Management & Avenir 2009/5
Management & Avenir
2009/5 (n° 25)
428 pages
Editeur
DOI 10.3917/mav.025.0006
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AuteurLuc Boyer du même auteur

Directeur de Publication

C’est un peu un souvenir de voyage que je me permets de vous faire partager.

2 Mes activités - comme beaucoup d’entre vous, j’imagine - m’ont conduit très souvent aux Etats-Unis. Pendant une vingtaine d’années, la côte Est - de Boston à Washington, en passant par New York et Philadelphie - constitua l’essentiel de mes destinations. Bien sûr, Boston, si chargée d’histoire (les Pilgrim Fathers, sur leur Mayflower, débarquèrent au XVIIème, pour fonder Plymouth vraiment très près) avec Harvard, voire le MIT si proches et cette atmosphère si particulière à ce port m’a toujours un peu ému. Philadelphie a également - à mes yeux - un caractère particulier. J’avoue que Washington, bien que dessiné par un architecte français ne m’a jamais beaucoup enthousiasmé. New York a toujours créé un choc, comme une fascination : on aime ou on déteste, mais New York ne laisse jamais indifférent. C’est curieux, j’ai l’impression que l’on ne peut avoir une vision objective des Etats-Unis : chacun projetant, en quelque sorte son propre regard et créant, en partie, sa réalité. Je suis de ceux qui ne se lassent pas d’aller et de retourner à New York, trouvant toujours quelque chose à découvrir ou à retrouver. Mais depuis le début de 2001 - donc avant l’attentat du 11 septembre sur la cible des Twin Towers, avec environ ses 3000 morts -, mes misions m’ont entraîné sur la côte Ouest : Los Angeles, San Francisco et les Universités californiennes ; plus au Sud la Louisiane et la Floride, les incontournables Dallas, Chicago voire Denver (et même un saut - non professionnel - à Las Vegas).

3 Aussi, c’est avec une certaine appréhension et curiosité que je redécouvrais, pour une semaine, New York et Boston, rencontrant mes anciens collègues ou amis, essayant de retrouver mes marques. En huit ans, j’ai trouvé la ville et sa façon de vivre bien changées (mais est-ce la réalité ou simplement une impression ?).

4 D’abord, la ville, ses habitants sont plus calmes, beaucoup moins d’agressivité sous-jacente ; le métro - presque toujours aussi sale - ne fait plus peur, les quartiers réputés peu sûrs comme Harlem ou même le Bronx se parcourent, la nuit tombée, sans appréhension particulière (même le jazz qui semble avoir perdu de son attrait ne déchaîne plus autant d’enthousiasme ; et pourtant une soirée au Blue Note - une des plus célèbres, sinon la plus célèbre boite de jazz du monde - vaut toujours le déplacement).

5 Beaucoup de constats s’imposent, décalés par rapport à ceux des années antérieures ; ainsi, en désordre :

  • la diversité est partout, le mélange des ethnies (on parle à New York de races)
  • à commencer par les couples mixtes - est général, sans qu’on puisse distinguer, a priori, de tensions particulières. La gentillesse, l’amabilité des anciennes minorités sont frappantes. Cette gestion de la diversité se vit plus qu’elle ne se théorise.
  • les personnes en surpoids sont en nette progression, ne soulevant d’ailleurs aucune curiosité particulière.
  • on parle beaucoup dans les médias de la nécessité d’effort sur l’environnement: je n’en ai pas constaté l’amorce ni la moindre prise de conscience : là, c’est vraiment le statut quo (voitures de grosses cylindrées, ordures non triées traînant le long des trottoirs…).
  • au niveau des incontournables, comment pourrait-on éviter de «perdre» quelques heures dans cet admirable musée MoMA, complètement refait il y a 4 ou 5 ans. La sobriété de la présentation des œuvres au 3° ou 4° étage, leurs qualités et l’éclectisme sont admirables.
  • je pensais, sans doute un peu naïvement, que la crise pouvait avoir entraîné une baisse d’envie de travailler, une moindre motivation. Puis-je dire que c’est exactement l’inverse que j’ai cru percevoir ? Le développement des « petits boulots », des services de proximité est partout. Pour de (nombreux) américains que j’ai rencontrés, le problème ne se pose même pas ; ils n’ont pas le choix : vivre, survivre ou inventer par tous les moyens ; ils ne peuvent compter que très marginalement sur l’Etat pour les aider. Alors, cela se traduit par des activités curieuses comme celles de ces tricycles (ou vélo-taxi) partout présent à New York, étrangement conduits presque exclusivement par des « blancs »: travail de transition, d’appoint, d’entrepreneur : toutes les situations cohabitent.
  • le « ground zero » : vraiment curieuse impression, confirmée par mes discussions : je pensais que ce lieu hautement symbolique - l’emplacement des tours détruites - faisait l’objet d’un lieu de réflexion, de recueillement, souvenir… Nous voyons un vaste chantier, sans aucune référence à l’attentat, sans grande visite ni recueillement, un peu comme s’il s’agissait avant tout d’aller de l’avant et de tourner la page. Tout cela surprend mais peut parfaitement se comprendre.
  • reste peut-être le principal : l’élection et le phénomène Obama : des heures passées avec des enseignants/chercheurs, dirigeants ou cadres intermédiaires pour essayer d’appréhender, fut-ce en partie, les attentes ou opinions vues par les américains eux-mêmes ; une première conclusion est que l’adhésion s’est très largement faite à partir du thème de la santé, de la sécurité sociale (à l’inverse de ce qui avait failli faire capoter Clinton II) : amplifiée par la crise, l’attente est considérable de prise en compte des frais de santé par les pouvoirs publics (ou entreprises) ; j’ai senti presque comme une panique devant des accidents de santé éventuels. Là où cela devient un peu paradoxal, c’est que le plus souvent le raisonnement s’arrête à la demande (le système français est souvent cité en exemple) de soins « gratuits ou presque » sans en décliner les nécessaires financements (rôle de l’Etat, impôts, taxes, nombre de fonctionnaires…) ou contraintes (médecins référents…). Il en est de même pour les indemnités de chômage à un niveau très bas (par rapport à la France), à peine symbolique. Mais là encore, le passage d’un système libéral relativement clair et exigeant à l’amorce d’une approche sociale-démocrate n’est que partiellement abordé. De ce que j’en ai vu à New York (gagner moins pour être mieux protégé), le travail d’information, d’explication, de révolution culturelle reste à faire, en grande partie. La déception risque d’être considérable sur ce point central en cas d’échec. On pourrait tenir à peu près le même discours en ce qui concerne la politique étrangère pour laquelle mes interlocuteurs semblaient désirer parfois une chose et son contraire, ce qui peut expliquer les positions un peu changeantes ou hésitantes du Président Obama ; sur ces thèmes, il est clair que l’enjeu est non seulement américain mais mondial.

