2001
Les Cahiers de la Shoah
Le judaïsme religieux au lendemain de la Libération : rénovation ou retour au passé ?
Claude Nataf
Durant la nuit de l’Occupation, malgré les persécutions, les arrestations, les déportations, le judaïsme n’a pas cessé d’exister en France en tant que religion. Dès le lendemain de la débâcle de juin 1940, le grand rabbin de France
[1], les rabbins et les dirigeants laïcs du Consistoire ont considéré qu’ils avaient le devoir, en dépit des circonstances, d’assurer aux fidèles l’exercice du culte et des pratiques religieuses. Dix-sept rabbins et le président du Consistoire central, Jacques Helbronner, sont déportés, mais le Consistoire central, replié à Lyon, poursuit ses activités sous la direction de Léon Meiss jusqu’au débarquement allié
[2].
Paradoxalement, c’est pendant cette période dramatique de l’histoire de la communauté juive de France que de nombreux Juifs redécouvrent leur judéité et la religion de leurs ancêtres. Maints cours, cercles d’études, ateliers de réflexion voient le jour, tant à l’initiative de rabbins que de mouvements comme les Éclaireurs israélites de France (EIF) ou de particuliers. C’est alors aussi que le judaïsme français prend en compte le judaïsme immigré et qu’une interpénétration s’accomplit entre les hommes et les institutions qui trouve son apogée en 1944 avec la création du CRIF
[3].
Inversement, des Juifs sont tentés par une conversion au christianisme. Certains y ont vu, à tort, un moyen d’échapper aux persécutions, d’autres ont un sentiment de reconnaissance à l’égard d’institutions ou de religieux qui les ont cachés pendant la guerre ; pour d’autres enfin, la conversion traduit une volonté de rupture avec un destin d’éternel persécuté.
La libération du territoire ouvre donc des voies nouvelles au judaïsme religieux. Elle peut aussi, compte tenu des déportations, des deuils, des ruptures, marquer le point de départ d’une lente déliquescence. Notre étude, qui porte sur la période de la Libération et des premières années de l’après-guerre, vise à rechercher les éléments de continuité et de renouveau au niveau de l’institution consistoriale elle-même, de la pratique du culte et de la doctrine religieuse.
L’institution consistoriale au sortir de la guerre
Le 31 août 1944, Paris à peine libérée, tandis que les mouvements de la résistance juive occupent les locaux des institutions d’avant-guerre, la Délégation du Consistoire central pour la zone occupée, qui a fonctionné à Paris depuis 1943, se réunit au 17 rue Saint-Georges, sous la présidence de Julien Weill, le grand rabbin de Paris
[4]. La Délégation s’est d’abord occupée d’affecter la synagogue de la rue Buffault aux militaires juifs de la 2
e DB et celle de la rue Copernic (synagogue de l’Union libérale israélite provisoirement gérée par le Consistoire) aux fidèles de l’armée américaine. Elle vote une adresse au général de Gaulle auquel le grand rabbin de Paris est prié de demander audience pour lui exposer les problèmes de la communauté.
Elle décide également d’organiser, le 7 septembre 1944, une cérémonie d’actions de grâces pour la libération de Paris, sans y inviter les autorités publiques, mais à laquelle les militaires juifs présents dans la capitale sont priés de s’associer. La forme voulue pour cette cérémonie est conditionnée par deux préoccupations bien distinctes : le grand rabbin Julien Weill estime indécent de se réjouir alors que l’on est sans nouvelles des dizaines de milliers de déportés dont on peut présumer le sort funeste ; les membres de la Délégation sont encore marqués par les années de persécutions et l’attitude du gouvernement de Vichy à l’égard du judaïsme : ils se demandent si le judaïsme a bien à nouveau droit de cité en France au même titre que les autres religions et, craignant d’essuyer un refus, préfèrent donner à la cérémonie un caractère privé.
Mais en même temps, à travers les décisions prises, l’institution consistoriale affirme la pérennisation de son rôle représentatif du judaïsme français. En prenant l’initiative de solliciter une audience auprès du chef du Gouvernement provisoire pour lui exposer les problèmes de la communauté, en organisant une cérémonie en l’honneur de la libération de Paris, le Consistoire s’inscrit, au travers de la Délégation nommée en pleine occupation allemande, dans la continuité de son rôle d’avant-guerre, pour le présent et pour l’avenir.
Cette initiative, qui remet en selle l’institution, ne fait pas l’unanimité dans les milieux résistants où l’on reproche aux dirigeants consistoriaux leur passivité pendant l’Occupation. Selon Simon Lévitte, responsable EIF et dirigeant du Mouvement de la jeunesse sioniste (MJS), on est à la veille d’un putsch des Juifs communistes
[5], mais même un esprit modéré comme Edmond Fleg demandait la démission de la totalité des membres du Consistoire à l’exception de Léon Meiss et de Joseph Fischer, ancien animateur du Fonds national juif qui avait joué un rôle essentiel dans la résistance
[6].
Léon Meiss réussit à regagner Paris dans les premières semaines de septembre 1944, tandis que le grand rabbin Isaïe Schwartz et son auxiliaire, le grand rabbin Jacob Kaplan, demeurent à Lyon
[7]. À Paris, Léon Meiss se rend compte par lui-même des nombreux conflits qui déchirent la communauté. Les tensions sont vives entre les responsables du culte et les groupements de résistance juive qui occupent un certain nombre de locaux communautaires, en particulier le séminaire de la rue Vauquelin. Le grand rabbin Maurice Liber s’indigne de la désinvolture et du sans-gêne des occupants qui ne comprennent pas la nécessité de libérer les locaux pour les rendre à leur destination spirituelle.
Léon Meiss doit arbitrer bien des conflits de ce type. Mais il est surtout confronté aux jugements négatifs des uns et des autres sur les dirigeants du rabbinat et du Consistoire central. Les milieux résistants reprochent à l’institution consistoriale de ne pas avoir rompu tous liens avec Vichy pendant la guerre et d’avoir cherché à respecter une légalité « infâme » pour tenter de préserver sa mission cultuelle. Les membres de la Délégation parisienne (et les gens qui en sont proches) ont le sentiment, eux, d’avoir été abandonnés par le grand rabbin de France et les dirigeants demeurés autour de lui à Lyon, qui ont bénéficié de la relative sécurité de la zone libre jusqu’en novembre 1942, et qui n’ont pas été soumis au port de l’étoile jaune et aux pressions quotidiennes de la Gestapo. Ce sont aussi les barons Édouard et Robert de Rothschild qui sont accusés d’avoir abandonné leurs fonctions respectives de président du Consistoire central et de président du consistoire de Paris pour se réfugier à l’étranger, et dont le retour à la tête de ces organismes apparaît impossible. Léon Meiss s’ouvre de ces difficultés dans une lettre à Albert Manuel le 2 octobre 1944, en lui demandant d’en informer avec ménagement le grand rabbin de France
[8].
