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AuteurFrançoise Petitot[*] [*] Françoise Petitot, psychanalyste, rédactrice en chef. ...
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La famille est actuellement l’objet de toutes les attentions des politiques sociales et par conséquent des intervenants socio-éducatifs multiples. De la halte-garderie aux lieux plus ou moins spécialisés pour les enfants en difficulté, la nécessité de « s’occuper » des parents s’impose même si l’on ne sait pas toujours très bien comment et de quoi il faudrait s’occuper. Parents ignorants, parents dépassés ou débordés, parents incompétents, défaillants, irresponsables, la liste est longue de tous les maux auxquels il faudrait remédier. Pas de journal féminin qui n’ait sa rubrique concernant l’éducation des enfants sans compter les nombreux magazines spécialisés. Être parent semble être devenu une fonction voire un métier de haute difficulté et à hauts risques. L’on peut s’interroger sur cette évolution qui est bien sûr liée au progrès des connaissances sur le développement tant physiologique que psychologique de l’enfant. Peut-être aussi faut-il considérer que l’enfant est devenu dans ces dernières décennies un bien précieux dont l’élevage et l’éducation nécessite le conseil permanent d’experts et donc le lieu où se focalisent les anxiétés parentales.
2 Lieu de tous les dangers au regard des intervenants de la protection de l’enfance la famille est aussi, pour nombre des mêmes intervenants, incontournable dans la construction psychique de l’enfant. Marqués, culpabilisés, par l’histoire de leur profession qui en faisait des « rapteurs » d’enfants, ils sont maintenant désemparés, démunis, face au travail avec des parents en grande difficulté psychique, face à l’écoute qu’il suppose des uns et des autres, et aux conséquences de ce que Maurice Berger a nommé « l’idéologie du lien[1] [1] M. Berger, Les séparations à but thérapeutique, Toulouse,...
suite ».
3 S’il en est ainsi c’est que bien souvent l’évaluation de la défaillance parentale est fort difficile en tant qu’elle concerne non pas tant les comportements parentaux que les effets psychiques sur les enfants de la position subjective des adultes en tant que parents. Être parent ne saurait malheureusement se résumer, comme le pensent certains, à un ensemble de comportements, à l’acquisition comme d’aucuns le disent de « trucs » ou « d’outils » mais concerne ce que l’on pourrait appeler, de façon approximative certes, l’inconscient parental.
4 Rappeler ici que c’est affaire d’inconscient tant des parents que des enfants, c’est faire appel à la clinique. C’est dire que les comportements des uns et des autres ne sont pas toujours ce qu’ils ont l’air d’être, ne sont pas toujours ressentis comme on l’imagine et qu’ils sont sous-tendus par des problématiques inconscientes singulières fondées sur le pouvoir du fantasme, des représentations imaginaires et les effets des mécanismes de défense dont le refoulement, mais aussi le déni et le clivage.
5 Les intervenants sont également aux prises avec ces problématiques inconscientes, sources de bien des passages à l’acte et de bien des souffrances professionnelles et personnelles car nul d’entre nous ne peut être psychiquement indifférent à ce que mobilisent tant l’enfant, celui que nous avons été et portons encore en nous, que les parents, ceux que nous pensons avoir eu et ceux que nous sommes ou rêvons d’être.
6 Nombre d’intervenants se donnent les moyens de mieux affronter ces problématiques, de se déprendre de l’idéalisation de l’enfant comme de la fonction parentale et des identifications qu’elles entraînent, pour mieux écouter et entendre les difficultés singulières des uns et des autres.
7 La clinique et l’expérience nous donnent à penser que c’est dans cette écoute singulière et dans la réflexion sur les modalités d’accompagnement qu’elle suscite (ce qui fonderait une clinique éducative) que se trouve, le plus souvent, pour les parents comme pour les enfants, la possibilité d’une réelle évolution.
8 C’est ce que d’aucuns appellent la résilience.
Notes
[ *] Françoise Petitot, psychanalyste, rédactrice en chef.
[ 1] M. Berger, Les séparations à but thérapeutique, Toulouse, Privat, 1992.
POUR CITER CET ARTICLE
Françoise Petitot « Éditorial », La lettre de l'enfance et de l'adolescence 4/2002 (no 50), p. 5-6.
URL : www.cairn.info/revue-lettre-de-l-enfance-et-de-l-adolescence-2002-4-page-5.htm.
DOI : 10.3917/lett.050.0005.




