Le travail humain
P.U.F.

I.S.B.N.2130515894
96 pages

p. 61 à 89
doi: en cours

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Volume 64 2001/1

2001 Le travail humain

La formation en entreprise comme dispositif de socialisation organisationnelle : enquête dans le secteur bancaire

N. Delobbe C. Vandenberghe Université catholique de Louvain, Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation, Unité de psychologie du travail et des organisations, place Cardinal-Mercier 10, 1348 Louvain-la-Neuve, Belgique. E-mail: delobbe@ ergo. ucl. ac. be.
This study examined the respective contribution of four training devices, namely formal courses, mentoring, self-learning devices and job rotation in different departments, to the newcomers’ socialization process. Both objective indicators of training intensity (for instance, number of days of formal courses) and newcomers’ subjective appraisal of training were considered. The socialization outcomes measured in this study were (a) attitudinal variables such as job satisfaction, organizational commitment and intent to stay, and (b) the relative fit between newcomers’perceptions of organizational culture and those reported by tenured managers of the firm (i.e., person-culture fit). The survey was conducted in four Belgian banks including a total of 201 newcomers and a representative sample of 247 tenured managers. Hierarchical regressions revealed that training intensity, whatever the device, didn’t explain a significant amount of variance in job satisfaction, in organizational commitment and intent to stay. On the other hand, training devices had no effect per se on person-culture fit. In fact, more than the objective intensity of training, it appears that it is primarily newcomers’ subjective appraisal of training that explains socialization outcomes. Keywords : Organizational Socialization, Training, Organizational Culture, Work Adjustment, Acculturation. Cette étude a examiné le rôle joué par les cours formels, le tutorat, les stages dans différents services et les supports d’auto-apprentissage dans la socialisation organisationnelle de jeunes recrues. Les données, recueillies auprès de 201 nouvelles recrues du secteur bancaire, révèlent que l’intensité objective du recours à ces quatre dispositifs de formation ne contribue pas à assurer l’adhésion affective des recrues à leur entreprise et leur acculturation aux normes ambiantes. À l’inverse, l’appréciation subjective que les recrues portent sur la formation reçue explique une part significative de la variance de la satisfaction au travail, de l’implication affective et de l’intention de rester dans l’entreprise. Enfin, l’évaluation subjective quant à l’acquisition de connaissances est la seule facette du processus de formation à influencer l’acculturation aux normes comportementales en vigueur dans l’entreprise. Mots-clés : Socialisation organisationnelle, Formation, Culture organisationnelle, Ajustement au travail, Acculturation.
 