Les anciens dirigeants de l’Union générale des israélites de France (UGIF) sont, pour leur part, interdits de toute activité au sein des institutions juives et, alors qu’on se contente de demander la démission ou le remplacement des dirigeants rabbiniques ou consistoriaux dont le départ de Paris est condamné, les organisations de résistance réclament un procès public devant une juridiction de droit commun pour tous ceux qui ont accepté des responsabilités dans l’organisme créé par Vichy et considéré comme un instrument de collaboration. De ce procès Léon Meiss ne veut à aucun prix, car il craint que l’étalage public de défaillances ou d’actes regrettables compromette la restauration du culte et le retour dans le giron du judaïsme de fidèles éloignés ou réservés.
Aussi use-t-il de ses liens personnels avec les groupements de Juifs étrangers et de résistance ainsi que de ses nouvelles fonctions de président du CRIF, pour aplanir les conflits, calmer les revendications et procéder, lentement et par des voies déviées, à la remise en ordre des affaires cultuelles. Il est d’ailleurs aidé dans cette tâche par Joseph Fischer, délégué de l’Organisation sioniste, qui estime fondamental pour les débats à venir en vue de la création d’un État Juif, d’obtenir le soutien ou la neutralité des dirigeants traditionnels du judaïsme français. En d’autres termes, Fischer juge plus important d’avoir pour porte-parole du judaïsme français les notables d’avant-guerre revenus à de meilleurs sentiments sur le sionisme que les dirigeants des milieux immigrés ou des mouvements de résistance, même si leurs convictions sionistes sont plus anciennes et plus fermes. Léon Meiss est également aidé auprès des notables par René Mayer, membre du Consistoire central et ministre du Gouvernement provisoire, et par Guy de Rothschild, que sa conduite pendant la campagne de France et dans les Forces françaises libres met à l’abri des critiques émises à l’encontre de certains membres de sa famille.
Il y a donc une action personnelle de Léon Meiss pour assurer la pérennité du Consistoire hors des instances consistoriales régulières qui ne sont pas encore remises en fonction, en prenant des initiatives qui rompent néanmoins avec le passé de l’institution. Le fait le moins remarqué, le plus discret, mais le plus lourd de conséquences à terme, est l’abandon de la devise « Patrie et Religion ». Nous n’avons retrouvé aucune trace d’une délibération officielle autorisant ou entérinant cet abandon. Il se déduit simplement d’un nouveau papier à lettre sur lequel la devise ne figure pas et elle ne réapparaît jamais par la suite. S’agit-il d’une décision personnelle de Léon Meiss ou suggérée à ce dernier par Joseph Fischer ? Rien ne permet, en l’état de nos connaissances, de répondre à cette question. Mais la suppression de cette devise s’éclaire par l’admission au sein du Consistoire, du fait des circonstances, d’éléments étrangers et sionistes. Elle résulte en tout cas de la conviction de Léon Meiss que, s’il fallait assurer la pérennité du Consistoire, il ne fallait pas refaire le Consistoire d’avant-guerre et que le temps du franco-judaïsme était dépassé.
Léon Meiss s’emploie également à instituer des relations avec des organismes avec lesquels le Consistoire avait refusé de nouer des rapports officiels dans le passé. Indépendamment des liens entretenus pendant l’Occupation avec l’American Jewish Joint Distribution Committee et avec les mouvements sionistes, des contacts s’établissent avec le Congrès juif mondial (CJM) et avec les organisations juives américaines. À la fin de 1944, Léon Meiss se rend aux États-Unis avec le grand rabbin Kaplan et Guy de Rothschild pour assister à une session du CJM et prendre contact avec le judaïsme américain.
Tout en s’efforçant de restaurer l’exercice du culte, et de le développer, Léon Meiss, rompant là encore avec l’attitude consistoriale d’avant–guerre, n’entend pas limiter l’action du Consistoire au domaine strictement religieux à l’exclusion de tous les autres : l’action sociale, la recherche des enfants cachés, la protection des orphelins, l’accueil à réserver aux déportés, les réparations. Cette tâche lui est facilitée car toutes les organisations sont concernées par ces problèmes et sont conscientes qu’il est le plus apte à se faire entendre par les pouvoirs publics, aux yeux desquels il représente à la fois la résistance, les milieux modérés et l’institution traditionnelle du judaïsme français. Aussi, spontanément ou par nécessité, tous les groupements en viennent-ils à se rallier à Léon Meiss qui devient réellement le porte-parole de la communauté. Ce consensus qui se crée autour de sa personne ne conduit pas Meiss à rompre avec les notables traditionnels du judaïsme français. Au contraire, il lui permet d’obtenir progressivement que l’on passe l’éponge sur les « défaillances », que l’on jette un voile pudique sur l’UGIF et d’affirmer la continuité du Consistoire. Pour lui, il n’y a pas un Consistoire d’avant-guerre et un nouveau Consistoire d’après-guerre. Il y a une seule et même institution qui n’a pas cessé de fonctionner pendant la guerre et qui continue avec des changements introduits en fonction des circonstances
[9].
Son action personnelle aboutit à la remise en marche des instances régulières. Le grand rabbin de France rentre à Paris en octobre 1944. Le consistoire de Paris reprend son autonomie d’avant-guerre et sa première réunion a lieu le 17 novembre 1944 sous la présidence de Jacques Sée, vice-président, et en l’absence du baron Robert de Rothschild, toujours à l’étranger. La première réunion du Consistoire central se tient en janvier 1945 et l’assemblée générale du rabbinat français se réunit les 11, 12 et 13 avril 1945.
L’examen des procès-verbaux de ces délibérations permet de dégager les préoccupations principales de l’institution consistoriale et de ses dirigeants. L’exercice du culte apparaît comme la priorité des priorités, en ayant recours pour ce faire à tous les moyens et à toutes les aides possibles. Ainsi, rompant avec sa jurisprudence antérieure, devant la pénurie de rabbins et de ministres-officiants, le consistoire de Paris décide d’avoir recours à des auxiliaires étrangers. De son côté, l’Association des rabbins français demande au judaïsme américain d’adresser des objets de culte (taleth, tefillin…) qui manquent cruellement et d’imprimer des livres de prières en langue française en attendant qu’on puisse le faire en France.
Mais des questions nouvelles se posent à l’institution : le sionisme et la
Shoah
[10]. Vis-à-vis du sionisme les réactions sont prudentes. Certains dirigeants craignent qu’on leur reproche de vouloir se séparer de la nation française alors que les Juifs sont réintégrés dans la communauté nationale. Des rabbins ont peur, en prenant une position pro-sioniste, de heurter leurs fidèles et de les voir s’éloigner de la Synagogue. On se borne donc à réaffirmer la fidélité à la charte du CRIF adoptée pendant la guerre.
La perception de la
Shoah apparaît douteuse et pour le moins tardive et contestable. Jusqu’en mai 1945, le discours consistorial déplore l’absence des déportés, compatit à leurs souffrances, espère leur prochain retour en exprimant parfois l’espérance que la « barbarie nazie » n’aura pas fait beaucoup de victimes parmi eux. Après la découverte des camps, on a le sentiment que les instances consistoriales n’ont pas mesuré la spécificité du génocide, ou si elles l’ont mesurée, qu’elles n’entendent pas la mettre en lumière. Le discours officiel, tout en soulignant l’immensité des persécutions dont les Juifs ont été victimes, ne les sépare pas des persécutions subies par les autres Français. Comme leurs concitoyens, peut-être plus que d’autres, les Juifs ont souffert, mais cette souffrance s’inscrit dans la continuité de l’esprit allemand : le nazi qui persécute les Juifs est l’héritier du ulhan de 1870, du cuirassier de 1914, qui violaient les femmes et étranglaient les enfants. En d’autres termes, le discours consistorial tend à intégrer la persécution des Juifs dans le martyrologe de la France en occultant toute spécificité du martyrologe juif. Dans les cérémonies organisées en 1945 pour le retour des déportés, on assimile « déportés de la Résistance » et « déportés juifs »
[11] et le problème de la déportation des enfants juifs est à peine effleuré. Le Consistoire central déploie de très nombreux efforts pour faire reconnaître aux déportés le titre de « mort pour la France ».
