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Vous consultezPour une animation décloisonnée. Loire-Atlantique
AuteurÉdith Coutant du même auteur
Directrice, responsable du dispositif milieu ouvert et insertion de la ddpjj de Loire-Atlantique depuis septembre 2007. Actuellement, elle assure également la fonction par intérim de dda du 44. Édith Coutant a été tour à tour directrice du fae de Pontoise et du restaurant d’application la k’Fête 95 en 1997, du cae de Saint-Nazaire en 2000, puis a rejoint la direction départementale de Loire-Atlantique en 2004, comme rdd hébergement dans un premier temps, puis rdd milieu ouvert et insertion. Elle est notamment titulaire d’un dea de droit privé obtenu en 1996 à l’université de Nantes.1 Favoriser les complémentarités, développer les ouvertures, dépasser les clivages… Responsable de dispositif départemental milieu ouvert et insertion de Loire-Atlantique, Édith Coutant est convaincue de la nécessité d’une animation décloisonnée pour faciliter les élaborations communes, réintroduire du sens, consolider les articulations, renforcer la confiance… Elle l’illustre ici à travers le dispositif départemental d’accueil d’urgence qui concerne autant l’hébergement que le milieu ouvert, le secteur public que le secteur associatif. À partir d’une vignette clinique illustrant la problématique d’un adolescent en grande souffrance, Cécile Petit, psychologue clinicienne au cae et à l’ueaj de Villeneuve-la-Garenne, souligne, pour sa part, le travail conjoint mené par ces deux services. Elle retrace ainsi, dans ses grandes lignes, le parcours de Fabrice, suivi au sein de la pjj pendant une longue période, jusqu’à son orientation vers le soin, et montre comment l’institution judiciaire peut accompagner ce type de prise en charge.
2 La prise de fonction de responsable de dispositif est un exercice singulier pour un directeur plus habitué à animer une équipe qu’un dispositif.
3 En observant le système départemental de l’hébergement, j’ai d’abord été frappée par des formes de violence inhérentes (?) à l’accueil d’urgence des jeunes. En effet, se révélaient des impuissances et des impasses, des clivages entre professionnels et institutions, des ruptures multiples dans les parcours des adolescents « patates chaudes », une absence de parole et d’élaboration commune autour de ces situations difficiles…
Accueil d’urgence
4 Concernant le champ de l’accueil d’urgence, que je retenais comme mon premier axe pour amorcer une animation décloisonnée entre milieu ouvert et hébergement, secteur public et associatif, un nouveau protocole d’accueil d’urgence avait été écrit.
5 Ce protocole, signé en juin 2003 dans le cadre du schéma départemental conjoint, bien qu’ayant le mérite d’exister et d’organiser l’urgence de façon pragmatique et partagée, souffrait de quelques défauts… Pour ne citer que les plus criants : absence d’accueil au pénal par le secteur associatif pourtant habilité [sic] et absence d’appropriation par les professionnels du fait d’un déficit d’animation…
6 Bien écrit et conçu, ce protocole organisait la gestion de l’accueil d’urgence à partir de plusieurs modalités. D’une part, les différentes urgences judiciaires de la protection de l’enfance étaient identifiées : urgence parquet, danger imminent et manifeste, défèrement d’un adolescent délinquant. D’autre part, le protocole prévoyait face à ces urgences différents types d’accueil : « l’accueil parquet (de 48 heures) », « l’accueil d’urgence dit simple »[1] [1] Deux semaines renouvelables une fois. ...
suite et « l’accueil observation » au civil et au pénal d’une durée de trois mois pour réaliser une évaluation des situations inconnues les plus complexes.
7 Les services du département concourant à l’urgence étaient identifiés, ainsi que leur spécificité[2] [2] En Loire-Atlantique, certains établissements ne sont pas...
suite et le nombre de places dévolues à l’urgence par établissement. Certains établissements consacraient l’intégralité de leurs places à l’accueil d’urgence pour des enfants de 0 à 18 ans, quand d’autres proposaient deux places d’urgence : une dite simple et une d’orientation. Des rôles particuliers étaient aussi confiés à certains services et établissements. Des services étaient ainsi définis comme « pivots » : le foyer départemental de l’enfance était le pivot de l’urgence civile quand le seat de Nantes et celui de Saint-Nazaire devenaient ceux de l’urgence pénale. Nous avions alors créé un jargon des « urgentistes du 44 » au travers de ces modalités.
8 Ce protocole prévoyait aussi un certain nombre d’instances de régulation, points d’appui d’une animation départementale : un comité de pilotage, un groupe d’appui mensuel à l’accueil d’urgence réunissant les acteurs de l’urgence et co-animé à partir de ma prise de fonction de responsable de dispositif hébergement avec la responsable des dispositifs d’accueil du conseil général. La dernière instance était la « commission d’orientation » qui devait faire l’objet d’une saisine lorsque la situation urgente ne trouvait pas d’issue convenable au terme de l’accueil. D’autres outils, tableaux et statistiques étaient aussi mis en place.
