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Les cahiers Irice

2008/2 (n°2)

  • Pages : 200
  • DOI : 10.3917/lci.002.0065
  • Éditeur : IRICE

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Esquissant en 1930 un programme pour la SFIO, Albert Thomas mettait « d’abord, en tête, l’organisation de la paix. Oui, encore et toujours »  [1][1]  Lettre d’Albert Thomas à Paul Faure, reproduite dans.... La construction d’une paix durable devait constituer plus que jamais la priorité de ses camarades socialistes, comme elle était depuis longtemps la sienne à la tête du BIT, considérant que si, dans les prochaines années « les institutions de Genève [n’avaient] pas donné leur pleine efficacité, alors nous [pourrions] redouter de voir, une fois encore, se reproduire des événements semblables à ceux de 1914 »  [2][2]  Discours prononcé par Albert Thomas lors d’une conférence.... En tentant de faire progresser la législation ouvrière et l’idéal de justice sociale, il croyait bien lui-même construire une Europe pacifique.

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Cette quête perpétuelle d’une paix durable a été moins mise en avant dans les études sur Albert Thomas que son action au service du réformisme social. La question mérite néanmoins d’être approfondie, car elle permet de mieux apprécier l’originalité du parcours d’Albert Thomas, son rapport à la paix et à la guerre le mettant souvent en porte-à-faux vis-à-vis de sa famille politique : il en va ainsi de son attachement avant 1914 au pacifisme dit « bourgeois » – auquel les socialistes sous l’influence de Jaurès se rallient certes progressivement–, de son patriotisme jusqu’auboutiste durant la Grande Guerre qui le marginalise au sein d’un parti socialiste progressivement gagné par les idées de la minorité « pacifiste », ou encore de son attachement à l’internationalisme wilsonien quand bon nombre de ses camarades en viennent à critiquer le Traité de Versailles et les institutions genevoises. Comment l’idéal de paix défendu par Albert Thomas s’est-il forgé dès avant 1914 et comment a-t-il pu trouver à s’incarner dans les nouvelles institutions internationales mises en place au lendemain de la guerre ? Comment Albert Thomas joue-t-il dans le domaine de la paix le rôle de passeur entre les idéaux du pacifisme juridique du XIXe et les réalisations de l’après-guerre ? Comment le futur directeur du BIT a-t-il lui-même contribué, à la fin de la guerre, à l’organisation en France d’un mouvement favorable à la Société des Nations et quels rapports a-t-il continué d’entretenir par la suite avec ces apôtres de « l’esprit de Genève » ?

Le socialisme, la paix et la guerre

L’influence des socialismes utopiques

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Passionné par l’histoire ouvrière et par celle des doctrines socialistes, Albert Thomas a rencontré les idées pacifistes grâce à sa fréquentation assidue des principaux théoriciens du socialisme utopique de 1848, auquel il fera souvent allusion par la suite dans ses discours : Victor Considérant, Louis Blanc, Pierre-Joseph Proudhon ou encore Constantin Pecqueur, ce fouriériste qui écrivait au milieu du XIXe siècle que le temps était venu

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« de convoquer de toutes parts des meetings de nations où ser[aient] recherchés les grands moyens de conciliation et d’association entre les intérêts de tous les peuples, le perfectionnement du droit des gens, l’élaboration d’un code international, d’une économie politique universelle, les principes devant présider aux rapports commerciaux »  [3][3]  Formule reprise par Albert Thomas dans son discours....

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De fait, « les vieilles formules de nos hommes de 48 »  [4][4]  Conférence tenue par Albert Thomas à l’Athénée de... aboutissaient déjà à l’idée d’une souveraineté supérieure à la souveraineté individuelle des États, qui devrait s’établir sous la forme d’une fédération européenne. Ces conceptions marquèrent profondément l’esprit d’Albert Thomas, qui réclama dans leur lignée, que la jeune Société des Nations devienne « l’État fédératif, les États-Unis d’Europe ou du monde »  [5][5]  Id..

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Très jeune, Albert Thomas se trouva également en contact avec les idées du pacifisme juridique défendues par les sociétés de la paix. « C’est sur les bancs du lycée [qu’il] commenç [a] de lire passionnément les articles de la Paix par le Droit »  [6][6]  Archives nationales (AN), Paris, 94 AP 379, texte..., l’organe du mouvement pacifiste présidé par le philosophe Théodore Ruyssen et qui prônait particulièrement le principe de l’arbitrage international pour maintenir la paix. Le contexte de l’Affaire Dreyfus le conduisit à renforcer ses liens avec le « pacifisme bourgeois » et il se souvint longtemps de ces « années héroïques de l’Affaire » où se rencontrèrent « pacifistes et socialistes, dans l’œuvre bonne et efficace des Universités populaires »  [7][7]  Id.. Le rapprochement avec le pacifisme « bourgeois » était pourtant loin de faire l’unanimité au sein du monde ouvrier, comme en témoigne cet article de Léon Vignols paru dans La Revue syndicaliste – dont Albert Thomas était le fondateur – et qui appelait les socialistes à se détourner du pacifisme et de ses « naïvetés », en déclarant que « pour nous […], socialistes et syndicalistes, le pacifisme est un non-sens et un contresens »  [8][8]  Léon Vignols, « Pacifisme et syndicalisme », La Revue....