En réalité, l’institution consistoriale se préoccupe surtout des conséquences de la
Shoah sur la pratique religieuse. Dès 1945, le congrès rabbinique s’inquiète des conditions dans lesquelles les femmes des déportés non revenus des camps pourront faire la preuve du décès si elles souhaitent se remarier. À la suite d’un rapport du rabbin Deutsch sur ce problème de l’
agouna
[12], le rabbin Kapel est chargé de se mettre en relation avec les associations de déportés et les œuvres qui ont pu constituer des fichiers pour rechercher dans chaque cas des moyens de preuve. Le rabbinat met en place toute une procédure pour éviter aux femmes concernées d’être empêchées de se remarier, tout en s’abstenant de transgresser les principes de la
Halakha.
Mais c’est le sort des enfants cachés pendant la guerre dans des institutions chrétiennes, ou qui se retrouvent sans famille, qui retient surtout l’attention et l’inquiétude du rabbinat. Il souhaite le retrait des enfants placés dans des familles chrétiennes et dans des institutions non juives pour les confier à des familles juives et à des maisons d’enfants créées par les œuvres juives. Le rabbinat participe très activement à la commission de dépistage des enfants. Il insiste auprès des œuvres pour qu’elles donnent, dans leurs maisons, une instruction religieuse en liaison avec le rabbin de leur région. À partir du mois de décembre 1945, il s’oppose très fermement aux maisons de l’Union des Juifs pour la résistance et l’entraide (UJRE), proche du Parti communiste, et à celles de l’Organisation de secours aux enfants (OSE) auxquelles il reproche de ne pas dispenser d’éducation religieuse et de ne pas respecter les règles alimentaires. La situation s’améliore avec l’OSE à partir de 1947. Le grand rabbin Kaplan réclame à plusieurs reprises que le Consistoire crée ses propres maisons avec l’aide du judaïsme américain, mais ne parvient pas à faire entrer dans ses vues les dirigeants laïcs du Consistoire qui préfèrent parvenir à un accord avec l’OSE et intervenir pour faciliter l’enseignement des rabbins dans les maisons
[13].
C’est le même souci de récupérer des frères perdus qui guident le Consistoire et le rabbinat à l’égard des convertis de la guerre. Loin de leur jeter l’anathème, le rabbinat multiplie les appels en rappelant qu’ils ont toujours leur place dans la Synagogue et que toutes facilités leur seront données pour revenir au sein du judaïsme.
Confrontés aux problèmes des changements de noms, très nombreux à partir de 1945, le rabbinat et le Consistoire central essaient de dégager une position commune. Pour le grand rabbin de France, le changement de nom est un premier pas vers l’assimilation, puis vers le mariage mixte, et enfin vers la conversion. Léon Meiss réagit davantage en juriste : le changement de nom est un acte volontaire qui est permis par la loi depuis plus d’un siècle sous le contrôle du Conseil d’État, et qui favorise l’intégration dans la société française. Il suggère de manifester compréhension et sympathie aux postulants pour ne pas les repousser définitivement hors du judaïsme et pour tenter au contraire de les y maintenir
[14]. Mais le Consistoire, dans sa majorité, est plutôt de l’avis d’Isaïe Schwartz.
Fidèle à sa mission traditionnelle, le judaïsme consistorial veut éviter toute déperdition des fidèles. Il multiplie les appels à ceux qui se sont mariés civilement du fait de la guerre pour qu’ils se marient religieusement, aux parents qui n’ont pas fait circoncire leurs enfants pour qu’ils régularisent dans les meilleurs délais dans l’intérêt de l’enfant. Il s’efforce de faciliter, malgré les restrictions, la pratique de la cacherout.
Ainsi, pendant les premiers mois, le Consistoire déborde de son champ d’activités traditionnelles du fait de la guerre et de ses conséquences. Mais ses activités strictement cultuelles prennent rapidement une place prépondérante pour redevenir ensuite son seul centre d’intérêt.
La pratique du culte : une situation préoccupante
Il est toujours très difficile de mesurer la pratique religieuse des individus. Cette recherche est encore plus complexe pour le judaïsme, où la pratique ne passe pas nécessairement par l’adhésion à une institution ou par la fréquentation d’une synagogue. Nous disposons cependant d’un instrument particulièrement appréciable pour notre recherche. Dès 1945, le Consistoire a adressé à toutes les communautés un questionnaire pour connaître la situation après la tourmente. Les réponses ont été conservées dans un dossier qui se trouve aux archives du Consistoire central sous la rubrique « Consistoire central circulaires »
Les communautés sont invitées à communiquer les informations suivantes : leur nombre d’adhérents avant la guerre et en 1945, le nombre de déportés, celui des déportés revenus des camps, le nombre des « morts pour la France », les dégâts subis pendant la guerre par les édifices communautaires, le nombre d’offices célébrés, les taux de fréquentation, les cours dispensés, les besoins en livres et objets de culte, la situation de la cacherout, la pratique de la circoncision, les relations avec les œuvres juives, la situation des orphelins, les contacts avec les autorités publiques. Les communautés ont presque toutes répondu avec le plus de précision possible à toutes les questions, ce qui permet d’avoir une photographie assez exacte de la pratique religieuse dans les mois qui suivent la fin de la guerre.
Sur le plan des adhésions, trois communautés enregistrent une nette augmentation : ainsi, Marseille passe de 342 à 642 adhérents, Montpellier de 60 à 90, Clermont-Ferrand de 60 à 105. Enfin, une nouvelle communauté comprenant 120 membres est créée à Pau, mais elle est dépourvue de rabbin depuis le départ du rabbin Bauer qui a retrouvé sa communauté de la rue Buffault à Paris. Partout ailleurs on enregistre une diminution : Paris perd un millier d’adhérents, Nancy 500, Metz 200 environ. Mais ces baisses restent faibles, sauf dans l’Est. Les communautés signalent que les pertes dues aux déportations sont compensées par des adhésions nouvelles, d’une part de Juifs déjudaïsés auxquels la guerre a fait prendre conscience de leur judéité, d’autre part de Juifs d’origine étrangère qui se tenaient jusqu’alors éloignés de l’institution consistoriale, principalement à Paris, Marseille, Nice.
Pour le reste, il nous a semblé intéressant de résumer les réponses des communautés, en les citant par ordre alphabétique.
Agen : la communauté, fondée en 1940 par des réfugiés, dispose d’une synagogue d’une centaine de places et de deux sifré-Torah, dont l’un en très mauvais état. En 1945, une vingtaine de familles ont décidé de demeurer dans la région. Des offices sont célébrés le vendredi soir et les jours de fêtes par un ministre-officiant bénévole. Ces familles semblent assez pratiquantes et reçoivent de la viande cachère de Périgueux. Une quinzaine d’enfants suivent des cours d’instruction religieuse dispensés bénévolement par un fidèle.
