Les études philosophiques
P.U.F.

I.S.B.N.9782130517221
144 pages

p. 121 à 135
doi: en cours

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n° 56 2001/1

2001 Les études philosophiques

Analyses et comptes rendus

 
Jean-Claude Bourdin (dir.), Les matérialismes philosophiques, Paris, Kimé, 1997, 272 p.
 
 
Les philosophies matérialistes sont, aujourd’hui encore, largement méconnues. Le matérialisme, avec toute l’ambiguïté de l’expression, sert le plus souvent de repoussoir afin de valoriser des positions qui, elles, seraient plus conformes à la dignité humaine. Si l’on y voit un réductionnisme, c’est avant tout le fruit d’une simplification. Quant à ceux qui, à grand renfort de définitions, se présentent comme les tenants d’une philosophie « matérialiste », ils sont, le plus souvent, prisonniers de la même pétition de principe.
Ce volume, qui réunit douze communications présentées lors du colloque de Cerisy de septembre 1995, a le mérite d’examiner la question d’un tout autre point de vue, en cherchant à déterminer ce que le terme, d’après son histoire et ses usages, pourrait signifier.
Dans sa présentation, J.-C. Bourdin, maître d’œuvre du colloque et des Actes, rappelle le rôle précurseur d’O. Bloch, puis résume l’objectif du volume. Plus qu’un catalogue ou qu’une véritable synthèse, il s’agit d’une réflexion à plusieurs voix sur ce que pourrait être une philosophie matérialiste conséquente.
Il y a bien sûr un risque, c’est de tout interpréter en fonction de Marx auquel on identifie trop vite le matérialisme. Il serait tout aussi absurde, pour la même raison, d’occulter son œuvre. Trois études invitent donc à renouveler la façon d’interroger Marx. « Faut-il sortir le cadavre du placard ? », demande G. Mensching à propos du détournement stalinien, avant de conclure par l’affirmative. J. Moutaux et J. D’Hondt caractérisent la philosophie de Marx, l’un comme pensée du « processus » construite d’après une « méthode matérialiste », et l’autre comme « matérialisme relationnel ».
Les chercheurs réunis pour ces journées postulent qu’il y a plusieurs types et plusieurs formes de matérialisme, qu’aucun ne peut être tenu pour le matérialisme. D’ailleurs des uns aux autres il n’y a pas véritablement continuité. L’usage des termes « matérialisme » et « matérialiste », la constitution d’un référent réel ou imaginaire, sont le fruit de tensions complexes qui trouvent une sorte d’aboutissement provisoire au XVIIIe (F. Salaün). Il existe en fait depuis l’Antiquité plusieurs traditions matérialistes, qui se recoupent parfois sans se confondre. On constate, par exemple, dans la tradition médico-philosophique récente, de La Mettrie aux actuelles neurosciences, l’importance des thèses matérialistes dans l’étude de « l’âme », identifiée ou non au cerveau (J.-N. Missa).
Loin du cliché qui associe à la position matérialiste une langue dogmatique et terne, on découvre une réflexion sur l’adéquation de l’expression aux exigences d’une perspective matérialiste. Lucrèce n’emploie pas la forme poétique sans raison (A. Gigandet), Gassendi recourt face à Descartes aux procédés d’une « rhétorique matérialiste » (D. Gil), quant à Diderot, il multiplie les formes d’expression afin d’être en accord avec sa pensée (J.-C. Bourdin). L’invention loin d’être exclue de la réflexion matérialiste y est omniprésente. O. Bloch en fait la démonstration à propos de l’œuvre de Molière dans laquelle il relève, comme autant d’indices, nombre de liens avec la tradition matérialiste.
Les études qui composent ce livre montrent la richesse et la vitalité d’un courant de pensée qui ne cesse de se renouveler, comme le prouve d’une part la tentative de M. Iofrida, et de l’autre, les mises au point concernant les débats au sein de la philosophie de l’esprit. L’option matérialiste permet-elle de rendre compte de la « causalité mentale » ? (J. Proust). À quelles conditions un physicalisme peut-il échapper au réductionnisme ? (P. Engel).
On le voit, tout en fournissant un premier état des lieux, Les matérialismes philosophiques ouvrent un passionnant chantier. Cet ouvrage devrait, par conséquent, marquer une étape importante dans la redécouverte de traditions généralement sous-estimées.
Franck SALAüN,
van Baerlestraat 61II
1071 AR Amsterdam.
 
Frédéric Cossutta (sous la dir. de), Lire Bergson : « Le possible et le réel », Paris, PUF, « Librairie du Collège international de philosophie », 1998, 218 p.
 
