2001
La lettre de l’enfance et de l’adolescence
Points de vue, société
Le divorce sans tiers
Michèle Dokhan
[*]
À propos de quelques réflexions d’Irène Théry sur « Le divorce sans juge »
Les sports de la glisse sont à l’honneur : vitesse et élégance de port assurées... alors, pourquoi ne pas en adopter le principe pour les divorces ? Allez hop, ça glisse ! Chacun est au clair avec désirs et conflits. D’ailleurs des conflits, quels conflits ? Allez, qu’on ne vienne pas nous mettre un juge entre les pattes qui viendrait noircir le tableau en nous astreignant à une « procédure judiciaire dont “les couples” n’ont pas besoin et qui peut faire naître des tensions qui n’existaient pas » – (donc des tensions ex nihilo ?) car, nous dit Irène Théry dans son entretien au Monde daté du 5 avril 2001 : « Il suffit de se séparer dans le respect l’un de l’autre dans le souci commun des enfants. »
Bon, aussitôt dit, aussitôt fait !... Mais attendez une seconde, une phrase nous a échappé : la glisse, vous dis-je, ça va trop vite ! Le divorce sans juge est « parfaitement possible, dès lors qu’on... (“on” ? De qui parle-t-on ?) s’assure que chacun sera informé de ses droits et des pièges possibles ». Ah ! bon ? C’est donc que ce ne serait pas si clair, qu’il peut y avoir tromperie ? Même entre (ou pour des) individus intelligents et « responsables » ? Mazette ! De fait, qui a l’expérience – que ce soit dans le cadre d’une cure analytique ou d’une médiation familiale – de la complexité des ruptures – faites en bonne intelligence – ne peut que rester sidéré (frappé d’insolation à moins d’être influencé par les astres, dixit le dictionnaire historique de Rey) par ce tableau d’Éden d’où l’Autre serait absent. Ni dieu ni maître, clamaient les anarchistes... Aucune règle ni contrainte... tout au moins si l’on tient pour nulle la contrainte exercée par un rapport de force qui, « parfaitement » dénié, n’en aura que plus d’efficacité. Mais laissons ce « gros mot » aux rabat-joie, aux épouvantails... Glissons, suivons le vent et les joyeux « cervolistes », spécialistes du droit de la famille, chacun sait que le terrain présente si peu de résistance !
[*]
Michèle Dokhan, psychanalyste, chargée de cours à Paris VIII.