Les études philosophiques
P.U.F.

I.S.B.N.9782130555346
140 pages

p. 281 à 282
doi: en cours

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n° 78 2006/3

2006 Les études philosophiques

Présentation

Rodolphe Calin
Les Études philosophiques ont voulu dans ce numéro s’associer à la célébration du centenaire de la naissance d’Emmanuel Lévinas en faisant appel à de jeunes auteurs, français mais aussi étrangers, dont les travaux sur Lévinas ont pour certains d’entre eux paru ces dix dernières années, ou sont pour d’autres – qui n’ont pas encore soutenu leur thèse – encore commençants. Il s’est agi ainsi de témoigner de l’extraordinaire vitalité des études lévinassiennes, tant en France qu’à l’étranger, dans laquelle il serait vain de ne voir qu’un simple phénomène de mode. Elle souligne au contraire l’importance d’une pensée qu’il n’est plus désormais permis de méconnaître, et qui – elle qui cependant n’a cessé d’interroger et de mettre en question l’ « expression grecque, c’est-à-dire sur le mode de notre langage universitaire d’Occident » [1] dans laquelle se coule la pensée philosophique, mais l’a fait et n’a pu le faire que dans ce langage même où toute pensée, reconnaît-elle, doit inéluctablement se traduire – trouve de plus en plus sa place au sein de l’université, où elle suscite maintenant de nombreuses vocations de chercheurs.
Les études réunies reflètent, autant que possible, la diversité des territoires – ici phénoménologique, éthique et politique – que la pensée lévinassienne a contribué à renouveler. Les quatre premiers articles s’attachent à des questions directement phénoménologiques : qu’il s’agisse d’aborder la difficile question de la mémoire dans cette pensée d’une altérité qui se produit comme un passé échappant à toute mémoire, mais qui cependant s’écrit aussi sous le signe de la mémoire, comme en témoigne la dédicace de Autrement qu’être ou au-delà de l’essence (Olivier Campa) ; de souligner le lien entre la responsabilité et la corporéité (Rodolphe Calin) ; d’interroger les aspects essentiels et problématiques de la phénoménalité chez Lévinas à partir de la figure du féminin (Matthieu Dubost) ; de relire l’éthique de la responsabilité passive pour autrui à partir des premiers ouvrages de Lévinas qui posent la question de la libération du moi (Jeffrey Kosky). Les deux derniers articles abordent plus particulièrement l’aspect proprement éthique de la pensée lévinassienne, pour le premier, et sa dimension praxique et politique pour le second : il s’agit de partir de la pensée du visage pour montrer qu’elle permet de délivrer un certain humanisme de ses préjugés substantialistes, et d’éclairer la question de l’accès à l’humain, tel qu’il se pose notamment dans le champ de la bioéthique (François-David Sebbah) ; il s’agit ensuite de se demander s’il y a place, dans l’éthique lévinassienne, pour une pensée de l’action et de l’engagement pratique, et de tenter de développer « une praxis lévinassienne de la responsabilité » (Michel Vanni).
Lévinas a pu voir dans la jeunesse la situation concrète où le mot Dieu prend sens. « Quant à moi, écrit-il dans “Jeunesse d’Israël”, je ne cherche pas le sens du terme – le plus compréhensible et le plus mystérieux – Dieu, dans quelque système théologique, j’essaierai de le comprendre à partir de la situation où apparaît un homme qui en vérité n’a peur de personne » [2], situation qui fut quelques lignes plus haut dans cette lecture talmudique reconnue comme une possible définition de la jeunesse. La jeunesse n’ayant peur de personne et contestant le pouvoir, mais au nom d’un absolu, au nom de Dieu, ce n’est rien d’autre que la pensée elle-même dans son attention au mot Dieu – à Dieu qui pour Lévinas n’est pas objet de foi mais n’est et ne doit rester qu’un mot –, mot exceptionnel et unique qui, parce qu’il « ne fixe pas de thèmes et n’entend rien identifier » [3], invite la pensée à se détourner du thème et de l’objet qui l’enserrent et où elle s’oublie, c’est-à-dire à penser autrement et plus qu’elle ne pense. On espère donc qu’aux jeunes auteurs ici réunis cette jeunesse n’aura pas fait défaut, et qu’ils auront su d’abord ne pas enfermer la pensée lévinassienne dans son Dit, mais en renouveler le sens.
 
NOTES
 
[1] À l’heure des nations, Paris, Minuit, 1988, p. 63.
[2] Du sacré au saint. Cinq nouvelles lectures talmudiques, Paris, Minuit, 1982, p. 72.
[3] En découvrant l’existence avec Husserl et Heidegger (1949), Paris, Vrin, 1979, éd. augmentée, p. 236.
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[2]
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