I. INTRODUCTION
 
 
Sans conteste, les programmes internes de formation constituent des lieux privilégiés d’intégration des nouveaux engagés, largement utilisés au sein des entreprises (Anderson, Cunningham-Snell, & Haigh, 1996 ; St. John, 1980). Défini comme l’ensemble des dispositifs formels qu’une entreprise utilise pour faciliter l’apprentissage des connaissances, aptitudes et comportements nécessaires à l’exercice de la tâche (Feldman, 1989), le concept de formation tend à recouvrir des acceptions de plus en plus larges. En effet, à côté de la traditionnelle formule des cours et sessions formelles, ce concept inclut aujourd’hui les supports multimédia d’auto-apprentissage, les diverses formes de guidance individuelle, telles que le mentoring, le coaching ou le tutorat, ou encore des dispositifs misant sur la valeur formative des situations de travail elles-mêmes. En outre, ces formes diversifiées de formation poursuivent dans bien des cas des objectifs implicites plus larges que la stricte préparation à la tâche, visant notamment l’initiation aux normes organisationnelles ambiantes et le renforcement de la loyauté et de l’implication à l’égard de l’entreprise. Toutefois, très rares sont les travaux empiriques qui se sont penchés sur les répercussions potentielles de ces diverses formes de formation dans le processus de socialisation organisationnelle (Feldman, 1989 ; Tannenbaum, Mathieu, Salas, & Cannon-Bowers, 1991). En ce sens, l’objectif de cette étude est d’analyser, dans le cadre de l’entrée de jeunes recrues dans un premier emploi, le rôle joué par quatre dispositifs distincts de formation (les cours formels, le tutorat, les supports d’auto-apprentissage et les stages dans différents services) dans le développement d’attitudes favorables à l’entreprise et dans l’acculturation aux normes comportementales ambiantes.
II.CADRE THéORIQUE
La socialisation organisationnelle, ce « processus par lequel une personne apprend les valeurs, normes et comportements requis pour lui permettre de participer comme membre de l’organisation » (Van Maanen, 1976, p. 67), constitue un thème de recherche particulièrement vivace et fécond ces dix dernières années en psychologie organisationnelle, comme en témoigne la publication récente de deux revues de littérature sur le sujet (Bauer, Morrison, & Callister, 1998 ; Saks & Ashforth, 1997a). Cependant, la question du rôle joué par les dispositifs de formation dans cette dynamique n’a jusqu’à présent reçu qu’une attention limitée. Dans l’examen de cette question, nous définirons d’abord la socialisation comme une double dynamique d’acculturation aux valeurs et normes organisationnelles et de développement d’une adhésion attitudinale à l’entreprise. Nous ferons ensuite le point sur les mécanismes psychosociaux au cœur de toute dynamique de socialisation. Enfin, nous examinerons en quoi et à quelles conditions les dispositifs de formation sont susceptibles d’activer ces processus de socialisation et de générer ainsi loyauté et adhésion à la culture organisationnelle.
II . 1.LA SOCIALISATION ORGANISATIONNELLE COMME DOUBLE PROCESSUS DE FIDÉLISATION A L’ENTREPRISE ET D’ACCULTURATION
Le projet initial des travaux menés sur la socialisation organisationnelle était de décoder les processus qui sous-tendent le développement d’une adhésion affective à l’entreprise et la transmission des normes et valeurs caractérisant la culture organisationnelle. Dans cette perspective, la majorité des chercheurs ont utilisé des mesures attitudinales d’adaptation au travail, telles que la satisfaction au travail, l’implication organisationnelle ou l’intention de rester dans l’entreprise, comme indicateurs d’une socialisation aboutie. Ces travaux ont effectivement pu démontrer la grande sensibilité de ces indicateurs aux politiques de gestion des recrues mises en œuvre par l’entreprise ainsi qu’aux stratégies adaptatives déployées par ces recrues (Ashforth, Saks, & Lee, 1998 ; Chatman, 1991 ; Major, Kozlowski, Chao, & Gardner, 1995 ; Saks & Ashforth, 1997b ; Setton & Adkins, 1997).
Quant à la composante plus strictement culturelle du processus de socialisation, force est de reconnaître que les données empiriques disponibles à ce sujet sont encore rares. Les données les plus probantes nous sont offertes par Chatman (1991) et Morrison (1993a) qui ont toutes deux détecté, à l’aide de l’Organizational Culture Profile, un rapprochement sensible entre les valeurs personnelles des recrues et les valeurs partagées par des seniors représentatifs de l’organisation au fil de la première année d’emploi. De même, Guimond (1995), sur des échantillons de jeunes recrues officiers, a constaté une incorporation croissante des normes comportementales caractéristiques de l’éthos militaire au fil des quatre années de formation. À l’inverse cependant, d’autres études longitudinales n’ont pas relevé d’évolution significative des perceptions culturelles des jeunes recrues après l’entrée dans l’entreprise. Ainsi, van Vianen et Prins (1997) ont constaté que l’écart entre le climat organisationnel perçu et les préférences personnelles reste stable entre 8 et 18 mois après l’embauche. Ces résultats sont relativement comparables à ceux de Chao, O’Leary-Kelly, Wolf, Klein et Gardner (1994) qui n’ont pas observé, à un an d’intervalle, de progression des jeunes recrues dans leur connaissance déclarée des buts et valeurs organisationnels. Notons enfin que certaines de ces études (Chatman, 1991 ; van Vianen & Prins, 1997) tendent à montrer que l’acculturation est un des précurseurs du développement d’attitudes favorables à l’entreprise.
Dans le but de mieux comprendre les déterminants organisationnels et les répercussions attitudinales du processus d’acculturation supposé accompagner l’entrée dans une entreprise, cette étude appréhendera la socialisation sous ces deux facettes :
  • 1 / en termes d’attitudes indiquant l’adaptation au travail ;
  • 2 / en termes d’acquisition des schémas de pensée et d’action caractéristiques de la culture organisationnelle ambiante.
II . 2.PROCESSUS PSYCHOSOCIAUX AU CŒUR DE LA SOCIALISATION ORGANISATIONNELLE
De manière unanime, les auteurs s’accordent pour considérer que l’interactionnisme symbolique (Berger & Luckman, 1966 ; Blumer, 1969) est au cœur des dynamiques de socialisation, qu’elles soient organisationnelles ou autres (Louis, 1980 ; Miller & Jablin, 1991 ; Reichers, 1987). Dans cette perspective, la socialisation organisationnelle est un processus par lequel une communauté crée et diffuse un système de significations et d’interprétations socialement partagées et permet à chacun de se construire une identité situationnelle. Cette dynamique repose sur deux principes essentiels :
  • 1 / le rôle éminemment actif de l’individu dans ce processus de construction de sens, chacun mettant en œuvre une panoplie de stratégies proactives visant à donner sens à son environnement organisationnel ;
  • 2 / la possibilité pour les membres de la communauté de nouer des interactions symboliques, autrement dit d’échanger et de générer dans leurs relations des significations utiles à la gestion de leur vie collective.
Plusieurs travaux empiriques soutiennent cette conception interactionniste du processus de socialisation. Tout d’abord, la gamme des stratégies comportementales, affectives et cognitives mobilisées par de jeunes recrues pour gérer leur entrée organisationnelle est aujourd’hui de mieux en mieux connue. Ainsi, il est acquis que les recrues qui déploient des comportements de recherche active d’informations auprès des personnes les plus significatives de leur entourage (supérieurs, collègues, mentors) s’adaptent plus rapidement à leur tâche, à leur rôle, à leur groupe de travail et à leur environnement organisationnel (Depolo, Fraccaroli, & Sarchielli, 1997, 1998 ; Morrison, 1993a, 1993b ; Ostroff & Kozlowski, 1993). De même, plusieurs études mettent en évidence l’importance des stratégies d’autogestion comportementale (Bandura, 1986) dans la réussite de la socialisation organisationnelle (Laker & Steffy, 1995 ; Saks & Ashforth, 1996). Plus spécifiquement, les recrues qui se fixent des objectifs personnels, qui s’exercent à répéter les comportements souhaités, qui s’autoévaluent et s’accordent des récompenses en cas d’atteinte de leurs objectifs contrôlent mieux leur anxiété et leur motivation interne (Saks & Ashforth, 1996). D’autres stratégies proactives, telles que la construction de réseaux relationnels ou encore une stratégie plus cognitive de cadrage positif des situations, sont elles aussi associées positivement à divers indicateurs d’ajustement au travail (Ashford & Black, 1996).
Concernant le rôle des interactions sociales dans le processus de construction de sens, plusieurs auteurs ont depuis longtemps démontré l’importance des interactions nouées quotidiennement en situation de travail avec les pairs, les supérieurs et les collègues plus expérimentés (Ashford & Black, 1996 ; Depolo, Fraccaroli, & Sarchielli, 1994 ; Feij, Whitely, Peiro, & Taris, 1995 ; Louis, Posner, & Powell, 1983 ; Nelson & Quick, 1991 ; Posner & Powell, 1985 ; Setton & Adkins, 1997). Comparativement aux dispositifs plus formels de formation et de mentoring, ces opportunités informelles d’interaction sont perçues comme plus utiles à la socialisation organisationnelle et sont de fait significativement mieux corrélées à divers indicateurs de bien-être au travail et d’engagement à l’égard de l’entreprise (Louis et al., 1983 ; Nelson & Quick, 1991 ; Posner & Powell, 1985). En particulier, ces interactions informelles fournissent aux recrues un support social atténuant le stress engendré par l’entrée organisationnelle (Fisher, 1985).
En somme, stimuler les comportements proactifs des jeunes recrues et multiplier les interactions sociales significatives auxquelles elles ont accès constitueraient les deux leviers majeurs sur lesquels l’entreprise peut peser pour faciliter leur socialisation organisationnelle. Cette hypothèse a reçu l’appui de quelques travaux récents qui ont montré que la politique globale de socialisation mise en œuvre par l’entreprise affecte les modes d’adaptation au travail parce qu’elle conditionne les possibilités d’interactions sociales (Baker, 1995), parce qu’elle stimule les comportements de recherche d’informations (Mignerey, Rubin, & Gorden, 1995 ; Saks & Ashforth, 1997b) ou encore, parce qu’elle encourage les stratégies d’autogestion comportementale (Laker & Steffy, 1995).
II . 3.RÔLE DES DIVERS DISPOSITIFS DE FORMATION DANS LE PROCESSUS DE SOCIALISATION
À ce jour, les travaux menés sur la place des dispositifs de formation dans la socialisation organisationnelle se sont centrés essentiellement sur les pratiques de mentoring et sur les sessions formelles de formation. Les stages et rotations de poste, d’une part, les supports d’auto-apprentissage, d’autre part, n’ont pas encore retenu l’attention des chercheurs. A fortiori, aucune étude n’a étudié conjointement ces quatre dispositifs de formation afin de cerner leur contribution respective dans le processus de socialisation. Nous développons ci-après les arguments empiriques et théoriques qui sous-tendent nos hypothèses de recherche quant à l’impact socialisant de ces quatre dispositifs de formation.
II . 3 . A. Mentoring
