2001
La lettre de l’enfance et de l’adolescence
Livres reçus
Livres reçus
« Les bébés de l’an 2000 », Spirale, nËš 14, Toulouse, Érès, 2000.
Numéro dense – plus de vingt contributions – de cette revue spécialisée sur la toute première enfance. Celui-ci, très joliment illustré, fait la part belle à l’observation du bébé et des interactions avec l’entourage. Le démarrage est quelque peu nostalgique, avec une vision fort pessimiste de l’avenir des nouveaux bébés. Est-ce pour contrecarrer ce penchant que la suite, soit la plupart des articles, tend plutôt vers l’idée utopique que les bébés du troisième millénaire, grâce à des parents bien éduqués et devenus « compétents », seront plus humains (mais qu’est-ce que cela voudra dire ?) que leurs prédécesseurs ?
Nous qui vivons peut-être difficilement notre fin de siècle, en parents éternels, espérons que nos enfants feront mieux.
Martine Menès
L’Enfant, la mère et la question du père. Un bilan critique de l’évolution des savoirs sur la petite enfance, Gérard Neyrand, coll. « Éducation et formation », Recherches scientifiques, puf, Paris, 2000.
Le regard porté sur l’enfant et ses relations avec ses parents s’est considérablement modifié depuis le début de ce siècle et tout particulièrement depuis la dernière guerre. En effet, le « regard savant » sur l’enfant, médical, psychologique, éducatif, s’est développé de façon croissante, en même temps que les techniques d’observation de l’enfant et les théories qu’il a engendrées. Simultanément, ces connaissances se sont médiatisées et ont même suscité l’apparition d’une nouvelle presse qui leur est spécialement consacrée. C’est le propos du livre de Gérard Neyrand, L’Enfant, la mère et la question du père, de parcourir cette évolution des savoirs, mais aussi des modifications d’attitude qu’elle entraîne.
Cette évolution a été traversée de nombreux courants et de multiples polémiques, de l’importance de la carence maternelle aux effets de ce qu’il est convenu d’appeler le déclin de la fonction du père. Les découvertes de ces dernières années en matière de procréation, l’augmentation considérable du nombre de familles monoparentales ont amené à reconsidérer les mécanismes de la filiation jusqu’à interroger la possibilité de l’homoparentalité, problème que n’aborde d’ailleurs pas l’auteur. Il se centre davantage sur l’étude des théories sur l’affectivité de l’enfant et de son développement social et cognitif. Ces théories ne sont pas sans conséquences sur les réalités de la prise en charge des enfants. Que l’on se souvienne, par exemple, des débats sur la garde collective des enfants un temps diabolisée et devenue de nos jours un facteur de socialisation. De même, les connaissances récentes sur les apprentissages précoces qui « favorisent l’investissement parental sur les performances d’un “super bébé” qui devra affronter l’âpreté de la compétition scolaire et sociale ».
Ainsi, à la lecture de ce livre, apparaît comment s’est construite la vision actuelle de l’enfant « enjeu social de la parentalité » et, au-delà, enjeu essentiel de notre société.
Françoise Petitot
L’Agir adolescent, sous la direction de Christian Hoffmann, Sortir : l’opération adolescente, sous la direction de Jean-Jacques Rassial, coll. « Le Bachelier », Toulouse, Érès, 2000.
L’association psychanalytique « Le Bachelier » inaugure chez Érès une nouvelle collection qui traite de la question de l’adolescence. Cette collection étant centrée autour de l’idée que l’adolescence est une période très déterminée de la construction psychique, les divers auteurs examinent les points clés de cette « opération ». Ainsi l’agir adolescent, source de multiples questionnements des adultes souvent désemparés par ces passages à l’acte souvent violents qui sont pour les adolescents une manifestation de leur existence et leur façon de tenter d’accéder à une place adulte.
Sortir est, de son côté, le maître mot de ce passage adolescent : sortir de l’état d’enfance, de l’espace familial pour retrouver ses pairs et commencer à rencontrer l’autre sexe.
Comment comprendre les transformations de la pensée, du corps, que vivent à ce moment les adolescents ? C’est le problème de nombreux parents, mais aussi de tous les professionnels qui les côtoient.