 
Comment Bergson peut-il exprimer sa philosophie de la durée quand celle-ci doit s’acquérir notamment au prix d’une critique de la tendance intellectualiste du langage ? Ce recueil d’articles reprend le problème classique du rapport paradoxal qu’entretient chez Bergson sa théorie du langage et sa propre pratique d’écriture, mais en l’abordant « dans sa dimension spécifiquement discursive » (p. 2) : autour du « Le possible et le réel », il s’agira alors d’être attentif dans l’écriture bergsonienne à « la diversité des mécanismes discursifs utilisés pour déjouer ce paradoxe » (p. 6).
D. Maingueneau s’interroge sur la catégorisation du texte, et prend ainsi la mesure de l’investissement doctrinal dans le genre que Bergson s’est choisi : l’essai. Plus généralement, il définit un « genre auctorial » par la « combinaison de deux genres usuels » (p. 35), qui témoigne de l’effort de Bergson de faire passer sa philosophie à l’écriture (essai), et de là, à toutes les consciences (conférence). Si bien que le « style parlé » qui caractérise sa mise en scène énonciative tente ainsi d’arracher le lecteur au langage « tout fait », et relève de ce que Fauteur appelle un « éthos », qui pose Bergson « garant de son dit » (p. 42) et valide sa doctrine de manière performative en l’initiant d’emblée au mouvement même de la parole.
Dans la continuité de l’article précédent, F. Cossutta inscrit le texte au sein de l’œuvre par son système de renvois internes et multiples, attentif ainsi à la façon dont Bergson relie celle-ci à sa doctrine. Multipliant ses points d’ancrage, le texte réactive « des textes inscrits dans l’épaisseur du temps » (p. 79 ; « chrono-topie »), et compose selon une règle dynamique, formant ainsi une philosophie elle-même « prise dans la durée » ( « chrono-logie » ). F. Cossutta va plus loin. En s’appuyant sur l’art comme paradigme et opérateur d’homogénéité ontologique, il interprète ce dynamisme de l’œuvre comme la réflexion de sa propre doctrine, de sorte que « le mouvement d’évolution créatrice de l’univers “est” un livre avec des pages » (p. 99), la durée créatrice s’appliquant aussi bien au monde qu’à l’œuvre philosophique de Bergson. Celle-ci se voit validée à nouveau de manière performative.
A. Lhomme stigmatise, quant à lui, chez Bergson une écriture « formulaire ». Il décèle en effet dans « l’intuition philosophique » une valorisation de la pensée par concept, plutôt que par image dont le rôle n’est que médiateur et non de suppléance – pensée de la formule qui se joue alors en deux temps : la traduction immédiate de l’intuition en une formule vague et générale, et la vivification de celle-ci par la médiation des idées et des images, pour une compréhension toujours au plus près de l’intuition première. Il en dégage ensuite l’application effective dans « Le possible et le réel », lequel s’ouvre selon lui sur une telle formule ( « création continue d’imprévisible nouveauté » ) et se poursuit comme sa récurrence, développement de la « forme matricielle » (p. 127) dont il n’y a plus alors pour l’auteur qu’à repérer les occurrences textuelles.
Quant à C. Giolito, il montre « la spécificité de la scénographie bergsonienne » (p. 147), contraint par l’impossibilité pour toute représentation d’atteindre adéquatement le réel, de déjouer la déficience des procédés discursifs en les retournant. Épreuve de l’écriture qui assigne au lecteur, moins la place de spectateur, que de l’acteur capable de participer à l’expérience intime de la durée créatrice.
J.-F. Bordron, après une classification des images utilisées par Bergson, s’attache à leur iconicité. Il dégage ainsi le rôle fondamental de l’image dans la pensée bergsonienne, qui consiste moins à rendre concret un schéma abstrait en l’expliquant, ou une idée en la schématisant, que dans « un effet d’ajustement ontologique » (p. 175) qui montre l’iconicité de ce qu’elle désigne – puisque le concept n’est jamais qu’une « ombre » de la réalité.
Si Bergson double sa critique du concept par une critique du lexique, G. Philippe fournit l’inventaire des omniprésentes gloses métadiscursives « ouvrantes » ou « fermantes » (dont l’opposition demeure difficilement conciliable), qui permettent « l’ajustement du lexème et du concept » (p. 199) et rendent possible son discours.
Enfin, M. Ali Bouacha étudie « l’articulation entre l’élaboration conceptuelle de l’argumentation et les marques linguistiques de sa mise en discours » (p. 201) : les marqueurs ON, NOUS/VOUS, JE renvoient à des instances énonciatives différentes, sources respectivement du faux, de l’illusion, et du vrai. Ce qui révèle un mode de réfutation, non pas démonstratif, mais ostensif selon « une distribution réglée du vrai et du faux » (p. 216).
Précisons que ce recueil d’articles supporte en fait deux lectures. Aussi, outre l’apport, dont nous avons rendu compte, d’une telle lecture méthodique du procès discursif pour une compréhension de la philosophie de Bergson, une autre lecture aurait pu envisager pour elles-mêmes les catégories générales employées dans l’analyse, et les inscrire dans une théorie du discours philosophique.
Camille RIQUIER.
 
John R. Fortin, O. S. B., Clarembald of Arras as a Boethian Commentator, Kirksville, MO, Thomas Jefferson University Press, 1995, 104 p.
 
 
Clarembaud d’Arras, né vers 1110, mort après 1187, n’a sans doute pas la stature de ses maîtres Thierry de Chartres et Hugues de Saint-Victor. Partageant sa vie entre l’enseignement et l’administration ecclésiastique, il est l’auteur de deux commentaires sur Boèce, un sur le De trinitate et un sur le De hebdomadibus, ainsi que d’un traité incomplet sur L’Hexaemeron.
L’ouvrage de John R. Fortin présente ses commentaires boéciens. La question de l’originalité de Clarembaud, qui a donné lieu à des appréciations divergentes, est posée en permanence. Cette étude confirme que Clarembaud se contente la plupart du temps de suivre ou de résumer Thierry de Chartres. En certains points, toutefois, il fait montre d’originalité. Ainsi, il donne à la notion d’intellectibilitas (faculté de saisir les chose qui sont, telles qu’elles sont dans l’intellect divin) une place et une importance qu’elle n’avait pas chez Thierry. Si l’ouvrage se contente lui-même, la plupart du temps, de résumer ou de paraphraser les deux traités de Clarembaud, Fortin, insistant sur ces quelques points d’originalité, propose en outre une interprétation d’ensemble de cette différence. Pour lui, Clarembaud a certes pour souci principal d’élucider (comme ses prédécesseurs) les Opuscula sacra, mais il a également un double souci apologétique, plus fortement marqué que chez Thierry. D’une part, il doit présenter de façon simple et accessible les vérités de la foi contenues dans les ouvrages commentés, d’autre part (et ceci explique cela), il doit les opposer aux erreurs doctrinales de son temps : celles d’Abélard (évoqué à propos de la Trinité), celles de Gilbert de la Porrée (quant à lui respecté, mais source de confusions), et de façon plus souterraine le manichéisme des Cathares. L’ouvrage permet ainsi de resituer Clarembaud dans la vie intellectuelle du XIIe siècle.
Joël BIARD,
4, place Martin-Nadaud
75020 Paris.
 
