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Les cahiers internationaux de psychologie sociale

2007/1 (Numéro 73)



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Le harcèlement est un processus psychologique induit dans un contexte de travail auquel il est lié et ce processus se caractérise par une souffrance psychologique et morale du salarié. Plus précisément, sa caractéristique est de porter atteinte au contrat moral qui lie la personne à son travail (Viaux et Bernaud, 2001). Leymann (1996, p. 27) définit le harcèlement moral comme « l’enchaînement, sur une assez longue période, de propos et d’agissements hostiles exprimés ou manifestés par une ou plusieurs personnes envers un tiers (la cible) ». Pour Hirigoyen (1998, p. 55), il s’agit de « toute conduite abusive, se manifestant notamment par des comportements, des paroles, des actes écrits pouvant porter atteinte à la personnalité, à la dignité et/ou l’intégrité physique et psychique d’une personne et mettre en péril l’emploi de celle-ci ou dégrader le climat de travail ».

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La littérature sur le harcèlement moral au travail peut globalement être divisée en trois grandes thématiques. La première souvent inspirée d’enquêtes tente d’identifier les caractéristiques des harceleurs et des victimes ainsi que les caractéristiques organisationnelles (Bazerque, 1999 ; Faulx et Guezaine, 2000 ; Guezaine et Faulx, 2003 ; Hirigoyen, 1998, 2001 ; Leymann, 1996 ; Viaux et Bernaud, 2001 a et b ; Zapf et Einarsen, 2005). Certaines recherches aboutissent à des propositions de modèles (Poilpot-Rocaboy, 2000). La deuxième thématique, encore plus courante, a trait aux conséquences des atteintes sur les victimes (Gemzoe-Mikkelsen et Einarsen, 2002a et b ; Hirigoyen, 1998, 2001 ; Kudielka, 2004 ; Leymann, 1996 ; Matthiesen et Einarsen, 2001, 2004 ; Mikkelsen et Einarsen, 2001a et b ; Prigent, 2002 ; Viaux et Bernaud, 2001a et b ; Zapf et Einarsen, 2005 ; Zapf, Knorz et Kulla, 1996). Très peu de travaux ont porté sur la troisième thématique relative aux jugements (Balducci, 2002 ; Desrumaux, Lemoine et Mahon, 2004) et aucune recherche n’a, à notre connaissance, porté sur l’effet des attributions causales émises par la victime sur les jugements relatifs aux situations de harcèlement. Pourtant, les particularités liées au processus de harcèlement et à sa pérennisation ne peuvent être réellement comprises sans tenir compte des jugements et des représentations impliquées dans de telles situations. Or, la situation de mobbing comme le soulignent Faulx et Guezaine (2000, p. 140) se caractérise par une « surévaluation systématique de la responsabilité de la victime allant de pair avec une sous-estimation des facteurs organisationnels », ce qui met en évidence plusieurs biais de jugements dont l’erreur fondamentale d’attribution (Ross, 1977).

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Ces recherches sur les jugements permettraient en outre de comprendre deux caractéristiques typiques du harcèlement : premièrement, sa durée et sa répétition et deuxièmement l’isolement des victimes et l’absence d’aide de l’entourage professionnel (Bazerque, 1999 ; Gemzoe-Mikkelsen, 2002a ; Leymann et Gustafsson, 1996 ; Poilpot-Rocaboy, 2000 ; Viaux et Bernaud, 2001). Ce silence des victimes et de leur entourage et la non-intervention de celui-ci s’expliquerait par la théorie du monde juste (Lerner, 1966). Selon cette théorie, une victime, lorsque les témoins ne peuvent réagir (ce qui caractérise les situations de harcèlement parce que l’entourage professionnel ne souhaite prendre aucun risque vis-à-vis du harceleur), se voit attribuer une responsabilité comportementale sinon morale de ce qui lui arrive. La théorie du monde juste, face aux événements de notre vie, relève l’existence de trois croyances : le monde est juste, bienveillant et l’Homme est bon. Pour Lerner et Simmons (1966) et Lerner (1980), tout observateur ou témoin se persuade qu’une victime souffrant d’un événement marquant est différente de lui et qu’elle est responsable de ce qui lui arrive. Cette dévalorisation a pour but de maintenir une croyance en un monde juste et de préserver cet observateur de l’idée qu’il est également potentiellement victime. Cette théorie est citée à titre d’hypothèse pour expliquer le harcèlement (Faulx et Guezaine, 2000) mais jusqu’à présent, aucune des recherches sur le harcèlement ne s’est inspirée réellement des travaux sur la théorie du monde juste (Hafer et Bégue, 2005). En effet, la revue de question de Hafer et Bègue indique que les 66 recherches examinées ont porté sur les victimes de maladies, d’agressions mais pas sur les victimes de mobbing. Ce constat soulève deux interrogations. Premièrement, les victimes de mobbing sont-elles réellement considérées comme des victimes. Si l’on considère les conséquences des atteintes, il est incontestable que les personnes harcelées souffrent des symptômes de stress post-traumatique (PTSD) et présentent des problèmes de santé (Hirigoyen, 1998, 2001 ; Knorz et Zapf, 1996 ; Leymann, 1996 ; Matthiesen et Einarsen, 2001, 2004 ; Mikkelsen et Einarsen, 2001, Gemzoe-Mikkelsen et Einarsen, 2002 a et b ; Prigent, 2000 ;Viaux et Bernaud, 2001 a et b ; Viaux, 2004). En outre, les conséquences sont d’autant plus graves que le processus et le travail de destruction psychologique de la personne ont duré dans le temps. Deuxièmement, s’il est indéniable que certains agissements tels que l’atteinte à la santé peuvent être identifiés et comparés à des agressions physiques typiques, d’autres agissements identifiés par Leymann (absence de communication, isolement) sont moins spectaculaires et peuvent être contestés. Ils peuvent pourtant être aussi graves qu’une agression physique étant donné le contexte, la répétition et l’atteinte morale visée par l’agresseur. D’ailleurs, la stratégie de coping dominante dans les deux cas (agression à main armée et harcèlement) est centrée sur les émotions, cette dernière étant encore plus fréquente chez les victimes de harcèlement (Forte, Przygodzki- Lionet et Masclet, 2006). Enfin, au-delà de la répétition, dans le cas du harcèlement moral à la différence d’une agression à main armée, plusieurs agissements peuvent survenir simultanément ce qui augmente la difficulté pour le salarié de faire face aux assauts et limite, voir épuise ses capacités de coping. Les salariés victimes de harcèlement sont donc bien assimilés à des victimes (Viaux, 2004) et les agissements identifiés par Leymann constituent des stimulus dont l’impact est prouvé.