Amiens : la communauté regroupait en 1939 une centaine de familles domiciliées dans tout le département de la Somme. En 1946, il n’en reste que 38. 63 personnes ont été déportées, et 7 seulement sont revenues. La synagogue, construite en 1936, a été épargnée, mais les objets du culte et tout le mobilier ont été pillés par les Allemands. Un office est célébré le vendredi soir par le rabbin Apeloig, venu spécialement de Lille, ou par un fidèle. La communauté signale qu’elle a absolument besoin d’un sefer-Torah, et d’objets du culte.
Avignon : le président de la communauté, Me Lévy, précise qu’il assume seul la responsabilité de la communauté et qu’il n’a pas pu composer un conseil d’administration. 121 personnes ont été déportées, 22 sont rentrées. Le président ne précise pas le nombre d’adhérents de la communauté avant la guerre. La très belle et ancienne synagogue comprend 500 places et n’a pas subi de dégâts. Des offices religieux sont célébrés de temps en temps par des fidèles eux-mêmes, mais l’assistance y est réduite sauf aux grandes fêtes où il y a affluence. Le président signale que le besoin d’un rabbin se fait cruellement sentir. 70 à 80 enfants seraient susceptibles de recevoir une instruction religieuse, mais il n’y a aucune personne qualifiée pour s’en occuper. Il informe le Consistoire central que les synagogues de Carpentras et de Cavaillon sont désaffectées, ces communautés ayant été décimées par les déportations.
Bayonne : détruites pendant l’Occupation, les archives ne permettent pas de préciser le nombre d’adhérents en 1939. 60 personnes (dont le grand rabbin Ernest Ginsburger) ont été déportées et 2 seulement sont rentrées. Le temple a été occupé par les Allemands du 22 juillet 1942 au 24 août 1944 et les dégâts sont très importants. En 1945, la communauté comprend 240 adhérents environ. Des offices sont célébrés tous les soirs de semaine, et le samedi les trois offices quotidiens. Une quarantaine de fidèles assistent régulièrement aux offices qui, en l’absence de rabbin, sont célébrés par un ministre-officiant, Herrera, qui exerce par ailleurs la profession de coiffeur. La communauté bénéficie de la présence d’un shohet, mais l’abattage rituel n’est pas rétabli. Un cours d’instruction religieuse réunit une quinzaine d’enfants, garçons et filles.
Belfort : la communauté a été fondée avant 1814. La synagogue qui contient 250 places, construite en 1856, a été endommagée par les troupes allemandes et les bombardements. Tous les objets du culte ont disparu. 225 familles adhéraient à la communauté en 1939. En 1945, ce nombre est réduit à 135. 185 personnes ont été déportées, 7 sont rentrées. Les offices religieux sont célébrés tous les jours par le rabbin Kahlenberg, assisté par un ministre-officiant qui est en même temps shohet. Il y a régulièrement minyan (10 hommes) pour les offices de semaine et une quarantaine de fidèles le samedi. Le rabbin professe deux cours d’instruction religieuse, l’un pour les garçons (18 élèves), l’autre pour les filles (24 élèves), et un cours spécial pour les adultes le soir.
Besançon : de 183 adhérents en 1939, et malgré 96 déportations, la communauté passe à 106 adhérents en 1945, grâce à la présence de réfugiés d’Alsace et de Juifs étrangers. La synagogue, occupée par les Allemands, a été dévastée : orgue détruit, lustres et candélabres, tapis, rideaux, livres emportés. En attendant la restauration en cours, les offices ont lieu dans un local loué le vendredi soir et le samedi matin par un rabbin d’origine étrangère. Une quarantaine de personnes (hommes et femmes) y assistent régulièrement. Des cours d’instruction religieuse sont dispensés par le rabbin à une vingtaine d’enfants. La communauté a un ministre-officiant et un shohet, et elle assiste financièrement les réfugiés.
Châlons-sur-Marne : la communauté, fondée en 1868, regroupe en 1946 une soixantaine d’adhérents, hommes et femmes. La synagogue fondée en 1874 a été entièrement détruite, sauf la toiture et les murs. Tout le mobilier et les objets de culte ont été volés. Les offices ont lieu le vendredi soir, le samedi et les jours de fêtes. Ils sont célébrés par un ministre-officiant. Le rabbin de Reims, Max Sal, s’occupe de la communauté et dispense un enseignement religieux une fois par semaine à une vingtaine d’enfants. La communauté réclame avec insistance des livres et des objets de culte.
Clermont-Ferrand : la communauté a augmenté son nombre d’adhérents grâce aux réfugiés, et, selon le président, il y aurait encore 250 adhérents potentiels. La synagogue a été dévastée, mais les offices ont lieu tous les jours, célébrés par un ministre-officiant réfugié d’Épinal, et réunissent 20 à 25 fidèles. Deux cours d’instruction religieuse sont professés par un étudiant. La communauté se plaint de ne pas avoir de shehita (abattage rituel) ni de livres de prières.
Dijon : la communauté a perdu une centaine de personnes ; la synagogue, pillée, ne contient plus d’objets de culte. Le rabbin a été déporté et les offices sont célébrés les vendredi soir, samedi matin et les jours de fêtes par un agent d’assurances, Benoît Weill, qui est en même temps shohet et assure l’instruction religieuse. Il n’y a pas de mohel (circonciseur). La communauté s’occupe des enfants de déportés hébergés dans la maison de l’OSE.
Elbeuf : dans cette communauté fondée en 1871, le nombre d’adhérents, faible en 1939 (42 hommes et 41 femmes), est réduit de moitié. La synagogue, qui contient 200 places, est endommagée. Les offices ne sont plus célébrés depuis 1939. Il n’y a ni rabbin, ni cours d’instruction religieuse. Un gardien veille sur les lieux.
Épernay : bien que 23 déportés sur 24 ne soient pas rentrés, le nombre d’adhérents est resté relativement stable entre 1939 et 1945 grâce à l’apport du judaïsme étranger. La synagogue a été saccagée et bombardée. Les offices sont célébrés le vendredi soir et les jours de fêtes devant une dizaine de fidèles par un ministre-officiant qui assure en même temps la shehita. Le rabbin de Reims visite régulièrement la communauté et le président, qui est médecin, fait fonction de mohel pour toute la région.
Épinal : les archives de cette communauté ont été totalement détruites, de même que la synagogue. 130 personnes ont été déportées, 5 sont revenues. Le nombre d’adhérents, estimé à 270 en 1939, est réduit à 85 en 1945. Les offices sont célébrés le vendredi soir, le samedi et les jours de fêtes par un ministre-officiant qui est en même temps shohet, l’assistance variant entre 30 et 40 personnes. Le grand rabbin de Nancy, Simon Morali, visite régulièrement la communauté. Une vingtaine d’enfants pourraient être intéressés par des cours d’instruction religieuse qui ne peuvent être assurés faute de locaux. La communauté réclame avec insistance des livres et des objets de culte.