Le mentoring se caractérise par l’instauration d’une relation de travail intense entre un protégé et un membre plus expérimenté de l’organisation chargé de le former à sa fonction et de promouvoir son développement de carrière (Blau, 1988 ; Chao, 1997). Cette pratique a largement fait la preuve de ses répercussions bénéfiques dans le processus d’entrée de jeunes recrues (Chao, Walz, & Gardner, 1992 ; Chao, 1997 ; Ostroff & Kozlowski, 1993). Les individus ayant eu un mentor planifient mieux leur trajectoire professionnelle, se sentent plus impliqués dans leur carrière, plus satisfaits, mieux intégrés socialement et sont mieux rémunérés (Chao, 1997 ; Chao et al., 1992). Ils sont de surcroît plus sensibles que les autres et mieux informés sur l’histoire, les buts, les valeurs et les fonctionnements politiques de l’organisation (Chao, 1997 ; Chao et al., 1992 ; Ostroff & Kozlowski, 1993). Ces multiples retombées positives seraient essentiellement attribuables à l’intensité des interactions symboliques susceptibles de prendre place dans la relation particulière qui unit le mentor à son protégé. En effet, il s’est avéré que la qualité de la relation établie entre les deux partenaires est un facteur d’efficacité déterminant du mentoring (Blau, 1988 ; Heiman & Pittenger, 1996 ; Major et al., 1995) et est directement renforcée par la fréquence des opportunités d’interactions entre le mentor et son protégé (Heiman & Pittenger, 1996).
II . 3 . B.Cours et sessions formelles de formation
Concernant les cours et sessions formelles de formation, les résultats engrangés à ce jour sont plus mitigés. Ainsi, Chatman (1991) n’observe pas d’impact de la formation formelle sur la congruence de valeurs entre l’individu et l’organisation, sur la satisfaction, l’intention de quitter et le départ effectif. À l’inverse, la participation à des activités sociales informelles et une relation avec un mentor contribuent quant à elles à rapprocher les jeunes recrues de leur entreprise (Chatman, 1991). Saks (1996) a lui aussi constaté que le nombre de jours de formation suivis par de jeunes comptables n’a aucune répercussion significative sur la qualité perçue de leur adaptation dans leur nouvelle fonction. Ces résultats déconcertants contrastent néanmoins avec ceux d’une étude récente (Klein & Weaver, 2000) qui montre, dans un dispositif de recherche quasi expérimental, que des recrues assistant à un programme d’orientation d’une durée de trois heures en tirent un bénéfice significatif en termes d’insertion relationnelle, de connaissance de l’histoire et d’initiation aux buts et valeurs de l’organisation. De surcroît, ces effets immédiats de la formation ont des répercussions positives sur l’implication affective de ces recrues à l’égard de leur entreprise (Klein & Weaver, 2000).
En soi, ces résultats contrastés appellent des recherches supplémentaires. En particulier, ils posent question quant à la capacité des dispositifs de formation formelle à activer les interactions symboliques et les comportements proactifs favorables à la socialisation organisationnelle. Dans cette perspective, l’identification des modes d’organisation de la formation susceptibles d’optimiser la dynamique de socialisation constitue une voie de recherche porteuse mais encore peu explorée.
Ainsi, le contexte dans lequel la formation prend place et le public auquel elle s’adresse conditionnent probablement la pertinence des messages véhiculés et des interactions suscitées par la formation. Plus spécifiquement, il est vraisemblable que les formations se déroulant en dehors du cadre de l’entreprise et rassemblant des employés venant d’organisations diverses sont très peu profitables à la socialisation organisationnelle. À l’appui de cette hypothèse, citons l’étude de Guimond (1995) qui a montré que les officiers militaires ayant bénéficié d’un programme de formation en milieu militaire, manifestent davantage d’engagement envers la carrière et d’adhésion à l’éthos militaire que ceux qui ont été soumis à un programme de formation en milieu civil de durée égale. Dans le même ordre d’idées, le profil du formateur influence sans doute la nature des informations circulant implicitement en formation, un formateur interne à l’entreprise constituant un agent de socialisation plus pertinent.
Saks (1994) a suggéré que les répercussions de la formation sur la socialisation pouvaient aussi dépendre de la méthode pédagogique utilisée. On peut en effet supposer que les formations qui recourent à des pédagogies actives, misant sur des exercices de groupe, la résolution de problèmes ou la réalisation d’un projet personnel, multiplient les opportunités d’interactions et incitent à davantage de proactivité, facilitant dès lors la socialisation organisationnelle. Seule une étude (Waung, 1995) contribue à étayer cette hypothèse en montrant que les sessions d’orientation intégrant une formation à l’autorégulation émotionnelle (entraînement au dialogue interne, au cadrage positif des situations et à la gestion du stress) sont associées à davantage de satisfaction et de soutien organisationnel perçu.
Enfin, l’impact des contenus de formation sur la socialisation mériterait lui aussi d’être examiné. La valeur symbolique des messages véhiculés en formation diffère probablement selon que la formation vise l’acquisition de connaissances techniques (par ex., maîtrise de l’informatique) ou le développement personnel et relationnel (par ex., gestion des conflits). Ainsi, dans l’étude déjà citée de Klein et Weaver (2000), les contenus du programme d’orientation évalué étaient très clairement centrés sur les traditions, l’histoire, les structures et les missions propres à l’entreprise, ce qui explique peut-être les effets socialisants significatifs de ce programme alors que des formations formelles plus générales se sont révélées inefficaces (Chatman, 1991 ; Saks, 1996).
II . 3 . C.Supports d’auto-apprentissage et pratique des stages
Enfin, notons que les supports d’auto-apprentissage et la pratique des stages, qui consistent à faire transiter la recrue par des services et fonctions diverses, ont peu fait l’objet de recherche dans le champ de la socialisation organisationnelle. Tout au plus peut-on citer une étude (Saks, 1994) qui a examiné l’impact relatif des cours formels et des formations tutorielles (dispositif d’auto-apprentissage guidé par un tuteur) sur le sentiment d’anxiété généré par l’entrée dans un nouvel environnement professionnel. Il s’est avéré que, pour les nouvelles recrues ayant un faible sentiment d’efficacité personnelle, les cours formels sont réducteurs d’anxiété tandis que les formations tutorielles ont au contraire un effet anxiogène (Saks, 1994). En référence aux processus psychosociaux sous-tendant la socialisation organisationnelle, on peut supposer de manière générale que la pratique des stages s’accompagne d’une multiplication des relations de travail informelles, facilitant ainsi le processus de socialisation, tandis que le recours à des supports d’auto-apprentissage a pour effet d’isoler davantage la jeune recrue de son environnement social.
Considérés dans leur ensemble, ces divers résultats tendent donc à confirmer l’hypothèse selon laquelle certains dispositifs de formation seraient, en termes de socialisation organisationnelle, plus efficaces que d’autres. En particulier, les dispositifs qui ont pour effet de multiplier les interactions sociales, porteuses de messages explicites ou implicites utiles à une meilleure maîtrise du nouvel environnement de travail, contribueraient davantage à l’intégration des jeunes recrues. En conséquence, et compte tenu des études empiriques mettant en évidence la supériorité des relations de travail informelles et du mentoring sur les cours et sessions formelles (Chatman, 1991 ; Louis et al., 1983 ; Nelson & Quick, 1991), nous formulons les hypothèses suivantes :
Hypothèse 1a : Conjointement, les cours formels, le tutorat, les stages et les supports d’auto-apprentissage sont significativement associés aux indicateurs attitudinaux de socialisation : satisfaction, implication affective et intention de rester.
Hypothèse 1b : Conjointement, les cours formels, le tutorat, les stages et les supports d’auto-apprentissage sont significativement associés à l’acquisition des normes culturellement partagées dans l’organisation.
Hypothèse 2a : Les stages constituent le dispositif de formation le plus fortement associé aux indicateurs attitudinaux de socialisation. Viennent ensuite le tutorat, les cours formels et, enfin, les dispositifs d’auto-apprentissage.
Hypothèse 2b : Les stages constituent le dispositif de formation le plus fortement associé à l’acquisition des normes culturellement partagées dans l’organisation. Viennent ensuite le tutorat, les cours formels et, enfin, les dispositifs d’auto-apprentissage.
En outre, dans l’examen de ces hypothèses, nous prendrons soin d’analyser en quoi les modalités plus spécifiques d’organisation des formations (contenu, public cible, formateur, dominante pédagogique) sont susceptibles de moduler leur efficacité.
II . 4.IMPORTANCE DE L’APPRÉCIATION SUBJECTIVE PORTEE SUR LA FORMATION
Si l’ampleur objective des sessions de formation suivies par de jeunes recrues n’a pu être mise en rapport avec l’ajustement au travail, quelques études suggèrent toutefois que l’appréciation subjective que les participants portent sur la formation joue quant à elle un rôle significatif dans la dynamique de socialisation. Ainsi, une étude de Saks (1996) fait apparaître que l’effet socialisant de la formation donnée à de jeunes comptables n’est pas lié à sa durée réelle mais bien à la quantité subjective de formation reçue, plus précisément à la mesure suivant laquelle ces novices estiment avoir reçu suffisamment de formation par rapport à différents domaines de leur activité. Ce résultat corrobore l’étude de Tannenbaum et al. (1991) qui montre, dans le cadre de la socialisation de jeunes recrues militaires, que l’adéquation entre l’offre de formation et les besoins de l’individu est positivement liée à leur implication organisationnelle après la formation, à leur motivation à se former et à leur sentiment d’efficacité personnelle. Dans le même ordre d’idées, Fullagar, McCoy et Shul (1992), étudiant le processus de socialisation dans le cadre de l’activité syndicale, relèvent eux aussi un lien positif entre le taux de satisfaction de nouveaux syndicalistes par rapport à la formation reçue et leur loyauté ultérieure envers leur syndicat. Clairement, ce sont moins les caractéristiques objectives d’un parcours de formation que la façon dont il répond aux attentes et besoins initiaux des recrues qui influencent leur engagement ultérieur par rapport à l’entreprise. Pour affiner l’analyse de la contribution des dispositifs de formation dans le processus de socialisation, il importe dès lors de tester les hypothèses suivantes :
Hypothèse 3a : L’appréciation subjective que les recrues portent sur leur parcours de formation est positivement corrélée aux indicateurs attitudinaux d’ajustement au travail.
Hypothèse 3b : L’appréciation subjective que les recrues portent sur leur parcours de formation est positivement corrélée à l’acquisition des normes culturellement partagées dans l’entreprise.
 