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Les travaux de ces deux dernières décennies portant sur la théorie du monde juste ont mesuré le blâme, la responsabilité de la victime, la causalité perçue mais l’équité ne fait pas l’objet de mesures. Ainsi, on ne sait pas, dans la plupart des recherches si la situation est jugée équitable ou non. Selon Lerner et Miller (1978), si la victime est considérée comme responsable, elle ne peut être excusée et il n’y a donc pas eu d’injustice pour les juges. Or de récentes recherches indiquent que les témoins ou juges trouvent inéquitables les situations de harcèlement (Desrumaux et al., 2004). Par ailleurs, Gemzoe-Mikkelsen et Einarsen (2002 a) ont mis en évidence que les victimes de mobbing perçoivent le monde moins juste et moins sensé que des sujets contrôles. Il est donc important de vérifier d’une part, que la situation est bien perçue comme inéquitable mais d’autre part, que la victime est jugée responsable. Enfin, l’intention d’aide est, elle aussi, plus rarement mesurée dans les travaux cités. Selon les modèles de Weiner (1996) et de Rudolph, Roesch, Greitemeyer et Weiner (2004), outre la survictimation et les explications énoncées par la victime, les attributions de responsabilité faites par des juges envers la victime et envers le harceleur devraient, elles aussi, être des modulateurs de la décision de venir en aide.

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La présente recherche tente de circonscrire les effets de caractéristiques individuelles du harcelé, du harceleur mais aussi des caractéristiques de la situation sur les jugements d’équité, de responsabilité et d’aide : les sujets à partir de scénarios de harcèlement moral auront à estimer l’équité de la situation, la responsabilité du harceleur et du harcelé et enfin, la probabilité d’intervenir dans de telles situations.

Caractéristiques de la victime, survictimation et jugement de responsabilité

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Si certains chercheurs repèrent une plus grande proportion de femmes que d’hommes parmi les victimes de harcèlement moral (Gemzoe-Mikkelsen et Einarsen, 2002a ; Poilpot-Rocaboy, 2000 ; Matthiesen et Einarsen, 2001 ; Viaux et Bernaud, 2001b ; Zapf, Knorz et Kulla, 1996), d’autres recherches (Einarsen et Skogstad, 1996 ; Guezaine et Faulx, 2003 ; Leymann, 1996 ; Vartia, 1996) n’ont pas mis en évidence de différences liées au genre. Par ailleurs, Geuzaine et Faulx (2003) remarquent que le harcèlement moral concerne plus souvent des dyades (harceleur-harcelé) du même sexe. Une autre caractéristique couramment évoquée est le statut subalterne des harcelés (Bazerque, 1999 ; Hirigoyen, 2001 ; Matthiesen et Einarsen, 2001 ; Viaux et Bernaud, 2001b). Le concept de victime est souvent associé à l’idée qu’une fois victimisée, la cible présente des risques de l’être de nouveau ou encore, qu’une personne victimée à l’âge adulte l’a déjà été dans l’enfance. Si de tels faits ne sont pas établis dans le domaine du harcèlement, les victimes de harcèlement n’échappent cependant pas aux attributions couramment faites aux victimes, attributions qui tentent de trouver des causes personnologiques chez les victimes. Ainsi, Filizzola et Lopez (1995) ont défini le phénomène de survictimation comme la propension accrue chez une victime à l’être de nouveau. Pour certains auteurs, l’expérience de la violence dans l’histoire de l’individu le prédisposerait à de nouvelles agressions : « une personne ayant déjà été victime de violence dans son enfance tendrait en effet à l’être de nouveau à l’âge adulte » (Chappel et Di Martino, 1998, p. 63). Certains auteurs attribuent à la victime un rôle provocateur dans la survenue de l’acte criminel (par son comportement, ses qualités, sa manière d’être, sa constitution, ses agissements, sa relation avec le criminel) alors que d’autres relèvent l’état de vulnérabilité de certaines personnes, plus exposées que d’autres à l’agression criminelle (Négrier-Dormont, 1997). Enfin, Fattah (1971) avance le terme de « prédispositions victimogènes » pour évoquer des prédispositions bio-physiologiques, sociales et psychologiques. La victime est donc décrite comme facilitant, à son insu, des comportements nocifs envers sa personne et serait en partie responsable de ce qui lui arrive selon Négrier-Dormont (1997). En réalité, cette attribution est un biais de jugement et la responsabilité de la victime s’explique comme nous l’avons dit plus haut par la théorie du monde juste de Lerner (1980). En particulier, lorsqu’un comportement responsable ne peut être imputable aux comportements de la victime, les individus vont alors la dévaloriser (Lerner, 1971 ; Lerner et Matthews, 1967 ; Lerner et Simmons, 1966 ; Simmons et Piliavin, 1972). Nous savons déjà qu’une information sur la survictimation augmente le sentiment chez les témoins que la victime est responsable de ce qui lui arrive (Desrumaux, Przygodzki-Lionet et Joséfowiez, 2005). Nous savons également qu’une justification par un comportement de la victime de ce qui lui arrive maintient cette croyance. On peut alors se demander si cette croyance, que la situation est juste, sera maintenue lorsque la victime elle-même invoque des causes externes pour expliquer ce qui s’est passé. En outre, le fait de présenter une personne comme ayant des antécédents de victimation risque d’accentuer la croyance en un monde juste et d’augmenter l’estimation d’équité de la situation et de responsabilité de la victime. C’est ce que nous avons observé une première fois. Une information concernant la survictimation d’un salarié lors d’un emploi antérieur augmente effectivement l’attribution de sa propre responsabilité lorsqu’il est harcelé à nouveau et diminue l’attribution de responsabilité au harceleur (Desrumaux et al., 2005). En outre, une telle information augmentant le sentiment que la victime est responsable devrait, selon le modèle de Weiner (1980), diminuer les intentions de venir en aide à ce salarié.