Grenoble : là encore, les archives ont été détruites et il est impossible de connaître le nombre d’adhérents en 1939. En 1945, grâce aux réfugiés, la communauté comprend 600 personnes se répartissant équitablement entre les deux sexes. L’ancien oratoire a été détruit par la milice et une synagogue de 90 places a été ouverte à la Libération. Pour les fêtes, on loue une salle de 500 places. Le culte est célébré tous les jours l’après-midi et trois fois par jour le samedi. On y compte une trentaine d’assistants en moyenne en semaine. La viande cachère est envoyée d’Aix-les-Bains. Le rabbin fait fonction de ministre-officiant et des cours d’instruction religieuse sont dispensés les jeudis et dimanches par deux professeurs laïcs. Des cours d’adultes sont organisés avec le concours des EIF.
Le Havre : la communauté passe de 120 adhérents en 1939 à 65 en 1945. La synagogue a été totalement détruite et les offices sont célébrés le vendredi soir dans un baraquement provisoire par un aumônier de l’armée américaine. Une vingtaine de personnes y assistent. L’aumônier devant rentrer aux États-Unis, la communauté demande au Consistoire central un ministre-officiant.
Le Mans : le nombre d’adhérents est à peu près stable entre 1939 (120) et 1945 (97). La synagogue a été dévastée pendant la guerre et il n’y a plus de sifré-Torah, de livres et d’objets du culte. Huit à dix personnes se réunissent le vendredi soir pour prier.
Limoges : la communauté a été fondée en 1939 par des réfugiés d’Alsace. Selon les statistiques du COJASOR, 300 familles y résident en 1945. La synagogue a été saccagée. Les offices religieux sont célébrés tous les jours par un ministre-officiant et regroupent 40 personnes environ. Des cours d’instruction religieuse sont dispensés aux enfants par les fidèles. La communauté a un shohet et s’occupe d’une maison d’enfants de l’OSE et d’une maison des vieillards du COJASOR, situées dans le secteur. Elle réclame avec insistance des sefarim et des objets de culte.
Lunéville : de 250 adhérents en 1939, la communauté passe à 85 adhérents en 1945. Les offices religieux sont célébrés le vendredi soir, le samedi matin, pour les fêtes et lors des anniversaires, par un ministre-officiant qui est en même temps shohet, pour une quinzaine de fidèles environ et un peu plus aux fêtes ; il dispense des cours d’instruction religieuse. Un cours d’adultes est professé par le grand rabbin Morali de Nancy pour 4 hommes et 18 femmes.
Marseille : 1 200 déportés ont été recensés, mais la communauté connaît un regain d’activité depuis 1945 avec un nombre d’adhérents qui a presque doublé. 611 places ont été louées à la synagogue de la rue de Breteuil (330 places pour les hommes, 287 pour les femmes), qui a subi de très nombreux dégâts évalués à 1 500 000 francs. Les offices sont célébrés tous les jours, avec une assistance importante le vendredi soir. Des cours d’instruction religieuse sont donnés par le ministre-officiant aux jeunes se préparant à la
bar-mitsva. Par ailleurs, cinq cours sont professés à la synagogue et deux en dehors, devant une centaine d’auditeurs jeunes et adultes, par le grand rabbin Salzer et par le ministre-officiant. Les matières enseignées sont l’hébreu moderne, l’histoire, la Bible et le
Choulkhan Aroukh
[15]. Le président, Fédia Cassin (frère de René Cassin), qui répond au questionnaire signale que ces cours sont dispensés à un public avide de découvrir le judaïsme. Il signale que les grandes œuvres de bienfaisance – Œuvre de secours aux enfants (OSE), Œuvre de protection de l’enfance juive (OPEJ), Organisation reconstruction, travail (ORT), Service social des jeunes (SSJ) – multiplient les activités et que les mouvements de jeunesse (EIF et MJS) connaissent un essor : ils réunissent le samedi après-midi chacun près d’une centaine de jeunes à la synagogue. Là encore les objets religieux et les livres manquent cruellement. Les communautés d’Aix-en-Provence et du département du Var n’ont pu reprendre une activité.
Metz : cette très vieille communauté passe de 530 adhérents en 1939 à 325 en 1945. La synagogue fondée en 1848 a été vidée de son contenu. Les offices religieux sont célébrés chaque jour. Il y a juste minyan en semaine mais l’assistance est nombreuse le samedi. Le grand rabbin Netter est assisté par un rabbin plus jeune et par deux ministres-officiants. La shehita est assurée et un mohel pratique les circoncisions. Dix cours d’instruction religieuse sont professés par les ministres-officiants pour les jeunes et un cercle d’étude réunit chaque semaine une vingtaine d’adultes.
Montauban : il s’agit d’une communauté fondée en 1940 par des réfugiés d’Alsace. Trente familles adhèrent à la communauté en 1945 et leur nombre passe à cinquante-cinq au cours de l’année. Les offices sont célébrés le vendredi soir, le samedi et les jours de fêtes par un ministre-officiant qui dispense également des cours d’instruction religieuse à 18 garçons et 8 filles. La communauté n’a pas de livres ni d’objets de culte.
Montbéliard : le nombre d’adhérents a chuté de moitié. 50 personnes ont été déportées dont le ministre-officiant Bloch. La synagogue a été dévastée. Un nouveau ministre-officiant, Stern, assure la shehita. Les offices sont célébrés le vendredi soir devant une quinzaine de fidèles. Quelques enfants suivent des cours d’instruction religieuse.
Montpellier : comme à Marseille et toute proportion gardée, la communauté de Montpellier voit son nombre d’adhérents augmenter par l’intégration de Juifs étrangers réfugiés dans le Midi. La synagogue, fondée en 1905, a été saccagée par les mouvements collaborationnistes et tous les objets de culte ont été détruits : tout est à refaire. Les offices sont célébrés dans un oratoire provisoire qui est commun aux deux rites par le frère du président de la communauté, Uziel, qui fait aussi fonction de secrétaire. Un oratoire est loué pour les grandes fêtes pour le rite séfarade. Une petite communauté de 30 personnes, rattachée à Montpellier, s’est constituée à Béziers.
Nancy : la communauté a été décimée par la guerre. Sur 700 déportés, 15 sont revenus. Le nombre d’adhérents passe de 825 en 1938 à 385 en 1946, parmi lesquels cinq professeurs de faculté et le préfet du département. La synagogue, dévastée par la guerre, a été en partie réparée, mais les objets de culte font défaut. Sous l’impulsion du grand rabbin Morali, dont le ministère s’étend aux trois départements limitrophes, cette communauté déploie une grande activité. Les offices religieux ont lieu tous les jours et réunissent une centaine de personnes le samedi. La shehita est assurée par le concierge de la synagogue. Les cours d’instruction religieuse sont dispensés par le grand rabbin Morali dans les établissements publics : un à la faculté, et un dans chacun des deux lycées de la ville. Le président de la communauté, Simon Behr, signale que 70% des élèves juifs fréquentant le lycée suivent les cours d’instruction religieuse. Six cours sont dispensés à la synagogue et un cercle d’étude réunit régulièrement une trentaine d’adultes. Les sociétés de bienfaisance, autrefois très actives, sont en sommeil. Le président estime qu’il peut encore gagner une centaine d’adhérents, parmi les éléments français qui ne veulent pas rompre avec la communauté et parmi les éléments étrangers qui répugnent encore à s’intégrer dans la communauté française. Des contacts, autrefois impensables, ont été initiés avec la petite communauté polonaise de Nancy : une colonie de vacances a été organisée en commun.
