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Les cahiers Irice

2011/2 (n°8)

  • Pages : 160
  • ISBN : 9771967271000
  • DOI : 10.3917/lci.008.0061
  • Éditeur : IRICE

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« Nombreux sont les opposants à la Société des nations en Allemagne » [1]  Archives de la SDN (ASDN), Genève, Collection Quidde,... [1] , constatait au début des années 1920 Hermann Kantorowicz, professeur de droit à l’université de Freiburg. Tenus à l’écart de la nouvelle organisation internationale depuis sa création en 1919, les Allemands la considéraient quasi unanimement comme la « Ligue des ennemis ». Elle n’était autre qu’« un instrument destiné à préserver les traités de paix […], [à] maintenir [l’Allemagne] à genoux et à prolonger la politique de guerre en temps de paix » [2]  Wolfgang Schwarz, « Germany and the League of Nations »,... [2] .

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Il fallut attendre le 10 septembre 1926, pour voir les Allemands entrer officiellement à la Société des nations, une entrée certes fort remarquée, sous les applaudissements des délégués de tous les États membres et sous le regard enthousiaste de la presse internationale et du public, massés dans les galeries de la salle de la Réformation où se tenait la VIIe assemblée générale ordinaire de la SDN. Beaucoup de contemporains voulaient alors voir dans cet événement la promesse d’une pacification durable des relations intereuropéennes :

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« Ce n’est pas la première fois qu’après une grande guerre, les peuples, hier ennemis, se rapprochent. L’histoire du monde est faite de réconciliations de cette sorte. Mais, jamais elles n’ont eu cette solennité, cette grandeur, ni présenté ces garanties de durée » [3]  William Martin, « La Séance », Journal de Genève, 11 septembre 1926,... [3] .

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écrivait alors le célèbre journaliste genevois, William Martin, pourtant réputé pour son objectivité et sa modération.

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Pour les Allemands, l’adhésion à la Société des nations, avec siège permanent au Conseil, semblait marquer l’aboutissement d’une politique extérieure, principalement portée par le ministre des Affaires étrangères Gustav Stresemann, visant à réintégrer l’Allemagne dans le concert des nations européennes. S’agissait-il pour autant d’une réelle conversion à l’idéal de Genève ?

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L’hostilité à la Société des nations demeurait encore vivace dans de nombreux secteurs de l’opinion publique et les autorités allemandes ne semblaient venir chercher à Genève que la satisfaction de leurs propres intérêts. C’est là un point sur lequel l’historiographie a beaucoup insisté. Christoph M. Kimmich, historien américain d’origine allemande, écrivait ainsi, en 1976, que les Allemands n’avaient vu la Société des nations qu’

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« à travers le prisme de leur lutte pour réviser le traité de Versailles et de leur combat pour parvenir à rétablir l’Allemagne dans son statut de grande puissance sur le continent européen. Les Allemands ne mesuraient leur intérêt pour la SDN qu’à l’aune des avantages tangibles que la SDN pouvait leur offrir » [4]  Christoph M. Kimmich, Germany and the League of Nations,... [4] .

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Aucun homme d’État allemand de Stresemann à Hitler n’aurait attaché de valeur à la Société des nations « pour les avantages et la protection qu’elle pouvait procurer à un pays défait et désarmé ; aucun ne vit en elle une nouvelle approche aux vieux problèmes de désordre international et d’insécurité » [5]  Ibid., p. VIII. [5] .

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Dans un ouvrage plus récent consacré à l’Allemagne et à la Société des nations de la fin de la Première Guerre mondiale à la demande d’adhésion de février 1926, l’historien allemand Joachim Wintzer démontre, lui aussi, que l’Allemagne a cherché à utiliser le « système de Genève » qui reposait sur les principes wilsoniens du droit et de la justice aux fins de modifier les conditions de paix sévères imposées à l’Allemagne par le système de Versailles [6]  Joachim Wintzer, Deutschland und der Völkerbund 1918-1926,... [6] .

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Notre contribution ne visera donc pas à discuter ces conclusions auxquelles nous souscrivons très largement, mais à mettre à la disposition du lecteur francophone quelques éléments d’analyse sur un sujet qui n’a que trop peu souvent retenu l’attention des historiens français [7]  Signalons toutefois la biographie de Christian Baechler,... [7] . Nous essaierons donc de penser le rapport des Allemands à la Société des nations dans sa complexité, en insistant d’abord sur la contribution allemande à l’idée de Société des nations, à une époque, celle de la Grande guerre et de l’immédiat après-guerre, où la perspective de création d’une telle organisation internationale soulevait en Allemagne de grands espoirs. Nous chercherons ensuite à expliquer les raisons de la défiance des Allemands à l’égard de la Société des nations créée par la Conférence de la paix, en nous intéressant notamment au cas de la Ligue allemande pour la Société des nations. Nous montrerons, enfin, comment la perspective de l’adhésion à la SDN s’est progressivement imposée aux dirigeants allemands et comment la candidature allemande provoqua en retour une grave crise de l’organisation genevoise.

Le temps de l’espoir (1914-1919)

Guerre mondiale et idée de paix durable

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« L’Allemagne s’est tournée relativement tard vers l’idée de Société des nations » [8]  Hans Wehberg, « Das deutsche Volk und der Völkerbund »,... [8] , admettait volontiers Hans Wehberg, l’un de ses plus actifs partisans à l’époque de la république de Weimar. Avant-guerre, en effet, l’Allemagne impériale s’était montrée tout à fait hostile au mouvement en faveur d’une organisation juridique de la société internationale. Elle s’opposa notamment au développement de la pratique de l’arbitrage international, auquel les Conférences internationales de la paix organisées à La Haye avaient pourtant conféré, au tournant du siècle, une reconnaissance internationale. La première conférence avait ainsi pu aboutir, en 1899, à l’adoption d’une convention pour le règlement pacifique des conflits internationaux qui codifiait l’arbitrage (facultatif) et créait une Cour permanente d’arbitrage siégeant à La Haye, tandis que la seconde conférence, en 1907, allait reconnaître officiellement le principe de l’arbitrage obligatoire et la possibilité de son application sans aucune restriction dans certains cas déterminés ; mais elle ne parvint pas à déboucher sur la conclusion d’un traité mondial d’arbitrage obligatoire, en raison particulièrement de l’hostilité de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie. Brockdorff-Randzau, le ministre allemand des Affaires étrangères, devait d’ailleurs reconnaître au lendemain de la défaite allemande, le 14 février 1919, la « responsabilité historique » [9]  Hans Wehberg, « Das deutsche Volk und der Völkerbund »…,... [9] portée par l’Allemagne en raison de son attitude lors de ces conférences de La Haye.

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Le mouvement pour la paix était donc isolé au sein de la société allemande d’avant-guerre. Bien qu’il existât une « Société allemande de la paix » (Deutsche Friedensgesellschaft) constituée à Berlin en 1892, avec à sa tête Ludwig Quidde et Alfred Hermann Fried, les pacifistes ne rencontraient généralement dans le pays qu’une « indifférence méprisante » [10]  James D. Shand, « Doves among the Eagles : German Pacifists... [10] .

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Si l’idée d’une société internationale juridiquement organisée n’était donc pas très populaire dans l’Allemagne de Guillaume II, il n’en reste pas moins que certains esprits se faisaient pourtant les promoteurs zélés de l’arbitrage international, tel Walther Schücking, un éminent professeur de droit international, qui analysait les conférences de La Haye comme la création implicite d’une confédération mondiale (Weltstaatenbund), pour laquelle il proposa une constitution en 13 points qu’il espérait voir adoptée par la troisième conférence de La Haye prévue pour 1915 [11]  Cf. Walther Schücking, Das Werk vom Haag, Erster Band :... [11] .

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Une fois la guerre déclenchée, et dans l’enthousiasme d’une probable victoire allemande, l’espoir d’un nouvel ordre juridique international inspira les déclarations et les projets d’un certain nombre d’organisations ou de personnalités. Ainsi la Deutsche Friedensgesellschaft appela de ses vœux une paix ouvrant la voie « à une union durable, pacifique et fondée sur le droit, entre les nations civilisées européennes » [12]  Tract de la Friedensgesellschaft du 15 août 1914, cité... [12] . Ernst Neukamp, conseiller à la Cour de Leipzig, publia, dans la perspective de la future conférence de paix, un plan de Société des nations reposant sur une union permanente des États européens, en incluant si possible les États extra-européens, prévoyant le règlement des litiges entre États membres par l’arbitrage, le boycottage économique de l’État qui refuserait d’admettre la sentence, voire même le recours à la force contre l’État récalcitrant [13]  Ernst Jäckh, « L’idée de Société des nations en Allemagne... [13] . De son côté, la pacifiste Anna B. Eckstein reprit durant les premiers mois de la guerre, son projet de 1907 concernant un « pacte de protection entre États en vue d’assurer la paix mondiale » (Staatenschutzvertrag zur Sicherung des Weltfriedens) qui fut publié en 1919.

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La censure militaire allait cependant rendre de plus en plus difficile la possibilité de discuter en Allemagne de la paix future. En raison de ses activités pacifistes, Walther Schücking fut bientôt considéré par les officiers allemands comme le plus grand « saligaud » (Schweinehund) du pays et c’est pourquoi il se vit interdire par le haut commandement militaire tout déplacement ou toute correspondance avec l’étranger, et toute expression d’un point de vue pacifiste [14]  James D. Shand, « Doves among the Eagles… », art. cit.,... [14] .

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De nouvelles organisations pacifistes apparurent néanmoins au cours de la guerre, tel l’Office central de droit international (Zentralstelle Völkerrecht) qui demanda, le 10 septembre 1916, dans une adresse au Reichstag, que ce dernier déclare que

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« La paix de demain doit, pour être une paix durable, poser les bases d’un nouveau droit international, par la création d’une organisation supranationale garantissant le règlement pacifique des litiges internationaux à venir par la voie régulière de la conciliation ou de la décision judiciaire […]. L’organisation supranationale du monde civilisé est en marche, en dépit ou plutôt à cause de cette guerre, la plus terrible de toutes. […] L’Allemagne ne doit pas et ne peut pas rester à l’écart, sans parler de s’opposer à des revendications auxquelles l’avenir manifestement appartient » [15]  Cité par Ernst Jäckh, art. cit., p. 400. [15] .

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Au moment où la question devenait de plus en plus débattue chez les Alliés, le chancelier Bethmann-Hollweg proclama formellement au Reichstag, le 9 novembre 1916, son adhésion à une politique favorable à la Société des nations : « L’Allemagne est prête, à toute heure, à adhérer à une Société des nations, et même à se mettre à la tête d’une Société des nations qui maintienne en respect les trouble-paix » [16]  Ibid., p. 406. [16] . Le Reichstag, par la voix des chefs de tous les partis exprima son approbation, sauf les conservateurs qui firent preuve de grandes réserves. Quelques jours plus tard, le 3 décembre, la Zentralstelle Völkerrecht se réjouit des déclarations du chancelier et se déclara convaincue que ce dernier, « dans la poursuite de ces buts, [était] assuré de l’adhésion de la grande majorité du peuple allemand » [17]  Déclaration de la Zentralstelle Völkerrecht du 3 décembre 1916,... [17] . En janvier 1917, le pacifiste Ludwig Quidde constatait pour sa part que « la conviction qu’il faut essayer d’assurer une paix durable sur une base pacifiste, a gagné, à la suite de la catastrophe mondiale, des milieux de plus en plus étendus » [18]  Adresse du professeur Quidde au Reichstag, citée dans... [18] .

