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Le Temps des médias

2008/2 (n° 11)


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Au cours du xviie siècle, toute l’Europe est parcourue d’une vague de créations de gazettes et de journaux, que l’on ne désigne pas encore sous le nom de « presse » mais qui en possède déjà le principal attribut, la périodicité. Ce phénomène soulève la question des raisons et des modalités d’une telle diffusion, des correspondances et de leurs réseaux, de la place des créations originales et des contrefaçons, de l’émulation et des imitations créatrices, des acteurs du monde de l’information, du rôle des autorités qui freinent ou encouragent le développement du marché des nouvelles, etc. Nous réserverons à des travaux ultérieurs les tentatives de réponses à ce questionnement ample et non exhaustif et nous contenterons d’esquisser une première synthèse à partir des recherches récentes des historiens de l’information, toujours aussi peu nombreux pour la presse d’Ancien Régime, encore plus rares s’agissant du siècle qui l’a vu naître.

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On peut partir de ces quelques observations liminaires : le xviie siècle est celui de la naissance d’un espace européen de l’information, sous une forme institutionnalisée pérenne, promise à croître au siècle suivant, plus qu’à se transformer radicalement. Gazettes et journaux supplantent les correspondances privées comme sources d’information du plus grand nombre, et s’imposent comme vecteurs privilégiés de l’acculturation politique. De grandes gazettes nationales s’installent dans les Etats forts où la vie culturelle repose principalement sur le développement de l’imprimé, en France, en Angleterre, en Espagne et aux Provinces-Unies ; l’Empire et la péninsule italienne ne produisant que des périodiques au rayonnement plus limité. Car les gazettes ont vocation à dépasser les horizons de leur seul marché national et à constituer un moyen inédit de communication politique entre les peuples, pour le plus grand plaisir des gourmands de la chose imprimée, sous sa forme contradictoire et complémentaire par vocation. En mars 1684, Pierre Bayle exprime la force de cette attirance nouvelle : « […] Les Nouvellistes ont le plus grand plaisir du monde, de lire les Gazettes de différentes Nations, quoi qu’elles parlent des mêmes choses. […] C’est qu’il y a des Gazettes qui parlent plus librement que d’autres, ou qui donnent un autre tour aux choses, ou qui les accompagnent d’un plus grand nombre de circonstances » [1][1] Pierre Bayle, Préface aux Nouvelles de la République.... A l’échelle de l’Europe, un système est bel et bien en place, qui n’aura plus besoin que de la décisive « révolution postale » des années 1740-1760 pour diminuer les coûts de son acheminement et élargir sa diffusion [2][2] Gilles Feyel, « La diffusion des gazettes étrangères....

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Ce développement de la presse périodique est un fait social qui résulte de la demande d’un public acculturé à l’imprimé, bien plus que de la volonté des Etats qui tentent vainement d’en contrôler la circulation et d’en orienter la réception. Mais la justification publique alimente la curiosité et constitue une rupture irrémédiable avec le principe du secret de la chose publique ; les Mémoires de l’avocat général au Parlement de Paris Omer Talon (1595-1652) défendent le mystère des arcana imperii et le silence dont la conduite de l’Etat doit être entourée [3][3] Joël Cornette, « ‘Deux Soleils en la France’. L’événement... ; en 1650, en pleine Fronde, Gabriel Naudé fait dire à Mascurat que

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« Monsieur Renaudot est fort bon homme, & qui n’est pas fasché qu’on gagne sa vie avec luy, mais il ne pouvoit souffrir que je blamasse à tous moments sa Gazette, & que je luy attribuasse une partie des maux qui nous ont tourmentez depuis quelque temps, car elle fait les peuples trop fçavans tant en leurs propres affaires, qu’en celles de leurs voisins […] & pour moi, il ne me semble pas à propos, que la menuë populace sçache tant de nouvelles ; à quoy bon de l’informer si ponctuellement des revoltes de Naples, des seditions de Turquie, de l’horrible attentant des Anglois, & il s’en a peu fallu qu’on ne luy ait aussi raconté le détail des tumultes de Moscovie. Certes on n’auroit garde de publier des nouvelles si contagieuses à Rome, ny à Venise, parce que ces deux villes là sont bien mieux policées que celle de Paris » [4][4] Gabriel Naudé, Jugement de tout ce qui a esté imprimé....

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On ne saurait mieux exprimer l’impuissance et l’ambivalence des autorités politiques et intellectuelles devant un torrent d’informations sensibles engendrées par un siècle de guerre et de fer.

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Les guerres européennes du xviie siècle stimulaient la circulation des nouvelles, dont la régularité fut assurée par le développement des services de la poste. Ces deux éléments sont à l’origine des gazettes et ont assuré leur fortune. On rappellera pour commencer les étapes de la création du système de l’information périodique à l’échelle de l’Europe où les gazettes s’inscrivent dans un même ensemble littéraire, où le droit d’auteur n’existe pas : les modèles et les contenus circulent, suscitant emprunts fidèles ou innovants. De manière provisoire, à travers quelques exemples significatifs, nous proposerons un tableau inévitablement incomplet des multiples transferts culturels constitutifs de la presse périodique à la veille du Siècle des Lumières.

Vers une Europe de l’information

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C’est donc sous la double influence décisive des réseaux postaux et des guerres européennes que se développe dès la première décennie du xviie siècle un espace européen de nouvelles, suivant une géographie des aires culturelles, animée par la chronologie des grands bouleversements politiques européens.

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La première aire de développement de l’information périodique est l’Italie, qui demeure, tout au long du siècle, le principal foyer de l’information manuscrite. Dès la deuxième moitié du xvie siècle, la diffusion est assurée par un réseau organisé et rationnel de services postaux [5][5] Mario Infelise, « Le marché des informations à Venise.... Centrées sur les événements politico-diplomatiques dans les cours italiennes et les tensions qui les opposent à leurs voisins ottomans, les nouvelles fabriquées à Rome ou à Venise nourrissent les périodiques européens, des Nieuwe Tijdinghe de Verhoeven à Anvers [6][6] Brendan Dooley, « Les réseaux d’information à Rome..., à la Gazette de Renaudot. Entre 1647 et 1663, l’Italie fait environ 22,5% du volume de la Gazette[7][7] Stéphane Haffemayer, L’information dans la France du..., place prédominante qu’elle ne perd qu’à la fin du siècle [8][8] En 1689 par exemple, l’Italie ne fait plus que 14%....

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En Italie, toute nouvelle est marchandise, glanée dans les correspondances dévoilées par les maîtres des postes [9][9] Brendan Dooley, op. cit., p. 131. ou auprès du secrétariat des ambassades. A Venise, dans les années 1650, les nouvelles à la main que Giovanni Quorli vend aux gazetiers de Gênes et de Turin qui les impriment et les acheminent en France, se répercutent « systématiquement d’une gazette à l’autre dans toute l’Europe » [10][10] Mario Infelise, op. cit., p. 122-124.. A la fin des années 1660, chaque semaine, son officine vénitienne envoye environ 245 nouvelles à la main à une soixantaine d’abonnés figurant parmi les plus hautes personnalités laïques ou ecclésiastiques de l’Italie, de l’Allemagne ou de l’Empire, ainsi qu’à quelques hauts fonctionnaires espagnols en Italie. Souple et discret, le système de l’information manuscrite conserve son importance durant tout l’Ancien Régime, alimenté par les ateliers de scrittorri de la place Saint-Pierre ou Saint-Marc, mais aussi par les copistes ou maître-écrivains de la plupart des grandes villes européennes. Contrairement à ce qu’écrit Voltaire en 1751 dans l’Encyclopédie, les gazettes ne naissent pas à Venise.