Caractéristiques du harceleur, statut et phénomène de déresponsabilisation

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Certains auteurs ont identifié les caractéristiques du harceleur et les enquêtes montrent qu’il occupe souvent une position hiérarchique supérieure (Bazerque, 1999 ; Poilpot-Rocaboy, 2000 ; Viaux et Bernaud, 2001 a et b). Les travaux sont moins unanimes en ce qui concerne le sexe des harceleurs car certaines études ont identifié une proportion d’hommes plus importante chez les harceleurs (Bazerque, 1999 ; Guezaine et Faulx, 2003 ; Poilpot-Ro-caboy, 2000 ; Viaux et Bernaud, 2001 a et b) alors que d’autres auteurs estiment qu’il n’existe pas de différences significatives entre hommes et femmes. Enfin, dans une perspective psychodynamique, certains chercheurs ont repéré des caractéristiques psychologiques des harceleurs telles qu’une tendance à la perversion narcissique (Hirigoyen, 1998). Cette perspective tend à expliquer le harcèlement par les problèmes psychopathologiques repérés chez les agresseurs. Si la perversion est bien identifiée, chez certains harceleurs, le diagnostic de perversion est loin d’être systématique. Ceci dit, il existe une tendance à décrire le harceleur comme présentant des problèmes psychologiques, psychopathologiques ou encore des conduites addictives (Poilpot-Rocaboy, 2000). On peut alors supposer que des informations concernant le harceleur peuvent avoir un effet sur les jugements et les décisions en situation de harcèlement. Dire d’un harceleur qu’il présente des problèmes psychologiques peut augmenter, chez les témoins, le sentiment que le harceleur est responsable de la situation mais, paradoxalement, il est possible aussi que de telles informations viennent finalement excuser ou justifier les actes du harceleur et induire un jugement déresponsabilisant le harceleur. Dire qu’un supérieur présente des troubles peut aussi décourager les intentions d’intervention, soit par peur d’alimenter un fonctionnement pervers, soit par crainte d’être ciblé et de subir à son tour des répercussions, soit par désintérêt puisque le problème est insoluble. Par ailleurs, le statut organisationnel du harceleur affecte la perception de son pouvoir (Sheets et Braver, 1999) et les jugements de l’environnement professionnel de la victime (Dougherty, Turban, Olson et Dwyer, 1996 ; Keegan, 1995) : cet environement porte un jugement plus négatif sur des actes hostiles commis par un individu au statut élevé que sur ceux commis par un individu au statut équivalent à celui de la victime. En outre, l’entourage se rend plus facilement compte que cette dernière se sent mal si les agissements sont l’œuvre d’une personne au statut élevé que s’ils sont prodigués par un collègue (Keegan, 1995) car dans cette condition, la dysphorie des victimes (sentiment qu’elles ont de se porter mal) est accentuée (Samoluk et Pretty, 1994). S’il est clair qu’un statut hiérarchique élevé du harceleur augmente la sévérité des juges à l’égard de ses actes, des informations relatives soit à sa santé mentale, soit au fait qu’il rencontre des problèmes psychologiques peuvent moduler le jugement de responsabilité et l’intention d’aide. Dans la lignée des recherches de Lerner, nous pouvons même présumer que, dire d’un harceleur qu’il présente des problèmes psychologiques, va diminuer le sentiment de responsabilité envers le harceleur et diminuer la peur d’intervenir puisque la perception du pouvoir de cette personne est affectée. En effet, une telle information devrait relativiser la perception du pouvoir lié au statut puisque, après tout, ce dernier est susceptible d’être perçu comme une victime lui aussi. La prise en compte de telles informations va dépendre aussi du discours de la victime et de la situation économique de l’entreprise.

Causes situationnelles liées à l’entreprise

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Les causes situationnelles du harcèlement telles que la situation économique de l’entreprise, le climat de travail, les valeurs au travail sont souvent évoquées pour expliquer le harcèlement (Dejours, 1998 ; Leymann, 1996 ; Ravisy, 2000). Sur le plan des valeurs, l’éthique de l’entreprise et de ses salariés (Leymann, 1996) et la banalisation de l’injustice sociale dans le monde du travail (Dejours, 1998 ; Guezaine et Faulx, 2003) sont mis en cause. Le harcèlement moral émerge plus souvent dans des contextes où les personnes sont soumises au stress ou dans à des relations de travail négatives (Gemzoe-Mikkelsen et Einarsen, 2002a et b). Les informations situationnelles, en outre, entraînent des jugements de justice et de responsabilité différents : le harcèlement est jugé plus équitable lorsque le climat de travail est rigide et procédural (Desrumaux-Zagrodnicki et al., 2004 a). Ainsi, le fait de savoir qu’une entreprise fonctionne sur un mode rigide opère comme un facteur légitimant le harcèlement. On peut supposer qu’une information mettant en évidence l’existence de problèmes relatifs à la survie économique de l’entreprise viendrait, là aussi, légitimer le harcèlement. Par conséquent, un facteur organisationnel tel que le fait pour l’entreprise d’être en difficulté économique devrait diminuer la probabilité d’intervenir.

Explications causales avancées par la victime

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Très souvent dans les entreprises, l’isolement de la victime entraîne un silence et une absence de dialogue avec les collègues et la hiérarchie. Pourtant, comme c’est le cas dans les rumeurs, un certain nombre de justifications sont véhiculées et influencent plus ou moins fortement la pérennisation du processus. Par exemple, l’entourage va évoquer des caractéristiques en termes d’état ou d’intentions de la victime. La victime elle-même va aussi, dés le début du processus, chercher à se justifier et se livrer à des attributions (Heider, 1958 ; Kelley, 1967), soit dispositionnelles en termes de traits de personnalité ou d’intentions, soit externes en termes de stimuli ou de circonstances. Le sentiment de subir une injustice amènera sans doute cette victime à attribuer un comportement que l’on pourrait retenir contre elle à des causes externes. Or nous savons qu’une responsabilité en actes de la victime augmente la croyance que ce qui lui arrive est juste (Lerner, 1971 ; Lerner et Matthews, 1967 ; Lerner et Simmons, 1966 ; Simmons et Piliavin, 1972). On peut alors penser qu’une attribution à des causes externes diminuerait la croyance en un monde de justice, conduirait à penser que la situation est moins équitable et que la victime est moins responsable. Cependant, de nombreux travaux indiquent que le fait d’évoquer des explications internes favorise les jugements envers celui ou celle qui les émet (Beauvois, 1984 ; Beauvois, Bourjade et Pansu 1991 ; Dubois, 1994). Les sujets avançant des attributions internes bénéficient d’un meilleur pronostic de réussite professionnelle, scolaire, sociale que ceux avançant des attributions externes (Beauvois et al., 1991 ; Beauvois et Le Poultier, 1991 ; Dubois et Le Poultier, 1991) et dans le registre de l’internalité, les cadres ont tendance à privilégier les explications en termes de traits et les subordonnés celles faisant appel à des intentions (Beauvois et Le Poultier, 1986).

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Si les salariés avançant des explications internes sont privilégiés, nous pourrions alors nous attendre premièrement à ce que les juges estiment le harcèlement moral moins équitable quand les victimes fournissent des explications internes et deuxièmement, à ce que celles-ci soient considérées moins responsables que celles faisant des attributions externes (H 1). Par ailleurs, les juges officiant en tant que cadres devraient considérer les victimes évoquant des explications internes en termes de traits comme les moins responsables (H 2) et les juges non-cadres devraient évaluer les victimes énonçant des explications internes en termes d’intentions comme les moins responsables (H 3).

