Les Cahiers de la Shoah
Les Belles lettres

I.S.B.N.2251694102
208 pages

p. 123 à 160
doi: en cours

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no 6 2002/1

La Shoah, on le sait, a été occultée durant plusieurs décennies et, lorsque le silence était rompu, c’était soit pour confondre toutes les victimes dans un même apitoiement soit, au contraire, pour établir une distinction, une hiérarchie, en fait, entre martyrs « héroïques » – les opposants politiques, les résistants... – et victimes « passives » – les déportés raciaux. À partir des années 70, le voile a été progressivement levé et, dans un mouvement de balancier assez banal, le génocide des juifs a progressivement occupé une place centrale, tant dans le champ de l’historiographie que dans celui des représentations collectives. Puis, au cours des dernières années, est apparue une expression qui a fait florès : celle du « devoir de mémoire ». Musées et mémoriaux, stèles et plaques, cérémonies commémoratives, déclarations de repentance se sont multipliés, non seulement en France mais aussi dans d’autres pays d’Europe et aux États-Unis. Des voyages sont organisés sur les lieux d’extermination de Pologne et nombreux sont ceux qui y participent, toutes générations confondues. Au-delà des rescapés ayant eu une expérience directe de la persécution, des groupes d’enfants de déportés, des associations d’enfants cachés [pendant les années noires] ont été constitués.
Cette rémanence mémorielle a-t-elle ouvert la voie à une connaissance plus approfondie et à une meilleure compréhension des faits ? Ou bien noie-t-elle la recherche de la vérité dans l’affect, au risque de multiplier les imprécisions voire les inexactitudes, éventuellement de donner prise à des instrumentalisations de toutes sortes ?
Est-elle seulement ressassement du passé, ou bien est-elle consubstantielle d’une vigilance citoyenne sur les événements du présent, garde-fou pour l’avenir ?
A-t-elle pour fonction essentielle de cimenter le sentiment identitaire du groupe juif – et si oui, sur quelle(s) base(s) ? –, ou bien d’interpeller les hommes, au-delà des diversités et des clivages ? Quel rôle joue-t-elle dans l’évolution du rapport des juifs à la société environnante, dans les différents pays concernés ?
Autant de questions essentielles – même si elles ne se posent pas partout dans les mêmes termes – sur lesquelles plusieurs ouvrages récemment publiés, aux objectifs différents et d’importance inégale, incitent le lecteur à réfléchir.
 
Peter Novick : chronologie de l’« américanisation » de la Shoah
 
 
Paru à la fin de 1999 aux États-Unis, le dernier ouvrage de Peter Novick [1], L’Holocauste dans la vie américaine, a été publié en traduction française à l’automne 2001 [2]. Comme le titre l’indique clairement, l’historien s’intéresse dans ce livre à l’« américanisation » de la Shoah [3], qui selon lui occupe une place de plus en plus centrale dans la mémoire collective outre-Atlantique, jusqu’à y être omniprésente. Deux questions sous-tendent sa réflexion : pourquoi une telle « obsession » s’est-elle développée plusieurs dizaines d’années après les événements ? et pourquoi aux États-Unis, pays éloigné géographiquement – et, dans une large mesure, détaché historiquement – de l’Europe où fut commis le génocide des juifs ? Il récuse dès l’introduction la validité, en l’occurrence, du schéma psychanalytique [4] : quels qu’aient été le choc induit par la Shoah et l’empathie pour ses victimes, le trauma n’a pas été suffisamment important et direct pour la plupart des juifs américains – et encore moins pour les Américains non-juifs – pour qu’il y ait eu un « refoulement » suivi aujourd’hui d’un « retour ». Il entreprend donc de chercher une – ou des – explications(s) plus convaincante(s).
 
« On ne savait pas, on n’y pouvait rien »
 
 
Dans les trois premiers chapitres de son livre, Novick analyse les réactions américaines face à la persécution des juifs d’Europe – celles de la population non-juive, celles de la communauté juive américaine et celles du gouvernement Roosevelt.
Les Américains, certes, avaient été informés par la presse, dès la Nuit de Cristal, des brimades et des brutalités subies par les juifs du Reich, mais – selon l’historien – ils n’ont pas conscience par la suite du massacre massif qui se perpétrait et, jusqu’à la toute fin de 1942, ils ont « très raisonnablement » perçu les juifs « comme des victimes, parmi d’autres, du régime nazi, sans être pour autant les victimes désignées entre toutes » (p. 29). En outre, ils avaient été échaudés par les fausses rumeurs qui avaient circulé pendant la Première Guerre mondiale et s’en tenaient donc à « un scepticisme de bon aloi » (p. 31) à l’égard de « nouvelles de deuxième ou de troisième main, d’une authenticité problématique » (p. 33). Et même s’ils avaient entendu parler des camps de concentration, ils les imaginaient tous à l’aune de ceux qui avaient été ouverts à partir de 1933 en Allemagne, sur le modèle de Dachau, et non pas comme des centres de mise à mort.
Quant aux juifs américains [5], d’une part ils n’en savaient pas beaucoup plus que leurs concitoyens, et, par ailleurs, ils devaient tenir compte du discours isolationniste tendant à présenter les juifs comme des « fauteurs de guerre » ; ils se gardaient donc bien de faire la moindre distinction entre le sort de leurs coreligionnaires et celui des autres victimes du nazisme, s’employant au contraire à « donner des atrocités nazies une interprétation universaliste » (p. 52). Il y eut bien quelques tentatives d’intervention auprès des autorités fédérales, plusieurs organisations juives entreprirent des actions de sauvetage « ciblées » – les orthodoxes en faveur des étudiants de yeshivot, le Jewish Labor Committee pour les syndicalistes et les socialistes juifs, les sionistes pour leurs camarades restés en Europe… – mais, dans l’ensemble, la consigne était plutôt de faire profil bas : « Pas de rishis [6] ! » (p. 56). Les juifs américains se voulaient des Américains comme les autres et souhaitaient, avant tout, une victoire militaire rapide.
Dans le troisième chapitre concernant la période de l’avant-guerre, Novick s’interroge plus directement sur l’attitude du gouvernement fédéral, souvent accusé de s’être désintéressé du sort des juifs d’Europe avant même le déclenchement du conflit mondial, puis de les avoir « abandonnés [7] ». Point de vue qu’il réfute [8], le considérant comme une « version moraliste » relevant de la « mauvaise histoire » (p. 66). Les États-Unis auraient encore trop souffert des séquelles de la Grande dépression de 1929, soutient-il, pour pouvoir modifier l’Immigration Act de 1924 et ouvrir leurs frontières aux réfugiés juifs. Et il fallait aussi compter avec le poids du courant restrictionniste. Par la suite, les autorités de Washington, surtout préoccupées par l’évolution de la situation militaire en Europe et, plus encore, dans le Pacifique, auraient sous-évalué le génocide des juifs dont elles n’auraient pas compris l’ampleur ni la spécificité. À ce propos, elles n’auraient d’ailleurs reçu que des informations parcellaires, toujours émises « sous réserves », parfois même contradictoires, et il leur aurait donc été difficile d’appréhender la réalité [9]. En toute bonne foi, elles auraient pensé qu’il s’agissait probablement d’exagérations et ce n’est qu’à la toute fin de la guerre que leurs yeux se seraient dessillés. D’autre part, le gouvernement Roosevelt aurait rencontré des points de vue divergents quant aux risques encourus par les déportés s’il tentait de bombarder les voies ferrées menant à Auschwitz-Birkenau et, de ce fait, il aurait finalement renoncé à ce projet dont l’efficacité, au cas où il aurait été mis en application, est en tout état de cause « douteuse » (p. 80) : « Un programme beaucoup plus énergique de sauvetage sur tous les fronts aurait sans doute pu réduire le bilan global de 1%, voire de 2% », écrit Novick (p. 81), qui ajoute aussitôt : « Compte tenu du nombre des victimes, cela en aurait valu la peine ».
Au lendemain de la guerre, les Américains – et les juifs américains – étaient, dans leur immense majorité, fiers de la contribution de leur pays à la victoire contre le nazisme. Et ce n’est nullement par suite d’un quelconque sentiment de culpabilité qu’ils ont soutenu la création de l’État d’Israël. Le vote des États-Unis en faveur du plan de partage de la Palestine proposé par l’ONU, en novembre 1947, s’explique par des raisons politiques et géopolitiques, mais aussi par des raisons d’ordre moral liées à « la sympathie qu’inspirait le sort des survivants » (p. 101).
L’ouvrage se structure ensuite en trois parties, qui correspondent chacune à une étape de la chronologie mémorielle de la Shoah aux États-Unis : le silence de l’après-guerre, les années soixante (« années de transition » dans la montée en puissance de la mémoire) et la période la plus récente, celle du deuil inconsolable et de la « mémorialisation » institutionnalisée, voire « ritualisée ».
 
