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AuteursRémi Jardat [1][1] Rémi Jardat, Professeur permanent et directeur de la recherche,...
suite du même auteur
Yvon Pesqueux [2][2] Yvon Pesqueux, Professeur titulaire de la chaire DSO, Conservatoire...
suite du même auteur
Le tournant des années 2010 voit s’accumuler en série des catastrophes financières (éclatements de bulles, cataclysme des subprimes, crises de la dette souveraine) dont les conséquences réelles et massives pour ceux qui les subissent (appauvrissement, pertes d’emploi, ruine, emprisonnement, disettes) justifient que l’on porte aux dangers de la finance une attention et une détermination du même ordre qu’aux dangers alimentaires, épidémiologiques, climatiques et nucléaires. La finance est par excellence le lieu d’expression des ambiguïtés d’une pensée du risque qui est aussi une pensée par le risque. A l’irréductible événementialité de la catastrophe, à l’objectivité du danger qui, tel un prédateur sur sa proie, fond sur ceux qui le subissent indépendamment des représentations qu’ils s’en font, le risque oppose en effet son ambivalence de positivité réflexive. Positivité car, tant qu’il n’est pas posé par l’instrumentation qui le nomme, le calcule, le distribue, le vend ou l’achète, le risque n’a pas d’existence propre, tandis qu’il l’acquiert comme par magie du fait de cette instrumentation. Réflexivité car l’énonciation même du risque renvoie, en un jeu de miroirs infini, à l’élaboration incessante de nouveaux risques. Bel exemple de mouvement perpétuel que ce quadrillage progressif de l’incertitude, dont l’horizon recule pourtant sans cesse au fur et à mesure qu’avancent les territoires du risque. Avec ses produits de couverture, puis ses produits structurés à la puissance (n), qu’accompagne l’envolée exponentielle du montant cumulé des transactions, l’industrie de la finance illustre on ne peut mieux l’emballement réflexif d’une appréhension du monde par le risque.
2 Comme positivité réflexive le risque est un phénomène en tension qui condense mais aussi, par le fait même, recouvre de multiples réalités conflictuelles. Certes, par le biais des conceptions assurantielles qui lui ont donné le jour, le risque est une forme de solidarité entre les hommes et avec leur environnement physique. C’est toutefois une solidarité sériée et inégalement distribuée qui place les uns en position de force et les autres en position de subir les conséquences de l’incertitude. Le risque, avec sa circulation envahissante et planétaire, n’est-il pas ce fétichisme nouveau qui vient, telle la valeur d’échange des marchandises, masquer la peur, la souffrance, la destruction des liens sociaux qu’engendre la captation du futur par de nouvelles rentes ? Le contraste entre les profits renouvelés des uns et les solvabilités dégradées des autres, de Wall Street aux rues d’Athènes, n’est-il pas sanctifié par un déplacement subtil et institutionnalisé du risque ?
3 La thématique du risque opérationnel présente l’intérêt de focaliser l’attention sur la matérialité des infrastructures et des comportements organisationnels. Elle n’en recèle pas moins des enjeux d’ordre systémique, qui se mesurent en particulier au montant des fonds propres que les banques sont susceptibles d’économiser si elles savent convaincre le régulateur d’une bonne maîtrise de ce risque. Pourtant, dans la littérature, c’est jusqu’à présent le thème des modélisations statistiques de pertes qui s’est imposé en lieu et place de réflexions d’ordre proprement managérial.
4 La décision prise par le Pôle de compétitivité mondial financeinnovation de financer, aux côtés de la Mairie de Paris et du Ministère des Finances, le projet de recherche Control Risk Resiliency destiné à proposer de nouveaux moyens de maîtrise du risque opérationnel, a ouvert la possibilité d’en aborder la dimension humaine et managériale, sans laquelle aucune maîtrise réaliste de ce risque ne saurait être envisagée. C’est dans le cadre de ce projet que l’ISTEC a organisé, le 6 décembre 2011, un colloque scientifique intitulé « approches du risque opérationnel », dont une partie des contributions a été sélectionnée et révisée pour ce dossier spécial.
5 Un premier groupe d’articles propose de penser dans leur globalité risque opérationnel, activité bancaire et philosophie du risque. Meriem Haouat Asli établit la toile de fond de ce recueil par une mise au point critique sur l’état de la réglementation prudentielle en matière de risque opérationnel bancaire. Jérôme Méric et Flora Sfez mettent en avant le phénomène de « créativité d’experts » source permanente d’un dépassement des dispositifs de maîtrise des risques par l’ingéniosité des agents de l’organisation. Enfin, Nicolas Dufour propose de penser le monde financier comme vecteur de la « société du risque », à partir de la théorie de la structuration d’A. Giddens.
6 Chacun des cinq articles suivants entreprend d’analyser, sur un mode descriptif et critique, un aspect particulier du risque bancaire. Sophie Gaultier-Gaillard et Florent Pratlong prennent ainsi pour objet le risque de réputation, tandis qu’Eric Fimbel et Catherine Karyotis mobilisent les travaux de Stiglitz, Beck et Latour pour penser les risques induits par la titrisation. Rémi Jardat transpose la pensée des organisations à impératif de haute fiabilité (HRO ou High Reliability Organizations) pour déterminer la singularité des activités de trading en regard du risque opérationnel, tandis que Béatrice Bon-Michel aborde le traitement de ce risque à travers le prisme de l’apprentissage. Enfin, Anne Janand décode la relativement faible attractivité de la filière risque au sein des banques en termes de contrats psychologiques.
7 Viennent ensuite trois contributions intégrant à des degrés divers des outils quantitatifs pour mesurer et analyser le risque. Hazem Karfoul et Eric Lamarque proposent une mesure de l’efficacité du système de contrôle interne d’un établissement bancaire, Mohamed Karim Kefi et Hichem Maraghni conduisent une étude empirique des banques tunisiennes, tandis que Christophe Bèzes établit une jonction entre pensée du risque et marketing à travers une étude quantitative du comportement des consommateurs confrontés au commerce électronique.
8 Cette contribution établit en quelque sorte une transition avec le dernier article de ce dossier, sélectionné parmi les contributions du colloque ISTEC 2010, et consacré par Aurélie Kessous à l’impact de la nostalgie sur les relations des consommateurs aux marques.
9 Nos remerciements s’adressent à plusieurs parties prenantes :
- aux auteurs grâce à qui il a été possible de constituer, autour du risque opérationnel, un dossier pluridisciplinaire et varié dans ses approches, tout en respectant dans les délais impartis les exigences de rigueur et de forme de la revue,
- aux membres du comité de rédaction qui ont su évaluer cette masse de textes denses en alliant exigence et efficacité,
- aux membres du projet C2R et à ses financeurs qui ont permis que certaines des études ici présentées et ce dossier dans son ensemble puisse tout simplement voir le jour.
Notes
[1] Rémi Jardat, Professeur permanent et directeur de la recherche, ISTEC Ecole Supérieure de Commerce et de Marketing, Paris ; chercheur associé LIRSA (EA n° 4603), Conservatoire National des Arts et Métiers, Paris, r.jardat@istec.fr 
[2] Yvon Pesqueux, Professeur titulaire de la chaire DSO, Conservatoire National des Arts et Métiers, yvon.pesqueux@cnam.fr
POUR CITER CET ARTICLE
Rémi Jardat et Yvon Pesqueux « Les multiples fronts de la pensée-gestion du risque », Management & Avenir 8/2011 (n° 48), p. 221-224.
URL : www.cairn.info/revue-management-et-avenir-2011-8-page-221.htm.
DOI : 10.3917/mav.048.0221.