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Une seconde caractéristique de la victime pouvant influencer le jugement des témoins de harcèlement moral est la survictimation (Desrumaux et al., 2005). Afin de préserver une vision de monde juste (Lerner, 1980 ; Lerner et Simmons, 1966), nous nous attendons lorsqu’une personne harcelée est présentée comme ayant déjà été victime premièrement, à ce que le harcèlement moral soit considéré comme plus équitable, deuxièmement, à ce que cette victime soit jugée plus responsable et troisièmement, à ce que le harceleur soit jugé moins responsable (H 4).

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En outre, certaines caractéristiques du harceleur (Hirigoyen, 1998) ou certaines informations sur son histoire (Chappel et Di Martino, 1998) influencent non seulement le processus de harcèlement mais aussi les jugements de responsabilité et les intentions d’intervenir face au harcèlement moral. Evoquer des problèmes psychologiques en parlant du harceleur peut excuser ou justifier ses actes et diminuer le jugement de responsabilité envers celui-ci. Lorsqu’un harceleur est présenté comme ayant des problèmes psychologiques, les juges devraient estimer le harcèlement plus équitable et le harceleur moins responsable de ses actes (H 5). De nombreuses variables organisationnelles comme le style de management et le climat d’entreprise expliquent et influencent le harcèlement : celui-ci est considéré comme plus juste lorsque le climat est basé sur les règles et les procédures (Desrumaux-Zagrodnicki et al., 2004 a). La situation économique de l’entreprise est susceptible d’augmenter le stress et de développer ce processus de harcèlement. Le harcèlement moral devrait être jugé plus équitable et la responsabilité du harceleur moins importante lorsque l’entreprise présente des difficultés économiques par opposition à une entreprise en plein essor (H 6).

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Enfin, la question de la probabilité d’intervention des témoins de situations de harcèlement moral paraît centrale. Les caractéristiques du harceleur, du harcelé et de la situation peuvent toutes influencer les témoins d’agissements. Pour Weiner (1996), l’intention d’aider une personne varie selon que la personne est évaluée par son entourage comme pouvant contrôler ce qui lui arrive et donc comme responsable de l’événement. L’intention d’aide en faveur de la victime est elle-même modulée par les affects positifs ou négatifs qui émergent. Lorsque la victime a déjà été harcelée, puisqu’elle peut être plus facilement tenue pour responsable, nous nous attendons à une probabilité d’intervention plus faible que lorsqu’elle ne l’a jamais été (H 7). Enfin, les agents d’encadrement présenteraient une propension accrue à l’intervention en cas de harcèlement : les cadres ont davantage l’intention d’intervenir que les ouvriers ou les employés (Desrumaux et al., 2005). En effet, le statut supérieur leur confère une marge de manœuvre plus grande, une habitude plus importante de prendre des initiatives, une crainte plus limitée des répercussions et une confiance plus élevée comparativement au statut subalterne. Les cadres ou les salariés possédant un statut élevé dans l’entreprise devraient présenter une probabilité d’intervention plus grande que les non-cadres (H 8).

EXPÉRIENCE

Méthode

Sujets et plan d’expérience

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Soixante-quatre sujets (trente-deux hommes et trente-deux femmes) âgés de 19 à 58 ans (M = 36.34, σ = 10.03) dont 16 hommes cadres, 16 hommes non-cadres, 16 femmes cadres et 16 femmes non-cadres ont été interrogés dans les entreprises de la région Nord Pas-de-Calais. Ils avaient une ancienneté de M = 9.18, σ = 9.61. Le groupe des non cadres était composé de 26 employés, trois ouvriers, et trois techniciens. Le groupe des cadres comprenait 22 cadres moyens, sept cadres supérieurs et trois professions libérales. Les entreprises appartenaient aux secteurs de services (ressources humaines, administratif, médical, social) et de la production.

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Les sujets ont produit un jugement concernant l’équité de la situation, la responsabilité du harcelé et du harceleur ainsi que la probabilité de venir en aide. Les variables étaient réparties dans le plan suivant : S32<E2*H2*S2>V2*A4*P2. Ce plan comprend trois variables intra sujets (V : survictimation du harcelé ; A : attributions causales ; P : problèmes psychologiques du harceleur) et trois variables intersujets (E : essor ou difficulté économique de l’entreprise ; H : statut hiérarchique du juge ; S : sexe des juges).

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Afin d’alléger les conditions de passation, la situation économique de l’entreprise était manipulée en tant que variable inter sujet. La population était, par conséquent, divisée en deux groupes. Le premier groupe analysait un questionnaire de 16 scénarios dans lesquels les entreprises étaient systématiquement en essor alors que le deuxième analysait 16 scénarios mettant en jeu des entreprises en difficulté économique.

Procédure et matériel

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Le questionnaire était présenté comme une enquête sur les relations interpersonnelles au travail. Les sujets ont été recrutés en entreprise et les passations se sont déroulées de manière indirecte.

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Trente-deux scénarios ont été construits pour les besoins de l’expérience. La survictimation du harcelé comprenait deux modalités (déjà victime d’agissements similaires / n’a jamais vécu de tels agissements). Les problèmes psychologiques du harceleur étaient opérationnalisés en deux modalités (présence / absence). L’attribution avancée par le salarié harcelé comprenait quatre modalités (A4) : interne intention : « c’est de ma faute, j’ai voulu bien faire », interne-trait : « c’est de ma faute, je suis trop consciencieux », externe stimulus : « ce n’est pas de ma faute, le projet était trop long », externe circonstance : « ce n’est pas de ma faute, l’ordinateur est tombé en panne ».

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En résumé, les scénarios se présentaient de la manière suivante :

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B, employé d’une entreprise en difficulté économique a rendu un projet en retard. Il explique ce retard à son supérieur L en ces termes : « C’est de ma faute, je suis une personne trop consciencieuse. » Suite à ce retard, L ignore la présence de son salarié. L est reconnu comme ayant des problèmes psychologiques. B a déjà fait l’objet d’atteintes similaires lors d’un emploi précédent.

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Pour chacun des 16 scénarios, quatre échelles de type Likert à neuf degrés étaient proposées. Les juges devaient estimer l’équité de la situation allant de pas du tout juste (1) à tout à fait juste (9), le degré de responsabilité du harceleur et de la victime allant de 1 (pas du tout responsable) à 9 (tout à fait responsable) et la probabilité d’intervenir allant de 1 (pas du tout probable) à 9 (tout à fait probable).