Ces ouvrages posent les bases d’une réflexion analytique d’orientation lacanienne sur ces temps de transformation des rapports au monde de l’adolescent, précieuses pour les adultes qui bien souvent ont oublié ces temps agités.
Françoise Petitot
Enfant, parents, famille d’accueil, un dispositif de soins, L’Accueil familial permanent, sous la direction de Myriam David, Toulouse, Érès, 2000.
Myriam David est bien connue de tous ceux qui travaillent dans les placements familiaux. Il lui revenait donc de constituer, sous les auspices du ministère de l’Emploi et la Solidarité, un groupe de recherche afin de réfléchir sur les acquis des différents professionnels psycho-socio-éducatifs confrontés à cette opération difficile de séparer un enfant de ses parents et de l’élever dans une autre famille pour lui permettre de grandir. La séparation, en effet, n’est pas en elle-même suffisante, elle doit être accompagnée du soin, d’une part parce que les enfants lors de leur séparation sont en général aux prises avec un certain mal-être, mais aussi parce que la séparation elle-même est le plus souvent pour eux source de difficultés. Comment, en effet, grandir avec deux familles dont l’une a été jugée incapable d’accompagner le développement d’un enfant tout en ne la reniant pas ? Cet ouvrage met l’accent sur les conditions à réunir dans le cadre d’un dispositif d’accueil familial pour surmonter les obstacles et éviter les échecs et la pérennité des difficultés de génération en génération.
Françoise Petitot
À mort la famille !, Plaidoyer pour l’enfant, Michel Fize, coll. « Sociologies de la vie quotidienne », Toulouse, Érès, 2000.
En ces temps d’éloge de la famille, le titre de cet ouvrage ne peut manquer de surprendre. Il est en effet bien loin le temps du « Familles, je vous hais » lancé par le poète, ou de la « mort de la famille » annoncée par l’antipsychiatre David Cooper.
Pourtant, annonce le sociologue Michel Fize, « hormis le gîte et le couvert, que fait la famille pour eux qui soit si prestigieux qu’ils ne puissent le trouver ailleurs ? » Ne serait-il pas temps de dénoncer cette « insupportable béatitude familiale » ?
Car la famille, sous les allures libérales que lui ont données les évolutions de ces dernières décennies, n’en reste pas moins une structure « incorrigible », nous dit l’auteur, de pouvoir et de domination, et cela n’est que renforcé par la supposée solidarité familiale qui instaure une dépendance économique toujours plus longue des enfants aux parents.
La parentalité qui, pour cause de familles décomposées, recomposées, a pris le pas dans la conception de la famille sur la notion de conjugalité, n’est-elle pas un piège qui se referme tant sur les parents que sur les enfants, afin de maintenir ce que l’on pense être leur arrimage à la société ? En effet, quelles que soient les tentatives de la faire éclater, la famille a la peau dure. Cela voudrait-il dire qu’elle serait en quelque sorte inscrite dans l’inconscient collectif comme une structure indépassable, incontournable ? C’est le mérite de ce livre roboratif de parcourir ces questions pour conclure qu’il n’y a de salut que dans l’émancipation des enfants, émancipation qui serait d’ailleurs l’enjeu de l’adolescence qui fait si peur aux adultes.
Françoise Petitot
Le Métier d’animateur, Jean-Marie Mignon, Paris, éd. La Découverte et Syros, 1999.
Cet ouvrage informatif sur le métier d’animateur est destiné aux animateurs eux-mêmes, à leurs employeurs, mais aussi aux usagers, afin de mieux cerner une profession à l’histoire touffue, aux missions multiples et complexes, qui attire de nouvelles vocations chaque année.
L’auteur, Jean-Marie Mignon, retrace l’histoire de l’animation et présente de façon détaillée cette profession sous ses différentes facettes (formations diplomantes, lieux d’exercice, publics concernés, emplois...), tout en faisant le parallèle avec l’évolution de la société.
C’est un ouvrage bien documenté et complet qui permettra à tous ceux qui se posent des questions concernant le cadre de la profession d’y trouver des réponses. Les différents aspects de ce métier sont facilement repérables au cours des chapitres.