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C’est dans l’espace allemand, où le succès populaire des calendriers et des almanachs, avant même l’invention de l’imprimerie, en préparait l’avènement, que naissent les premières gazettes imprimées [11][11] A.H. Laeven, « La réception des plus anciens périodiques... : datés de 1609, les plus anciens exemplaires conservés de la Relation aller Fürnemmen und gedenckwürdigen Historien, publiée par Johann Carolus à Strasbourg en 1605 au moins, témoignent de la mise en place de l’agencement rubrical caractéristique du genre (titre formé de la localité émettrice et de la date d’émission surplombant le texte de la nouvelle). Le recueil promet des nouvelles de l’ensemble de l’Europe centrale et occidentale (Allemagne, France, Italie, Ecosse et Angleterre, Espagne, Hongrie, Pologne, Transylvanie, Valachie, Moldavie, etc.). Pour l’année 1609, la réalité est plus modeste avec, sur quatre pages, des nouvelles de cinq à six villes par fascicule, classées suivant une logique géographique : après un « zeitung aus Köln », suivent presque invariablement Rome, Venise, Vienne, Prague, parfois La Haye, Presbourg, Bruxelles, Amsterdam [12][12] Voir les reproductions réalisées par la Bibliothèque.... Le genre suscite contrefaçons et imitations dans d’autres villes allemandes comme l’Avisa Relation oder Zeitung publiée à Augsbourg en 1609 par Lucas Schulte [13][13] Stanley Morison, « The origins of the Newspaper »,... ; d’autres villes emboîtent le pas : Wolfenbüttel (1609), Bâle (1610), Francfort (1615), Berlin (1617), Hambourg (1618), etc. D’après A.H. Laeven, les dévastations de la guerre de Trente ans sonnent le glas de cette évolution précoce de la presse politique périodique dans l’Empire et il faut attendre 1650 pour que le premier véritable journal naisse à Leipzig sous le nom d’Einkommende Zeitungen[14][14] A.H. Laeven, op. cit., p. 238..

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La guerre joue un rôle déterminant dans le développement de la presse périodique : la Guerre de Trente ans (1618-1648), la fin de la Trêve de Douze ans (1609-1621) entre l’Espagne et les Provinces-Unies, favorisent un marché de l’information nourri de l’inquiétude des pays protestants face à un catholicisme offensif : d’occasionnelles, les publications hollandaises s’installent dans un rythme hebdomadaire sous la forme de corantos qui suivent attentivement les progrès de la confrontation armée dans l’Empire et dans les Flandres. L’« honnête liberté de l’imprimerie » [15][15] Pierre Bayle, op. cit. que les autorités politiques néerlandaises accordent à la presse, entoure cette première phase de développement d’une certaine tolérance ; d’après Otto Lankhorst, les pouvoirs politiques néerlandais n’interviennent pas dans la rédaction des feuilles pour influencer l’opinion publique [16][16] Otto S. Lankhorst, « Les premiers courants hollandais.... Dans la réalité, la liberté n’est pas totale, les Etats provinciaux intervenant fréquemment contre la diffusion d’imprimés politiques comme le font les Etats de Hollande en 1587 [17][17] ibid., ainsi qu’entre 1679 et 1691 [18][18] Hans Bots, « La Gazette d’Amsterdam entre 1688 et 1699 :.... Comme en France, la diffusion de l’information imprimée dépend des règles du système du privilège, qui accorde aux courantiers un monopole municipal, qui trouve sa limite sitôt la frontière franchie [19][19] Otto S. Lankhorst, op. cit., p. 218..

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Avec sa population en pleine croissance de plus de cent mille habitants autour de 1620, Amsterdam, place permanente de commerce et d’argent [20][20] Fernand Braudel, Civilisation matérielle, économie..., est une capitale de l’information européenne dont le rayonnement est indissociable de sa prospérité économique. C’est là que le 14 juin 1618, Caspar van Hilten, « Maistre des courants du camp du Prince d’Orange », semble avoir lancé la première gazette néerlandaise, le Courante uyt Italien, Duytslandt, imprimé sur une simple feuille en format in-folio. En 1619, dans la même ville, Broer Jansz suit son exemple et publie les Tydinghen uyt versheyde quartieren, avec sa traduction française, Nouvelles de divers quartiers. En 1645, Amsterdam compte déjà neuf gazettes, dont l’une, l’Extra Europische Tydingen uyt verscheyde quartieren paraît deux fois par semaine, le lundi et le jeudi, les autres étant hebdomadaires [21][21] Otto S. Lankhorst, op. cit., p. 216.. D’autres publications sont connues par les commandes qu’en font les autorités, après celles qu’elles faisaient des nouvelles à la main : les Etats de Hollande commandent 39 exemplaires du Haarlemsche courant, 28 du Amsterdamsche courant et 31 du Leydsche courant[22][22] id., p. 217.. Le 22 avril 1619, les autorités provinciales de Gueldre décident d’interrompre à partir du 1er janvier 1620 la fourniture par Bilderbeek de journaux « venant d’ailleurs » [23][23] ibid.. Ce marché très concurrentiel est le fait des initiatives privées des libraires ou imprimeurs hollandais qui y voient une perspective de revenus réguliers ; pour les municipalités, il permet de percevoir une redevance, le recognitiegeld, qui connaît une forte augmentation au cours du siècle : à Rotterdam, la redevance passe de 50 à 800 florins au cours du siècle ; à Leyde, elle monte à plus de 8 000 florins au xviiie siècle [24][24] id., p. 218.. Mais le développement de ce projet tant intellectuel que commercial repose sur les réseaux de correspondants mis en place par les libraires.

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Partant de cette toile hollandaise, l’Angleterre développe ses premiers périodiques sur le modèle des corantos d’Amsterdam sous la forme, dans les premiers temps, de simples traductions. Les listes conservées indiquent que les premiers ont été imprimés à Amsterdam par George Veseler en 1620 et 1621 ; des Weekly news sont publiées par Nicholas Bourne et Thomas Archer à partir de 1622 : beaucoup suivent avec attention la progression des troupes de l’empereur en Europe centrale [25][25] Voir la liste qu’en donne Joseph Frank, The beginning.... Après les Provinces-Unies, l’Angleterre est le pays qui connaît le plus de publications périodiques, favorisées par une relative liberté de la presse que John Milton célèbre dans le De Areopagitica en 1644 [26][26] Sur la liberté de la presse, de John Milton, traduit....

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Un peu plus tard, la guerre entre la France et l’Espagne (1635-1659) suscite un mouvement de publications dont les ressorts sont sensiblement différents : Paris en 1631 (Gazette de Renaudot), Anvers en 1635 [27][27] Extraordinaris Post tijdinghen puis Extraordinarisse..., Bruxelles [28][28] Courier véritable des Pays-Bas, du 27 août 1649 au... et Madrid à partir de 1648, publient des feuilles plus ou moins marquées par un esprit « national ». A côté des nouvelles brèves, apparemment objectives et sans commentaire, la présentation des faits de guerre relève d’une justification partisane de la politique étrangère. Dans ce dialogue inter-périodiques, la voix du journaliste rejoint le sentiment national des lecteurs et illustre une forme de confrontation littéraire dont Renaudot prétend parfois fixer les règles chevaleresques [29][29] Voir par exemple la controverse qui l’oppose à Pierre.... La querelle de Renaudot avec la « Gazette de Bruxelles » débute dès le mois d’août 1648 [30][30] Extraordinaire du 7 août 1648. puis culmine pendant la Fronde ; cette même année, il évoque une Gazette de Madrid dont on n’a conservé aucune trace [31][31] Une Gazeta fait son apparition officielle à la fin....

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Les études comparatives sur ces gazettes nationales font défaut, mais les espaces de l’information propres à chaque gazette reflètent des orientations géostratégiques spécifiques, une « conscience » [32][32] L’expression est de Claude Labrosse dans Pierre Rétat... différenciée du territoire dont elles couvrent l’information. A Londres, les Nouvelles ordinaires de Londres, rédigées par Guillaume du Gard, ami de Milton, publiées de 1650 à 1663, sont surtout destinées à louer la politique de Cromwell. De 1650 à 1658, la géographie du périodique anglais est essentiellement orientée vers les Provinces-Unies, les Pays-Bas espagnols, l’Espagne et la France puis l’espace baltique. La place de la Méditerranée et de l’Orient y est insignifiante, de même que les nouvelles des lieux de conflits franco-espagnols [33][33] Jean-Marie Darier, La Politique extérieure de l’Angleterre.... Inversement, en dehors de la très forte attractivité culturelle et politique italienne, la France consacre l’essentiel de son information aux lieux de tension périphériques, sur les frontières du Nord et des Pyrénées. En somme, en ce milieu du xviie siècle, si les gazettes européennes embrassent l’univers comme l’affirme Voltaire dans l’Encyclopédie, elles se font surtout les tribunes politiques des nations, de manière suffisamment percutante pour éveiller de tenaces rancunes diplomatiques dont la mémoire collective garde l’écho : en 1744, d’après le « président Hénault », l’invasion de la Hollande en 1672 était à elle seule justifiée par « l’insolence de ses gazetiers » [34][34] Charles-Jean-François Henault d’Armorezan, Abrégé chronologique... ! C’est ce qu’exprime le directeur de la Librairie Lamoignon de Malesherbes à Louis XV en 1757 : les gazetiers « sont en possession de tems immémorial de recevoir de toutes mains les nouvelles, mémoires et apologies de tous les princes en sorte que la gazette est […] une espèce de tribune dans laquelle chaque puissance à son tour a le droit de plaider sa cause aux yeux du public [de toute l’Europe] » [35][35] Pierre Rétat, « Mémoire sur la gazette d’Hollande donné....

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La presse périodique européenne connaît une nouvelle accélération dans les années 1690, avec la crise de la conscience européenne dont l’une des manifestations est une forte demande publique d’informations. Pour les imprimeurs, c’est une occasion à saisir [36][36] Jeremy Popkin, in Les gazettes européennes, op. cit.,..., qui donne progressivement naissance à de solides entreprises journalistiques, non dépourvues d’esprit critique à l’égard de la domination louis-quatorzienne. A Amsterdam, Jean Tronchin Dubreuil et l’imprimeur Claude Jordan s’entendent pour faire paraître la Gazette d’Amsterdam à partir du 27 mars 1690 ; à Leyde, les Nouvelles extraordinaires de divers endroits (communément appelées gazette de Leyde), fondées par Jean Alexandre de La Font en 1679 [37][37] La gazette de Leyde commence à paraître dès 1677 sous... s’illustrent par leur résistance aux pressions du pouvoir français pendant les guerres de Louis XIV et deviennent rapidement la gazette étrangère la plus lue en France [38][38] Jeremy Popkin, News and Politics in the Age of Revolution :....

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A ces créations majeures stimulées par l’afflux de réfugiés huguenots, s’ajoute le développement du nouvellisme et la très bonne santé du marché des nouvelles à la main dont le Répertoire des Nouvelles à la main de François Moureau confirme la force montante dès les années 1680 [39][39] François Moureau, Répertoire des nouvelles à la main..... Des années 1690 date également la multiplication des lieux de réimpression locale de la Gazette : douze villes contre quatre en 1672 [40][40] Gilles Feyel, « Réimpressions et diffusion de la Gazette.... La Révocation de l’Edit de Nantes, le déclenchement de la Guerre de la Ligue d’Augsbourg en 1689, suscitent une opposition virulente à la politique extérieure de Louis XIV. De 1688 à 1695 environ, la Hollande devient le lieu de diffusion des lardons, petites gazettes virulentes à l’égard de l’agressivité française : le gouvernement surveillait à ce point le contenu de ces pièces bi-hebdomadaires d’un feuillet, que Vauban suggéra de s’employer à les battre sur leur propre terrain en formant des auteurs « anti-lardonniers » [41][41] Deux publications sont dûment titrées et s’illustrent....

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La montée en puissance de la critique publique était difficilement combattue par les autorités des nations visées. D’abord parce que chaque gazette était inéluctablement le reflet d’une interprétation idiosyncrasique « naturelle » de l’information. Ensuite parce qu’en dépit des interdictions, le marché de l’imprimé était de moins en moins contrôlable. En témoignent les tentatives de l’Etat néerlandais de resserrer son contrôle sur les gazettes : le texte de l’instruction aux courantiers de la ville d’Amsterdam de 1693 précise que ces derniers n’ont pas le droit d’insérer dans leurs feuilles des nouvelles qui pourraient être profitables aux ennemis, les informer des résolutions – même publiques - prises par l’Etat, offenser les autorités catholiques, etc. Enfin, leurs nouvelles doivent être correctes, non abusives et conformes à la vérité [42][42] Otto S. Lankhorst, op. cit., p. 219.. A Genève, le 20 avril 1694, Vincent Miège obtient le « Privilège d’imprimer et débitter les nouvelles et gazettes de France et d’Hollande, et le Mercure Historique, lesquelles avant l’impression il devra faire voir à un des Sgrs Scholarques pour examiner s’il n’y a rien de dangereux – et ce à condition qu’il les rende le lendemain à deux heures après Midy régulièrement, et en donnant deux exemplaires pour le Conseil. A quoy il a promis de satisfaire ». Malgré ces précautions, certaines publications semblent échapper à la lecture préventive des scholarques : le 10 janvier 1696, le Conseil se plaint de ce qu’il « s’imprimoit tous les mois en cette ville un petit Livre, sous le titre de Mercure Historique et Politique, où l’Autheur fait paroître beaucoup de partialité contre la France, ce qui pourroit nous attirer des affaires » [43][43] Jean-Daniel Candaux, « Batailles autour d’un privilège :.... Le 9 décembre 1702, une ordonnance des Etats de Hollande ordonne que chaque courantier de la ville doit désormais posséder une permission des magistrats de sa ville pour la publication et la vente de n’importe quelle gazette [44][44] Otto S. Lankhorst, « La Gazette de La Haye (1744-1790),..., etc.

Diffusion et circulation de la presse francophone

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Le développement de la presse européenne dont nous venons de décrire les grandes phases est un élément clé de l’instauration des relations politiques et culturelles entre les nations, à une échelle bien plus étendue que celle des correspondances privées de la République des Lettres. Internationales par vocation, elles constituent d’excellents articles d’exportation qui passent par la traduction d’extraits choisis et adaptés à un lectorat francophone : format in-quarto, caractères romains, choix thématiques [45][45] Suivant une comparaison faite par Otto LANKHORST entre.... Traduites, ces gazettes connaissent un succès qui les voue à la réimpression et à la contrefaçon.

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Au xviie siècle, le cœur du développement de la presse francophone, récemment répertoriée [46][46] Pierre Rétat, Les Gazettes européennes de la langue..., se trouve dans les Provinces-Unies. Sur les trente-six titres que compte le xviie siècle [47][47] L’ensemble des gazettes européennes de langue française..., vingt-cinq proviennent des Provinces-Unies (seize d’Amsterdam, cinq de La Haye, trois de Rotterdam, une de Leyde) ; trois viennent de Liège, deux d’Anvers, Bruxelles, Berne, Londres, Hambourg ayant également leur gazette [48][48] Deux titres n’ont aucune mention de provenance.. Dès 1620, Amsterdam diffuse le Courant d’Italie et d’Almaigne (1620-1655 ?), traduction française du Courante uyt Italien, Duytslandt[49][49] Pierre Rétat, Les Gazettes européennes de la langue... ; à Anvers, le Postillion ordinaire créé par Martin Binnart en 1639, dure probablement jusqu’en 1678 [50][50] Jacques Hellemand, « L’apparition des gazettes en Belgique :... ; dans cette même ville, Guilliam Verdussen publie une Gazette ordinaire en 1648 [51][51] idem, p. 15., etc. Après ces premières feuilles en format in-folio sur le modèle des premiers corantos hollandais, le format in-4° utilisé par la Gazette de Renaudot apparaît avec la « gazette de Bruxelles », Le Courier véritable des Pays-Bas en 1649. A Amsterdam, de 1663 à février 1687, se déploie un écheveau de gazettes françaises aux titres et à la périodicité changeants [52][52] Pierre Rétat, Les Gazettes européennes de la langue... ; il faut attendre les années 1680-1690 pour que la Hollande produise une multitude de titres durables, comme la Gazette d’Amsterdam à partir de 1691 [53][53] Pierre Rétat (dir.), La Gazette d’Amsterdam, Miroir.... Toutefois, avant le xviiie siècle où elles s’étendent à toute l’Europe, le développement des gazettes françaises reste limité à ces quelques villes : Londres (1666), Hambourg (1669), Leyde (1677), Rotterdam (1682), La Haye (1685), Liège (1688), Berne (1689) [54][54] Pierre Rétat, Les Gazettes européennes de la langue.... Contrairement aux gazettes flamandes ou néerlandaises qui n’épargnaient pas la politique française, les traductions étaient soumises à une certaine retenue, imposée par les autorités néerlandaises. L’hostilité se lisait pourtant entre les lignes et la publication de gazettes en langue française fut sporadiquement prohibée tout au long des années 1680 et 1690 [55][55] Hans Bots, op. cit., p. 32-33., ne parvenant toutefois pas à empêcher toutes les publications [56][56] D’après Folke Dahl, il y aurait à la Bibliothèque Royale....

