Un abonnement.
Ajouter au panier Ajouter au panier - Management & Avenir| Abonnement annuel 2013 | 270 € |
Tous les numéros en ligne sont immédiatement accessibles.
ATTENTION : cette offre d'abonnement est exclusivement réservée
aux particuliers. Pour un abonnement institutionnel, veuillez
vous adresser à l'éditeur de la revue ou à votre agence d'abonnements.
Recevez des alertes automatiques relatives à cet article.
S'inscrire Alertes e-mail - Management & Avenir Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezEditorial
AuteurLuc Boyer du même auteur
Directeur de PublicationLa gestion de l’environnement, l’écologie ou le développement durable[1] [1] Luc Boyer et Marielle Guille (2006), L’environnement,...
suite, par leur extraordinaire complexité semblent exiger du chercheur comme du praticien la maîtrise de la discipline - certains diraient d’une philosophie - qu’est la systé-mique. Si les scientifiques, parfois à leur corps défendant, progressivement intègrent cette approche, encore nouvelle, force nous est de constater qu’à l’exception de quelques travaux de recherche remarquables, l’enseignement ou la pratique des sciences de gestion font peu souvent appel à cette discipline. Il existe toutefois d’heureuses initiatives - comme celle de l’Ecole Centrale de Paris/ ESCP-EAP avec l’Institut des Hautes Etudes de l’Environnement et du Développement Durable - qui viennent contredire notre affirmation un peu trop caricaturale.
2 La systémique, comme d’autres approches - la prospective par exemple -, apparaît en première analyse comme relativement récente. Une trentaine d’années ont été nécessaires, en gros de 1945 à 1975, pour arriver à dégager ses fondements et asseoir sa légitimité. Et pourtant, sans faire appel aux philosophes grecs, plus près de nous, nombreux ont été - comme Léonard de Vinci (les Cahiers, Gallimard, 1982),Vauban, Paul Valéry ou bien d’autres - ceux qui ont développé les prémices de la systémique. On peut penser que le remarquable essor scientifique qui a accompagné l’approche analytique, la mécanique rationnelle, les modèles descriptifs ou positivistes de Descartes, Galilée, Newton, Auguste Comte… avec "cet oppressant héritage", comme le dit si bien J.L. Le Moigne[2] [2] J. L. Le Moigne(1984), La Théorie du système général,...
suite (ses travaux ont éclairé en partie notre chronique) a freiné ou masqué le développement de la systémique. Les semi-réussites (ou plutôt semi-échecs) que furent la gestion des territoires ou des villes,la course à l’espace… n’ont pas été, dans un passé pas si lointain, très convaincants quand à l’efficacité concrète de l’analyse systémique (résultats bénéfices /coûts par exemple).
3 La systémique a hérité ou s’inspire de divers courants souvent multidisciplinaires, tel le paradigme cybernétique, la recherche opérationnelle, la théorie de la communication ou celle de l’Organisation d’Edgar Morin[3] [3] Edgar Morin et J. Le Moigne (1999) L’intelligence de la...
suite et parallèlement du constructivisme de Piaget[4] [4] J. Piaget(1968) Le Struturalisme, coll Que sais-je ?...
suite (ou du structuralisme de Claude Levi-Strauss). Nous rejoignons volontiers Le Moigne, s’appuyant sur les travaux d’Edgar Morin (unitas multiplexe) ou de Piaget (une structure est un système de transformation autonome) pour affirmer que "l’étude du fonctionnement d’un système est indissociable de celle de ses transformations et réciproquement". Nombreux sont ceux qui, peu ou prou, ont apporté leur contribution à ce qui allait devenir la systé-mique. Nous en citerons quelques-uns : le dirigeant américain Chester I. Barnard et son unique ouvrage, The function of the executive, en 1938, le biologiste Ludwig Von Bertalanffy, l’économiste anglais Boulding, l’ingénieur J.W. Forrester, H.A. Simon avec ses travaux sur l’élaboration des processus complexes de la décision, l’équipe des psychiatres de Palo Alto, le philosophe Gaston Bachelard, le biologiste/informaticien de Rosnay (le macroscope), le cybernéticien Wiener, Meleze pionnier de la recherche opérationnelle, le sociologue Edgar Morin, Checkland et son approche des situations complexes, le mathématicien Claude Shannon (théorie de l’information), le chercheur en gestion Henri Mintzberg, et, en les renommant, le constructiviste Jean Piaget et naturellement Jean-Louis Le Moigne.
4 Cette liste de chercheurs - et elle est loin d’être exhaustive - a, en particulier pour but d’illustrer l’extraordinaire diversité de l’origine de ceux qui ont forgé la modélisation de la complexité, c’est-à-dire la systémique. Nous ne résistons pas au plaisir de vous soumettre les premières lignes de ce "poème" d’un des pères de la systémique Keneth E. Boulding qui nous propose sa définition de la systémique :
5
Of which we can’t unlock the locks
And all we can find out
Is what goes in and what comes out …
6 L’analyse systémique est tout simplement une démarche qui nous aide à mieux comprendre la complexité toujours plus grande de notre environnement et en conséquence de mieux agir, face à nos modèles traditionnels pour la plupart dépassés et à nos représentations obsolètes. Notre problème est la complexité nous dit Michel Serres. L’approche systémique est une méthodologie de représentation, de modélisation. Un système est la totalité organisée d’un ensemble d’unités actives et solidaires (éléments) en relation et interaction par l’intermédiaire de flux. Le raisonnement analogique permet le rapprochement de systèmes différents : c’est un outil systémique. Les applications sont déjà nombreuses et maîtrisées par les SSII ou autres fournisseurs de systèmes d’informations comme l’illustre le développement des ERP, applications bien aidées par le développement des NTIC. Toutefois, en matière d’Environnement et de Prospective, le chemin à parcourir est considérable. Prenons l’exemple de l’ensemble des écosystèmes qui tourne autour des notions d’énergie, de matière, de temps et d’information. Ces grandeurs sont à la fois soumises aux principes de conservation et de dégradation (augmentation d’entropie). La croissance exponentielle de l’espèce humaine et l’anthropisation de notre environnement nous ont conduit à une situation d’hégémonie planétaire. Ceci a été rendu possible par la négation des rétroactions de la biosphère sur l’homme et ses sociétés. Nous commençons à découvrir et à éprouver la finitude de notre environnement. La complexité rend difficile les prises de décision. La conscience de cette complexité modifie notre vision du monde, nos représentations, nos possibilités d’action. Mais l’intégration de ces contraintes est libératrice d’énergies nouvelles, d’activités ou d’emplois en création et devrait permettre de s’approprier des espaces-temps de liberté pour agir et créer les conditions de la durabilité.
7 Nous remercions tous ceux - et ils sont nombreux - qui se sont abonnés à notre revue : nous voulons amplifier le mouvement et comptons sur chacun d’entre vous dans le cadre de la campagne de promotion que nous lançons.
Notes
[ 1] Luc Boyer et Marielle Guille (2006), L’environnement, Comprendre et Gérer, EMS, Caen
[ 2] J.L. Le Moigne(1984), La Théorie du système général, PUF, Paris
[ 3] Edgar Morin et J.Le Moigne (1999) L’intelligence de la complexité, L’Harmattan, Paris
[ 4] J. Piaget(1968) Le Struturalisme, coll Que sais-je ? P.U.F. Paris
POUR CITER CET ARTICLE
Luc Boyer « Editorial », Management & Avenir 4/2006 (n° 10), p. 3-5.
URL : www.cairn.info/revue-management-et-avenir-2006-4-page-3.htm.
DOI : 10.3917/mav.010.0003.




