2003
La lettre de l’enfance et de l’adolescence
Dossier : Les filles - Problématiques
Pratiques langagières des banlieues : où sont les femmes ?
[1]
Claudine Moïse
[*]
Les études sur le genre, les gender studies, restent encore du domaine anglo-saxon et rares sont les études en France qui mettent au centre de leur réflexion le problème de la différenciation sexuée, en langue notamment. L’anthropologie, la sociologie et l’histoire, pour des raisons propres à leur discipline, ont sans doute été pionnières en la matière (C. Baylon, 1996), mais, en linguistique, les études qui mettent en perspective et de façon centrale la question du genre sont très peu nombreuses. Explication à trouver d’abord dans la prééminence des études menées essentiellement sur le système linguistique, la question de la variation linguistique, motivée par des variables sociales dont le sexe, n’étant vraiment prise en compte en France qu’à la fin des années 1970. Ensuite, sans doute dans l’idéologie même portée par la langue française, langue de la nation, du citoyen, langue homogène et conservatrice qui se veut unificatrice au-delà des différences, ethniques ou sexuées. Ainsi, la plupart des théories, hypothèses et interprétations émises sur les différences linguistiques entre hommes et femmes sont anglo-saxonnes. Pas étonnant d’ailleurs qu’un des premiers ouvrages français au titre révélateur, Des mots et des femmes, ait été écrit par une linguiste angliciste, Marina Yaguello.
De la même façon, les études entreprises dans le champ de la sociolinguistique urbaine, sur le parler des banlieues, relativement nombreuses à ce jour, ne s’attardent pas sur la distinction de sexe. Comme si l’absence de tradition empêchait une telle approche, pourtant indispensable et nécessaire, comme s’il s’agissait plus d’un manque d’attention, d’une négligence scientifique en quelque sorte. Quand on regarde les corpus utilisés pour décrire le parler des banlieues, que ce soit d’ailleurs d’un point de vue purement systémique, lexical, prosodique ou morpho-syntaxique, ou davantage pragmatique, on se rend bien compte que les occurrences présentées sont à grande majorité des productions verbales émises par les jeunes garçons, préadolescents. Le parler des banlieues, des cités, serait-il un parler de garçons ? Et les filles ?
Voici donc la question à laquelle j’ai eu envie de répondre ici : pourquoi les filles utilisent-elles moins le parler de la culture des rues ? Dans quelles circonstances le manient-elles ? Comme aucune étude spécifique n’a été menée à ce jour sur le sujet, j’ai essayé de croiser à la fois les analyses faites sur les pratiques linguistiques spécifiques des femmes et les études menées dans les banlieues. Tout cela aura donc valeur de réflexions et d’hypothèses, qui resteraient sans doute à valider par des études de terrain.
Le sexe de la langue ou le féminin pour insulte
La langue et le mépris du féminin
On sait que la langue française est sexiste, qu’elle reflète, si elle ne l’entretient (vaste débat...), le rapport d’inégalité sociale entre hommes et femmes, puisque l’on sait dès les premières années sur les bancs de nos écoles que « le masculin l’emporte sur le féminin ». « La langue enregistre ces discriminations, les transmet et les laisse ainsi perdurer autant que son système duel du genre les favorisent » (A.-M. Houdebine, 1998). La langue est, par le genre grammatical même, porteuse de symbolisme sexué. Si l’on s’arrête aux non-animés, on pourra voir sans réelle âpreté que la lune est féminine en français et évoque romantisme, fragilité et rêverie, que le soleil, masculin, est force et puissance. Mais on s’apercevra aussi avec plus d’animosité que les diminutifs posent les noms en féminin, du camion à la camionnette, du balai à la balayette et que, pour les animés, je veux dire pour les hommes et les femmes, la langue devient langue du mépris et marque les dissymétries sémantiques (M. Yaguello, 1978/1987). Les noms de genre féminin qui peuvent être attribués aux femmes et aux hommes sont négatifs et dépréciatifs (une crapule). « Une femme savante est ridicule, un homme savant est respecté ; une femme légère l’est de mœurs ; un homme s’il lui arrive de l’être ne peut l’être que de l’esprit » (M. Yaguello, 1978/1987). Ainsi, « la péjoration de la femme est omniprésente dans la langue, à tous les niveaux et dans tous les registres. Dès l’enfance, chacun apprend que certains mots sont porteurs de prestige alors que d’autres évoquent le ridicule, la faiblesse, la honte. Le petit garçon se sent conforté, soutenu, approuvé dans ses aspirations de petit coq. La fille se sent très vite coincée dans son rôle de poule : poule mouillée, poulette, cocotte, poule de luxe, mère-poule ou poule pondeuse, à moins qu’elle ne soit une bécasse (bécassine), une oie (blanche), une dinde (bref toute la basse-cour y passe) ou une pie jacassante » (ibid.).