Résultats

Le jugement d’équité

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L’analyse de variance concernant les jugements d’équité (M = 2.65 et σ = 1.77) met en évidence un effet principal du type d’attributions causales (F (3, 168) = 3.11, p < .05). Les juges estiment le harcèlement moins équitable quand le salarié harcelé évoque une attribution interne en termes d’intention que lorsqu’il évoque une attribution externe stimulus (Mintention = 2.49, σ = 2.01 vs Mstimulus = 2.85, SD = 2.28 ; LSD de Fisher, p = .004). Ils considèrent le harcèlement moins équitable en cas d’attribution interne trait qu’en cas d’attribution externe stimulus (Mtrait = 2.61, σ = 2.12 vs Mstimulus = 2.85, σ = 2.28 ; LSD de Fisher, p = .05) et l’attribution externe circonstances est considérée moins équitable que l’attribution externe stimulus (Mcirc = 2.56, σ = 2.15 vs Mstimulus = 2.85, σ = 2.28, p = .02)

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L’explication de type externe stimulus induit le jugement d’équité le plus élevé. Cet effet confirme partiellement l’Hypothèse 1 selon laquelle les personnes jugeraient la situation moins juste lorsque le harcelé émettrait des explications internes. Le deuxième effet principal est celui de la survictimation (F(1, 56) = 17.48, p < .001). Comme prévu en Hypothèse 4, lorsque le harcelé a déjà été victimisé (M = 2.85, σ = 2.32), le harcèlement est jugé plus équitable que dans le cas contraire (M = 2.4, σ = 1.92). Les effets principaux de la situation économique de l’entreprise, des problèmes psychologiques du harceleur et du sexe des juges ne sont pas significatifs [respectivement, F(1, 48) = .01, ns ; F(1, 48) = .96, ns et F (1, 48) = .45, ns].

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Une interaction de premier ordre entre le type d’attributions du harcelé et les problèmes psychologiques du harceleur est significative (F(3, 168) = 4.43, p = .005). Lorsque la victime émet une attribution interne trait, le harcèlement est jugé plus équitable en présence de problèmes psychologiques du harceleur qu’en l’absence de problèmes (LSD de Fisher, p = .0006). À l’inverse, lorsque la victime émet une attribution interne intention, le jugement d’équité ne diffère pas en l’absence ou en présence de problèmes (LSD, p = .14). Une interaction du second ordre (figure 1) entre le type d’attributions du harcelé, les problèmes psychologiques du harceleur et la survictimation du harcelé est significative (F(3, 168) = 5.77, p < .001). Dans la condition de survictimation, en présence de problèmes psychologiques du harceleur, les attributions entraînent un jugement relativement homogène alors qu’en l’absence de problèmes, l’internalité en termes d’intention fait chuter le jugement d’équité par opposition à l’externalité en termes de stimulus qui le rend maximal (LSD intentions vs circonstances, p = .001 ; intentions vs circonstances, p = .001). Dans la condition de non-survictimation, en présence de problèmes psychologiques du harceleur, l’attribution externe en termes de stimulus produit un jugement d’équité maximal alors que l’attribution interne intention produit un jugement minimal (LSD, p = .01).

Figure 1 - Effet de l’interaction entre les attributions de la victime, les problèmes psychologiques du harceleur et la survictimation sur les jugements d’équitéFigure 1

La responsabilité du harcelé

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Il est tout d’abord frappant de constater que les jugements de responsabilité envers la victime (M = 5.34 et σ = 2.23) sont bien plus élevés que les jugements d’équité (M = 2.65 et σ = 1.77). Un premier effet principal significatif concerne l’attribution du harcelé (F(3, 168) = 10.03, p < .001). En cas d’attribution externe en termes de circonstances (M = 4.63, σ = 2.59, le harcelé est jugé nettement moins responsable que dans les autres conditions (M interne trait = 5.77, σ = 2.06, LSD p = .0001 ; M interne intention = 5.53, σ = 2.06, LSD p = .00006 ; M externe stimulus = 5.45, σ = 2.03, LSD p = .0002). La deuxième partie de l’Hypothèse 1 selon laquelle les victimes évoquant des explications internes seront jugées moins responsables que celles émettant des attributions externes n’est donc pas validée. Un second effet principal concerne la survictimation chez le harcelé (F(1, 56) = 19.34, p < .001). Comme prévu par l’Hypothèse 4, les harcelés survictimisés sont jugés plus responsables (M = 5.62, σ = 2.18) que ceux n’ayant jamais subi de harcèlement (M = 5.07, σ = 2.25). Un troisième effet principal met en évidence l’impact des problèmes psychologiques de l’agresseur (F(1, 56) = 7.87, p < .006) : le harcelé est jugé d’autant moins responsable que l’agresseur est connu pour avoir des problèmes psychologiques.

26

Les effets principaux de la situation économique de l’entreprise, du statut des juges et du sexe des juges ne sont pas significatifs [respectivement, F(1, 48) = 3.71, ns ; F(1, 48) = .004, ns et F (1, 48) = 1.26, ns]. Une interaction du premier ordre entre le statut professionnel des juges et le type d’attributions du harcelé est significative (F(3, 168) = 3.19, p < .05). Les non-cadres jugent la victime nettement moins responsable en cas d’explication externe en termes de circonstances que dans les trois autres cas (p = .001) alors que ce contraste n’est pas observé chez les cadres. Les Hypothèses 2 et 3 ne sont pas vérifiées.

27

Une seconde interaction (figure 2) entre le sexe des juges et les problèmes psychologiques du harceleur est significative (F(1, 56) = 4.61, p < .05). Les femmes prennent davantage en compte que les hommes l’information sur la présence de problèmes psychologiques du harceleur : elles évaluent le harcelé beaucoup moins responsable lorsque que le harceleur présente des problèmes psychologiques que lorsqu’il n’en présente pas (femmes présence pb harceleur vs femmmes absence pb harceleur, comparaison planifiée p = .0009).