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Mais c’est surtout durant la dernière année du conflit que l’idée de Société des nations se développa le plus largement en Allemagne.

Essor de l’idée de Société des nations en 1917-1918

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La raison en est d’abord qu’à partir de 1917-1918, les pacifistes bénéficièrent d’une plus grande tolérance dans certaines régions d’Allemagne, même si ce n’est qu’avec la formation du cabinet du prince Max de Bade, en octobre 1918, que furent définitivement levées toutes les interdictions qui pesaient sur eux [19]  James D. Shand, « Doves among the Eagles… », art. cit.,... [19] . Plus largement, c’est l’enthousiasme suscité par les discours du président américain Wilson, incarnation de l’espoir d’une paix équitable, qui permit à l’idée de Société des nations d’occuper en Allemagne une place nouvelle dans le débat public et ce, jusqu’au plus haut niveau de l’État : répondant le 24 janvier 1918 au fameux discours des 14 points de Wilson, le chancelier Hertling déclara :

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« Si l’idée de fédération des nations suggérée par le président Wilson apparaît à l’examen, et au fur et à mesure qu’elle se précisera, comme véritablement conçue dans l’esprit d’une parfaite justice envers tous et d’une parfaite impartialité, le gouvernement impérial se fera un plaisir, les autres questions en suspens une fois réglées, d’aborder l’examen de la base sur laquelle pourrait être instituée cette Société des nations » [20]  Ernst Jäckh, art. cit., p. 408. [20] .

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La question de la Société des nations fut, durant la dernière année du conflit, si fréquemment évoquée par la presse allemande que certains finirent par s’en inquiéter, à l’instar de Georg Bernhard Quiz qui estimait, à l’automne 1918, que « l’idée de Société des nations [courait] peu à peu le danger d’être discréditée par un excès de zèle » [21]  Georg Bernhard, « Staat und Völkerbund », Vossische... [21] . Ce débat fut notamment alimenté par une série d’ouvrages qui défendaient l’idée que l’Allemagne devait se faire après-guerre la championne de l’organisation de la communauté internationale sous la forme d’une Société des nations.

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Les juristes jouèrent un rôle de premier plan dans ce courant d’idées. En 1917, Franz von Liszt (1851-1919), professeur de droit pénal et de droit international à l’Université de Berlin, publia un essai intitulé De la confédération des États à la Société des nations [22]  Franz von Liszt, Vom Staatenverband zur Völkergemeinschaft :... [22]  ; en 1918, Albrecht Mendelssohn-Bartholdy (1874-1936), professeur de droit civil à l’Université de Würzburg, étudia La Société des nations comme groupement d’action [23]  Albrecht Mendelssohn Bartholdy, Der Völkerbund als... [23]  et le juriste Hugo Preuss (1860-1925), professeur à la Handelshochschule de Berlin, fit paraître un ouvrage intitulé Opposition nationale et communauté internationale [24]  Hugo Preuß, Nationaler Gegensatz und internationale... [24] .

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Mais cette littérature juridique fut surtout marquée par les écrits de Walther Schücking qui constituèrent l’une des plus importantes contributions de la pensée allemande à l’idée de Société des nations [25]  Il fut d’ailleurs membre de la délégation allemande... [25]  : la guerre ayant eu pour origine, selon lui, un défaut d’organisation juridique de l’Europe, l’absence d’une autorité internationale qui aurait pu se prononcer de manière impartiale sur le conflit austro-serbe, il réclamait pour l’après-guerre la réalisation d’une union pacifique mondiale sur la base d’une organisation internationale [26]  Ernst Jäckh, « L’idée de Société des nations en Allemagne… »,... [26] . Il publia ainsi en 1917-1918 deux recueils d’essais datant de la guerre et de la période précédente : La paix durable [27]  Walther Schücking, Der Dauerfriede : Kriegsaufsätze... [27]  et La Société des nations [28]  Id., Der Bund der Völker, Leipzig, Neue Geist, 1918,... [28] , ainsi que deux ouvrages sur L’Union pacifique mondiale (1917) [29]  Id., Der Weltfriedensbund und die Wiedergeburt des... [29]  et sur les Garanties juridiques internationales (1918) [30]  Id., Internationale Rechtsgarantien : Ausbau und Sicherung... [30] .

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La classe politique allemande fournit peu à peu de nombreux partisans de la Société des nations, parfois « des annexionnistes de la première heure et des wilsoniens de la douzième heure » [31]  Termes utilisés par L’Humanité, cités dans Jost Düllfer,... [31] . Ces hommes politiques allemands acquis à l’idée de communauté internationale juridiquement organisée se recrutaient notamment au sein de l’USPD (parti socialiste indépendant), certainement le plus wilsonien des partis allemands [32]  Ernst Fraenkel, « Idee und Realität des Völkerbundes... [32] , du parti libéral ou du Zentrum (centre catholique), ce dernier parti appelant à la mise en place d’un droit international chrétien, incluant l’arbitrage, la liberté des mers et la fin de l’esclavage ; les centristes allemands espéraient ainsi que l’adhésion de l’Allemagne à la Société des nations serait la confirmation par le reste du monde du rôle directeur de l’Allemagne dans les affaires mondiales [33]  Martin Mencke, « The German Center Party and the League... [33] .

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Le projet qui retint toutefois le plus l’attention à l’époque, et qui fut « de tous côtés l’objet de discussions approfondies » [34]  Ernst Jäckh, « L’idée de Société des nations en Allemagne… »,... [34] , fut incontestablement celui présenté, en septembre 1918, par Mathias Erzberger, député du Zentrum, dans son ouvrage La Société des nations, chemin vers la paix mondiale [35]  Matthias Erzberger, Der Völkerbund : Der Weg zum Weltfrieden,... [35] . Alors que ce dernier avait été au début de la guerre un soutien fidèle du gouvernement impérial, il s’était progressivement rendu compte que les Allemands auraient beaucoup de difficultés à gagner la guerre et il avait alors changé de logique, contribuant à faire adopter par le Reichstag, le 19 juillet 1917, une « résolution de paix » qui irrita beaucoup le haut commandement allemand. Celle-ci affirmait, en effet, le désir d’une paix d’entente et d’une réconciliation durable entre les peuples, donnait « vigoureusement son appui à la création d’organisations juridiques internationales » [36]  Ernst Jäckh, art. cit., p. 407. [36]  et remettait en cause la politique annexionniste pratiquée par le Reich, refusant par avance les acquisitions de territoires « imposées par la force » [37]  Nathalie Renoton-Beine, La Colombe et les tranchées - Les... [37]  . Dans son ouvrage paru en 1918, Erzberger proposait, dans le premier chapitre, un projet de constitution pour la future Société des nations en quarante articles : celle-ci serait établie à La Haye et formerait une « ligue permanente pour régler d’une manière pacifique tous les différends s’élevant entre les États » [38]  Projet de Société des nations de Mathias Erzberger,... [38]  par la pratique de l’arbitrage. S’agissant des sanctions, l’article 33 posait le principe d’une coercition internationale à destination des États s’étant soustraits à leurs obligations. En matière de désarmement, l’article 19 du projet stipulait que « les États associés dans la Société des nations s’engager[aient] éventuellement (sic) à réduire leurs forces armées terrestres, navales et aériennes, sur une base, dont le principe [serait] réservé pour être fixé par un accord spécial » [39]  Ibid., p. 340. [39] . Les aspects économiques de la paix n’étaient pas oubliés, les membres de la Ligue s’accordant mutuellement l'égalité économique des droits dans tous les territoires soumis à leur souveraineté (article 21) et la clause de la nation la plus favorisée (article 22).

La Société des nations comme remède à la défaite

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La perspective de la défaite de l’automne 1918 incita encore davantage les Allemands à voir dans la création d’une organisation internationale le moyen qui les préserverait le plus sûrement d’un sort trop cruel de la part des vainqueurs. Le 22 octobre 1918, le chancelier Max de Bade présenta ainsi au Reichstag « l’idée de la Société des nations comme une source de consolation et de force nouvelle » [40]  Propos cités dans Ernst Jäckh, « L’idée de Société... [40]  :

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« Si nous avons compris que le sens de cette terrible guerre a été avant tout la victoire l’idée du droit et si nous nous soumettons de bonne grâce à cette idée, non pas avec des réserves mentales mais avec une entière bonne volonté, nous y trouverons un remède aux blessures de l’heure présente (sic) et une tâche pour les forces de l’avenir » [41]  Id. [41] .

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Après l’abdication de l’empereur Guillaume II, le 9 novembre 1918, et une fois la défaite effective, l’idée de la Société des nations continua donc d’être discutée en Allemagne avec un grand enthousiasme. L’un des premiers actes de la Bavière, après la proclamation de la République, fut ainsi d’annoncer, au nom du Conseil des travailleurs, des soldats et des paysans, qu’« elle mettrait l’Allemagne en état d’entrer dans la Société des nations. L’Allemagne est libre. Notre République socialiste se joindra à la Société des nations comme la plus libre de toutes » [42]  Raymond Voize, « La conception allemande de la Société... [42] . La Gazette de Francfort admit de son côté, le 22 novembre 1918, dans un article significativement intitulé « Notre droit à la vie », que le Président Wilson était tout à fait fondé à regarder « l’ancienne Allemagne » comme un obstacle à une Société des nations, mais que la « nouvelle république allemande » voulait en devenir l’un de ses plus précieux alliés [43]  Ibid., p. 334. [43] .

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L’espoir du gouvernement allemand reposait donc désormais sur l’admission du pays à la Société des nations. Le 15 janvier 1919, le comte Brockdorff-Rantzau, ministre des Affaires étrangères, réclama

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« une politique de réconciliation […], une politique qui réalise une véritable […] Société des nations. Mais on nous demandera qui nous introduisons dans la Société. Alors nous devrons être capable de dire : “Nous introduisons un peuple uni qui veut la paix dans le monde et qui est désireux […] de figurer sur les listes de tous les progrès de l’humanité” » [44]  Graf Brockdorff-Rantzau, Dokumente und Gedanken um... [44] .