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Sous l’influence de son « maître vénéré Jaurès », Thomas chercha néanmoins « à collaborer avec tous les amis sincères de la paix »  [9][9]  Texte du discours préparé Albert Thomas à l’occasion.... Le combat de Jaurès pour la paix marqua profondément le pacifisme d’Albert Thomas, collaborateur de L’Humanité à partir de 1904, année où le journal sollicita son adhésion au Bureau international de la paix de Berne, l’organe international du pacifisme bourgeois. La défense de la paix devint en effet, au début du XXe siècle, la grande préoccupation des socialistes qui se rapprochèrent alors des hommes et des idées du pacifisme juridique. Jaurès croyait à l’avènement prochain d’une humanité « assez organisée, assez maîtresse d’elle-même pour pouvoir résoudre, par la raison, la négociation et le droit, les conflits de ses groupements et de ses forces [10][10]  Jean Jaurès, « Discours à la jeunesse », Albi, 1903,... », s’associant ainsi à la démarche du pacifisme juridique.

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Albert Thomas appuya nettement les conceptions pacifistes de son parti et prit par exemple une part active à la lutte contre la « néfaste loi des trois ans »  [11][11]  Albert Thomas, La politique socialiste, Paris, Marcel..., qu’il condamna surtout pour la gêne qu’elle apporterait à l’agriculture et aux industries minières en les privant d’une main-d’œuvre déjà insuffisante. Comme ses amis socialistes, il refusait régulièrement d’approuver les crédits de guerre – un geste qu’il qualifia a posteriori de « rituel et symbolique »  [12][12]  Albert Thomas, « Les socialistes et les crédits militaires »,.... Il semblait aussi souscrire à l’idée de grève générale pour empêcher la guerre, faisant remonter, dans son Histoire du Second Empire, ce refus de se laisser « entraîner par les préjugés nationalistes » à la volonté manifestée par les socialistes français, lors du conflit austro-prussien de 1866, de s’opposer « de toutes leurs forces aux entraînements nationalistes », de crainte « de voir la classe ouvrière de tous les pays, à l’heure même où elle commence à s’entendre, à collaborer universellement à l’œuvre de son émancipation, détournée de cette tâche par les préjugés politiques nationaux »  [13][13]  Albert Thomas, Le Second Empire (1852-1970), Paris,....

Sauver la paix par le dialogue avec l’Allemagne

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Pour faire reculer les dangers de guerre avec l’Allemagne qui s’amoncelaient à la veille de 1914, Albert Thomas chercha avec certains de ses amis socialistes à maintenir le dialogue avec la voisine d’outre-Rhin – ce qui leur valut fréquemment d’être « traités de Prussiens » – et appela la France à « restaurer, au milieu même de la paix armée, la noble politique extérieure de justice et de générosité qui a fait autrefois sa grandeur et sa gloire »  [14][14]  Albert Thomas, La politique socialiste, op. cit.,.... Il se rendit à plusieurs reprises à Berlin pour y affirmer la volonté de paix de la France. Au début de 1913, il y fut ainsi envoyé par Jaurès pour rédiger avec ses camarades allemands un manifeste des partis socialistes contre les armements, document toutefois assez modeste adopté au terme de laborieuses discussions et qui s’inspirait beaucoup de la pensée jaurésienne : les socialistes des deux rives du Rhin y protestaient « unanimement et d’une même voix contre les armements incessants qui épuisent les peuples » et réclamaient « que tous les conflits entre les peuples soient réglés par des traités d’arbitrage », estimant que les résoudre par la voie de la violence n’était « que barbarie et honte pour l’humanité »  [15][15]  « Contre les Armements, Manifeste des partis socialistes.... Le texte appelait également à ce que les armées permanentes fussent remplacées par des milices nationales établies sur des bases démocratiques et n’ayant pour objet que la défense du pays. Et si de nouvelles dépenses militaires étaient imposées aux peuples, les socialistes lutteraient pour qu’elles reposent sur les épaules des possédants.

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Albert Thomas fit également partie, les 11 et 12 mai 1913 de la délégation des 181 parlementaires français qui, avec notamment Paul d’Estournelles de Constant, Jean Jaurès et Marcel Sembat, rencontrèrent à Berne un groupe de parlementaires allemands. Cette rencontre se conclut par l’adoption d’une résolution proclamant que les conflits qui pourraient s’élever entre les deux pays devraient être déférés, au cas où ils n’auraient pu être réglés par la voie diplomatique, à l’arbitrage du Tribunal international de La Haye.

Au service de l’Union sacrée

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Face à la catastrophe, les socialistes français appelèrent en vain à la grève ouvrière générale pour « empêcher la guerre et imposer aux gouvernements le recours à l’arbitrage »  [16][16]  Cité par Jean-Jacques Becker dans « La gauche et la..., selon les termes de la motion que Jaurès fit voter dans l’urgence en juillet 1914. Puis deux des leurs entrèrent bientôt dans le cabinet Viviani pour défendre, au nom de la tradition jacobine de 1789, la République agressée par l’impérialisme allemand. Thomas fut lui-même le troisième socialiste à entrer au gouvernement, le 18 mai 1915, avec la charge de l’artillerie et des équipements militaires, avant d’obtenir à partir du 12 décembre 1916, le portefeuille de ministre de l’Armement, pensant se trouver de la sorte dans une position plus favorable pour protéger et « servir les intérêts de la classe ouvrière »  [17][17]  Formule extraite d’une lettre d’Albert Thomas à Giacinto....

