Accueil Revues Revue Numéro Article

M@n@gement

2007/1 (Vol. 10)

  • Pages : 26
  • DOI : 10.3917/mana.101.0023
  • Éditeur : AIMS

ALERTES EMAIL - REVUE M@n@gement

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 23 - 24

Pierre Cossette 2007 L?inconduite en recherche : enquête en sciences de l?administration Québec : Presses de l?Université du Québec. Recensé par Emmanuelle Reynaud IAE d?Aix-en-Provence emmanuelle.reynaud@iae-aix.com

1

Description :

Date de publication : 2007

Editeur : Presses de l’Université du Québec xii, 140 pages ; 23 cm

ISBN : 978-2-7605-1466-9

http://www.puq.ca/fr/repertoire_fiche.asp? titre=titres&noProduit=D1466

2

L?inconduite en recherche est un de ces ouvrages initiatiques, un de ceux que l?on va conseiller aux collègues et étudiants, un de ceux qui nous rappellent que parler d?éthique à chaque début de cours de master recherche est de notre devoir.

3

L?inconduite en recherche, le contraire de l?intégrité, a trait à la volonté de tromper en s?appropriant des mots, des phrases, des idées dont la paternité appartient à d?autres, en inventant des donnés, en falsifiant des résultats. En faisant lire cet ouvrage, en expliquant les bienfaits au niveau collectif d?une éthique uniforme, on peut envisager diminuer sensiblement l?inconduite.

4

L?ouvrage révèle les résultats d?une enquête faite en mai 2001 auprès des professeurs en sciences de l?administration dans les universités francophones du Québec. Différents types d?inconduite sont mentionnés ; leur gravité et leur importance sont demandées aux interviewés. On y apprend avec soulagement que la pratique jugée la plus grave par les chercheurs, à savoir la fabrication des données empiriques, est aussi celle jugée la moins fréquente. De même, la falsification du CV paraît à la fois très grave et peu fréquente. De l?autre côté du continuum, refuser de participer à un congrès si l?on n?est pas dans les actes paraît à la fois peu condamnable et peu répandu aux répondants.

5

Afin d?affiner l?analyse, l?auteur a cherché d?éventuelles relations entre la perception de gravité et la fréquence, d?une part et les caractéristiques du chercheur répondant (être ou non évaluateur, l?ancienneté…) de l?autre. Je ne voudrais pas révéler au lecteur toutes les perles de ce petit ouvrage, mais je ne résiste pas au plaisir de vous citer un résultat. L?analyse de la variance montre que la caractéristique permettant le mieux de distinguer les répondants en matière de gravité est le sexe. « Les femmes (n=43) se distinguent des hommes (n=91) de manière très significative dans leurs réponses à sept questions touchant le niveau de gravité des conduites. (…) Si les participants à cette enquête sont représentatifs de la population ciblée, alors les résultats indiquent sans ambiguïté que les valeurs d?intégrité en recherche sont plus développées chez les professeurs de sexe féminin que chez ceux de sexe masculin. » (p 65). Rejet du carriérisme, victime historique d?inéquité, les causes de cette divergence peuvent être multiples ; en tout cas les femmes semblent attachées à ce que chacun récupère son dû et rien que son dû.

6

Au niveau de l?étude de l?éthique des évaluateurs, le plus répréhensible —le vol d?idées— est perçu comme relativement fréquent. A contrario le moins grave —se fier pour un éditeur au seul avis des évaluateurs— est perçu comme très fréquent. Il est à noter que les personnes qui s?estiment victime de ce type d?inconduite le jugent plus grave.

7

En ce qui concerne les causes de l?inconduite, on apprend que c?est davantage la poursuite d?un objectif personnel agréable (promotion, prestige…) appelée facteurs positifs que l?absence de conséquences désagréables (sanctions…) qui explique l?inconduite. Et contrairement à ce que l?on pourrait penser de façon intuitive, l?absence de valeurs morales ne semblent pas être pour les répondants le motif le plus important pour expliquer l?inconduite.

8

Les victimes (ou témoins) d?une inconduite attribuent un poids supérieur ou égal à toutes les causes de l?inconduite.

9

En matière de solutions, les répondants sont surtout favorables à faire primer la qualité sur la quantité et à former à l?intégrité, les solutions purement punitives arrivent seulement ensuite.

10

Pour résumer, cette étude révèle une méfiance à l?égard de l?intégrité des chercheurs et des évaluateurs.

11

Si cet ouvrage est par de nombreux points très utiles, une réflexion sur la multiplicité de l?éthique m?aurait paru intéressante. Il est noter que certains répondants jugent certaines pratiques « pas du tout » graves. Dans le cas de déclaratif, très sensible au biais de prestige, le fait d?obtenir des pratiques jugées pas du tout importantes par certains répondants montre que l?on a affaire à une éthique multiple. Par exemple, le fait de « faire tourner » un article dans plusieurs congrès de haut niveau est une pratique non seulement répandue mais aussi jugée, par certains, nécessaire pour parvenir à une publication de rang A. Elle fait donc partie de l?éthique de laboratoires reconnus. A titre personnel, ce n?est pas le fait de mettre comme co-auteur un chercheur ayant récolté les données qui me paraîtrait non éthique mais bien le fait de l?omettre (vol de données). Eventuellement en fonction de l?ampleur du recueil de données la question se pose sur le respect de l?ordre alphabétique, mais rien de plus. D?où l?importance, selon moi, d?une réflexion sur la multitude des éthiques.

12

Ceci n?enlève évidemment rien à l?existence d?une éthique universelle de recherche portant sur une majorité de conduites. Il s?agit là du noyau dur de l?intégrité sur lequel il convient de communiquer.

13

Par les questions qu?il ouvre et surtout du fait de la sensibilisation qu?il propose, cet ouvrage mérite d?être lu et conseillé.

Titres recensés

  1. Pierre Cossette 2007 L?inconduite en recherche : enquête en sciences de l?administration Québec : Presses de l?Université du Québec. Recensé par Emmanuelle Reynaud IAE d?Aix-en-Provence emmanuelle.reynaud@iae-aix.com

Pour citer cet article

« Recension d'ouvrage », M@n@gement, 1/2007 (Vol. 10), p. 23-24.

URL : http://www.cairn.info/revue-management-2007-1-page-23.htm
DOI : 10.3917/mana.101.0023


Article précédent Pages 23 - 24
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback