Un dilemme pour le contractualisme contemporain ?
Biens sociaux et calculs utilitaristes
Véronique Munoz-Dardé
L’un des attraits des théories contractualistes de Rawls et de T. M. Scanlon est l’attention qu’elles accordent aux plus démunis. Cependant nous pensons qu’une société bonne doit également contribuer au développement des biens culturels et sociaux. Dans cet article, nous envisageons les dilemmes du contractualisme confronté à ces deux composantes d’une société bonne. L’une des caractéristiques essentielles du contractualisme, par contraste avec l’utilitarisme, est l’accent que cette théorie met sur la perspective individuelle. Étant donné l’urgence des besoins des plus démunis, il pourrait sembler que la seule justification des biens sociaux réside dans un calcul consistant à additionner les avantages individuels, de sorte que la somme des bénéfices culturels l’emporte. Or nous montrons que le contractualisme scanlonien peut apporter une solution intuitivement acceptable à la justification des biens sociaux dans une perspective individualiste, sans être contraint pour autant à adopter un calcul utilitariste.
One of the commendable features of contractualist theory in the work of Rawls, and that of T. M. Scanlon, is the stress it places on the position of the worst off. However, in general we think that the good society ought equally to contribute to the development of cultural and social goods. With that in mind, one can pose a dilemma for contractualism : can it respect both of these claims on the good society ? What is distinctive of contractualism over utilitarianism is its focus on the individual perspective, where each in turn may reasonably reject a policy which neglects their needs or makes too much demand on them. In the face of the urgent needs of the worst off, it appears as if cultural goods can be justified only by aggregating the claims of the many, thereby rejecting the individualistic perspective. In this paper we outline the dilemma and show how it can be resolved in an intuitive manner without abandoning the individualistic perspective which contrasts contractualism with utilitarianism.
• Introduction
• Le problème et quatre solutions
— La « contrainte individualiste »
— Quatre solutions possibles
• Ce que nous pouvons et ne pouvons pas raisonnablement refuser aux autres membres de la société
— Quels sont les termes de la comparaison ?
— Quand est-il raisonnable de rejeter une politique publique ?
— Les limites psychologiques et raisonnables à ce qu’autrui peut attendre de nous
• Sacrifices individuels et biens sociaux
— Le problème : le caractère spécifiquement social de certains biens
— La différence entre justification individuelle et bénéfices individuels
— La différence entre le cas de Jones
et celui de l’adolescent malade
• Conclusion
• Bibliographie