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À la tête de l’industrie de guerre, intensifiant la mobilisation industrielle et le recrutement de la main-d’œuvre, il endossa avec conviction le discours de la guerre pour le droit, présentant une France républicaine qui menait une guerre juste contre la « barbarie » :

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« Avant la guerre nous avons servi l’idée de la Paix autant que nous l’avons pu ; pendant la guerre, après l’agression brutale dont le pays a été victime en 1914, il n’y a plus qu’une idée qui puisse guider notre parti et l’Internationale, une grande idée, celle du Droit »  [18][18]  Albert Thomas, discours prononcé le 12 août 1917,....

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Par sa longue présence au ministère, Thomas se trouva désormais lié à la politique de guerre du gouvernement français ; mais il assumera sans remords sa participation à l’Union sacrée au nom de la nécessité d’aboutir à une « paix juste » et durable, car c’était de cette « guerre aux allures déchaînées » qu’était née « l’idée de paix définitive ». Mais ses conceptions d’une guerre conduite jusqu’au bout l’isolèrent progressivement au sein d’un parti socialiste travaillé par des tendances pacifistes et bolchevisantes de plus en plus puissantes, ce qui ne l’empêcha pas, après la démission du cabinet Ribot et la fin de sa collaboration ministérielle (8 septembre 1917), de continuer à faire campagne en faveur d’une victoire fondée sur le droit et de la création d’une Société des Nations seule capable d’établir une paix durable.

L’organisation de la paix future

Wilson plutôt que Lénine

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Entre Wilson et Lénine, Albert Thomas fit clairement son choix, ne pouvant se « résoudre à admirer, ni même à accepter le bolchevisme » qui symbolisait « la révolte anarchique contre les règles démocratiques », « le terrorisme d’un parti contre la représentation nationale » et « la révolte instinctive et brutale des foules contre la volonté d’organisation dans le cadre de la nation et avec le concours des classes intellectuelles »  [19][19]  Albert Thomas, « Démocratie ou bolchevisme », L’Humanité,.... Il appuya donc les idées du président Wilson, bien que ces conceptions fussent progressivement en recul au sein d’un parti socialiste qui avait joué pourtant au début de la guerre un rôle important dans la préparation de l’opinion à l’idée de Société des Nations. En décembre 1916, le congrès de la SFIO avait ainsi voté très majoritairement une résolution qui se réjouissait que « la Société des Nations, chimère d’hier, devien [ne] réalité possible de demain, par la double et formelle affirmation des deux républiques des États-Unis et de la Suisse, par l’adhésion déjà prononcée nettement de la démocratie anglaise, et, plus timidement, de la démocratie française »  [20][20]  « Le Parti socialiste et la guerre », La paix par.... Cette Société des Nations aurait pour règle l’institution de l’arbitrage obligatoire, garanti par des sanctions internationales, et pour conséquence la limitation des armements.

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C’est donc dans la continuité de ces idées qu’Albert Thomas mena, après avoir quitté le pouvoir, une campagne active en faveur d’une paix fondée sur le droit et sur la Société des Nations, comme en témoigne la préface qu’il rédigea au livre d’un émigré russe, J. Tchernoff, sur Les Nations et la Société des Nations dans la politique moderne, où il imaginait une Société des Nations démocratique, garantissant le droit des nations, petites ou grandes, à disposer d’elles-mêmes, et dont les organes seraient l’émanation des peuples. La nouvelle organisation internationale tendrait ainsi à transformer la vieille notion de souveraineté nationale ; elle devrait intervenir « pour le triomphe des principes démocratiques et pour la sécurité de la paix »  [21][21]  Albert Thomas, préface de J. Tchernoff, Les nations... et devrait également agir sur le terrain économique et social.

Versailles ou « la victoire du droit » ?

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La fin de la guerre précisait cet espoir d’une paix durable. En novembre 1918, Thomas décrivit l’« immense » bonheur de sa génération d’« avoir pu réparer la catastrophe dont nos pères se lamentaient, [d’] avoir pu obtenir cette revanche dont notre enfance s’était bercée, la transformer surtout en une véritable victoire du Droit et de la Justice entre les Nations »  [22][22]  Lettre d’Albert Thomas au général Ignatiev, 2 novembre 1918,.... Pour autant le règlement de la paix établi par le Traité de Versailles était loin de réaliser ces ambitions aux yeux de nombreux socialistes : « Ce traité que viennent de signer solennellement les hommes de la démocratie internationale n’est accepté par aucun des prolétariats du monde. Les travailleurs jugent que tout cet arrangement est à refaire »  [23][23]  Marcel Cachin, « Voici la paix signée », L’Humanité,..., écrivait même Marcel Cachin. La désillusion était grande chez les socialistes à l’égard du président Wilson, car « du noble programme qu’il avait proposé au monde, rien n’ [avait] été réalisé : le droit des peuples qu’il avait si hautement affirmé, [était] aussi bafoué et méconnu qu’en 1815 ou au lendemain de la guerre de Trente ans ; la Société des Nations telle qu’elle [allait] sortir des délibérations de la conférence, [était] une dérision ; la sécurité internationale, qu’il voulait fonder pour toujours, [existait] moins que jamais »  [24][24]  Daniel Renoult, « M. Wislon s’en va », L’Humanité,.... Face à ce traité de paix qui marquait donc le triomphe de l’ordre bourgeois, le conseil du parti socialiste réclamait le 14 juillet 1919 un vote négatif des parlementaires socialistes.

