Management & Avenir 2008/6
Management & Avenir
2008/6 (n° 20)
290 pages
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DOI 10.3917/mav.020.0201
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Environnement et Développement durable : Regard interdisplinaire. Approche managériale

Vous consultezEnvironnement et développement durable : regard interdisplinaire

AuteursLuc Boyer du même auteur

Directeur de recherche, IAE Caenlucboyer@orange.fr

Jacques Brégeon du même auteur

Président de l’Ecole des Métiers de l’Environnementbregeon.jacques@wanadoo.fr

La métropole de Rennes réunit de très nombreuses Institutions d’Enseignement Supérieur et de Recherche. Le dynamisme de ces Institutions est exemplaire. Il n’est donc pas surprenant que l’Environnement et le Développement durable aient été pris en compte, peu ou prou, par la quasi-totalité des Unités d’Enseignement et de Recherche d’Ille et Vilaine. Les formes de cette implication varient d’un établissement à l’autre. D’une sensibilisation par des cours ou conférences dans telle Unité à une Ecole d’Ingénieurs totalement dédiée, nous trouvons à peu près tous les cas de figure.

2 Persuadés que l’Environnement et le Développement durable irriguaient toutes les disciplines, suite à une initiative de l’Ecole des Métiers de l’Environnement, nous nous sommes efforcés de réunir, comme le souhaitait le Conseil général, en utilisant le support d’une revue académique de management, référencée par le CNRS - Management et Avenir -, quelques chercheurs ayant tous des attaches avec la Bretagne.

3 Cette modeste expérience ne fut pas si simple à conduire. Il est bien connu que jusqu’à un passé récent les collaborations sur un même thème d’Etablissements travaillant dans des disciplines différentes étaient difficiles voire exceptionnelles. Les coordonnateurs de ce cahier spécial sont convaincus que l’Environnement et le Développement durable sont d’abord des thèmes de recherche interdisciplinaire sans pouvoir être légitimement « confisqués » par une Institution particulière. Que l’EME - avec son Ecole d’Ingénieurs spécialisée en Génie de l’Environnement - soit à l’origine de cette idée peut paraître paradoxale : certains articles ci-dessous expliqueront indirectement ce paradoxe.

4 Une autre difficulté qu’on ne saurait sous-estimer est le fait que les revues académiques se mettent traditionnellement au service d’une discipline (dure ou molle, suivant l’expression consacrée) : les lecteurs sont donc, dans leur grande majorité, eux aussi spécialisés. C’est dans ce sens que ce cahier constitue un essai puisque s’y côtoient le biochimiste, l’agronome, l’économiste, le gestionnaire… Que les lecteurs nous pardonnent si tel ou tel article leur demande d’aller puiser dans leur cursus scolaire ou universitaire des connaissances un peu oubliées.

5 Ce regard inter-disciplinaire que nous avons voulu porter sur l’Environnement et le Développement durable correspond à une conviction profonde que nous portons : toutes les recherches et enseignements peuvent et/ou doivent intégrer cette dimension. Le Grenelle de l’Environnement, en octobre 2007, en a été une forte illustration.

6 Le premier article que nous vous proposons a été écrit par Michel Joras et Jacques Brégeon : Des métiers pour l’environnement…une question récurrente en débat. Dans l’histoire des sciences, toutes les fois qu’un ensemble nouveau de connaissances est apparu : une double question s’est posée. S’agissait-il d’une authentique discipline nouvelle ou d’une forme de spécialisation de disciplines existantes ? Le développement de ces connaissances se traduirait-il par de nombreuses créations d’emplois directs ? Près de nous, les sciences de gestion (versus l’économie) ont eu le plus grand mal - après 1968 - à gagner leur autonomie. Les NTIC ont essaimé dans de nombreuses disciplines avant même d’être parvenues à exister globalement en tant que telles ; et les emplois indirects créés sont bien plus importants que les directs. La prospective n’arrête pas de faire débat : discipline et/ou réflexion partagée sur le futur. Le grand mérite de cet article est d’aborder franchement, de façon étayée, ce débat. L’environnement est une branche, au périmètre mal défini, accentuée par la confusion métier/ profession/emploi…, affirment les auteurs. Au-delà de la dimension sémantique, l’enseignement dédié débouchant sur des emplois spécifiques constitue un des thèmes forts de la communication. Les recherches des auteurs leur permettent d’avancer une thèse selon laquelle les emplois directs créés restent relativement modestes - de l’ordre de 500 000 - par rapport aux emplois indirects (5 fois plus ? ) Ce phénomène, nous l’avions déjà rencontré dans les NTIC. Pour l’enseignement et la recherche, il en est de même : peu d’enseignement long totalement spécialisé par rapport aux filières intégrées dans les structures d’enseignements traditionnels.