Le genre féminin est donc le genre dépréciatif. Les finales en ouille, andouille, nouille, fripouille, en aille, canaille, féminines, tendent vers l’injure. Il n’est pas étonnant alors que, dans le parler ordinaire, un grand nombre d’insultes font référence à la femme ou au sexe de la femme, soit pour mépriser les femmes elles-mêmes, sale garce, soit pour insulter des hommes en leur prêtant un caractère efféminé, femmelette, gonzesse, enculé. Il semble alors normal que les femmes répugnent à l’obscénité, à la grossièreté et à l’injure, faits de langue qui se retourneraient en quelque sorte contre elles, et que cette langue reste celle des hommes, langue sexuelle fortement sexiste.
L’insulte, pratique masculine
On sait combien dans les banlieues le maniement de l’insulte est chose banale (D. Lepoutre, 1997). Banale donc pour les garçons qui entretiennent par leur langage un rapport de virilité avec/contre les filles, à l’âge de toutes les épreuves machistes.
Si les jeunes filles des cités renvoyaient les insultes, ce serait alors bon signe, signe qu’elles manifesteraient un désir de partage de ce monde, qu’elles refuseraient une certaine représentation sociale, où elles doivent rester sages et polies. Mais est-ce en entrant dans le jeu des garçons que les filles les détrôneront avec le plus d’assurance et de justesse ? Vieille question... Vouloir entrer dans le jeu des hommes, les imiter, ou mieux affirmer ce que l’on est ?
Il est une dimension du langage des garçons que s’approprient les filles, ce sont les vannes, même si elles restent l’expression d’une certaine forme symbolique de la virilité. Les dozens, d’après la littérature américaine sur le sujet, seraient à la fois une réponse à la domination blanche et un révélateur de tensions causées dans la structure familiale afro-américaine. Quand les jeunes Noirs doivent quitter le monde de la mère et entrer dans celui des hommes, ils apprennent à trouver leur position dans le groupe et à affirmer leur virilité en mettant en scène la mère d’autrui. Par la parole et les jeux interactionnels, ils mettent à l’épreuve leur force virile, vannent et placent l’adversaire dans une position basse, dans un rôle passif, non viril.
Toutefois, les vannes peuvent être pratiquées parfois par les filles, à la fois parce qu’elles relèvent du jeu, de la dérision et de la mise à distance, et parce que les références à la mère sont le plus souvent désémantisées et ritualisées. Elles sont figées et ne visent pas directement la mère de celui qui est vanné. Les expressions avec ta mère, par exemple, ont perdu de leur force sémantique (même si elle peut être réactivée dans certaines situations d’énonciation, pour repasser à l’insulte), sauf pour ceux justement qui n’en font pas usage, adultes de l’autre bord. Une bonne vanne serait donc celle qui, bien sûr, déstabiliserait l’adversaire mais provoquerait aussi dégoût et répulsion chez ces adultes aux références standard.
Plus encore, les expressions ta mère ou sa mère, au-delà des insultes et des vannes, ont aussi, chez les jeunes et chez les filles, une valeur de figement (F. Melliani, 2000), au même titre que par exemple le mot putain. Elles sont formulations sans offensé, « comment il pleuvait sa mère c’était trop, je me suis fait piquer sa mère ». « Sa mère devient simple phatique, ponctuant du discours. Sa mère ou sa race s’utilisent donc pour marquer l’intensité, le haut degré et fonctionnent comme particule énonciative » (D. Caubet, 2002).
