandes d’intervention des intellectuels et des journalistes. L’Etat a en effet été sollicité pour défendre le pluralisme de la presse et empêcher les phénomènes de concentration. Les aides ont sauvé les journaux d’opinion que sont La Croix, L’Humanité ou Libération. Dans le secteur audiovisuel, l’Etat a organisé le paysage : pendant les dix années de présidence du général de Gaulle, la France passe de 12 à 70% d’équipement en téléviseurs. Marquées par la libéralisation des ondes et l’apparition d’un double secteur, les années 1980 sont ensuite décisives. Le paysage audiovisuel est dessiné par un pouvoir qui cherche à garder le contrôle sur la télévision, comme le montre l’histoire de la création de la chaîne Canal Plus. En retour, les médias ont pesé, au cours des cinquante dernières années, sur la manière de faire de la politique en France. Considérant la télévision comme un moyen de propagande, le pouvoir a dicté l’agenda médiatique pendant près de vingt-cinq ans. L’ouverture de la télévision au secteur privé et le déclin de la presse d’opinion ont ensuite changé la donne. Alors qu’un journalisme d’enquête et de révélation se développe, les hommes politiques cherchent à attirer l’attention des médias et entrent dans l’ère de la communication. C’est ce qu’internet semble confirmer aujourd’hui : les médias ne cessent de modifier les relations du public au politique.