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La Révocation de l’Edit de Nantes en 1685 entraîna, avec l’exil des huguenots dans les pays allemands, le développement d’une presse française outre-Rhin : A.H. Laeven donne l’exemple du Journal de Hambourg publié entre 1684 et 1696 par le pasteur Gabriel d’Artis et le Nouveau Journal des Sçavans dressé à Berlin, publié par le philosophe Etienne Chauvin entre 1696 et 1698 [57][57] A.H. Laeven, op. cit., p. 243.. A la faveur de l’exil, Berlin devient le centre incontesté des activités journalistiques françaises en Allemagne [58][58] Idem, p. 244.. Le mouvement connaît un réel essor après la mort de Louis XIV, à Copenhague (1719), Utrecht (1721), Avignon (1733), Cologne (1734), Stockholm (1742), Erfurt (1750) [59][59] Pierre Rétat, Les Gazettes européennes de la langue..., etc. Moins connue, la Gazette de Saint-Pétersbourg fondée en 1728 par l’Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg, version francophone des Sanktpeterbourgskijé Vedomosty[60][60] Serguei Korotkov, « Les journaux de langue française,... confirme le rayonnement de la France dans le système d’information international.

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Dans l’Encyclopédie, Voltaire jugeait sévèrement ces gazettes françaises écrites à l’étranger, estimant qu’elles « ont été rarement écrites avec pureté, et n’ont pas peu servi quelquefois à corrompre la langue ». Pourtant, celles en provenance de Hollande étaient fort appréciées par les élites françaises qui, tel Peiresc en 1633, les jugaient plus fidèles que la Gazette de Renaudot [61][61] Lettres de Peiresc, publiées par P. Tamizey de Larroque,... ; Louis XIV lui-même estimait la qualité de leur information, même si elle n’était pas toujours favorable à son gouvernement [62][62] Joseph Klaits, Printed propaganda under Louis XIV..... Vendues au Bureau d’Adresse de Renaudot en 1633 [63][63] « Treiziesme feuille du Bureau d’Adresse, du 11 août..., on les trouve sur le quai des Augustins en 1672 [64][64] Michel Morineau, Incroyables gazettes et fabuleux métaux...., avant qu’un des libraires du quai, David, n’obtienne le monopole de leur diffusion jusqu’en 1750 [65][65] idem, p. 83.. A la fin du xviie siècle, le roi les obtenait directement auprès de plusieurs libraires néerlandais comme Reinier Leers ou les frères Wetstein, qui avaient le privilège de fournir régulièrement livres, journaux et gazettes à la Bibliothèque du Roi ; à la mort de l’abbé de Louvois en 1718, le Régent autorise son successeur à la Bibliothèque du Roi, l’abbé Jean-Paul Bignon, à faire porter les balles venues de Hollande directement à la Bibliothèque, sans passer par la Chambre Syndicale, ce qui permettait d’échapper à tout contrôle [66][66] Françoise Blechet, « Quelques acquisitions hollandaises... : les gazettes qu’il commence à faire venir de Hollande à partir de 1729 sont à l’origine de la collection actuellement conservée à la Bibliothèque nationale de France [67][67] Pierre Rétat, Les gazettes européennes de la langue....

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Au xviie siècle, la seule feuille qui pouvait entrer en France par la voie officielle était la Gazette d’Amsterdam. Fortement enchérie par une taxe postale dont les bénéfices revenaient au surintendant général des postes [68][68] Louvois en est pourvu de 1668 à sa mort en 1691 : Pontchartrain..., sa lecture coûtait cher aux abonnés : 104 livres l’année en 1714 (78 livres de taxe postale plus 26 livres d’abonnement) [69][69] Gilles Feyel, op. cit., p. 85.. La rançon du succès était donc la réimpression ou la contrefaçon qui jouèrent un rôle essentiel dans la diffusion des périodiques ; dès 1605, Johann Carolus proteste dans une pétition qu’il adresse aux autorités de la Ville de Strasbourg contre les contrefaçons de sa gazette. A la fin du xviie siècle, la Gazette d’Amsterdam est réimprimée dans le sud de la France, à Avignon, Montpellier [70][70] En 1689 à Montpellier, Jean Martel, qui réimprime et..., Genève par Vincent Miège à partir de 1703, permettant de toucher la région lyonnaise [71][71] Jean-Daniel Candaux, op. cit., p. 44., à Bordeaux, La Rochelle dans les années 1750 [72][72] Gilles Feyel, « La Gazette au début de la guerre de..., etc.

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Il est très difficile de suivre les circuits de la circulation des gazettes dans l’espace européen et d’en évaluer l’ampleur ; les exemplaires de gazettes conservés dans les dépôts d’archives à l’étranger fournissent des éléments de réponse, comme ces gazettes d’Amsterdam, Leyde, Utrecht, Rotterdam conservées à la Bibliothèque nationale de la Russie à Saint-Pétersbourg [73][73] Otto Lankhorst, « La Gazette de La Haye », op. cit.,.... Comme l’a remarqué Françoise Waquet [74][74] Françoise Waquet, « De la lettre érudite au périodique..., les réseaux de la circulation des périodiques suivent en partie celle de la correspondance savante dans la République des Lettres ; celle-ci fourmille de renseignements sur la diffusion des journaux, mercures et gazettes à l’intérieur de l’espace européen. Christiane Berkvens-Stevelinck a noté que les divers correspondants de Prosper Marchand se passaient mutuellement les journaux qui les intéressaient : Mercure Suisse, Bibliothèque de Berlin passent de main en main, les lettres se faisant l’écho de tel ou article susceptible d’intéresser son interlocuteur [75][75] Cité par Christiane Berkvens-Stevelinck, « La réception....

D’une gazette à l’autre : la circulation de l’information

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La circulation des gazettes favorise emprunts, imitations créatrices, suscite une émulation dont la lecture des nouvelles rend amplement compte. L’information ayant vocation à circuler, à être traduite, adaptée à des lectorats nationaux, les gazettes étrangères constituent l’une des sources par excellence du gazetier.

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Dès les origines de la presse, l’usage s’installe de s’inspirer, pour l’actualité internationale, des feuilles de nouvelles en provenance de l’étranger : au début des années 1620, les Courante uyt Italien van Caspar van Hilten, comprennent des nouvelles provenant des gazettes allemandes [76][76] Otto S. Lankhorst, « Les premiers courants hollandais »,.... En 1688, les articles « Londres » de la Gazette reprennent avec des légères variantes le texte de la Gazette de Londres. A Amsterdam, Claude Jordan affirme ne livrer aux lecteurs que des extraits de ce que les nouvelles qui lui parviennent « contiennent de plus confidérable » [77][77] Nouveau Journal Universel, 22 novembre 1688. ; en mai 1689, il s’insurge contre les mauvais payeurs qui de surcroît « en font trafic » et à qui il se voit contraint d’interrompre ses envois [78][78] Nouveau Journal Universel, 12 mai 1689.. Hans Bots note qu’en mars 1702, les gazettes d’Amsterdam et de Leyde partageaient sans doute le même correspondant à Londres, car elles annoncent dans des termes identiques la mort de Guillaume III d’Orange [79][79] Hans Bots, « Quelques gazettes de Hollande en langue.... En 1721, José Freire Montarroyo de Mascarenhas, fondateur de la Gazeta de Lisboa en 1715, affirme que les événements portugais qu’il décrit sont reproduits dans les gazettes espagnoles, italiennes, françaises, hollandaises et anglaises [80][80] Joao Luis Lisboa, « Le statut du gazetier dans le Portugal.... Pour sa part, Jean Rousset de Missy, publiciste huguenot réfugié aux Pays-Bas, qui succède en 1719 à Madame Dunoyer à la tête de la Quintessence des nouvelles[81][81] Suzanne Van Dijk, « Réactions des collègues aux travaux..., se fonde sur la lecture des gazettes que les libraires lui fournissent gratuitement pour faire son journal. Lorsqu’elles viennent à manquer, surtout celles d’Angleterre, il est tout simplement dans l’impossibilité d’écrire [82][82] Christiane Berkvens-Stevelinck, « L’information politique.... En 1780, le Mercure suisse emprunte ses nouvelles politiques aux Gazettes de France, d’Utrecht, de La Haye ou d’Amsterdam : Daudé de Jossan y dénonce « une espèce de friponnerie faite aux abonnés » puisque ces nouvelles surannées forment une « liste de nouvelles qui ne sont plus nouvelles » [83][83] Michel Schlup, « Diffusion et lecture du Journal helvétique....

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Si la presse se nourrit en partie d’elle-même, elle suscite aussi des imitations fécondes. En 1706, Vincent Miège, l’imprimeur genevois qui réimprime deux fois par semaine la Gazette d’Amsterdam de Tronchin Dubreuil [84][84] Celle-ci consiste en un ordinaire de quatre pages in-quarto,..., innove en y ajoutant des suppléments de « nouvelles choisies » contenant un « choix de nouvelles les plus fraîches et les plus importantes » et formant en quelque sorte le « précis de toutes les gazettes à la fois » ; d’après Jean-Daniel Candaux, c’est la « première feuille genevoise de nouvelles internationales », à la faible longévité toutefois (2 avril 1708-22 décembre 1708, pour le dernier numéro connu) [85][85] Jean-Daniel Candaux, op. cit. p. 45..

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Toutefois, les imitations les plus fécondes concernent davantage la presse savante que la presse politique ; la création du Journal des savants en 1665 est saluée en ces termes par Pierre Bayle une vingtaine d’années plus tard : « […] aussi-tôt que Monsieur Sallo Conseiller au Parlement de Paris, eut fait paroître les premiers essais de ce projet au commencement de l’année 1665, plusieurs Nations en témoignerent leur joye, soit en traduisant le Journal qu’il faisoit imprimer tous les huit jours, soit en publiant quelque chose de semblable. Cette émulation s’est augmentée de plus en plus depuis ce temps là ; de sorte qu’elle s’est étenduë non seulement d’une Nation à une autre, mais aussi d’une Science à une autre Science. Les Physiciens, & les Chymistes ont publié leurs Relations particulieres : la Jurisprudence, & la Medecine ont eu leur Journal : la Musique aussi a eu le sien : les Nouvelles Galantes diversifiées par celles de Religion, de Guerre, & de Politique ont eu leur Mercure : Enfin on a vû le premier dessein de Monsieur Sallo executé presque par tout en une infinité de manières » [86][86] Pierre Bayle, op. cit. p. II..

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Le coût du port doublant le prix de son édition in-4° (5 sols), les contrefaçons paraissent dès 1665, l’une, probablement lyonnaise, l’autre, hollandaise, dissimulée derrière une adresse de Cologne. En 1666, l’imprimeur amstelodamois Daniel Elzevier en diffuse une troisième sous la signature de Pierre Le Grand [87][87] Jean-Pierre Vittu, « Diffusion et réception du Journal.... Ces exemplaires suscitent une vague de contrefaçons en chaîne qui touche toute l’Europe du Nord-Ouest et n’épargne pas même le marché parisien [88][88] Ibidem.. La modération du coût méritait bien l’allongement des délais : en mars 1684, Pierre Bayle écrit qu’on ne connaît pas encore en Hollande le Journal des Savants de 1683 qui n’est toujours pas sorti des presses d’Amsterdam [89][89] Pierre Bayle, op. cit., p. 10.. En 1677, les contrefaçons sont à ce point répandues que son nouveau directeur, l’abbé de La Roque envisage d’en publier une édition in-12° à Francfort qui permettrait de réduire les frais d’expédition. De 1678 à 1686, il tente également d’en donner une petite édition in-12 [90][90] Jean-Pierre Vittu, « Les contrefaçons du Journal des....

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C’est cette forme du Journal des savants qui inspira directement les libraires hollandais pour le lancement de plusieurs journaux littéraires, avec un ton plus libre ; à Amsterdam, le libraire huguenot Henry Desbordes charge le médecin Nicolas de Blegny de rédiger un Mercure savant[91][91] Otto S. Lankhorst, « Le rôle des libraire-imprimeurs... ; d’autres libraires amstelodamois parfois organisés en compagnie publient la Bibliothèque universelle et historique (1686-1693), l’Histoire des ouvrages des savants par Henry Basnage de Beauval (1687-1709). A Leipzig, il faut également mentionner les Acta Eruditorum dont Bayle vante la qualité : « Il n’y a que peu de jours que les Acta Eruditorum, que l’on publie tous les mois à Leipzig, me sont tombez entre les mains. J’ai trouvé qu’ils surpassent la grande réputation qu’ils se sont acquise, & ils m’ont paru si judicieux, si exacts, si diversifiez, que je ne comprens pas comment j’ose après cela me mêler d’un semblable ouvrage » [92][92] Pierre Bayle, op. cit., p. 9.. Le genre est donc désormais bien établi : lorsqu’il lance ses Nouvelles de la République des Lettres en mars 1684, Bayle ne juge pas nécessaire d’expliquer sa manière, « parce qu’elle est assez conforme au plan des Journaux, qui se font dans les autres parties du Monde, & que tous les Curieux connoissent déjà » [93][93] Idem, p. 8..

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A leur tour, ces journaux gagnent rapidement la France, concurrencent les publications françaises et provoquent leur désaffection mais, pour la République des Lettres, un système européen des périodiques savants s’est mis en place [94][94] Jean-Pierre Vittu, « Du Journal des savants aux mémoires.... Pour les libraires, ces entreprises à la fois intellectuelles et commerciales sont un moyen privilégié de faire la publicité de leurs propres publications. Les périodiques néerlandais jouent ainsi leur partition dans la diffusion du livre [95][95] Hans Bots, « Le rôle des périodiques néerlandais pour....

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Dans les transferts culturels qui se jouent au sein de la presse européenne du xviie siècle, la trajectoire des intermédiaires culturels, libraires, imprimeurs ou polygraphes, confirme ce que l’on a vu de la géographie des espaces de développement. L’importance des réseaux de correspondants mis en place par les libraires néerlandais est déterminante dans le développement et la réussite d’une entreprise de presse. La qualité de ceux du genevois Jean Tronchin Dubreuil (1641-1721), dont la famille reste privilégiée de la Gazette d’Amsterdam de 1691 à 1795, lui permettait de différencier un marché secret et public de l’information. Ce financier installé à Lyon, qui avait le soutien de Colbert, se réfugie à Amsterdam en 1688 où il devient un informateur apprécié grâce à ses connaissances de l’administration et de la cour de Versailles et à ses correspondants parisiens ou londoniens [96][96] Eric Briggs, « La famille Tronchin et Jean Tronchin.... En 1694, les Etats de Hollande lui accordent une pension annuelle de 400 florins pour ses services secrets d’informateur [97][97] Idem, p. 94.. Son rôle dans la mobilisation anti-française orchestrée par les « coquins d’Amsterdam » était bien connu des diplomates français qui scrutaient les réactions populaires en Hollande : en 1712, Jean-François Leriguet, sieur de la Faye, secrétaire des plénipotentiaires français à Utrecht traduit l’importance de la voix du journaliste, ainsi que ses difficultés en temps de guerre : « […] car de quelque façon que Dubreuil leur tourne Denain, Marchiennes, Douai, [Le] Quesnoy et Bouchain chancelant, je le défie d’en faire un bon compte aux Hollandais » [98][98] Lettre de La Faye, 21 septembre 1712, Archives des.... La plume des journalistes huguenots réfugiés dans les Provinces-Unies était redoutable pour la réputation de la politique louis-quatorzienne : les Mémoires de Saint-Simon confirment à quel point les gazettes de Hollande, nourries de la plume de pamphlétaires en exil, étaient redoutées de Louis XIV…

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L’un d’eux, Gatien de Courtilz de Sandras (1644-1712), premier rédacteur du prestigieux Mercure historique et politique[99][99] D’après Jean-Daniel Candaux, la Bibliothèque de Genève... publié à La Haye, à partir de 1686, est un polygraphe fécond, dénonciateur inlassable des agressions d’un « roi ambitieux qui voudroit s’assujettir tous les Etats de l’Europe » [100][100] Le vrai intérêt des princes chrétiens opposé aux faux.... Dans l’Avis au lecteur du premier numéro du Mercure, il écrit qu’il « n’y a rien après quoi nous courions avec plus d’avidité qu’après les Nouvelles » ; il promet une information objective qui exclue les tromperies que l’on trouve dans le Mercure Galant et les autres journaux français [101][101] Hans Bots, « Quelques gazettes de Hollande en langue...