Nice : malgré l’adhésion de l’association cultuelle de rite ashkénaze au Consistoire, le nombre d’adhérents est sensiblement le même en 1939 et en 1945. La communauté organisée ne représente pas 10% des Juifs installés à Nice et dans les environs. Les offices ont lieu tous les jours et le rabbin Saltiel déploie une grande activité auprès des mouvements de jeunesse et en visitant les communautés des environs.
Nîmes : le nombre d’adhérents est sensiblement identique (260 en 1939, 250 en 1945). Le mobilier et les objets rituels ont été emportés par les Allemands. Les offices sont célébrés le vendredi soir et le samedi matin pour une quinzaine de fidèles par un ministre-officiant bénévole. Un cours d’instruction religieuse est dispensé par un professeur, bénévole lui aussi, à une quinzaine d’enfants.
Paris : les 15 temples consistoriaux ont repris progressivement leurs activités d’avant-guerre, avec un public très réduit. La pratique semble s’amenuiser dans la capitale qui abrite pourtant le plus grand nombre de Juifs. Pour 512 mariages célébrés en 1925, on en compte 183 en 1945 et pour 295 bar-mitsvot en 1925, 60 seulement en 1944. Le consistoire de Paris fait porter tous ses efforts sur la remise en marche de la cacherout et l’instruction de la jeunesse : 750 élèves sont inscrits aux cours d’instruction religieuse dans les synagogues. Il organise également des activités culturelles et récréatives ou subventionne des activités organisées par des œuvres et mouvements divers : le Cercle du Marais (synagogue des Tournelles), l’École Gilbert Bloch à Orsay, l’Union scolaire, le Cercle de Passy etc. Le Consistoire organise aussi des cours d’initiation pour adultes dispensés rue Vauquelin par un élève de l’École rabbinique.
Pau : 120 familles se sont installées à Pau pendant la guerre. Les offices sont célébrés depuis le départ du rabbin Bauer par un ministre-officiant qui est en même temps shohet et dont la compétence est discutée. Un cours d’instruction religieuse est organisé pour une quinzaine d’enfants par la Fédération des sociétés juives de France. La communauté réclame l’envoi d’un rabbin et d’objets de culte.
Reims : la communauté a été reconstituée par le rabbin Sal qui célèbre un office le vendredi soir et deux offices le samedi, auxquels assistent une quarantaine de personnes. Mais la communauté n’a pas de moyens et plus de livres. Sinon, une cinquantaine d’enfants pourraient être réunis dans un cours d’instruction religieuse.
Toulouse : la communauté a perdu une vingtaine d’adhérents par rapport à 1939. La synagogue n’a pas été endommagée. Les offices religieux sont célébrés le vendredi soir et le samedi, mais il est difficile de réunir un minyan le samedi. Il n’y a pas de rabbin, mais un ministre-officiant salarié et un shohet.
Tours : cette communauté, fondée en 1906, compte en 1945 quarante adhérents. Leur nombre en 1939 n’est pas connu. Il y a eu 142 déportés. La synagogue a été endommagée et tous les objets de culte ont été volés. Un office réunit le vendredi soir 10 à 12 fidèles.
Troyes : de 112 en 1939, la communauté passe à 58 adhérents en 1945. L’oratoire a été pillé pendant la guerre et repris par la municipalité à qui il appartenait. Un local provisoire a été mis à la disposition de la communauté pour les fêtes. Les offices sont célébrés bénévolement par un fidèle qui dispense un cours d’instruction religieuse, une fois par semaine, à quelques enfants. Le rabbin Sal de Reims visite régulièrement la communauté.
Vichy : la communauté compte 60 adhérents en 1945. La synagogue n’a pas été endommagée mais tous les objets du culte ont été volés. Les offices sont célébrés le samedi matin et quelquefois en semaine. Un cours d’instruction religieuse est organisé par des membres des mouvements de jeunesse.
La lecture systématique de ces questionnaires laisse une impression de désolation. Presque partout, les locaux ont été dévastés et les objets religieux systématiquement pillés, les livres manquent. Les communautés attendent du Consistoire central des moyens matériels, des rabbins, des enseignants qualifiés pour faire face aux demandes des jeunes et d’un public nouveau sans connaissances religieuses.
Peu de synagogues affichent les trois offices quotidiens, même dans les grandes villes. La plupart n’arrivent à célébrer qu’un office par jour ; d’autres se contentent de ceux du vendredi soir et du samedi, voire du vendredi soir uniquement. Toutes signalent qu’elles ont à peine le minyan pour les offices quotidiens. Il y a en revanche un peu plus de monde pour les offices du Shabbat. Toutes les communautés s’efforcent d’organiser des cours d’instruction religieuse, mais ils sont peu fréquentés, les jeunes mettant en avant les difficultés de suivre en parallèle l’enseignement scolaire et les cours d’instruction religieuse.
Si la pratique est faible, toutes les communautés soulignent le besoin de comprendre et le retour vers la synagogue de Juifs déjudaïsés. Devant la faiblesse de cette pratique, on est étonné du succès des cercles d’étude, des cours pour adultes, des cours d’hébreu moderne, organisés parfois par les communautés, parfois par des mouvements. Les individus semblent davantage animés d’une démarche de recherche intellectuelle et par le besoin de s’informer que par le désir de revenir assidûment au culte.
Le Consistoire central est vite conscient qu’indépendamment des problèmes matériels que rencontrent les communautés, la pratique individuelle est freinée par le manque de connaissances des fidèles. Certains pensent qu’il convient d’introduire la langue française dans une partie de l’office pour permettre à ces nouveaux venus de suivre et de comprendre le sens de la prière. L’idée n’est pas neuve : dès 1941, Georges Wormser, dans un rapport intitulé « À temps nouveau méthode nouvelle », s’exprimait ainsi : « Les caractéristiques de notre époque c’est que, sous la pression des événements, des israélites en quelque sorte ignorés, viennent à nous. Quel est notre devoir ? Non seulement de les protéger, si possible, et de les guider, mais aussi de les ramener à la religion. Pour cela un office en français est une nécessité. Espérons que cela ne sera qu’une transition ; en tout cas, faisons-en l’essai. Même s’il ne réussit pas, nous n’aurons rien compromis
[16] ». Ce souci est partagé à la Libération par des rabbins comme le grand rabbin Maurice Liber, le rabbin Champagne, le grand rabbin Julien Weill, des laïcs comme Robert Gamzon, Edmond Fleg, Léon Meiss.
Le choix de la continuité
Ces besoins nouveaux vont-ils entraîner le Consistoire et, avec lui, le judaïsme français, à une remise en cause de sa doctrine religieuse traditionnelle et à une réflexion sur le contenu du message religieux après-guerre ?