III.MéTHODE
 
 
Dans la présente étude, nous avons analysé l’impact de quatre dispositifs de formation utilisés pour faciliter l’intégration de jeunes recrues en entreprise, à savoir les cours formels, le tutorat, les stages et les supports d’auto-apprentissage, sur deux catégories de résultantes d’un processus de socialisation organisationnelle :
  • 1 / le développement d’attitudes dénotant une certaine loyauté de la recrue à l’égard de son entreprise ;
  • 2 / l’appropriation des normes culturelles partagées dans l’entreprise. En outre, nous avons testé l’impact de l’appréciation subjective que les recrues portent sur la formation sur ces indicateurs de socialisation.
III . 1.ÉCHANTILLONS ET PROCÉDURE
Les données ont été recueillies par questionnaire, dans un dispositif transversal, au sein de quatre banques belges. Le secteur bancaire a été choisi comme terrain d’investigation parce qu’il a la particularité de combiner un taux d’embauche relativement élevé et des programmes de formation soutenus à destination de ses jeunes recrues. Dans chaque banque, deux catégories d’employés ont participé à l’enquête :
  • 1 / un échantillon de recrues affectées à des fonctions commerciales et débutant pour la plupart dans la vie professionnelle ;
  • 2 / un échantillon représentatif de seniors, ayant au moins 5 ans d’ancienneté dans l’entreprise.
Les recrues étaient interrogées tant sur leur parcours de formation que sur leurs attitudes au travail et sur leurs perceptions de la culture organisationnelle tandis que les réponses des seniors servaient de référence pour établir le profil culturel de l’entreprise. Dans chaque banque, les questionnaires envoyés étaient accompagnés d’une lettre de la direction avalisant l’enquête et d’une lettre du chercheur précisant les objectifs de l’étude ainsi que les modalités assurant la confidentialité des réponses individuelles. Les questionnaires étaient anonymes et étaient directement retournés au chercheur sous enveloppe fermée.
Au total, 502 questionnaires ont été envoyés à des nouvelles recrues, parmi lesquels 205 ont été recueillis, pour un taux de réponse global de 41 %. Quatre questionnaires, trop incomplets, ont été éliminés ce qui porte notre échantillon final à 201 répondants. Notons que les répondants ne différaient pas significativement des non-répondants en ce qui concerne les variables démographiques (âge, ancienneté, sexe, et éducation). Ces recrues présentaient un âge moyen de 26,18 ans (DS = 3,18) et une ancienneté moyenne de 17 mois (DS = 8,17). Parmi elles, 38 % étaient des femmes, 50,5 % détenaient un diplôme universitaire en sciences économiques, 21,5 % un diplôme universitaire dans une autre discipline, 14,5 % un diplôme non universitaire en sciences économiques et 13,5 % un autre diplôme non universitaire.
Dans chaque banque, un échantillon de seniors, représentatif des divers niveaux hiérarchiques, départements fonctionnels, zones géographiques, tranches d’âge et d’ancienneté de la banque, a été interrogé. Au total, 480 questionnaires ont été envoyés, parmi lesquels 247 avis ont été recueillis, pour un taux de réponse global de 51 %. Comme pour l’échantillon des nouvelles recrues, les répondants seniors ne différaient pas significativement de leurs collègues non répondants du point de vue des variables démographiques. L’ancienneté moyenne des seniors était de 10,96 ans (DS = 6,20).
III . 2.MESURES
III . 2 . A.Dispositifs de formation
a) Cours formels : Il était demandé aux recrues de dresser la liste de l’ensemble des séances d’information, cours ou séminaires de formation qu’elles avaient suivis depuis leur entrée dans la banque. Sur la base du cahier des charges de chacune des formations listées et en concertation avec les responsables de formation des institutions concernées, les jours de formation suivis par les recrues ont été catégorisés en fonction du type de contenu couvert, du public visé, du profil des formateurs et de la dominante pédagogique. Ces analyses, présentées dans le tableau annexe, révèlent que, quelle que soit la banque considérée, les cours suivis par les recrues sont presque exclusivement centrés sur la connaissance du contexte et des produits bancaires, s’adressent à un public de jeunes recrues et sont donnés selon une méthode principalement transmissive par des formateurs internes à l’entreprise. La très faible occurrence d’autres contenus et modalités de formation dans notre échantillon ne nous autorise pas à examiner en quoi ces variables sont susceptibles de moduler les effets socialisants de la formation.
b) Tutorat, coaching : À l’instar de Heiman et Pittenger (1996), pour les recrues ayant bénéficié de parrainage, coaching, tutorat ou guidance individuelle par une personne désignée pour le faire, la fréquence d’interactions avec le tuteur a été estimée par une question appelant une réponse sur une échelle en six points allant de « tout à fait occasionnelle » (valeur 1) à « tout à fait régulière » (valeur 6). De même, il était demandé aux recrues de mentionner la durée en mois du tutorat dont elles avaient bénéficié. Pour les sujets n’ayant pas bénéficié de tutorat, les variables fréquence et durée se sont vues attribuer la valeur zéro.
c) Stages : Sur base de la liste des différents stages rapportés par la recrue, le nombre de stages différents effectués ainsi que leur durée totale en jours ont été retenus comme indicateurs de ce dispositif de formation.
d) Supports d’auto-apprentissage : La liste des modules d’enseignement assisté par ordinateur, compacts-disques interactifs, livres, cassettes audio ou vidéo dressée par la recrue nous a permis de comptabiliser le nombre total de dispositifs différents utilisés. Les dispositifs d’auto-apprentissage empruntés ont été catégorisés en fonction des contenus couverts et en fonction du lieu où ils avaient été utilisés (poste de travail, centre d’auto-apprentissage ou domicile). Le tableau en annexe révèle ici aussi que ces dispositifs sont essentiellement utilisés à des fins d’initiation au contexte et aux produits bancaires. Leur lieu d’utilisation privilégié varie selon les banques.
e) Appréciation subjective portée sur la formation : Cinq questions permettaient aux recrues d’évaluer sur une échelle à 6 points les facettes suivantes de leur parcours global de formation :
  • 1 / l’information reçue sur la formation ( « À votre entrée dans la banque, avez-vous été suffisamment informé des possibilités de formation auxquelles vous aviez accès ? » ) ;
  • 2 / la planification de la formation ( « Votre formation s’effectue sur le tas selon les opportunités rencontrées versus votre programme de formation est planifié et déterminé à l’avance » ) ;
  • 3 / l’individualisation de la formation ( « Votre formation est-elle conçue en fonction de votre profil et de vos besoins personnels ? » ) ;
  • 4 / la facilitation de l’intégration ( « Votre formation a-t-elle facilité votre intégration dans l’entreprise ? » ) ;
  • 5 / l’acquisition de connaissances ( « Votre formation vous a-t-elle permis d’acquérir les connaissances nécessaires à votre fonction ? » ).
Ces cinq variables présentent une intercorrélation moyenne de .34 (variant de .22 à .56) et ont été traitées comme des variables distinctes dans les analyses ultérieures.
III . 2 . B.Attitudes au travail
Les attitudes au travail utilisées comme indicateurs de socialisation dans cette étude sont l’implication affective à l’égard de l’organisation, la satisfaction générale et l’intention de rester dans l’entreprise. L’implication affective à l’égard de l’entreprise a été mesurée à l’aide d’une échelle de 7 items (ex. « Je me sens faire partie de la famille dans cette entreprise »), développée par Allen et Meyer (1990b), adaptée et validée en français par Vandenberghe (1996) (cf. aussi Delobbe & Vandenberghe, 2000). La satisfaction générale a été mesurée à l’aide de 4 items (ex. « Je suis globalement satisfait de mon travail ») traduits ou inspirés de O’Reilly et Caldwell (1981), tandis que l’intention de rester a été mesurée à l’aide de 2 items (ex. « Je pense fréquemment à quitter cette entreprise » ; item inverse) inspirés de Chatman (1991). Tous ces items appelaient une réponse sur une échelle à 6 points allant de « pas du tout d’accord » à « tout à fait d’accord ». Ces trois échelles présentent des coefficients de fiabilité (alpha de Cronbach) satisfaisants puisqu’ils s’élèvent à α = .87 pour l’implication affective, α = .92 pour la satisfaction générale et α = .84 pour l’intention de rester.
