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M@n@gement

2015/5 (Vol. 18)

  • Pages : 58
  • DOI : 10.3917/mana.185.0373
  • Éditeur : AIMS

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"I don’t like standing near the edge of a platform when an express train is passing through.

I like to stand back and, if possible, get a pillar between me and the train.

I don’t like to stand by the side of a ship and look down into the water.

A second’s action would end everything.

A few drops of desperation."

1

Le sentiment de honte est un des plus grands motifs de philosophie assurait Deleuze, lisant Primo Levi. C’est, peut-être, d’une manière ou d’une autre, le fil conducteur qui lie par-delà la diversité des métiers, des expériences, des choix de vie, les contributions qui suivent et qui se penchent sur ce si spécial Aaron « si c’est un homme » Swartz.

2

Quel désespoir pousse à accomplir l’irréparable ? Peut-on voir un motif unique dans les suicides de Primo Levi, de Stefan Zweig, de Kurt Cobain ou dans l’éternelle tentation de se jeter par-dessus bord d’un Winston Churchill ? On pense ici bien sûr au grand analyste du suicide qu’était Durkheim. Mais plutôt que d’y recourir, on a préféré prendre l’option de quelques témoignages.

3

Les auteurs qui ont collaboré ci-après livrent en filigrane quatre versions, comme autant de manière de traduire le phénomène Aaron Swartz à la lumière aussi de leurs champs de préoccupations respectifs. C’est ce qui fait la richesse de ces regards croisés, qu’ils viennent d’une entrepreneure et romancière qui côtoie le pouvoir de la finance et des médias ; d’une journaliste qui aime à se définir comme femme de l’ombre et connaît au plus près le monde de la lumière, celle des mondes politiques et médiatiques ; d’un des plus fins connaisseurs de l’industrie musicale que l’on puisse convoquer ; et puis d’un prof de management, qui a croisé les chemins des trois autres, au gré de ses propres projets. Tous partagent aussi une passion et une conviction communes : la langue ne saurait se manier autrement que pour ce qu’elle a toujours été : une arme.

4

Dans ces regards, on lira des essais, des explications, des sonnettes d’alarme, des avertissements comme autant d’invitations d’abord à penser plus loin. Dans tous les cas, ce qui unit ces textes c’est un espoir commun : qu’un jour, le monde de demain pourrait être autre chose que ce qu’il a toujours été ; celui où le grand nombre aurait le droit, la chance et les moyens d’exister un peu plus, plutôt que de vivre sous l’emprise des choix effectués par quelques-uns, dans les petits cercles dont il faudrait être pour avoir accès à la possibilité d’une vie.

5

Parce que le message premier de cet Aaron Swartz qu’on imagine si bien déambuler sur son vélo, c’était celui-là : ne baissons jamais les bras quand on veut emprisonner notre liberté.

6

La liberté première, ici, aura été celle de l’éditeur. Olivier Germain a accepté l’augure de ces « regards » aussi « croisés » qu’« improbables » dans une communauté académique traditionnellement plutôt habituée à fonctionner entre « pairs ». C’est peut-être d’ailleurs pourquoi de ces écrits surgit aussi quelque chose qui ressemble à une aberration : celle qu’aucune machine, qu’aucun algorithme, jamais, ne pourrait imaginer. A cette aberration, on associera donc l’image d’un gamin. Sourire aux lèvres, sachant parfaitement quel mauvais coup il est en train de fomenter, il branche son disque dur. Et il commence à télécharger. Au risque - toujours immense - du contre-pouvoir.

7

Par-delà l’éditeur, les co-auteurs expriment leurs remerciements aux rédacteurs en chef de la revue M@n@gement, tant pour avoir laissé se déployer cette initiative que pour leur confiance dans la façon dont il a été jugé bon de la conduire à terme.

Notes

[1]

Extrait de Churchill - Taken from the Diaries of Lord Moran : The Struggle for Survival, 1940-1965, Norman S. Berg Publisher, Limited, 1 juin 1976. Cité par Ghaemi S., « Winston Churchill and his ‘black dog’ of greatness », The Conversation, 23 jan. 2015. https://theconversation.com/winston-churchill-and-his-black-dog-of-greatness-36570

Pour citer cet article

Denis Jean-Philippe, « Introduction - Aaron Swartz, au risque de la liberté », M@n@gement, 5/2015 (Vol. 18), p. 373-374.

URL : http://www.cairn.info/revue-management-2015-5-page-373.htm
DOI : 10.3917/mana.185.0373


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