Figure 2 - Effet de l’interaction entre le sexe et les problèmes psychologiques du harceleur sur les jugements d’équitéFigure 2
28

Deux interactions du second ordre sont significatives. Une première interaction (figure 3) concerne le type d’attributions du harcelé, les problèmes psychologiques du harceleur et la survictimation du harcelé (F(3, 168) = 3.79, p < .01). Dans la condition victimisation, en présence de problèmes psychologiques du harceleur, les jugements de responsabilité relatifs aux trois types de causes sont homogènes et s’opposent à l’externalité en termes de circonstances qui indique la responsabilité la plus faible (LSD de Fisher circonstances vs trait, p = .0001 ; circonstances vs intention, p = .00001 ; circonstances vs stimulus, p = .001) alors qu’en l’absence de problèmes du harceleur, l’attribution interne trait initie la note de responsabilité la plus élevée par opposition à l’internalité intention (LSD, p = .04), et l’externalité en termes de circonstances impliquant toujours la responsabilité la plus faible (LSD, p = .00003). En l’absence de victimisation, la présence de problèmes entraîne un jugement de responsabilité plus élevé pour les explications interne trait que pour les autres explications internes intention et externes stimulus (LSD, p = .00003) et l’absence de problèmes implique une moyenne identique entre les deux causes internes mais une différence entre cause internes et externes (LSD internes vs stimulus, p = .015 et LSD internes vs circonstances, p = .00001).

Figure 3 - Effet de l’interaction entre la survictimation, les attributions et les problèmes psychologiques du harceleur sur les jugements de responsabilité de la victimeFigure 3
29

La deuxième interaction (figure 4) concerne le type d’attributions chez le harcelé, les problèmes psychologiques du harceleur et le statut professionnel des juges (F(3, 168) = 2.82, p < .04). En cas d’attribution en termes de traits, les non-cadres trouvent la victime plus responsable en présence de problèmes psychologiques du harceleur qu’en absence de problèmes (p = .02). En cas d’attribution externe circonstances, les cadres trouvent la victime moins responsable en cas de problèmes psychologiques du harceleur qu’en l’absence de problèmes (p = .01).

Figure 4 - Effet de l’interaction entre le statut professionnel des juges, les problèmes psychologiques du harceleur et les attributions sur le jugement de responsabilité de la victimeFigure 4

La responsabilité du harceleur

30

Remarquons tout d’abord que les juges restent modérés lorsqu’ils estiment la responsabilité du harceleur (M = 5.54, σ = 2.32). Il est surprenant d’observer que le harcelé (M = 5.34 et σ = 2.23) est estimé quasiment aussi responsable que le harceleur. Seule la situation économique de l’entreprise a un effet significatif (F(1, 56) = 5.36, p < .05). Le harceleur apparaît moins responsable (M = 5.08, σ = 2.41) lorsque l’entreprise est en difficulté économique que lorsqu’elle est en plein essor (M = 6.08, σ = 2.14). L’hypothèse 4 n’est pas vérifiée : la survictimation n’a pas d’effet sur la responsabilité du harceleur. Aucune interaction du premier ou du second ordre n’est significative.

31

Une interaction (figure 5) entre le sexe des juges et la situation économique est significative (F(1, 56) = 7.47, p < .001). Les hommes évaluent le harceleur plus responsable lorsque l’organisation est en plein essor que quand elle est en difficulté alors que les femmes ne tiennent pas compte de la situation économique pour juger. En outre, ces deux variables interagissent avec le statut des juges (F(1, 56) = 5.13 = p < .05). Chez les non cadres, hommes et femmes ne diffèrent pas quel que soit la situation économique. En cas de difficultés économiques, les hommes non-cadres considèrent le harceleur moins responsable que les femmes non cadres alors qu’en cas d’essor, les hommes non-cadres considèrent le harceleur plus responsable que les femmes non cadres.

Figure 5 - Effet de l’interaction entre les attributions de la victime, le statut des juges sur la responsabilité du harceleurFigure 5

La probabilité d’intervention

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L’intention d’intervenir est relativement élevée (M = 5.18, SD = 2.60). L’intention d’intervenir est plus forte, premièrement lorsque la victime n’a jamais été harcelée (F(1, 56) = 15.11, p < .001) ce qui confirme l’Hypothèse 7 et deuxièmement, lorsque le harceleur est connu pour avoir des problèmes psychologiques (F(1, 56) = 7.03, p < .01) et troisièmement, lorsque l’entreprise est en essor (F(1, 56) = 3.74, p < .05).

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L’Hypothèse 8 selon laquelle les cadres auraient une probabilité d’intervention plus grande que les non-cadres n’est pas vérifiée. Le statut professionnel des sujets intervient cependant dans deux interactions.

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Plusieurs interactions du second ordre sont significatives. Une première interaction (figure 6) (F(3, 168) = 3.68, p < .01) implique les attributions du harcelé, la situation économique de l’entreprise et les problèmes psychologiques du harceleur. En présence de problèmes psychologiques du harceleur, l’attribution interne en termes de trait a un effet plus accentué que les autres attributions : la probabilité d’intervenir est plus faible que pour les trois autres causes lorsque l’organisation est en difficulté (p = .00001) et elle est plus élevée que pour les trois autres explications en cas d’essor (p = .00001).

Figure 6 - Effet de l’interaction entre les attributions, la survictimation et les problèmes psychologiques du harceleur sur la probabilité d’intervenirFigure 6
35

Une deuxième interaction (figure 7) entre les attributions du harcelé, la situation économique de l’entreprise et la survictimation du harcelé est significative (F(3, 168) = 3.24, p < .05). En cas de non survictimisation et de difficulté économique, une attribution en termes de trait diminue l’aide par opposition aux autres attributions (p = .00001).

Figure 7 - Effet de l’interaction entre les attributions, la survictimation et la situation économique sur la probabilité d’intervenirFigure 7
36

Une troisième interaction (figure 8) entre le sexe et le statut des juges et les attributions du harcelé est significative (F(3, 168) = 3.17, p < .02). Chez les juges féminins non cadres, une attribution en termes de circonstances augmente l’aide par opposition à une attribution en termes de trait alors qu’il n’existe pas de différences chez les cadres (p = .01).

Figure 8 - Effet de l’interaction entre le statut professionnel des juges, les attributions sur la probabilité d’intervenirFigure 8
37

Une quatrième interaction (figure 9) met en jeu le statut professionnel des juges, les problèmes psychologiques du harceleur et la survictimation du harcelé (F(1, 56) = 7.26, p < .001). Les non-cadres interviennent plus volontiers en présence de problèmes psychologiques du harceleur qu’en l’absence et cet effet est accentué en l’absence de survictimation (p = .009).

Figure 9 - Effet de l’interaction entre le statut professionnel des juges, la survictimation et les problèmes psychologiques du harceleur sur l’intention d’intervenirFigure 9

Discussion

38

Le premier constat auquel mènent les résultats est celui de l’inéquité des situations de harcèlement. En effet, la majorité des sujets juge l’ensemble des situations inéquitables (M = 2.65 et σ = 1.77). Le même type de résultats était obtenu par Desrumaux et al. (2004). Les scénarios évoquent donc bien des situations d’injustice. Cependant, lorsque la victime avance une justification interne en termes d’intention, la situation est perçue comme encore plus injuste alors que l’évocation d’une cause externe en termes de stimulus amène à considérer la situation comme la moins injuste.

39

Un deuxième constat frappant indique que les jugements de responsabilité envers la victime la mettent généralement en cause (M = 5.34 et σ = 2.23). Ces jugements contrastent avec les jugements d’inéquité. En effet, bien que la situation soit injuste, les juges, n’excluent pas, loin s’en faut, une responsabilité des victimes. Si conformément à la théorie de Lerner, la responsabilité de la victime est mise en évidence, l’hypothèse de Lerner et Miller (1978) que la situation est perçue comme juste est invalidée : même si la victime estime par le biais d’une attribution causale interne être en partie responsable, la situation est jugée non équitable y compris dans ce cas. En outre, la victime est considérée comme nettement moins responsable lorsqu’elle réalise une attribution externe en termes de circonstances comparativement aux autres cas d’attributions. Autrement dit, moins la situation serait injuste puisque liée aux circonstances, moins on considérerait la victime comme responsable.

40

Un troisième constat concerne la modération des juges lorsqu’ils estiment la responsabilité du harceleur (M = 5.54, σ = 2.32), responsabilité qui est comparable à celle du harcelé. Tout se passe comme si la victime et le harceleur étaient confondus sur le plan des responsabilités. Le taux de responsabilité modéré du harceleur pourrait s’expliquer par le fait que celui-ci est présenté, dans certains cas, comme présentant des problèmes psychologiques. Cependant, cette explication ne tient pas lorsque celui-ci ne bénéficie pas de circonstances atténuantes.

41

La survictimation agit comme un puissant modérateur du jugement d’équité, du jugement de responsabilité attribuée à la victime et de l’intention d’aide. Tout d’abord, la situation paraît moins injuste lorsque l’on évoque un salarié qui a déjà souffert de harcèlement. Or un acte harcelant est grave et répréhensible quelles que soient les caractéristiques de la cible. Ainsi, le fait de dire que le salarié a déjà fait l’objet d’atteintes augmente le jugement d’équité. En outre, une victime malheureusement connue pour avoir déjà été victimisée est considérée comme plus responsable qu’une victime « innocente ». Tout se passe comme si le fait d’être ciblée une deuxième fois confirmait qu’elle adoptait un rôle de victime, provoquait des comportements agressifs chez autrui et impliquait sa responsabilité (Rudolph et al., 2004). Ce jugement de responsabilité contribue sans doute à expliquer la spirale du harcèlement et l’enlisement de la victime (Viaux, 2004). Enfin, la conséquence majeure est la diminution dramatique de l’intention d’aide à son égard. Cette chute semble bien être une conséquence du jugement de responsabilité. On peut supputer un raisonnement du type : « ce n’est pas la première fois qu’elle est harcelée, donc elle doit bien y être pour quelque chose ». Ce type de résultats vient éclairer le questionnement de départ sur les raisons du silence autour du harcèlement (Desrumaux, 2003). Non seulement les victimes envahies par un sentiment de honte se taisent mais les témoins, eux aussi, évitent de communiquer sur le harcèlement. Les jugements indiquent, en effet, que plus la victime se présentera comme victimisée, plus elle sera tenue pour responsable et moins elle sera aidée.

42

Le type d’explications que fournit la victime n’est cependant pas neutre et peut agir sur ces jugements. En effet, les sujets estimeront le harcelé moins responsable lorsqu’il émet une attribution externe en termes de circonstances plutôt qu’une explication interne en termes de trait. Cela est d’autant plus vrai que les juges sont cadres. Le type d’attributions du harcelé semble donc orienter fortement la part de responsabilité qui lui est accordée. L’internalité, si elle amène à juger la situation comme moins équitable, ne fonctionne pourtant pas comme un modérateur de la responsabilité du harcelé puisque seules les circonstances permettent de dégager cette responsabilité. Les caractéristiques du harceleur influencent aussi les jugements de responsabilité du harcelé. Par ailleurs, le fait que le harceleur présente des problèmes psychologiques semble bien diminuer les craintes vis-à-vis de son pouvoir ou le désintérêt d’éventuels témoins en particulier non-cadres, entraîne une vision du harcelé comme moins responsable de la situation et augmente les intentions d’intervenir. Une information sur les problèmes du harceleur est loin d’être neutre car elle intervient dans de nombreuses interactions notamment celles impliquant la survictimation. Ces deux variables ont un effet principal sur l’intention d’aide. La différence essentielle est que la survictimation du harcelé diminue la probabilité de l’aider puisqu’elle alimente l’idée du monde juste alors qu’une information sur les problèmes psychologiques du harceleur augmente la probabilité de venir en aide. Le cas où l’intervention est minimale est celui des cadres et des non-cadres en l’absence de problèmes psychologiques du harceleur. Le silence autour du harcèlement occultant également les informations sur le harceleur peut ainsi contribuer à expliquer la pérennisation du processus, puisque les cadres, personnes dotées de pouvoir, interviennent d’autant moins que la personne est survictimisée et que le harceleur n’est pas connu comme présentant des problèmes. On peut alors comprendre l’intérêt pour un harceleur de faire obstacle à la transmission des informations le concernant puisqu’elles pourraient déclencher une intervention. D’ailleurs, la majorité des informations relatives aux scénarios ne modulent pas la responsabilité du harceleur. Seule la situation économique difficile de l’entreprise diminue le jugement de responsabilité comme nous l’avions supposé. Les cadres soumis à un stress et à des pressions relatives à la sauvegarde de l’entreprise sont, par conséquent, jugés moins responsables de ce qu’ils font. La théorie de la justification des systèmes (Jost et Major, 2001) reposant sur une tendance à accepter et justifier les systèmes d’accords sociaux existants de telle manière que ces systèmes soient perçus comme rationnels, justes et peut-être même inévitables prend ici tout son sens. Elle permet de comprendre d’une part, pourquoi la victime est jugée responsable et d’autre part, qu’une modification du système économique (difficulté) diminue la responsabilité du harceleur et diminue l’intention d’aider.