L’ennemi allemand, c’est le passé
 
 
Au cours des deux décennies qui ont suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale, c’est plutôt le silence, explique Novick, qui a prévalu dans l’espace public américain, y compris au sein du groupe juif. À cela, il avance plusieurs explications.
Les juifs américains – qu’ils soient d’immigration récente ou installés depuis longtemps aux États-Unis, voire nés sur le sol des USA, ce qui était majoritairement le cas pour la jeune génération – aspiraient à se détacher des souvenirs pesants du vieux continent et à se tourner vers l’avenir, un avenir américain marqué par l’optimisme et la confiance en l’humanité. Dans un contexte d’« éthos intégrationniste » (p. 13), ils avaient l’ambition de se fondre dans le melting pot, quitte à ne pas trop insister sur la spécificité de la persécution et des souffrances subies par les juifs, ce qui aurait risqué de les marginaliser, dans la mesure où l’État fédéral et la société exprimaient plutôt la volonté de confondre dans une même compassion indifférenciée l’ensemble des victimes du nazisme – au secours desquelles s’étaient déployées les valeurs américaines, jusqu’à la victoire finale -. Novick rappelle à ce propos, très opportunément sur le plan de la vérité historique, que la plupart des détenus des camps libérés par les boys n’étaient pas juifs ou, en tout cas, n’étaient pas vus comme tels [10].
Ces juifs américains eux-mêmes étaient souvent influencés par les idéaux universalistes. Et l’auteur de citer un sondage effectué à la fin des années 1950. À la question : « Qu’est-ce qu’un “ bon juif ” ? », 58% des personnes (juives) interrogées ont répondu : « Celui qui apporte aide et secours aux démunis [11]. ». Le souci de la mémoire du génocide des juifs d’Europe n’apparaît pas de manière significative. En outre, poursuit Novick, les juifs américains avaient, plus ou moins confusément, le sentiment que l’imaginaire collectif, dans le contexte général d’optimisme déjà mentionné, tendait à privilégier la figure emblématique du « fort » (le cow-boy, le soldat vainqueur…) plutôt que le faible. Aussi préférait-on, aux États-Unis comme ailleurs, évoquer les insurgés du ghetto de Varsovie plutôt que les victimes exterminées dans les chambres à gaz [12]. Et les rescapés des camps venus reconstruire leur vie sur le sol américain renoncèrent rapidement – aux États-Unis comme ailleurs, pourrait-on dire encore une fois – à témoigner de leur expérience spécifique.
Mémoire ambiguë, toute de paradoxes et de demi-silences… Si l’on suit cette analyse, on constate des similitudes entre le cas américain et ce qui se passait à la même période en Europe – en France, par exemple [13]. En revanche, Peter Novick pointe ce qui constitue sans doute une spécificité américaine, à cette échelle en tout cas : le climat souvent passionnel de la guerre froide a encore accentué le silence sur la Shoah. En quelques années, l’image respective de l’Allemagne – naguère « considérée comme l’apothéose du mal et de la dépravation des hommes » (p. 117) – et de l’Union soviétique – allié souvent dépeint « en termes chatoyants » (p. 118) – se modifie radicalement et c’est une nouvelle vision du monde qui est présentée à l’opinion publique américaine : la République fédérale d’Allemagne est désormais l’alliée du « monde libre » face à l’« ennemi de Moscou » tels que le définissent les hommes politiques de Washington. Dans ce contexte, où il faut « réarmer l’Allemagne pour affronter la menace soviétique » (p. 143), on se focalise de plus en plus sur le totalitarisme stalinien et moins sur les crimes nazis. Les références éventuelles à des traits spécifiques de l’extermination des juifs tendent à disparaître, comme le montre par exemple la définition très générale sur le génocide adoptée à l’unanimité par l’Assemblée générale des Nations unies en 1948 [14]. Il est également à souligner que des vétérans est-européens de la Waffen-SS, des Volkdeutsche pro-nazis, des membres des divisions baltes de la SS sont admis sur le sol américain en tant que DP, au même titre que des rescapés des camps nazis [15].
Novick souligne le fait que les principales institutions juives américaines, soucieuses de ne pas donner l’impression que les juifs constituent sur le sujet une « enclave politique » (p. 135), « en porte-à-faux » par rapport au reste de la société (p. 125), partagent cet anticommunisme ou, du moins, ne s’en démarquent pas. Craignant de raviver la vieille antienne « juifs = bolcheviks », elles s’inquiètent du nombre proportionnellement important de juifs membres du Parti communiste américain, « épurent » leur administration des employés trop ouvertement engagés à l’extrême-gauche [16] et, de manière générale, incitent leurs coreligionnaires à dépasser leurs réactions « émotionnelles » et à se montrer discrets dans leur évocation des années sombres. L’antisémitisme qui s’exprime au moment de l’affaire des époux Rosenberg (1951-1953) les renforce encore dans cette attitude et elles se tiennent soigneusement à l’écart de la campagne demandant la clémence pour les accusés. En revanche, le procès Slansky, en 1952, leur donne l’occasion de se mobiliser très activement contre l’antisémitisme sévissant au sein du bloc soviétique.
Ainsi donc, explique Novick, « la guerre froide a conduit à marginaliser l’Holocauste » (p. 121), en tout cas dans la vie politique et dans le discours public – y compris dans celui des juifs américains [17], même si ces derniers, de manière plus ou moins spontanée et jamais officiellement proclamée, boycottent les produits allemands et ne se rendent pas en Allemagne lorsqu’ils font un voyage en Europe. Pour ce qui concerne le poids mémoriel et symbolique du génocide sur le plan personnel, la diversité des témoignages et des souvenirs est telle qu’elle ne permet guère de généralisation, mais plusieurs études semblent montrer que « le meurtre des juifs d’Europe n’a pas fortement affecté les façons de penser ni la sensibilité générale des juifs aux États-Unis [18] ».
 
Où l’on commence à parler de l’ « Holocauste »
 