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C’est pourquoi le gouvernement allemand encouragea la création d’une Ligue allemande pour la Société des nations (Deutsche Liga für Völkerbund), fondée à Berlin le 17 décembre 1918 [45]  L’association fut financée au départ par 100 000 marks... [45] . Erzberger en assuma la présidence ; Walther Schücking, en était le vice-président, Ernst Jäckh le président gestionnaire et Walter Simons le secrétaire général. Cette Ligue regroupait toutefois des personnalités et des courants de pensée fort variés : un noyau de pacifistes et d’internationalistes côtoyait des politiciens plus ou moins tactiquement ralliés à l’idée de Société des nations. La composition politique du mouvement allait de la gauche aux libéraux du Deutsche Volkspartei (DVP) [46]  Joachim Wintzler, Deutschland und der Völkerbund…,... [46] . Friedrich Ebert, Philipp Scheidemann (SPD), Hugo Haase (USPD), tous trois membres du Conseil des délégués du peuple en faisaient partie, ainsi que d’autres hommes politiques du SPD, du Parti libéral, du Zentrum catholique, ou de l’USPD.

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S’agissant d’établir concrètement un projet allemand de Société des nations, c’est la Société allemande de droit des gens (Deutsche Gesellschaft für Völkerrecht) qui joua un rôle essentiel, élaborant un texte qui allait ensuite inspirer la position officielle de l’Allemagne. Achevé le 8 janvier 1919, au terme de quatre mois de travail en commissions, ce projet de constitution envisageait une Société des nations regroupant sept organes [47]  Voir Raymond Voize, « La conception allemande de la... [47]  : 1. Un congrès de la Société des nations c’est-à-dire l’assemblée des représentants des États membres, prenant ses décisions à la majorité des deux tiers ; 2. une commission de la Société des nations jouant le rôle d’exécutif et recevant ses instructions du Congrès ; 3.une cour permanente de justice internationale ; 4. une cour permanente d’arbitrage (qui pourrait être saisie des conflits politiques entre États) se référant aux conventions de La Haye ; 5. une commission d’exécution de neuf membres qui veillerait à ce que les règlements de la Ligue ne soient pas enfreints, ni menacés dans leur application et qui serait aussi un organe d’exécution des sentences ; 6. un office de conciliation de la Société des nations ; 7. des offices administratifs internationaux. S’agissant des sanctions militaires, la contrainte serait soit collective, soit confiée à l’État lésé, seul ou aidé de quelques autres (article 15). Le projet prévoyait également le désarmement (article 22), les dépenses militaires et navales ne devant pas dépasser 25 % de ce qu’elles étaient en 1909.

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Fin 1918-début 1919, les Allemands croyaient donc fermement à la possibilité d’une paix de compromis et à la création d’une Société des nations dans laquelle ils joueraient un rôle éminent.

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« Au cours des premiers mois de la paix les Allemands se cramponnèrent aux 14 points de Wilson comme on se cramponne à un radeau ; ils n’imaginèrent pas un instant que leurs vainqueurs puissent voir les choses différemment » [48]  Margaret MacMillan, Les artisans de la paix, Paris,... [48] .

Le temps de l’hostilité (1919-1924)

Les désillusions de la Conférence de la paix

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Le président Wilson considérait-il que les Allemands pourraient trouver leur place dans cette Société des nations qui, rappelons-le, devait constituer la clé de voûte du nouveau système international qu’il entendait promouvoir ? Sa position évolua sur ce point. Début 1918, sa vision universalisante de la Société des nations faisait bel et bien une place aux vainqueurs comme aux vaincus [49]  Klaus Schwabe, « Woodrow Wilson and Germany's Membership… »,... [49] , donc à l’Allemagne, dont il espérait la démocratisation prochaine. Mais avec l’offensive allemande du printemps 1918 et le soutien toujours indéfectible du peuple allemand à ses dirigeants, ses illusions commencèrent à se dissiper, pourtant il n’était pas encore décidé à renoncer à sa vision universaliste. Mais au lendemain de l’armistice, il changea définitivement d’avis : l’Allemagne se trouvant dans une situation chaotique, avec le risque d’une prise de pouvoir par les Bolcheviks, ne pouvait plus devenir membre fondateur de la Société des nations [50]  Ibid., p. 12. [50] . Par ailleurs, il était désormais bien conscient que, s’il désirait sauvegarder son programme de paix, il devait aussi tenir compte du point de vue de ses alliés – et notamment de la France – qui ne souhaitaient pas du tout l’adhésion de leur ancienne ennemie.

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La Conférence de la paix décida donc que l’Allemagne ne ferait pas partie des membres fondateurs de la Société des nations, qui ne devait d’abord comprendre que les Alliés et les pays qui étaient restés neutres durant la guerre. Les anciens ennemis seraient invités plus tard à adhérer, quand ils auraient fait la preuve de leur fonctionnement démocratique et de leur respect des obligations internationales fixées par les traités de paix.

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Les Allemands connurent donc une brutale désillusion quand les Alliés leur firent savoir, le 7 mai 1919, les conditions de la paix. Aussi, dès le 9 mai, Ulrich von Brockdorff-Rantzau, ministre allemand des Affaires étrangères et chef de la délégation allemande à Versailles, réagit en adressant à la Conférence de la paix une note présentant le programme allemand en matière de Société des nations : celui-ci soulignait la contradiction qui frappait une Allemagne ne pouvant rejoindre une organisation dont le Pacte se trouvait en tête du traité de paix qu’elle devait signer. Le texte allemand comprenait également un certain nombre de suggestions quant au projet allié. Ce programme allemand en matière de Société des nations avait été élaboré par Walter Simons, directeur de la section juridique au ministère des Affaires étrangères, ainsi que par son collaborateur Friedrich Gauss et par le professeur Walther Schücking. La Société des nations devait naturellement comprendre tous les anciens belligérants. Elle serait composée d’un congrès des États, se réunissant au moins une fois tous les trois ans et dont les résolutions seraient votées à la majorité des 2/3 ; d’un Parlement international composé de représentants des Parlements des États membres, dont l’accord serait requis en matière constitutionnelle ou budgétaire notamment ; d’un Tribunal international permanent qui serait l’organe ordinaire pour les conflits juridiques entre États ; d’un office de médiation internationale ; de bureaux administratifs internationaux ; d’une chancellerie de la Société des nations qui formerait le secrétariat commun de tous les organes de la Société des nations. Le document allemand insistait également sur le désarmement, la liberté de circulation sur les mers (avec la création d’une police maritime internationale qui aurait le monopole des bâtiments armés) et dans les airs, la liberté de commerce, la protection des minorités nationales [51]  ASDN, R 1568, « Vorschläge der deutschen Regierung... [51] . On le voit, ces propositions étaient influencées par le projet de la Deutsche Gesellschaft für Völkerrecht mentionné plus haut, auquel W. Simons et W. Schücking avaient collaboré à l’automne 1918.

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Le 21 mai, les Alliés répondirent au projet allemand par une fin de non-recevoir, déclarant que « les propositions du Pacte [étaient] beaucoup plus pratiques que celles du gouvernement allemand, et plus appropriées pour assurer les buts de la Ligue » [52]  ASDN, R 1568, Bristish Empire Delegation, German attitude... [52] . Ils doutaient particulièrement de l’efficacité d’un bureau séparé de médiation internationale chargé de régler les litiges, qui était la fonction dévolue au Conseil. Ils déclaraient, en outre, que l’arbitrage obligatoire n’était pas praticable à l’heure actuelle, mais se réjouissaient néanmoins du fait que le gouvernement allemand se montrât favorable au désarmement.

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Les Allemands communiquèrent finalement, le 29 mai, une contreproposition officielle qui demandait notamment l’admission immédiate de l’Allemagne au sein du conseil exécutif de la Société des nations aussitôt qu’elle aurait rempli les dispositions du traité en matière de désarmement immédiat, une date limite de trois mois ayant été fixée. Mais les vainqueurs n’étaient pas disposés à accéder aux revendications allemandes. Dans la lettre que Clemenceau rédigea, le 16 juin 1919, en tant que président de la Conférence de la paix et qui accompagnait la réponse des Alliés aux contre-propositions allemandes, il se contenta d’indiquer que

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« si le peuple allemand démontr[ait] par des actes son intention de satisfaire aux conditions de la paix, son renoncement pour toujours à la politique agressive qui lui [avait] aliéné le reste du monde et qui [avait] été la cause de la guerre […] alors il ser[ait] possible de compléter dans un avenir non éloigné la Société des nations en y admettant l’Allemagne » [53]  Pierre Gerbet (dir.), Le rêve d’un ordre mondial de... [53] .

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L’Allemagne devait donc d’abord se plier aux dispositions du traité de Versailles, qu’elle n’avait pas négociées et qu’elle tenait pour un véritable Diktat, pour entrer dans la Société des nations.

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L’Allemagne tenue à l’écart de la nouvelle organisation internationale allait sombrer dans une « réaction sous forme de scepticisme en face de l’injustice d’une telle Société des nations ; ce fut alors la période de doute et de défiance, voire d’hostilité […] » [54]  Ernst Jäckh, « L’idée de Société des nations en Allemagne… »,... [54] .

La défiance des Allemands à l’égard de la SDN

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La population allemande comprit d’autant moins l’ostracisme qui lui était imposé qu’un certain nombre d’autres vaincus allaient rapidement être admis à Société des nations (l’Autriche et la Bulgarie dès décembre 1920, la Hongrie en septembre 1922). C’est pourquoi, l’organisation genevoise n’allait plus incarner à ses yeux que le détestable ordre versaillais qu’elle haïssait, « les monstruosités des négociations de la paix » suscitant une « consciente aversion » contre la nouvelle institution internationale qui en était issue et dans laquelle les Allemands avaient « d’abord placé tant d’espoir » [55]  ASDN, R1572, Maximilian Müller-Jabusch, « Herr Durmmond... [55] . Au printemps de 1922, un représentant du Secrétariat de la SDN en visite en Allemagne pouvait lui-même constater l’« attitude hostile de la population due à une confusion dans l’esprit populaire entre la Société des nations et le Conseil suprême ». Il mettait également l’accent sur le rôle des femmes et de leur « attitude hostile » car « depuis la guerre, les femmes allemandes sont devenues très nationalistes et tous les mouvements internationaux n’ont que très peu de soutien de leur part » [56]  ASDN, R1338, Secrétariat de la Société des nations,... [56] .

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Loin d’apparaître comme une organisation universelle, la Société des nations faisait en réalité figure, pour les Allemands, de Société des vainqueurs, d’« Union particulière de l’Entente pour la protection des acquis de la guerre » [57]  Propos cités dans Jost Düllfer, « De l’internationalisme... [57] , selon la formule de l’économiste Moritz Julius Bonn qui exprimait par là une idée fort répandue en Allemagne, même chez ceux qui, comme lui, étaient engagés dans le mouvement allemand de soutien à la Société des nations. De son côté, l’historien Otto Becker ne considérait pas davantage la SDN comme un instrument destiné à « établir des relations entre les nations basées sur le droit et la justice », mais plutôt à « défendre les injustices de la paix de Versailles ; ce n’est pas un instrument destiné à réconcilier les nations, mais plutôt pour supprimer certaines nations – notre grande nation avant tout ! » [58]  Propos cités dans Wolfram von Scheliha, « Review of... [58] .