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Albert Thomas fit preuve quant à lui d’une position plus nuancée et se réserva la liberté de voter éventuellement en faveur du traité, même si devant la représentation nationale, il ne ménagea pas, le 29 août 1919, sa condamnation de la politique du gouvernement Clemenceau qui n’avait su choisir « entre la vieille politique de répression par la force et la politique intégrale de la Société des Nations et du droit »  [25][25]  Gustave Rouanet, « Un discours d’Albert Thomas »,.... Il n’avait donc obtenu aucune des garanties qu’aurait offertes l’une ou l’autre de ces politiques. Ses espoirs se tournaient néanmoins vers « le pacte des nations » qui devait devenir « une réalité vivante, comme [avait] dit lord Robert Cecil. […] Moralement et politiquement, c’est dans la Société des Nations que la France réalisera sa vraie victoire et qu’elle remplira toute sa glorieuse destinée »  [26][26]  Id.. De manière audacieuse, il estima que l’Allemagne devrait en faire partie et que toutes les nations devraient avoir en son sein les mêmes droits et les mêmes devoirs. Ce qui ne l’empêcha pas de rejoindre finalement la position de la grande majorité du groupe socialiste et s’abstenir lors de la ratification du Traité de Versailles à la Chambre en septembre 1919.

La paix internationale par la justice sociale

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Fidèle à ses conceptions réformistes, Albert Thomas souhaitait que soit donnée satisfaction « aux peuples décimés par la guerre, épuisés par les sacrifices multiples qu’ils [avaient] consentis, et qui réclam [aient] une vie meilleure »  [27][27]  Albert Thomas, préface de J. Tchernoff, Les nations…,.... De ce point de vue la partie XIII du Traité de Versailles qui créait l’Organisation internationale du travail ne pouvait que lui donner satisfaction, surtout que nommé directeur du Bureau international du travail à la suite de la conférence internationale de Washington de novembre 1919, il allait jouer un rôle central dans le développement de cette nouvelle institution internationale, dont il entendait faire un instrument au service de la paix internationale, établissant une liaison indissoluble entre cette dernière et la justice sociale :

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« Il n’y aura pas de progrès social dans un monde constamment menacé par la guerre, et si le monde continue de souffrir de l’injustice, de l’iniquité, des misères et des privations, la paix universelle sera sans cesse compromise »  [28][28]  Discours d’Albert Thomas prononcé à la Salle de la....

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Or, en rappelant par son action et

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« sa seule existence, l’obligation d’établir de justes conditions du travail, [l’Organisation internationale du travail imposait] à l’industrie un constant effort d’organisation, organisation intérieure à chaque État, organisation entre les États. Elle [était] créatrice d’ordre et d’harmonie. Et c’est en cela surtout, que la pratique de la justice sociale [était] créatrice de paix universelle »  [29][29]  Albert Thomas, « Justice sociale et paix universelle »,....

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Si le directeur du BIT considérait bien comme le « devoir essentiel » de sa génération « que de se sacrifier pour la construction de la paix »  [30][30]  Conférence faite par Albert Thomas à Bordeaux, janvier 1928,..., il entendait construire la paix sur des bases solides, pragmatiques et fonctionnalistes, se démarquant d’un certain pacifisme idéaliste qui avait eu cours avant-guerre et qui fut de peu d’effet face au déchaînement des violences :

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« À l’heure de la mobilisation ou pendant les opérations de guerre, les relations des congrès internationaux, même de ceux qui avaient voté des résolutions unanimes en faveur de la paix, ont cependant pesé bien peu. Les représentants des gouvernements au sein du conseil d’administration du Bureau international du travail ou au sein de la Conférence n’auraient sans doute pas beaucoup plus d’influence sur l’opinion publique de leurs pays ou même sur les gouvernements en temps de conflit que n’en ont eu les plénipotentiaires des conférences du travail avant-guerre. Et qui oserait dire que patrons et ouvriers, si constamment unis dans leurs votes au sein des conférences, se souviendraient tant soit peu de cette unité à l’heure d’un conflit international ? »  [31][31]  Albert Thomas, « Justice sociale et paix universelle »…,...

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Thomas était bien conscient de la mauvaise volonté manifestée par les États à ratifier les conventions adoptées par les Conférences internationales du travail. Son action risquait donc d’être compromise par « la mollesse des divers gouvernements qui n’ [avaient] pas un besoin immédiat de cette organisation, l’indifférence des opinions publiques, les oppositions de compétence des techniciens »  [32][32]  Lettre d’Albert Thomas à Marcel Berthelot, 27 mars 1931,.... Il était donc plus que jamais convaincu que «seule une opinion publique qui croira[it] avec ferveur à la nécessité d’une organisation de la paix, c’est-à-dire à la nécessité d’une Société des Nations, sera[it] capable d’imposer à chaque État souverain ces limitations volontaires de souveraineté sur lesquelles repos [ait] cette Société »  [33][33]  Conférence d’Albert Thomas effectuée à l’Université.... Conscient de la faiblesse d’une opinion publique inorganisée, il considérait que c’était par les organisations professionnelles que les masses populaires devaient se faire entendre. Mais il accorda également un intérêt particulier aux organisations de soutien à la Société des Nations, dont le recrutement était certes plus élitiste, mais qui s’efforçaient néanmoins de populariser au sein de l’opinion publique les efforts accomplis par les nouvelles institutions genevoises.