III . 2 . C.Perceptions des normes culturelles organisationnelles
Tant les nouvelles recrues que les seniors ont été interrogés sur leur perception des normes comportementales partagées au sein de leur entreprise à l’aide de trois échelles développées par Delobbe, Haccoun et Vandenberghe (2000) appréhendant les dimensions culturelles suivantes :
  • 1 / le climat d’entraide, de solidarité et d’implication régnant parmi le personnel. Cette échelle, composée de 17 items (ex. « Les gens sont en général contents de travailler les uns avec les autres » – réponse sur échelle à 6 points), présente des coefficients α de .92 dans l’échantillon de recrues et de .91 dans l’échantillon de seniors ;
  • 2 / l’importance accordée à l’innovation constante et à la productivité au sein de l’entreprise a été mesurée à l’aide d’une échelle de 14 items (ex. « Dans cette entreprise, nous cherchons constamment de nouveaux produits et procédures » – réponse sur échelle à 6 points) présentant des coefficients α satisfaisants dans les deux échantillons (α = .87 pour les recrues ; α = .86 pour les seniors) ;
  • 3 / l’existence de règles formalisant le travail de chacun et de procédures de contrôle hiérarchique a été appréciée à l’aide de 9 items (ex. « Ce que j’ai à faire est déterminé par des procédures formelles » – réponse sur échelle à 6 points) formant une échelle présentant un α de .72 pour les recrues et de .80 pour les seniors.
La taille moyenne des corrélations entre ces échelles est modérée (r = .40 tant pour l’échantillon de nouvelles recrues que de seniors). Une analyse en composantes principales a en outre révélé que les items constitutifs de ces échelles appartiennent à des facteurs distincts, ce qui confirme donc la validité discriminante de ces trois échelles.
III . 2 . D.Indices de distance culturelle entre recrues et seniors
Afin d’examiner si la perception des nouvelles recrues quant aux normes culturelles en vigueur dans leur entreprise différait de celle des seniors, un indice de distance culturelle entre les recrues et les seniors a été calculé pour chacune des trois dimensions. Préalablement à ce calcul, nous avons vérifié à l’aide du coefficient d’homogénéité intra-groupe rwg(j) (James, Demaree, & Wolf, 1984) si les perceptions culturelles des seniors étaient suffisamment homogènes au sein de chaque entreprise pour conclure à l’existence de normes partagées au niveau de l’organisation dans son ensemble. Cette validité consensuelle (Rousseau, 1990) constitue en effet une condition préalable à la constitution d’un profil culturel organisationnel par agrégation des réponses individuelles. Dans nos échantillons de seniors, les coefficients rwg(j) d’homogénéité intra-entreprise varient de .90 à .97 pour la dimension solidarité-entraide, de .83 à .95 pour la dimension « innovation-changement » et de .79 à .90 pour la dimension règles. Au regard du seuil de .70 conseillé par George et Bettenhauser (1990), ces coefficients atteignent tous des niveaux suffisants pour permettre la constitution d’un profil culturel propre à chaque banque, fondé sur la moyenne des réponses des seniors pour chacune des trois dimensions culturelles considérées. En conséquence, la distance entre les perceptions culturelles des recrues et celles des seniors a été calculée pour chaque dimension par la différence absolue entre le score de la recrue et le score moyen des seniors de son entreprise sur cette dimension.
III . 2 . E.Variables de contrôle
Quatre variables de contrôle, à savoir l’ancienneté de la recrue, son niveau de formation, le nombre de ses expériences professionnelles antérieures à l’entrée dans l’entreprise, et sa banque d’appartenance ont été prises en considération.
Concernant l’ancienneté, plusieurs auteurs (Adkins, 1995 ; Bauer & Green, 1994 ; Meyer & Allen, 1988 ; Saks & Ashforth, 1997b) ont constaté un déclin des attitudes de loyauté à l’égard de l’entreprise, en particulier de l’implication affective, pendant la première année d’emploi, en raison d’un phénomène bien connu de désillusion (Louis, 1980). En ce sens, l’ancienneté, mesurée en mois, a été contrôlée parce qu’elle est susceptible de contrebalancer les effets attendus des dispositifs de formation, dispositifs censés avoir été les plus utilisés par les recrues les plus anciennes.
La valeur du diplôme détenu sur le marché de l’emploi pèse sensiblement dans l’intention des recrues de rester ou de quitter l’entreprise. Plus précisément, les recrues les plus diplômées ont tendance à se sentir moins liées à une entreprise, probablement parce qu’elles ont plus d’opportunités d’emploi ailleurs (Allen & Meyer, 1990a, 1990b). Dans cette étude, les diplômes ont été classés de 1 à 4 selon un ordre décroissant de valeur sur le marché du travail (1 = supérieur universitaire et sciences économiques ; 2 = supérieur universitaire et non sciences économiques ; 3 = supérieur non universitaire et sciences économiques ; 4 = supérieur non universitaire et non sciences économiques).
Selon Louis (1980), la multiplicité des expériences professionnelles déjà traversées par la recrue accroît son répertoire de schémas cognitifs mobilisables dans son nouvel environnement et facilite dès lors le processus d’acculturation. C’est pourquoi nous avons tenu compte du nombre d’expériences professionnelles antérieures de la recrue.
Enfin, comme en témoigne le tableau en annexe, les banques diffèrent significativement l’une de l’autre dans le nombre de jours de formation donnés au recrues (F(3,194) = 179,71 ; p < .000 ; η2 = .74), dans le nombre de supports d’auto-apprentissage utilisés (F(3,194) = 2,90 ; p < .036 ; η2 = .04), dans la fréquence du tutorat (F(3,195) = 2,84 ; p < .038 ; η2 = .04) et dans le nombre de stages réalisés (F(3,196) = 36,91 ; p < .000 ; η2 = .41). C’est en effet partiellement via ses stratégies de formation que chaque institution modèle le profil de ses recrues (Ashforth et al., 1998). Néanmoins, l’influence du contexte organisationnel sur le processus de socialisation ne s’exerce pas exclusivement par l’intermédiaire des politiques de gestion des recrues mais dépend aussi d’autres facteurs, tels que les modes d’organisation du travail ou la nature des relations et le climat régnant dans l’entreprise (Ashforth et al., 1998). Afin de ne pas confondre l’influence de ces facteurs organisationnels avec l’impact propre des dispositifs de formation, la banque d’appartenance des recrues a été introduite comme variable de contrôle dans les analyses statistiques.
III . 3.ANALYSE DES DONNÉES
Les hypothèses ont été examinées via des analyses corrélationnelles et des analyses de régressions hiérarchiques. Dans ces analyses de régressions hiérarchiques, la part de variance expliquée par les variables ancienneté, diplôme, expériences professionnelles antérieures et banque d’appartenance des recrues a été contrôlée avant d’examiner l’effet des variables relatives à la formation. La variable nominale banque a été préalablement dichotomisée en trois variables binaires. Quatre indices indiquant l’intensité du recours à chacun des quatre dispositifs de formation ont été introduits dans la deuxième étape de l’analyse : le nombre de jours de formation formelle suivis, le nombre de supports d’auto-apprentissage utilisés, la fréquence du tutorat et le nombre de stages effectués. Enfin, la troisième étape de l’analyse a permis d’examiner la contribution supplémentaire des appréciations subjectives portées sur la formation dans la variance des attitudes et indices de congruence culturelle. Notons que l’examen des indices de tolérance et des facteurs d’inflation des variances (FIV) révèle un léger problème de multicolinéarité entre les variables banque et nombre de jours de cours formels (FIV = 6,09, pour la variable jours de cours), ce qui rend les coefficients bêta relatifs à ces variables quelques peu instables.
 