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Ce sentiment était surtout conforté dans l’esprit des Allemands par le fait que les négociateurs de la paix avaient confié à la Société des nations l’administration de territoires qui appartenaient jadis à l’Allemagne. Sans parler des colonies d’Afrique et du Pacifique dont la tutelle avait été attribuée, sous forme de mandats, à la France, à la Grande-Bretagne, à l’Australie, à la Nouvelle-Zélande ou au Japon, l’organisation genevoise avait, en effet, reçu la charge d’administrer la Sarre pendant quinze années, par le biais d’une commission de cinq membres (un Français, un Sarrois, trois ressortissants de pays autres que la France et l’Allemagne) [59]  En 1922, le Conseil de la SDN avait toutefois approuvé... [59]  ; elle avait également à veiller au statut de Dantzig, érigée en ville libre dotée d’organes politiques autonomes et d’une Constitution propre [60]  Un haut commissaire de la SDN était chargé de superviser... [60] .

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L’affaire de la Haute-Silésie, région minière contestée entre l’Allemagne et la Pologne, détériora encore davantage l’image de la Société des nations auprès de l’opinion allemande. En effet, à la suite d’une décision du Conseil de la Société des nations, le partage de ce territoire en mai 1922 attribua à la Pologne – donc au détriment de l’Allemagne – la partie économiquement la plus importante de la région, c’est-à-dire la plupart des mines, soit 82 % de la production de charbon, la presque totalité de la production du minerai de fer et 80 % de la production de zinc [61]  Frédéric Dessberg, « Enjeux et rivalités politiques... [61] . Ce partage acheva de discréditer la Société des nations aux yeux des Allemands et ne manqua pas d’accroître les « dispositions peu bienveillantes » des milieux officiels allemands [62]  ASDN, R 1572, Pierre Comert, Note sur une conversation... [62]  à son égard. Au sein du ministère des Affaires étrangères allemand, Bernhard von Bülow faisait alors valoir qu’il était préférable pour l’Allemagne de rester en dehors de la SDN parce que son entrée ne bénéficierait qu’à la SDN et qu’elle restreindrait la liberté d’action de l’Allemagne et entraverait sa politique révisionniste [63]  Christoph N. Kimmich, Germany and the League of Nations… »,... [63] .

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Les partis politiques firent également preuve d’une grande méfiance à l’égard de la SDN et prirent leur distance à l’égard de l’organisation de Genève au nom de la SDN idéale qu’ils avaient rêvée en 1918-1919. Certaines formations se rallièrent néanmoins progressivement à l’idée de rejoindre la Société des nations, mais posaient des conditions. Le Parti du centre catholique demandait que l’Allemagne n’entre à la Société des nations qu’après la révision du traité de Versailles et particulièrement la révocation de la clause concernant la culpabilité de l’Allemagne dans le déclenchement de la guerre [64]  Martin Mencke, « The German Center Party and the League... [64] . Au sein du Parti démocrate (DDP) beaucoup soutenaient que l’entrée de l’Allemagne à la SDN ne pouvait se faire qu’après une révision de la jeune organisation internationale ; à partir de 1922 toutefois, le parti se prononça en faveur d’une participation à la SDN – une attitude qui à cette époque, ne correspondait pas à la ligne gouvernementale. Au sein du SPD également, une évolution similaire se fit jour, son congrès de 1922 se ralliant à l’idée de l’entrée de l’Allemagne à la Société des nations, mais avec « un statut adéquat ». En revanche, le Parti populaire allemand (DVP) de Gustav Stresemann se montrait à cette époque hostile à l’adhésion, comme d’ailleurs le Parti national populaire allemand (DNVP) dont le président qualifiait la SDN de « tyran qui nous a réduit en esclavage, veut nous tenir sous son joug et y parviendra » [65]  Jost Düllfer, « De l’internationalisme à l’expansionnisme… »,... [65] .

La Deutsche Liga et la question de l’adhésion

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De son côté, la Ligue allemande pour la Société des nations (Deutsche Liga für Völkerbund) était à l’unisson de l’opinion allemande en déclarant que « son but le plus important et le plus immédiat [était] la révision de la paix de Versailles » [66]  ASDN, Collection Quidde, Box 130, « Wie arbeitet die... [66] . Elle ne dissimula pas non plus, dès le départ, les critiques fondamentales que lui inspirait la Société des nations de Genève ne voyant « nullement dans cette création la réalisation des buts qu’elle recherche » [67]  ASDN, R1572, Mitteilungen der Deutschen Liga für Völkerbund,... [67] . Certes, grâce au traité de paix,

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« pour la première fois dans l’histoire de l’humanité [était devenue] une réalité politique, ce que le philosophe de Königsberg Emmanuel Kant [avait] forgé comme un concept allemand et érigé comme idéal humain. Cependant pas une véritable Société des nations, de peuples semblables et égaux en droits » [68]  ASDN, Collection Quidde, Box 130, Deutsche Liga für... [68] .

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La Société des nations existante n’était donc pas

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« un super-gouvernement, tel qu’elle [aurait dû] l’être et qu’elle [serait] peut-être un jour. Elle [était] simplement une assemblée de diplomates agissant sur les instructions de leurs gouvernements respectifs, une sorte de miroir dans lequel l’esprit actuel du monde se reflète » [69]  Comte von Bernstorff, « Germany and the League », Foreign... [69] .

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Du coup, le président de la Deutsche Liga depuis 1920, le comte Heinrich Bernstorff, était bien d’accord pour dire que les premières actions de l’organisation genevoise avaient « fait perdre aux Allemands la confiance dans son impartialité » [70]  Ibid. [70] .

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L’hostilité entourant la Société des nations rendait difficile l’existence quotidienne de la Deutsche Liga, dont les effectifs se situaient autour de deux mille membres [71]  Jost Düllfer, « De l’internationalisme à l’expansionnisme… »,... [71] . Selon les informations recueillies au printemps 1922 par un membre de la section d’Information du secrétariat de la SDN, l’association vivait bien modestement, ses ressources provenant uniquement des 50000 marks que lui attribuait le gouvernement allemand, une somme facilement votée par le Reichstag en raison des appuis que possédait la Liga au sein des parlementaires du Zentrum. L’essentiel de ces sommes couvrait principalement le paiement des salaires des employés de la Liga, et seule une faible partie était réellement consacrée à la propagande pour la Société des nations [72]  ASDB, R1338, Secrétariat de la Société des nations,... [72] .

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C’est pourquoi la Ligue dut rationaliser ses efforts et se concentrer prioritairement sur la question de l’entrée de l’Allemagne à la Société des nations. En soutenant l’idée de la participation de l’Allemagne aux travaux de Genève, l’association défendait une position en contradiction apparente avec la politique officielle de l’Allemagne. En réalité, les autorités allemandes y trouvaient leur intérêt : à la fin de l’année 1920, le ministre des Affaires étrangères, Walter Simons, avait précisément déclaré qu’il était dans la nature de la Liga de

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« suivre une autre politique que celle du gouvernement et [d’] œuvrer plus activement pour l’admission de 1’Allemagne à la SDN, sinon elle n’aurait aucune raison d’être. Nous ne voulons pas rester à l’écart, mais laisser la SDN venir doucement à nous » [73]  Jost Düllfer, « De l’internationalisme à l’expansionnisme… »,... [73] .

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De ce point de vue, la Liga fit fonction d’avant-garde ; dès juin 1921 elle obtint son intégration, « sans débats et comme par acclamation » [74]  Alphonse Aulard, « Pour la Société des nations, le... [74] , au sein de l’Union internationale des associations pour la Société des nations (UIASDN), en raison notamment de l’appui de certains militants français qui en avaient une excellente opinion, estimant qu’elle comptait parmi ses membres « des pacifistes sincères et sérieux » et qu’elle avait jusqu’ici « travaillé avec zèle » [75]  Ibid. [75] . Les militants allemands pour la SDN trouvèrent alors dans l’Union internationale une tribune de choix pour défendre le point de vue de leur pays et ils y firent d’ailleurs l’objet de nombreux égards, comme en témoigne la nomination du comte Johann Heinrich Bernstorff à la vice-présidence du mouvement international pour la SDN dès 1923.

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L’Union s’était d’ailleurs prononcée précocement en faveur de l’adhésion officielle de l’Allemagne à la Société des nations. Dès 1920, son congrès de Milan avait émis le vœu que soient admis

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« le plus tôt possible dans la Société des nations tous les États, sans en excepter aucun, désireux d’y adhérer et en mesure de fournir les garanties spécifiées par l’article premier du Pacte » [76]  Ibid. [76] .

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L’idée était, ainsi que l’exprimait l’un des leaders français du mouvement pour la SDN, l’historien Alphonse Aulard, qu’en faisant entrer l’ex-ennemie à Genève, on favoriserait en Allemagne « les esprits démocratiques, à tendances modernes » et on fortifierait chez elle « l’esprit démocratique, l’esprit de concorde et de paix » [77]  Discours d’Alphonse Aulard prononcé au cours du banquet... [77] . En 1921, l’assemblée annuelle de l’Union émit le vœu, à l’initiative de la délégation italienne, que « l’Allemagne soit admise le plus tôt possible dans la Société des nations » [78]  Alphonse Aulard, « Pour la Société des nations… »,... [78] .

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Du côté allemand, les autorités gouvernementales n’étaient pourtant pas encore prêtes à franchir le pas. C’est l’affaire de la Ruhr en 1923 et l’occupation franco-belge, qui allait faire prendre davantage conscience aux Allemands que leur patrie ne pouvait plus rester isolée et qu’elle devait être réintégrée dans la communauté des États européens.

Le temps du rapprochement (1924-1926)

La détente européenne et la question de l’admission de l’Allemagne

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À l’été 1923, envoyée en Allemagne par le secrétariat de la Société des nations, la princesse Radziwill crut pouvoir noter d’heureuses évolutions outre-Rhin : « La conviction que c’est encore dans la Société des nations que l’Allemagne a le plus de chances de reprendre sa place dans le concert des grandes puissances gagne de plus en plus de terrain » [79]  ASDN, R 1448, Gabrielle Radziwill, Note sur l’Allemagne... [79] . L’idée d’une entrée de l’Allemagne à la Société des nations commençait à être plus facilement admise au sein de la classe politique : « À l’exception de l’extrême droite et de l’extrême gauche tous les partis politiques sont, si pas tous pour l’entrée de l’Allemagne, du moins pas tous contre » [80]  Ibid. [80] .

