Libres cahiers pour la psychanalyse 2002/2
Libres cahiers pour la psychanalyse
2002/2 (N°6)
114 pages
Editeur
I.S.B.N. 291240486X
DOI 10.3917/lcpp.006.0113
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Vous consultezPrésentation de Christoph Haizmann

AuteurLeo Bleger du même auteur



Les Libres cahiers pour la psychanalyse ont trouvé pour ce numéro un collaborateur inattendu en Christoph Haizmann, un modeste, très modeste peintre du xviie siècle. Il doit pourtant sa petite notoriété à l’intérêt que Freud lui accorda dans « Une névrose diabolique au xviie siècle »[1] [1] L’inquiétante étrangeté (Gallimard) ou le volume XVI...
suite
.

2 C’est que Haizmann signa non pas un, mais deux pactes avec le Diable ! Résumons brièvement cette histoire bien que le lecteur gagnerait à lire ou à relire ce texte de Freud quelque peu délaissé. Le 5 septembre 1677, Christoph Haizmann est adressé par le curé de Potennbrunn, en Autriche, au Monastère de Mariazell pour s’affranchir, grâce à l’intercession de la mère de Dieu, d’un pacte signé avec le Diable. Au bout de trois jours d’exorcisme, le Diable en personne le lui restitue. Après un état d’agitation et de convulsions, s’ensuit une période d’accalmie qu’il passera à Vienne auprès de sa sœur. Hélas, visions et tourments reviennent, Haizmann retourne à Mariazell en mai 1678 afin de récupérer un autre pacte ; les mêmes exorcismes sont à nouveau couronnés de succès et, cette fois, il entre dans les ordres et il y reste jusqu’à sa mort en 1700.

3 Pendant une partie de son séjour à Vienne, après la restitution du premier pacte, le peintre a tenu le journal de ses souffrances. Ce document joint aux rapports des moines et aux pactes avec le Diable fut publié en entier : sous le nom de « Trophée de Mariazell » qui donna lieu à une édition allemande en 1928 et à une édition anglaise en 1956[2] [2] Le manuscrit a été publié dans le livre de I. Macalpine...
suite
. Ajoutons-y celle qu’un éditeur argentin (Argonauta) réalisa avec soin, loin de son pays – où lui et son livre auraient certainement terminé sur le même bûcher – en Espagne en 1981.

4 On sait habituellement que le Diable a effrayé le Moyen Âge occidental. Il est cependant utile de préciser que cette figure n’a pris sa pleine place qu’avec les persécutions religieuses du xvie siècle. A la fin du xviie, au moment où Haizmann avoue son engagement écrit avec le Malin, le scénario tragique de l’Inquisition commence à peine à perdre de sa dangerosité.

5 A suivre le livre de Robert Muchembled (Une histoire du Diable), c’est au même élan unificateur des nations et de l’imaginaire que l’ère moderne et le Diable doivent leur constitution. Ce dernier ne deviendra donc un « personnage » influent que très tardivement dans l’histoire. Freud semble en avoir eu un aperçu assez saisissant lorsqu’il avance en 1909, dans une discussion de la Société de Vienne, que le Diable est une figure « aussi complexe que la création d’un rêve », autrement dit qu’il a des origines variées et hétéroclites.

6 Le Diable, chez Haizmann, s’est substitué à un père aimé : c’est l’interprétation que propose Freud comme motif aux troubles du peintre ; lorsqu’il lui apparaît, son père vient de mourir, ce délire est une affliction, l’appel d’un fils. La plume de Freud est presque condescendante dans la cinquième et dernière partie de son texte où il commente le journal traduit ci-dessous pour la première fois en français : le seul vœu de ce « pauvre diable », écrit-il, était d’« assurer sa subsistance » après avoir parcouru un chemin qui « part du père, passe par le Diable en tant que substitut du père, et aboutit aux révérends pères ».
Avatar des effets de la séduction longuement active de certaines figures, tout le journal témoigne de la lutte de Christoph Haizmann non seulement contre le Diable mais aussi contre la figure christique dont il porte le nom. Les apparitions de l’image divine deviennent par moments aussi torturantes et persécutrices que celles du démon. En 1923, plus d’un quart de siècle après la lettre de 1897, tout comme aujourd’hui sous d’autres déguisements, l’intensité de cette séduction est toujours à l’œuvre.

 

Notes

[ 1] L’inquiétante étrangeté (Gallimard) ou le volume XVI des Œuvres Complètes (Puf), cette dernière avec les reproductions des savoureuses peintures de notre auteur, aussi naïves qu’instructives.Retour

[ 2] Le manuscrit a été publié dans le livre de I. Macalpine et R.A. Hunter, Schizophrenia 1677 : A Psychiatric Study of an Illustrated Autobiographical Record of Demonial Possession, London, Dawson and Sons, 1956.Retour


POUR CITER CET ARTICLE

Leo Bleger « Présentation de Christoph Haizmann », Libres cahiers pour la psychanalyse 2/2002 (N°6), p. 113-115.
URL :
www.cairn.info/revue-libres-cahiers-pour-la-psychanalyse-2002-2-page-113.htm.
DOI : 10.3917/lcpp.006.0113.