La politesse féminine et l’assurance masculine
Le maniement de la parole n’est pas le même pour toutes et tous et les ethnologues l’ont suffisamment montré. Dans les années 1980 et dans la mouvance des études menées en ethnographie de la communication, et notamment sur les interactions interculturelles (J.J. Gumperz, 1989), les prises de parole des hommes et des femmes sont considérées dans leurs différences culturelles. On s’est aperçu que les règles de communication développées chez les filles et les garçons rendraient compte d’univers et de codes sociaux différenciés. Les filles seraient dans un mode d’échange coopératif et les garçons dans un mode compétitif. Dans les échanges, les femmes sont plus enclines à poser des questions, à demander des explications, à utiliser des expressions emphatiques, des diminutifs. Ce mode de communication ne serait pas à attribuer à une quelconque insécurité psychologique mais davantage à une volonté de participer à un bon réglage conversationnel, façon de s’installer dans des échanges plus coopératifs que conflictuels. Participer à des formes de négociation plus qu’à des ruptures conversationnelles. Questionner chez les femmes, ce n’est pas seulement chercher de l’information, dans une pratique qui serait alors masculine, mais aussi favoriser des prises de parole réussies. De cette façon, les femmes seraient considérées comme plus polies, plus réservées, plus attentives aux autres. Codes de comportement qu’elles entretiennent certes mais que la société attend d’elles aussi. « La différenciation sexuelle apparaît donc avant tout comme un fait d’ordre socioculturel qui se reflète dans la langue en tant que système sémiotique parmi d’autres » (M. Yaguello, 1978/1987). La langue donc porteuse de représentations, de stéréotypes, de fonctions attendues... Ainsi, si les femmes semblent plus « polies » que les hommes, aussi bien dans l’emploi du lexique que dans les interactions, c’est avant tout le reflet d’une construction sociale. On peut donc se demander si la politesse des femmes, particulièrement manifeste en présence d’hommes, ne cacherait pas une difficulté à s’affirmer, à s’opposer, à affronter l’autre, à finalement réclamer son dû ; la politesse participerait alors de la domination. En revanche, les prises de parole chez les hommes servent à s’exposer, à se montrer, à s’affirmer, à se dire publiquement et avec ostentation. Se dire et dire son pouvoir.
Le parler urbain, signe de virilité
La langue des banlieues est spécifique de cette jeunesse qui va enrayer la rouille, qui trouve à tuer le temps avec des jeux sur la langue. Elle est liée donc à la vie en banlieue, l’absence de travail, la galère, l’ennui, qui touchent plus les garçons que les filles, plus étroitement surveillées par leur père et mieux intégrées à l’école. Comme le Black Vernacular English, le vernaculaire noir décrit par Labov (1978/1993), la langue de la banlieue est un parler de garçons. Dans ces jeux langagiers utilisés par les jeunes au bas des tours notamment, dans les cours d’école, dans tous les lieux interstitiels de la culture urbaine, les grands traits lexicaux qui reviennent sont non seulement ceux d’une culture des rues (J. Lopez, 1999) mais sans doute ceux qui renvoient à des valeurs que l’on pourrait qualifier de viriles, car perçues comme telles, termes par exemple qui se rapportent à la violence physique ou verbale.