P. Guenancia, L’intelligence du sensible, Paris, Gallimard, « NRF-Essais », 1998.
 
 
L’acquis cartésien fondamental consiste dans l’affirmation du je pense, c’est-à-dire dans l’équation entre conscience et sujet. Contrairement à ce qu’une conception simpliste du dualisme affirme, cette équation est à l’œuvre dans tout acte cognitif, l’ego cogito étant tout autant conscience perceptive qu’émotion ou passion. La critique cartésienne du sensible vise seulement la coloration épistémologique dont l’ancienne philosophie revêt l’enseignement des sens, tant dans la connaissance des choses matérielles qu’immatérielles. Plutôt que de « dualisme », il faut parler d’épistémologie de la distinction : la physique rejette dans la sphère psychologique tout ce qui se trouvait indûment dans la sienne, c’est-à-dire de façon emblématique, la qualité. C’est donc à une ontologie de la régionalité que correspond l’entreprise cartésienne : le corps-objet de la science et le corps-sujet déterminent l’attribution spécifique de propriétés. De là, des régimes différenciés de causalité. Nous pouvons regretter la généralité de la p. 17 sur la causalité divine : si Dieu est cause du mouvement, cela n’exclut pas la causalité des choses finies, âme et corps (à More, août 1649 ; le Traité des passions montre la causalité propre aux esprits animaux dans leur relation à la glande pinéale, art. 31). Les 6 premiers chapitres sont l’étude de cette épistémologie de la distinction.
L’A. étudie les passions (chap. VII) à partir de la constatation de la « surimpression de soi sur ses pensées » : l’esprit a toujours à la fois conscience de sentir quelque chose et d’être affecté par cette chose. Le contentement vient de la réflexion, c’est-à-dire de la conscience que l’esprit prend de lui-même en se distanciant des objets auxquels il peut aussi adhérer de façon non réfléchie, passionnée. L’exemple de la scène théâtrale – peut-être aurait-il fallu insister sur sa provenance augustinienne – est la matérialisation de cette auto-affectation de l’esprit ; il signifie qu’il faut médiatiser, réfléchir ses pensées immédiates pour en dégager la part propre à l’âme.
L’A. insiste sur le lien qui relie la liberté à la réflexivité. La générosité est une vertu réflexive, en ce qu’elle est la prise de conscience de l’auto-affectation de l’âme ; elle est le pouvoir qu’a l’âme de constituer son libre arbitre en objet de passion. Penser à sa liberté est une réitération de la pensée de soi : c’est comme chose qui pense que l’ego éprouve toutes ses passions. Descartes passionne l’entendement plutôt qu’il n’intellectualise la passion ; il a en effet recours aux termes d’immédiateté et de spontanéité propres à l’expérience sensible pour décrire la certitude de la liberté : cette passion de la liberté est celle par laquelle l’âme sait qu’il n’y a pas de plus grand bien que le libre arbitre.
Le travail de réduction de l’âme consiste à décrypter l’encodage pathétique, à voir que l’objet ne ressemble pas à la représentation qu’en donne la passion. L’esprit est une libre puissance d’estimation : l’âme doit connaître la valeur de l’objet aimé pour en faire son bien propre. Réciproquement il y a toujours présence du corps à l’âme dans la joie éprouvée lorsque l’âme se représente son union avec la chose aimée – c’est ainsi, nous semble-t-il, qu’il existe une joie dans la connaissance de Dieu comme le montre l’article 19 des Principes I et la conclusion de la IIIe Méditation.
Le lieu de la subjectivité et de la morale est celui de la réflexion. Parce qu’elle fait fond sur cette attitude réflexive, la morale cartésienne ne peut être un ensemble de règles mais le souci de juger de la valeur des objets représentés. L’âme montre sa force en étant capable de prendre de la distance vis-à-vis de l’objet qui l’affecte : elle est d’autant plus émue qu’elle cultive cette distance avec l’objet de son émotion, qu’elle en est spectatrice. La question de la liberté est de se demander quel pouvoir a l’homme de modifier le cours des choses, cette question est d’ordre technique – l’A. paraît ici négliger le rapport du libre arbitre à la Providence, tel qu’il est signifié dans l’article 145 du Traité et dans la Lettre du 6 octobre 1645, par exemple.
L’A. procède à une critique de la thèse soutenue par Matheron (« Amour, digestion et passion chez Descartes », Revue philosophique, no 4, 1988) : l’âme généreuse n’espère aucun bénéfice de sa participation au tout, à preuve, l’amour de Dieu qui tire sa possibilité de la disproportion entre grandeur divine et petitesse humaine. L’A. élude toutefois la question de la convenance dans l’amour de Dieu. Or, comme le montre Régis dans son commentaire de la Lettre à Chanut du 1er février 1647, sans la considération de la convenance des perfections divines à notre égard, nous n’avons plus affaire à un amour de Dieu mais à une simple admiration de l’infini (Usage de la raison et de la foi, Fayard, 1996, p. 796). Il existe une circularité entre amour et générosité, signe de la possibilité du désintéressement. La représentation ou réflexion apporte à l’âme généreuse la joie que les autres hommes escomptent de l’acquisition de biens dépendant d’autrui. En faisant du libre arbitre le souverain bien, Descartes soustrait l’action éthique au calcul d’intérêt et à l’économie de l’échange – la Lettre du 6 octobre 1645 n’apparente-t-elle pourtant pas la pratique de la prudence à un calcul d’intérêt ?
Laurence DEVILLAIRS,
14, rue Jean-Wyrsch
25000 Besançon.
 
P. M. Morel (sous la dir. de), Platon et l’objet de la science (six études sur Platon, par J..F. Balaudé, B. Besnier, L. Brisson, J. Laurent, A. Petit, J.-F. Pradeau), Presses Universitaires de Bordeaux, 1996, 152 p.
 
