La lettre de l'enfance et de l'adolescence
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I.S.B.N.2865868745
104 pages

p. 23 à 29
doi: 10.3917/lett.044.29

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Dossier : Ruptures et consentements - Problématiques

no 44 2001/2

2001 La lettre de l’enfance et de l’adolescence Dossier : Ruptures et consentements - Problématiques

Le placement familial : les ruptures qui précèdent la séparation

Arlette Pellé  [*]
Le placement d’un enfant dans une autre famille, souvent perçu par les intervenants sociaux comme un acte posé en « désespoir de cause », échappe à une réflexion sur les ruptures et les consentements, alors que ces catégories sont au centre de son dispositif, autant pour les équipes que pour les usagers : parents et enfants. On parle volontiers de séparation puis de placement, on préfère dire : « Le parent consent ou pas, il est d’accord ou pas », évitant ainsi de penser conflit, opposition, arrachement. Les mots séparation, consentement, symbolisation, accompagnement... modèrent un processus qui contient en lui-même les germes d’une violence déniée.
Quelle différence, et de quel ordre, existe-t-il entre une rupture et une séparation ? Le dictionnaire dit :
  • rupture, étymologiquement, rompre. Action par laquelle une chose est rompue ; fait de rompre, de s’arracher, fait de s’interrompre brusquement, fait d’annuler un contrat...
  • séparation, la forme ancienne de séparer était sevrer. Action de se séparer, de quitter, désunion, se dit de la rupture conjugale ; action de séparer, de mettre à part, dans des lieux différents des choses, des personnes qui étaient ensemble, action de se quitter en parlant des personnes d’un couple, éloignement physique... ; séparation des corps, jugement qui autorise les époux à vivre séparément.
L’exemple du divorce pour l’emploi de ces deux mots va nous permettre de clarifier : « Le divorce est la rupture, consacrée par le droit, de l’union conjugale. Ce caractère le distingue nettement de la séparation de corps qui ne rompt pas le lien matrimonial, mais fait seulement disparaître l’obligation de cohabitation, et de la séparation de fait... » On comprend bien pourquoi dans le placement familial, le mot séparation est préféré à celui de rupture. L’enfant est bien séparé de ses parents, pour vivre dans un lieu familial différent. La séparation concerne un acte, celui où l’enfant est séparé de sa famille. Cette séparation est la conséquence d’un autre acte, différent et préalable : celui de la rupture des liens symboliques avec les parents.
Si la séparation concerne tout individu qui apprend à perdre ou à renoncer à une jouissance du corps (dont le sevrage est le prototype), pour la déplacer en une autre forme de jouissance, ou tout individu qui se sépare d’un autre, la rupture serait l’acte légal qui annule un contrat, l’acte de rompre quelque chose d’institué. La rupture, dans le sens où l’on emploie ce mot couramment dans le placement familial, signifie une séparation non symbolisée, une séparation en urgence, brutale, non préparée. Dans ce cas, le discours commun nous dirait : « Aidons l’enfant à symboliser la séparation pour qu’elle ne fasse pas rupture. » Le mot séparation a alors une connotation positive, alors que celui de rupture a une couleur négative : « Le travail n’a pu être fait ou a été mal fait. » Il y a lieu de distinguer cet emploi du mot rupture et la rupture dans le sens de l’acte qui annule un contrat, un engagement. On dirait alors, un contrat ou un engagement est rompu. Nous voulons montrer qu’il y a dans tout placement des ruptures qui précèdent la séparation. De quel ordre sont-elles ?
Comment la rupture considérée comme rupture d’un pacte, rupture de quelque chose d’institué, selon la définition qui nous est donnée de ce mot, peut-elle être pensée pour le placement familial ? En quoi le placement familial aurait-il affaire à ces deux actes distincts dans le temps et dans leurs effets rupture et séparation ?