 
Le « virage » s’amorce dans les années soixante.
Le procès Eichmann, en 1961, aurait constitué un premier choc pour le public américain en lui révélant ce qu’il ignorait auparavant : le génocide des juifs présente un certain nombre de caractéristiques qui lui sont propres et, en raison de ces spécificités, il ne peut être confondu de manière globalisante avec l’ensemble des actions criminelles perpétrées par la « barbarie nazie ». Le mot Holocauste – avec un H majuscule – prend forme dans ce contexte. Cette différenciation – exprimée moins nettement, du reste, qu’elle ne l’a été par la suite – serait apparue à un moment où, dans un contexte général d’intégration et même d’assimilation, une partie des juifs américains commence à être influencée par le mouvement de la « nouvelle ethnicité » et à rechercher ses racines (roots). L’« éthos particulariste » prend peu à peu le pas sur la démarche fusionnelle avec l’ensemble de la société américaine, et la mémoire de l’Holocauste devient ainsi une sorte de marqueur identitaire susceptible d’unir les diverses générations par le souvenir entretenu de la souffrance – fût-elle, dans l’immense majorité des cas, plus fantasmatique que réellement et personnellement vécue. Peter Novick ajoute une autre remarque : en ces années soixante, dit-il, la plupart des juifs américains sont plutôt des gens aisés appartenant aux classes moyennes, sinon à des secteurs encore plus favorisés. Par rapport à d’autres minorités (les Afro-Américains, les Chicanos…), ils font figure de privilégiés et risquent de susciter l’animosité de ces groupes moins nantis à un moment où le statut de la victime change dans les mentalités collectives – naguère méprisé, il est désormais célébré – : apparaître comme directement liés aux victimes de l’Holocauste, en tant que juifs, altère quelque peu cette image de réussite somme toute dangereuse et confère quelques « privilèges moraux » (p. 16). D’où l’indignation souvent très virulente qui s’exprime à l’encontre de la thèse de Hannah Arendt fustigeant le rôle des dirigeants des Conseils juifs des ghettos polonais, les Judenräten, et ce qu’elle décrit comme la « participation de responsables juifs à l’extermination de leur propre peuple [19] ». D’où également, toujours selon Novick, le succès rencontré par Le Vicaire, la pièce de Rolf Hochhuth qui s’emploie à dénoncer le silence du pape Pie XII face à l’extermination des juifs et qui est montée à Broadway au début de 1964 – alors même que se profile le concile Vatican II.
En 1967, la guerre des Six Jours représente une nouvelle étape en ce qui concerne l’émergence de la mémoire de l’Holocauste dans la conscience collective des juifs américains. La vulnérabilité d’Israël face à la mobilisation du monde arabe plonge ces derniers dans l’angoisse et, comme leurs coreligionnaires d’Europe, ils craignent même la destruction de l’État juif vis-à-vis duquel ils ont jusqu’alors fait preuve d’un attachement fort inégal et d’une générosité financière de plus en plus parcimonieuse. Un parallèle est établi avec l’extermination des juifs d’Europe dans les années quarante et même, pour certains, entre les objectifs des nazis et ceux des États arabes. Selon Novick, les juifs américains sont, à cet égard, en pleine adéquation avec le gouvernement de Washington qui justifie ainsi le soutien massif qu’il apporte à Israël, en termes politiques et militaires. Alors que seules des considérations de Realpolitik déterminent en fait la position américaine au Moyen-Orient, elle trouve ainsi matière à se parer d’une aura de vertu.
Car des facteurs endogènes interviennent également. La guerre du Vietnam a suscité bien des controverses – sur les campus universitaires, parmi les anciens soldats etc… – et la vision d’enfants vietnamiens brûlés au napalm provoque une remise en cause parfois très vive de la « moralité » des États-Unis. Il est donc opportun d’affirmer l’existence d’un mal et d’un bien absolus – les États-Unis se rangeant évidemment dans le premier camp, comme le montre notamment leur soutien indéfectible à Israël, État intrinsèquement victime car perçu symboliquement comme le « juif des nations » perdu dans un environnement hostile. Et si la victoire éclair d’Israël en juin 1967 galvanise les juifs américains, « l’Holocauste, associé à la guerre des Six jours, [peut] désormais être intégré à un mythe du salut » (p. 213). « C’est un lieu commun depuis quelques années : Israël et l’Holocauste sont les piliers jumeaux de la “ religion civile ” juive américaine, les deux symboles qui lient ensemble les juifs des États-Unis, qu’ils soient croyants ou incroyants, de droite, de gauche ou du centre » (p. 206).
En octobre 1973, la guerre de Kippour fait à nouveau trembler les juifs américains pour la survie d’Israël et resserre les rangs. Dans le même temps, le discours sur la mémoire de l’Holocauste s’institutionnalise, comme étant le meilleur moyen de conforter les positions pro-israéliennes des États-Unis : les accusations portées contre « le silence des nations » et « l’abandon des juifs » se font plus vives, tandis que s’exprime la crainte de voir surgir aux États-Unis un « nouvel antisémitisme » – notamment parmi les Afro-Américains –. L’ « âge d’or » du judaïsme américain semble révolu, l’Amérique est désormais perçue comme « inhospitalière », voire « hostile » (p. 241) et la formule utilisée en Israël au lendemain de la guerre des Six Jours – « Le monde entier est contre nous » – est reprise et répétée : le gouvernement fédéral – soupçonné, de manière plus ou moins explicite, de vouloir acheter la paix sociale avec les Noirs aux dépens des juifs – est sommé d’assumer la responsabilité de l’administration Roosevelt et d’exprimer un sentiment de culpabilité pérenne, garant de sa solidarité indéfectible envers ses concitoyens juifs et de son soutien inconditionnel à l’État d’Israël, au-delà de toute analyse politique raisonnée. C’est quasiment une « mentalité d’assiégé [20] » qui semble s’être emparée d’une partie non négligeable des juifs américains, alors même que, souligne Novick, « l’antisémitisme, suivant tous les indicateurs disponibles, poursuivait aux États-Unis son déclin à long terme » (p. 241). Et c’est ainsi, dans ce contexte de repli des juifs américains sur eux-mêmes, que l’Holocauste s’est transformé en « emblème de l’éternelle condition du juif » (p. 242). Et l’auteur de poursuivre : « L’Holocauste glissant du domaine de l’histoire à celui du mythe, il devint porteur de “ vérités éternelles ” soustraites aux circonstances historiques. Entre autres choses, il en vint à symboliser l’aboutissement naturel et inévitable de l’antisémitisme » (p. 250).
 
La confortable « clarté morale » d’un « symbole de substitution » ?
 
 
Vers la fin des années 70 et au début des années 80, l’image se brouille quelque peu et les Palestiniens suscitent des sympathies, apparaissant aux yeux de certains comme d’autres victimes – les « victimes des victimes » ? –. La guerre du Liban fait exploser le consensus favorable à Israël mais, affirme Novick, la confusion s’est désormais installée : « alors même que de plus en plus d’Américains ne voyaient plus le conflit israélo-arabe en noir et blanc, l’Holocauste leur offrit un symbole de substitution d’une clarté morale infiniment plus grande » (p. 238) ; et s’ils ne peuvent pas tous s’identifier aux Israéliens dont la survie physique ne leur paraît plus aussi directement menacée et dont ils n’approuvent pas nécessairement la politique, les juifs américains peuvent continuer de s’identifier aux victimes de la Shoah. D’où l’extension, dans les années 1990, du terme survivors, qui désigne tous les juifs ayant vécu dans les années 30 et 40, y compris ceux qui étaient déjà aux États-Unis à cette époque et qui n’ont donc jamais été personnellement en danger. Car dans un autre contexte géopolitique, ils auraient pu être directement menacés par la persécution anti-juive. Cette identité imaginaire, que l’on transmet aux jeunes générations notamment pour combattre l’assimilation [21], est, selon Novick, le seul dénominateur commun susceptible de cimenter l’unité d’un groupe en réalité très disparate. Et c’est un véritable lobby qui s’est donc développé, jouant un rôle important dans l’organisation de l’enseignement scolaire et universitaire autour de la Shoah et dans la création des musées de l’Holocauste qui ont fleuri aux États-Unis depuis une décennie, en particulier dans celle de l’United States Holocaust Memorial Museum de Washington, ouvert grâce à des fonds publics et privés. Et – comme d’autres avant lui –, Novick pose la question : comment se fait-il qu’un tel musée se dresse dans la capitale fédérale, sur le Mall, la grande avenue bordée d’édifices culturels, symbole du rayonnement de la démocratie américaine, alors qu’il n’y a pas de musée de l’esclavage digne de ce nom ? Ne serait-ce pas parce qu’il est beaucoup plus facile de commémorer des événements qui ne se sont pas passés sur son sol et dans lesquels sa responsabilité n’est pas engagée au premier chef ? Sans oublier, insinue l’auteur, que les juifs américains ont les moyens financiers nécessaires à leurs ambitions, ce qui n’est pas le cas des Afro-Américains largement soumis à la précarité. Et de signaler qu’ils ont aussi les moyens de faire ou de défaire les carrières des hommes politiques américains [22], dont certains font preuve d’un grand opportunisme dans l’évocation de l’Holocauste [23].
Novick critique donc ce qui lui semble être une « sacralisation croissante » de la Shoah (p. 284), qui confine parfois même au « fétichisme » (p. 282). S’agit-il d’une nouvelle « religion civile » qui serait même invoquée, voire instrumentalisée – de manière apparemment paradoxale – par certains leaders du judaïsme religieux ? Et de citer, par exemple, Emil Fackenheim qui a formulé un « 614e commandement », celui d’entendre la « voix imprescriptible d’Auschwitz [24] » ; ou bien le rabbin Irving Greenberg, fondateur de Zakhor, le Holocaust Resource Center, qui a déclaré que l’Holocauste fut « un événement de l’ordre de la révélation » et suggéré que, de même que l’on mange des matsot à Pessah, on se contente, une fois dans l’année, « du pain pourri d’Auschwitz ou d’épluchures de patates de Bergen-Belsen » pour commémorer la Shoah [25]. Il s’interroge aussi sur le sens de ces bar-mitsvot célébrées depuis peu aux États-Unis, où le jeune garçon prend comme compagnon virtuel, tout au long de la cérémonie, un enfant juif assassiné dans les camps nazis avant d’avoir atteint sa majorité religieuse [26].
Cette centralité de l’Holocauste s’est également imposée à la conscience des Américains non juifs. L’immense succès de la série Holocaust, diffusée sur la chaîne de télévision NBC, pendant près de dix heures, à partir d’avril 1978, le montre déjà. Et cette tendance est largement confirmée par le retentissement du film de Steven Spielberg, La Liste de Schindler, diffusé en 1993 – l’année même de l’inauguration de l’United States Holocaust Memorial Museum de Washington, dont la création avait été envisagée dès le printemps 1978. Pour tous, « l’Holocauste est devenu l’horreur emblématique à l’aune de laquelle mesurer toutes les autres horreurs » (p. 365). Cela sensibilise-t-il vraiment le public ? et si oui, à quoi précisément ? Telle est l’une des interrogations que sous-tend l’ouvrage de P. Novick.
 