 
Les six études qui composent ce recueil constituent les actes d’un colloque consacré à Platon et organisé par P.-M. Morel à l’Université Michel de Montaigne-Bordeaux-III, les 3 et 4 février 1995. Elles posent, chacune à sa façon, une double question platonicienne : qu’est-ce que savoir, et quel est l’objet de la science ? Mais par leurs problématiques respectives, elles se laissent diviser schématiquement en deux groupes, selon qu’elles optent plutôt pour une analyse de notion(s) conduisant à élucider ou à critiquer un point précis de la doctrine platonicienne [I], ou pour une interprétation plus globale du platonisme à la faveur d’une lecture nouvelle [II].
I
Parmi la première série de textes, celui d’Alain Petit est peut-être le seul qui ait pour objet principal, au lieu d’une ou de plusieurs notions prises abstraitement, un texte, au demeurant très difficile, celui du Philèbe [1], texte trop souvent commenté en fonction de ses rapports à la dialectique du Phèdre et du Sophiste, alors que la référence – tout aussi souvent négligée – à l’artificialisme du Timée serait à bien des égards très éclairante. L’auteur est amené à réfléchir sur le mode de coexistence de peras et apeiron. Il montre combien s’impose, puisque le Philèbe n’offre pas de l’illimité une version unitaire, la question de savoir s’il n’y aurait pas un passage possible entre l’apeiron au sens de multiplicité pure et l’apeiron conçu comme désordre ; et si, dès lors, il n’y aurait pas « analogie au sein des conceptions de l’apeiron, l’apeiron du sensible ayant des déterminations que l’autre n’aurait pas forcément » (p. 121).
J.-F. Balaudé concentre au contraire son analyse sur une notion et ses mutations, celle de l’Ελεγχος – qu’il renonce à traduire, « réfutation » étant « quelque peu restrictif, et “examen” ou “mise à l’épreuve”, un peu trop vague » (p. 17) – depuis les premiers dialogues, dits socratiques en raison de l’influence dominante du philosophe de l’Agora, jusqu’aux textes de maturité, où la doctrine du fondateur de l’Académie se démarque nettement de l’héritage socratique : y a-t-il rupture, éclipse suivie d’un retour, ou évolution continue marquée par un certain nombre de césures ou d’articulations significatives ? S’agissant de la philosophie telle que Platon la définit, que reste-t-il de l’art socratique de la réfutation (essentiellement critique et destiné à convaincre autrui de son non-savoir) dans la dialectique telle que la thématise La République, par exemple – c’est-à-dire une dialectique orientée vers la saisie effective des formes intelligibles ?
Cet article très précis et non moins rigoureux se présente comme une réponse à (ou un dialogue virtuel avec) deux principaux commentateurs de l’elenchos, R. Robinson [2] et G. Vlastos [3], auxquels on peut adjoindre D. Davidson [4] ; son enjeu n’est autre que la possibilité et les modalités de la recherche de la vérité [5] ; et son propos est le suivant : « Repérer, dans les dialogues platoniciens, quelques moments d’une évolution décisive, au terme de laquelle l’elenchos ne paraît plus constituer le vecteur principal du philosopher » (p. 17). Autrement dit, la thèse défendue ici est celle d’une permanence de l’elenchos, au prix d’inévitables mutations : « en fait, l’elenchos n’a jamais été éclipsé, Platon l’a fait évoluer pour le maintenir comme instrument auxiliaire du dialecticien. Il est resté, avec un autre statut, une nécessité » (p. 35).
Les étapes de cette évolution sont au nombre de trois. En premier lieu, le Gorgias est le lieu d’une radicalisation de la procédure, désormais tenue pour une méthode d’accès à la vérité – et ne serait-ce qu’en cela, il n’est déjà plus représentatif de la démarche socratique standard ; l’un des passages cruciaux est celui, dans l’entretien avec Calliclès, où l’on voit Socrate poursuivre seul l’examen dialectique (cf. 505 e et 507 c-d) après la démission de son interlocuteur (cf. 501 c-d, puis 505 c) : « Cette décision remarquable achève de confirmer la mutation qu’est en train de faire subir Platon à l’elenchos socratique, puisque l’elenchos peut désormais porter sur une thèse que l’on examine indépendamment d’un interlocuteur donné » (p. 21). La deuxième étape, dont témoignent le Ménon et le Phédon, se définit comme une sortie de l’elenchos par hypothèse, d’abord formulée, puis fondée, d’une réalité existant en soi et par soi (ατθ καθατπ, Phédon, 100 b 5) ; c’est une phase de transition, qui, tout à la fois, referme définitivement la dimension purement dissolvante de l’elenchos, dès lors qu’il y a des idées à connaître, et ouvre sur la principale difficulté, à savoir la description des articulations correctes des Idées entre elles. « Tout ceci laisse entrevoir que la dialectique est en son essence dialogante, et en conséquence, par vocation, élenctique au sens d’examinatrice. La méthode dialectique ne repose plus sur le seul elenchos réfutatif, bien que l’elenchos en un sens élargi reste une condition nécessaire de la dialectique » (p. 33). La dernière de ces mutations successives voit la fonction cathartique prédominer, et la procédure élenctique s’intégrer à la dialectique au titre de moyen de vérification et de validation ; dès lors qu’elle soigne et légitime, elle a des implications éthiques et politiques, de sorte que, finalement, elle tend à s’universaliser.
La communication de J. Laurent sur l’unicité du monde selon Platon présente les mêmes qualités complémentaires d’analyse et de synthèse. Les origines et les causes de la formule notoirement non platonicienne, et pourtant, hélas, si couramment employée, de « monde intelligible » (kosmos noetos) en sont le point de départ. Il ne s’agit pas seulement là d’un anachronisme, mais, ce qui est plus grave encore, d’un contresens majeur, et pourtant classique. Car parler de monde intelligible revient à désigner une totalité organique et réelle parallèle à celle que constitue un monde sensible qui n’en est, dès lors, qu’une doublure ou un pléonasme (cf. p. 51). C’est l’occasion d’établir un excellent état de la question – de Philon d’Alexandrie ou de l’exégèse aristotélicienne à Alain, Gadamer et quelques autres – qui révèle que la fiction du « monde intelligible » a une double fonction : elle sert tantôt à condamner Platon, tantôt à le sauver.
Si l’on s’en tient à la lettre même des textes platoniciens, force est de constater que leur auteur oppose des lieux (topoi), et non des mondes. Ainsi existe-t-il dans les livres VI et VII de La République une opposition devenue traditionnelle entre lieu visible (horatos topos) et lieu intelligible (noètos topos). « Mais, d’une part, un lieu n’est pas un monde et, d’autre part, le lieu intelligible n’est pas un lieu dans le même sens que le lieu sensible » (p. 42) : en excédant quelque peu le commentaire qui est fait de ce passage, on pourrait se demander si l’analogie, en tant qu’égalité de rapports, n’a pas précisément pour fonction d’articuler au sein d’un seul et même monde, les différences liées au chôrismos entre sensible et intelligible, autrement dit, de penser la continuité (le rapport) par-delà la séparation (la topique des points de vue sur le monde). Cette fonction d’articulation est plutôt attribuée ici aux notions de kosmos (ordre, bel arrangement) et de kosmèsis (mise en ordre). Il est clair, en tout cas, que la séparation ontologique entre sensible et intelligible ne saurait s’entendre comme une séparation réelle, radicale et définitive entre deux sphères, sous peine de tomber dans les apories du Parménide.