La société délègue au service de placement, à l’intervenant social et au juge le pouvoir de confirmer, de signifier aux parents, qu’ayant transgressé la Loi symbolique, ils ont rompu les liens symboliques qui les unissaient à leur enfant. Une séparation s’ensuit et un placement a lieu. Cet enfant a des parents qui n’assument pas leur place de père ou de mère, de ce fait ils deviennent subjectivement pour lui, homme ou femme, enfants, sœur ou frère... On juge les parents de l’enfant défaillants, mais surtout, on juge qu’ils ne peuvent plus ou pas assumer leur fonction parentale. La fonction de père et de mère qui leur est attribuée par la société, à la naissance d’un enfant, constitue le contrat d’engagement majeur, au-delà de toute signature. L’enfant ne pouvant choisir ses parents, ceux-ci le deviennent à partir du moment où ils le reconnaissent. Qu’est-ce que devenir parent ? Élever un enfant en lui transmettant un nom, celui de ses aïeux et la Loi symbolique de l’interdit de l’inceste, loi d’humanisation, loi en place d’exception. Tout parent est tenu d’obtenir la satisfaction de sa jouissance en dehors de l’enfant et en aucun cas avec lui. Il lui est interdit, pour exercer sa fonction parentale, de jouir sexuellement de l’enfant (en l’abusant ou en le maltraitant). Cet interdit fonde un contrat tacite, un acte fondateur intégré à la Loi symbolique d’interdit de l’inceste, loi non écrite, loi par excellence qui fait tenir toutes les autres. (Je ne développerai pas davantage ce point ici.) Tout comme cette Loi, cet engagement initial n’a nulle nécessité d’être exprimé ni légiféré, il est de même essence que la Loi. Or ces parents transgressent cette Loi, et de ce fait leur fonction parentale se dissout tout comme la Loi. Le pacte liant enfants et parents est rompu, partiellement. C’est en tant qu’ils ne peuvent occuper cette place de père ou de mère que leur enfant leur est retiré pour être placé.
Un tiers, intervenant social et juge, entérine par un acte la rupture de l’engagement des parents, les destituant légalement de leur fonction symbolique auprès de l’enfant. Pour cela, aucune déchéance parentale légale n’est nécessaire. Il suffit qu’un tiers institué intervienne dans le dessein de séparer l’enfant de sa famille (pour des raisons de grave défaillance parentale) pour produire un acte qui destitue les parents. Cet acte est posé comme si toute la fonction parentale était atteinte, comme si une entame partielle était irreprésentable. Le placement de l’enfant sera alors considéré comme une protection de l’enfant contre des parents dangereux, autant aujourd’hui que demain, contre des parents suspectés, autant aujourd’hui que demain, de reproduire la même transgression, et non pas comme une séparation permettant à ces parents de symboliser une forme de « parricide [1] ». Par exemple, dans les cas d’abus sexuels ou de maltraitance, un père fantasmatiquement « tue le père », en s’éliminant de sa propre place de père.
Rupture d’un engagement et rupture des liens : « Tes père et mère ne sont plus garants de la transmission de la Loi symbolique, de la Loi des humains », telles sont les ruptures d’où s’origine la séparation. Ces ruptures vont être déniées et donc éternisées par un discours autant juridique que social. Le rideau s’abaisse sur ce temps précédant la séparation : ce temps qui destitue les parents de leur fonction.
Comment un discours compréhensif, explicatif, démocratique et libéral, énoncé et partagé par l’ensemble des intervenants, fonctionne-t-il comme faux semblant, organise-t-il les séquences du placement familial en masquant son acte fondateur ? L’acte dit à l’enfant : « Ta famille ne garantit pas ta protection », mais le discours ajoute : « Il est important que tu y retournes. » L’acte dit : « Tes parents n’exercent plus leur fonction parentale », le discours dit : « Ils exercent l’autorité parentale. » L’acte dit : « Tes parents sont maltraitants, malades mentaux, violents, abuseurs », le discours dit : « Tu peux les aimer, on peut les aider, les comprendre, les accompagner... ».
Le « maintien des liens » participe d’une équivoque au sens où il maintient certainement « la rupture des liens », du fait que cette rupture est passée sous silence. Une rencontre réelle dans ce contexte peut avoir pour effet de faire rencontrer à l’enfant le réel de la destitution des parents, avec le rappel du traumatisme subi.