Au-delà du ton parfois provocateur, des questions fondamentales
 
 
La question la plus essentielle est sans doute celle de l’« unicité (uniqueness) de la Shoah », thèse [27] contre laquelle Novick s’élève avec force. Il s’agit à ses yeux d’une « entreprise intellectuellement vide » (p. 17), car la singularité est le propre de tout événement historique, aucun n’étant identique à un autre. Il ne saurait s’agir évidemment de tracer un signe égal entre ces événements, ni de considérer qu’ils sont en tout point comparables, voire superposables, mais bien plutôt de mettre l’histoire de la Shoah en perspective, dans le cadre d’analyses comparatives – ce qui n’a rien à voir avec une quelconque tentative de banalisation sur fond d’amalgame.
Novick s’insurge aussi contre l’idée du caractère incompréhensible et indicible de la Shoah et critique vivement Elie Wiesel pour avoir déclaré notamment : « L’Holocauste transcende l’histoire. C’est l’événement ultime, le mystère ultime, à jamais incompréhensible et intransmissible [28] », ou encore : « Auschwitz ne peut être ni expliqué ni montré [29] ». Tout en relevant le paradoxe qu’il y a à s’exprimer sans cesse sur le sujet depuis plus de cinquante ans et à avoir impulsé la création du musée de Washington après avoir tenu de tels propos, il soutient que cela revient à dire au reste du monde : « Votre catastrophe, contrairement à la nôtre, est ordinaire ; contrairement à la nôtre, elle est compréhensible ; et contrairement à la nôtre, elle est représentable » (p. 17). Non seulement une telle position est moralement inacceptable, écrit-il, mais elle peut même aboutir à l’inverse du but recherché : confronté à cette horreur paroxystique, à cet « archétype de la barbarie » (p. 365) qui échapperait à toute analyse, le « public » risque de ne faire aucun lien avec les violations des libertés et des droits de l’homme au quotidien. Ainsi la vigilance serait-elle anesthésiée au lieu d’être stimulée. En sortant l’Holocauste de l’histoire – ce que font les tenants de la singularité absolue de la Shoah –, le risque existe par ailleurs de brouiller le désir de connaissance au lieu de l’alimenter, et d’entretenir la confusion au lieu de la lever : ainsi les résultats de plusieurs sondages effectués en 1995 indiquent-ils que 97% des Américains interrogés « savaient ce qu’est l’Holocauste », mais qu’un tiers d’entre eux ignorait qu’il avait eu lieu pendant la Seconde Guerre mondiale ou même affirmait « savoir » qu’il ne s’était pas produit à cette période [30]
Quant à la vocation de l’Holocauste comme « boussole morale » (p. 334), elle n’est pas sans poser problème. D’abord, comment concilier spécificité et universalisme ? Dans la mesure où on adhère à la thèse selon laquelle s’agirait d’un événement « exceptionnellement inexplicable » (p. 299), chacun l’adapte à sa propre grille d’interprétation et en tire ses leçons personnelles – évidemment différentes, voire contradictoires, selon qu’on est militant anti-avortement, chrétien intégriste ou attaché à la cause des organisations gay… Et il reste à s’interroger sur le rôle des films, des musées, des discours sur l’Holocauste en termes de vigilance citoyenne face à des crimes moins extrêmes que l’Holocauste qui, finalement, « ne sont pas si terribles » (p. 373).
Novick remet en cause, enfin, l’invocation de l’expression « Plus jamais ça ! », souvent employée pour justifier l’entretien de la mémoire de l’Holocauste, en rappelant qu’en cette deuxième moitié du XXe siècle, bien des atrocités ont été commises sans que le souvenir de la Shoah ait paru les limiter. Il souligne ainsi que la diplomatie américaine ne s’est guère préoccupée du génocide au Rwanda ni des massacres perpétrés dans l’ex-Yougoslavie. Même s’il reconnaît que des personnes privées et certains organismes peuvent de fait avoir été sensibilisés par la mémoire de l’Holocauste pour s’engager dans des causes humanitaires, il juge la formule « indécente » en ce qui concerne les gouvernants – qui, selon lui, pourraient et devraient commencer par secourir les millions d’enfants qui meurent de malnutrition à travers le monde. Sinon, étant donné la persistance de ce « crime d’indifférence », autant dire « Jamais plus le massacre des Albigeois ! » (pp. 340 sq).
On peut récuser certaines analyses de Peter Novick, considérer que plusieurs de ses affirmations demanderaient à être étayées – ainsi du niveau de fiabilité des informations sur l’extermination des juifs transmises au gouvernement de Washington à partir de 1942 ; ou de l’influence des juifs américains sur la conscience de l’Amérique en général, qu’il semble tenir pour un fait acquis ; ou encore de la question des négationnistes, qualifiés avec quelque désinvolture de « cinglés » et de « tordus » (p. 383) à l’influence quasi nulle –. Et le lien entre la mémoire de l’Holocauste et le soutien à Israël, au sein du groupe juif et dans les sphères politiques dirigeantes, est-il aussi immédiatement évident qu’il le décrit ? Il emploie par ailleurs des expressions outrancières qui parfois peuvent choquer : l’« insistance hargneuse sur l’unicité de l’Holocauste » (p. 17), la « servilité » générale des juifs américains vis-à-vis de Roosevelt (p. 58), la « compétition » entre groupes ethniques pour la « médaille d’or aux Olympiades de la victimisation » (p. 278). Nul ne peut nier toutefois qu’il s’agit d’une réflexion sérieuse et argumentée sur l’évolution de la mémoire de la Shoah aux États-Unis, qui pose de manière souvent passionnante des questions fondamentales qui souvent dépassent le cadre américain.
 
Norman Finkelstein : un pamphlet très ambigu
 
 
Il en va tout autrement de l’ouvrage de Norman Finkelstein L’Industrie de l’Holocauste [31], qui, paru en anglais en juillet 2000, a été publié en traduction française au mois de février 2001 – ce qui fausse la chronologie originelle par rapport au livre de Peter Novick. Le livre, postfacé par Rony Brauman, porte en sous-titre : « Réflexions sur l’exploitation de la souffrance des juifs ».
Enseignant à la faculté de sciences politiques de l’université de la ville de New York, Norman Finkelstein est l’auteur d’un doctorat sur la théorie du sionisme qu’il a soutenu à l’université de Princeton et ses premiers ouvrages portent sur le conflit israélo-palestinien [32]. En 1999, il a publié par ailleurs, avec Ruth Bettina Birn, un ouvrage qui se voulait une réponse au livre de Daniel Goldhagen, Des Allemands ordinaires [33].
Il importe de signaler par ailleurs – car il le dit dès la troisième page de son livre et ne cesse de le répéter tout au long de l’ouvrage – que ses parents sont l’un et l’autre des survivants du ghetto de Varsovie et d’anciens déportés.
 