IV. RÉSULTATS
 
 
IV . 1.ANALYSES CORRÉLATIONELLES
La matrice des intercorrélations entre les variables considérées dans cette étude (tableau 1) révèle des corrélations assez faibles entre les quatre dispositifs de formation étudiés et les indicateurs de socialisation. Néanmoins, les dispositifs de formation présentent des corrélations significatives avec la satisfaction et l’implication affective, ce qui est conforme à l’hypothèse 1a. En outre, parmi les dispositifs de formation, ce sont le tutorat, les cours formels et les stages qui présentent le plus de corrélations significatives avec les attitudes au travail, ce qui soutient partiellement l’hypothèse 2a. De plus, à l’appui de l’hypothèse 3a, il apparaît que l’appréciation subjective que les recrues portent sur la formation reçue est pour sa part plus nettement associée aux attitudes développées par ces recrues. Notons aussi qu’à l’inverse des perceptions culturelles des recrues, les indices de distance entre les recrues et les seniors sont très peu corrélés aux dispositifs de formation utilisés, ce qui contredit les hypothèses 1b et 2b. Par ailleurs, les trois indices de distance culturelle entre juniors et seniors ne sont corrélés significativement qu’avec une seule dimension d’appréciation subjective de la formation, en l’occurrence le sentiment d’avoir acquis de nouvelles connaissances. Plus précisément, le sentiment d’acquisition de connaissances est associé avec une augmentation de la distance culturelle sur la dimension entraide-implication, et une diminution de la distance culturelle sur les dimensions innovation-productivité et règles. Globalement, ceci ne confirme pas l’hypothèse 3b.
Notons enfin qu’à titre exploratoire, certaines corrélations présentées dans le tableau 1 méritent d’être soulignées. Ainsi, le tutorat est le seul dispositif de formation qui est significativement lié à la perception culturelle des jeunes recrues. En fait, plus une recrue bénéficie de contacts fréquents avec un tuteur, plus elle perçoit la culture de l’entreprise comme étant marquée par des normes d’entraide et d’implication, et orientée vers l’innovation et la productivité ainsi que vers les règles. Par ailleurs, l’appréciation subjective de la formation est aussi significativement corrélée à la perception de la culture, en particulier aux dimensions d’entraide et implication, et d’innovation et productivité.

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TABLEAU 1 : Moyennes, écarts types et intercorrélations entre les variables (Means, standard deviations and intercorrelations among variables)

IV . 2.ANALYSES DE RÉGRESSIONS HIÉRARCHIQUES
Concernant le lien entre la formation et les indicateurs attitudinaux de socialisation, le tableau 2 indique que, au-delà des variables de contrôle, la participation à des cours formels, l’usage de supports d’auto-apprentissage, la fréquence du tutorat et la réalisation de stages n’expliquent pas significativement la satisfaction, l’implication affective et l’intention de rester. Ces résultats, contraires à l’hypothèse 1a, rejoignent ceux d’études antérieures (Chatman, 1991 ; Louis et al., 1983 ; Nelson & Quick, 1991 ; Saks, 1996) qui n’ont pu mettre en évidence d’impact de la formation sur l’ajustement au travail de jeunes embauchés. Cette absence d’effet est néanmoins étonnante dans la mesure où cette étude incluait dans le concept de formation des méthodes autres que les cours formels, telles que les stages et le tutorat, supposées être plus propices à l’activation de la socialisation organisationnelle.

