2001
Le travail humain
Résumés de livres / book summaries
Bernaud, J. L., & Lemoine, C. (Eds.). (2000). Traité de psychologie du travail et des organisations. Paris : Dunod, 484 p.
Ce traité présente un panorama de la psychologie du travail et des organisations à l’heure actuelle. De manière synthétique, le lecteur notera la place, autant centrale que problématique, occupée par le concept de compétence dans cette discipline. C’est sur la base d’un développement des compétences individuelles par des voies très diverses en fait, que l’individu sera orienté, recruté, s’intégrera dans une équipe de travail, fera face au risque et au pouvoir hiérarchique et enfin s’articulera avec l’évolution des méthodes et des technologies. L’ouvrage s’organise sur la base de cinq grandes parties abordant respectivement les thèmes de l’individu face au travail, des salariés dans l’organisation, de « l’organisation comme système d’emprise », du risque lié au travail, enfin la dernière partie aborde les nouvelles perspectives ouvertes par notre époque : travail à distance, psychologie du consommateur et nouvelle place du travail dans la vie quotidien. Alors que les chapitres représentent des développements théoriques, l’ouvrage dispose également d’ « encadrés thématiques » constituant des illustrations d’une idée du chapitre, de débats ou encore de méthodes utilisées dans le domaine. Notons, en outre, une importante bibliographie de références (plus de huit cents références).
Benchekroun, T. H., & Weill-Fassina, A. (Eds.). (2000). Le travail collectif : perspectives actuelles en ergonomie. Toulouse : Octarès, 286 p.
Cette publication des Actes d’un séminaire s’adresse plus particulièrement à un public de chercheurs en ergonomie qui souhaitent se faire une idée des différentes méthodes d’analyse détaillée des activités collectives. Les coordinateurs ont fait un gros effort de mise en perspective de treize contributions somme toute très hétérogènes. Les auteurs se sont efforcés de montrer en quoi chacune de leurs méthodes est productive, en s’appuyant sur des exemples concrets. Les exposés restent néanmoins quelque peu ésotériques pour qui n’a pas l’intention de s’investir dans une méthode particulière, mais seulement de se faire une idée de l’adéquation de telle méthode à ses propres objectifs ou options théoriques. L’ouvrage reflète certainement la réalité d’une conjoncture de recherche où fleurissent des approches, comme on peut le lire en quatrième page de couverture, qui « se développent actuellement de manière parallèle d’un point de vue théorique, méthodologique et pratique ».
Curie, J. (2000). Travail, personnalisation, changements sociaux. Archives pour les histoires de la psychologie du travail. Toulouse : Octarès, 544 p.
La modestie de l’auteur de ce recueil de textes lui fait souligner son hétérogénéité. Toutefois, la question centrale de tous ces travaux est clairement exprimée par l’auteur, représentant non classique d’une psychologie sociale du travail : « Comment dans l’ici et maintenant de l’activité de travail et de ses contraintes se manifestent les efforts d’un sujet pour sauvegarder ce à quoi il tient de ses expériences passées... et ce qu’il veut faire advenir dans un futur différencié en de multiples champs d’engagement... » On trouvera dans cet ouvrage une description de la problématique des changements personnels et sociaux, développée par l’auteur et par le laboratoire qu’il a dirigé avec P. Tap, des développements de la notion de système d’activités (dans l’ensemble des domaines de la vie quotidienne) et de sa mise en œuvre dans des situations de transition (recherche d’un premier emploi, chômage), quelques textes sur la norme sociale d’internalité et des réflexions éparses sur la recherche en psychologie et en ergonomie. Ce livre, surtout destiné aux chercheurs, se présente comme une contribution à l’histoire d’une psychologie du travail aux multiples visages.
De Terssac, G., & Tremblay, D. G. (Eds.). (2000). Où va le temps de travail ? Toulouse : Octarès, 284 p.
Le déploiement des négociations sur le temps de travail et les tensions qu’il exacerbe montrent, s’il est besoin, le caractère discutable des fausses évidences sur les bienfaits mécaniques de la réduction du temps de travail. Une quinzaine de contributions d’origines disciplinaires variées constituent ce recueil de textes : sociologie, philosophie, ergonomie, économie, organisation et droit. Elles visent à faire un bilan des connaissances et des expériences en ce domaine pour former les acteurs et tracer des lignes de recherche. Il est rappelé que la norme temporelle est une construction sociale et sa négociation renouvelée (elle l’a déjà été par le passé) fait apparaître de grandes hétérogénéités selon les caractéristiques individuelles (métier, sexe, etc.). Il convient d’abord de replacer le temps de travail par rapport aux autres temps et même de reconsidérer la définition du travail lui-même qui est loin d’aller de soi. Cet ouvrage sera utile à ceux qui veulent y voir clair sur cette question pleine de paradoxes corrélatifs à la réduction du temps de travail, comme l’observation d’un accroissement des contraintes temporelles ou le réinvestissement systématique du temps gagné dans des activités contraintes. On regrettera seulement que cette enfilade de contributions n’ait pas été structurée de façon plus didactique.