Une « entreprise de culpabilisation » des non-juifs
 
 
Finkelstein reprend certaines des analyses de Peter Novick, auquel il fait très souvent référence, mais en les poussant à leur paroxysme, jusqu’à la caricature, et parfois même en les dévoyant. S’il reconnaît que c’est la publication de L’Holocauste dans la vie américaine qui l’a conduit à rédiger son propre livre, il tient à se démarquer d’emblée de son prédécesseur, qui « ne met l’accent que sur les abus les plus énormes » (p. 8).
Il conforte l’idée selon laquelle les juifs américains, globalement engagés dans une logique assimilationniste, se sont fort peu souciés de la Shoah jusqu’aux années 60. Et il rappelle à ce propos que c’est dans l’indifférence quasi générale que Raul Hilberg a publié ses premiers travaux, prélude à son grand œuvre, La Destruction des juifs d’Europe, qui fait aujourd’hui autorité. Il souligne également que les tensions nées de la guerre froide et la répression du maccarthysme ont encore renforcé ce silence, toute critique de l’Allemagne risquant de passer pour de la propagande communiste.
Comme Peter Novick, il voit dans la guerre des Six Jours un véritable tournant qui marque l’émergence de la mémoire du génocide des juifs. Selon lui, il y a désormais instrumentalisation mutuelle : le gouvernement de Washington a besoin de cette caution morale pour justifier son appui inconditionnel à Israël dont il a fait son fer de lance au Moyen-Orient ; et, de leur côté, les juifs américains trouvent ainsi un moyen de renforcer leur intégration dans la société américaine – ici, Finkelstein semble d’une certaine façon en contradiction avec Novick, qui soutient quant à lui, rappelons-le, que les juifs américains commençaient alors à être influencés par la « nouvelle ethnicité » et étaient à la recherche de leur spécificité identitaire, amorçant un mouvement qui s’est développé par la suite.
Finkelstein relève à son tour l’importance de la guerre de Kippour, qui a mis en évidence, à nouveau, la vulnérabilité d’Israël et ravivé les craintes pour sa survie. Selon lui, c’est de la volonté de défendre Israël envers et contre tout qu’est née ce qu’il appelle l’« industrie de l’Holocauste », qu’il définit comme « une arme parfaite pour mettre Israël à l’abri de toute critique ». Ainsi est-on passé, selon lui, de l’holocauste à l’Holocauste [34] : une « entreprise de culpabilisation » massive des non-juifs, accusés d’avoir manifesté une « haine irrationnelle et éternelle » (p. 43) vis-à-vis des juifs ; une « manipulation [35] » intellectuelle consistant à présenter la Shoah comme « un événement historique catégoriquement unique » (p. 43), ce qui lui paraît être une « mystification ». C’est sur cette base, affirme-t-il, que repose la justification a priori de la politique de l’État d’Israël, selon un raisonnement fallacieux qui peut se résumer ainsi : se trouvant du côté des victimes éternelles, irréprochables par définition, l’État d’Israël se trouve nécessairement aussi du côté de la justice et il est donc irréprochable.
Finkelstein stigmatise, en outre, une campagne « sans cesse croissante » de revendication financière en réparation des spoliations. Il se déchaîne en particulier contre les organisations juives américaines qu’il accuse de pratiquer un véritable « racket » à travers toute l’Europe, en « excitant l’hystérie publique » et en « terrorisant », par exemple, les banques et le gouvernement suisses. Il porte contre elles des accusations très lourdes, allant jusqu’à affirmer qu’elles conservent à leur profit l’essentiel des sommes recueillies pour leurs frais de fonctionnement et de représentation, au lieu de les redistribuer aux victimes ou à leurs descendants. Sa mère, dit-il, n’a touché en tout et pour tout que 3 500 dollars d’indemnisation, alors que le salaire annuel du secrétaire de la Claims Conference [36] est de 105 000 dollars (p. 83). Cet homme touche donc en douze jours « ce que [sa] mère a perçu pour avoir souffert des persécutions nazies pendant six ans » (p. 86). Finkelstein parle à ce propos d’« extorsion de fonds [37] » dont il rend responsable, en premier lieu, le Congrès juif mondial. Rendant compte de son livre, le New York Times évoque, dans sa livraison du 6 août 2000, l’Holocash (terme apparemment repris du Times de Londres). Aux yeux de Finkelstein, le risque est grand de raviver l’antisémitisme par de telles pratiques, qui ressuscitent l’amalgame entre « le juif » et l’argent.
 
« Shoah business »
 
 
Beaucoup plus grave encore : Finkelstein accuse les leaders des organisations juives américaines et leurs avocats de gonfler artificiellement le nombre des survivants afin de recevoir des sommes plus importantes qu’elles ne le seraient sur la base de chiffres exacts [38]. Ce faisant, ils feraient le jeu des négationnistes – même si, concède Finkelstein, ils le font sans doute inconsciemment –. Et il écrit : « Il est généralement admis que la Solution finale fut une extermination extraordinairement efficace, à la chaîne, industrielle. Mais si, comme le suggère l’industrie de l’Holocauste, plusieurs centaines de milliers de juifs ont survécu, c’est que la Solution finale n’était pas si efficace, après tout. Elle devait tenir de l’improvisation – exactement ce que soutiennent les négationnistes. Les extrêmes se touchent » (pp. 125-126).
Finkelstein stigmatise aussi ce qu’il appelle – parmi d’autres – le Shoah business. Ce qu’il range exactement dans cette catégorie n’est pas très facile à définir, dans la mesure où il y met tout ce qui « nuit aux intérêts juifs, à l’honneur juif et à l’Histoire [39] ». Sont particulièrement visés : le Simon Wiesenthal Center, « célèbre pour ses expositions de type “ Dachau-Disneyland ” et l’utilisation efficace du terrifiant et du sensationnel comme tactique de collecte de fonds » ; l’United States Holocaust Memorial Museum de Washington, dont l’existence même constitue à ses yeux un réel problème: « La première question est de savoir pourquoi nous avons payé un musée de l’Holocauste, commandé et payé par l’administration fédérale, sur le Capitole de la nation. Sa présence […] est particulièrement incongrue en l’absence de tout musée commémorant les crimes de l’histoire des États-Unis. On peut imaginer les hurlements qui s’élèveraient en Amérique si l’Allemagne décidait d’élever un musée national à Berlin pour commémorer non pas le génocide nazi, mais l’esclavage des Noirs ou l’extermination des Indiens » (p. 73). Autre cible de Finkelstein : Elie Wiesel, contre lequel il écrit des pages très violentes, le qualifiant de « survivant-prêtre » seul habilité à percer la « religion du mystère » qu’est pour lui l’Holocauste (p. 47).
Plus largement, il critique avec virulence les témoignages des rescapés de la Shoah (ou ceux qui se présentent comme tels). Avec une mauvaise foi qui est ici patente, il prend deux exemples particulièrement atypiques et délicats : ceux de Jerzy Kosinski, auteur de L’Oiseau bariolé [40] (qui est à la fois une autobiographie et un texte fictionnel, sans que la part de l’une et de l’autre soit toujours très nette) et de Benyomin Wilkomirski (dont le « témoignage », encensé par la critique aux États-Unis comme en Europe, s’est révélé apocryphe [41]). Il s’agit dans l’un et l’autre cas, affirme Finkelstein, d’une « supercherie », d’une « manipulation de la plus belle eau » (p. 58), mais partie prenante du spectacle orchestré par le Shoah business et tellement utiles à l’« industrie de la Shoah » que rares sont ceux qui les ont dénoncés – que ce soit parmi les historiens, les autres témoins ou les leaders des institutions juives. Il n’accorde aucune attention aux hésitations que les uns ou les autres ont pu éprouver à ce qui constitue sans doute, à un degré ou à un autre et même s’il y a eu mystification, un drame humain. S’il faut « manipuler l’histoire » pour pouvoir mieux « capitaliser l’Holocauste », pourquoi hésiterait-on ? Pas un mot sur le témoignage de Primo Levi ni sur celui des nombreux autres rescapés à l’honnêteté incontestable.
Cela étant, Finkelstein affirme qu’il n’est nullement opposé à la démarche des historiens de la Shoah dans son principe même (il encense à longueur de pages, d’ailleurs, Raul Hilberg, pour des raisons qu’il serait intéressant d’éclaircir) ni au « devoir de mémoire ». Et il déclare dans une interview : « Les organisations américaines ont transformé ce devoir de mémoire en industrie de l’Holocauste. Quand les Japonais commémorent Hiroshima, c’est en illuminant le fleuve de milliers de petites lanternes flottantes. Aux États-Unis, ce sera un concert de pop-corn au Yankee Stadium. Tout cela est dégoûtant [42]. »
 
Une collusion avec les négationnistes ?
 