Luc Boyer

6 Directeur de Publication

7 Votre revue depuis deux ans a vécu une véritable révolution : sur son positionnement avec le soutien des Centres de recherche, Ecoles doctorales ou manifestations académiques, dans le respect de la diversité des disciplines du management ; sur ses parutions, passant de 4 numéros par an à une cadence mensuelle (10 numéros par an), 300 pages minimum par numéro, ce qui nous met dans le peloton de tête de revues académiques françaises, toutes disciplines confondues. Nous avons tout fait pour respecter en même temps la rigueur académique.

8 Parallèlement, nous avons entrepris, en partenariat avec les deux leaders que sont EBSCO et Cairn une diffusion intensive et extensive sur le net ; cela nous permet dès aujourd’hui d’avoir un classement CNRS (nous mettons tout en œuvre pour respecter voire accentuer scrupuleusement l’esprit et la lettre de ce classement pour améliorer notre position), AERES, Harzing et ESSEC ; par ailleurs en indice d’impact (consultations sur le net), nous sommes dans les 2 000 premières revues académiques mondiales sur les 30 000 environ classées, et dans les pays francophones, tout à fait dans le peloton de tête. Tout cela nous a demandé un investissement et un coût de fonctionnement en très grande augmentation. Il importait au plus vite que nous retrouvions le prix moyen des revues françaises (3 à 4 fois inférieur au prix des revues américaines), toutes choses étant égales par ailleurs, soit à partir de septembre 270 € par abonnement pour l’année civile (pas de changement pour la vente au numéro, soit 40€, 140 € pour les étudiants et 300€ pour l’étranger). Nous rappelons que notre production d’articles correspond à environ 3000 à 4000 pages par an, toutes numérisées, soit environ 300 articles académiques par an ; enfin nous avons pu négocier d’une part une augmentation sensible de nos distributeurs virtuels, en matière de service aux bibliothécaires et lecteurs et d’autre part le fait que tout abonné « individuel » - signature du chèque faisant foi - puisse pour le même prix, chez notre distributeur Cairn, disposer, en plus de la version papier, de la bibliothèque numérique.

9 S’appuyant sur un Comité de Rédaction dont je tiens à souligner la rigueur et le dévouement ainsi que sur la Rédaction qu’anime avec le talent que vous lui connaissez, la Professeure Aline Scouarnec, nous allons poursuivre notre progression au service de la communauté académique des chercheurs, au sein de leurs Institutions de rattachement. Notre éditorial de septembre sera consacré à la politique générale de la revue et à son développement que vous voulez bien accompagné

10 Devant la croisance involontaire ou non du phénomène de plagiat ou d’auto-plagiat, nous tenons à montrer notre volonté d’apporter notre contribution et solidarité à cette lutte que nous nous devons de partager. Ainsi, dés le mois prochain nous demanderons à chaque chercheur de s’engager formellement, par écrit signé, sur le total respect de la propriété intellectuelle et du non-plagiat.

 
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POUR CITER CET ARTICLE

Luc Boyer « Editorial », Management & Avenir 5/2009 (n° 25), p. 6-9.
URL :
www.cairn.info/revue-management-et-avenir-2009-5-page-6.htm.
DOI : 10.3917/mav.025.0006.