La division et l’unité du politique de Platon
Dimitri EL Murr
Encadrant le Sophiste, le Théétète et le Politique, pris tous les deux ensemble, soulèvent des questions et suggèrent des réponses quant à la double relation entre le philosophe et le politique, d’une part, et entre Socrate et l’Étranger d’Élée, d’autre part. Je montre ici que certains aspects de la Digression du Théétète sur la nature des philosophes servent à critiquer les questions que pose La République ainsi que les réponses qu’elle donne sur la philosophie et la politique (en particulier la question « Un roi est-il heureux ? »). Cette critique prépare ainsi le terrain pour les différentes analyses qui sont données dans le Politique, dialogue qui sépare l’enquête sur la royauté ou la politique, des réflexions sur le bonheur, précisément de cette façon que réclame le philosophe dépeint par le Socrate de la Digression. J’avance que Socrate ne pouvait lui-même proposer l’idéal du vrai politique, bien que certains éléments du Théétète en signalent le besoin. Cet idéal peut bien être vécu par un philosophe ; toutefois devenir un politique transforme en profondeur le philosophe (il perd le loisir qui est le sien, il se destine essentiellement à la direction de la cité), au point que le Politique estime plus correct de le définir comme un politique plutôt que comme un philosophe. Je suggère finalement, en m’appuyant sur ce qui précède, que Socrate et l’Étranger d’Élée sont complémentaires, en ce que tous deux sont engagés dans la philosophie, sans qu’aucun des deux ne puisse la définir ou l’incarner complètement.
Considering the Theaetetus and Statesman together – as the two dialogues explicitly said to flank the Sophist – both raises and suggests answers to questions about the relationship between philosopher and statesman, and the relationship between Socrates and the Eleatic Stranger. It is argued that aspects of the Theaetetus « Digression » on the nature of philosophers serve to criticise the questions raised and answers given about philosophy and statecraft in The Republic (in particular, the question « Is a king happy ? ») and so to introduce the different analysis of these matters which will be given in the Statesman, which separates its inquiry into kingship or statecraft from its reflections on happiness in just the way called for by Socrates’ philosopher in the « Digression ». It is then argued that the ideal of a true statesman is one which Socrates could not have advanced, although aspects of the Theaetetus signal the need for such an ideal. And that ideal is one which may be lived out by a philosopher, but in becoming a statesman, crucial aspects of that philosopher are redefined (he loses leisure, he becomes essentially oriented to ruling in the city) such that the Statesman suggests that it is more correct to define him as a statesman than as a philosopher. Finally, it is suggested drawing on aspects of the preceding that the relationship between Socrates and the Eleatic Stranger is complementary in that both are committed to philosophy, although neither can define or exhibit it fully.
• I. Une unique division
• II. Des premières divisions au mythe
• III. Correction et poursuite de la division
— Les deux erreurs des premières divisions
— Le télos du mythe
— Mythe et paradigme : la neutralisation axiologique
• IV. Retour sur les premières divisions
• V. L’application du paradigme et la fin de la division
— Les fonctions du paradigme du tissage
— La division du tissage : causes et finalité
— Arts auxiliaires et arts subalternes : l’application du paradigme et ses limites
— Définition
• Conclusion : La logique de la division : classer ou définir ?
• ANNEXE
• Références bibliographiques