La lettre de l'enfance et de l'adolescence
érès

I.S.B.N.2865868745
104 pages

p. 81 à 86
doi: 10.3917/lett.044.86

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Lectures

no 44 2001/2

Jeunes en souffrance, psychanalyse et éducation spécialisée, Auguste Aichhorn, préface de Sigmund Freud, les Éditions du Champ social, Lecques, 2000.

Voici enfin republié sous un nouveau titre l’un des premiers ouvrages sur la psychanalyse appliquée à l’éducation des enfants en difficulté. Écrit par l’un des pionniers de l’aventure freudienne, August Aichhorn, instituteur et éducateur spécialisé, ce texte est d’une grande richesse clinique ancrée dans le contact au quotidien avec des jeunes délinquants et la relation avec leurs parents. Freud, tout en reconnaissant que soigner, métier impossible, avait absorbé ses énergies et ses intérêts, au point de peu se préoccuper de cet autre métier impossible qu’est celui d’éduquer, lui rend hommage. « Le travail éducatif, dit-il, est une discipline sui generis, que la psychanalyse ne peut remplacer. Mais la psychanalyse peut aider à s’orienter dans les solutions éducatives ou rééducatives à trouver. Il ne s’agit pas ici d’appliquer le savoir de la psychanalyse, mais d’utiliser la sensibilité et la compréhension que sa propre psychanalyse donne à l’éducateur qui lui permettent d’étayer son travail. C’est cette compréhension que démontre au fil des pages August Aichhorn en ramenant toujours à la rencontre chaque fois nouvelle avec le sujet. Dans ces temps où nombre d’éducateurs se trouvent désorientés par les difficultés que présentent les jeunes, cet ouvrage mérite d’être lu et relu.
Françoise Petitot

C’est écrit là-haut, Claudine Desmarteau, Paris, Le Seuil/Jeunesse, 2000.