D’où la nécessité de postuler l’unicité d’un monde bien ordonné dans lequel la diversité des modes d’être n’exclut pas une présence réelle de l’intelligible dans le sensible en son lieu. Et ceci est nécessaire en vertu de la notion d’ordre elle-même : « Toutes les mises en ordre particulières (celle d’une âme ou celle d’une cité par exemple) ont pour horizon et pour modèle la mise en ordre globale de la nature cosmique. Mais le monde, lui, ni ne s’intègre à un autre monde, ni ne s’y oppose. Il est l’englobant. Le sens fondamental du terme kosmos est pour Platon : ordre (totalisant) assuré par une présence psychique selon des rapports d’harmonie qui assurent beauté et perfection » (p. 49).
II
À l’intérieur du monde ainsi défini, il revient au philosophe de produire l’ordre le meilleur grâce à la science politique qui est la sienne, et qui doit être souveraine. L’exposé de J.-F. Pradeau défend la thèse selon laquelle « la science, c’est-à-dire d’abord la dialectique du philosophe, a une vocation politique », que cette science soit définie par le biais d’une comparaison entre la nature psychologique de l’individu et celle de la cité, ou qu’elle soit abordée au moyen d’une assimilation avec la mise en ordre d’un matériau, donc en tant qu’ « espèce savante de production », démiurgie qui s’inscrit justement dans le cadre d’une cosmologie (p. 53). Deux chemins donc : celui de la psychologie, et celui de l’usage. Là encore, les dialogues dits socratiques sont en porte-à-faux avec la problématique politique, parce que Socrate en reste à des questions circonscrites de type « qu’est-ce que X ? » qui ne conduisent que très rarement à des investigations sur ce qu’est la polis et la science dont elle est l’objet ; et lorsque c’est le cas, celles-ci sont « comme l’occasion d’une unique injonction : l’excellence, quel que soit son domaine effectif, repose toujours sur un savoir préalable » (p. 54), de sorte que l’aspect du savoir l’emporte sur toute autre considération (p. 54).
Pour ces raisons mêmes, l’étude de J.-F. Pradeau, après un détour par l’Euthydème, le Ménon et le Gorgias qui posent pour la première fois le problème de la compétence politique, se recentre sur les deux textes majeurs que constituent La République et Le Politique. De l’un à l’autre, la science politique change de statut. En effet, dans « la première, elle n’est qu’une science à titre second et subjectif, puisqu’elle caractérise l’activité gouvernementale du dialecticien. Considérée dans le second comme un savoir épitactique et productif, elle cesse d’être le fait d’un sujet. On soulignera ainsi que le second dialogue, qui se donne pour objet la définition d’un personnage, “le” politique, s’achève sur la définition d’un art, “la” politique » (p. 67).
On l’aura compris, cette démonstration convaincante et détaillée (voir par exemple le tableau de l’Εργον de l’artisan politique, p. 63) diffère des précédentes en ce qu’elle adopte à l’égard du corpus une perspective transversale. Elle ne porte pas vraiment sur une notion ou sur une procédure platonicienne. Elle propose plus exactement une interprétation des textes selon une dominante – ou, si l’on préfère, en fonction d’une thématique –, nommément, la politique. Or, cette restriction à la politique, et cette autonomie du politique, peuvent sembler sujettes à caution quand elles sont revendiquées à propos d’un ouvrage aussi complexe et plurithématique que La République. Tous les lecteurs souscriront-ils, en effet, à cette affirmation massive, et qui semble quelque peu réductrice : « La figure du philosophe-roi peut être tenue pour la réponse donnée à une question strictement politique : ce n’est pas parce qu’il est savant que le philosophe gouverne, c’est parce que le pouvoir exige comme condition de son juste exercice la connaissance de ce qui est, qu’il doit donner lieu au philosophe » (p. 59) ?
C’est également une interprétation nouvelle du Parménide que propose L. Brisson – dont l’intervention précédait alors de peu la réédition de ce dialogue difficile et controversé, désormais retraduit, introduit et annoté par ses soins aux Éditions Garnier-Flammarion. Récusant tout autant les spéculations néo-platoniciennes que le réductionnisme formaliste, « la lecture ici proposée rompt avec cette interprétation grandiose qui voit dans la seconde partie du Parménide une description des degrés de l’être, lesquels, assimilés à des divinités, procéderaient de l’Un » (p. 69) ; Parménide cherche en vérité à fonder les axiomes d’une connaissance du Tout (τθ π2ν). L’interprétation de L. Brisson prétend ainsi adopter « une attitude plus neutre et foncièrement historique qui cherche, à travers le témoignage de Platon, à comprendre quelle fut la démarche philosophique de Parménide et de Zénon et quelle stratégie adopta Platon pour se réapproprier les résultats de ses prédécesseurs. Ce qu’elle perd en profondeur, cette interprétation du Parménide le gagne en lucidité » (p. 70) : on ne saurait mieux mettre en relief tout à la fois la force et la fragilité de cette conception d’un Parménide cherchant pour l’essentiel à fonder une cosmologie, à l’instar de l’auteur du Timée.
Trois questions orientent l’analyse. La première concerne le statut philosophique et la fiabilité historique de la mise en scène platonicienne – l’un des traits caractéristiques de la démarche de L. Brisson consistant en cette réhabilitation de la mise en scène et notamment des prologues, enfin pris au sérieux [6]. La seconde porte sur le sens de la critique des Formes intelligibles dans la première partie de dialogue. La troisième, enfin, se pose à propos du rapport entre les deux parties du Parménide. Quant à l’analyse elle-même, elle dégage huit séries de déductions, mettant en jeu quatre couples dont l’une des branches est positive et l’autre négative, et constituant finalement la structure conceptuelle d’une cosmologie qui en est l’arrière-plan. À la différence du Timée qui nous offre une description de l’univers, le Parménide se contenterait de recenser les présupposés et définitions sur lesquels ce type de description se fonde.
Enfin, une même défiance à l’égard de la tradition néo-platonicienne anime la démonstration de B. Besnier. D’après lui, l’essentiel du platonisme peut se déduire en partie des dialogues eux-mêmes, et ce dès La République, de sorte qu’il ne s’agit pas d’une doctrine « non écrite » à proprement parler. Cette nouvelle lecture est l’occasion de faire utilement le point sur l’origine et l’état des connaissances relatives aux 5γραφα δπγματα. Comme il y a beaucoup à dire, certaines pages sembleront peut-être allusives, faute d’un développement plus ample – ainsi sur la χ°ρα dont l’exposé (p. 132) est très ramassé (et un peu vertigineux). Il reste que cette ultime contribution vient opportunément clore l’ouvrage au plus près de son thème et de son titre prometteurs : l’objet de la science y est, en effet, radicalement mis en question, les études qui le précèdent trouvent ainsi un horizon dans cette confrontation à la problématique de l’école deTübingen ; et le tout forme un livre dont on se dit après l’avoir lu qu’il a effectivement tenu ses promesses.
Anissa CASTEL-BOUCHOUCHI,
150, rue de Vaugirard
75015 Paris.
 