Le judaïsme consistorial se voulait, jusqu’en 1939, un judaïsme traditionnel éloigné autant de l’orthodoxie que de la réforme libérale née en Allemagne au XIX
e siècle et représentée en France par la synagogue de la rue Copernic à Paris. Lors d’une réunion tenue le 8 mai 1945, le grand rabbin Julien Weill propose au consistoire de Paris de reprendre cette synagogue, jugeant que ses dirigeants n’y verraient pas de difficulté dès lors que serait garanti le maintien d’une prière en français
[17]. Cette proposition n’est pas suivie par les laïcs qui composent le Consistoire, malgré le soutien de Jacques Sée. Les contacts engagés avec le rabbin Zaoui de la rue Copernic tout au long de l’année 1946 n’aboutissent pas à l’accord souhaité par le grand rabbin de Paris
[18]. De même, lorsque Isaïe Schwartz annonce que la communauté orthodoxe de la rue Montevideo souhaite adhérer au Consistoire central, il se heurte à l’opposition de Georges Wormser, fidèle à la doctrine traditionnelle du Consistoire, que Léon Meiss ne parvient pas à fléchir
[19].
Ce débat entre partisans du maintien de la conception traditionnelle du judaïsme consistorial et adeptes d’une rénovation est illustré par les élections au consistoire de Paris qui se déroulent le 2 décembre 1945
[20]. Léon Meiss attend de ces élections l’émergence d’hommes nouveaux susceptibles de réviser les conceptions traditionnelles du Consistoire, mais suffisamment sages aussi pour éviter des bouleversements révolutionnaires. Bien que tenu à une obligation de réserve en sa qualité de président du Consistoire central, il encourage Edmond Fleg à patronner une liste qui s’oppose à celle constituée par la majorité des membres sortants.
Cette liste, « La Renaissance israélite », comprend des hommes qui ont participé à la résistance comme Robert Gamzon, fondateur des EIF, et Jean Rosenthal, Compagnon de la Libération, des intellectuels comme Darius Milhaud, Samy Lattes et Robert Aron, des sionistes comme Jules-Dika Jefroykin, un dirigeant de l’Union libérale comme Marcel Greilsammer, des représentants du judaïsme immigré comme User-Zalman Bach et Hersu-Mandel Blanor ou encore un banquier italien comme Angelo Donati. Son programme présente des idées novatrices, comme l’introduction de la langue française dans les offices en attendant que l’enseignement de l’hébreu soit suffisamment développé, la multiplication des cercles d’étude pour adultes, la fin de la séparation entre Juifs français et immigrés, parce que « nul passeport n’était requis à la bouche des fours crématoires », l’implication du Consistoire dans le domaine social et la lutte contre l’antisémitisme.
À cette liste s’oppose une autre qui se réfère uniquement à la tradition consistoriale et refuse de se livrer à toute discussion doctrinale susceptible d’entacher aussi faiblement que ce soit le cours suivi par l’institution depuis sa création par Napoléon. Cette liste comprend des membres sortants avec à leur tête le baron Robert de Rothschild
[21], rentré des États-Unis, et des éléments nouveaux choisis en raison du rôle qu’ils ont joué eu sein de la Délégation du Consistoire central à Paris pendant l’Occupation, de leurs titres militaires ou de leur appartenance aux grands corps de l’État
[22]. Sa composition reflète le retour du franco-judaïsme que la guerre était sensée avoir fait disparaître. Certes, pour céder à l’air du temps, les notables qui y figurent ont jugé utile de s’adjoindre un membre issu du judaïsme immigré. Mais ils s’en excusent presque auprès de leurs électeurs dans leur profession de foi :
« Nous avons demandé au Docteur Sigismond Hirsch, médecin-radiologue, de porter son nom parmi les candidats. Le docteur Hirsch n’est pas Français d’origine. Il est né en Roumanie, il est naturalisé, et nous avons pu examiner ses titres français qui sont très beaux et recommandables. En nous adressant à lui, nous entendons témoigner de nos sentiments fraternels pour les israélites d’origine étrangère qui sont venus s’asseoir au foyer de la France, et que nous voulons voir traités, soit en bons citoyens s’ils ont déjà leur titre de nationalité reconnu, soit en hôtes, avec toute la déférence que nous devons à des hôtes s’ils n’ont pas encore obtenu le droit de citoyenneté parmi nous.
C’est dans cet esprit, pour les représenter, que nous accueillons le docteur Hirsch qui a un titre plus grand encore à notre considération, il a été le chef de district de la Sixième, organisme de la Résistance juive
[23]. C’est à ce titre et en service commandé qu’il a été déporté à Auschwitz-Birkenau […]. Nous savons par des rapports certains qu’il fit tout ce qu’il put pour aider et secourir moralement la misère de ses compagnons de captivité. Sa conduite fut admirable. C’est un miracle de le revoir en liberté. Il sera au Consistoire le représentant de la Résistance et le témoin de nos martyrs
[24] ».
La liste patronnée par Edmond Fleg l’est également par le Docteur Modiano, Jacques Meyer, Jean Rheims, André Weil et … Guy de Rothschild, alors qu’Alain de Rothschild et son père, Robert de Rothschild, figurent sur la liste adverse. Léon Meiss, interpellé par Adolphe Caen, ne cache pas ses préférences pour « La Renaissance israélite » qui contient le « germe de notre action future ».
Il ne serait pas tout à fait exact de voir dans ces élections un affrontement entre les sortants et les nouveaux : Samy Lattes, candidat, Guy de Rothschild, Jacques Meyer, André Weill, qui patronnent la liste de « La Renaissance israélite », sont aussi des membres sortants du Consistoire. Si l’on veut chercher une frontière, il faut éventuellement la trouver entre les résistants, nombreux sur cette liste, et ceux qui n’ont pas participé à la résistance. Mais, là aussi, les noms de René Mayer, de Georges Wormser et du commandant Henri Helbronner, ancien FFL, présents sur la liste menée par Robert de Rothschild, démentent ce prétendu clivage entre résistants et non-résistants.
En réalité, la différence est bien idéologique et se déduit de la lecture des programmes. Pour les amis d’Edmond Fleg, il faut s’occuper d’instruire les jeunes et les moins jeunes, d’organiser un culte plus dépouillé mais parlant davantage au cœur des fidèles, d’étendre les tâches du Consistoire au domaine social et à la lutte contre l’antisémitisme. Pour les autres, il ne faut pas toucher au culte qui relève du seul rabbinat et que le Consistoire doit administrer sans se préoccuper de son contenu. Ils entendent surtout maintenir le Consistoire dans les mains des notables qui l’ont peu ou prou dirigé par héritage depuis près d’un siècle.
Très curieusement, le procès-verbal de cette élection ne se trouve pas dans les archives du consistoire de Paris. Nous savons simplement que la liste patronnée par Edmond Fleg a été battue puisque les nouveaux élus sont tous des membres de la liste opposée. Mais il serait intéressant de connaître la façon dont le corps électoral consistorial s’est réparti entre les deux listes. Lors de leur première réunion, les nouveaux élus désignent pour présider l’institution le baron Robert de Rothschild, qui invoque son état de santé pour refuser le poste
[25]. Adolphe Caen ayant décliné à son tour l’honneur d’être président, Georges Wormser est élu par acclamations sur sa proposition.