7 Philippe Robert-Demontrond traite d’un thème très actuel : Mesurer le juste prix des produits issus d’une filière « commerce équitable local ». L’auteur ne pouvait faire l’économie d’un solide ancrage historique, économique, philosophique et religieux. Ce rappel est indispensable pour comprendre l’intérêt et les limites de concept de juste prix, sans oublier les deux notions de valeur d’échange et de valeur d’usage. Jusqu’où peut aller pour le consommateur ce fameux CAP, soit le consentement à payer ? Quelle part de naïveté y a t-il à croire que le consommateur est prêt à intégrer dans sa démarche d’acheteur une forte dimension morale ? Peut-on attendre du consommateur qu’il se comporte en citoyen ? Ce sont quelques-unes des questions que se pose - et nous pose - ce chercheur renommé en s’efforçant d’apporter des éléments de réponse. Toute mesure de juste prix implique de distinguer si les répondants lors des enquêtes se positionnent en tant que consommateur(raisonnant en terme d’usage personnel) ou en tant que citoyen (se focalisant sur la valeur de non-usage personnel), propose l’auteur.

8 Avec Sylvie Ferrari et Jacques Mery, nous abordons une autre question sensible : Enquête intergénérationnelle et préoccupations environnementales. Réflexions autour de l’actualisation. Cette très intéressante étude s’intéresse à l’articulation entre la dimension temporelle de phénomènes économiques et celle des phénomènes naturels, avec pour cadre d’analyse les pollutions globales et locales. Les auteurs introduisent le principe responsabilité de Jonas - « agir de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre » - ce qui les conduit à une révision du rôle de l’actualisation dans les décisions économiques. Les chercheurs démontrent brillamment la contradiction entre une génération actuelle qui peut décider sans actualiser les coûts de ces décisions et les générations futures qui ne peuvent exercer aucun droit ou obligation vis à vis de la génération actuelle. Les auteurs nous adressent le message suivant : le devoir passe avant la possibilité.

9 Les deux derniers articles nous plongent dans l’approche de la gestion de l’Environnement par les sciences dures. Elles contribuent à enrichir, sous l’angle scientifique, la réflexion traitant de l’impact des activités économiques sur notre environnement.

10 Jean-Pierre Jouany et Pierre Thivend traitent d’un sujet dont l’impact surprendra peut-être certains des lecteurs : La production de méthane d’origine digestive chez les ruminants et son impact sur le réchauffement climatique. Certains pourront a priori trouver étrange qu’on puisse s’intéresser à un phénomène authentiquement naturel (la digestion des bovins…) et la pollution que celui-ci pourrait entraîner. Malheureusement, il faut se rendre à l’évidence : ces ruminants, au service des hommes, contribuent pour 3% environ à l’effet de serre. Il s’agit de la conséquence de l’émission de méthane, un des produits majeurs de la fermentation des aliments dans le rumen des ruminants. Les équipes de ces chercheurs agronomes s’efforcent d’apporter des solutions qui sont loin d’être évidentes que ce soit par la sélection génétique et/ou par apport d’additifs élémentaires.

11 Le dernier article a été écrit par deux jeunes chercheurs - utilisant leurs connaissances physico/chimiques - Hayet Djelal et Maïté Rigail, assisté de Luc Boyer. Le sujet de leur article se veut au départ très général : Les effluents industriels et leur traitement. Les chercheurs partent d’un constat largement partagé : le traitement des effluents domestiques est bien connu alors que les rejets industriels posent des gros problèmes de part leur diversité et leur composition. Les chercheurs traitent de deux recherches actuellement en cours : l’une concerne l’industrie du lait et l’autre les colorants. L’industrie agroalimentaire française est la 2ème du monde, employant 420 000 salariés ; l’activité laitière représente 20 % de cette industrie. On connaît la nocivité des effluents correspondant qui sont toutefois relativement bien maîtrisés, à cause en particulier, de la capacité à les traiter biologiquement (produits biodégradables) Les chercheurs montrent qu’en ajoutant des champignons aux boues activées, on améliore l’efficacité du traitement. En ce qui concerne le traitement des effluents des industries (textiles, cuir, plastique, bâtiment…) utilisant des colorants, la question s’avère complexe. La qualité d’un colorant est justement d’être difficile à éliminer, d’où la difficulté à le dégrader. Une solution explorée est celle qui consiste à coupler des traitements biologiques et des traitements physico-chimiques.

12 Ce cahier spécial, aux ambitions modestes, à nos yeux, a un peu valeur de symbole : la nécessaire complémentarité des disciplines dès qu’on parle d’Environnement et de Développement durable, une certaine concentration géographique des moyens de recherche.

13 Nous espérons dans l’avenir sous cette forme ou sous une autre donner plus d’ampleur à ce dialogue inter-disciplinaire.

 

POUR CITER CET ARTICLE

Luc Boyer et Jacques Brégeon « Environnement et développement durable : regard interdisplinaire », Management & Avenir 6/2008 (n° 20), p. 201-204.
URL :
www.cairn.info/revue-management-et-avenir-2008-6-page-201.htm.
DOI : 10.3917/mav.020.0201.