Albert Thomas et le pacifisme « genevois »

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Albert Thomas avait d’ailleurs personnellement œuvré, à la fin de la guerre, à l’organisation d’un mouvement français en faveur de la future Société des Nations, engagement qui se situait dans le droit fil de ses convictions de socialiste normalien considérant que les intellectuels devaient concourir à l’éducation du peuple, préparer l’opinion publique aux nouvelles réalités de la vie internationale d’après-guerre, la Société des Nations n’ayant d’efficacité que si elle obtenait « l’adhésion des opinions publiques, l’adhésion des masses populaires »  [34][34]  Albert Thomas, préface de J. Tchernoff, Les nations…,....

Albert Thomas et la création du mouvement français pour la SDN

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Pourtant, à la différence de la Grande-Bretagne et des États-Unis, le mouvement pour la Société des Nations s’organisa tardivement en France, véritablement à la fin de la guerre, du fait de l’hostilité des autorités gouvernementales à l’égard de toute réflexion sur la paix future, assimilée à une forme de défaitisme.

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Les efforts en faveur de la constitution d’une grande association française pour la Société des Nations furent principalement entrepris par la Ligue des droits de l’homme, dont Albert Thomas était membre du comité central. Il semblerait même que ce soit de chez Aline Ménard-Dorian, personnalité de premier plan de la Ligue, et qui tenait un salon dont Albert Thomas était de longue date le familier, « que partit l’idée de créer en France une Association ayant spécialement pour but de faire connaître la Société des Nations par une intelligente propagande, d’en favoriser le développement »  [35][35]  « Mme Ménard-Dorian », Le Mouvement pacifiste, juin-juillet 1929,.... Le 30 juillet 1918, Albert Thomas fut naturellement choisi pour constituer la commission chargée de rédiger l’appel-programme en vue de la création de la future association, aux côtés de Ferdinand Buisson, le président de la Ligue, et de Jules Prudhommeaux, un pacifiste et coopérateur renommé. La nomination d’Albert Thomas était un signe clair lancé en direction du monde ouvrier dont on entendait bien obtenir le soutien.

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Albert Thomas annonça dans L’Information du 16 août 1918 la création de ce nouveau groupement qui devait susciter « un grand mouvement de conviction, de foi populaire »  [36][36]  Albert Thomas, « Elle encore », L’information, 16 août 1918,... en faveur de la Société des Nations. L’Association française pour la Société des Nations (AFSDN) vit officiellement le jour à la veille de l’armistice, le 10 novembre 1918. Son but était notamment de défendre « l’établissement d’une autorité internationale imposant aux nations, pour tous les conflits présents ou à venir, de quelque nature qu’ils soient, un régime, des procédures et des garanties de droit »  [37][37]  « Appel du comité d’initiative », Appel-programme,.... L’Association désigna à sa tête un conseil de soixante membres qui reflétait sa volonté de mêler « sans aucune distinction d’opinion, de croyance ou de parti, les représentants les plus éminents des élites intellectuelles et les délégués les plus autorisés du monde du travail »  [38][38]  Discours de Léon Bourgeois prononcé le 10 novembre 1918 lors.... On y trouvait notamment un certain nombre de représentants des syndicats ouvriers et du patronat avec lesquels Thomas avait été en étroit contact durant son expérience ministérielle, et dont certains figuraient déjà parmi ses réseaux d’avant 1914 [39][39]  Citons Robert Pinot, secrétaire général du Comité.... Le soutien de ces hommes que Thomas avait réussi à attirer au sein de l’AFSDN, et plus généralement l’accord existant dans les milieux patronaux et syndicaux autour de sa personne, allaient bientôt concourir à le faire nommer à la tête du BIT.

Le BIT et l’Union internationale des associations pour la SDN

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À Genève, Thomas conserva ses liens avec certains représentants de l’AFSDN et une collaboration fructueuse put s’établir avec eux, ainsi qu’avec l’Union internationale des associations pour la SDN (UIASDN) qui regroupa dès décembre 1919 les nombreux groupements nationaux pour la Société des Nations qui s’étaient constitués.

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Le BIT d’Albert Thomas ne pouvait que chercher à utiliser à son profit cette élite, certes peu nombreuse, mais agissante et influente, et de surcroît en mal d’une certaine reconnaissance de la part des organisations genevoises. Lors de leur congrès tenu à Genève en juin 1921, les délégués de l’UIASDN furent ainsi reçus « de la façon la plus accueillante », en l’absence d’Albert Thomas, par ses collaborateurs directs, qui leur expliquèrent

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« le fonctionnement général du Bureau et les dirigèrent par équipes dans la visite des divers services de cette bienfaisante institution. Une collation servie sous de vastes tentes de toile et sous les ombrages contigus au Bureau international du travail suivit cette très intéressante visite »  [40][40]  Union internationale des associations pour la SDN,....

