Les études philosophiques
P.U.F.

I.S.B.N.9782130561293
144 pages

p. 145 à 146
doi: en cours

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n° 81 2007/2

2007 Les études philosophiques

Présentation

Emmanuel Housset
Le terme de « personne » est devenu aujourd’hui un mot vide à la signification évanescente et il est urgent de lui redonner la dignité d’un concept si l’on ne veut pas voir l’affirmation de la valeur de la personne devenir purement artificielle et, par là, impuissante. Cette urgence n’est pas seulement théorique, mais elle est également pratique, puisque dans le relativisme et le nihilisme contemporain il ne semble plus possible de vivre dans la conscience de ce qu’il en coûte d’être une personne et plus précisément d’avoir à l’être. Il s’agit donc de considérer comme une tâche historique essentielle de réactiver les sources spéculatives du concept de personne et de les confronter, sans anachronisme, aux philosophies actuelles de la personne afin de montrer en quoi l’idée ancienne de personne peut être encore pour nous une idée nouvelle.
Philippe Cormier montre que c’est philosophiquement avec saint Augustin que l’homme est devenu « en personne » le « sujet » de sa vie. Il montre comment avant toute pensée du « moi » saint Augustin déploie une pensée du soi comme relation à soi. Cela le conduit à dévoiler la structure trinitaire de l’homme qui est substantiellement personne à l’image de Dieu substantiellement personnel. Camille de Belloy explique, lui, en quoi c’est en théologien que saint Thomas aborde la question de la personne et en quoi la doctrine de la « relation subsistante » est riche de promesse pour la philosophie actuelle, même s’il faut se garder d’en faire une lecture anachronique. Tout en exposant comment saint Thomas reprend la définition de Boèce, il expose en quoi le nom de « personne » convient d’abord à Dieu et en quoi la relation n’a rien d’extrinsèque, même s’il convient de ne pas confondre personne et relation. Après cette élucidation de l’invention du concept biblique de personne dans la théologie médiévale, il est possible de voir, avec Philippe Grosos, que, si Hegel ne voit dans la personne qu’un masque de l’Esprit, Maine de Biran, lui, déploie toute une pensée de l’identité personnelle qui conduit à dégager « l’élément personnel pur » de l’individualité à partir de la prise en compte du corps subjectif. Camille Riquier montre alors en quoi la conception bergsonienne de la personne est singulière, car elle dépose le concept traditionnel de sujet et comprend la personne comme temps. L’unité de la personne se donne dans la pluralité de ses états et, de ce fait, la personne ne repose pas sur un sujet assuré de soi mais sur l’incertaine pointe du corps. La fatigue d’être une personne ne peut se dissiper que dans un surcroît d’effort. Enfin, au terme de cette confrontation entre le concept médiéval de personne et le concept contemporain de personne, Emmanuel Housset se propose d’exposer une dramatique de la personne de façon à montrer que la personne n’est qu’en ayant à être selon une identité d’exode. La méthode phénoménologique donne les moyens d’accéder à une telle ipséité qui engage la totalité de notre être. Ainsi, il est possible de réactiver aujourd’hui ces dimensions relationnelle, responsive et événementielle de la personne qui avaient déjà été mises au jour par la puissance spéculative de la théologie médiévale mais qui furent oubliées.
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