Le discours soft raisonne en évacuant la violence d’un acte, qui n’en reste pas moins vaillante, et indique comment le réparer : mais s’agit-il d’aider les instances sociales à évacuer leur culpabilité ou bien de réparer l’instance symbolique fragilisée chez ces parents ? S’agit-il de réparer « les violences » faites à l’enfant, ou de réparer la violence déniée d’un acte ? La rupture des liens parents-enfants, la rupture des liens sociaux que l’enfant a établis précédemment, école, copains, espaces, repères quotidiens, ne sont pas reconnues à leur juste place. L’enfant ne peut pas accomplir le deuil de certaines images parentales, le deuil de ce qu’il a connu précédemment, deuil d’une vie familiale, même si elle était hors norme, deuil de certaines constructions des parents, même si elles ne correspondaient pas à la réalité, deuil de sa place d’enfant dans cette famille-là, même si cette place n’était pas reconnue, même si elle était source de souffrance.
On a pu dire que ce discours soutient un idéal de la famille classique : « Rien de mieux pour élever un enfant que ses parents. » Au premier abord, on pourrait soutenir cette idée, d’autant plus que dans notre culture, la famille nucléaire a la peau dure, mais la reproduction des ruptures de contrat au cours d’un placement sont tellement courantes, toujours justifiées pour le bien de l’enfant, qu’un autre mécanisme est en jeu.
L’écart entre ce discours soft qui positionne tous les actes ultérieurs, aussi bien ceux des services socio-éducatifs que ceux de la famille d’accueil, et la gravité de la rupture des liens symboliques parents-enfants est si vaste, si disproportionné qu’il fait penser à du refoulement. Par exemple, une personne éprouve une énorme colère pour un incident mineur ou au contraire évoque banalement un événement tragique : l’écart entre ce qui s’exprime et ce qui se dit témoigne toujours d’un refoulement opéré sur une partie du matériel, refoulement potentiellement générateur de passages à l’acte.
Suspecter les parents, signaler leur transgression réelle ou non, entériner leur destitution, séparer les enfants, les placer dans une autre famille, ces actes spécifiques du placement familial, touchent de plain-pied les romans familiaux et les fantasmes fondamentaux de chacun : « Tuer le père primitif, le père jouisseur, hors la loi, et rejeter la mère cannibale qui plutôt que de protéger ses enfants, les bouffe. » Entériner la destitution de la fonction symbolique des parents revient à mettre ces fantasmes en acte, revient « à tuer fantasmatiquement les parents ». Cette opération dégage une culpabilité intense et flottante. Chacun d’entre nous, au quotidien, met en scène ces fantasmes, en rivalisant avec le chef, en se faisant exclure d’un scénario à trois, ou au contraire en séduisant l’ami de sa meilleure amie, en se faisant sadiser ou au contraire en agressant son prochain... Les conséquences sont pourtant différentes lorsque les professionnels réveillent au quotidien ces fantasmes et offrent la possibilité de les agir en toute innocence. Le discours soft a pour fonction de maintenir le refoulement sur la gravité de l’acte de destitution des parents, en tant qu’il met en acte les fantasmes fondamentaux.
Cette mise en place ne serait pas inquiétante ou contestable, si elle n’induisait pas pour tous les protagonistes l’illusion d’un processus pouvant évoluer tranquillement, sans violence et sans deuil, si elle ne forçait à l’oubli de cette violence qui fait retour en particulier dans les représentations, projections autant des intervenants sociaux que des familles d’accueil. Ces représentations, parents « méchants, violents, violeurs... », circulent à grands pas médiatiques et retombent en tant qu’explications des comportements ou actes « déviants » de l’enfant.
En voulant effacer la violence de la rupture dans l’ordre symbolique, qui affecte la place des parents tout en leur laissant l’autorité parentale [2], en rompant les liens symboliques tout en maintenant les liens réels, on opère une confusion dans l’esprit de tous et une impossibilité de travailler ces ruptures, de traiter l’insupportable pour l’enfant, qui n’est pas d’avoir été séparé de ses parents, mais que ceux-ci ne soient pas en mesure d’exercer leur fonction parentale. Comment dans ces conditions restituer une véritable place aux parents et à l’enfant ?
Le discours soft, de plus en plus soft, voudrait, pour rejoindre son idéal, obtenir le consentement des parents. Je ne parle pas ici des cas rares où les parents sont réellement consentants, ceux pour lesquels l’enfant demanderait lui-même son placement (bien qu’une réflexion à ce sujet soit indispensable). Je ne parle pas des cas rares où une véritable collaboration avec les parents est envisageable, je ne parle pas des cas rares où les intervenants sociaux considèrent les parents comme des sujets fragilisés par une mauvaise rencontre avec la réalité pulsionnelle...