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Le temps n’est pas encore venu pour la France de laisser se développer le système des permissions tacites qui permet, au siècle suivant, de laisser revenir au pays les journalistes exilés ; le cas de Claude Jordan (1659-1727) montre néanmoins les limites de la liberté hollandaise. Ce tenace imprimeur et rédacteur de gazettes françaises, citoyen de Leyde le 7 janvier 1686, s’était associé avec Jean Alexandre de La Font pour rédiger la gazette de Leyde de 1685 ou 1686 à 1688 [102][102] Jean Sgard, Dictionnaire des journaux, op. cit, notice.... Durant le même temps, il avait obtenu, le 10 juillet 1686, un privilège des autorités d’Amsterdam pour l’édition d’un mensuel, l’Histoire abrégée de l’Europe, parue de juillet 1686 à décembre 1688 [103][103] idem, notice n°599.. A partir du 16 novembre 1688, il fonde une véritable gazette, le Nouveau Journal Universel, qui paraît deux fois par semaine jusqu’au 23 mars 1690, où elle prend le titre de Gazette d’Amsterdam sous la direction de Jean Tronchin Dubreuil [104][104] idem, notice 837. - la publication en est annoncée dans la gazette de Leyde du 16 novembre, dont il essaie de reprendre les lecteurs [105][105] Hans Bots, « La Gazette d’Amsterdam », op. cit., p... : d’après Hans Bots, elle est probablement la seule gazette néerlandaise en langue française à paraître en 1689, en dépit des interdictions [106][106] idem, p. 34.. Sa citation à comparaître, le 8 mai 1691 devant la police d’Amsterdam [107][107] Idem, p. 36. a dû entraîner l’arrêt de cette feuille amstelodamoise [108][108] Afin de contourner l’interdiction renouvelée des Etats... et le motiva probablement à rentrer en France où il publie chez Nicolas le Gras à Paris les Voyages historiques de l’Europe entre 1693 et 1700 [109][109] Hans Bots, « La Gazette d’Amsterdam », op. cit., p.... De 1705 à 1714, il collabore à la rédaction d’un mensuel, La clef du cabinet des princes de l’Europe, imprimé par André Chevalier à Luxembourg [110][110] Jean Sgard, Dictionnaire des journaux, op. cit., notice.... En 1713, aidé par l’abbé Bignon et le marquis de Torcy, il rédige deux volumes d’un Supplément de la Cef ou Journal historique sur les matières du temps[111][111] idem, notice n°1240., sorte de chronique complète des événements survenus depuis la paix de Ryswick. Il affirme pour cela avoir renouvelé ses contacts et rassemblé des pièces authentiques qu’il s’engage à reproduire. En 1717, il publie à Paris cette la Suite de la clef… Sa ténacité éditoriale confirme qu’il avait tissé depuis des années un solide réseau de correspondances pour ses gazettes françaises.

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En 1853, Eugène Hatin jugeait que la presse d’Ancien Régime ne « fut d’abord qu’un humble ruisseau, qui, jusqu’en 1789, coula sans grand bruit et presque inaperçu » [112][112] HATIN (Eugène), édition, p. 2.. En juillet 1686, l’auteur de l’Histoire abrégée de l’Europe justifie sa publication par le fait qu’il y a déjà tant de journaux, périodiques et feuilles volantes qui paraissent en Europe qu’il n’est plus possible de lire tout ce qui paraît [113][113] Jean Sgard, Dictionnaire des journaux, op. cit., notice.... En 1689, Bayle estime que les lettres des particuliers ne contiennent rien de bien considérable qui ne soit déjà dans les gazettes de Hollande [114][114] Pierre Bayle, Lettre à J. Lenfant à Berlin du 13 janvier.... Voltaire au début des années 1770 écrit que Londres a plus de douze gazettes par semaine. Rousset de Missy évoque les « 28 gazettes qu’on lit par semaine dans les cafés de La Haye » [115][115] Christiane Berkvens-Stevelinck, « L’information politique »,..., etc. Le xviie siècle a bien vu naître un système à l’échelle de l’Europe qui ne fonctionne que grâce à des réseaux de circulation et d’échanges de nouvelles. Cette présentation concerne surtout les liens, les plus évidents, entre publications francophones ; la géographie des circuits, la traduction, la transformation et l’adaptation des nouvelles des gazettes étrangères à d’autres réalités nationales reste à entreprendre.

Notes

[1]

Pierre Bayle, Préface aux Nouvelles de la République des Lettres, Tome 1 (mars 1684-1685), Slatkine reprint, Genève, 1966, p. 10.

[2]

Gilles Feyel, « La diffusion des gazettes étrangères en France et la révolution postale des années 1750 », in Henri Duranton, Pierre Rétat, (dir.), Les gazettes européennes de langue française, Presses universitaires de Saint-Etienne, 1993, pp. 81-98.

[3]

Joël Cornette, « ‘Deux Soleils en la France’. L’événement dans la théorie et la pratique de l’Etat royal au temps de Pierre de Bérulle et de Gabriel Naudé », dans Serge Bernstein, Pierre Milza (dir.), Axes et méthodes de l’histoire politique, Paris, PUF, 1998, pp. 163-200. Voir également André Burguière et Jacques Revel (dir.), L’Etat et les pouvoirs, Histoire de France, Paris, 1989, p. 268.

[4]

Gabriel Naudé, Jugement de tout ce qui a esté imprimé contre le Cardinal Mazarin depuis le sixiéme Janvier, jusques à la Declaration du Premier Avril mil six cens quarante neuf, p. 380.

[5]

Mario Infelise, « Le marché des informations à Venise au xviie siècle », in Henri Duranton et Pierre Rétat (dir.), Gazette et information politique sous l’Ancien Régime, Publications de l’Université de Saint-Etienne, 1999, p. 117.

[6]

Brendan Dooley, « Les réseaux d’information à Rome au xviie siècle », in Gazette et information politique sous l’Ancien Régime, op. cit., p. 135.

[7]

Stéphane Haffemayer, L’information dans la France du xviie siècle : la Gazette de Renaudot de 1647 à 1663, Paris, Honoré Champion, 2002, p. 51. Le calcul est alors fondé sur le nombre de lignes.

[8]

En 1689 par exemple, l’Italie ne fait plus que 14% du volume de l’information de la Gazette, contre 33,8% pour l’Empire et 25,8% pour l’Angleterre. Ces calculs sont établis grâce à l’instrumentation électronique du texte de la Gazette.

Cf. http:// www. unicaen. fr/ gazettes

[9]

Brendan Dooley, op. cit., p. 131.

[10]

Mario Infelise, op. cit., p. 122-124.

[11]

A.H. Laeven, « La réception des plus anciens périodiques de langue française dans les pays allemands », in Hans Bots (dir.), La diffusion et la lecture des journaux de langue française sous l’Ancien Régime, Actes du colloque international, Nimègue, 3-5 juin 1987, APA, Amsterdam & Maarssen, Holland University Press, 1988, pp. 237-247.

[12]

Voir les reproductions réalisées par la Bibliothèque de l’Université de Heidelberg : http:// digi. ub. uni-heidelberg. de/ diglit/ relation1609/ 0001

[13]

Stanley Morison, « The origins of the Newspaper », in David McKitterick (dir.), Selected Essays on the History of Letter-Forms in Manuscript and Print, Cambridge/Londres, Cambridge University Press, 1981.

[14]

A.H. Laeven, op. cit., p. 238.

[15]

Pierre Bayle, op. cit.

[16]

Otto S. Lankhorst, « Les premiers courants hollandais et les autorités politiques », in Gazette et information politique sous l’Ancien Régime, op. cit., p. 218.

[17]

ibid.

[18]

Hans Bots, « La Gazette d’Amsterdam entre 1688 et 1699 : Titres, éditeurs, privilèges et interdictions », in Les gazettes européennes de langue française, op. cit., p. 32-33.

[19]

Otto S. Lankhorst, op. cit., p. 218.

[20]

Fernand Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, xve-xviiie siècle, tome 2, « Les jeux de l’échange », p. 73.

[21]

Otto S. Lankhorst, op. cit., p. 216.

[22]

id., p. 217.

[23]

ibid.

[24]

id., p. 218.

[25]

Voir la liste qu’en donne Joseph Frank, The beginning of the English Newspapers (1620-1660), Cambridge, Harvard University Press, 1961, p. 17-18.