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Et il exista d’ailleurs, dès cette époque, des contacts suivis entre les Allemands et les Britanniques sur la question de l’admission de l’Allemagne à la SDN. Mais l’opinion publique allemande restait encore majoritairement hostile à l’égard de l’œuvre de Genève. Le président de la Ligue allemande pour la Société des nations, le comte von Bernstorff confiait aux lecteurs de Foreign Affairs, en mars 1924, qu’

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« il n’y [avait] réellement aucune raison pour laquelle le gouvernement allemand ne [devait] pas faire acte de candidature à la Société des nations, excepté le fait que cette démarche serait d’abord très impopulaire en Allemagne » [81]  Comte von Bernstorff, « Germany and the League », art.... [81]  !…

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Pourtant, avec l’adoption du plan Dawes et la détente des relations en Europe qu’elle entraîna, la question de l’entrée de l’Allemagne dans les instances genevoises allait désormais être publiquement posée. C’est au début de septembre 1924, devant la Ve Assemblée générale de la SDN, que le Premier ministre britannique, MacDonald, devait se prononcer officiellement en faveur de l’entrée de l’Allemagne à la SDN. Mais cette proposition fut reçue assez tièdement par le président du Conseil français, Édouard Herriot, qui fit valoir que l’Allemagne devait auparavant se soumettre à toutes ses obligations internationales.

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Dans les jours suivants, l’Allemagne se montra pourtant favorable à l’idée de son adhésion à la SDN et, le 23 septembre 1924, le Conseil des ministres du Reich, décida à l’unanimité que le gouvernement allemand devait chercher à obtenir cette entrée le plus rapidement possible. Mais avant toute candidature officielle, l’Allemagne souhaitait s’assurer, auprès des membres du Conseil de la SDN, qu’elle entrerait à Genève avec le statut de grande puissance égale en droits. Dans un mémorandum, approuvé le 25 septembre par le Cabinet du Reich [82]  Ce mémorandum a été rédigé par Stresemann, le ministre... [82] , le gouvernement allemand dirigé par le chancelier Marx, avec Gustav Stresemann aux Affaires étrangères, indiquait donc qu’il croyait désormais « possible une collaboration féconde de l’Allemagne au sein de la Société des nations » et qu’il était décidé à « poursuivre l’entrée immédiate de l’Allemagne dans la Société des nations » [83]  ASDN, R 1448, mémorandum du gouvernement allemand,... [83] , mais celle-ci était assortie de conditions, destinées principalement à contenter la droite nationaliste [84]  Dans une lettre, Stresemann écrit : « Je puis […] vous... [84]  toujours hostile à une institution qui restait le symbole de la défaite et l’instrument du maintien du statu quo territorial :

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  • l’Allemagne réclamait d’abord un siège permanent au Conseil dès son entrée à la SDN ;

  • elle exprimait ensuite ses réserves à l’égard des obligations de l’article 16 [85]  L’article 16 précise notamment : « Les membres de la... [85]  du Pacte et sa participation à l’exécution de sanctions de la SDN, se présentant comme une nation désarmée, entourée de voisins fortement armés, qui ne pouvait de ce fait renoncer d’avance à sa neutralité ;

  • elle affirmait que sa ferme intention d’observer ses engagements internationaux, selon l’article 1er du Pacte [86]  « Tout État […] peut devenir membre de la Société […]... [86] , ne devait pas valoir reconnaissance implicite de la culpabilité morale du peuple allemand dans le déclenchement de la guerre ;

  • elle demandait, enfin, à pouvoir, en temps voulu, participer activement au système des mandats.

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Toutefois, en raison du retour au pouvoir des conservateurs en Grande-Bretagne, en novembre 1924, la question de l’adhésion allemande allait perdre de son actualité, mais elle ressurgit quelques mois plus tard, à l’occasion du mémorandum allemand, remis le 9 février 1925 aux chefs du gouvernement français et britannique, et qui leur proposait la négociation d’un pacte de sécurité à l’Ouest. Les Alliés firent alors de l’entrée de l’Allemagne à la Société des nations une condition préalable : « Un accord ne pourrait être réalisé sans que l’Allemagne de son côté assume les obligations et jouisse des droits prévus par la Société des nations », écrivit le ministre français des Affaires étrangères, Aristide Briand, à son homologue Austen Chamberlain, le 12 mai 1925. « Cet accord ne peut donc se concevoir que si l’Allemagne entrait elle-même dans la Société des nations » [87]  Cité dans Bernard Oudin, Aristide Briand. La paix :... [87] . De son côté, l’Allemagne considérait que son entrée à la SDN n’était pas « une condition nécessaire pour la réalisation des idées fondamentales de son mémorandum », mais elle voulait bien s’incliner devant la volonté des alliés, tout en déclarant que cette question de l’adhésion avait « encore besoin d’être soigneusement éclaircie », notamment s’agissant des obligations qu’elle aurait à assumer en vertu de l’article 16 du Pacte [88]  Note remise, le 20 juillet 1925, à Aristide Briand,... [88] . L’Allemagne avait pourtant déjà reçu des apaisements sur ce point, le Conseil de la Société des nations lui ayant fait savoir, dès le 13 mars 1925, que chaque membre décidait dans quelle mesure il était en état de participer aux actions militaires décidées par le Conseil.

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En octobre 1925, la conférence de Locarno, au cours de laquelle fut notamment adopté le « pacte rhénan » par lequel l’Allemagne reconnaissait volontairement ses frontières occidentales, donna également satisfaction aux exigences allemandes en matière de SDN, car celle-ci se voyait promettre un siège permanent au Conseil et obtenait le droit moral de ne pas appliquer les sanctions de l’article 16 du Pacte, grâce à l’annexe F des accords de Locarno, qui reconnaissait que

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« chacun des États membres est tenu de collaborer loyalement et efficacement pour faire respecter le pacte et pour s’opposer à tout acte d’agression, dans une mesure qui soit compatible avec sa situation militaire, et qui tienne compte de sa position géographique » [89]  Ibid., p. 36. [89] .

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De ce fait, les grands partis politiques allemands, des sociaux-démocrates (SPD) à l’aile la plus modérée du Parti allemand populaire national (DNVP), allaient tempérer leurs critiques à l’égard de la politique étrangère menée par Gustav Stresemann et se rallier à l’idée de l’adhésion à la SDN. Mais la majorité de la DNVP exigeait encore que l’on repoussât la candidature de l’Allemagne à la Société des nations jusqu’à ce que la politique de Locarno ait donné des résultats plus tangibles, comme la réduction des troupes d’occupation en Rhénanie, l’évacuation anticipée des deux dernières zones rhénanes ou l’avancement du plébiscite en Sarre [90]  Christian Baechler, Gustave Stresemann (1878-1929)…,... [90] . C’est pourquoi elle déposa, le 28 janvier 1926, une motion pour retarder l’entrée de l’Allemagne dans la SDN. Mais celle-ci fut repoussée par le Reichstag et le 3 février, la Commission des Affaires étrangères autorisait le gouvernement allemand, par 18 voix contre 6, à demander l’admission du Reich dans la Société des nations.

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Le même jour, le président Hindenburg continuait pourtant d’exprimer au chancelier Luther ses réserves à l’égard de l’entrée de l’Allemagne à la Société des nations, lui demandant d’obtenir préalablement des déclarations sur la réduction des troupes d’occupation, l’évacuation anticipée des deux dernières zones rhénanes et de la Sarre, ou encore un complément pour l’interprétation sans équivoque de l’article 16 [91]  Ibid., p. 665. [91] .

Candidature allemande et crise de la SDN

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Malgré ces résistances de la droite nationaliste, le gouvernement allemand choisit, le 8 février 1926, de faire officiellement acte de candidature à la Société des nations et cette demande fut aussitôt transmise au consul allemand de Genève, qui la remit au secrétaire général de la SDN, Eric Drummond, le 10 février. Pour le chancelier Luther, il s’agissait désormais d’

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« animer toutes les forces allemandes pour travailler, au sein de la SDN, au bien de l’Allemagne et au bien de l’humanité. […] Si nous voulons tirer tout le parti possible des possibilités qui nous sont par là offertes, il faut que nos représentants à la SDN aient derrière eux toute l’Allemagne. Rien ne sert de bouder ! » [92]  « Discours prononcé à Hambourg, le 12 février 1926,... [92] .

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L’adhésion allemande allait néanmoins se révéler un processus beaucoup plus difficile que prévu. Car l’annonce de la candidature de l’Allemagne, avec la garantie d’un siège permanent au Conseil, provoqua une véritable crise au sein de la Société des nations, révélant des tensions qui couvaient depuis plusieurs années concernant la composition du Conseil. La Pologne qui avait, en effet, été vainement candidate à un siège temporaire au Conseil, en 1923 et en 1924, revendiqua dès lors un siège permanent, faisant valoir que tous les signataires des accords de Locarno étaient membres du Conseil sauf elle ; si elle n’obtenait pas maintenant le siège désiré, elle ne l’obtiendrait jamais, car l’Allemagne, une fois entrée au Conseil, opposerait certainement son veto. Aristide Briand se montrait d’ailleurs favorable aux revendications polonaises. Mais ces revendications ressuscitèrent, à leur tour, les ambitions de trois autres pays, membres non-permanents du Conseil, l’Espagne, le Brésil, et la Chine.

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Or, l’Allemagne ne souhaitait nullement que son entrée à la SDN s’accompagnât d’un quelconque remaniement du Conseil, et encore moins de l’octroi d’un siège permanent à la Pologne, qui consoliderait ainsi sa position internationale et rendrait presque impossible la révision des frontières de l’Est que les Allemands espéraient obtenir à Genève. Elle considéra donc

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« que l’admission de la Pologne au Conseil sur le même pied que le Reich constituerait un procédé déloyal de la part des Puissances représentées à Locarno. Le gouvernement allemand avait toujours compris qu’il entrerait au Conseil tel qu’il était constitué au moment où la promesse avait été reçue. Cette indignation n’était pas feinte, car de même que la Pologne pouvait appréhender de voir l’Allemagne entrer au Conseil, de même l’Allemagne pouvait être ulcérée d’y voir entrer subrepticement une Pologne hostile » [93]  Scelle, « Bilan de la VIIe Assemblée de la Société... [93] .

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L’Allemagne fit donc savoir qu’elle ne maintiendrait sa candidature à la SDN que si elle obtenait l’engagement du Conseil qu’aucune autre puissance ne recevrait de siège permanent.

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La session extraordinaire de la SDN, du 7 au 17 mars 1926, convoquée dans le but unique de faire entrer l’Allemagne à la SDN, aboutit alors à une impasse. La Suède, membre non-permanent, proposa bien de démissionner de son siège en faveur de la Pologne ; la Tchécoslovaquie se déclara également prête au même sacrifice, au profit d’un neutre ou d’un autre membre de la Petite Entente, notamment la Roumanie. Mais le Brésil opposa nettement son veto à l’admission de l’Allemagne s’il n’obtenait pas, lui aussi, son siège permanent. L’Assemblée n’avait plus qu’à enregistrer cette faillite et l’admission de l’Allemagne était ajournée.

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Le 17 mars, Stresemann déclara aux représentants de la presse étrangère que les Allemands n’étaient « nullement responsables de l’insuccès de la SDN. […] La délégation allemande a fait jusqu’au dernier moment ses efforts pour que l’accord se réalisât » [94]  Les Papiers de Stresemann, Paris, Plon, 1932, tome... [94]  . Et de souligner que l’idée de SDN avait subi une forte atteinte en Allemagne,

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« où l’attente du résultat que nous escomptions à Genève avait fait cesser l’hostilité contre la SDN et avait supprimé de graves objections contre la politique de Locarno. On comprendra difficilement en Allemagne que l’idée genevoise d’universalité, au moins partiellement réalisée, se soit effacée devant les intérêts particuliers relativement peu importants » [95]  Ibid. [95] .