Dans la pratique du placement familial, on observe, le plus souvent, une absence de consentement des parents, un placement demandé par le juge, dans des conditions conflictuelles. L’idée d’obtenir le consentement des parents soutient l’espoir qu’ils puissent acquiescer eux-mêmes à « leur destitution ». Comment des parents perçus comme des individus ayant commis « le Mal Absolu », comme des individus ayant transgressé « pour toujours » la Loi Symbolique, pourraient-ils consentir à leur destitution ? Ce serait pour eux accepter de reconnaître qu’ils appartiennent à l’univers des exclus, celui-là même auquel ils sont identifiés, mais que leur fonction de parent leur donne l’espoir d’éviter. D’où l’importance pour l’intervenant social de reconnaître les images qu’il projette sur ces parents et la place subjective qu’il occupe lui-même. On ne peut pas tout garder, tout préserver, que les parents restent les parents et à la fois ne le soient pas, que les parents soient destitués et vouloir, dans le même temps, obtenir leur consentement, comme s’il s’agissait d’une séparation provisoire et amicale avec leur enfant.
À lutter pour dire non, à vivre cette séparation comme un arrachement, comme un rapt, ils soutiennent en fait leur identité de parents, même s’ils sont jugés défaillants. Et pour l’enfant, en y réfléchissant bien, n’est-il pas plus structurant d’entendre ses parents le réclamer, d’entendre leur désaccord, plutôt que leur consentement, qui serait inévitablement un signe d’abandon ? Dire non revient « à ne pas céder sur leur désir d’être parent ».
Quant au consentement demandé ou non à l’enfant, il est justifié comme allant de soi, du fait de la gravité des événements vécus, maltraitances, abus, carences. Il va de soi qu’un enfant sans protection ou en danger dans sa propre famille ne peut être qu’heureux de s’en voir attribuer une autre qui accepte de l’accueillir.
L’adulte, fort de son intime conviction, de ses bons principes, n’entendra pas cet enfant exprimer son désarroi, son ambivalence d’avoir à quitter ses repères et ses parents ; lâcher les amarres n’est jamais une opération simple. Pour l’enfant, la destitution de ses parents de leur fonction parentale, la rupture de leur engagement, fait écho à une autre rupture, celle qu’il a vécue psychiquement au moment des traumatismes objectifs : son père n’était plus son père, sa mère n’était plus sa mère. Un parent qui maltraite ou qui abuse sexuellement de son enfant n’est plus représenté psychiquement par l’enfant comme parent, il n’exerce plus sa fonction. De ce fait, l’enfant est renvoyé psychiquement à la rupture d’un point de capiton. Rupture d’un point de capiton ne veut pas dire rupture de tout l’ordre symbolique, mais veut dire qu’un réel pulsionnel peut exploser à l’occasion de rencontres ou d’événements ultérieurs, en particulier dans sa famille d’accueil. Cette rupture l’amène à dénier, à banaliser, à refouler ou à rejeter l’événement traumatique, le temps de construire une fiction « œdipienne ». Il se sépare psychiquement de ces événements, qui restent à l’état d’irréel, pour vivre un présent plus pacifié. Un temps de latence, nécessaire pour produire de l’imaginaire, relativise l’événement traumatique et évite ainsi d’en faire un point d’origine absolu, par lequel toute l’histoire ultérieure prendrait sens.
Expliquer tous les actes et comportements de l’enfant, tous ses symptômes et tout son mal-être par les événements traumatiques subis dans sa famille et les lui rappeler ou même y penser constamment, renforce l’identification de l’enfant à la violence de ses parents, à ce qui l’a rendu « fou », à ce qui l’a objectivé ; il est alors appelé à vivre directement, sans la médiation du langage, les sensations de son propre corps.