Dynamique départementale
9 Alors que ce protocole apportait des bénéfices institutionnels favorisant une animation départementale, il soulignait aussi des limites, dont certaines ont trouvé aujourd’hui de nouvelles réponses. Son premier mérite a été de favoriser la constitution de liens, d’un réseau de directeurs pairs en dehors de leurs institutions d’origine, tout en « dé-diabolisant » l’urgence, la plaçant à distance grâce à cet outil méthodologique. Autour des échanges réguliers sur les situations en groupe d’appui, ou des débats concernant les modalités du protocole (et qui en suscitaient au niveau des équipes), la définition de l’urgence, un partage et une reconnaissance des différents savoir-faire étaient ainsi possibles.
10 L’instance transversale du groupe d’appui autorisait la réflexion et l’évolution du protocole. Il y avait cependant des jours, où nous avions l’impression de tourner en rond, de revenir en arrière… Les piques parfois échangées et les rires au sein de ce petit groupe ont ainsi permis une dynamique et un soutien des acteurs engagés dans l’accueil d’urgence et donc une meilleure régulation des situations des adolescents. C’est plus simple quand on peut se parler…
11 Ces échanges ont ensuite permis une refonte partielle du protocole, redonnant du sens éducatif à l’accueil d’urgence qui ne devait pas se définir comme « le gîte et le couvert », mais bien un temps d’apaisement et d’observation, fût-il court ! D’autres messages étaient régulièrement transmis: comme le principe de dualité de la protection de l’enfance, pour éviter les représentations parfois infamantes du jeune délinquant.
12 D’autres aspects positifs de l’animation départementale autour du protocole sont aussi à souligner :
- Tout d’abord, la construction d’un cahier des charges lié à la formation à l’accueil d’urgence des professionnels et sa réalisation courant 2006 par Dominique Dray[3] [3] Ethnologue et formatrice à l’uriopss des Pays de la Loire...
suite dont nous avions retenu la proposition, toujours collectivement. - Lors de la première session, quatre éducateurs des foyers de la pjj s’étaient formés aux côtés d’assistantes maternelles et d’éducateurs du foyer de l’enfance et du secteur associatif. La carence en terme de participation à la formation du milieu ouvert et des référents ase, avait été soulignée lors du bilan, alors que le rôle du milieu ouvert est central dans la gestion des « flux » et des relais liés à l’accueil d’urgence. En effet, quand l’accueil est réalisé, l’urgence devient l’affaire du milieu ouvert qui peut se trouver démuni. À la demande de la directrice du cae de Nantes, deux éducateurs pouvaient alors bénéficier de la deuxième session.
- À la fin de la formation, la mixité professionnelle, les échanges et la découverte d’autres pratiques professionnelles constituaient les points forts. Les participants regrettaient le manque de temps pour aborder les fugues et la violence, ainsi que le travail avec les familles. Des interrogations subsistaient sur le système, relatives au devenir des jeunes qui font le tour des institutions et que chacun connaît…
- Par ailleurs, à la suite des comités de pilotage, des groupes de travail départementaux toujours animés en binôme pjj/conseil général tentaient de faire évoluer les pratiques professionnelles et le réseau en créant un groupe sur « les adolescents et/ou situations difficiles »… En mars 2008, toujours sous cette même impulsion, c’est un groupe de travail mixte sur les séjours de rupture, le recours et le retour des cer qui s’est mis en place.
Même si des améliorations et des stabilisations d’équipes ont pu se faire dans la mouvance de cette dynamique départementale, reste un certain nombre d’écueils : le clivage encore tenace ou la collaboration à renforcer entre milieu ouvert et hébergement, le peu d’intérêt qu’ont pu témoigner à un moment les magistrats de la jeunesse, la difficulté récurrente pour les ueat à trouver une place, des échanges pas toujours sereins entre professionnels dans un contexte législatif[4] [4] Les lois de mars 2007. ...
suite en pleine évolution, renforçant les spécificités…
Faciliter les articulations
13 Néanmoins, je tiens à souligner combien cet outil demeure précieux dans l’exercice professionnel de responsable de dispositif en permettant de s’entourer d’un réseau et ainsi de faciliter articulations et rencontres autour des adolescents accueillis. Si le secteur associatif commence à accueillir des adolescents délinquants dans ses structures traditionnelles et que le travail en urgence reste difficile, des liens de confiance avec nos partenaires se sont renforcés.
14 Cet arrière plan favorise aujourd’hui une recherche et la concrétisation des complémentarités entre milieu ouvert et hébergement, secteur public et associatif, évolution sensible qui se traduira dans le prochain projet départemental.
Notes
[ 1] Deux semaines renouvelables une fois.
[ 2] En Loire-Atlantique, certains établissements ne sont pas mixtes, des problématiques étaient ainsi déjà mises en valeur…
[ 3] Ethnologue et formatrice à l’uriopss des Pays de la Loire (Union régionale interfédérale des œuvres et organismes privés sanitaires et sociaux).
[ 4] Les lois de mars 2007.
PLAN DE L'ARTICLE
POUR CITER CET ARTICLE
Édith Coutant « Pour une animation décloisonnée. Loire-Atlantique », Les Cahiers Dynamiques 1/2008 (n° 41), p. 33-34.
URL : www.cairn.info/revue-les-cahiers-dynamiques-2008-1-page-33.htm.
DOI : 10.3917/lcd.041.0033.