 
Le ton utilisé par Finkelstein est, à l’évidence, celui d’un pamphlet, souvent même d’un pamphlet véhément qui se voudrait un brûlot. Il pratique l’invective, voire l’insulte personnelle, et, on l’a vu, n’hésite pas devant des amalgames assez peu rigoureux. Après la publication de l’édition française, l’association Avocats sans frontières a décidé de porter plainte contre lui pour « diffamation raciale » et « incitation à la haine raciale » [43].
Cela étant, il ne peut être taxé de « négationniste » car en aucune façon il ne nie la réalité du génocide des juifs [44]. Mais il n’en est pas moins vrai, comme l’écrit le journaliste Meïr Waintrater, que « son discours s’emboîte parfaitement avec celui des négationnistes. […] Car il leur fournit le chaînon logique manquant : l’explication du “ grand mensonge d’Auschwitz ” par la conspiration juive internationale [45] ». De fait, Finkelstein ressuscite en quelque sorte le mythe du « complot juif », sous de nouveaux oripeaux. Il emploie les termes de « manipulation de l’Histoire » et d’« escroquerie » (même s’il n’y met pas exactement le même contenu que Faurisson, certes) ; il accuse les « élites juives » d’instrumentaliser la Shoah au service de leurs intérêts matériels – argument cher aux négateurs – ; enfin, il ne cesse d’accuser les dirigeants de l’État d’Israël et ceux qui les soutiennent d’utiliser la mémoire de la Shoah comme un argument politique majeur pour justifier leur politique, afin de se protéger contre toute critique éventuelle. Dans sa postface à l’édition française, Rony Brauman reprend cette idée : « La mémoire de la Shoah et le soutien à Israël, indistinctement mêlés, s’imposent désormais et massivement comme la nouvelle carte d’identité juive », écrit-il (p. 154). Il indique qu’après avoir hésité à accepter de rédiger la postface du livre de Finkelstein, il a finalement accepté après le début de l’intifada El Aqsa, en septembre 2000, désireux d’affirmer sa liberté critique face à « la capacité d’intimidation morale exercée aussi bien par Israël dans le champ diplomatique que par ses défenseurs dans les débats publics » (p. 149). Et il qualifie de « chantage intellectuel » l’accusation de collusion avec les négationnistes.
On peut signaler néanmoins que les négationnistes, eux, se félicitent de la parution du livre de Finkelstein [46] – qui, comme l’écrit le négateur américain Ernest Sommers lui-même, « ouvre aux révisionnistes [sic] une porte pour la poursuite de leur entreprise [47] ».
Aux États-Unis, une polémique s’est développée pendant quelques semaines au moment de la sortie du livre, souvent accueilli par des critiques dévastatrices, aussi bien dans la presse (le New York Times écrit ainsi que l’auteur est « à la limite de la paranoïa », tandis que le Washington Post parle de « discours délirant et sectaire ») que parmi les historiens. Peter Novick – qui refuse de servir de caution de respectabilité au livre de Finkekstein – s’en démarque nettement, allant jusqu’à écrire à propos de la thèse centrale de Finkelstein sur le rôle des « élites juives » qu’« il s’agit de la version du XXIe siècle des Protocoles des Sages de Sion [48] ». Même ceux qui critiquent les pressions exercées par le Congrès juif mondial en matière de réparations financières prennent leurs distances sans ambiguïté. Ainsi Gabriel Schoenfeld, rédacteur en chef de la revue Commentary, fait-il l’analyse suivante : « Finkelstein voit la question des réparations dans le cadre d’une structure idéologique où les juifs cupides opprimeraient les Noirs américains, les Palestiniens etc… [49] »
Après quelques semaines de débat, le livre de Finkelstein est retombé dans l’indifférence générale aux États-Unis. En Europe en revanche, il a rencontré un succès certain – notamment en Allemagne, en Autriche, en Grande-Bretagne, en Suisse. On peut noter – et ce n’est guère surprenant – un accueil particulièrement favorable dans les milieux de l’extrême-droite et dans certains groupes d’extrême-gauche.
On peut se demander d’autre part pourquoi une maison d’édition a décidé de publier une traduction française de ce pamphlet à la valeur scientifique discutable. A-t-elle pensé qu’il existait un terreau favorable pour que l’ouvrage fût bien accueilli et alimentât les polémiques ?
Nombre d’observateurs s’accordent à penser qu’une partie de l’opinion publique française exprime, de manière tantôt larvée tantôt explicite, un certain agacement [50] vis-à-vis de l’attitude des autorités depuis la déclaration du président Chirac qui, en juillet 1997, a reconnu officiellement la responsabilité de l’État français dans la persécution anti-juive et sa « dette imprescriptible ». Les questions financières qui sont apparues ces dernières années ont sans doute accentué ce type de réaction – dans la mesure où le vieux stéréotype liant les juifs à l’argent paraît profondément ancré dans les mentalités. Les médias ont mis l’accent sur les œuvres d’art, les tableaux, les objets précieux, sans toujours préciser que c’est l’arbre qui cache la forêt et que la majorité des juifs présents sur le territoire français à la veille de la guerre n’avaient souvent qu’une machine à coudre pour principale richesse. Par ailleurs, il semble bien – même s’il est difficile de l’évaluer précisément – que la récente décision du gouvernement Jospin d’allouer une pension aux orphelins de la Shoah n’ait pas fait l’unanimité. Des voix se sont élevées pour poser la question : pourquoi ne pas prendre une mesure identique en faveur des enfants de résistants fusillés, ou même de ceux des prisonniers de guerre, privés de leur père pendant cinq ans ? Le « devoir de mémoire » peut-il engendrer un « trop-plein de mémoire » et entraîner des effets contraires à ceux qui sont recherchés, voire susciter une réaction de rejet ?
On ne saurait oublier non plus que la traduction française du livre de Finkelstein a été publiée quelques mois après le début de la deuxième intifada. Nous l’avons dit, la postface de Rony Brauman s’y réfère explicitement. De même, l’éditeur revendique haut et fort « la liberté de dire et de critiquer dans ces domaines “ sensibles ” que sont l’instrumentalisation idéologique du génocide des juifs et la politique de l’État d’Israël envers le peuple palestinien [51] ».
Sans doute est-il donc raisonnable de penser qu’il s’agit là, avant tout, d’une opération à objectifs idéologiques. On peut d’autant plus regretter l’inversion des dates de publication des deux livres – celui de Peter Novick et celui de Norman Finkelstein – en traduction française, qui risque de fausser le débat intellectuel en l’entachant de réactions partisanes et passionnelles. Pourtant, certaines des questions posées par Novick dans le cadre américain valent également pour la France et gagneraient à être rigoureusement analysées et débattues – démarche déjà entreprise par plusieurs chercheurs [52]. Évidemment, la France fut vaincue et occupée et les anciens déportés ont subi directement l’expérience des camps – pour eux, le trauma fut donc, hélas, bien réel. En outre, les errements du pouvoir politique et de la conscience nationale autour du régime de Vichy ont également joué un rôle spécifique dans la constitution de la mémoire des années sombres, jusqu’à en rendre parfois le souvenir « obsédant » [53]. Il faudrait également s’interroger sur l’évolution du rapport des juifs de France à la République. Cette étude ciblée sur la mémoire (ou les mémoires) française(s) du génocide des juifs depuis ces trente dernières années reste encore à faire [54]. Peut-on espérer qu’en ce début du XXIe siècle, elle parvienne à respecter le « devoir de connaissance » et permette de faire un « travail de mémoire » ?
 
