Les études philosophiques
P.U.F.

I.S.B.N.9782130526056
168 pages

p. 317 à 331
doi: 10.3917/leph.023.0317

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n° 62 2002/3

Comment Merleau-Ponty renouvelle-t-il l’ontologie de la perception héritée d’Aristote ?

Annick Stevens
Partant du constat qu’il existe à la fois une très grande similitude entre les philosophies de la perception d’Aristote et de Merleau-Ponty, et une revendication de ce dernier de s’affranchir du cadre ontologique hérité, cet article cherche à définir où se situe exactement la différence entre les deux conceptions. Il écarte d’abord l’hypothèse d’une assimilation ontologique totale entre sentant et sensible dans l’indistinction de la chair, dans la mesure où ce tissu n’est pas un uniforme mais peut toujours présenter la dualité adhérente de l’envers et de l’endroit. Ensuite se pose la question de savoir si la Visibilité en général, comme puissance indéterminée, était impensable pour Aristote en raison de sa théorie de la substance – et il est montré que celle-ci, bien comprise, admet la pure puissance, tout en favorisant la détermination. Dès lors, la différence entre les deux auteurs se manifeste plutôt dans la conception de l’être, qui pour Merleau-Ponty demeure en retrait, tandis que pour Aristote il est toujours a priori déterminable, quoique selon des modalités irréductiblement multiples. Starting from the observation that there is at once a great similarity between the perception philosophy of Aristotle and Merleau-Ponty, and a claiming from the latter to emancipate oneself from the inherited ontological frame, this article tries to define where exactly stands the difference between the two conceptions. It first dismisses the hypothesis of a complete ontological assimilation between perceptive and perceptible in the indistinction of the « flesh », as far as this « web » is not a uniform but can always produce the adhering duality of inside and outside. Then comes the question whether the general Visibility, as indeterminable potency, was unthinkable by Aristotle because of his substance theory – and it is showed that this theory, if well understood, admits the pure potency even favouring the determination. Finally, the difference between the two thinkers appears rather in the conception of Being, that, according to Merleau-Ponty, stands in the background, while, according to Aristotle, it is always a priori determinable although in irreducibly multiple modes.


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