F. W. J. Schelling, Introduction à la philosophie de la mythologie (Introduction historico-critique et Exposé de la philosophie rationnelle pure). Traduction du GDR Schellingiana (CNRS), sous la dir. de J.-F. Courtine et de J.-F. Marquet (G. Bensussan, R. Brague, M. de Launay, M.-C. Challiol, J. Colette, P. David, A. J.-L. Delamarre, Y.-J. Harder, E. Kessler, A. Pernet), Paris, Gallimard, « Bibliothèque de Philosophie », 1998.
 
 
L’enseignement du dernier Schelling est la tentative, unique en son genre, d’un achèvement de la philosophie à partir d’une scission architectonique de celle-ci : sur le premier versant, dans une philosophie négative, il s’agira de mener à bien l’exploration entièrement immanente de la raison même à travers le système organique de ses puissances, recherche qui s’en tiendra encore au seul concept ou au pur pouvoir-être, et récapitulera dans ce mouvement la totalité de l’histoire de la raison ; sur le second, la philosophie repartira de l’Étant même – l’ontôs on, das seyend-Seyende, traduit Schelling – conquis dans la montée négative vers la positivité, pour s’appliquer à penser celui-ci comme Dieu et restaurer les droits du concept, par-delà ce qui est comme la crête de la dernière philosophie, l’extase de la raison devant l’Existant [7]. Ce dévalement de la philosophie « seconde » à partir de l’expérience extatique du pur exister rencontre, en son souci de la positivité, la mythologie et la Révélation comme Faits – consignés dans les textes comme « documents » – de l’histoire de la conscience en proie à l’absolu pris dans la manifestation de soi, la Selbstoffenbarung, autorévélation de l’absolu comme esprit qui depuis les Recherches de 1809 est au centre des préoccupations schellingiennes. L’Introduction à la philosophie de la mythologie obéit à cette double ligne de la dernière philosophie : l’Introduction historico-critique, professée à Munich et à Berlin, prépare la considération spéculative du « monde fermé en soi » de la mythologie, en écartant les interprétations de celle-ci qui ne s’en tiendraient pas à la Chose même en sa donation, en sa liberté, donnant, avec elle-même, ses propres principes d’intelligibilité. Comprendre la mythologie à partir d’elle-même revient bien à répondre à la question : « Comment dois-je prendre tout cela ? » [8], mais il s’agit aussi pour Schelling, afin de pouvoir entendre la « signification » propre d’une Götterlehre qui est plus exactement une histoire des dieux (l’histoire est ici la doctrine [9], précisera-t-il), de mettre entre parenthèses notre demande de sens, et de laisser la mythologie se déployer elle-même dans le procès de sa genèse, qui est aussi celui de son vouloir dire : « La question fondamentale en ce qui concerne la mythologie est la question de la signification. Mais la signification de la mythologie ne peut être que la signification du processus par lequel elle naît. » [10] Car elle ne veut rien dire d’autre que ce qu’elle est : le devenir organique de la conscience « qui-pose-Dieu » et qui le re-pose ou l’engendre, « la plus haute conscience humaine » [11] – l’engendrement nécessaire du polythéisme dans la conscience à partir du « bouleversement » réel de celle-ci dans l’événement « supra-historique » de la chute. Principe, ainsi, de la tautégorie ( « ... Les dieux sont des êtres qui ont une existence réelle, ils ne sont pas quelque chose d’autre, ils ne signifient pas quelque chose d’autre, ils signifient seulement ce qu’ils sont » ) [12], dégagé par Schelling à partir d’une discussion herméneutique – ou « dialectique » – serrée avec les Heyne, Hermann, Hume, Voss, Creuzer, ou Müller. Dans la philosophie de la mythologie – ou de la Révélation en son sens large – s’écrit bien la philosophie de l’histoire de Schelling. Mais l’histoire est ici l’histoire en effet supra-historique (übergeschichtlich), l’ « histoire supérieure » de la conscience sous le dieu : histoire absolue de l’absolu, qui requiert aussi de la « conscience philosophique » son « élargissement » [13] à la manifestation la plus haute qui soit.
C’est à l’achèvement définitif de la philosophie négative – autrement dit : de tout ce qui s’est appelé jusqu’ici « philosophie », en dépit de quelques éclairs « positifs » – que travaille en revanche l’Exposé de la philosophie rationnelle pure, texte ultime du philosophe, commencé en 1846 et constamment remis sur le métier jusqu’en 1854. Ces Leçons – jamais prononcées – explorent la science rationnelle en son histoire, l’histoire de la métaphysique, et se proposent de repenser, une fois pour toutes, le mouvement d’intensification du concept de l’Étant tel qu’il s’accomplit dans la science des sciences : celui-ci est tout entier la réponse à la question : qu’est-ce qui est l’Étant ? – le Was que la raison veut lorsqu’elle se veut elle-même, en vue de parvenir à son propre accomplissement dans la « science maîtresse d’elle-même » –, en vue, surtout et par là même, d’accéder à « tout autre chose », qui n’est plus la pensée, l’Étant-dans-la-pensée ou le pur pouvoir-être, mais l’Étant même [14]. L’Exposé, à travers cette grande Erinnerung de la métaphysique qui doit faire accéder celle-ci à la pensée effective de l’effectivité, exigera, chemin faisant, un retour aux Grecs, Platon et surtout Aristote, « le vrai maître de l’Occident comme de l’Orient » [15], dont la pensée de l’ousia – non pas l’Étant, mais « ce qui est l’Étant » – a mis au jour presque toutes les apories qui sont encore les nôtres. Itinéraire « dialectique », ainsi, traversant l’embarras autour des principes pour aboutir au pur Quod, au pur Dass comme « reste », lorsque l’Étant est libéré de toute puissance, de toute présupposition, « résidu » devenant commencement pour une autre pensée, positive, à la rencontre de l’Étant même et de « ce qui est au-dessus de l’Étant », celui que Schelling nomme le Seigneur de l’Étant, dans une philosophie qui désormais, dans son ensemble, conduira la preuve – « toujours continuée » puisqu’elle déploiera « l’entrée de la divinité dans la conscience » et passera « par l’ensemble de l’effectivité et par toute la durée de l’espèce humaine » – de l’existence du Dieu personnel [16].
L’Exposé, par son dialogue altier avec l’histoire de la métaphysique, est, en même temps que le dernier mot de l’idéalisme allemand, l’un des textes les plus attachants de Schelling. Il est ici livré au public français dans une version indiscutable, dont les maîtres d’œuvre ne sauraient, avec tous leurs collaborateurs, être assez remerciés.
Emmanuel CATTIN,
15, rue Sidoine Apollinaire
63000 Clermont-Ferrand.
 
F. W. J. Schelling, Philosophie de l’art, traduction par Caroline Sulzer et Alain Pernet, présentation et notes par Caroline Sulzer, Grenoble, Éd. Jérôme Millon, 1999.
 
 
En vertu de l’Idée même de la philosophie en sa tenue systématique, qui en commande entièrement le déploiement, l’idéalisme allemand n’aura jamais programmé d’ « Esthétique », sauf à considérer celle-ci, rigoureusement, comme doctrine de la sensibilité. En 1820, les cours hégéliens de Berlin s’ouvriront bien – au contraire ! – sur le concept d’une « philosophie de l’art » comme science du beau artistique, c’est-à-dire de la beauté qui naît de l’esprit, et ne figure jamais, comme la religion, que le divin pensé dans la philosophie [17]. De 1802 à 1805, les Leçons schellingiennes de Iéna et Würzburg – pour Schelling comme pour Hegel, en effet, la Vorlesung, dans l’Université systématiquement réfléchie, est devenue l’expérience première de la pensée – exposent le système de la philosophie de l’art comme « reprise » de la totalité du système de l’Identité à la puissance supérieure : la philosophie est une, comme l’absolu est un, et c’est la philosophie même, à partir des premiers principes, qui est présentée en tant que philosophie de l’art, c’est le Tout lui-même, l’Universum, qui est construit philosophiquement – dans l’idéalité du concept et la lumière de l’intuition intellectuelle – sous la forme de l’art : non pas une « explication » de l’art, ainsi ( « La science n’explique pas ... » ) [18], mais en effet la « construction » du phénomène de l’art, seule capable de manifester l’Erscheinung de l’art en sa nécessité – tout comme il y a une construction de la nature, qui fait d’ailleurs office de matrice théorique pour toute la philosophie de l’Identité. Présentation réale des Idées comme dieux – la mythologie, analogue à la nature organique, et qu’elle soit ancienne ou moderne, donnant nécessairement à l’art son « matériau » –, l’art n’est rien d’autre que le déploiement de la vie de l’absolu : « Nous réclamons pour toute chose une vie particulière et libre » [19], dit un fort principe schellingien, qui jusqu’à la fin étendra son emprise. Ce qui advient sensiblement avec chaque œuvre d’art, c’est l’absoluité se recueillant dans la délimitation, l’infini dans le fini : « L’infini présenté de manière finie est beauté », écrivait Schelling dès 1800 [20]. Approfondissant une méditation commencée dès 1795 avec les Lettres philosophiques sur le dogmatisme et le criticisme [21], la Philosophie de l’art s’attachera par conséquent à penser la présentation de l’identité infinie dans le fini, présentation symbolique comme unité du schématisme – où le particulier est intuitionné à travers l’universel, ainsi dans la pensée – et de l’allégorie – où l’universel est intuitionné à travers le particulier, ainsi dans l’agir : unité parfaite, dans l’œuvre d’art, de l’universel et du particulier, que Schelling pense sous le concept d’Ineinsbildung, « uniformation » ou « ésemplasie » de l’infini et du fini [22]. L’unité symbolique ne veut surtout pas dire, en effet, que le fini signifie seulement l’infini : s’agissant de l’art, et de la mythologie comme monde de l’Imagination divine et par là « monde de l’art », « la signification est l’être même » [23], dans l’identité accomplie de l’idéalité et de la réalité. La Philosophie de la mythologie de Munich et de Berlin n’oubliera pas ce que Schelling appliquera alors, après Moritz, comme principe de la tautégorie. Attentive aux principes, la philosophie schellingienne de l’art ira pourtant, en sa partie « spéciale », jusqu’à penser en leur richesse les formes de l’art, la présentation, qui s’accomplit à chaque fois selon une figure propre, des Idées en leur absoluité : dans la série réale, comme Einbildung de l’idéal dans le réal, avec la musique, la peinture et la plastique (la musique, qui est l’acte inconscient par lequel l’âme se dénombre elle-même, où d’autre part le rythme est « la puissance dominante », est en effet pour Schelling fondamentalement plastique, comme l’architecture est essentiellement musicale), puis dans la série idéale, autrement dit dans l’idéalité de la Sprache, comme poésie, lyrique (subjective), épique (objective, comme l’est encore le roman, qui rejoint cependant le drame par la limite qu’il impose à l’action) et dramatique, où l’opposition supérieure, le combat de la nécessité et de la liberté, se représente et se concentre au foyer de sa plus haute intensité, la « nature humaine », le personnage. Schelling, chemin faisant, croisera ces « individus qui passent pour former à eux seuls une espèce », et construira aussi leur monde : Homère, qui ne fait qu’un avec la mythologie même, Sophocle, où s’accomplit l’unité essentielle du beau et du sublime, Dante, dont la Divine Comédie est moins « un poème isolé » que « le poème des poèmes, la poésie de la poésie moderne même » [24], où pour la première fois le christianisme est apparu comme mythologie, l’Arioste, le poète de l’epos moderne par excellence, Shakespeare, autre « individu collectif », Cervantès, Calderón, Goethe enfin, dont le Faust aura présenté « l’essence la plus intime, la plus pure, de notre époque », ou bien Michel-Ange, Le Corrège et Raphaël, dont la peinture laisse apparaître « l’essence suprême et vraiment absolue de l’art ».
On discutera bien, çà et là, certaines décisions des traducteurs (principalement : « être » pour Wesen, « essence » restant sans doute plus exact pour ce concept central du système de l’Identité comme de la Phénoménologie hégélienne, « forme » pour Gestalt, ou bien les traductions diverses de für sich, « pris à part », « à lui seul », « pour lui seul », et le dispositif des italiques et des majuscules pour restituer les différences conceptuelles de l’allemand : ainsi la distinction – qui n’est pas une nuance ! – Gestalt/Form). Mais la publication de la Philosophie de l’art en français, contribution décisive à la connaissance d’une époque encore insuffisamment explorée de la spéculation schellingienne, est un événement qu’il convient de saluer.
Emmanuel CATTIN,
15, rue Sidoine Apollinaire
63000 Clermont-Ferrand.
 
