2003
La lettre de l’enfance et de l’adolescence
Ciné-malaise
Ciné-malaise
Françoise Petitot
Peter Mullan, The Magdelene sisters
L’une a été violée par son cousin, l’autre s’est montrée intéressée par les avances des garçons, la troisième a eu un enfant hors mariage qui lui a immédiatemment été enlevé pour être élevé par une « bonne famille catholique ».
Pour cela, toutes trois devront rejoindre dans le couvent des « Magdelene sisters » les dizaines d’autres jeunes filles et femmes, coupables comme elles d’avoir tenté les hommes, de les avoir poussés au vice, et devront ainsi expier toute leur vie ce péché.
Dans ce couvent dirigé par des bonnes sœurs fanatiques elles laveront sans relâche le linge de la bourgeoisie des environs car ainsi « elles laveront leur âme ».
Ce film de fiction écrit à partir d’une histoire véridique (le dernier couvent a fermé en 1996) montre à quel point tous les intégrismes religieux s’en prennent aux femmes, aux jeunes filles en l’occurrence, dont le corps incarne toute la tentation du sexe.
Si les hommes sont les auteurs de cette répression des femmes, on pourra constater une fois de plus que les femmes sont leurs plus zélées complices, dans une identification à l’agresseur, pourrait-on dire. Visages de mères fermées à la douleur de leurs filles, religieuses toutes plus sadiques les unes que les autres, tout est bon pour briser ces jeunes filles, pour les humilier, pour en faire ces zombies plus âgées devenues elles-mêmes gardes-chiourmes auxiliaires des « bonnes sœurs ».
Ces trois jeunes filles, héroïnes du film, résisteront aux prix de châtiments corporels que l’on aimerait croire d’un autre âge. Elles ne deviendront pas folles comme l’une de leur compagne qui finira dans un asile psychiatrique pour avoir osé dire que le prêtre n’était pas un « véritable homme de Dieu », lui qui se faisait faire de « petites gâteries » par les pensionnaires.
L’une sera délivrée par son frère, les deux autres s’enfuiront dans la meilleure tradition des évasions carcérales en menaçant physiquement leurs gardiennes. Il leur aura fallu pour cela toute l’énergie et toute la violence du désir et le courage d’affronter ce monde qui les a humiliées et rejetées, ce que d’autres ne pourront assumer, restant toute leur vie à l’abri de cette violence.