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Les résultats présentés dans le tableau 2 révèlent également que, conformément à nos attentes, l’appréciation subjective que les recrues portent sur leur parcours de formation rend compte d’une part supplémentaire, significative et importante (de 16 à 22 %) de la variance de la satisfaction, de l’implication affective et de l’intention de rester. En outre, les coefficients de régression indiquent clairement que ces effets sont essentiellement attribuables au sentiment que les recrues ont d’avoir reçu une formation adaptée à leurs besoins et profil personnels et à l’utilité perçue de la formation pour faciliter leur intégration dans l’entreprise. L’information reçue sur les possibilités de formation, le degré de planification des programmes de formation et l’utilité perçue de la formation en termes d’acquisition de connaissances nécessaires à la fonction n’est pas significativement associée à ces indicateurs attitudinaux de socialisation.
Enfin, le tableau 3 présente les résultats des régressions hiérarchiques utilisant la distance culturelle sur les dimensions entraide-implication, innovation-productivité, et règles comme variables dépendantes. Ici aussi, l’intensité objective du parcours de formation suivi n’est pas associée à une meilleure intégration des normes culturelles ambiantes dans l’entreprise. L’appréciation subjective de la formation explique quant à elle une part de variance significative de la distance culturelle sur la dimension entraide-implication uniquement. Cet effet est attribuable pour l’essentiel à l’aspect « acquisition de connaissances » de l’appréciation subjective.
 
V. DISCUSSION
 
 
V . 1.SYNTHÈSE
Selon les résultats présentés ci-dessus, l’effort global de formation consenti par les recrues, tant en nombre de sessions de formation suivies, de stages effectués, de supports d’auto-apprentissage utilisés et de fréquence du tutorat, n’est significativement associé ni à la manifestation d’attitudes favorables à l’entreprise (hypothèse 1a), ni à l’incorporation des normes culturelles partagées dans l’entreprise (hypothèse 1b). Compte tenu de l’importance stratégique à long terme que revêt une intégration réussie des jeunes générations et de l’ampleur des efforts de formation consacrés à cette fin dans certaines entreprises, ces résultats sont de nature à interpeller les gestionnaires de ressources humaines. Ils ne surprendront toutefois pas les milieux scientifiques, déjà avertis par quelques études antérieures du faible impact des dispositifs formels de formation dans le processus de socialisation (Chatman, 1991 ; Saks, 1996). Dans la perspective de relativiser quelque peu l’efficacité très limitée de ces dispositifs, nous avons examiné plus spécifiquement le rôle joué par la méthode de formation utilisée et par l’appréciation subjective portée par les stagiaires sur leur parcours de formation.