82

De fait, l’opinion allemande semblait surtout rendre la France et la Grande-Bretagne responsables de l’échec de la candidature de leur pays.

83

« Dans l’esprit des Allemands […] l’extraordinaire session de mars doit son insuccès à la politique “en diagonale” de la diplomatie française, [écrivit le correspond de L’Europe Nouvelle à Berlin]. On reproche ici au Quai d’Orsay, tout en reconnaissant la fidélité de celui-ci à une politique locarnienne d’apaisement européen, de ne pas se dégager nettement des méthodes de l’ancienne diplomatie, et surtout de ne pas abandonner nettement la politique d’alliances, d’ententes et de contre-assurances militaires avec les Slaves » [96]  Camille Loutre, « L’Allemagne après la session extraordinaire... [96] .

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Dans le Berliner Tageblatt, Anton Erkelenz, le président du Parti démocrate, déclarait que « ce qui s’est effondré à Genève, ce ne sont pas les tendances nouvelles, ce sont les anciennes méthodes, c’est la tentative de conserver l’ancienne politique de force dans le cadre des nouveaux accords » [97]  Ibid. [97] . Dans les milieux nationalistes, on se réjouissait au contraire de cet échec : le Tag écrivait ainsi que

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« de nombreux milieux en Allemagne […] remercient […] de tout cœur le Brésil d’avoir, par la ténacité conséquente de son veto, empêché l’Allemagne d’entrer dans la SDN dans des conditions humiliantes telles qu’une mise au même rang que la Pologne » [98]  Ibid., p. 395. [98] .

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Et la DNVP ne manqua pas de déposer au Reichstag une motion invitant le gouvernement à retirer sa demande d’adhésion à la SDN.

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Néanmoins, le 22 mars 1926, le ministre allemand des Affaires étrangères, Gustav Stresemann, réaffirma devant le Reichstag que la volonté de l’Allemagne restait de se faire admettre à la Société des nations,

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« sur le pied d’égalité, pour y défendre les intérêts de l’Allemagne dans une concurrence pacifique avec les autres peuples. Car nous devons tout essayer pour que notre situation, qui est intolérable, devienne supportable. […] nous sommes sur la bonne route ; notre but est un but allemand ; nous le poursuivrons en dépit des résistances et malgré les reculs momentanés » [99]  Les Papiers de Stresemann…, op. cit., t. II, p. 41... [99] .

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Et le gouvernement obtint sur cette ligne la confiance du Reichstag par 262 voix contre 139.

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Quelques mois plus tard, la question de l’admission de l’Allemagne à la SDN pouvait enfin connaître un dénouement heureux. Grâce aux travaux d’une commission d’étude, que l’Assemblée extraordinaire de mars avait décidé de créer et qui se réunit du 10 au 17 mai 1926, puis du 30 août au 3 septembre, on put aboutir à une proposition d’élargissement du Conseil qui fut ensuite adoptée à l’unanimité par la VIIe Assemblée de la SDN, le 8 septembre 1926, mettant un terme à six mois d’une crise dont l’institution se serait volontiers passée. La réforme reposait sur la création d’un nouveau siège permanent au Conseil et le passage de six à neuf du nombre de sièges non permanents, qui seraient renouvelés par tiers tous les ans. Trois des membres non-permanents pourraient être déclarés rééligibles par l’Assemblée à une majorité des deux tiers. Cette réforme du Conseil ainsi que l’admission de l’Allemagne firent que la Pologne put ainsi entrer au Conseil et y siéger jusqu’en 1935.

L’entrée des Allemands à Genève

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Le 8 septembre 1926, l’Assemblée de la SDN votait à l’unanimité l’admission de l’Allemagne et les Allemands firent leur entrée officielle à Genève le 10 septembre 1926. Ce matin-là, après l’ouverture de la séance par le président de l’Assemblée, le Serbe Momtchilo Nintchitch, Gustav Stresemann, chef de la délégation allemande, suivi de Carl von Schubert et de Friedrich Gaus, fendit la foule pour rejoindre la tribune, alors que « les délégués, debout, l’applaudi[ssaient], soulevés d’une frénésie dépassant les délires qui avaient accueilli le Protocole et les accords de Locarno » [100]  Louise Weiss, Mémoires d’une Européenne, Paris, Payot,... [100] . Toutefois, selon un autre témoin de la scène, le délégué français Henry de Jouvenel, Stresemann n’aurait été accueilli qu’« avec une politesse tranquille et ceux qui craignaient un déchaînement d’enthousiasme ont été rassurés » [101]  Lettre d’Henry de Jouvenel à Germaine Patat datée du 8 septembre 1926,... [101] . Le représentant de l’Allemagne prit alors la parole pour prononcer un discours « très académique dans sa forme, très parlementaire dans sa dialectique, très allemand dans son fond » [102]  Louis Weiss, op. cit., p. 270. [102] , se souviendra Louise Weiss. Le reporter du Petit Parisien rapporta pour sa part que « la harangue de M. Stresemann, récitée en allemand sur un ton nasillard et sans éloquence, si elle fut hautement appréciée, ne toucha point » [103]  Lucien Bourguès, « Grande journée à Genève. L’Allemagne... [103] . Dans son discours, Stresemann s’était pourtant employé à rassurer l’Assemblée sur les sentiments du peuple allemand à l’égard de la Société des nations :

92

« Le gouvernement allemand est vraiment l’interprète de la plus grande partie du peuple allemand lorsqu’il déclare vouloir prendre part avec un entier dévouement aux tâches de la Société des nations » [104]  Société des nations, Journal officiel, 1926, Actes... [104]  .

93

Il développa également quelques-uns de ses thèmes favoris : la collaboration pacifique des États – particulièrement avec ceux qui ont été alliés contre l’Allemagne –, l’abaissement des barrières douanières en Europe, l’union des idées de nation et d’humanité, l’établissement d’un ordre juridique international, la nécessité du désarmement général prévu par le traité de paix, ou encore la vocation à l’universalité de la Société des nations. Naturellement, il ne manqua pas de faire allusion au règlement de la paix de 1919 et à ses difficultés pour l’Allemagne :

94

« La Société des nations est aussi, à beaucoup d’égards, l’héritière et l’exécutrice des traités de 1919. Il en est résulté dans le passé, j’ose le dire en toute franchise, de nombreuses divergences entre la Société des nations et l’Allemagne. Je me plais à espérer que notre collaboration future, au sein de la Société des nations, facilitera le règlement des problèmes en question » [105]  Ibid. [105] .

95

Mais les paroles du ministre allemand des Affaires étrangères, prononcées « dans une langue qu’une partie de l’Assemblée n’entendait pas » [106]  William Martin, « La Séance »…, op. cit., p. 142. [106]  furent vite éclipsées par celles du chef de la délégation française, Aristide Briand, qui souleva des tempêtes d’applaudissements » [107]  Geneviève Tabouis, Vingt ans de « suspense » diplomatique,... [107]  et déclencha l’émotion de l’Assemblée, faisant une intervention « qui nous a mis les larmes aux yeux, à tous ou à presque tous » [108]  Lettre d’Henry de Jouvenel à Germaine Patat, 8 septembre 1926,... [108]  et dont on retint surtout la fameuse formule : « Arrière les fusils, les mitrailleuses, les canons ! Place à la conciliation, à l’arbitrage, à la paix ! » [109]  Société des nations, Journal officiel, 1926, Actes... [109] .

96

Georg Bernhard pouvait donc légitimement écrire dans la Gazette de Voss que cette

97

« journée du 10 septembre [avait été] une journée de joie, d’honneur et de progrès… Il est vraiment regrettable que tous les Allemands n’aient pas pu être présents à Genève pour constater l’état d’esprit qui animait l’Assemblée et se rendre compte par eux-mêmes des changements qui se sont opérés dans le monde depuis la fin de la guerre » [110]  Edmond Vermeil, P. Benaerts, J. Simon, « L’Allemagne... [110] .

98

L’entrée à la Société des nations représentait bien « la victoire du gouvernement actuel du Reich sur ceux qui, chez nous, par scepticisme, défiance ou calcul politique, ne la désiraient pas » [111]  « Déclaration de Mgr Kaas », Ludwig Kaas, délégué suppléant... [111] , selon la formule du député du Zentrum, Mgr Kaas.

99

Et il s’agissait là, en quelque sorte, du « couronnement de la stratégie inaugurée en 1923 pour redonner à l’Allemagne sa place dans le concert européen » [112]  Christian Baechler, Gustav Stresemann (1878-1929)…,... [112] . Car, grâce à son entrée à la Société des nations, l’Allemagne retrouvait une position d’influence internationale, et en tant que membre permanent du Conseil, elle obtenait une parité formelle avec les grandes puissances.

100

L’espoir était désormais grand d’aboutir à la suppression du régime particulier que l’Allemagne subissait depuis sa défaite. Rudolf Breitscheid dont le parti, le SPD, s’était montré majoritairement enthousiaste s’agissant de l’adhésion à la Société des nations, déclarait nettement à L’Europe Nouvelle, que les Allemands attendaient désormais

101

« la sanction pratique de notre pleine égalité de droits, laquelle naturellement ne saurait être considérée comme atteinte tant que l’Allemagne, abstraction faite de tous les autres points, se trouvera dans une situation d’exception par le fait de l’occupation de certains de ses territoires par des troupes étrangères » [113]  « Le parti social-démocrate défenseur de la SDN »,... [113] .

102

Gustav Stresemann affirmait lui-même publiquement que sa politique n’avait pour seul but que « la liberté et la grandeur de l’Allemagne » [114]  Propos de Gustav Stresemann, tenus devant les convives... [114]  :

103

« Il s’agit aujourd’hui de rétablir la souveraineté allemande sur le sol allemand et, au-delà, de trouver, grâce à une politique habile et réfléchie, en collaboration avec les autres nations dans toute l’Europe, les chemins pour restaurer le droit à l’autodétermination des peuples là où il a été violé » [115]  Ibid. [115] .