NOTES
 
[1]The Holocaust in American Life, Boston, Houghton Mifflin Company, 1999, 373 p. Peter Novick, professeur d’histoire à l’université de Chicago, a fait partie des fondateurs d’un département d’études juives dans cet établissement. Il est connu des lecteurs français pour son étude sur L’Épuration française, 1944-1949, parue en 1968 aux États-Unis, publiée pour la première fois en traduction française en 1985 aux éditions Balland et rééditée en 1991 dans la collection « Points/Histoire » du Seuil, avec une préface de Jean-Pierre Rioux (364 p.). Il est également l’auteur de : That Noble Dream : the « Objectivity Question » and the American Historical Profession, Cambridge, Cambridge University Press, 1988, XII-648 p.
[2]Traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat, Paris, Gallimard/NRF, 2001, coll. « Bibliothèque des histoires », 434 p. – désormais HVA.
[3]Cf. notamment Hilene Flanzbaum (dir.), The Americanization of the Holocaust, Baltimore, The John Hopkins University Press, 1999, 261 p.
[4]HVA, pp. 8-9.
[5]À ce propos, Novick souligne, à juste titre, la diversité du groupe juif américain et signale que « la presse de langue yiddish couvrit beaucoup largement le sujet que la presse juive en anglais » (pp. 44-50).
[6]Ou rushes « Pas de bruit, pas d’histoires ! »
[7]Cf. David Wyman, L’Abandon des juifs. Les Américains et la solution finale, traduit de l’américain par Claude Blanc, préface d’Elie Wiesel, postface d’André Kaspi, Paris, Flammarion, 1987, 460 p.
[8]Sur des positions assez proches, cf. William D. Rubinstein, The Myth of Rescue. Why the Democracies Could not Have Saved More Jews from the Nazis, Londres/New York, Routledge, 1997, 267 p.
[9]HVA, pp. 67-74.
[10]Pour ce qui concerne en particulier les déportés libérés à Buchenwald, camp de concentration, mais après avoir participé aux terribles « marches de la mort » à partir d’Auschwitz-Birkenau.
[11]Et 21% : « Celui qui soutient Israël » – HVA, p. 207.
[12]Peter Novick consacre des pages particulièrement intéressantes à la controverse qui s’est développée autour de la figure emblématique d’Anne Frank. Cf. HVA, pp. 165-173.
[13]Pour une étude comparative, on se reportera à un article récent de Maurice Kriegel, « Trois mémoires de la Shoah : États-Unis, Israël, France », Le Débat, n°117, nov.-déc. 2001, pp. 59-73.
[14]HVA, pp. 141 sq. Le génocide est défini comme « une tentative pour détruire, en tout ou partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux en tant que tel ».
[15]HVA, pp. 122-123.
[16]C’est le cas notamment de l’American Jewish Congress, qui apporte sa participation et son soutien financier à l’All-American Conference to Combat Communism. Cf. HVA, pp. 132-133.
[17]Cf. HVA, pp. 146-153.
[18]Cf. Leo Bogart, The Response of Jews in America to the European Catastrophe, 1941-1945, maîtrise d’histoire, université de Chicago, 1948, p. 4. Cité in HVA, pp. 148-149.
[19]Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem, rapport sur la banalité du mal, trad. de l’anglais par Anne Guérin, préf. d’Irène Michelle Brudny de Launay, Paris, Gallimard, coll. « Témoins », 1966, 344 p. – rééd. Folio, 1991, 484 p. –, p. 134.
[20]L’expression a été employée par Henry Siegman, vice-président du Synagogue Council of America dans les années 70. Cf. HVA, p. 241.
[21]Assimilation que d’aucuns qualifient d’« Holocauste silencieux » et qui entraîne Richard Joel à dire que « le melting pot a réussi au-delà de nos peurs les plus noires ». Cf. HVA, p. 262.
[22]HVA, pp. 236-237.
[23]HVA, pp. 328-329.
[24]Emil Fackenheim, La Présence de Dieu dans l’histoire : affirmations juives et réflexions philosophiques après Auschwitz, Lagrasse, Verdier, coll. « Les Dix Paroles », 1980, 166 p. – rééd. : Penser après Auschwitz : affirmations juives et réflexions philosophiques, trad. de l’anglais par Marguerite Delmotte et Bernard Dupuy, préface de Bernard Dupuy, Paris, Cerf, coll. « La Nuit surveillée, 1986, 176 p.
[25]Irving Greenberg, « Clouds of Smoke, Pillar of Fire : Judaism, Christianity and Modernity after the Holocaust », in Eva Fleishner (dir.), Auschwitz : Beginning a New Era ?, actes du colloque international tenu à la cathédrale St John The Divine (New York), 3-6 juin 1974, New York, Ktav Publ., 1977, 469 p., cité in HVA, pp. 250 et 381. Voir également I. Greenberg, The Jewish Way : Living the Holidays, New York, Summit Books, 1988, 463 p. – rééd. New York, Simon & Schuster, 1993, 463 p., ch. X.
[26]HVA, p. 15.
[27]Sur cette question, l’ouvrage fondamental publié en français reste Devant l’histoire. Les documents de la controverse sur la singularité de l’extermination des juifs par le régime nazi, préface de Luc Ferry, introduction de Joseph Rovan, Paris, Cerf, coll. « Passages », 1988, 353 p. (traduction française de l’édition originale en allemand publiée en 1987 par les éditions R. Piper Gmb & Co de Munich, sous le titre Historikerstreit). On se reportera aussi, pour un exposé clair des diverses opinions en présence, à la préface de Henry Rousso à l’ouvrage de Norbert Frei, L’État hitlérien et la société allemande, 1933-1945, traduit de l’allemand par Jeanne Étoré, Paris, Seuil, 1994, 368 p.
[28]Elie Wiesel, « Trivializing the Holocaust », New York Times, 16 avril 1978.
[29]Against Silence : the Voice and Vision of Elie Wiesel, textes choisis et présentés par Irving Abrahamson, New York, The Holocaust Library, 1985, 3 vol. – vol. III, p. 146.
[30]Cf. HVA, pp.330-331.
[31]Paris, La Fabrique, 2001, 157 p. – désormais IH.
[32]Image and Reality of the Israel-Palestine Conflict, Londres/New York, Verso, 1995 (rééd. 2001), 243 p. ; The Rise and Fall of Palestine : A Personal Account of the Intifada Years, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1996, 157 p.
[33]A Nation on Trial : The Goldhagen Thesis and Historical Truth, New York, Metropolitan Books, 1998, 143 p. – éd. fr. : L’Allemagne en procès, la thèse de Goldhagen et la vérité historique, traduit de l’américain par Denis Berger, Paris, Albin Michel, 1999, 185 p.
[34]Dès la première page de son introduction, Finkelstein précise sa « définition » : « Dans ce texte, holocauste nazi désigne l’événement historique réel, et Holocauste, sa représentation idéologique » (p. 7).
[35]Le titre du chapitre II est : « La manipulation de l’Histoire », pp. 43-78.
[36]La Claims Conference (Conference on Jewish Material Claims against Germany) est l’organisme qui fédère les grandes institutions juives à travers le monde et elle a joué un rôle majeur dans la question des réparations.
[37]Le chapitre III est intitulé : « La double extorsion », pp. 79-136.
[38]IH, pp. 122-124.
[39]Cf. Gabriel Schoenfeld, « Holocaust Reparations : a Growing Scandal », Commentary, septembre 2000.
[40]Traduit de l’anglais par Maurice Pons, Paris, J’ai lu, rééd. 2000, 284 p.
[41]Fragments. Une enfance, 1939-1948, traduit de l’allemand par Léa Marcou, Paris, Calmann-Lévy, 1997, 138 p. Sur toute cette affaire, on se reportera au livre d’Elena Lappin, L’Homme qui avait deux têtes, traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat, Paris, Éditions de l’Olivier, 2000, 128 p.
[42]« Professor Norman Finkelstein interviewed by Jennifer Byrne », 25 juillet 2000, site Internet de la chaîne ABC.
[43]Cf. Gilles William Goldnadel, « Ne pas tolérer l’intolérable », Libération, 27 mars 2001.
[44]Pierre Vidal-Naquet souligne et explicite ce point, alors qu’il juge le livre de Finkelstein « détestable » et a refusé d’en écrire la préface : cf. « Pour la mémoire », Le Monde, 16 février 2001.
[45]« De Faurisson à Finkelstein », L’Arche, février 2001.
[46]On peut citer le site Internet AAARGH (Anciens amateurs de récits de guerre et d’holocauste) ainsi que The Revisionist.
[47]Cité par Meïr Waintrater, art. cit.
[48]Suddeutsche Zeitung, 3 février 2001.
[49]Art. cit.