Lamonde, F. (2000). L’intervention ergonomique : un regard sur la pratique professionnelle. Toulouse : Octarès, 143 p.
Au centre de cette monographie se situe l’application d’une méthode d’observation inspirée de l’anthropologie pour décrire l’activité d’un ergonome praticien au cours d’une étude particulière. Cette description est l’occasion pour l’auteur de réactiver un certain nombre de débats sur des thèmes aussi divers que la synergie entre recherche et pratique, la démarcation entre l’ergonomie francophone et le courant Human Factors, les relations entre l’ergonomie et d’autres disciplines, le hiatus entre la formation des ergonomes et la réalité des pratiques professionnelles. Cette contribution sera utile aux praticiens, aux enseignants et aux chercheurs, plutôt comme une base de réflexion que comme un cadre bien établi, tant les questions posées sont nombreuses et provocatrices, mais tout à la fois en forme de points d’interrogation. Le lecteur sera frappé par une centration un peu forcée sur l’analyse de l’activité qui dit finalement peu de chose sur ce que cette activité produit et qui ne permet guère de l’évaluer.
Leplat, J. (2000). L’analyse psychologique de l’activité en ergonomie. Aperçu sur son évolution, ses modèles et ses méthodes. Toulouse : Octarès, 164 p.
Ce court fascicule est une introduction à l’analyse du travail qui privilégie le point de vue psychologique sur le travail, sans en négliger les aspects collectifs. Il rappelle l’histoire de l’analyse du travail et s’efforce d’intégrer des approches récentes. L’activité est approchée à partir de la tâche (ce qui est à faire : décomposition hiérarchique, relations entre buts et moyens, découpage en unités, contraintes, conditions techniques, organisationnelles, collectives), à partir de l’agent (système de traitement, générateur de ses propres fins), à partir du couplage. Un chapitre présente les principales méthodes et l’ouvrage se conclut sur quelques modèles d’activité. Sans constituer un manuel, ce dont l’auteur se défend, cet ouvrage constituera un support de cours utile, non seulement dans le domaine de l’analyse du travail, mais aussi dans celui de l’analyse de l’activité psychologique en général.
Sarter, N. B., & Amalberti, R. (Eds.). (2000). Cognitive engineering in the aviation domain. Mahwah, NJ : Lawrence Erlbaum Associates, 363 p.
Ce volume rassemble une douzaine de textes écrits par des auteurs très connus dans le domaine et se présente comme une succession de flashes sur la plupart des thèmes d’intérêt du génie cognitif en aviation. Pour la plupart, ces textes ne présentent pas des idées originales d’auteurs qui les ont déjà largement publiées par ailleurs. Mais l’ouvrage permet de les trouver regroupées dans une même publication, sous une forme un peu condensée. À ce titre, cet ouvrage s’adresse à un public assez large, tant dans le domaine du génie cognitif que de l’ergonomie cognitive, bien au-delà de la communauté aéronautique et de la recherche. On y trouvera quelques cadres et modèles utiles à l’étude de la relation homme-machine, donnant un éclairage théorique, par exemple sur la dynamique du système homme-machine, sur la charge et la complexité, ainsi que sur le contrôle cognitif. Le thème du soutien à l’activité humaine permet d’aborder des questions aussi variées que les interfaces centrées sur la tâche, le soutien à la conscience de la situation, la simulation pour valider des systèmes futurs, la formation des pilotes (notamment aux situations imprévues produites par l’automation), ainsi que la sécurité. Probablement du fait d’un délai de publication assez long, les références citées apparaissent un peu anciennes, bien que toujours d’actualité. On aurait aimé disposer de résumés des chapitres dans la mesure où cet ouvrage peu structuré s’apparenterait plutôt au style d’un numéro spécial de revue que d’un livre de synthèse.
Tricot, A., & Rouet, J. F. (Eds.). (1998). Les hypermédias : approches cognitives et ergonomiques. Paris : Hermès, 231 p.
Publié en lien avec la revue Hypertextes et hypermédias, chez le même éditeur, cet ouvrage trace un état des lieux de la recherche française en matière de psychologie et d’ergonomie cognitive des hypermédias qui prennent de plus en plus de place dans notre environnement, notamment avec Internet. Il est bien structuré en trois parties. La première est consacrée à la conception et à la modélisation des processus cognitifs de recherche de l’information dans les hypermédias, avec une contribution de P. Wright. La seconde présente quelques synthèses dans des domaines tels que la prise de décision et l’apprentissage. La troisième est consacrée à quelques études expérimentales, notamment dans le domaine de l’apprentissage des langues. Dans ce domaine en émergence, il est temps que les recherches prennent corps. Ce livre encouragera les étudiants et les chercheurs à s’y intéresser de plus près. Il sera très utile également aux praticiens qui seront de plus en plus confrontés à ces questions.