104

L’admission de l’Allemagne à Genève souleva malgré tout de réels espoirs d’une pacification durable du vieux continent, notamment chez les partisans les plus convaincus de la Société des nations. Ainsi, de manière symbolique, l’Union internationale des associations pour la SDN choisit de tenir son assemblée annuelle de 1927 à Berlin. Les autorités allemandes réservèrent à cette occasion le meilleur accueil aux délégués de l’Union et Stresemann en personne offrit aux militants pour la SDN le thé dans les salons du ministère des Affaires étrangères. Mais si ce congrès de mai 1927 fut un succès, ce fut au prix d’un grand effort de prudence et de modération de la part des délégués. Comme le rapporta l’un d’entre eux, Célestin Bouglé, on laissa « les bombes au vestiaire » et on fit « effort pour oublier ce qui divis[ait] » [116]  Célestin Bouglé, « Au Congrès pacifiste de Berlin »,... [116]  ; c’est pourquoi « la question qui préoccupait tout le monde : l’évacuation de la Rhénanie » [117]  Ibid. [117]  ne fut pas discutée en assemblée générale. Les délégués français revinrent toutefois de Berlin avec la nette impression que lorsque les Allemands parlaient de Société des nations, ils « songeaient avant tout, pour ne pas dire exclusivement, à l’évacuation de la Rhénanie » [118]  Ibid., p. 1. [118] . Alphonse Aulard, qui avait eu la charge de présider le congrès, se voulait néanmoins optimiste, Stresemann lui ayant donné l’impression « qu’il voulait très sincèrement la paix, qu’il était un sincère locarniste » [119]  Alphonse Aulard, « Le congrès de Berlin pour la Société... [119] .

105

Il est vrai, qu’à partir de l’admission de l’Allemagne à la SDN, « la scène de Genève [devint] un élément essentiel de la diplomatie de Stresemann qui s’y [trouva] particulièrement à l’aise » [120]  Christian Baechler, Gustav Stresemann (1878-1929)…,... [120] . Il prit notamment soin d’emmener avec lui les représentants des principaux partis politiques allemands afin de les gagner à sa politique.

106

Il est certain que l’idée de Société des nations progressait sensiblement en Allemagne, même si les nationalistes continuaient de penser que la politique allemande n’était faite que de concessions sans réelles contreparties. Mais, sous l’ère Stresemann, la diplomatie allemande se montra « calme et conciliante » [121]  Christoph N. Kimminch, « Germany and the League of... [121]  à Genève, provoquant rarement de conflits ouverts. Les Allemands semblaient prendre « au sérieux leurs responsabilités et [s’acquitter] consciencieusement de leurs obligations » [122]  Ibid. [122] . Mais la position de l’Allemagne à Genève allait vite être confrontée à de graves contradictions qui réduiraient nécessairement ses marges de manœuvre : comment pouvait-elle soutenir les progrès de la sécurité internationale quand ceux-ci risquaient de contrecarrer son désir d’atteindre l’égalité des droits en matière d’armements ; comment pouvait-elle saisir les possibilités offertes par la SDN afin d’améliorer le sort des minorités allemandes, quand le maintien des tensions était nécessaire pour justifier une révision des frontières à grande échelle ; comment pouvait-elle promouvoir la démocratisation de la Société des nations et recevoir l’appui des petites puissances quand son attitude consistait surtout à discuter en confiance avec les grandes puissances123 ? La volonté de dépasser ces contradictions allait se traduire, à la fin des années 1920 et au début des années 1930, par une attitude beaucoup moins conciliante à Genève et par la montée concomitante de l’hostilité à la SDN au sein de l’opinion publique allemande, la question du retrait se posant avant même l’arrivée de Hitler au pouvoir.

Notes

[1]

Archives de la SDN (ASDN), Genève, Collection Quidde, Box 130, « Deutschlands Interesse am Völkerbund, Nüchterne Betrachtungen von Dr Hermann Kantorowicz », Sonderdrucke der Deutschen Liga für Völkerbund, n° 10, [1920 ?], p. 1.

[2]

Wolfgang Schwarz, « Germany and the League of Nations », International Affairs, n° 2, vol. 10, mars 1931, p. 197.

[3]

William Martin, « La Séance », Journal de Genève, 11 septembre 1926, cité dans Pablo de Azcarate (dir.), William Martin : un grand journaliste à Genève, Genève, Centre européen de la Dotation Carnegie pour la paix internationale, 1970, p. 143.

[4]

Christoph M. Kimmich, Germany and the League of Nations, Chicago, University of Chicago Press, 1976, p. 26.

[5]

Ibid., p. VIII.

[6]

Joachim Wintzer, Deutschland und der Völkerbund 1918-1926, Paderborn, Ferdinand Schöningh Verl., 2006, 634 p. Il s’agit de la version remaniée d’une thèse de doctorat soutenue par l’auteur à Heidelberg en 1998.

[7]

Signalons toutefois la biographie de Christian Baechler, Gustave Stresemann (1878- 1929). De l’impérialisme à la sécurité collective, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 1996, 926 p., qui évoque de manière très précise le rôle du ministre des Affaires étrangères allemand dans l’adhésion de l’Allemagne à la Société des nations.

[8]

Hans Wehberg, « Das deutsche Volk und der Völkerbund », dans Peter Munch (dir.), Les origines et l’œuvre de la Société des nations, Copenhague, Gyldendalske Boghandel – Nordisk Forlag, 1923, t. 1, p. 440.

[9]

Hans Wehberg, « Das deutsche Volk und der Völkerbund »…, art. cit., p. 441.

[10]

James D. Shand, « Doves among the Eagles : German Pacifists and Their Government during World War I », Journal of Contemporary History, n° 1, vol. 10, janvier 1975, p. 95- 96.

[11]

Cf. Walther Schücking, Das Werk vom Haag, Erster Band : Die Staatenverband der Haager Konferenzen, Munich-Leipzig, Duncker & Humblot, 1912 ; ces développements empruntent à Martti Koskenniemi, The Gentle Civilizer of Nations. The Rise and Fall of International Law 1870-1960, Cambridge, Cambridge University Press, 2001, p. 217.

[12]

Tract de la Friedensgesellschaft du 15 août 1914, cité dans Ernst Jäckh, « L’idée de Société des nations en Allemagne pendant la guerre », L’Esprit international, n° 11, juillet 1929, p. 399.

[13]

Ernst Jäckh, « L’idée de Société des nations en Allemagne pendant la guerre »…, art. cit., p. 394.

[14]

James D. Shand, « Doves among the Eagles… », art. cit., p. 102.

[15]

Cité par Ernst Jäckh, art. cit., p. 400.

[16]

Ibid., p. 406.

[17]

Déclaration de la Zentralstelle Völkerrecht du 3 décembre 1916, citée dans Ernst Jäckh, « L’idée de Société des nations en Allemagne pendant la guerre »…, art. cit., p. 401.

[18]

Adresse du professeur Quidde au Reichstag, citée dans Ernst Jäckh, art. cit., p. 401.

[19]

James D. Shand, « Doves among the Eagles… », art. cit., p. 105.

[20]

Ernst Jäckh, art. cit., p. 408.

[21]

Georg Bernhard, « Staat und Völkerbund », Vossische Zeitung, 7 octobre 1918, cité dans Joachim Wintzler, Deutschland und der Völkerbund…, op. cit., p. 140.

[22]

Franz von Liszt, Vom Staatenverband zur Völkergemeinschaft : Ein Beitrag zur Neuorientierung der Staatenpolitik und des Völkerrechts, Munich-Berlin, G. Müller, 1917, 79 p.

[23]

Albrecht Mendelssohn Bartholdy, Der Völkerbund als Arbeitsgemeinschaft, Leipzig, Der Neue Geist, 1918, 23 p. Mendelssohn Bartholdy sera notamment membre de la délégation allemande à Versailles en 1919, puis à la Société des nations à partir de 1931. Cf. Rainer Nicolaysen, « Albrecht Mendelssohn Bartholdy (1874-1936), Jurist-Friedensforscher – Künstler », Rabels Zeitschrift fuer auslaendisches und internationales Privatrecht, n° 1, vol. 75, janvier 2011, p. 1-31.

[24]

Hugo Preuß, Nationaler Gegensatz und internationale Gemeinschaft, Berlin, Reimer, 1918, 21 p.

[25]

Il fut d’ailleurs membre de la délégation allemande à Versailles et protesta contre la Société des nations que préparaient les vainqueurs.

[26]

Ernst Jäckh, « L’idée de Société des nations en Allemagne… », art. cit., p. 396-97.

[27]

Walther Schücking, Der Dauerfriede : Kriegsaufsätze eines Pazifisten, Leipzig, Verl. Naturwissenschaften, 1917, 93 p.

[28]

Id., Der Bund der Völker, Leipzig, Neue Geist, 1918, 171 p.

[29]

Id., Der Weltfriedensbund und die Wiedergeburt des Völkerrechts : Ein Vortrag, Leipzig, Verl. Naturwissenschaften 1917, 24 p.

[30]

Id., Internationale Rechtsgarantien : Ausbau und Sicherung der zwischenstaatlichen Beziehungen, Hamburg, Broschek, 1918, 134 p.

[31]

Termes utilisés par L’Humanité, cités dans Jost Düllfer, « De l’internationalisme à l’expansionnisme : la ligue allemande pour la Société des nations », Guerres mondiales et conflits contemporains, n° 184, avril 1989, p. 26.

[32]

Ernst Fraenkel, « Idee und Realität des Völkerbundes in deutschen politischen Denken », Vierteljahrshefte für Zeitgeschichte, 1968, vol. 1, p. 4.

[33]

Martin Mencke, « The German Center Party and the League of Nations : international relations in a moral dimension », Rivier Academic Journal, n° 2, vol. 4, automne 2008, p. 3, [en ligne : http://www.rivier.edu/journal/ROAJ-Fall-2008/J209-Menke-German-Party.pdf]

[34]

Ernst Jäckh, « L’idée de Société des nations en Allemagne… », art. cit., p. 413.

[35]

Matthias Erzberger, Der Völkerbund : Der Weg zum Weltfrieden, Berlin, R. Hobbing, 1918, 159 p.

[36]

Ernst Jäckh, art. cit., p. 407.

[37]

Nathalie Renoton-Beine, La Colombe et les tranchées - Les tentatives de paix de Benoît XV pendant la Grande Guerre, Paris, Cerf, 2004, p. 260.

[38]

Projet de Société des nations de Mathias Erzberger, cité dans Raymond Voize, « La conception allemande de la Société des nations », La paix des peuples, n° 2, 10 mars 1919, p. 336.

[39]

Ibid., p. 340.

[40]

Propos cités dans Ernst Jäckh, « L’idée de Société des nations en Allemagne… », art. cit., p. 409.

[41]

Id.

[42]

Raymond Voize, « La conception allemande de la Société des nations »…, art. cit., p. 333.

[43]

Ibid., p. 334.

[44]

Graf Brockdorff-Rantzau, Dokumente und Gedanken um Versailles (Berlin, 1925), p. 39, cité dans Klaus Schwabe, « Woodrow Wilson and Germany's Membership in the League of Nations, 1918-19 », Central European History, n° 1, vol. 8, mars 1975, p. 3.

[45]

L’association fut financée au départ par 100 000 marks accordés par le Conseil des délégués du peuple, puis le ministère des Affaires étrangères prit le relais. Cf. Jost Düllfer, « De l’internationalisme à l’expansionnisme… », art. cit., p. 25.

[46]

Joachim Wintzler, Deutschland und der Völkerbund…, op. cit., p. 48.

[47]

Voir Raymond Voize, « La conception allemande de la Société des nations »…, art. cit., p. 344 sq.