La pureté des filles
Les femmes, pour répondre aux critères sociaux de différenciation attendus mais aussi par désir d’ascension sociale, vont faire usage, dans une même situation d’énonciation que les hommes et dans un même contexte social, d’un parler moins direct et plus euphémisé. Ce sera le cas aussi dans les pratiques de la parole en banlieue où les jeux langagiers sont d’abord dévolus aux hommes. Parce que, on l’a vu, ce parler se veut viril, dans le contenu sémantique et dans la portée identitaire. Plus encore, les filles seront tenues ou se tiennent à distance de cette parole-là, hautement affirmée, peut-être à cause du poids culturel qui y est attaché. Dans les sociétés du Maghreb, la parole publique a été confisquée aux femmes. La femme se tait ou parle avec d’autres femmes (D. Morsly, 1998). Le silence, donc sans parole, sans rire ni chanson, serait un des fondements majeurs du code des relations entre les hommes et les femmes. Dans les familles, la parole est celle du mari, du père. Mais plus encore, la voix des femmes est taboue, elle ne doit pas être donnée à entendre. La voix doit être couverte de même que toutes les parties du corps soumises dans la tradition islamique à l’obligation du Hidjeb (voile). La parole serait signe d’impureté. Or, autre code culturel important des banlieues, à l’instar de la force physique chez les garçons, la pureté sexuelle féminine et donc la virginité des filles sont sacralisées. Et les filles se doivent de ne pas utiliser de mots insultants ou en lien avec l’intimité. Les employer, c’est transgresser l’ordre familial et social, dire l’impur. Ce qui renforce encore l’idée que la parole des cités est une parole virile. Cependant, si elles n’entrent pas dans les jeux verbaux des garçons, les filles doivent réagir aux insultes qui leur sont adressées, quand elles touchent leur intégrité et leur comportement sexuels. Elles se doivent de répondre – mais là encore elles sont victimes et non actrices – aux harcèlements des garçons qui jouent leurs valeurs viriles. « Les relations garçon-fille sont en effet très marquées par une grande distance affichée entre les sexes et surtout par les tendances machistes souvent très dures des garçons, qui ne sont jamais avares en paroles grossières, en insultes, en outrages et en harcèlements divers » (D. Lepoutre, 1997). Mais souvent les échanges se rejouent avec les garçons, responsables de l’honneur féminin. « Symboliquement, le garçon qui réagit à des insultes telles que “fils de pute”, “nique ta mère” ou simplement “ta mère” se conduit bel et bien en responsable et en garant de l’honneur des femmes et de son groupe » (ibid.).
La variation en langue entre hommes et femmes, de la norme à l’insécurité linguistique
De l’ascension sociale et économique
La langue comme reflet d’un statut social semble bien répondre aux aspirations des jeunes femmes des banlieues. Poussées par le désir d’autonomie, elles font tout pour s’émanciper et sortir du giron familial. Elles ont vu leur mère sans réels contacts extérieurs, dans l’impossibilité d’apprendre le français, reléguées à la maison. L’acquisition de la langue au plus proche de la norme symbolise donc l’accès aux sphères sociales dominantes, dans une réussite passant par l’école et ses critères de distinction. Les femmes ou les jeunes filles ne cherchent pas à se démarquer – au contraire – des valeurs normatives, notamment celles représentées par l’école. Elles cherchent l’intégration par l’éducation, l’échappée belle d’une éducation traditionnelle à travers le modèle culturel républicain de l’enseignement. Ainsi, le groupe, la bande ne sont pas des éléments d’identification et d’affirmation de soi aussi forts que chez les garçons et la langue sera donc une marque de différenciation, la langue de l’école, homogène et standard. Si les filles et les garçons manifestent les mêmes compétences selon l’âge dans l’acquisition de leur langue jusqu’à 11 ans, à partir de cet âge les filles semblent meilleures scolairement dans les tests sur le maniement de la langue. Cette thèse est défendue par différents chercheurs (Chambers notamment) confirmant que les femmes seraient plus sensibles à la variation et à son maniement pour une meilleure adaptation sociale. Pour d’autres, il s’agit là sans doute, pour les jeunes filles, d’une « façon de se conformer aux normes adultes dominantes » (W. Labov).
L’adaptation langagière
Plus que nous disons la langue, la langue nous dit. Et, au-delà de l’insécurité linguistique
[2], l’usage d’une langue plus normée peut avoir – et plus ou moins selon l’histoire intime, familiale et sociale de chaque femme – valeur de distinction et d’adaptation dont on use, on joue ou pas selon le moment. Même si elles sont jugées davantage sur le
paraître que les hommes, sur des comportements sociaux conformes à ce que l’on attend d’elles, les femmes savent aussi avoir le bon mot quand il faut, jouer de la distanciation ou de l’ironie par exemple. Si on attend que les femmes se comportent mieux que les hommes en tout point, et même en langue, elles savent aussi être où on ne les attend pas. Et les jeunes filles des banlieues l’ont bien compris elles aussi, qui font de la langue de l’école un outil, une variété de plus dans leur besace.