[26]

Sur la liberté de la presse, de John Milton, traduit de l’anglais par le comte de Mirabeau, publié à Londres, 1788, p. 54.

[27]

Extraordinaris Post tijdinghen puis Extraordinarisse Post Tijdinghe de Guilliam Verdussen, de 1635 à 1695 et Den ordinarissen Postilloen de Martin Binnart en 1635. Cf. Jacques Hellemans, « L’apparition des gazettes en Belgique : le Postillon ordinaire, la Récite et le Cour (r)ier véritable des Pays-Bas », in Les gazettes européennes de langue française, op. cit., p. 13.

[28]

Courier véritable des Pays-Bas, du 27 août 1649 au 7 mai 1650, qui prend le nom de Relations véritables, du 14 mai 1650 à 1741, imprimé par Jean Mommaert fils, imprimeur des Etats du Brabant. Cf. Catalogue collectif des Périodiques, Paris, Bibliothèque Nationale, 1973, tome II, p. 303 (BN, MP 1151 ; G 4393. G 4394). Voir également, Les gazettes européennes…, op. cit., p. 337.

[29]

Voir par exemple la controverse qui l’oppose à Pierre Hugonet dans l’Extraordinaire du 19 mai 1651.

[30]

Extraordinaire du 7 août 1648.

[31]

Une Gazeta fait son apparition officielle à la fin de décembre 1660 et il faut attendre avril 1697 pour qu’apparaisse officiellement une Gaceta de Madrid. Cf. l’image du numéro 1 sur :

http:// www. boe. es/ imagenes/ nav_sec/ que_boe/ g1660. gif et l’image du numéro 2 sur http:// www. boe. es/ imagenes/ nav_sec/ que_boe/ g1697b. gif

[32]

L’expression est de Claude Labrosse dans Pierre Rétat (dir.), Le journalisme d’Ancien Régime, Presses universitaires de Lyon, 1982, p. 396.

[33]

Jean-Marie Darier, La Politique extérieure de l’Angleterre de Cromwell à travers les « Nouvelles Ordinaires de Londres », thèse pour le doctorat en histoire, soutenue à Grenoble en janvier 1997, 3 vol., multigraphiée, pp. 75-77.

[34]

Charles-Jean-François Henault d’Armorezan, Abrégé chronologique de l’Histoire de France, Paris, 1744, p. 349. Cité par François Moureau, « Journaux et journalistes dans la comédie française des xviie et xviiie siècles », in La diffusion et la lecture des journaux de langue française sous l’Ancien Régime, op. cit., p. 154.

[35]

Pierre Rétat, « Mémoire sur la gazette d’Hollande donné à M. le chancelier au mois de mars 1757 », in Les Gazettes européennes, op. cit., p. 323.

[36]

Jeremy Popkin, in Les gazettes européennes, op. cit., p. 76.

[37]

La gazette de Leyde commence à paraître dès 1677 sous le nom de traduction libre des gazettes flamandes et autres. Cf. Jean Sgard, Dictionnaire des journaux, (1600-1789), Paris, Universitas, 1991, notice n°514.

[38]

Jeremy Popkin, News and Politics in the Age of Revolution : Jean Luzac’s Gazette de Leyde, Ithaca, Cornelle University Press, 1989. Voir http:// gazettes18e. ish-lyon. cnrs. fr/ ? node= presentation_leyde

[39]

François Moureau, Répertoire des nouvelles à la main. Dictionnaire de la presse manuscrite clandestine, xviexviiie siècle, Oxford, Voltaire Foundation, 1999.

[40]

Gilles Feyel, « Réimpressions et diffusion de la Gazette dans les provinces : 1631-1752 », in Pierre Rétat (dir.), Le journalisme d’Ancien Régime. Questions et propositions. Table ronde CNRS, 12-13 juin 1981. Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1982, pp. 73-75.

[41]

Deux publications sont dûment titrées et s’illustrent par la vigueur de leur critique anti-française : L’Olipodrigo des nouvelles (1690) et La Quintessence des nouvelles (1689-1740), à l’étonnante longévité. Cf. Chloé Baril, « Situation politique des lardons hollandais », in Gazette et information politique sous l’Ancien Régime, op. cit., p. 137.

[42]

Otto S. Lankhorst, op. cit., p. 219.

[43]

Jean-Daniel Candaux, « Batailles autour d’un privilège : la réimpression genevoise des gazettes de Hollande », in Les gazettes européennes de langue française, op. cit., p. 42-43.

[44]

Otto S. Lankhorst, « La Gazette de La Haye (1744-1790), cadette des premières gazettes néerlandaises », in Les gazettes européennes de langue française, op. cit., p. 59.

[45]

Suivant une comparaison faite par Otto LANKHORST entre le ‘s-Gravenhaegsche courant et la Gazette de La Haye qui en est l’émanation : cf. Otto LANKHORST, « La Gazette de La Haye », op. cit., p. 61.

[46]

Pierre Rétat, Les Gazettes européennes de la langue française. Répertoire, Bibliothèque nationale de France, 2002, 77 p.

[47]

L’ensemble des gazettes européennes de langue française compte 80 titres entre 1620 et 1789.

[48]

Deux titres n’ont aucune mention de provenance.

[49]

Pierre Rétat, Les Gazettes européennes de la langue française. Répertoire, op. cit., p. 23.

[50]

Jacques Hellemand, « L’apparition des gazettes en Belgique : le Postillon ordinaire, la Récite et le Courier véritable des Pays-Bas », in Les Gazettes européennes, op. cit., p. 16.

[51]

idem, p. 15.

[52]

Pierre Rétat, Les Gazettes européennes de la langue française. Répertoire, op. cit., p. 28.

[53]

Pierre Rétat (dir.), La Gazette d’Amsterdam, Miroir de l’Europe au xviiie siècle, Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, 2001.

[54]

Pierre Rétat, Les Gazettes européennes de la langue française. Répertoire, op. cit., p. 21.

[55]

Hans Bots, op. cit., p. 32-33.

[56]

D’après Folke Dahl, il y aurait à la Bibliothèque Royale de Stockholm quelques numéros d’une gazette française entre le 18 mars 1683 et le 13 août 1688, malgré les interdictions. Cité par Hans Bots, op. cit., p. 32.

[57]

A.H. Laeven, op. cit., p. 243.

[58]

Idem, p. 244.

[59]

Pierre Rétat, Les Gazettes européennes de la langue française. Répertoire, op. cit., p. 21.

[60]

Serguei Korotkov, « Les journaux de langue française, sources d’information des “Nouvelles de Saint-Pétersbourg” », in Gazette et information politique sous l’Ancien Régime, Saint-Etienne, 1999, pp. 49-56.

[61]

Lettres de Peiresc, publiées par P. Tamizey de Larroque, Paris, 1888-1898, tome II, p. 620. Cité par Gilles Feyel, « La diffusion des gazettes étrangères en France et la révolution postale des années 1750 », in Les gazettes européennes de langue française, Presses universitaires de Saint-Etienne, 1993, p. 82.

[62]

Joseph Klaits, Printed propaganda under Louis XIV. Absolute monarchy and public opinion, Princeton, Princeton University Press, 1976, pp. 20-23.

[63]

« Treiziesme feuille du Bureau d’Adresse, du 11 août 1633 ». Cité par Gilles Feyel, L’annonce et la nouvelle. La presse d’information en France sous l’Ancien Régime (1630-1788), Oxford, Voltaire Foundation, 2000, p. 51.

[64]

Michel Morineau, Incroyables gazettes et fabuleux métaux. Les retours des trésors américains d’après les gazettes hollandaises (xvie-xviiie siècles), Paris, 1984. Cité par Gilles Feyel, « La diffusion des gazettes étrangères en France », op. cit., p. 82.

[65]

idem, p. 83.

[66]

Françoise Blechet, « Quelques acquisitions hollandaises de la Bibliothèque du Roi (1668-1735) », in Christiane Berkvens-Stevelinck, Bots (H.), Hoftijzer (P.-G.), Lankhorst (O.S.) (dir.), Le Magasin de l’Univers. The Dutch Republic as the centre of the European book trade, Leyde-Boston, E.J. Brill, 1992, p. 34.

[67]

Pierre Rétat, Les gazettes européennes de la langue française. Répertoire, op. cit., p. 12.