[48]

Margaret MacMillan, Les artisans de la paix, Paris, Jean-Claude Lattès, 2006, p. 736-737.

[49]

Klaus Schwabe, « Woodrow Wilson and Germany's Membership… », art. cit., p. 4 sq.

[50]

Ibid., p. 12.

[51]

ASDN, R 1568, « Vorschläge der deutschen Regierung für die Errichtung eines Völkerbundes ».

[52]

ASDN, R 1568, Bristish Empire Delegation, German attitude to the League of Nations. Reply to the German Poposals approved by the Council of the Principal Allied and Associated Powers on May 21st, 1919.

[53]

Pierre Gerbet (dir.), Le rêve d’un ordre mondial de la SDN à l’ONU, Paris, Imprimerie nationale, 1996, p. 24.

[54]

Ernst Jäckh, « L’idée de Société des nations en Allemagne… », art. cit., p. 415.

[55]

ASDN, R1572, Maximilian Müller-Jabusch, « Herr Durmmond und seine Leute », Mitteilungen der Deutschen Liga für Völkerbund, n° 17, [1919], p. 1.

[56]

ASDN, R1338, Secrétariat de la Société des nations, section d’information, rapport de Inazo Nitobe, 8 avril 1922.

[57]

Propos cités dans Jost Düllfer, « De l’internationalisme à l’expansionnisme… », art. cit., p. 26.

[58]

Propos cités dans Wolfram von Scheliha, « Review of Wintzer, Joachim, Deutschland und der Völkerbund 1918-1926 », H-German, H-Net Reviews, July, 2008, [Réf. Du 10 mai 2011], accès http://www.h-net.org/reviews/showrev.php?id=14765

[59]

En 1922, le Conseil de la SDN avait toutefois approuvé la création d’un comité consultatif formé de trente membres élus au suffrage universel par la population sarroise. Cf. P. Gerbet, Le rêve d’un ordre mondial de la SDN à l’ONU…, op. cit., p. 43.

[60]

Un haut commissaire de la SDN était chargé de superviser les affaires de la ville et de trancher en première instance les litiges entre Polonais et Dantzicois, avant de les renvoyer, le cas échéant, au Conseil de la SDN.

[61]

Frédéric Dessberg, « Enjeux et rivalités politiques franco-britanniques : le plébiscite de Haute Silésie (1921) », Revue historique des armées, n° 254, 2009, accès http://rha.revues.org/index6443.html.

[62]

ASDN, R 1572, Pierre Comert, Note sur une conversation avec M. Ney, rédacteur de la Gazette de Francfort, 5 novembre 1921.

[63]

Christoph N. Kimmich, Germany and the League of Nations… », op. cit., p. 43-44.

[64]

Martin Mencke, « The German Center Party and the League of Nations… », art. cit., p. 12.

[65]

Jost Düllfer, « De l’internationalisme à l’expansionnisme… », art. cit., p. 29.

[66]

ASDN, Collection Quidde, Box 130, « Wie arbeitet die Deutsche Liga für Völkerbund ? ».

[67]

ASDN, R1572, Mitteilungen der Deutschen Liga für Völkerbund, n° 17, [1919], p. 1.

[68]

ASDN, Collection Quidde, Box 130, Deutsche Liga für Völkerbund, Bericht über das Jahr 1920, Berlin, 1920.

[69]

Comte von Bernstorff, « Germany and the League », Foreign Affairs, n° 3, vol. 2, 15 mars 1924, p. 393.

[70]

Ibid.

[71]

Jost Düllfer, « De l’internationalisme à l’expansionnisme… », art. cit., p. 26.

[72]

ASDB, R1338, Secrétariat de la Société des nations, section d’information, rapport de Inazo Nitobe, 8 avril 1922.

[73]

Jost Düllfer, « De l’internationalisme à l’expansionnisme… », art. cit., p. 27.

[74]

Alphonse Aulard, « Pour la Société des nations, le congrès de Genève », Cahiers des droits de l’homme, 25 juin 1921, p. 268.

[75]

Ibid.

[76]

Ibid.

[77]

Discours d’Alphonse Aulard prononcé au cours du banquet de l’Hôtel des Bergues, organisé le 6 juin 1921 par l’Association suisse pour la Société des nations, dans Union internationale des Associations pour la SDN, Ve Conférence, Genève, 6-10 juin 1921, compte rendu des travaux, Bruxelles, 1921, p. 62.

[78]

Alphonse Aulard, « Pour la Société des nations… », art. cité, p. 268.

[79]

ASDN, R 1448, Gabrielle Radziwill, Note sur l’Allemagne et la Société des nations, 18 août 1923.

[80]

Ibid.

[81]

Comte von Bernstorff, « Germany and the League », art. cit., p. 393.

[82]

Ce mémorandum a été rédigé par Stresemann, le ministre allemand des Affaires étrangères, assisté de Köpke, Gaus et von Bülow.

[83]

ASDN, R 1448, mémorandum du gouvernement allemand, septembre 1924.

[84]

Dans une lettre, Stresemann écrit : « Je puis […] vous dire que les nationalistes eux-mêmes se sont déclarés d’accord avec nous sur le fond de ce document, parce qu’il affirme nos droits sans critique possible » (Lettre au député Bickel, à Stuttgart, 12 novembre 1924, dans Les Papiers de Stresemann, t. I, Paris, Plon, 1932, p. 333).

[85]

L’article 16 précise notamment : « Les membres de la Société […] prennent les dispositions nécessaires pour faciliter le passage à travers leur territoire des forces de tout membre de la Société qui participe à une action commune pour faire respecter les engagements de la Société ».

[86]

« Tout État […] peut devenir membre de la Société […] pourvu qu’il donne des garanties effectives de son intention sincère d’observer ses engagements internationaux et qu’il accepte le règlement établi par la Société en ce qui concerne ses forces et ses armements militaires, navals et aériens ».

[87]

Cité dans Bernard Oudin, Aristide Briand. La paix : une idée neuve en Europe, Paris, Robert Laffont, 1987 p. 456.

[88]

Note remise, le 20 juillet 1925, à Aristide Briand, ministre des Affaires étrangères, par l’ambassadeur d’Allemagne à Paris, Leopold von Hoesch, publiée dans Ministère des Affaires étrangères, Pacte de sécurité (II), Documents signés ou paraphés à Locarno le 16 octobre 1925 précédés de six pièces relatives aux négociations préliminaires (20 juillet 1925 - 16 octobre 1925), Paris, Imprimerie des journaux officiels, 1925, p. 5.

[89]

Ibid., p. 36.

[90]

Christian Baechler, Gustave Stresemann (1878-1929)…, op. cit., p. 663.

[91]

Ibid., p. 665.

[92]

« Discours prononcé à Hambourg, le 12 février 1926, par le Dr Luther, chancelier du Reich », publié dans Täglische Rundschau, 3 mars 1926, cité dans L’Europe Nouvelle, 20 mars 1926, p. 378.

[93]

Scelle, « Bilan de la VIIe Assemblée de la Société des nations », Revue politique et parlementaire, t. 129, 10 octobre 1926, p. 73.

[94]

Les Papiers de Stresemann, Paris, Plon, 1932, tome II, p. 401.

[95]

Ibid.

[96]

Camille Loutre, « L’Allemagne après la session extraordinaire de la SDN », L’Europe Nouvelle, 27 mars 1926, p. 394.

[97]

Ibid.

[98]

Ibid., p. 395.

[99]

Les Papiers de Stresemann…, op. cit., t. II, p. 413-414.

[100]

Louise Weiss, Mémoires d’une Européenne, Paris, Payot, tome II, 1970, p. 270.

[101]

Lettre d’Henry de Jouvenel à Germaine Patat datée du 8 septembre 1926, citée dans Christine Manigand, Henry de Jouvenel, Limoges, PULIM, 2000, p. 122.

[102]

Louis Weiss, op. cit., p. 270.

[103]

Lucien Bourguès, « Grande journée à Genève. L’Allemagne a pris place dans l’assemblée des nations », Le Petit Parisien, 11 septembre 1926, p. 1.

[104]

Société des nations, Journal officiel, 1926, Actes de la VIIe Assemblée, 1926, p. 52.

[105]

Ibid.

[106]

William Martin, « La Séance »…, op. cit., p. 142.

[107]

Geneviève Tabouis, Vingt ans de « suspense » diplomatique, Paris, Albin Michel, 1958, p. 44.

[108]

Lettre d’Henry de Jouvenel à Germaine Patat, 8 septembre 1926, citée dans Christine Manigand, op. cit., p. 122.

[109]

Société des nations, Journal officiel, 1926, Actes de la VIIe Assemblée, 1926, p. 53.

[110]

Edmond Vermeil, P. Benaerts, J. Simon, « L’Allemagne en 1926 et 1927 : politiques extérieure, intérieure et économique », Année politique française et étrangère, 1928, p. 464.

[111]

« Déclaration de Mgr Kaas », Ludwig Kaas, délégué suppléant de l’Allemagne, prélat domestique de sa Sainteté, député rhénan au Reichstag, dans L’Europe Nouvelle, 18 septembre 1926, p. 1297-1298.

[112]

Christian Baechler, Gustav Stresemann (1878-1929)…, op. cit., p. 685.

[113]

« Le parti social-démocrate défenseur de la SDN », déclaration de Rudolf Breitscheid, député au Reichstag, dans L’Europe Nouvelle, 18 septembre 1926, p. 1298.

[114]

Propos de Gustav Stresemann, tenus devant les convives de la brasserie Gambrinus, le 21 septembre 1926 et cités dans Christian Baechler, Gustav Stresemann (1878- 1929)…, op. cit., p. 691.

[115]

Ibid.

[116]

Célestin Bouglé, « Au Congrès pacifiste de Berlin », La Dépêche, 8 juin 1927, p. 1.

[117]

Ibid.

[118]

Ibid., p. 1.

[119]

Alphonse Aulard, « Le congrès de Berlin pour la Société des nations », La Dépêche, 15 juin 1927, p. 1.

[120]

Christian Baechler, Gustav Stresemann (1878-1929)…, op. cit., p. 685.

[121]

Christoph N. Kimminch, « Germany and the League of nations », dans The League of Nations in retrospect, Proceedings of the Symposium organized by The United Nations Library and The Graduate Institute of International Studies, Genève, 6-9 novembre 1980, Berlin-New York, De Gruyter, 1983, p. 119.

[122]

Ibid.

Plan de l'article

  1. Le temps de l’espoir (1914-1919)
    1. Guerre mondiale et idée de paix durable
    2. Essor de l’idée de Société des nations en 1917-1918
    3. La Société des nations comme remède à la défaite
  2. Le temps de l’hostilité (1919-1924)
    1. Les désillusions de la Conférence de la paix
    2. La défiance des Allemands à l’égard de la SDN
    3. La Deutsche Liga et la question de l’adhésion
  3. Le temps du rapprochement (1924-1926)
    1. La détente européenne et la question de l’admission de l’Allemagne
    2. Candidature allemande et crise de la SDN
    3. L’entrée des Allemands à Genève

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