Dès la deuxième de couverture, nous comprenons que le ciel de Jacques est très encombré : traces de main, empreintes de claques, silhouettes blanchâtres de bonbons, crottes, verres et bouteilles flottent tout en haut de la double page bleue. Autant de nuages qui obscurcissent l’horizon de notre jeune narrateur : tout au long de l’album, il va questionner, contester, mais aussi mettre à l’épreuve leurs liens de causalité et cette destinée qui lui préexisterait jusqu’à sereinement, parvenir à s’en affranchir. Même si elle repose sur des moments de réalité, cette histoire est celle d’un parcours intérieur et C. Desmarteau opte pour un graphisme enfantin très expressif, au plus près de Jacques. Point besoin de perspective, il s’agit plutôt de tout mettre « à plat », les couleurs de la peinture sont aussi vives que les débats ! La structure de l’album est régulière, méthodique à l’image de la réflexion de Jacques : cinq doubles pages pour l’exposition des données de départ, cinq autres pour les interroger, cinq supplémentaires pour les mettre en action et une seule pour tout résoudre.
Jacques nous présente sa famille de bas en haut. Lui tout d’abord, dont le prénom a été « choisi par ses parents ». Pas de portrait à découvrir, à la place de sa tête les lettres de son prénom coloriées dans une grille, un tamis qui révèle qu’entre claques et Jacques, il n’y a qu’un « j ». Puis viennent son père, son grand-père, son arrière-grand-père ; le problème avec cette lignée masculine, c’est qu’ils sont tous alcooliques. Jacques est plus mesuré dans sa mise en mots : les rimes Robert-bière, Augustin-vin, Alexis-Whisky ou encore les euphémismes pour décrire l’éthylisme – « aimer beaucoup », « adorer » – adoucissent l’image textuelle, mais les dessins se font crus pour parler des « cuites ». Robert, son père, décrit en « très » et « beaucoup », tient innocemment une fleurette et arbore un sourire d’une niaiserie suspecte. Les traits se prolongent, à l’envers se révèle le vrai personnage, dans le miroir ambré de la bière, une canette à la main, massif, le regard flou, Robert est dans le « trop » et le « moins ». Le grand-père et l’arrière-grand-père affichent, sur leur double page respective, une ivresse joviale usuelle. Le premier, le nez écarlate, ravi, rame à l’intérieur d’une bouteille en lieu et place de l’habituel trois mâts ; le second, le teint rutilant, barbote tel une éponge dans une baignoire arrosée par une douche à whisky.
Dès lors, l’arbre généalogique ne peut être que saisissant ; comme au jeu des sept familles, Jacques ne retrace que la lignée des pères. Tous les portraits nous font face, les maris, regard aviné et nez tout autant imbibé avec d’un côté leur femme, œil torve et joues cramoisies de colère, et de l’autre leur maîtresse, une bouteille brandie par chacun d’entre eux, tout le monde est bien sûr nommé... même les bouteilles. Robert y est dessiné enfant, encore célibataire, il entretient déjà une relation avec la bière. Jacques n’a pas de place dans cet arbre, il n’est que discours interrogatif au milieu de son cadre, sur la page de gauche. Les questions de Jacques concernent cette filiation spécifique : est-ce que cette succession stricte de liaisons alcooliques va inéluctablement l’engendrer à cette image ? Dans quelle mesure est-il issu de la relation de son père avec la bière ?
Il s’adresse à sa mère. La discussion s’engage, très contrastée : auditeur plus qu’attentif, il explore la signification de chacun des mots qu’elle lui propose. Elle n’exprime que résignation et désillusion. Pourtant, avec une opiniâtreté malicieuse, il décortique la logique de ses paroles, cherchant bien sûr à comprendre cette dernière, mais aussi à lui découvrir des applications pratiques immédiates et bénéfiques. L’illustration nous donne accès à ses représentations, elles sont directes, abruptes.
L’enchaînement apparemment inéluctable des alcoolismes de ses ascendants lui suggère une symbolisation mathématique de leur destinée. La mise en égalités corrobore cette impression que l’addition des mêmes facteurs donnera invariablement un résultat identique. Jacques tente par exemple d’extraire la racine (carrée) de la passion de son arrière-grand-père pour le whisky et constate sur son cahier d’écolier qu’elle est égale au produit des vins d’Augustin, à la somme des bières de son père. « C’est comme ça, c’est écrit là-haut », est la première réponse, fataliste, de sa mère. L’histoire était « écrite ». Son père qui aimait la bière a été épousé par sa mère ; le dessin est éloquent : le jour des noces, les jeunes mariés, un peu figés sur fond rose-bonbon-romantique, ont au-dessus de leur tête son cœur déjà pris, « embouteillé » par une canette.
Le regard de Jacques sur sa mère est dubitatif, l’explication est difficile à comprendre : les pronoms fonctionnent sans référent identifiable, l’utilisation du passif permet de ne pas indiquer l’actant, enfin l’adverbe « là » ne reçoit son sens que de la situation indépendamment des interlocuteurs. Et c’est fort justement qu’il questionne : « Qui écrit quoi et où ? », c’est-à-dire la référence, l’actant et le lieu. Et si « tout est écrit au-dessus de nos têtes », alors « pourquoi ne voit-on rien ? », pourquoi n’a-t-elle rien lu, là-haut, sur son futur mari ? « C’est le destin » est son argument définitif. Loin de décourager Jacques, cette réponse entretient son cheminement de pensée et enrichit ses constructions mentales. Le destin, Jacques se le représente comme une marelle ; ainsi, avancer dans la vie, c’est progresser, le plus souvent à cloche-pied, en essayant de ne pas pousser le bouchon trop loin. Mais quelle marelle ! Jacques traduit la stricte prédétermination annoncée par sa mère : l’enchaînement des cases est une succession « d’emmerdements » de plus en plus importants, car dans la vie comme dans ces cases « il y a trop de crottes de chiens », constate-t-il.
Puisque le destin « c’est nul » et que la lecture en semble si ardue, pourquoi ne pas tenter de programmer quelque chose soi-même, comme l’achat de bonbons par exemple ? Mais la démission de sa mère vis-à-vis de son propre destin n’existe pas envers son fils et c’est avec beaucoup d’humour qu’au « c’était écrit que je te demanderais » de celui-ci, elle oppose son « oui, mais c’était écrit que je refuserais ». Et Jacques d’essayer de nouveau sur une pleine page de décrypter de quelle suite d’opérations sur les bonbons est issu le « non » catégorique de sa mère. Décidément, le destin doit s’écrire en mots et non en formules mathématiques où trop d’inconnues subsistent. Jacques va explorer le sien sur le chemin de l’école.
Nous lui emboîtons le pas et la première péripétie (Jacques, les yeux au ciel, n’aperçoit pas la crotte de chien au bout de sa ligne droite) fonctionne comme un avertissement ; à force de guetter le destin au-dessus de sa tête, on ne voit pas où on met les pieds. L’histoire qui suit rappelle celle du Petit Nicolas. Sa narration pleine de vie, où actants et verbes abondent, rompt définitivement avec le monde désincarné raconté par sa mère. Il est question de lunettes cassées, de premier de la classe gringalet et pleurnichard et d’un copain musclé, Paul. Les gendarmes interviennent et Jacques met à l’épreuve le « c’était écrit là-haut ». Il inscrit d’ailleurs, dans son cahier d’écolier, la chronologie des faits comme pour rendre enfin lisible pour tous ce destin préexistant. Mais, là encore, la lecture conjointe en est impossible. Le commentaire de Paul sur cet illettrisme propre aux gendarmes qui invalide les efforts de son copain précipite les événements : sur une double page parfaitement symétrique, simultanément, Paul et Jacques reçoivent une claque des « Dupond, Dupont ». Les tentatives ultérieures de Jacques ne sont guère plus réussies. Lorsque sa mère vient le chercher à la gendarmerie, il lui propose son innocence justifiée par cette fameuse prédestination, il n’est alors plus du tout question de dialogue et une nouvelle claque vient l’interrompre. Enfin, quand il explique à son père qui l’écoute, bras croisés, lucide et attentif, avec une patience manifestement courroucée, qu’il l’autorise à « continuer à boire » puisque, comme pour son aventure à lui, tout « était écrit au-dessus de sa tête », les deux dernières claques ne tardent pas. Après avoir essayé de négocier avec le cadre posé par sa mère, par la loi, par son père, et avoir constaté que, malgré leurs faiblesses et leurs failles propres, aucun ne transigera, Jacques reprend la marelle de son destin, celle qu’il avait imaginée en écoutant sa mère, et la négocie autrement. Le « là-haut » est peut-être simplement situé dans sa tête, et dans sa tête c’est lui qui écrit. Enfin, la formule tant recherchée s’ordonne, logique, dialectique : « Soit c’est moi qui décide ce qui est écrit là-haut, soit c’est écrit là-haut que c’est moi qui décide. » Et pour les crottes de chiens ? Pas d’autre solution que de « faire attention » ! La marelle s’étale, resplendissante, les cloisonnements ont disparu, elle est remplie de soleil, de bonbons, de petites copines ou de femmes à gros seins, mais claques, bouteilles et fameuses crottes sont rayées. Comme nous le laissait prévoir la première de couverture, Jacques a trouvé sa place, ses pensées sont mobiles, ludiques, déliées et riches des irremplaçables : oui, non, peut-être, j’en sais rien. La troisième de couverture sert de conclusion, les silhouettes blanchâtres ont disparu, le ciel est clair, ouvert.
Viviane Durand, orthophoniste.