Duns Scot, Prologue de l’Ordinatio, présentation et traduction annotée de G. Sondag, Paris, PUF, « Épiméthée », juin 1999, 436 p.
 
 
M. Sondag met à notre disposition une traduction fidèle, finement annotée, du prologue de l’Ordinatio de Scot avec, en regard, le texte latin de la grande édition vaticane (dont M. Sondag corrige d’ailleurs deux lectures, p. 329 et p. 361). On ne trouvera pas dans cet ouvrage les commentaires continus auxquels le traducteur nous avait habitués, mais cinq scolies exposent avec fermeté et précision les problèmes que cherchait à résoudre Scot.
Aussi bien, la longue introduction à la Théologie comme science pratique (qui est la traduction du prologue de la Lectura) pourra-t-elle en l’espèce éclairer le lecteur : M. Sondag y compare plusieurs fois le contenu de la Lectura à celui de l’Ordinatio, cherchant dans celle-ci des éléments de réponse aux difficultés que celle-là soulève (cf. p. 90-95). Ainsi, pour ne donner qu’un exemple, dans la note 89 de la Théologie comme science pratique (p. 129), M. Sondag espérait-il, par la nouvelle traduction qu’il préparait, clarifier un aspect insaisissable des positions scotistes : « En quel sens peut-on dire que la théologie divine est une science pratique, ceci non seulement pour les vérités contingentes, mais aussi et surtout pour les vérités nécessaires, compte tenu de la structure de l’acte pratique, caractérisé par l’ordre “objet-intellect-volonté” ? » (p. 91). Si l’on n’y voit guère plus clair à la lecture de l’Ordinatio [Duns Scot laissant sur ce problème le débat ouvert (n. 380 et n. 390)], reste que c’est Scot lui-même qui signale la complexité du rapport de la volonté et de l’intellect en Dieu, dès lors qu’est repensée – ce qui est l’objet de la cinquième partie du prologue – la compréhension même de l’acte pratique (moral et libre).
Rappelons, en effet, le contenu du texte : Scot pose cinq questions : 1 / Un enseignement surnaturel est-il nécessaire à l’homme pour connaître sa fin véritable ? 2 / Si oui, la connaissance surnaturelle nécessaire à l’homme voyageur est-elle communiquée de manière suffisante par la sacra scriptura ? 3 / Quel est l’objet de la théologie ? 4 / Est-elle une science ? 5 / Est-elle une science pratique ou spéculative ? En montrant, dans le point cinq, que la science théologique est une science pratique, Duns Scot donne au prologue de son œuvre maîtresse une unité remarquable :
Premièrement, si l’homme ne peut pas ex puris naturalibus déterminer la fin à laquelle il est véritablement ordonné – ce qui répond à la première question –, ce n’est pas l’éthique comprise comme interrogation sur le choix des moyens susceptibles d’atteindre cette fin, mais un enseignement surnaturel qui révèle à l’homme ce qui parfait sa nature : « La nature est davantage magnifiée qu’elle ne le serait en posant que la suprême félicité qui est possible pour elle est cette félicité naturelle. Rien d’étonnant aussi s’il y a dans une nature une capacité à recevoir passivement une perfection plus grande que celle à laquelle s’étend sa causalité active » (n. 75).
Puis donc que le rapport de l’homme à la connaissance de sa fin est profondément modifié par l’analyse scotiste, c’est secondement l’ordre descriptif traditionnel de l’action – fin, désir d’atteindre cette fin, choix intellectuel des moyens les plus judicieux pour y parvenir –, qui est rejeté au profit d’un nouvel ordre pratique : objet, intellect, volonté. En effet, l’application de notre intellect à l’objectum voluntarium qu’est Dieu dans sa révélation nous renseigne sur notre fin véritable, et la théologie en nous, pensée sous les espèces d’une science pratique, a dès lors pour fonction de conformer l’acte humain, exprimé (elicitus) par une volonté libre, à sa rectitude : « la connaissance a par soi la première relation, c’est-à-dire l’aptitude à conformer l’acte pratique, de l’objet de l’intellect ; cet objet est la rectitude de l’acte pratique, ou ce qui contient à l’état virtuellement connu cette rectitude ; et c’est pourquoi afin d’être droit, l’acte pratique [qui est celui de la volonté libre] doit être conforme à cette connaissance (...) » (n. 265).
C’est parce que nous ne savons pas de notre seul fonds quelle est la véritable perfection de notre nature que la théologie est in fine définie comme science pratique. Davantage, le texte ne présenterait pas une telle unité si Scot en opposant la théologie en soi (la parfaite connaissance que Dieu a de lui-même comme haec essentia) à la théologie en nous (la connaissance nécessairement imparfaite que nous pouvons avoir de Dieu) ne dessinait le cadre conceptuel et critique non seulement de sa morale, mais aussi bien de sa métaphysique et de sa noétique. Dès le prologue de cette œuvre maîtresse, l’arrière-plan éthique donne leur sens aux méditations les plus rigoureuses de celui pour qui la douceur était un trait caractéristique de l’homme.
M. CERVELLON,
7, rue de Godefroy-Cavaignac
75011 Paris.
 