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Par la suite, le BIT se dira « toujours heureux » de rendre service aux différents groupements de soutien aux institutions genevoises, « soit en les documentant sur des questions qui peuvent les intéresser, soit en enregistrant dans les Informations sociales les résultats de leurs efforts »  [41][41]  Archives du BIT (ci-après ABIT), D 600/431/3, Lettre.... De leur côté, Théodore Ruyssen et le personnel du secrétariat de l’UIASDN déclaraient entretenir avec le BIT « des échanges réguliers de correspondance, de documents et de service mutuels fort appréciés, semble-t-il, de part et d’autre »  [42][42]  Théodore Ruyssen, Les associations pour la Société.... À la demande des associations pour la SDN, l’habitude fut même prise que le BIT se fasse représenter aux congrès de l’Union par un ou plusieurs de ses fonctionnaires. Ceux-ci profitèrent alors de ces occasions pour faire connaître l’œuvre du BIT ou pour orienter le vote des résolutions dans le sens de ses intérêts. Lors du Congrès de Madrid de mai 1929, l’un des représentants du BIT, M. Fabra-Ribas, organisa même à l’intention des délégués, dans le hall d’entrée du Congrès, une exposition sur le BIT comprenant notamment des photographies d’Albert Thomas ou des bâtiments du Bureau, de nombreuses publications du Bureau ainsi que différents tracts, et qui sembla susciter « une attention et un intérêt considérables »  [43][43]  ABIT, D/600/431/14, Report on Attendance at the Congress....

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Au cours de ces congrès de l’UIASDN, de nombreuses résolutions furent régulièrement votées en faveur du BIT. Le congrès de 1927 adopta ainsi une résolution qui demandait aux sociétés nationales pour la SDN de presser leurs gouvernements de soumettre les Conventions de l’OIT aux Parlements nationaux ou autres autorités compétentes. Une autre résolution recommandait également aux associations pour la SDN d’user de leur influence auprès des autorités éducatives pour inclure l’enseignement des principes et de l’œuvre de l’OIT dans le cursus scolaire.

Un relais efficace des intérêts du BIT ?

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La relation entre le BIT et ses zélateurs ne fut pourtant pas toujours évidente. William Martin qui représentait Albert Thomas auprès du Congrès de l’UIASDN organisé à Vienne en juin 1923, se dit ainsi « frappé de voir que les associations ignor [aient], probablement à dessein, le Bureau, et [faisaient] porter toute leur activité sur la Société des Nations »  [44][44]  ABIT, D/600/431/5, Lettre de William à Albert Thomas,.... Leur secrétaire général, Théodore Ruyssen, était d’ailleurs prêt à reconnaître que les associations pour la SDN, « composées en majeure partie d’intellectuels et, en tout cas, d’éléments bourgeois » étaient assez peu préparées, « soit par leur culture, soit par leurs intérêts, à se préoccuper des grands problèmes confiés [au BIT] »  [45][45]  ABIT, D 600/431/6, Lettre de Théodore Ruyssen à Albert.... Et c’est pourquoi il se montra désireux de « susciter parmi nos associations, en faveur du BIT, un intérêt que nous voudrions plus vif »  [46][46]  Id.. C’est dans cet esprit qu’en 1925, l’UIASDN transforma et élargit sa Commission économique en « Commission pour le BIT et la législation sociale ». Elle suggéra également aux associations de constituer « des Comités consultatifs pour l’étude des questions économiques, en y intéressant des représentants des groupements patronaux, ouvriers, coopératifs, etc. susceptibles à leur tour, de faire dans leurs milieux respectifs une propagande utile pour la SDN et l’OIT »  [47][47]  Théodore Ruyssen, Les associations…, op. cit., p..... Mais en 1927 encore, le congrès de Berlin de l’UIASDN dut renouveler sa recommandation en faveur de la création par chaque association nationale d’un comité consultatif représentant employeurs, travailleurs, consommateurs et les autres principaux intérêts économiques, signe que l’intérêt pour le BIT était toujours relativement faible au sein du mouvement pour la SDN.

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Les amis d’Albert Thomas et tous ceux qui appréciaient son œuvre ne manquaient pourtant pas de faire connaître régulièrement à une opinion française qui s’en désintéressait fort le bilan de l’action menée par Albert Thomas au BIT par le biais d’ouvrages et d’articles de revues. Le juriste Georges Scelle entreprit ainsi « sur [le] conseil » d’Albert Thomas – qui le préfaça – la rédaction d’un livre [48][48]  Georges Scelle, L’Organisation internationale du travail... destiné à « “faire le point”, selon son expression, de l’évolution réalisée par l’organisation internationale du travail et le BIT »  [49][49]  Georges Scelle, « Témoignage de gratitude et d’affection »,.... En octobre 1928, Henri de Jouvenel publia de son côté dans la Revue de Paris un grand article sur la Société des Nations où il mentionna « l’élaboration à Genève, sous l’impulsion d’un Français auquel on ne songe plus guère en France, Albert Thomas, d’une législation internationale du travail qui se soumet, de jour en jour, de plus en plus d’usines à travers le monde »  [50][50]  Henry de Jouvenel, « L’ère des préfaces diplomatiques »,.... Le directeur du BIT ne manqua pas de remercier pour ce « petit mot d’amitié […]. L’homme oublié est reconnaissant que ses amis le rappellent de temps à autre à l’opinion publique française »  [51][51]  AN, Paris, 94 AP 408, Lettre d’Albert Thomas à Henry....

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Les efforts menés au service d’Albert Thomas étaient parfois moins visibles, notamment lorsque les associations pour la SDN tentaient d’agir par la voie de la pression discrète auprès des autorités gouvernementales, comme en témoigne cette action entreprise en 1928 par Alphonse Aulard, président de la Fédération française des associations pour la SDN, auprès de Raymond Poincaré pour que la France ratifie les conventions adoptées par les conférences internationales du travail :

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« Nous ne pouvons nous empêcher de remarquer que la France n’a pas donné l’exemple de l’empressement. […] Sur vingt-huit matières à ratifier, elle n’en a encore ratifié que huit. […] Notre Fédération croit servir à la fois la cause de la paix et la cause de la France en se permettant d’insister pour que le gouvernement français et les chambres françaises donnent l’exemple de l’empressement à ratifier les mesures que la Conférence internationale du travail a si heureusement adoptées dans l’intérêt des travailleurs »  [52][52]  ABIT, CAT 7/8, Lettre d’Alphonse Aulard à Raymond....