Harry Potter, J. K. Rowling

Harry Potter est un livre... de sorciers. Le héros est... un sorcier. Ce héros va dans une école... de sorciers. Et pour aller dans cette école de sorciers, on prend un train... de sorciers. Qui l’eût cru ?
Enfin, pour s’y retrouver et ne pas se faire ensorceler par tous ces sorciers, il faut savoir qu’Harry est un jeune garçon dont les parents ont été tués, alors qu’il n’était encore qu’un petit bébé, par le terrible Voldemort, un mage dont personne n’ose prononcer le nom. Il fut donc recueilli par des moldus, ses affreux oncle et tante (les moldus, c’est nous, ceux dont on doit se méfier, mais qui ne sont pas très malins, pas sorciers, quoi !). Ils l’ont gardé jusqu’à ses 11 ans, jour où il découvre ses origines et où il apprend qu’il doit aller étudier à Poudlard, la réputée école des sorciers.
Ce sera avec Hermione et Ron, ses deux inséparables amis, qu’il découvrira l’univers de la magie. Entre les tournois de quidditch, jeu qui « se joue avec quatre balles et où les joueurs volent sur des balais », comme l’explique si bien Hagrid, le géant de l’école, la chasse aux trolls et les excursions de nuit quand rôdent Rusard, le concierge, et Miss Teigne, sa chatte, Harry aura beaucoup à apprendre.
Et c’est au milieu de ces personnes, toutes nommées selon leurs personnalités (Nick Quasi-Sans-Tête, le fantôme dont la décapitation a été ratée, Dumbledore, l’humble directeur de Poudlard, ou Malefoy, l’ennemi juré d’Harry) qu’il évoluera durant sept ans, nombre d’années nécessaires pour obtenir le diplôme de sorciers.
Harry Potter nous entraîne à travers des aventures multiples et variées, aussi surprenantes les unes que les autres. Et c’est dans cet univers magique que l’histoire se déroule, faisant rire, pleurer et même frissonner les plus jeunes autant que les plus âgés et captivant notre esprit au point de passer des nuits de plus en plus courtes pour atteindre plus rapidement encore le chapitre suivant.
C’est dans sa quête de savoir qui il est et d’où il vient, dans sa volonté de comprendre la mort de ses parents, qu’Harry nous paraît le plus humain. Tout en restant un personnage de fiction, il nous transmet des émotions comme un ami saurait le faire. Il nous interroge sans relâche sur le sens de l’existence : pourquoi lui est-il vivant si ses parents sont morts ?
Amélie Mignon
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