[50]Pour une interprétation du sondage mené sur le sujet par la SOFRES en 1998, et autour de cette question, plus globalement, cf. Pierre Birnbaum, Sur la corde raide. Parcours juifs entre exil et citoyenneté, Paris, Flammarion, 2002, 468 p., ch. 16 : « De la mémoire à la sortie de l’histoire ? », pp. 343-368.
[51]Éric Hazan, « Brouillage sur l’Holocauste », Libération, 8 mars 2001.
[52]Le succès médiatique rencontré par le récent ouvrage d’Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias, Les Juifs ont-il un avenir ? – Paris, JC Lattès, 2001, 249 p. – ne doit pas faire oublier des réflexions bien antérieures menées par des intellectuels français soit dans le cadre hexagonal, soit dans celui d’une étude plus large, et qui sont susceptibles de nourrir utilement la réflexion – même si certains auteurs usent parfois d’un ton polémique –. On peut citer notamment : Raymond Aron, « Existe-t-il un mystère nazi ? », Commentaire, n°7, 1979, pp. 339-350 ; Saul Friedlander, « Réflexions sur l’historisation du national-socialisme », Vingtième Siècle, n°16, octobre-décembre 1987, pp. 43-54 ; Alain Finkielkraut, La Mémoire vaine. Du crime contre l’humanité, Paris, Gallimard, 1989, 125 p. ; Georges Kantin et Claude Manceron (dir.), Les Échos de la mémoire. Tabous et enseignement de la Seconde Guerre mondiale, Paris, Le Monde Éditions, 1991, 370 p. ; Daniel Lindenberg, « Guerres de mémoire en France », Notes de la Fondation Saint-Simon, n°53, mai 1993, 34 p. ; Nicolas Weill et Annette Wieviorka, « La construction de la mémoire de la Shoah : le cas français et le cas israélien », in André Kaspi (dir.), Les Cahiers de la Shoah, Paris, Liana Levi, 1994, 194 p., pp. 163-191 ; François Bédarida, « La dialectique passé-présent et la pratique historienne », in F. Bédarida (dir.), L’Histoire et le métier d’historien en France, 1945-1995, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1995, 437 p., pp. 75-85 ; Dominique Borne, « Communauté de mémoire et rigueur critique », in Jean Boutier et Dominique Julia (dir.), Passés recomposés. Champs et chantiers de l’histoire, Paris, Autrement, série « Mutations », n°150-151, 1995, 349 p., pp. 125-135 ; Jean-Michel Chaumont, La Concurrence des victimes : génocide, identité, reconnaissance, Paris, La Découverte, 1997, 381 p. ; Pieter Lagrou, Heroes, Martyrs, Victims. A Comparative Social History of the Memory of Worl War II in France, Belgium and the Netherlands, 1945-1965, thèse soutenue en 1996 dans le département d’histoire de l’Université catholique de Louvain – à paraître sous le titre : Mémoires de l’occupation nazie en Europe occidentale, Bruxelles, Complexe, 250 p. – ; Tzvetan Todorov, Les Abus de la mémoire, Paris, Arléa, 1998, 61 p. ; Henry Rousso, La Hantise du passé, entretien avec Philippe Petit, Paris, Textuel, 1998, 140 p. ; Jean-Pierre Bacot (dir.), Travail de mémoire, 1914-1998. Une nécessité dans un siècle de violence, Paris, Autrement, coll. « Mémoires », 1999, 270 p.Rappelons également plusieurs articles publiés par la revue Le Débat au cours des dernières années et, en particulier : Emma Schnur, « La morale et l’histoire », Jean-Michel Forges, « Pédagogie et morale », n°96, septembre-octobre 1996 ; Michael Bernstein, « Hommage à l’extrême. La Shoah et l’hyperbole de la catastrophe », Pierre Bouretz, « Cette fumée, pourtant ils ne savent pas », Jean-Michel Chaumont, « Le prisme de l’extrême », Richard Marienstras, « La stupeur du monde », Michel Wieviorka, « La transformation des juifs », n°98, janvier-février 1998.Dans le cadre d’une réflexion comparatiste plus générale, cf. Yves Ternon, L’État criminel. Les génocides au XXe siècle, Paris, Seuil, coll. « XXe Siècle », 1995, 442 p. ; Catherine Coquio (dir.), Parler des camps, penser les génocides, Paris, Albin Michel, coll. « Bibliothèque des idées », 1999, 680 p. ; Joël Kotek et Pierre Rigoulot, Le Siècle des camps : détention, concentration, extermination : cent ans de mal radical, Paris, J.-C. Lattès, 2000, 805 p.
[53]Cf. Eric Conan et Henry Rousso, Vichy, un passé qui ne passe pas, Paris, Fayard, 1994, 328 p.
[54]Pour la période de l’après-guerre, cf. Annette Wieviorka, Déportation et génocide. Entre la mémoire et l’oubli, Paris, Plon, 1992, 506 p.
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The Holocaust in American Life, Boston, Houghton Mifflin Co...
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Traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat, Paris, Gal...
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Cf. notamment Hilene Flanzbaum (dir.), The Americanization ...
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HVA, pp. 8-9. Suite de la note...
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À ce propos, Novick souligne, à juste titre, la diversité d...
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Ou rushes « Pas de bruit, pas d’histoires ! » Suite de la note...
[7]
Cf. David Wyman, L’Abandon des juifs. Les Américains et la ...
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Sur des positions assez proches, cf. William D. Rubinstein,...
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HVA, pp. 67-74. Suite de la note...
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Pour ce qui concerne en particulier les déportés libérés à ...
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Et 21% : « Celui qui soutient Israël » – HVA, p. 207. Suite de la note...
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Peter Novick consacre des pages particulièrement intéressan...
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Pour une étude comparative, on se reportera à un article ré...
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HVA, pp. 141 sq. Le génocide est défini comme « une tentati...
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HVA, pp. 122-123. Suite de la note...
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C’est le cas notamment de l’American Jewish Congress, qui a...
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Cf. HVA, pp. 146-153. Suite de la note...
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Cf. Leo Bogart, The Response of Jews in America to the Euro...
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Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem, rapport sur la banalit...
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L’expression a été employée par Henry Siegman, vice-préside...
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Assimilation que d’aucuns qualifient d’« Holocauste silenci...
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[22]
HVA, pp. 236-237. Suite de la note...
[23]
HVA, pp. 328-329. Suite de la note...
[24]
Emil Fackenheim, La Présence de Dieu dans l’histoire : affi...
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[25]
Irving Greenberg, « Clouds of Smoke, Pillar of Fire : Judai...
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[26]
HVA, p. 15. Suite de la note...
[27]
Sur cette question, l’ouvrage fondamental publié en françai...
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Elie Wiesel, « Trivializing the Holocaust », New York Times...
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Against Silence : the Voice and Vision of Elie Wiesel, text...
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[30]
Cf. HVA, pp.330-331. Suite de la note...
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Paris, La Fabrique, 2001, 157 p. – désormais IH. Suite de la note...
[32]
Image and Reality of the Israel-Palestine Conflict, Londres...
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A Nation on Trial : The Goldhagen Thesis and Historical Tru...
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Dès la première page de son introduction, Finkelstein préci...
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