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Par rapport à l’hypothèse selon laquelle certaines méthodes de formation seraient plus efficaces que d’autres (hypothèses 2a et 2b), la matrice des intercorrélations entre nos variables (tableau 1) fait effectivement ressortir des associations significatives entre le nombre de jours de formation suivis, le nombre de stages effectués, la fréquence du tutorat et divers indicateurs de socialisation alors que les supports d’auto-apprentissage paraissent de ce point de vue inutiles. Cependant, à l’exception du faible impact des supports d’auto-apprentissage, la hiérarchie des effets proposée dans les hypothèses 2a et 2b (prédominance des stages, puis du tutorat et des cours formels sur les dispositifs d’auto-apprentissage dans la facilitation du processus de socialisation) n’est pas véritablement confirmée. En outre, les modalités de mise en œuvre pédagogique (contenus couverts, publics visés, formateurs, pédagogie active ou transmissive...) de ces dispositifs de formation ont été minutieusement analysées (cf. tableau en annexe) parce qu’elles sont, elles aussi, susceptibles de moduler les effets socialisants de la formation. Toutefois, le parcours de formation offert aux jeunes recrues paraît être assez homogène d’une banque à l’autre et est clairement dominé par des formations formelles, centrées sur la connaissance du contexte et des produits bancaires, visant un public de jeunes recrues et données par des formateurs internes dans une optique de transmission de connaissances. Cette homogénéité ne nous a pas permis de tester l’impact de contenus et de choix pédagogiques alternatifs.
Contrairement aux indicateurs objectifs de formation, les diverses variables traduisant l’appréciation subjective portée sur la formation reçue contribuent fortement à prédire diverses attitudes favorables à l’entreprise ainsi que l’acculturation aux normes d’entraide partagées dans l’entreprise (hypothèses 3a et 3b). En ce qui concerne les effets sur les attitudes, ils sont essentiellement attribuables au sentiment que les recrues ont de recevoir une formation adaptée à leur profil personnel et utile à leur intégration dans l’entreprise (cf. tableau 2). En revanche, seule la dimension acquisition de connaissances de l’appréciation subjective semble influer sur l’acculturation (cf. tableau 3). Malgré la validité contestable de ces appréciations subjectives mesurées toutes par un item unique, ces résultats corroborent ceux de plusieurs études antérieures. Ainsi, il s’est avéré que plus que la quantité objective de formation reçue, c’est la quantité subjective (Saks, 1996), l’adéquation perçue entre l’offre de formation et les besoins de l’individu (Tannenbaum et al., 1991) ou encore le taux de satisfaction par rapport à la formation (Fullagar et al., 1992) qui sont significativement associés à divers indicateurs d’adaptation au travail. Les contrastes observés entre les effets des indices objectifs de formation et ceux des appréciations subjectives sont particulièrement importants. Ces écarts mettent en exergue, si besoin est, la distance qui existe entre les pratiques de gestion du personnel, variables qui sont celles sur lesquelles les gestionnaires ont prise, et les perceptions que les individus en ont, variables qui constituent les antécédents directs des comportements au travail.
Enfin, dans cette étude, nous avons veillé à appréhender le processus de socialisation non seulement en termes de développement d’attitudes favorables à l’entreprise mais aussi en termes d’acculturation (hypothèse 1b). À cet égard, si nos données confirment que les perceptions que les recrues ont de la culture ambiante sont sensiblement corrélées à la fréquence du tutorat dont elles ont bénéficié (cf. tableau 1), les dispositifs de formation ne semblent pas générer un processus d’acquisition des normes comportementales déjà partagées dans l’entreprise (tableau 3). Ces résultats bousculent quelque peu une vision de la socialisation comme étant avant tout l’incorporation progressive des schémas culturels propres à chaque entreprise (Van Maanen, 1976). En particulier, ces résultats contrastent avec ceux de Chatman (1991) et de Morrison (1993a) qui ont détecté un rapprochement significatif, au fil de la première année, entre les valeurs personnelles des recrues et les valeurs organisationnelles. Ils sont par ailleurs plus nuancés que ceux de van Vianen et Prins (1997) ou de Chao et al. (1994) qui n’ont pas relevé d’évolution significative de l’adéquation de jeunes recrues à certaines caractéristiques de la culture ambiante. En effet, dans cette étude, les perceptions culturelles des recrues sont effectivement sensibles à certains facteurs postérieurs à leur entrée dans l’entreprise, tels que les pratiques de tutorat auxquelles elles ont accès. Ces pratiques sont dès lors susceptibles de diffuser certaines normes culturelles particulières. En ce sens, les pratiques de socialisation, envisagées souvent comme moyen d’assimiler les jeunes recrues à la culture ambiante et d’éviter ainsi l’anomie, l’aliénation ou les problèmes identitaires (Hess, 1993), peuvent aussi être conçues comme des lieux de renouvellement culturel.
V . 2.LIMITES
La valeur et la portée de nos résultats doivent être relativisées au vu de certaines limites méthodologiques propres à cette étude. D’abord, exception faite du nombre de stages, de cours formels et de supports d’auto-apprentissage qui ont été déduits de données factuelles, la fréquence du tutorat, les appréciations subjectives, les attitudes au travail et les perceptions culturelles résultent toutes de mesures autorapportées. Il est dès lors possible que les corrélations observées, en particulier les corrélations importantes relevées entre les appréciations subjectives et les indicateurs attitudinaux de socialisation, résultent en partie d’un biais de variance commune liée à la méthode. Ce biais ne suffit toutefois pas à rendre compte à lui seul des résultats observés puisque certaines échelles d’appréciation subjective (par ex., individualisation et intégration dans l’entreprise) sont effectivement fortement corrélées aux indicateurs de socialisation tandis que d’autres ne le sont pas du tout (cf. tableau 2).
Ensuite, cette enquête a été menée de façon transversale, et non longitudinale, sur un échantillon de recrues ayant entre 2 et 54 mois d’ancienneté. En soi, ce type de dispositif ne permet pas de cerner la dynamique temporelle du processus de socialisation et de mettre en évidence un effet d’apprentissage consécutif à l’entrée dans une entreprise. En outre, il ne nous permet pas d’établir formellement une relation de cause à effet entre les parcours de formation et les indicateurs de socialisation. Par exemple, les corrélations positives entre l’appréciation subjective de la formation et les perceptions culturelles (notamment les dimensions d’entraide et d’implication, et d’innovation et productivité ; cf. tableau 1) peuvent être interprétées comme révélant un effet socialisant de la formation ou, à l’inverse, comme reflétant une influence de la perception des normes culturelles sur l’appréciation subjective de la formation reçue.
Par ailleurs, nous avons opté pour un dispositif de type corrélationnel au détriment d’une alternative quasi expérimentale (Cook & Campbell, 1979), méthodologiquement plus appropriée mais moins réaliste, qui aurait consisté à comparer des groupes de recrues bénéficiant ou non des différents types de formation (par exemple, Klein & Weaver, 2000 ; Saks, 1994 ; Waung, 1995). Saks et Ashforth (1997a) ont largement insisté sur le gain que constituerait l’usage de dispositifs quasi expérimentaux dans la recherche sur la socialisation organisationnelle, soulignant en particulier que « en raison du manque de dispositifs expérimentaux pour tester l’efficacité des différentes méthodes de formation/socialisation, nous ne savons pas si les programmes de formation ont un effet causal sur l’adaptation des nouveaux venus » (p. 259). Le dispositif corrélationnel utilisé dans cette étude, parce qu’il limite l’ampleur des contrastes entre les parcours de formation dont ont bénéficié les recrues, a probablement réduit l’amplitude et la signification des relations observées.
Enfin, pour assurer une taille suffisante à notre échantillon, nous avons inclus des recrues provenant de quatre entreprises différentes. Compte tenu de résultats de recherche récents (Ashforth et al., 1998) qui confirme l’impact du contexte organisationnel sur le processus de socialisation, nous avons choisi de contrôler la variance des attitudes au travail et des indices d’acculturation expliquée par la banque d’appartenance des recrues. Or, l’impact du contexte organisationnel sur la socialisation s’exerce vraisemblablement par l’entremise de diverses composantes de son mode de structuration du travail, de son climat interne et de sa politique de gestion des ressources humaines, composantes parmi lesquelles figure la stratégie de formation des recrues (Saks & Ashforth, 1997a). L’intensité du recours aux cours formels, à l’auto-apprentissage, au tutorat et aux stages diffère d’ailleurs significativement entre les quatre banques participant à cette étude (cf. tableau en annexe). En contrôlant la variable banque dans nos analyses, nous avons choisi de ne pas exploiter les variations de politiques de formation qui distinguent les entreprises les unes des autres et qui rendent compte, partiellement, des effets du contexte organisationnel sur les attitudes au travail et les perceptions culturelles. Cette réduction de variance a sans doute, elle aussi, contribué à réduire l’amplitude observée des relations entre formation et indices de socialisation.
V . 3.PERSPECTIVES
Dix ans après l’appel lancé par Feldman (1989), cette recherche constitue une des rares tentatives visant à jeter des ponts entre l’étude de la formation en entreprise et le champ de la socialisation organisationnelle. Dans cette perspective intégrative, une des pistes de recherche future a trait à la question des modes d’organisation et des conditions de déroulement de la formation susceptibles d’en optimiser les effets socialisants. En effet, nos résultats ont montré que la nature des dispositifs utilisés en formation (cours formels, auto-apprentissage, stages et tutorat), en tant que telle, ne module pas significativement l’efficacité de la formation en matière de socialisation. Par ailleurs, il est apparu que le jugement subjectif que les recrues portaient sur leur parcours de formation était quant à lui fortement associé à la qualité de leur intégration dans l’entreprise.
En conséquence, il importe de poursuivre l’analyse des modalités plus subtiles des situations de formation qui contribuent à en améliorer les effets socialisants, notamment en modulant la perception que les recrues en ont (Saks & Ashforth, 1997a). Comme le soulignaient très récemment Klein et Weaver (2000), « étant donné l’usage très répandu des formations formelles destinées à orienter les recrues, nous avons besoin de recherches supplémentaires sur les contenus et moments les plus appropriés pour ces programmes ainsi que sur leur impact » (p. 63). Il est en effet probable que l’efficacité des cours formels dépende de leur contenu, du public visé, du profil du formateur et des options pédagogiques qui leur sont propres. En raison du manque de variabilité de ces facteurs dans l’échantillon considéré ici (cf. tableau annexe), nous n’avons pu analyser leur impact. De même, en ce qui concerne le tutorat, certains travaux ont révélé que les répercussions de cette forme de guidance individuelle varient selon la qualité de la relation liant le mentor à son protégé ou encore selon le type de fonction assumée par le mentor (Chao, 1997 ; Major et al., 1995). Enfin, il est probable que les caractéristiques des fonctions attribuées aux recrues lors de leurs stages conditionnent elles aussi l’efficacité de ce dispositif.
D’un point de vue conceptuel, ce type d’analyse permettrait de tester l’hypothèse selon laquelle ce sont les modes de formation stimulant la proactivité des jeunes recrues et facilitant les interactions sociales symboliques (cf. sect. II . 2) qui sont en définitive les plus propices à la socialisation organisationnelle. D’un point de vue méthodologique, ces analyses gagneraient à se fonder sur des dispositifs quasi expérimentaux et longitudinaux, mieux à même de cerner les répercussions contrastées de différentes modalités de formation et de conclure à la valeur médiatrice de la proactivité et des interactions sociales dans une relation causale entre formation et ajustement au travail. Assurément et étant donné l’importance très relative de l’ampleur objective de l’effort de formation consenti, il importe d’avancer vers une meilleure identification des critères de qualité qui modulent les répercussions de la formation sur les processus d’adaptation des recrues à leur nouvel environnement.

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Manuscrit reçu : avril 2000.
Accepté en l’état : juin 2000.
 
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