NOTES
 
[1] Est largement discutée, à cette occasion, l’Introduction et les commentaires de Gosling à sa traduction du Philèbe, Oxford, 1975.
[2] Cf. R. Robinson, Plato’s Earlier Dialectic, Oxford, 19532.
[3] Cf. G. Vlastos, Socratic Studies, Cambridge, 1991, Socrate, trad. fr. C. Dalimier, Paris, 1994.
[4] Cf. D. Davidson, « Le philosophe de Platon », trad. fr. M. Canto-Sperber, in Les paradoxes de la connaissance, M. Canto-Sperber (éd.), Paris, 1991.
[5] Sur la vérité comme enjeu de l’elenchos personnel, voir, du même auteur, « La finalité de l’elenchos d’après les premiers dialogues de Platon », in Lezioni socratiche, G. Giannantoni et M. Narcy (éds), Naples, Bibliopolis, 1996, en part. p. 249-258.
[6] Aux antipodes de cette attention portée à la mise en scène, on peut citer le point de vue, à cet égard sans appel, de M. Dixsaut : « La volonté de mettre l’accent sur la forme dramatique ou littéraire des dialogues relève d’une confusion essentielle entre le dialogue comme mode théâtral ou rhétorique d’exposition et le dialogue comme structure interne de la pensée... » (Le naturel philosophe. Essai sur les dialogues de Platon, Paris, 19942, Avertissement à la deuxième édition).
[7] Sur le concept difficile d’extase et l’intuition intellectuelle, on se reportera au livre de Jean-François Courtine, Extase de la raison. Essais sur Schelling, Paris, Galilée, 1990, et à celui de Marie-Christine Challiol, Schelling. Une philosophie de l’extase, Paris, PUF, 1998. On rappellera les traductions récentes des leçons sur la philosophie de la mythologie : Philosophie de la mythologie, tr. A. Pernet, Grenoble, J. Millon, 1994, et Leçons inédites sur la philosophie de la mythologie, tr. A. Pernet, J. Millon, 1997. Le cours sur Le Monothéisme a également été traduit par A. Pernet, Paris, Vrin, 1992.
[8] Leçon une, SW XI, p. 10 ; tr. p. 31.
[9] Leçon huit, SW XI, p. 198 ; tr. p. 197.
[10] Leçon huit, SW XI, p. 194 ; tr. p. 194.
[11] Leçon neuf, SW XI, p. 222 ; tr. p. 219.
[12] Leçon huit, SW XI, p. 196 ; tr. p. 196.
[13] Leçon dix, SW XI, p. 252 ; tr. p. 244.
[14] Cf. la fin de la Leçon treize, SW XI, p. 320 ; tr. p. 303.
[15] Leçon seize, SW XI, 382 ; tr. p. 359 : cela va si loin que l’ « on ne comprend pas Aristote si l’on s’en tient à lui. Il faut aussi savoir ce qu’il ne dit pas... ».
[16] Leçon vingt-quatre, SW XI, p. 571 ; tr. p. 525.
[17] Cf. la récente et remarquable traduction due à J.-P. Lefebvre et V. von Schenck, Cours d’esthétique, t. I-III, Aubier-Flammarion, 1995-1997.
[18] Philosophie de l’art, SW V, 418 ; tr. p. 110.
[19] SW V, 393 ; tr. p. 86.
[20] Système de l’idéalisme transcendantal, SW III, 621 ; tr. Ch. Dubois, Louvain, Peeters/Institut supérieur de philosophie, 1978, p. 253. Sur le Système de 1800 et la signification de l’art dans la pensée de Schelling, on lira le livre de Dieter Jähnig, Schelling. Die Kunst in der Philosophie, Pfullingen, Neske, 1966.
[21] Traduites par Jean-François Courtine, in Premiers écrits, Paris, PUF, « Épiméthée », 1987.
[22] Sur la philosophie de l’Identité et la pensée schellingienne de l’imagination (Einbildung, Einbildungskraft, Ineinsbildung), on se reportera à l’article fondamental de Jean-François Courtine : « De l’Universio à l’Universitas : Le déploiement de l’unité », in Extase de la raison, Paris, Galilée, 1990.
[23] SW V, 411 ; tr. p. 103.
[24] SW V, 687 ; tr. p. 345.
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Cf. R. Robinson, Plato’s Earlier Dialectic, Oxford, 19532. Suite de la note...
[3]
Cf. G. Vlastos, Socratic Studies, Cambridge, 1991, Socrate...
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[4]
Cf. D. Davidson, « Le philosophe de Platon », trad. fr. M....
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Sur la vérité comme enjeu de l’elenchos personnel, voir, d...
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Aux antipodes de cette attention portée à la mise en scène...
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Sur le concept difficile d’extase et l’intuition intellect...
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Leçon une, SW XI, p. 10 ; tr. p. 31. Suite de la note...
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Leçon huit, SW XI, p. 198 ; tr. p. 197. Suite de la note...
[10]
Leçon huit, SW XI, p. 194 ; tr. p. 194. Suite de la note...
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Leçon neuf, SW XI, p. 222 ; tr. p. 219. Suite de la note...
[12]
Leçon huit, SW XI, p. 196 ; tr. p. 196. Suite de la note...
[13]
Leçon dix, SW XI, p. 252 ; tr. p. 244. Suite de la note...
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Cf. la fin de la Leçon treize, SW XI, p. 320 ; tr. p. 303...
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Leçon seize, SW XI, 382 ; tr. p. 359 : cela va si loin qu...
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Leçon vingt-quatre, SW XI, p. 571 ; tr. p. 525. Suite de la note...
[17]
Cf. la récente et remarquable traduction due à J.-P. Lefeb...
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[18]
Philosophie de l’art, SW V, 418 ; tr. p. 110. Suite de la note...
[19]
SW V, 393 ; tr. p. 86. Suite de la note...
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Système de l’idéalisme transcendantal, SW III, 621 ; tr. C...
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Traduites par Jean-François Courtine, in Premiers écrits, ...
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Sur la philosophie de l’Identité et la pensée schellingien...
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SW V, 411 ; tr. p. 103. Suite de la note...
[24]
SW V, 687 ; tr. p. 345. Suite de la note...