« Il y a aussi un facteur objectif cette fois à prendre en compte, pour l’adoption de la norme chez les femmes. Il serait pertinent peut-être de considérer la variation non pas simplement à travers le filtre du sexe/situation, voire de l’inégalité socio-économique, mais davantage en fonction des situations de communication attribuées aux femmes et aux hommes » (A. Pillon, 1997). « Les femmes, parce qu’elle occupent des fonctions professionnelles largement publiques (enseignement mais aussi secrétaire, vendeuse, réceptionniste, etc.), ont davantage besoin d’avoir recours à une variété proche de la norme que les hommes vivant et parlant entre soi (ouvriers, artisans, etc.). Du même coup, les hommes seraient moins exposés à la norme que les femmes. Ainsi, il est probable que ce soient les interactions sociales créées par les conditions économiques, plus que les conditions économiques elles-mêmes, qui déterminent directement les pratiques linguistiques des individus » (A. Pillon, 1997). « Il faudrait donc signaler ces critères purement objectifs et situationnels des pratiques interactionnelles. De cette façon, le type de réseau social fréquenté jouerait sur le comportement linguistique » (L. Milroy, 1980).
Le parler urbain, utilisé, manié par les garçons, se veut une prise de pouvoir, de marquage, de rébellion et d’affirmation de soi. Il marque des frontières identitaires, disant une force virile, une conformité aux attentes culturelles des pairs. Être un bon orateur, un bon manieur, manipulateur de la parole octroie assurance et reconnaissance. Mais entre soi. Les garçons s’enferment ainsi dans une pratique, si elle n’est pas stigmatisée, en tout cas circonscrite à un espace social et urbain restreint. Les filles l’ont bien compris, elles qui cherchent à échapper à toute forme d’enfermement, familial, traditionnel, culturel, voire social. Cette variété, si elle en use, c’est pour mieux s’en défaire. Aller dans l’univers langagier des garçons, langue dans une certaine mesure sexiste, c’est déjà aller contre soi-même. Contrer les garçons devient cependant nécessaire quand elles sont attaquées, vannées pour montrer qu’elles peuvent elles aussi jouer de l’égalité. Mais cette égalité-là n’est pas leur jeu, elles veulent plus et savent que c’est ailleurs qu’elles trouveront leur envol, dans la réussite sociale, ancrée dans un autre parler. Si l’on a souvent dit que, dans les rapports de diglossie, l’adoption de la norme et des parlers prestigieux était symbole d’assujettissement, elle est aussi espoir et libération hors de toute soumission masculine.
« Avoir des seins ça veut dire qu’on est plus grande... on crâne... ça fait mal... »
« Ce serait mieux d’être plat comme les hommes. »
« On est gêné quand on dit aux parents qu’on a besoin d’un soutien-gorge.
Les garçons ils se moquent ! »
« J’ai honte. Avec les pulls transparents ça se voit, je mets les bras comme ça. »
« Si j’ouvrais le sein de ma mère il en sortirait un petit œuf... »
Paroles de filles entendues à l’émission de P. Martin, France-Inter, le 2 octobre 2002
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[*]
Claudine Moïse, sociolinguiste, maître de conférences à l’université d’Avignon.
[1]
Ce texte est paru dans sa version intégrale et avec une bibliographie complète dans la revue
vei
,
Enjeux, « Rapports de sexe, rapports de genre. Entre domination et émancipation », n
Ëš 128, mars 2002, Centre national de documentation pédagogique.
[2]
Il y a insécurité linguistique lorsque, pour des raisons sociales variées, les locuteurs considèrent leur façon de parler comme peu valorisante et ont en tête un autre modèle plus prestigieux, mais qu’ils ne pratiquent pas (L.-J. Calvet, 1993).