Déçu, Léon Meiss annonce son intention de se retirer de l’institution consistoriale, ce qu’il fera quelques années plus tard
[26]. Il fait une nouvelle tentative en lançant l’idée des Assises du judaïsme français qui réuniraient pendant deux ou trois jours, à Paris, des représentants de toutes les communautés de métropole et des membres du rabbinat. Aux premières assises, en juillet 1947, les débats se déroulent en toute liberté. Mais si les partisans d’un renouveau sont nombreux et certaines de leurs propositions jugées dignes d’intérêt, il n’en ressort pas de décisions concrètes d’envergure.
La guerre aurait pu permettre une transformation complète et immédiate de la communauté juive de France, dans ses institutions, sa pratique religieuse, sa perception même de la religion. Le débat a été ouvert dès la libération du territoire, mais il semble très vite étouffé à la fois par un retour des hommes du passé, par un désengagement progressif des éléments qui auraient pu être les artisans de cette rénovation et qui, pour certains, en se tournant vers le combat sioniste, délaissent la communauté juive de France et, pour d’autres, s’éloignent progressivement du judaïsme religieux et même de tout militantisme. Sans le proclamer avec force, c’est cependant le franco-judaïsme d’avant-guerre que les notables consistoriaux remettent à l’honneur et qui s’exprime dans leurs discours comme dans celui du rabbinat. Il faudra attendre le début des années soixante et l’arrivée des Juifs d’Afrique du Nord pour voir naître une nouvelle mise en cause de l’institution consistoriale, de la pratique religieuse et du contenu même de la religion pratiquée en France.
[1]
Isaïe Schwartz (1876-1953), ancien grand rabbin de Bayonne, de Bordeaux et de Strasbourg. Élu grand rabbin de France en 1939, il est le premier auquel ce titre est conféré à la suite d’une réforme des statuts du Consistoire central. Malgré une confusion courante, ses prédécesseurs portaient en effet le titre de grand rabbin du Consistoire central. Cf. notre article « Le Grand Rabbin de France, histoire d’une fonction », in
Le Mouvement n° 59, été 1991, p. 5-13 ; Roger Berg,
Histoire du rabbinat français, Paris, Cerf, 1992, 274 p.
[2]
Sur l’action du Consistoire pendant la guerre, cf. Maurice Moch et Alain Michel,
L’Étoile et la francisque, Paris, Cerf, 1990, 301 p. ; André Kaspi,
Les Juifs pendant l’Occupation, Paris, Seuil, 1991, 421 p. ; Simon Schwarzfuchs,
Aux prises avec Vichy. Histoire politique des Juifs de France (1940-1944), Paris, Calmann-Lévy, 1998, 443 p. ; Anne Grynberg, Catherine Nicault, « Le Consistoire central israélite en France sous l’Occupation. Une résistance spirituelle ? » in
Transmission et Passage dans le monde juif, sous la direction d’Esther Benbassa, Paris, Publisud, 1997, pp. 247-278 ; ainsi que les actes du colloque organisé par le CDJC les 9 et 10 octobre 1999,
Le Consistoire central pendant la Seconde Guerre mondiale,
La Revue d’histoire de la Shoah, Le Monde Juif, n°169, mai-août 2000.
[3]
Cf. Jacques Fredj,
La Création du C.R.I.F. 1943-1967, mémoire de maîtrise sous la direction de Jean-Marie Mayeur, université de Paris IV, 1988 (consultable au CDJC), et la communication du même auteur au colloque du CDJC sur le Consistoire central durant la Seconde Guerre mondiale dans les actes du colloque cités n. 2.
[4]
En 1943, le Consistoire central avait nommé une Délégation permanente pour Paris occupé, présidée par Léon Edinger, administrateur de la synagogue de la rue de la Victoire et père du dernier président de l’UGIF. Elle est composée, en dehors du président, du docteur Salomon Klein, d’Albert Weil, d’Edmond-Maurice Lévy, de Maître Bonan, un avocat originaire du Maroc, et de Robert Geissmann, un fonctionnaire du Consistoire. Mais la direction de la communauté était assurée en fait, avec un courage exemplaire, par le grand rabbin Julien Weill.
[5]
Yad ve-Chem, 09-294, citée par Simon Schwarzfuchs, « Les Consistoires : la reconstruction dans l’immédiat après-guerre (1945-1949) »,
Le Monde juif, n°158, septembre-décembre 1996, pp. 90-103.
[6]
Archives du Consistoire central, Fonds Moch, boîte 42.
[7]
En janvier 1944, le grand rabbin de France Isaïe Schwartz, qui a réussi à échapper à une tentative d’arrestation de la part de la Milice, entre dans la clandestinité. C’est son auxiliaire, le grand rabbin Jacob Kaplan qui, en application des statuts du Consistoire central, assure son intérim.
[8]
Citée par Simon Schwarzfuchs, « Les Consistoires… »,
op. cit.
[9]
Sous la direction de son nouveau président, René Cassin, une autre institution phare du judaïsme français, l’Alliance israélite universelle, réagit d’une façon comparable. Voir Catherine Nicault, « L’Alliance israélite universelle dans le monde d’après-guerre : continuités et ruptures idéologiques »,
Archives juives, n°34/1, 1
e semestre 2001 (à paraître).
[10]
Le terme
Shoah n’est par employé à l’époque. Les rabbins dans leurs sermons parlent plutôt de catastrophe, de massacre. Par convention, c’est le terme
Shoah qui sera utilisé tout au long de cet article.
[11]
Cf l’étude d’Annette Wieviorka,
Déportation et génocide. Entre la mémoire et l’oubli, Paris, Plon, 1992, 506 p.
[12]
Selon la loi religieuse juive, dans le cas où l’on ne sait où se trouve son mari, une femme reste une
agouna (une femme « liée ») et ne peut se remarier. D’après le
Dictionnaire encyclopédique du judaïsme, Cerf, 1993 (
N.D.L.R.).
[13]
Cf. Katy Hazan,
Les Orphelins de la Shoah. Les Maisons de l’espoir (1944-1960), Paris, Les Belles Lettres, 2000, 418 p.
[14]
Archives du Consistoire central (désormais ACC), dossier changements de noms.
[15]
Code des lois et usages anciennement établi par Joseph Caro.
[16]
ACC, Fonds Moch, boîte 1.
[17]
Archives du consistoire de Paris (désormais ACP), procès-verbaux.
[18]
Entretien avec le rabbin Zaoui.
[19]
ACC, Procès-verbal de la séance du 25 février 1947.
[20]
ACP, dossier élections 1945.
[21]
Jacques Sée, Adolphe Caen, Georges Wormser, Gaston Hildenfinger, Marcel Baur, Pierre Geismar, les docteurs S. Klein et André Trèves.
[22]
Parmi les membres de la délégation : Albert Weil, Edmond-Maurice Lévy ; parmi les représentants des grands corps et des notables : René Mayer, Léon Lyon-Caen, président de la Cour de Cassation et beau-frère de Pierre Masse, Alain de Rothschild, fils de Robert de Rothschild, le commandant Henri Helbronner, Edmond Dreyfusss, inspecteur général des manufactures et fils de l’ancien grand rabbin de Paris.
[23]
La Sixième fut l’organisation clandestine des EIF à partir de l’été 1942.
[24]
ACP, dossier élection 1945, programme du comité d’initiative.
[25]
ACP, procès-verbal de la réunion du 20 janvier 1946.