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Albert Thomas et ses collaborateurs ne pouvaient évidemment que se réjouir de ces démarches officieuses et remercier la Fédération française de les « aider dans la campagne que [Thomas poussait] un peu de tous côtés pour obtenir qu’enfin, la France prenne une place digne d’elle-même parmi les nations soucieuses de progrès social. […] La vérité est que cette situation est véritablement intolérable pour nous »  [53][53]  ABIT, CAT 7-18, Lettre d’Albert Thomas à Alphonse....

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Albert Thomas était donc considéré par les milieux du pacifisme sociétaire comme un bon artisan de la paix et lui-même considéra toujours son action dans la perspective de la construction d’une paix durable. Dans le domaine de la paix internationale comme dans celui du réformisme social, il fut bien un passeur d’idées, des conceptions d’un pacifisme juridique forgé au XIXe siècle à la tentative de construction dans les années vingt d’une paix internationale juridiquement organisée sous l’auspice des institutions genevoises. Socialisme et pacifisme semblèrent chez lui toujours intimement mêlés : avant 1914, il donna une réelle dimension pacifiste à son engagement socialiste, et après guerre, il plaça la dimension sociale au cœur de son action en faveur de la paix. Pendant la période de la guerre elle-même, il justifia sa participation à l’Union sacrée par la lutte en faveur d’une paix définitive et par l’amélioration de la condition ouvrière. Mais sa conception de la paix se démarqua toujours de tout pacifisme sentimental ou jusqu’auboutiste, contribuant souvent à l’isoler au sein de ses camarades socialistes. La paix n’était pas chez lui une fin en soi, mais le résultat d’une œuvre constructive reposant notamment sur l’adoption de règles internationales et la réalisation d’une plus grande justice sociale.

Notes

[1]

Lettre d’Albert Thomas à Paul Faure, reproduite dans L’Actualité de l’histoire, n° 24, juillet-septembre 1958, p. 23.

[2]

Discours prononcé par Albert Thomas lors d’une conférence organisée à Bordeaux en janvier 1928, citée dans Albert Thomas, Politique sociale internationale, Genève, BIT, 1947, p. 134.

[3]

Formule reprise par Albert Thomas dans son discours prononcé à la Salle de la Réformation (Genève) le 21 novembre 1921, citée dans Albert Thomas, Politique sociale…, op. cit., p. 160-161.

[4]

Conférence tenue par Albert Thomas à l’Athénée de Genève en février 1924, cité dans Albert Thomas, Politique sociale…, op. cit., p. 146.

[5]

Id.

[6]

Archives nationales (AN), Paris, 94 AP 379, texte du discours préparé par Albert Thomas à l’occasion du Banquet de la paix, Genève, 10 mars 1925.

[7]

Id.

[8]

Léon Vignols, « Pacifisme et syndicalisme », La Revue syndicaliste, juin 1907, p. 41.

[9]

Texte du discours préparé Albert Thomas à l’occasion du Banquet de la paix, Genève, 10 mars 1925, AN, 94 AP 379.

[10]

Jean Jaurès, « Discours à la jeunesse », Albi, 1903, Recherche socialiste n° 6, mars 1999 (disponible sur www.lours.org/default.asp?pid=100, page visitée le 30 novembre 2007).

[11]

Albert Thomas, La politique socialiste, Paris, Marcel Rivière, 1913, p. 33.

[12]

Albert Thomas, « Les socialistes et les crédits militaires », brochure d’août 1918, citée par Bertus Willem Schaper, Albert Thomas, trente ans de réformisme social, Paris-Assen, PUF-Van Gorcum, 1959, p. 86.

[13]

Albert Thomas, Le Second Empire (1852-1970), Paris, J. Rouff, 1907, p. 266.

[14]

Albert Thomas, La politique socialiste, op. cit., p. 37.

[15]

« Contre les Armements, Manifeste des partis socialistes allemand et français », Le Populaire, 1er mars 1913, p. 1.

[16]

Cité par Jean-Jacques Becker dans « La gauche et la Grande Guerre », dans Jean-Jacques Becker et Gilles Candar (dir.), Histoire des gauches en France, Paris, La Découverte, vol. 2, 2004, p. 315.

[17]

Formule extraite d’une lettre d’Albert Thomas à Giacinto Serrati, 22 février 1916, citée dans Martin Fine, « Albert Thomas : A Reformer's Vision of Modernization, 1914-32 », Journal of Contemporary History, Vol. 12, n° 3, juillet 1977, p. 547.

[18]

Albert Thomas, discours prononcé le 12 août 1917, cité dans Bertus Willem Schaper, Albert Thomas, trente ans…, op. cit., p. 152.

[19]

Albert Thomas, « Démocratie ou bolchevisme », L’Humanité, 9 novembre 1918.

[20]

« Le Parti socialiste et la guerre », La paix par le droit, 10-25 janvier 1917, p. 42.

[21]

Albert Thomas, préface de J. Tchernoff, Les nations et la Société des Nations dans la politique moderne, Paris, Alcan, 1919, p. XXV.