43

Quand l’entreprise est en difficulté, l’ensemble des salariés aura tendance à se préoccuper de du devenir de l’organisation en relativisant l’importance du harcèlement par rapport au danger encouru des licenciements. Ces deux éléments en lien avec les difficultés économiques (déresponsabilisation du harceleur et diminution de l’intervention d’intervenir) sont d’autant plus graves que le licenciement est souvent utilisé comme menace et que beaucoup d’entreprises ont des situations économiques précaires. L’internalité du salarié, celle-là même qui l’a fait sortir du rang des demandeurs d’emploi et l’a parfois hissé dans les strates sociales devient alors pour le harcelé un piège de la société néo-libérale (Aubert et De Gaulejac, 1991 ; Beauvois, 1994). Un discours sur ces intentions ou ces traits de personnalité le rendra plus responsable et un discours sur sa situation de victime dissuadera autrui de l’aider. Inverser les rôles en évoquant la personnalité ou les problèmes du harceleur pourrait alors fonctionner comme un levier ; évoquer aussi les circonstances diminuerait l’attribution de la responsabilité à la victime. Une diminution de l’attribution de responsabilité à la victime peut alors agir comme un facteur facilitant l’aide (Weiner, 1996).

Conclusion

44

Les situations de harcèlement des scénarios évoquent bien un sentiment d’injustice au sens de Lerner (1980). Comme prédit par la théorie du monde juste, les jugements mettent en cause la responsabilité de la victime et ceci d’autant plus qu’elle est présentée comme déjà victimisée. En outre, les juges sont relativement modérés quant à la responsabilité du harceleur. Tout se passe comme si la victime et le harceleur étaient confondus sur le plan des responsabilités. La survictimation agit comme un puissant modérateur du jugement d’équité, du jugement de responsabilité attribuée à la victime et de l’intention d’aide. La survictimation augmente non seulement l’imputation de la responsabilité à la victime mais infléchit fortement les intentions d’aide alors que les problèmes psychologiques du harceleur et l’essor économique de l’entreprise augmentent l’intention d’intervenir. Les attributions modulent les jugements d’équité et de responsabilité. La victime est ainsi jugée moins responsable de la situation de harcèlement moral quand elle fournit des attributions externes en termes de circonstances.


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Notes

[*]

Pour toute correspondance relative à cet article, s’adresser à Pascale Desrumaux, UFR de psychologie, Équipe Psitec EA 4072, Université de Lille 3, Boîte postale 149, 59645 Villeneuve d’Ascq cedex, France ou par courriel à <pascale.desrumaux@univ-lille3.fr>.

L’auteur remercie Zélie Casse et Sophie Cornélis pour leur contribution au recueil des données.

Résumé

Français

Trente-deux scénarios relatifs au harcèlement professionnel variant en fonction des explications causales et de la survictimation du harcelé, des problèmes psychologiques du harceleur et de la situation économique de l’entreprise ont été soumis à soixante-quatre sujets qui jugeaient l’équité de la situation, la responsabilité du harcelé et du harceleur et la probabilité de venir en aide. Les résultats indiquent que le harcèlement est jugé d’autant moins équitable mais le harcelé, d’autant plus responsable, qu’il évoque une cause interne. La survictimation augmente la responsabilité de la victime et diminue l’intention d’aide. L’aide augmente lorsque l’entreprise est en essor et les problèmes psychologiques du harceleur. Le harceleur est jugé moins responsable lorsque l’entreprise est en difficulté.

Mots-clés

  • Harcèlement moral
  • Mobbing
  • Survictimation
  • Attribution causale
  • Responsabilité
  • Aide

English

Moral harassment at work, survictimization and problems of the hassler: When victims are judged as responsible as their hasslersThirty-two scenarii about bullying at work varying according to the causal explanations and to the survictimation of harassed, the agressor’s psychological problems and the economic situation of the company were submitted to sixty-four participants which judged the equity of the situation, the aggressor’s responsability and victim’s responsibility and the probability to help. The results show that the harassment is judged the less equitable and the victim the more responsible when she has given internal explanation. The survictimization increases the victim’s responsability and decreases the intention to help. The help increases with the booming of the company and the agressor’s psychological problems. The aggressor is judged less responsible when the company is in economic difficulties.

Italiano

Molestia morale sul lavoro, sovravittimizzazione e problemi del molestatore : quando le vittime vengono giudicate responsabili nella stessa misura dei loro molestatoriA sessantaquattro partecipanti sono stati proposti trentadue scenari, relativi a molestie professionali, che variavano a seconda delle spiegazioni causali e della sovra-vittimizzazione del molestato, dei problemi psicologici del molestatore e della situazione economica dell’impresa. Ai partecipanti veniva chiesto di giudicare l’equità della situazione, la responsabilità del molestato e del molestatore e la probabilità dell’intervento di un soccorso. I risultati indicano che, quando il molestato stesso evochi a spiegazione una causa interna, la molestia è giudicata come un comportamento meno equo, ma anche che il molestato è giudicato come più responsabile. La sovra-vittimizzazione aumenta la responsabilità della vittima e diminuisce l’intenzione di aiuto. L’aiuto aumenta quando l’impresa è in fase di sviluppo. Il molestatore è giudicato meno responsabile quando l’impresa è in difficoltà.

Português

Assédio moral no trabalho, sobrevitimização e problemas da pessoa que assedia: quando as vítimas são julgadas tão responsáveis como as pessoas que assediamTrinta e dois cenários relativos ao assédio profissional variando em função das explicações causais e da sobrevitimização da pessoa assediada, dos problemas psicológicos da pessoa que assedia e da situação económica da empresa foram submetidos a sessenta e quatro participantes que julgaram a equidade da situação, a responsabilidade da pessoa assediada e da pessoa que assedia e a probabilidade de ajudar. Os resultados indicam que o assédio é julgado tanto menos equitativo quanto mais responsável e evoca uma causa interna. A sobrevitimização aumenta a responsabilidade da vítima e diminui a intenção de ajuda. A ajuda aumenta quando a empresa está em desenvolvimento e os problemas psicológicos da pessoa que assedia. A pessoa que assedia é julgada menos responsável quando a empresa está em dificuldade.

Plan de l'article

    1. Caractéristiques de la victime, survictimation et jugement de responsabilité
    2. Caractéristiques du harceleur, statut et phénomène de déresponsabilisation
    3. Causes situationnelles liées à l’entreprise
    4. Explications causales avancées par la victime
  1. EXPÉRIENCE
    1. Méthode
      1. Sujets et plan d’expérience
      2. Procédure et matériel
    2. Résultats
      1. Le jugement d’équité
      2. La responsabilité du harcelé
      3. La responsabilité du harceleur
      4. La probabilité d’intervention
    3. Discussion
    4. Conclusion

Pour citer cet article

Desrumaux Pascale, « Harcèlement moral au travail, survictimation et problèmes du harceleur : quand les victimes sont jugées aussi responsables que leurs harceleurs », Les cahiers internationaux de psychologie sociale 1/ 2007 (Numéro 73), p. 61-73
URL : www.cairn.info/revue-les-cahiers-internationaux-de-psychologie-sociale-2007-1-page-61.htm.


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