Ainsi, ruptures et aussi bien consentements risquent de se re-produire dans le même aveuglement. Dans son placement, l’enfant peut mettre en difficulté sa famille d’accueil, jusqu’à son point d’incompétence, celui où elle sera destituée elle-même de sa fonction. Elle ne voudra plus de lui. Par exemple, une petite fille de 6 ans qui a subi des violences sexuelles chez elle (bien sûr tout le monde en a connaissance) se met toute nue devant l’enfant de l’assistante maternelle, à qui elle demande d’en faire autant. L’assistante maternelle entre à ce moment-là, ne supporte pas cette scène, ne supporte plus cette enfant perverse, mettant en danger son propre fils. Elle demande à l’équipe de mettre l’enfant placé dans une autre famille. L’équipe acquiesce. Il peut, bien sûr, y avoir des séparations thérapeutiques pour l’enfant, mais certainement pas dans des circonstances aussi floues.
Une équipe commencera à se représenter consensuellement cette assistante maternelle comme ne rendant plus les services attendus ; tout à coup et assez brutalement, tout ce qui était mis en veilleuse auparavant ou paraissait sans importance se trouve éclairé, on s’aperçoit que « cette famille n’accompagne pas l’enfant comme prévu, qu’elle fait une nette différence entre ses enfants et l’enfant placé, qu’elle ne rencontre pas les instits, qu’elle est trop rigide... ou même psychorigide ». Les faits reprochés aux parents se déplacent en reproches adressés à la famille d’accueil. Une réponse est trouvée au niveau de l’agir, il serait bon de changer l’enfant de famille d’accueil. Une nouvelle rupture, rupture de contrat avec l’assistante maternelle, rupture de l’idéal conçu pour cette famille d’accueil, que l’on classe comme « séparation avec consentement de l’enfant », se profile.
Les puissants phénomènes de groupe se réveillent : il s’agit d’une compréhension mutuelle où tout à coup un groupe, en puisant certains éléments qui vont dans le même sens, va tomber d’accord, oubliant la gravité de l’acte qu’il est prêt à re-poser, à re-doubler, dans le réel. La contagion fait partie des phénomènes de groupe, qui met en lumière tout à coup, avec l’adhésion de tous, ce qui était resté dans l’ombre pendant des années. Car l’assistante maternelle n’a pas changé, c’est le regard porté sur elle qui change et provoque un passage à l’acte. Ętre hypnotisé, croire ensemble à certaines choses qui sont étiquetées du lieu de l’Idéal du moi et les réaliser, est un phénomène de la vie des groupes. Certaines choses font le ciment d’un groupe, font consensus.
Trop souvent, le moment fécond où l’enfant re-présente dans sa famille d’accueil le point de réel qu’il ne peut symboliser est perçu comme une mauvaise rencontre famille d’accueil-enfant. On assiste alors de rupture en rupture à une déconstruction de l’enfant qui sera lui-même exclu de ces modes de garde au moment de l’adolescence, si ce n’est exclu de la société.
L’origine d’un placement d’enfant se produit par des ruptures de l’ordre symbolique. Un point de capiton s’est déverrouillé, aussi bien chez les parents que chez l’enfant. Par ailleurs, les fantasmes fondamentaux de toutes les instances impliquées sont à fleur de peau. Un discours moderne et « bien pensant » maintient le refoulement de ces fantasmes. L’écart entre les actes spécifiques du placement et le discours signale une béance, une rupture telle que le déverrouillage d’un point de capiton de l’ordre symbolique s’est glissé dans le dispositif du placement familial lui-même. Un immense travail nous attend pour reconnaître ces ruptures, reconnaître les contradictions de ce discours. Il serait alors possible d’ouvrir ces ruptures à leur potentiel de symbolisation (étymologiquement : joindre, unir), au lieu d’être contraint à les reproduire. Alors seulement, actes et discours seraient accordés.
 
NOTES
 
[*] Arlette Pellé, psychanalyste, chargée de recherche au grape.
[1] Propos échangés avec Olivier Douville, psychanalyste, maître de conférences à l’université.
[2] Si on parle tant, aujourd’hui, de la délégation d’autorité parentale, n’est-ce pas pour souligner le paradoxe entre l’autorité réservée aux parents et la rupture de leur engagement ? Comment des parents, jugés suffisamment défaillants pour qu’on leur retire leur enfant, pourraient-ils exercer leur autorité, si ce n’est pour en user dans la rivalité, l’opposition, le marchandage, le refus des décisions proposées par le service ?
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