Cécile Kiffer, psychomotricienne
« Rester liés », Terrain, nËš 36, éditions du Patrimoine, éditée par le ministère de la Culture et de la Communication, mars 2001.
C’est un superbe et fort riche numéro que nous livre la revue Terrain, sur le thème de la séparation et du lien. La problématique de la séparation et du lien se trouve en effet au cœur de la question familiale. « Les relations de couple autant que les rapports parents-enfants sont faits de proximité et de prises de distance, à travers lesquelles les individus se constituent et prennent, le cas échéant, leur autonomie. » Comment trouver cette bonne distance tout au long de la vie qui mène les enfants d’une relation de grande proximité avec leurs parents à une émancipation nécessaire à l’âge adulte et à l’organisation d’une nouvelle famille. Mais aussi comment garder des liens lorsque les familles éclatent ? Comment « recomposer alors l’espace intime et familial » ? La médiation qui aide à gérer les conflits familiaux peut y être nécessaire, car même lors d’un divorce les liens ne disparaissent pas pour autant, même s’ils se transforment. C’est toute cette économie des liens multiples que parcourt cette revue, le moins étonnant n’étant pas la complexité des liens qu’organisent les mariages des jeunes filles d’origine algérienne entre tradition et modernité.
Françoise Petitot
« En Serge Lebovici, le bébé », dossier coordonné par Patrick Ben Soussan et Sylvain Missonnier, Spirale, nËš 17, Toulouse, Érès, déc. 2000.
C’est l’ensemble de l’œuvre de Serge Lebovici que parcourent les auteurs de ce numéro de la revue Spirale qui « se plaît à conter, depuis 1996, la grande aventure de monsieur Bébé ». Il était donc normal qu’à l’occasion de la mort de ce grand clinicien de l’enfant que fut Serge Lebovici, cette revue lui rende un hommage conséquent. On y trouvera ainsi les différents jalons qu’a posés Serge Lebovici dans la compréhension de l’enfant, ainsi que des articles sur ses nombreux engagements auprès des enfants, aussi bien en France qu’en Europe centrale ou auprès des enfants de culture étrangère.
Françoise Petitot
Cahiers Alfred Binet : Polyvalence des enseignants ? nËš 664, Toulouse, Érès, septembre 2000.
Ce dossier sur la pratique des enseignants aborde la question de la polyvalence sous différents aspects. Les articles qui se succèdent montrent le paradoxe dans lequel s’est enfermée la pratique enseignante. Le système actuel de formation des enseignants valorise plus l’uniformisation des savoirs que la polyvalence. Il y a lieu donc de redécouvrir ce que le mot polyvalence signifie, trop inscrite dans des représentations étriquées et dévalorisées (E. Prairat, A. Rétornaz). À lire également un texte très intéressant sur Alfred Binet et la criminologie (Y. Lourdais).
Bruno Deswaene
« Madame Dolto », Spirale, nËš 16, Frédérique Authier-Roux, Toulouse, Érès, 2000.
Ce dossier regroupant des textes de différents auteurs est un hommage rendu à Françoise Dolto et à son travail clinique auprès des enfants. Chacun y retrace le parcours de cette femme hors du commun qui a su ouvrir la psychanalyse à la compréhension de tous. La parole de l’enfant est au cœur de cet ouvrage qui veut montrer en quoi le travail avec des enfants est difficile et nécessite une expérience solide pour réussir à soutenir un travail d’élaboration ouvrant à la libération du sujet de l’inconscient. Si nous percevons bien le travail important apporté par Françoise Dolto comme clinicienne, il nous semble que ce qu’elle a apporté à la théorie psychanalytique en tant que conceptualisation n’est pas réellement abordé dans cet ouvrage qui retentit parfois trop comme une oraison funèbre. Françoise Dolto a marqué son temps et le mouvement psychanalytique, au plan tant de la théorisation que de la clinique, puisque son souci premier a toujours été celui-là. A-t-elle ouvert un mouvement psychanalytique propre à sa pensée ? Cette question reste toujours sans réponse.
Bruno Deswaene