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AuteurJean-Nicolas Illouz du même auteur
Université Paris VIIIsuite.
Un fragment de Novalis propose de concevoir le lecteur comme l’« auteur élargi », participant lui-même à l’élaboration d’une œuvre infinie dans le geste même par lequel il en diffère la compréhension dans le temps. Chaque lecture compose avec celle qui la précède et celle qui la suivra une vaste chaîne ; et, chacune, quand elle est authentiquement critique, vient répondre à l’événement, en vérité toujours inaperçu, de l’œuvre en son premier surgissement, le répercutant d’écho en écho, l’amplifiant, pour en révéler progressivement la plus juste portée. Il existe ainsi un destin des œuvres dans le temps, qui est la marque de leur « historicité », définie par Henri Meschonnic et Gérard Dessons comme cette faculté immanente des œuvres à s’arracher aux contingences et aux déterminations de leur première situation, pour devenir présentes à d’autres présents que le leur, dans l’invention toujours renouvelée de leur modernité[2] [2] Voir le glossaire à la fin du livre de Gérard Dessons,...
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2 C’est dans une telle chaîne de lectures, prolongeant ce qu’il y a d’inouï dans les œuvres, que nous voudrions insérer ce numéro « Nerval » de la revue Littérature : il s’agira, à notre tour, après tant de redécouvertes successives mais contre toute célébration académique qui ferait de Nerval un auteur définitivement consacré, de rouvrir la lecture, de la reprendre, d’une oreille toujours plus attentive, précisément là où il y a, en l’œuvre de Nerval comme en toute œuvre vive, de l’inentendu, à interroger sans fin dans le travail lui-même vivant de la pensée critique.
3 Il appartiendra alors aux lecteurs de ce numéro de s’emparer à leur tour des études que nous leur transmettons ; et chacun fera peut-être ainsi en lui-même cette expérience, en vérité bouleversante, de la vie élargie des œuvres : que Nerval, du présent qui est le sien, restitué dans son éloignement avec toujours plus de discernement et de tact critiques, vienne encore nous toucher, poindre jusqu’à nous, et, de son éloignement même, nous parler d’une parole poignante, devenue contemporaine de notre énonciation.
Nulle autre raison à ce numéro de Littérature, que le vœu d’inviter à une relecture indéfiniment ouverte de Nerval, qui rende son œuvre toujours plus présente, toujours plus parlante, et telle qu’elle ne fut, comme à chaque fois, jamais entendue[3] [3] Quelques-unes des études recueillies ici ont été présentées...
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Notes
[ 1] Novalis, Fragments précédé de Les Disciples à Saïs, traduit de l’allemand par Maurice Maeterlinck suivi de « Introduction à la poétique symboliste » par Paul Gorceix, José Corti, 1992, p. 186-187.
[ 2] Voir le glossaire à la fin du livre de Gérard Dessons, Introduction à la poétique. Approche des théories de la littérature, Armand Colin, 2005 [Dunod, 1995] ; et Gérard Dessons et Henri Meschonnic, Traité du rythme. Des vers et des proses, Armand Colin, 2005 [Dunod, 1998], p. 234.
[ 3] Quelques-unes des études recueillies ici ont été présentées une première fois dans le séminaire du Centre de recherche sur la littérature du xixe siècle dirigé par André Guyaux et Paolo Tortonese (Paris III / Paris IV). La séance « Nerval » est organisée chaque année par Jean-Nicolas Illouz et Jean-Luc Steinmetz.
POUR CITER CET ARTICLE
Jean-Nicolas Illouz « Avant-propos », Littérature 2/2010 (n° 158), p. 3-4.
URL : www.cairn.info/revue-litterature-2010-2-page-3.htm.
DOI : 10.3917/litt.158.0003.