[68]

Louvois en est pourvu de 1668 à sa mort en 1691 : Pontchartrain estime les revenus de cette charge à deux millions de livres par an. Cf. André Corvisier, Louvois, Paris, Fayard, 1983, p. 235-236.

[69]

Gilles Feyel, op. cit., p. 85.

[70]

En 1689 à Montpellier, Jean Martel, qui réimprime et vend la Gazette, signale à plusieurs reprises qu’il donne à lire dans sa boutique la « Gazette de Hollande » deux fois par semaine, moyennant deux sols à chaque lecture, le vendredi et le dimanche après-midi. Cf. réimpression lyonnaise de la Gazette du 4 juin 1689 conservée à la Bibliothèque municipale de Grenoble (cote F 18 901).

[71]

Jean-Daniel Candaux, op. cit., p. 44.

[72]

Gilles Feyel, « La Gazette au début de la guerre de Sept Ans : son administration, sa diffusion (1751-1758) », in La diffusion et la lecture des journaux de langue française sous l’Ancien Régime, op. cit., p. 101. Cf. également le Mémoire sur la Gazette de Hollande, ouvr. cité., p. 321.

[73]

Otto Lankhorst, « La Gazette de La Haye », op. cit., p. 57.

[74]

Françoise Waquet, « De la lettre érudite au périodique savant : les faux semblants d’une mutation culturelle », Revue xviie siècle, n°35, (1983), pp. 347-359.

[75]

Cité par Christiane Berkvens-Stevelinck, « La réception des journaux dans la correspondance de Prosper Marchand », in La diffusion et la lecture des journaux de langue française sous l’Ancien Régime, op. cit., p. 130.

[76]

Otto S. Lankhorst, « Les premiers courants hollandais », op. cit., p. 216.

[77]

Nouveau Journal Universel, 22 novembre 1688.

[78]

Nouveau Journal Universel, 12 mai 1689.

[79]

Hans Bots, « Quelques gazettes de Hollande en langue française et le Mercure Historique et politique : une analyse comparative », in Gazette et information politique sous l’Ancien Régime, Saint-Etienne, 1999, p. 164.

[80]

Joao Luis Lisboa, « Le statut du gazetier dans le Portugal de la première moitié du xviiie siècle », in Gazette et information politique sous l’Ancien Régime, op. cit., p. 83.

[81]

Suzanne Van Dijk, « Réactions des collègues aux travaux de quelques journalistes femmes », in La diffusion et la lecture des journaux de langue française sous l’Ancien Régime, op. cit., p. 219.

[82]

Christiane Berkvens-Stevelinck, « L’information politique dans les journaux de Rousset de Missy », in Gazette et information politique sous l’Ancien Régime, op. cit., p. 101.

[83]

Michel Schlup, « Diffusion et lecture du Journal helvétique au temps de la Société typographique de Neuchâtel, 1769-1782 », in La diffusion et la lecture des journaux de langue française sous l’Ancien Régime, op. cit., p. 69.

[84]

Celle-ci consiste en un ordinaire de quatre pages in-quarto, accompagné d’un feuillet de « Nouvelles extraordinaires » au format in-fol° imprimé d’un seul côté. Début 1705, cet extraordinaire est ramené au format in-quarto et imprimé des deux côtés, compte parfois quatre pages et prend le titre de « Suite des nouvelles ». Cité par Jean-Daniel Candaux, « Batailles autour d’un privilège : la réimpression genevoise des gazettes de Hollande », in Les Gazettes européennes de langue française, op. cit., p. 45.

[85]

Jean-Daniel Candaux, op. cit. p. 45.

[86]

Pierre Bayle, op. cit. p. II.

[87]

Jean-Pierre Vittu, « Diffusion et réception du Journal des savants de 1665 à 1714 », in La diffusion et la lecture des journaux de langue française sous l’Ancien Régime, op. cit., p. 169.

[88]

Ibidem.

[89]

Pierre Bayle, op. cit., p. 10.

[90]

Jean-Pierre Vittu, « Les contrefaçons du Journal des savants de 1665 à 1714 », in Les Presses grises, la contrefaçon du livre (xvie-xixe siècles), éd. François Moureau, Paris, 1988, pp. 303-331.

[91]

Otto S. Lankhorst, « Le rôle des libraire-imprimeurs néerlandais dans l’édition des journaux littéraires de langue française (1684-1750) », in La Diffusion et la lecture des journaux de langue française sous l’Ancien Régime, op. cit., p. 2.

[92]

Pierre Bayle, op. cit., p. 9.

[93]

Idem, p. 8.

[94]

Jean-Pierre Vittu, « Du Journal des savants aux mémoires pour l’histoire des sciences et des beaux-arts : l’esquisse d’un système européen des périodiques savants », Revue xviie siècle, n°228, mars 2005, pp. 527-545.

[95]

Hans Bots, « Le rôle des périodiques néerlandais pour la diffusion du livre (1684-1747) », in Berkvens-Stevelinck (C.) et al., op. cit., p. 49-70.

[96]

Eric Briggs, « La famille Tronchin et Jean Tronchin du Breuil, gazetier », in Gazette et information politique sous l’Ancien Régime, op. cit., p. 87-96.

[97]

Idem, p. 94.

[98]

Lettre de La Faye, 21 septembre 1712, Archives des Affaires Etrangères, Correspondance Politique, Hollande, 237, fol° 181-182. Cité par Lucien Bely, Espions et ambassadeurs au temps de Louis XIV, Paris, Fayard, 1990, p. 526.

[99]

D’après Jean-Daniel Candaux, la Bibliothèque de Genève en conserve une collection presque complète. Voir Jean-Daniel Candaux, op. cit., p. 44.

[100]

Le vrai intérêt des princes chrétiens opposé aux faux intérêts qui ont été depuis peu mis en lumière. Traité qui représente au vrai l’intérêt que les princes chrétiens ont à s’opposer aux prétentions d’un roi ambitieux qui voudroit s’assujettir tous les Etats de l’Europe, Cologne, Pierre Marteau, 1686, in 12°, 84 p. Rééd. Strasbourg, 1686, 1688, 1689, 1692, in 12°, 202 p.

[101]

Hans Bots, « Quelques gazettes de Hollande en langue française et le Mercure Historique et politique : une analyse comparative », in Gazette et information politique sous l’Ancien Régime, op. cit., p. 161.

[102]

Jean Sgard, Dictionnaire des journaux, op. cit, notice n°514.

[103]

idem, notice n°599.

[104]

idem, notice 837.

[105]

Hans Bots, « La Gazette d’Amsterdam », op. cit., p. 33.

[106]

idem, p. 34.

[107]

Idem, p. 36.

[108]

Afin de contourner l’interdiction renouvelée des Etats de Hollande de publier des gazettes en langue française, il la publie alors sous le titre d’Histoire abrégée de l’Europe.

[109]

Hans Bots, « La Gazette d’Amsterdam », op. cit., p. 36.

[110]

Jean Sgard, Dictionnaire des journaux, op. cit., notice n°214.

[111]

idem, notice n°1240.

[112]

HATIN (Eugène), édition, p. 2.

[113]

Jean Sgard, Dictionnaire des journaux, op. cit., notice n°599.

[114]

Pierre Bayle, Lettre à J. Lenfant à Berlin du 13 janvier 1689.

[115]

Christiane Berkvens-Stevelinck, « L’information politique », op. cit., p. 101.

Résumé

Français

La multiplication des gazettes au xviie siècle participe à la création d’un espace culturel européen cohérent grâce aux transferts des nouvelles d’une publication à l’autre. Alimentées par les conflits sur le continent, ces publications périodiques s’imposèrent dans toute l’Europe et contribuèrent à l’influence d’Amsterdam.

English

The proliferation of print publications during the 17th century plays a part in the creation of a coherent cultural space in Europe, through the transfer of information between newspapers. Fueled by conflicts on the continent, these periodicals established themselves throughout Europe and contributed to the influence of Amsterdam.

Plan de l'article

  1. Vers une Europe de l’information
  2. Diffusion et circulation de la presse francophone
  3. D’une gazette à l’autre : la circulation de l’information

Pour citer cet article

Haffemayer Stéphane, « Transferts culturels dans la presse européenne au xviie siècle », Le Temps des médias, 2/2008 (n° 11), p. 25-43.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-temps-des-medias-2008-2-page-25.htm
DOI : 10.3917/tdm.011.0025


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