[22]

Lettre d’Albert Thomas au général Ignatiev, 2 novembre 1918, cité dans Sergio Luzzato, L’impôt du sang. La gauche française à l’épreuve de la guerre mondiale (1900-1945), Paris, Presses universitaires de Lyon, 1996, p. 43.

[23]

Marcel Cachin, « Voici la paix signée », L’Humanité, 29 juin 1919, p. 1.

[24]

Daniel Renoult, « M. Wislon s’en va », L’Humanité, 28 juin 1919, p. 1.

[25]

Gustave Rouanet, « Un discours d’Albert Thomas », L’Humanité, 30 août 1919, p. 2.

[26]

Id.

[27]

Albert Thomas, préface de J. Tchernoff, Les nations…, op. cit., p. XXVI.

[28]

Discours d’Albert Thomas prononcé à la Salle de la Réformation (Genève) le 21 novembre 1921, cité dans Albert Thomas, Politique sociale internationale…, op. cit., p. 153.

[29]

Albert Thomas, « Justice sociale et paix universelle », Revue de Paris, 15 mars 1924, p. 261.

[30]

Conférence faite par Albert Thomas à Bordeaux, janvier 1928, citée dans Albert Thomas, Politique sociale internationale…, op. cit., p. 134.

[31]

Albert Thomas, « Justice sociale et paix universelle »…, art. cité, p. 250.

[32]

Lettre d’Albert Thomas à Marcel Berthelot, 27 mars 1931, citée par Denis Guérin, Albert Thomas au BIT, 1920-1932, De l’internationalisme à l’Europe, Genève, Institut européen de l’université de Genève, coll. « Euryopa », 1996, 96 p., p. 34, note 49.

[33]

Conférence d’Albert Thomas effectuée à l’Université de Buenos-Aires le 31 juillet 1925, citée dans Albert Thomas, Politique sociale internationale…, op. cit., p. 143.

[34]

Albert Thomas, préface de J. Tchernoff, Les nations…, op. cit., p. XVIII.

[35]

« Mme Ménard-Dorian », Le Mouvement pacifiste, juin-juillet 1929, p. 75.

[36]

Albert Thomas, « Elle encore », L’information, 16 août 1918, p. 1.

[37]

« Appel du comité d’initiative », Appel-programme, statuts du Conseil et du Bureau, p. 6- 7.

[38]

Discours de Léon Bourgeois prononcé le 10 novembre 1918 lors de l’assemblée générale constitutive de l’AFSDN, cité dans Léon Bourgeois, Le pacte de 1919 et la Société des Nations, Paris, Eugène Fasquelle, Editeur, 1919, p. 55-56.

[39]

Citons Robert Pinot, secrétaire général du Comité des Forges, l’industriel Louis Renault, Marcel Bidegaray, secrétaire général de la Fédération nationale des employés des chemin de fer ; Edmond Briat, secrétaire général de la Chambre consultative des associations de production, Ernest Poisson, secrétaire de la Fédération nationale des coopératives de consommation ou encore Auguste Keufer, secrétaire général de la Fédération du livre.

[40]

Union internationale des associations pour la SDN, Ve Conférence, Genève, 6-10 juin 1921, Compte rendu des Travaux, Bruxelles, 1921, p. 62.

[41]

Archives du BIT (ci-après ABIT), D 600/431/3, Lettre du BIT adressée à Théodore Ruyssen, 6 octobre 1922.

[42]

Théodore Ruyssen, Les associations pour la Société des Nations et leur union internationale, brochure publiée par l’UIASDN, [1927], p. 13.

[43]

ABIT, D/600/431/14, Report on Attendance at the Congress of the International Federation of League of Nations Societies in Madrid (18-24 Mai 1929).

[44]

ABIT, D/600/431/5, Lettre de William à Albert Thomas, 24 juin 1923.

[45]

ABIT, D 600/431/6, Lettre de Théodore Ruyssen à Albert Thomas, 10 juillet 1923.

[46]

Id.

[47]

Théodore Ruyssen, Les associations…, op. cit., p. 6.

[48]

Georges Scelle, L’Organisation internationale du travail et le BIT, Paris, Marcel Rivière, 1930.

[49]

Georges Scelle, « Témoignage de gratitude et d’affection », dans Société des Amis d’Albert Thomas, Albert Thomas vivant, études, témoignages, souvenirs, Genève, 1957, p. 295.

[50]

Henry de Jouvenel, « L’ère des préfaces diplomatiques », Revue de Paris, 15 octobre 1928, p. 734.

[51]

AN, Paris, 94 AP 408, Lettre d’Albert Thomas à Henry de Jouvenel, 29 octobre 1928.

[52]

ABIT, CAT 7/8, Lettre d’Alphonse Aulard à Raymond Poincaré, 25 janvier 1928.

[53]

ABIT, CAT 7-18, Lettre d’Albert Thomas à Alphonse Aulard, 2 février 1928.

Plan de l'article

  1. Le socialisme, la paix et la guerre
    1. L’influence des socialismes utopiques
    2. Sauver la paix par le dialogue avec l’Allemagne
    3. Au service de l’Union sacrée
  2. L’organisation de la paix future
    1. Wilson plutôt que Lénine
    2. Versailles ou « la victoire du droit » ?
    3. La paix internationale par la justice sociale
  3. Albert Thomas et le pacifisme « genevois »
    1. Albert Thomas et la création du mouvement français pour la SDN
    2. Le BIT et l’Union internationale des associations pour la SDN
    3. Un relais efficace des intérêts du BIT ?

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